Posted in Emprise et Renaissance

Faire le deuil des vivants

Il y a des jours où je lui en veux, je lui en veux beaucoup même.

Les autres jours, j’y pense de moins en moins. Les autres jours, tout me paraît loin. Je prends mes distances avec ces deux dernières années, délicates et difficiles.

Si je me sens mieux avec mon histoire, notre histoire, si j’arrive à passer des caps, à avancer plus sereinement, il y a toujours des moments où je plonge, où je me sens seule, perdue, impuissante.

Il y a des jours où je voudrai pouvoir mentir, effrontément, sans ciller. Ces jours où un rendez-vous chez le médecin fait vaciller mon équilibre. Ces jours où j’entends quelqu’un me dire « vous ne prenez pas la pilule. Vous désirez un autre enfant ? ».

Je reste sans voix. Et à cet instant-là, j’ai mal, terriblement mal. Je dois parler. Je dois raconter mon histoire, répondre à la suite sans fin des « pourquoi » qui s’enchaînent. Elle est un peu tarabiscotée mon histoire. Je ne suis même plus sûre d’en connaître les causes, d’en saisir les subtilités, d’en comprendre les rouages. Avec le recul, je me rends compte que j’ai pris un des chemins les plus difficiles. La chute est plus rude quand on tombe d’une montagne que lorsque l’on dévale une colline.

J’ai eu la mauvaise idée de faire du tri dans mes écrits. Je suis tombée de haut. J’y croyais. A l’époque, j’y croyais fermement. Même quand ma vie prenait l’eau de toutes parts, j’y croyais. Je lui ai donné ma confiance, sans hésiter. J’ai rendu les armes. J’ai abandonné mes idéaux et j’ai cru que c’était une bonne chose. J’ai cru qu’il me faisait du bien, qu’il m’aimait bien, qu’il était un type bien. Mais je vivais sur quelle planète quand j’ai écrit tout ça ?

Je devais avoir une piètre image de l’amour pour penser que notre relation s’inscrivait dans cette démarche-là, pour penser que l’humiliation et le mépris étaient des données acceptables, que ses absences et ses silences étaient justifiées par mon comportement, mes sentiments.

Comment ai-je fait pour nier ma souffrance à ce point ? Comment ai-je fait pour ne pas voir ce qui crevait ma vie ? J’ai supporté parce que j’ai placé un voile sur une vérité trop lourde à encaisser. J’ai supporté, certaine que c’était lui. Ca devait être lui.

Il y a des jours où je lui en veux, je lui en veux de tout ça, de ce vide, ce silence, je lui en veux pour tout ce qu’il m’a pris, tout ce qu’il m’a promis sans jamais rien me donner.

Et la colère sourde qui se tait revient sur le devant de la scène. J’apprends à la laisser s’exprimer. J’apprends à l’accueillir, à l’accepter sans porter de jugement sur ce que je ressens. J’apprends à faire le deuil des vivants.

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Source Peone Tumblr

Posted in Carnets de route, Variations Littéraires

Un peu, beaucoup, passionnément…

« Beaucoup » me dit ta petite voie rieuse. Je t’aime beaucoup. Et plus encore.

Tu connais la comptine. Tu l’aimes beaucoup. Tu aimes que je te la chante en t’envoyant des bisous. Elle te fait sourire et ton sourire me remplit d’allégresse.

Je te regarde grandir avec mes yeux grands ouverts. Je ne voudrais surtout pas en rater une miette.

Je médite sur tes petits chaussons qui guident tes pas à travers le salon. Sur tes chaussures, que tu ranges désormais tout seul, sur ton étagère.

Je te regarde dormir, apaisé, entourant de ton bras ton doudou adoré. Je retrouve ton visage de premier né dans ces moments-là.

Tout me ramène à ton premier cri, à ton corps posé sur le mien, à notre premier rendez-vous.

Je médite sur la vie, tout ce qu’elle m’a donné, sur tout ce qu’elle m’avait promis et toutes les promesses qu’elle a gardé.

Tout ce qui me fait mal me semble loin, quand je plonge mon regard dans le tien, quand je parcoure les photos, quand je me souviens.

Je prends le temps de vivre, à tes côtés. Je prends le temps de te laisser faire, de te laisser gambader à ton rythme. Je prends du recul face au temps, aux choses qui me paraissaient importantes et qui ne sont pas si essentielles, aux choses qui me paraissaient futiles et qui sont en fin de compte les plus importantes.

Je t’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie…BISOUS !

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Source Pinterest

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Aujourd’hui, j’ai 34 ans !

