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Les États d’Esprit du Vendredi 29.06.2018

On profite de la fin de journée au calme pour participer aux états d’esprit de The Posman  et Zenopia.  On copie le formulaire, on le remplit, on glisse un petit mot doux sur leurs blogs respectifs avec le lien de notre article et c’est parti :

Début [21:20]

Fatigue : se coucher rapidement après avoir publié ce billet

Humeur : beau fixe
Estomac: quiche, framboises, thé en cours
Esprit: mitigé
Cond. phys. : yoga, footing
Boulot : objectifs et déjeuners entre collègues
Culture:  Venus Erotica – Entrepreneuse, révéler votre Etoile Intérieure de Aline Savan
Penser à : terminer mon recueil de poèmes et ma nouvelle
Avis perso : la lune ça bouscule pas mal, c’est toujours bien de le savoir
Message perso: (1) c’est toujours un peu long quand tu n’es pas là (2) ça fait du bien, même quelques minutes (3) merci pour vos commentaires et vos mots, chacun me touche profondément.
Loulou: s’endort sans broncher, compte les jours avant les vacances, aime le calme et le silence
Amitiés : au téléphone, vacances prévues, billets pris
Love : présent, très occupé, attentif
Sorties : pique-nique, un petit ciné ce serait sympa aussi
Essentiel: vivre au présent
Courses: maillot de bain, cartes anniversaire/condoléances
Envie de: passer du temps avec lui
Photo: underground…
Zic: Enya
Fin [21:53]
Très bon et doux weekend à tous
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Mon vice à moi

Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne suis pas tatouée, je n’ai pas de piercing, je ne suis obsédée ni par le chocolat, ni par les bonbons, ni par le travail, ni par le pouvoir, ni par l’argent, je ne suis pas une acheteuse compulsive ni une croqueuse d’hommes.

Soit, il y a quelque chose qui cloche chez moi.

Soit, j’ai un vice caché, bien caché, si bien caché qu’il demeure insoupçonné.

Ma collègue dirait « méfiez-vous de l’eau qui dort »…

Aurait-elle raison ou tort ?

Je crois que j’aime bien rester une énigme pour certains. Ils sont nombreux à chercher, à me poser des questions. Une fille bien sous tous rapports a forcément quelque chose à cacher! Tout le monde à un vice, allez dis-nous, c’est quoi le tien ?

Ou un péché mignon. Oui mais un péché mignon, c’est un peu trop joli pour attirer l’attention.

Un vice, c’est plein d’interdits, c’est aller contre l’ordre établi. C’est quand même plus excitant, plus passionnant.

J’ai tellement été prise pour une cruche, qu’aujourd’hui, j’aime bien jouer avec ça. J’en ai pris mon parti, je souris à la question, qui revient régulièrement dès que quelqu’un a bu un verre ou deux,  l’air de dire cherchez,  cherchez, donnez-vous en à cœur joie. Supposez ! Surprenez-moi ! Vous n’avez aucune chance de trouver. Et si vous trouvez…

Mon vice à moi, c’est…

Mon jardin secret !

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Aussi fragile que du cristal

Crédit Pixabay

Mon esprit a-t-il fait l’impasse ?

Cette nouvelle annoncée entre deux portes, nous nous y attendions depuis si longtemps qu’elle est passée presque inaperçue. On s’est même dit : enfin !

Pourtant c’est une vie en moins, une vie éteinte, un sourire qui ne sourira plus que sur les photos et dans les souvenirs que nous ferons revivre au gré d’un rendez-vous. Pourtant c’est une famille amputée, des cœurs fatigués qui restent, tentent d’accepter l’impossible, le point final.

La maladie avait pris, repris, était partie puis revenue avant de tout liquider, de la rendre aussi fragile que du cristal. Chaque jour de plus était un jour de trop, trop de souffrance. Pour un final connu, appréhendé. Il n’était plus questions que de semaines, de jours, puis d’heures, de secondes d’éternité prêtes à exploser.

En avril, j’ai pleuré.

Aujourd’hui, je souris. Comme si la mort avait libéré la vie.

Même si la vie aurait pu continuer. Même si je sais combien ses enfants auraient aimé qu’elle soit là pour tant d’autres premières fois. Même si l’alcool consume les faibles forces de son compagnon, anéanti par tant d’années douloureuses, sans autre espoir que celui du sommeil éternel.

