Un signe dans le ciel

© Pille Kirsi

J’étudiais le vol des oiseaux, comme si un signe se cachait dans ces traversées silencieuses. J’attendais un signe. Je voulais voir quelque chose se dessiner dans le ciel, pour savoir. Quelle route prendre. Quel choix faire.

Mon quotidien ressemblait à ce ciel gris, chargé de nuages prêts à exploser. Mon quotidien m’imposait une conduite qui se devait d’être irréprochable. Les doutes omniprésents ne me laissaient pas respirer, je vivais en apnée, terrorisée par les mains qui se referment un peu trop violemment, les mots qui claquent comme des insultes, le mépris insensé, la peur du faux-pas. Et les nuits qui n’en finissent pas de trainer avec elles le choc des corps, les heures passées à effacer l’odeur des ébats consentis pour une paix illusoire. Le gouffre profond du désespoir sans aucune porte de sortie possible.

Les oiseaux dans le ciel murmuraient des secrets que mon cœur savait. La route à choisir: la liberté. Le choix: partir.

Mon quotidien se décomposait sous mes yeux. Les nuages charriaient des larmes qui ne cessaient d’inonder mes draps. Impossible de reconnaître le jour de la nuit. Tout n’était que cri. Ce cri coincé dans la gorge qui ne sortait pas, le cri de l’échec cuisant, celui de la nuit qui gagne en puissance, enterre les espoirs d’un nouveau départ.

Les oiseaux, imperturbables, continuaient leur voyage. Je restais là à les regarder tracer leur chemin. Atterrée, perdue, vidée, anéantie, ils filaient sans moi. Le noir opaque m’empêchait de voir l’autre rive.

Mon quotidien était devenu l’enfer que je redoutais, la peur avait cédé place à la terreur, celle qui encore aujourd’hui fait trembler mon corps quand un danger se manifeste. La haine au fond d’un regard avait scellé mon avenir.

Les oiseaux m’accompagnaient vers la vie.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture 307 de Bric a Book

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30 thoughts on “Un signe dans le ciel

  1. J’ai mal de lire cette souffrance, à ressentir les méfaits de ces relations toxiques qui s’installent parfois entre deux êtres. Ça fait mal par procuration parce que c’est criant de vérité. Je comprends le sentiment de liberté que doit évoquer, dans ces circonstances, le vol des oiseaux.

    Les oiseaux sont pour moi des signes, des avertissements depuis pas mal longtemps, depuis ce jour de décembre où une mouette m’avait sauvé la vie, enfin, si c’était bien une mouette.

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    • Je n’ai jamais autant regardé le vol des oiseaux que lorsque j’étais moi même en proie à cette relation toxique.
      Un jour on se sent prêt à tout abandonner pour suivre les signes dispensés au gré des années.
      Merci

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  2. Ton texte est exquis (et particulièrement le deuxième paragraphe où l’on devine d’emblée le thème) dans la description pudique de l’inacceptable… Il donne envie de réagir surtout quand on lit qu’elle a loupé de partir avec les oiseaux et on a envie de lui prendre le bras, de l’arracher de ses draps avec douceur mais fermeté et la faire fuir loin, très loin de l’horreur ! mais on n’y arrivera pas sans elle…
    Waouuuu ! touchée coulée par ton texte de la semaine je suis !

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      • Je t’en prie 😉 2 petits mots pour te dire qu’en prenant un verre avec une amie qui m’est précieuse (elle m’a fait découvrir le slam il y a un an et est toujours de très bons conseils sur l’écriture de mes textes ;-), elle en écrit de formidables elle même ), j’ai eu envie de partager avec elle ton texte tellement ton écriture m’avait chamboulée. Elle a réagi comme moi sur les mêmes mots du second paragraphe et à partir de là son attention fut plus que captée pour en connaître l’issue. Elle reconnait une plume divine et un contenu très lourd qu’on devine tellement tu le décris avec pudeur et force ! J’aimerais tant un jour pouvoir écrire ainsi, à l’opposé de ma technique souvent bien ancrée dans la description fine du réel… bref, un exemple d’écriture que je me mets en challenge pour un jour 😉 merci encore à toi pour ce moment !

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        • RE-, j’en ai même oublié les mots de cette amie après lecture de ton texte : elle a emprunté la plume de Colette qui disait :”Il faut, avec les mots de tout le monde, écrire comme personne” : ce fut l’impression qu’elle eut de ton texte très touchant ! Voilà c’est tout 😉 belle soirée,

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  3. Un texte qui prend aux tripes d’autant qu’il est autobiographique.Pour trouver les mots justes comme tu le fais pour décrire ce mal profond, cette perte de soi… c’est que ton envol te porte vers la guérison et on ne peut qu’en être heureux pour toi. Beaucoup de belles choses à toi Marie.

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  4. Un texte particulièrement fort qui nous prend, nous amène dans ce gouffre qui fait peur, qui paralyse et dont il est si difficile de s’extraire. Très belle écriture, pour un sujet douloureux.
    Ps: Sandra ou Vénusia.

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Un mot doux pour la route...

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