Le 28 octobre 1980, ma mère a vécu « le plus beau jour de sa vie ». Ce sont ses souvenirs qui m’aident à écrire ces lignes et ceux de mon père bien entendu, lui-même qui a choisi mon joli prénom.

Je mettais un peu de temps à arriver, si bien que le gynécologue a été appelé au secours. Il est arrivé avec dix internes, à qui il donnait cours, à l’heure précise où je faisais mon entrée dans le monde. Je suis arrivée sous les applaudissements. « C’est une battante votre fille » a déclaré le docteur avant de quitter la salle d’accouchement.

Les dés étaient jetés.

Trois semaines après cette arrivée fracassante, mes parents reprenaient le chemin du CHU derrière une ambulance qui emmenait mon petit corps tout blême en salle de réanimation. Une navrante histoire de biberon mal digéré. Quelques fois je crois voir le visage de mes parents, inquiets, dépassés, défaits. « Si elle ne s’en sort pas, je n’aurai plus jamais d’enfant ». Ils n’auront attendu que 48 heures pour entendre « votre fille s’en est sortie, c’est une battante ».

J’ai quitté l’hôpital le 24 Novembre 1980, après 10 jours d’hospitalisation. Sans savoir que 32 ans plus tard, devant la fenêtre de mon appartement allumé, dans une rue commerçante de Dublin, je prendrai la décision de ne pas rentrer chez moi, après 10 jours de silence méprisant et de menaces.

Les dés étaient jetés.

J’aime les anniversaires. J’aime célébrer les naissances, la vie. J’aime aussi beaucoup l’automne pour ça, pour ces années qui s’ajoutent, avec délicatesse. Je n’ai jamais de coup de blues. Je ne me sens pas vraiment vieillir.

J’ai remarqué, que malgré les épreuves de la vie, les trahisons, les rejets et les peines, je n’ai rien perdu de mes envies, de mes rêves, de mes idéaux. Je n’ai pas perdu cette petite flamme qui danse en moi les jours de pluie comme les jours de grand soleil.

Quand je regarde en arrière, je souris à la petite fille que j’ai été. Je lui dois tout. Et surtout d’être moi, vraie et heureuse !

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Annonce officielle : Je suis une Courgette !

Pour info, dans le langage de mon patron chéri adoré, une courgette est une fille qui n’arrive pas à SA hauteur, une fille qui ne rentre pas dans sa définition de « qu’est-ce qu’une bonne assistante » ?

La métamorphose s’est faite dans la nuit du jeudi au vendredi, à mon insu (et c’est ça le pire, chers lecteurs!). Je suis passée de la working-girl en tailleur noir et chaussures vernis à la courgette de service. Et c’est bien entendu mon cher patron, à l’humeur de rose (tendance rose fanée) qui me l’a fait remarquer.

Il était dans son bureau, entourée de deux nymphes, qui l’écoutaient blablater, en lui souriant béatement. Il adore se sentir admiré ! Enfin, revenons à nos moutons, il a pris son téléphone pour me demander si j’avais eu des nouvelles de son parapheur super méga urgent, que j’avais récupéré une heure avant, non signé (O’Malheur !)

Ma réponse ne lui a pas plu, comme le fait que les assistantes du DG, qui sont les reines des « courgettes » n’aient pas remarqué cette même absence de signature. C’est là, à cet instant précis, qu’il m’a dit « vous êtes une vraie courgette vous aussi. » Derrière lui, les deux oies blanches ricanaient. Elles n’ont pas percuté qu’un jour ou l’autre elles auraient pu elles aussi être transformées en légume vivant.

Mon patron doit avoir un rapport particulier avec les aliments et les légumes en particulier. Car si tu n’es pas une courgette, tu peux être une aubergine, ce qui est considéré comme plus flatteur. Bien sûre l’aubergine, ça a des formes !!

J’avoue préférer être une courgette, car cela veut dire qu’il n’y a aucun risque que mon patron blague légèrement avec moi, chose que je déteste au plus haut point. Je suis une courgette et je marche fièrement, sous les néons des réverbères. Et toc !

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Source – 123RF

Posted in Carnets de route

Ces principes qui nous empêchent d’avancer

Des principes. J’en ai à la pelle.

Mais des principes qui ne servent souvent pas à grand-chose.

Des exigences plutôt que des principes d’ailleurs.

Des exigences subtiles qui m’agressent à coup de :

Il faut

Il faudrait

On doit

On doit absolument

Je devrai faire ci ou ça

Des exigences fragiles qui me traversent et qui me font culpabiliser :

Je ne devrai ressentir que joie et apaisement

Je devrai avoir le sourire tout le temps

Je ne dois pas me plaindre ou être en colère

Je ne dois pas envier mon voisin, ni vouloir prendre sa place le temps de retrouver la mienne.