Je ne l’ai pas vu décliner. Alors je garderai dans ma mémoire l’image de cette femme généreusement excentrique, joyeusement libérée.

Et elle me rappellera encore une fois combien le présent est précieux, combien il est essentiel de pardonner, de dire l’amour, de le vivre, de le créer.

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A partir de ses mains

Crédit Pixabay

Ses mains l’ont séduites avant que son regard ou son cœur ne se posent ailleurs. Des mains rugueuses de travailleur, métier manuel ou bricoleur. Des ongles courts, très courts, rongés probablement. Des veines qui tracent l’histoire d’une vie dans un alignement chaotique. Posées, déposées, elles lâchent prise ou se crispent. Elles traduisent ce qui se vit de l’intérieur. Elle n’a qu’à les regarder pour savoir, tempête ou grand soleil, mer calme ou agitée. Elles saisissent fermement les choses, les autres mains. Chargées d’une énergie réparatrice, elles sont gage de sérénité, sécurité.

Elle les imagine douces et tendres quand elles se tendent vers l’enfant, inventent une mélodie apaisante, quand elles aident, accompagnent, calment les tourments des plus grands.

A l’arrêt, elles lui susurrent des secrets. Elle ne sait pas si il le sait. Ses mains créent des envies. Puis glissent sur sa peau, fiévreuses, prêtes à donner. Dans les paumes rondes, les lignes s’entrechoquent, sa peau est d’une douceur insoupçonnée.

Elle aimerait parfois être la pâte à crêpes malaxée, les touches du piano caressées, la porte qui claque retenue fermement, les gants qui l’hiver l’enveloppent de chaleur. Au plus près de lui.

Ses mains suivent l’alignement de son corps, elles sont le prolongement de son être. Fortes. Sensibles. Passionnées. Passionnantes.

Ce texte a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture – décrire une personne à partir de ses mains (20 minutes – 26.06.2018)

 

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Ce “non” qui ne suffit pas toujours

Crédit Pixabay

Le choc. L’atmosphère glaçante.
Un “non” prononcé. Le premier. Il se veut franc, lourd. Il vient des tripes. Il pense avoir du poids. Il n’en a pas.

Les mains écartent les herbes folles, s’aventurent en terrain interdit.
Le “non” se répète. Il cogne dans la tête, enfonce des portes verrouillées.
L’insolence fait de lui une ombre. L’homme fait sa loi.
Le corps riposte, frappe. Il réagit à l’invasion.
Le “non” s’affirme, se crie. Sortir à tous prix. Échapper à ce poids. Échapper à cette loi.

Devant la porte close, une montagne de “non”. Les “non” d’avant et les “non” d’après. Les “non” balayés d’un revers de main, d’un corps à corps fracassé. Des “non” piétinés par la seule volonté de celui qui dit. Des “non” jamais entendus, toujours refusés.

Devant la porte, la colère gronde, enfle.
Si la porte s’ouvre le tourbillon va cesser.
Si le “non” se plante dans la chair, la loi cédera au profit de la vérité.
La porte s’est ouverte, flanquée de tant de “pardon” que le “non” s’est perdu dans la foule, à couru à perdre haleine. Le corps à vomi des “non” à l’infini.

Pourtant ce “non” n’a pas suffit…

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Est-ce qu’en étant en couple, on perd son identité?

Crédit Pixabay

J’ai lu ces mots sur un commentaire récemment et je me suis demandée dans quelle mesure cela pouvait être vrai. Ou pas.

Quand on est en couple, après une période de célibat, on entend souvent la fameuse phrase “depuis que tu le/ la connais, tu as changé”. Et pour cause. La vie s’organise différemment à deux. On s’apprend, on apprend dans une autre dimension.

Est-ce que changer, évoluer, c’est perdre son identité?

Je crois que tout dépend la manière dont on aborde la relation à l’autre. Si on se travestit dès le début pour plaire, si on se conforme à tout un tas d’étiquettes qu’on juge adaptées à la situation, si les idées de l’autre deviennent les nôtres, si dire “non” nous est impossible, si l’autre n’est là que pour combler un manque, alors oui on perd son identité. Qu’il s’agisse d’un acte conscient ou non, la relation est déséquilibrée dès le départ. Et la fin presque évidente. On ne peut pas faire semblant toute sa vie, ni jouer le rôle de quelqu’un que nous ne sommes pas sur le long terme.