Des exigences et des principes stupides qui me freinent, qui m’empêchent d’avancer, qui me maintiennent dans ma vie bien rangée.

Tout est parfait comme ça, pourquoi vouloir tout déranger ?

C’est ce que mes principes me répètent à longueur de journée

Ne pas faire de vague

Ne pas chambouler l’ordre établi

J’ai commencé à faire un travail sur moi, à mettre le nez dans toute cette batterie de principes insensés, que j’érige depuis trop longtemps en valeurs justes et morales, mais qui m’empêchent de m’aimer telle que je suis.

Je continue mon travail. Reconnaître mes émotions. Mettre le doigt sur ce que je ressens. Accepter mes sentiments sans me juger, sans les juger. Et les dépasser.

Il y a quelque temps, j’écrivais sur l’acceptation de sa vie. Depuis cet article, j’ai compris qu’accepter, ce n’était pas renoncer, ni se résigner. Accepter c’est faire la paix avec soi-même et transformer ce que l’on ressent, initier des changements, oser enfin.

Avoir des principes, ce n’est ni bien ni mal, à condition que ces principes ne nous empêchent pas de vivre et d’évoluer, à partir du moment où ces principes ne nous bloquent pas, ne nous maintiennent pas prisonniers.

Et vous, avez-vous certains principes qui vous empêchent d’avancer ?

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Source

Posted in Carnets de route

Suis-je impudique ?

C’est une question que je ne me serai jamais posée avant. Mais avant quoi me direz-vous ?

Avant de lire, de vous lire.

Avant tout ça. Avant la crise. Avant de n’avoir d’autre choix que celui de parler, de laisser les larmes couler, de dire ce qui fait mal, ce qui va mal.

Avant tout ça, j’étais la fille qui ne parlait jamais d’elle. J’étais la fille au sourire jovial, pour qui tout allait bien, qui donnait le change et laissait le monde entier croire qu’elle n’avait ni angoisse, ni doute ou que sais-je encore. J’étais la fille secrète, discrète. Et j’entretenais ces aspects de mon caractère.

Et puis un jour le silence a eu raison de moi. Et il a fallu se lancer. Il a fallu se mettre à nu. Je ne pouvais plus me taire. Mes yeux remplis de larmes parlaient même pour moi. J’étais une épave perdue en pleine mer. Et pour atteindre la terre ferme, il a fallu que je laisse les autres me tendre la main, il a fallu que je les laisse me sauver, moi qui ne rêvais que de couler.

Bloggeuse humeur. C’est ma marque de fabrique. Je parle de moi, ce qui me plaît, ce qui me fait vibrer, ce qui m’oppresse. Je parle de moi, sans limite, sans trop de pudeur parfois. Ceux qui me lisent depuis longtemps savent beaucoup de choses de ma vie.

Trop de choses ?

Je n’y vais plus par quatre chemins. Quand j’ai mal, tout le monde est au parfum. Quand je vais bien, j’aime partager cet état de grâce avec ceux qui m’entourent.

Certains pensent qu’ici, on ne devrait pas trop parler de soi, on devrait se limiter, taire ce qui nous bouffe de l’intérieur, ce qui nous fait trembler, taire les larmes qui inondent nos oreillers le soir. Certains pensent que parler de sa vie, c’est indécent.

Peut-être. Peut-être qu’ils ont raison. Ou peut-être qu’il est utile et nécessaire de trouver le juste équilibre comme dans toute chose, qu’il est souhaitable de savoir faire la part des choses entre ce qui peut être partagé et ce qui relève de la sphère intime.

Peut-être que doucement, après avoir été hostile à parler de moi, après avoir gardé mes secrets bien ficelés, mes déboires sous cloche, après avoir balancé tout ce qui me passait par la tête, tout ce qui me blessait, je prends conscience de ce qu’on peut partager et ce qu’on doit garder pour soi.

Suis-je impudique ?

Je ne saurai répondre à cette question. Je suis peut-être impudique mais si ce manque de pudeur a le pouvoir d’aider certains, de bousculer les consciences, de nous, de me faire avancer, alors je n’hésite pas une seconde à partager des bribes de ma vie.

Pour le reste, je pense qu’en jouant savamment avec les mots, on peut laisser parler nos émotions, nos sentiments, sans se dévoiler totalement, en faisant juste ressortir l’essentiel.

Et vous, pensez-vous l’être ?