C’est comme dans une relation toxique. On change, pas pour soi, mais pour l’autre. On change parce que ça devient une question de survie à un moment donné. On s’en rend compte parfois tout comme on se rend compte que faire marche arrière est impossible. Et comme chacun le sait, les conséquences sont souvent désastreuses.

Je pense qu’une relation équilibrée nous révèle à nous mêmes, nous aide à nous regarder différemment, nous donne les clés pour nous connaître davantage. Dans ce type de relation, nous ne cherchons pas à plaire à toux prix. Ce qui n’enlève rien à la séduction. Nous nous présentons face à l’autre avec nos forces et nos faiblesses, à lui ou elle de faire son choix. Quand on aime une personne, on l’aime pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle pourrait être si. D’ailleurs, je pense que dans une relation équilibrée on n’a pas envie de changer l’autre, ça ne nous traverse pas l’esprit. Chacun vient avec son identité, son histoire, en sachant qu’il y aura des désaccords, des compromis à faire. Comme on ne recherche pas à “sauver” l’autre (quel que soit ce qu’on met derrière cette idée là).

Et alors, est-ce qu’accepter les compromis, c’est perdre son identité?

Peut-être que quand on sent qu’on se perd ou quand les autres nous le répètent à tout bout de champ, il est essentiel de se poser des question. Est-ce de l’amour? Est-ce que je change pour l’autre? Est-ce que telle chose, telle idée est “mon choix”? Est-ce que je me sens bien, en harmonie dans cette relation ou bien est-ce qu’elle me perturbe, me fait dévier de mon chemin?  Est-ce que je me sens libre ou emprisonné?

J’ai perdu mon identité un bon nombre de fois. Je me suis investie dans beaucoup d’histoires (d’amour comme d’amitié) en bradant qui j’étais. Je crois que j’avais une vision faussée de la relation à l’autre. J’ai copié ce que j’avais appris, avec pour objectif principal, ne pas faire de vague, être “conforme” à ce qu’on pouvait attendre de moi. Et j’ai bien entendu rencontrer des personnes pour qui je n’étais “pas assez ceci” ou “trop cela”. Et au lieu de me faire confiance et de m’affirmer, je me suis pliée aux exigences des uns et des autres. Je suis tombée dans la dépendance affective, je me suis effacée, j’ai souffert, je suis tombée.

Cela m’a demandé du temps et beaucoup de travail sur moi pour accepter de voir la réalité en face, accepter de regarder les yeux dans les yeux ce que j’avais accepté, ce que mes relations avaient fait de moi. Pour pouvoir changer la donne. Ce travail a été douloureux, difficile, dangereux parfois, mais pour ce que je vis aujourd’hui, je peux sans hésiter dire que ça en valait la peine. Je ne regrette rien du passé, j’embrasse pleinement le présent.

Et vous, perdre son identité ça vous dit quelque chose? Ou bien vous considérez comme moi que la relation à l’autre vous ouvre les portes d’une découverte plus poussée de vous mêmes? 

 

Posted in Atelier écriture, Variations Littéraires

Idées noires

lalesh aldarwish ©

La nuit l’a percuté, de plein fouet. Un cri puis les sirènes. Dans le rétroviseur, Elle voit la scène, elle ne bouge pas. Ça tape contre ses tempes. Quelque chose l’empêche d’ouvrir la porte. Ses mains restent posées, comme fixées sur le volant. Elle entend des bruits, elle voit des visages, juste des ombres. Et cette main folle, imposante, qui voudrait la saisir, qui lui demande de sortir. Cette main sans visage la terrifie.

Ses jambes se dérobent sous l’angoisse qui gagne du terrain. Elle se débat à l’intérieur d’elle-même. Elle sent son cœur se rétrécir, devenir aussi petit qu’une perle de pluie, aussi éphémère qu’une poussière qui passe. Elle ferme les yeux, tentant de maintenir l’horreur à distance. Dans son monde en noir et blanc, le sang n’a la couleur que de l’effroi, insaisissable et pourtant là, à quelques  battements d’ailes. Ses sens sont décuplés, les yeux fermés. Elle sent, respire le drame, se sent dépossédée de ses facultés.

Un coup au carreau la sort de sa torpeur. Elle ne voit que ça, la main, imposante, violente, celle du bourreau qui vient la tourmenter, un vieux vestige du passé. Dehors les sirènes s’éloignent, les ombres s’évanouissent, le cri se tait, ne restent que les réverbères pour éclairer ses idées noires.