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Posted in Tout un poème

La valse des saisons

L’histoire commence, fragile

Les saisons passent

Les arbres se dénudent

Le temps pour le monde de reprendre son souffle

***

L’histoire continue, docile

Les saisons défilent

Les arbres frissonnent

Le temps pour le monde d’arrêter les secondes

 ***

L’histoire recommence, intense

Les saisons s’écoulent

Les arbres refleurissent

Le temps pour le monde de reprendre son rythme

 ***

L’histoire se dessine, facile

Les saisons se perdent

Les arbres rayonnent

Le temps pour le monde de se bercer d’amour et de rires

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Posted in Carnets de route

Je fais du sport, ne m’en demandez pas trop !

Pendant longtemps, j’ai eu en horreur le mot « sport ». Le sport s’apparentait pour moi à une série de mouvements tordus, qui ne m’apportaient aucun plaisir.

Cette haine censée remonte à l’enfance. Si toi non plus, tu n’aimes pas le sport, c’est peut-être tout simplement parce que tu as des sales souvenirs de tes cours de primaire, de collège ou encore de lycée. Avant de devenir cocasses, avant que tu puisses les évoquer avec le sourire, ces moments ont été horribles à vivre, tu priais même peut-être chaque semaine pour qu’un coup du sort t’empêche de devoir y assister. Mais contre toute attente, la vie étant définitivement dégueulasse avec toi, tu étais bien là et au moins une fois dans ta vie tu as entendu un truc dans le genre :

  • J’ai une fille dans mon cours, elle a peur du ballon !
  • Bon allez, quelqu’un va bien se dévouer pour prendre miss K dans son groupe …
  • Vous n’êtes vraiment pas douée ou vous le faites exprès ?
  • Je ne sais pas ce que je vais faire de vous…

Vous avez sûrement aussi dû gérer la mine complètement ravagée de vos chers camarades de classe, scandant à tout va « avec miss K dans notre groupe, c’est sûr, on va perdre », comme si l’important c’était de gagner. Alors que vous, dès votre plus jeune âge, vous avez compris que l’essentiel c’était bien de participer (pas d’autre choix vous me direz)!

Le sport et moi, ça a toujours fait deux. Mais surtout ce qui me déplaisait le plus je crois c’était les sports d’équipe. D’abord parce que j’étais la tête de turc de la classe et que dès qu’il était de bon ton de rire, c’est de moi qu’on se moquait. Et puis parce qu’il faut bien l’avouer, je vivais beaucoup dans ma tête, dans mes rêves et du coup j’étais souvent complètement à côté de la plaque.

Par contre, l’été, c’était avec un plaisir non dissimulé que je rejoignais le bord de mer et me payais des après-midi dériveurs avec mes cousines. En fait je crois surtout que l’école ne m’a pas aidé à aimer le sport et l’esprit de compétition érigé en valeur morale première, non plus.

J’ai tout de même réussi à décrocher un 16/20 au bac. L’endurance, c’était ça ma marque de fabrique.

Pendant les années qui ont suivi, j’ai eu des drôles d’idées, comme celui de rentrer dans la gendarmerie ou de passer le concours de l’armée. Attends, il ne faut pas être sportif pour l’un comme pour l’autre ? Si,si. Moi, je ne voyais que la gloire de l’uniforme ou plutôt l’amour en uniforme…Enfin bref, je me suis jetée dans le sport corps et âme et j’ai rendu les armes avant d’avoir enfilé l’uniforme. Décidément le sport et moi, nous n’étions pas faits pour nous entendre. J’ai donc pris le parti de le rayer de ma carte de visite. Et j’ai pris des cours de danse. Je m’éclatais enfin !

Dernièrement, après 9 mois de grossesse, une année de « requinquage » nécessaire, il a fallu se rendre à l’évidence. Le sport c’est bon pour la santé. Et zut !

J’ai donc consenti à filer m’acheter une paire de basket et devant les mille et un articles vantant les bienfaits du « running » (c’est plus entraînant que « course à pied »), je me suis remise à courir. Et j’ai détesté ça. Et je m’en suis même voulu de détester ça. Tout le monde m’avait tellement dit que c’était génial que j’en suis arrivée à me demander s’il n’y avait pas quelque chose qui clochait chez moi. On était bien parti !

Mais comme je suis une battante, j’ai cherché ailleurs et j’ai finalement signé pour un abonnement annuel pour des cours entre midi et deux. Qui aurait cru qu’un jour, moi, Marie Kléber, je ferai du sport entre midi et deux, deux fois par semaine !