Ceci est ma participation à l’atelier 308 de Bric a Book – J’aurais aimé écrire quelque chose de plus léger pour le dernier atelier avant les vacances d’été, mais j’ai trouvé la photo très oppressante, du coup je me suis laissée guidée par ce qu’elle m’inspirait.

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Les États d’Esprit du Vendredi 22.06.2018

J’anticipe ma non-envie de me glisser derrière l’ordinateur ce soir (quoi que d’ici là j’aurais peut-être plein de choses à écrire!). Allez place aux états d’esprit de The Posman  et Zenopia.  On copie le formulaire, on le remplit, on glisse un petit mot doux sur leurs blogs respectifs avec le lien de notre article et c’est parti :

Début [16:31]

Fatigue : se coucher tôt ce soir

Humeur : très bonne
Estomac: tisane, chocolat
Esprit: détendu
Cond. phys. : yoga
Boulot : on sent que l’ambiance change et que tout le monde est plus détendu avec les vacances qui arrivent…
Culture:  Venus Erotica (ça va mieux – le style est sublime, ça aide) – Elisa Brune “la salon des confidences”
Penser à : terminer mon recueil de poèmes
Avis perso : écrire est vraiment libérateur (à plein de niveaux)
Message perso: (1) j’aurais bien aimé être là hier soir! (2) des nouvelles? (3) la famille, ça peut le meilleur comme le pire – courage!
Loulou: dort chez ses grands-parents ce soir, passe des heures à jouer dehors, a des réflexions trop chou
Amitiés : difficile de les avoir au téléphone, pense à elles
Love : attentif, rassurant, drôle, m’aime (tout est dit)
Sorties : footing, pique-nique, cours d’écriture, déjeuner en famille, déjeuner entre copines
Essentiel: la confiance
Courses: cadeaux d’anniversaire, maillot de bain, pizza
Envie de: une soirée en tête à tête
Photo: les roses sont de retour
Zic: A venir
Fin [16:48]
Très belle soirée et bon weekend à tous.
Posted in Extraits Livres Publiés, Variations Littéraires

Mauvaise Pioche

Crédit Pixabay

Des cases, des cases, encore et toujours des cases. Certaines obligatoires. D’autres à remplir si le cœur nous en dit. Des cases de toutes les grandeurs. A cocher. A éviter, à griffonner. C’est épuisant ces cases à l’infini. Ils s’y connaissent en cases dans l’administration. Elles me sortent par les trous de nez leurs cases et le discours qui va avec.

Des cases. Et puis aussi des files d’attente qui s’éternisent. Il faut prendre son ticket, mémoriser son numéro, répondre présent au premier appel, sous peine de se faire sucrer sa place. Des numéros. De suivi. De dossiers. Numéros à appeler, à rappeler. Numéros à sélectionner, à indiquer. Des horaires à intégrer sous peine de se retrouver mis à la porte, parce que ça ferme dans trente minutes. Il faut au moins ça pour plier bagage et rentrer chez soi, avant les embouteillages du soir.

J’allais oublier les courriers. Les courriers reçus, envoyés. Les courriers recommandés, photocopiés, scannés, faxés. Les courriers retournés, égarés. Et la plateforme téléphonique qui s’égosille à vous rappeler que tous les conseiller sont pris, qu’il vous faudra attendre 3 minutes et 25 secondes, avant que quelqu’un prenne votre appel. Si après avoir attendu 4 minutes et 41 secondes, vous n’avez tout simplement pas raccroché, devant toutes ces fausses promesses.

Je me retrouve une fois de plus devant ce bâtiment sans âme, construit par un architecte insensé ou déprimé, sans aucun doute. Je suis là, mon dossier sous le bras. Trois mois de procédure engloutis sous cet amas de papiers, que je trie méthodiquement tous les soirs, pour ne pas perdre les pédales. Les forêts pleurent elles aussi de désespoir, j’en suis presque certain. Il n’y a personne qui attend ce matin. Le type du guichet me fait signe d’avancer. Il va encore falloir que je lui raconte mon histoire, ses détails croustillants, ses rebondissements alarmants. J’ai envie de la lui imprimer sur le bras, pour la prochaine fois. Il me regarde avec son sourire mielleux, qui trahi un cruel manque d’envie de prendre mon problème au sérieux.

Dans la salle d’attente, c’est la même consternation sur tous les visages. Je feuillette encore une fois mon dossier, vérifie que j’ai bien tout ce qu’il faut, les bonnes preuves, les bons identifiants, les bons mots au bon endroit. Un truc de travers et tout est à refaire. J’ai pratiqué. Je suis vacciné.

La dernière fois, sûr de mon coup, j’étais arrivé fier et droit dans mes baskets, tel un destrier des temps modernes partant au combat. Tout était là, au creux de mes bras. Un dossier béton, aussi solide que le bâtiment administratif, couleur fer forgé, que je fréquentais depuis des semaines.

Je m’étais engouffré dans un couloir sombre, moquette délavée et murs tapissés d’affiches de plus de cinquante ans au moins, dont les coins abîmés se décollaient sous l’emprise de l’humidité ambiante. Affolé par le regard méprisant de mon interlocutrice, j’avais tout simplement failli rebrousser chemin. Bon gré, mal gré, j’avais pris place en face du très respecté agent administratif, en charge de mon dossier. Pas un bonjour, ça débutait parfaitement bien :

  • Votre carte d’assuré?
  • Voilà Madame.
  • C’est pour quoi?
  • Ma demande de droits.
  • Vous avez rempli le dossier ?
  • Oui, ici.
  • On va l’étudier et on vous tiendra au courant.
  • Vous ne regardez pas si tout y est ?
  • La commission va le regarder et on vous tiendra au courant.
  • Mais s’il manque un document, ce serait plus simple de me le dire de suite. Ça fait déjà deux mois que j’entends la même chose. J’ai de quoi m’inquiéter n’est-ce pas?
  • Ce n’est pas moi qui décide Monsieur. Moi, je prends votre dossier et je le transmets, un point c’est tout.
  • Je comprends bien, Madame, mais c’est juste une question de bon sens.
  • De bon sens?
  • Oui, enfin, je pense que vous m’avez compris.
  • Pas vraiment Monsieur. J’ai surtout l’impression que vous êtes en train de me dire comment faire mon travail.
  • Non, pas du tout. Je souhaite juste savoir si cette fois, c’est la bonne.
  • Et bien vous le saurez, quand la commission aura étudié votre dossier. Vous m’excuserez, mais il y a la queue derrière vous. Bonne journée.

J’avais quitté la scène, complètement désorienté, déstabilisé, tel un boxeur mis KO par son adversaire, qu’il pensait pourtant moins fort que lui au départ J’étais reparti bredouille, dans l’attente d’une hypothétique réponse positive. J’avais envoyé des lettres, toutes restées sans réponse. J’avais téléphoné des dizaines de fois, été mis en attente, avec en fond sonore une musique déprimante. La bonne nouvelle, tant espérée, n’était pas arrivée, bien entendu, sinon je ne serai pas assis là aujourd’hui avec ma pile de photocopies et un nouveau dossier, que j’ai rempli avec encore plus d’incertitudes que les fois précédentes, me demandant vraiment si tout cela servait à quelque chose.

Un numéro clignote sur l’écran. C’est le mien. Je m’avance avec un sourire, histoire de détendre l’atmosphère, de me détendre surtout.

Allez, aurai-je plus de chance aujourd’hui ?

Extraits Livres Blog

Extrait de mon recueil de nouvelles La vraie vie (disponible en Papier et PDF sur The Book Edition)

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De la découverte des corps

Crédit Pixabay

On avait vu le corps. En cours de physique-chimie. Les ressorts de la procréation. Les phénomènes du col du l’utérus, les tissus, les trompes de Fallope, la fécondation. Même l’accouchement. Moi j’avais tourné de l’œil. Le corps en schéma. Le corps extérieur, corps procréateur. Le corps intérieur aussi, les organes de vie. Savoir. Connaître. Comprendre le fonctionnement. Le corps, une machine parfaite, digne des plus grands maîtres d’art.

Découvrir. Non. Ou si peu. Écarter les cuisses, ce sera pour plus tard. Chez le gynéco. Ou pour l’autre. Pour soi, on n’en parle pas. Ça ne se fait pas. Cette intimité, c’est un pouvoir qu’on ne dérange pas.

Ressentir. Encore moins. Corps et plaisir ne se conjuguent pas. Ou alors en secret, dans le silence des nuits solitaires.