C’est chose faite. Abdos-fessiers et Step sont devenus deux rendez-vous hebdomadaires que je ne manquerai pour rien au monde. Mais bon, point trop n’en faut non plus…

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Posted in Variations Littéraires

Tourbillon de mots

Ma plume  coure sur le papier. Les mots s’entrechoquent mais ne se complètent pas. Ils se touchent, s’appréhendent, se sentent, s’attachent un peu et se détachent brutalement. Ils se voudraient moins timides, plus débrouillard, un brin plus aventuriers.

Ils se bousculent et chahutent. Ils veulent savoir celui que j’aime le plus, ceux qui, mis bout à bout, écriront quelque chose de censé, quelque chose qui plaira, que d’autres liront à haute voix, en se sentant concernés.

Ils se cherchent. Ils se faufilent entre les lignes et mes mains peinent à garder le rythme de leur course folle. Le stylo commence à peser lourd dans ma paume, mes doigts deviennent chauds et je sens une crampe saisir mon poignet. Je ne me résigne pas. Je sais que si je continue, la douleur finira par s’atténuer. Si j’arrête, les mots vont se perdre, fuir mes pensées. Ils vont m’en vouloir un peu de les avoir laissés là. Ils se feront plus discrets la prochaine fois.

Ils se mélangent, s’arrangent. Doucement ils finissent par créer quelque chose, une suite d’idées, un poème, un texte court, une lettre. Mis bout à bout, ils parlent, se parlent. Ils font vibrer mon cœur sous la plume fragile, à court d’encre bleue azur.

Ils tourbillonnent dans ma tête tandis que je cherche à les maîtriser, un peu maladroitement il me semble.

Ils finissent par être fatigués, par rendre les armes. Tout n’est pas sorti mais l’essentiel est dit. A la relecture demain, ils se feront plus précis, ils rentreront dans le vif du sujet, ils m’épateront même.

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Je pose ma plume sur le cahier devant moi, croise mes doigts et je détends mes articulations. Je respire profondément, histoire de relâcher toutes les tensions qui me tiraillent. Je laisse les mots s’envoler dans l’air frais du soir qui tombe. Ils virevoltent sous mes yeux avant de quitter mon monde le temps de quelques heures, le temps de faire le plein d’énergie, de me reconnecter avec moi-même, de prendre conscience de ce qui est.

Posted in Emprise et Renaissance

Partir sans se retourner

Quand on parle de violence au sein du couple, vu de l’extérieur, on se demande souvent, pourquoi tant de femmes restent à l’intérieur d’une relation qui les détruit.

Je me suis moi-même longtemps posé cette question.

On reste pour plusieurs raisons. Pour les enfants. Par amour. Par peur de ne pas savoir gérer seule. Par crainte des représailles. On reste car on pense toujours que l’autre va changer. On reste par manque de moyens financiers. On reste à cause de la fatigue, de l’épuisement. On reste en se disant qu’on peut anticiper les crises, qu’on arrive mieux à gérer la tempête, qu’on va s’en sortir, qu’on va réussir à créer cette famille dont on a toujours rêvé.

On reste pour tout un tas de raisons qui échappent au monde qui nous entoure. Mais qui peut comprendre ?

Et puis un jour, il y a un déclic, une phrase de trop, un coup plus fort que d’habitude, une menace qui plane. Et on décide de partir.

Partir. Rien de plus simple. C’est sûrement ce que le reste du monde pense.

Souvent, on part et on revient. Les promesses ont raison de nous. De toute façon, sans l’autre, c’est trop dur, on n’y arrive pas, il nous manque. On y croit encore une fois, plus fort cette fois.

Partir pour de bon, c’est le début d’une autre histoire troublante, pesante. C’est le début de quelque chose jamais envisagé, qui se concrétise, qui fait peur et qui fait mal.

On en chie, bien comme il faut. On pleure. On craque. On a envie de revenir mais on tient bon. On a envie d’en finir mais on résiste. On a besoin d’être entouré, d’être écouté. On a besoin de comprendre pourquoi. On a envie de savoir comment on s’en sort vraiment. On a besoin de savoir qu’on n’est pas seul, qu’il y a des bras autour de nous, prêts à nous empêcher de tomber, de replonger.

Partir c’est comme se désintoxiquer. Ca prend du temps. Ca demande beaucoup de courage, énormément de volonté, de l’énergie et beaucoup d’amour.

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Partir, c’est se retrouver face à soi et se prendre une bonne claque en pleine figure, c’est se faire mal pour avoir encore l’impression d’exister.

Partir, c’est apprendre à s’aimer, à se libérer, à revivre. Mais ça ne se fait en un jour.

Partir, c’est avancer de trois pas et reculer de deux, sans jamais abandonner.

Toutes les femmes ne peuvent pas partir. Ou n’y arrivent pas. Toutes les femmes ne sont pas entourées. Certaines n’ont plus de force pour mettre un terme à leur enfer. Certaines se trouvent tellement laides et incapables, qu’elles n’ont plus d’envies, plus de rêves. Beaucoup avancent comme des fantômes au milieu d’un chaos sans fin et elles gardent un sourire de façade pour que personne ne sache ce qui les détruit. D’autres ne se rendent même plus compte que ce qu’elles endurent est inacceptable.

C’est bien pour ça qu’il faut continuer à se battre pour que cette violence sourde et silencieuse cesse, pour que les femmes osent se confier, en parler, sans se sentir mal à l’aise ou honteuses, pour qu’elles arrivent à retrouver une vie digne et qu’elles reprennent confiance en elles, en leur capacité à aimer, à être aimées.

C’est un combat comme un autre.

C’est le mien en tous cas. Car chaque fois que je croise le visage d’une femme aux abois, je me prends une décharge électrique en plein cœur.

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Il y a une limite à tout

En relisant mon article de ce matin, j’ai voulu faire une parenthèse, importante, je crois.

Accepter sa vie. Accepter les choses qui viennent nous surprendre, nous faire vibrer ou nous faire mal.

Il existe des épreuves dans la vie contre lesquelles nous ne pouvons rien. Les accepter relève parfois d’un véritable défi. Je pense à la perte d’un enfant (je me demande encore comment on peut continuer à vivre après ça), à la dépression, aux souffrances physiques, au handicap, à l’isolement, la pauvreté, l’injustice.

Il existe aussi des situations de vie intolérables. Les accepter ne veut pas pour autant dire qu’elles sont légitimes et qu’on doit faire avec, qu’on doit se taire et endurer.

Je pense particulièrement à la violence au sein du couple, dans la famille. Cela fait plusieurs jours que j’ai envie d’écrire à ce sujet, sans savoir si je suis prête, si j’ai envie d’en parler, de remuer un peu le passé, si je vais trouver les mots qu’il faut.

Mais je me lance quand même. Parce que c’est important.

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La violence est inacceptable. Quelle soit morale, psychologique, verbale, religieuse, économique, physique. Il faut accepter que certains individus sont violents, dangereux, manipulateurs. Mais il n’est pas concevable d’accepter que ces personnes détruisent des vies.

Il y a une limite à tout.

En écrivant les lignes ce matin, je me suis fait une réflexion. Pendant 4 ans, c’est ce que j’ai fait. J’ai accepté tout plein de choses. J’ai accepté le minimum syndical. J’ai accepté de vivre avec un homme qui passait chez moi, à défaut de passer du temps avec moi. J’ai regardé le meilleur, me suis sentie vivante en partageant un repas à ses côtés, à défaut de partager autre chose. J’ai accepté ses silences, son mépris, en culpabilisant de lui en vouloir et de me frapper la tête contre les murs, de désespoir. J’ai accepté d’être sa banquière particulière. A chaque coup dur, je me disais que j’avais de la chance, comparé à beaucoup d’autres, qui vivaient un enfer. A chaque coup dur, je regardais le soleil se lever, je le trouvais beau, je regardais la nature me sourire. Je trouvais ici et là les belles choses qui m’aidaient à repartir, à tenir jusqu’au prochain accroc.

Il y a une limite à tout.

On doit accepter ce que la vie nous offre, retenir le meilleur. Mais je pense sincèrement qu’on ne doit pas tolérer l’intolérable, qu’il y a des situations dans la vie, où on doit dire stop et ne pas accepter d’être maltraité(e), traîné(e) dans la boue, humilié(e), méprisé(e).

Il y a une limite à tout.

Accepter ce que l’on a, c’est bien. Accepter ce que l’on est et ce que l’on n’est pas prêt à négocier, c’est encore mieux.

Posted in Carnets de route

Et si mener une vie heureuse et épanouie, c’était prendre les choses comme elles viennent ?

Et si c’était accepter ce qui s’offre à nous.

Et si c’était accorder de l’importance à ce qu’on a, sans toujours chercher à avoir autre chose, à vouloir ce que notre voisin a.

Et si c’était arrêter de se poser des tonnes de questions sur tout.