“Maman” disait qu’un jour on devient femme et que cette intimité il faut la préserver. Est-ce qu’on peut la regarder ? Est-ce qu’on peut la toucher ? Est-ce qu’on peut s’aventurer plus loin ? Est-ce qu’on peut marcher nue dehors et sentir le vent prendre d’assauts nos sens ?  Est-ce qu’on peut être fière du plaisir qui nait à la portée de nos mains ?

Le corps s’exhibe et le corps dérange. Les sens se perdent dans un dédale d’interdits érigés pour préserver la « morale » alambiquée de la société. Quitte à faire du corps un territoire ennemi – le naturel se plie aux injonctions erronées. Ou se révolte et se livre sans limite, objet plus que sujet, violent dans sa recherche d’identité.

“Maman” disait que le corps de la femme est la beauté par excellence, le corps de l’homme, peu flatteur. Alors on regardera en douce, on essayera de glisser un œil sur un poignet, le creux du cou. On basculera pour un sourire, un regard. On figera l’instant sur des mains que l’on espérera fermes et tendres en même temps. On érotisera les zones visibles tant en craignant la nudité. Peu flatteur, dit-elle, mais alors comment pourra t’on se rencontrer ? Quel lien pourra se créer entre moi qui ne connais pas mon corps et son corps à lui sur lequel mon regard ne doit pas s’appesantir ?

Alors il faudra aller chercher plus loin, creuser un sillon sur un corps inconnu, aller chercher ce qu’on ne nous dit pas au creux des draps qui voilent mais ne dissimulent pas. Il faudra oser la découverte pour se rendre compte de la beauté du corps des hommes.

Du corps on n’a pas fini d’en parler, ni de le découvrir, seul(e), à deux, à  quatre, six, huit mains. A le vivre dans le plaisir, un plaisir assumé, accepté. On n’a pas fini de l’écrire, sous toutes les coutures, le décrire sous tous les angles, de le regarder vibrer, s’exhiber, s’affirmer, frissonner. De l’érotiser, au soleil, sur le sable, pieds nus sur l’herbe fraiche, au contact du froid, du chaud, de l’eau, de la terre, du feu, de l’air, de la peau. De l’intégrer surtout comme une chance et non un fardeau.

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Mise à nu

Copyright Marie Kléber

Tu sembles tout savoir. Ou voir à l’intérieur de moi.

C’est étrange, pour moi qui tente de garder cette part d’insaisissable, insondable, qui me retranche derrière des hypothèses, de savoir que toi, tu vois au-delà.

Devant toi, je me sens nue, dépourvue des artifices qui me protègent. C’est impressionnant, exaltant et terrifiant par moments aussi. Ces moments où j’aimerais que tu ne devines rien des tourments qui m’habitent, des pensées qui traversent mon esprit, des envies qui bousculent mes certitudes.

Cette transparence peut m’indisposer. Elle me met mal à l’aise parfois. Elle m’amuse de temps en temps, quand je me sens prête à risquer un pas dans un dédale de confidences intimes, créant une complicité plus intense que celle de la chaire ou des sentiments.

Tu sais qu’il faudra, non pas m’imposer, juste doucement, en te montrant rassurant, me mettre devant le fait accompli, pour que je lâche prise sur tout ce que je refuse encore d’assumer, d’affirmer comme étant une partie de moi. La confiance fera la différence.

Accepter ses zones d’ombre, c’est toujours délicat. Et pourtant intensément constructif.

Si les mots le savent, les actes peinent à l’exprimer. Nous avons tout notre temps pour oser…

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Grandir avec lui

Copyright Marie Kléber

Le laisser être, petit homme (petite femme) en devenir, qui s’insurge contre un « non » qu’il considère inadapté à sa demande somme toute recevable, mais à laquelle du haut de nos idées de grands, nous refusons d’accéder.

Le laisser vivre et exprimer la joie, la colère, le chagrin, même si celui-ci nous parait vain. Qui sommes-nous pour juger de ce qu’il ressent, du haut de ses quelques printemps ?

Le laisser s’accorder au monde, sans lui imposer une manière d’être. En lui inculquant les règles du bien vivre ensemble et des valeurs qui nous sont chères. Sont-elles celles des autres ? Valent-elles plus ou moins ? Ou rien de tout cela. Tant qu’il est question d’être en accord avec soi.

Le laisser trouver sa place au sein d’un espace, d’un groupe. Ne pas le brusquer tout en l’invitant à dompter ses peurs. Ne pas lui refiler les nôtres. Essayer au moins.

Le laisser grandir, à son rythme, sans toujours vouloir qu’il soit en avance, qu’il saute une classe, qu’il soit plus intelligent, plus sûr, plus éveillé, plus manuel, plus créatif, plus aventurier, plus câlin, moins casse-cou que les autres.

Puis le regarder, poser les yeux même quand tout autour nous invite à courir. Lui donner l’essentiel. Ne pas le trahir. Lui donner des ailes pour qu’il puisse voyager dans ces nombreux pays que seuls les enfants savent imaginer. Attendre qu’il revienne pour sa dose d’amour quotidienne qui lui donnera les clés pour grandir serein.

L’écouter. Dans les rires du jour. Et le silence du soir. Dans ce qu’il dit et ce qu’il tait. Dans ses impressions et ses appréhensions. Dans ses victoires et ses échecs. Dans ses idéaux (en essayant de ne pas perdre les nôtres en chemin). Dans ses aspirations et ses craintes. Dans ses forces et ses faiblesses. Dans ce qu’il a de nous et ce qui n’est qu’à lui.

Lui laisser la place et prendre la nôtre. Dans un équilibre sans cesse renouvelable, un rythme modulable.

Faire de son mieux aussi et croire en soi surtout.

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Un signe dans le ciel

© Pille Kirsi

J’étudiais le vol des oiseaux, comme si un signe se cachait dans ces traversées silencieuses. J’attendais un signe. Je voulais voir quelque chose se dessiner dans le ciel, pour savoir. Quelle route prendre. Quel choix faire.

Mon quotidien ressemblait à ce ciel gris, chargé de nuages prêts à exploser. Mon quotidien m’imposait une conduite qui se devait d’être irréprochable. Les doutes omniprésents ne me laissaient pas respirer, je vivais en apnée, terrorisée par les mains qui se referment un peu trop violemment, les mots qui claquent comme des insultes, le mépris insensé, la peur du faux-pas. Et les nuits qui n’en finissent pas de trainer avec elles le choc des corps, les heures passées à effacer l’odeur des ébats consentis pour une paix illusoire. Le gouffre profond du désespoir sans aucune porte de sortie possible.

Les oiseaux dans le ciel murmuraient des secrets que mon cœur savait. La route à choisir: la liberté. Le choix: partir.

Mon quotidien se décomposait sous mes yeux. Les nuages charriaient des larmes qui ne cessaient d’inonder mes draps. Impossible de reconnaître le jour de la nuit. Tout n’était que cri. Ce cri coincé dans la gorge qui ne sortait pas, le cri de l’échec cuisant, celui de la nuit qui gagne en puissance, enterre les espoirs d’un nouveau départ.

Les oiseaux, imperturbables, continuaient leur voyage. Je restais là à les regarder tracer leur chemin. Atterrée, perdue, vidée, anéantie, ils filaient sans moi. Le noir opaque m’empêchait de voir l’autre rive.

Mon quotidien était devenu l’enfer que je redoutais, la peur avait cédé place à la terreur, celle qui encore aujourd’hui fait trembler mon corps quand un danger se manifeste. La haine au fond d’un regard avait scellé mon avenir.

Les oiseaux m’accompagnaient vers la vie.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture 307 de Bric a Book

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Les Etats d’Esprit du Vendredi 15.06.2018

Mieux vaut tard que jamais. J’étais tellement rincée hier soir que j’ai préféré attendre ce matin pour participer au rendez-vous de The Posman  et Zenopia.  On copie le formulaire, on le remplit, on glisse un petit mot doux sur leurs blogs respectifs avec le lien de notre article et c’est parti :

Début [Vendredi + 7h49]