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Source

Quand l’escargot était petit, il a fallu que je le laisse au bon soin de ses grands-parents, le travail m’appelant sur Paris. Il avait 4 mois et demi. Tout le monde n’avait de cesse de me dire : « que ça doit être difficile à vivre ». Pas tellement. J’ai vite accepté ce fait. C’était comme ça. Je n’avais pas le choix. Il y a eu des jours plus difficiles que d’autres. Mais mon quotidien était apaisé. Je le savais bien, en bonne santé et en sécurité. Ca me suffisait.

Quelques fois on a tendance à toujours en vouloir plus, à vouloir que les choses soient différentes, que les tracas du quotidien soient moins lourds à porter. Nous sommes des éternels insatisfaits. Et cette insatisfaction chronique ne nous aide pas à avoir une vie saine et agréable. Elle nous torture l’esprit et crée dans nos têtes du chaos, chaos qui nous bouleverse et nous fait perdre nos repères.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas se poser de questions, ou remettre en cause certaines manières de fonctionner. Mais je crois qu’il faut arriver à faire avec ce que l’on a. Si on regarde nos vies les yeux dans les yeux, on verra des coins de soleil et des zones d’ombre. Forcément. Personne ne vit une vie linéaire, plane et légère. Nous avons tous nos soucis et nos doutes. Mais nous connaissons aussi la joie et la douceur.

Koan Zen écrivait « ce qui te manque, cherches le dans ce que tu as ». Et oui, pourquoi toujours chercher ailleurs ce qui est juste à portée de nos mains ?

Je médite de plus en plus ces mots. Et doucement j’accepte mon quotidien plus sereinement, ma vie avec ses hauts et ses bas, ma vie avec son lot de douleur et de moments éclatants. Il y a des tonnes de choses que je n’ai pas, d’autres que j’aurai voulu avoir ou posséder, d’autres que je regarde de loin avec une pointe d’envie parfois.

Mais l’essentiel, je l’ai là, aujourd’hui, sous mes yeux. Et je compte bien le chérir. Car la vie peut se montrer capricieuse quand on la malmène ou quand on ne sait pas la remercier pour ce qu’elle nous offre.

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Ces journées qui s’éternisent…

Ce matin, en ouvrant les volets, j’ai vu le ciel d’Automne me saluer. J’étais bien. Il faut dire que j’aime l’automne. J’aime voir les feuilles tomber, j’aime les marches en forêt à la recherche de marrons et de feuilles pour réaliser un herbier. J’aime les journées bien au chaud. J’aime reprendre mes aiguilles pour faire un peu de point de croix ou m’initier au tricot. J’aime les feux de cheminée, les chocolats chauds, les thés aux épices. J’aime le froid qui balaye mon visage et mettre mes mains dans les poches.

J’aime l’ambiance de l’automne. Mais aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi la journée semble durer plus longtemps que prévu. Les heures défilent lentement. J’ai une envie irrésistible de fermer les yeux, mes paupières sont lourdes. Je regarde les minutes sur mon écran et je compte celles qui me séparent de la fin de ma journée de travail.

Je baille. Je n’ai rien envie de faire. Je suis saoule de fatigue. Et je rêve déjà de mon lit. Dehors, les arbres bougent au gré des assauts du vent. Peut-être qu’un tour dehors me ferait du bien. Il va falloir que je trouve quelque chose à faire pour m’occuper l’esprit, pour que le temps passe plus vite.

Certains dossiers patientent mais je n’ai pas le courage de me plonger dans leur étude. Ca attendra bien demain. Je vais à deux à l’heure aujourd’hui et j’aimerai pouvoir prétexter une urgence, pour m’éclipser sur la pointe des pieds.

Il y a des jours comme ça où on voudrait bien avoir le pouvoir d’accélérer le temps !

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La vie continue

Ses yeux sont remplis de larmes.

Je ne savais pas. Elle n’en avait jamais parlé. Puis elle a lâché ça, comme une bombe, au milieu de notre déjeuner. Nous parlions chaussettes, tricot. Nous évoquions les douleurs de l’enfantement, la sage-femme qui nous massait le dos, qui nous encourageait avec le sourire. Nous parlions des dernières minutes, du petit corps tout chaud déposé entre nos bras, contre notre sein.

Mardi. Le déjeuner des ménagères. Nous avions pris l’habitude de nous retrouver autour d’un plat unique et d’un café gourmand, refaisant le film de nos vies, retraçant les lignes du monde au crayon rose. C’était notre moment, nos fous rires mémorables.

Au milieu de cette journée de printemps, elle a éclaté en sanglot. Même le soleil s’en voulait presque de briller autant. Nous la regardions, un peu chiffonnées, ne sachant que dire.

Elle parlait vite, en ravalant ses larmes. Il était question de douleur, de sang, d’adieu, de remords, de culpabilité, de la fin d’une histoire. Nous attendions qu’elle retrouve ses esprits pour comprendre.

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Une fausse couche. Il y a 5 ans. Le sang qui coule entre ses jambes. Tout s’arrête autour d’elle. La salle d’eau du Tribunal étouffe sous le poids du silence et de la peine qui l’envahit à cet instant précis. Les vacances à Venise, c’était trop. Les nuits blanches, c’était trop. Le dernier verre de vin, c’était trop tard. La peur de le perdre, c’était trop. C’est de sa faute.

Toutes ces années, elle nous a écouté parler de nos grossesses, de nos maux d’estomac, de nos angoisses de futures mères, de nos péridurales, de nos accouchements tous plus fantastiques les uns que les autres. Elle a gobé nos mots, alors même qu’à l’intérieur d’elle, c’était le chaos. Elle a été attentive à nos sautes d’humeurs, nos rêves étalés entre deux plats de pâtes, deux mignardises au chocolat. Elle s’est fait un peu plus mal à chaque fois.

Nous n’avons rien vu, toutes à notre petit bonheur, à notre vie sans heurts, à nos enfants sains, à nos amoureux nous offrant des fleurs pour la St Valentin. Nous n’avons rien voulu voir. Nous n’avons pas voulu forcer son silence, ni essayer de savoir pourquoi elle n’avait toujours pas d’enfant, quand on la voyait lumineuse, entourer les nôtres de mille attentions et de milles promesses.

Elle ne nous en veut même pas. Elle dit « c’est comme ça ». On se dit « mais pourquoi ça ? »

Parfois la vie est injuste. Elle l’assume. Elle avait juste besoin de se décharger de ce secret un peu trop lourd. Elle nous regarde, elle nous sourit. Elle ne nous en veut même pas.

La vie continue. C’est elle qui le dit. C’est surement vrai.

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Quelques mots pour ELLE (Hommage à Ptite Delph)

La solitude nous pousse parfois dans nos retranchements. Par crainte de ne pas savoir comment se comporter, comment être. Par envie d’envoyer tout balayer, ou d’en finir.

Parfois la vie nous joue des sales tours. Nous avons beau nous persuader que ça ira mieux demain, ou que ça n’ira pas mieux mais qu’on arrivera à surmonter, à survivre, qu’on se perd dans nos maux.

La souffrance morale nous épuise. Mais à coups de mots, nous arrivons plus ou moins à sortir la tête de l’eau. A force d’en parler, d’accueillir la main qui se tend, on se sent moins seul, une force nous pousse doucement vers l’avant.

La douleur physique est toute autre. Les médicaments ne sont parfois pas assez puissants pour nous soulager. Nous nous sommes tous, un jour ou l’autre, sentis patraque, obligés de garder le lit pendant quelques jours. Nous avons tous un jour ou l’autre subi une opération qui nous a laissé par terre, même une opération toute simple qui nous a fait prendre conscience que notre corps pouvait nous lâcher, qu’il était un bien précieux, qu’il fallait le bichonner.

A côté de ça, il y a des personnes pour qui la vie est une perpétuelle souffrance. Les médicaments font effet mais jamais assez longtemps. La vie est lourde à porter. Chaque jour, il faut gérer spasmes et incapacité à faire face aux obligations du quotidien. Il faut accepter qu’il y ait des choses que nous ne pourrons jamais faire. Il faut faire un trait sur l’idéal qui ne verra jamais le jour. Il faut composer avec ce corps qui nous maintient prisonnier.

Et chaque jour ces personnes se lèvent et donnent le meilleur d’eux-mêmes. De l’extérieur on ne le voit pas toujours. Et pourtant, les exploits sont là. Les petites victoires viennent redonner confiance, avant que tout ne lâche à nouveau et que les larmes de joie se transforment en cris de douleur.

A toi, derrière ton écran, qui a le courage de parler de ce mal qui te ronge, (en notre nom à toutes) je voudrai que tu saches que nous sommes là, à tes côtés, que nous avons confiance en toi, que nous ne lâcherons pas ta main, que nous savons que demain tu te relèveras, la tête haute, que tu auras un joli sourire au coin des lèvres. S’il y a une chose que tu ne dois jamais oublier, c’est que nous t’aimons très fort et que quand la vie nous joue des sales coups, c’est ton courage et ta persévérance, qui nous poussent vers l’avant.

Ce texte est dédié à Delphine, auteur de Une vie, entre tourbillons et bonheurs

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