Fatigue : no comment

Humeur : délicieuse
Estomac: en attente d’un petit déjeuner
Esprit: détendu
Cond. phys. : yoga, danse, marche à pied
Boulot : je m’attaque à mes objectifs de l’année
Culture:  The Kite Runner de Khaled Hosseini – Venus Erotica (je n’accroche toujours pas, même si je dois dire que c’est bien écrit, il aurait peut-être fallut commencer par d’autres nouvelles que l’inceste ou le viol – là moi ça m’écœure plus qu’autre chose)
Penser à : noter toutes les idées qui me viennent quand elles me viennent (même au milieu de la nuit)
Avis perso : faire brûler des papiers chez soi c’est une très très mauvaise idée – ne pas le dire à ses voisins, ça crée un mouvement de panique dont on se passerait volontiers en plein milieu de la nuit.
Message perso: (1) courage pour la dernière ligne droite du bac (2) tu es une maman formidable, il faut que tu prennes soin de toi ma jolie (3) que de bonnes nouvelles! (4) merci de m’aider à assumer!
Loulou: se remet de ses deux nuits abrégées, attend l’anniversaire de son meilleur copain, est super câlin, s’endort au son de ma voix.
Amitiés : sortent des livres, reprennent le travail, sont épuisées et doivent prendre soin d’elles, réussissent des concours, attendent le début de leur congé maternité, pensent aux vacances…
Love : trop peu de lui – a des idées (et pas que folles!)
Sorties : petit déjeuner avec loulou, anniversaire, fête des pères
Essentiel: être vivant, être ensemble
Courses: cadeaux d’anniversaire, short de bain pour loulou, sandales pour moi
Envie de: une soirée en tête à tête
Photo: lire en anglais m’avait manqué…
Zic:Daft Punk – Get Lucky

Fin [Vendredi + 8h11]

Très belle journée à tous!

Posted in Carnets de route

Tous ces raccourcis qui nous pourrissent la vie

Virginie l’écrivait ce matin, l’inspiration est partout. Aujourd’hui, elle est arrivée dans une conversation entre collègues. Souvent j’écoute et je ne dis rien. Là, je suis intervenue. Ils parlaient d’un collaborateur en ces termes « il marche à deux à l’heure, il est lent, à côté de Laurence, c’est le jour et la nuit !» Il s’avère que cette personne souffre d’une grave maladie qui la handicape physiquement. Je le sais mais j’ai envie de dire il n’y a pas besoin de le savoir pour voir, ouvrir les yeux, regarder l’autre être et vivre. Et surtout ne pas tirer de conclusions hâtives.

Les raccourcis, nous les connaissons tous, nous en avons fait les frais, nous y avons recours parfois. Nous nous reprenons. Ou nous continuons à déblatérer sur l’autre, comme s’il n’était pas un être humain mais plutôt un meuble, une chose sans importance.

Je me dis assez souvent que les gens doivent vraiment s’emmerder dans leur vie pour parler autant de celle des autres. Et pas souvent dans des termes très élogieux. On en entend tous les jours des raccourcis du genre. Prêtez l’oreille, je suis certaine qu’à la fin de la journée, vous aurez au moins une anecdote à partager.

Je trouve ça triste. Les raccourcis peuvent être inoffensifs comme traumatisants. Ils peuvent faire sourire parfois, en fonction de l’humeur du jour, ou bien être à l’origine de troubles plus graves. On pourrait se dire qu’un raccourci, ça va. Le problème c’est que ce raccourci est souvent partagé. Un raccourci devient une rumeur. Et la rumeur, tout le monde le sait, ça prend des proportions que nous maîtrisons rarement. Sauf qu’une fois que le mal est fait, il n’y a plus de retour en arrière possible.

Un jour, on parle avec un collègue en sortant du travail. Le lendemain, on a une liaison.

Un jour, on file une fessée à  son enfant, à bout de tout. Le lendemain, on le maltraite.

Un jour, on pose un arrêt maladie. Le lendemain, on est une tire au flan payée aux frais de la princesse.

Un jour, on fait un compliment à une collègue. Le lendemain, on est poursuivi pour harcèlement sexuel.

Un jour, on prend une photo de son enfant de quelques mois nu dans son bain. Le lendemain, on est un pervers de la pire espèce.

Un jour, on refuse un verre de vin. Le lendemain, on est une fille coincée, mal baisée.

Un jour, la vie est ce qu’elle est, avec son lot de hauts et des bas. Le lendemain, elle change parce qu’une personne, au lieu de s’occuper de son nombril, a jugé bon d’aller colporter tout un tas d’inepties à votre sujet.

Bien sûr personne n’est à l’abri de dire des conneries. Mais tout le monde peut faire amende honorable. Ce n’est pas compliqué. Il suffit de se mettre à la place de l’autre pendant quelques minutes, généralement c’est assez efficace !