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Derrière les maux

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Les fantasmes ne sont que des vertiges
Les vestiges d’un imaginaire fécond
Chacun tient la liberté de les réaliser tous
Comme de n’en réaliser aucun

Ils n’ont pas de nom
Ni de patrie
Ceux que l’on écrit nous sont proches
Ou bien appartiennent à d’autres

Derrière les maux
Elle est une identité que chacun façonne à sa guise
Une femme libre
Qui se souvient…

Un jour la femme s’assume
Puis un jour elle devient un fantôme
Un souffle rauque
Impuissant
Parce que l’homme a pris le pouvoir
Il a posé son regard sur sa liberté
Il l’a jugé comme une invitation
A entrer dans un espace qui n’est pas le sien
À faire de son corps un terrain de jeu
De ses jeux
Un objet
Un objectif
Un jour elle ne dira plus rien
Elle lui donnera ce qu’il attend
Elle sera son fantasme éveillé
Sa poupée malléable à merci
Elle nourrira ses rêves de toute puissance

On peut dire le plein
Mais comment dit on le néant?

Face au corps dénudé libéré
Comment dit on le corps caché entaché par le dégoût?

On peut dire les frissons jouissifs
Mais comment dit on la peur glaçante?

Face au silence
Que reste t’il du consentement?

La violence n’est pas cruelle. Elle est sourde, étouffée. Une violence plus noire que la nuit. Une violence qui piétine puis laisse le corps tomber, sombrer, en apnée.

Il a plaqué son corps contre le sien. Rien. Pas un bruit. Pas un geste. Comme si l’absence de mouvement pouvait la protéger.
Il a remonté sa chemise de nuit. Elle a retenu sa respiration. Il a ouvert ses cuisses sans cérémonie. A t’elle résisté? Peut-être.
Il s’est enfoncé en elle.
Un rite. Passage obligé.
Une routine. Celle de la nuit. Celle du silence. Celle de l’absence.

Un jour la femme renaîtra de ses cendres
Elle ne donnera sa confiance
Qu’à ceux qui sauront respecter sa liberté
Ne remettront pas en question ses limites
Qui aimeront son corps, encenseront son audace, glorifieront son désir
Avec le respect qui est dû à chaque être humain
Tout en sachant que jamais rien ne nous appartient

La phrase qui m’a sauvée la vie

Crédit Pixabay

Pour comprendre, il faut revenir en 2012, le 24 octobre 2012 pour être plus précis. A l’époque je suis dans une relation idyllique avec un homme adorable – ça c’est pour vous donner envie de lire l’article – en fait je suis dans une relation merdique avec un type qui dès que je m’assois cinq minutes dans un canapé me traite de feignasse et passe le doigt sur tous les meubles à sa portée pour évaluer ma maitrise des outils ménagers – mention passable.

Moi, j’ai fait les choses en grand, je me suis mariée avec ce type. Si tu as lu mon article d’hier sur mon héritage familial, tu comprendras presque facilement pourquoi cette situation et pourquoi j’en suis presque fière. Et oui, je souffre. Pas un peu. Je ne souffre pas encore à la hauteur de ma mère ou de ma grand-mère mais quand même. Je ne suis plus seulement une postulante au podium de tête, j’en grimpe désormais les marches. Je suis la digne héritière de cette lignée de femmes nées pour souffrir. Ok, je n’ai pas les coups mais j’ai les portes qui claquent, la trouille au ventre, le repas balancé dans l’évier parce qu’il n’est pas assez salé, la gueule parce que je suis sortie sans dire où j’allais. Et puis le silence. Chez nous on ne crie pas, on s’ignore. On passe sans se regarder. On est plus poli avec le clochard saoul du coin qui vient pisser dans la cage d’escalier. C’est pour dire à quel point on se méprise. On baise dans le noir et ensuite on se sépare, chacun son côté du lit, le plus loin possible l’un de l’autre.
Un bonheur que tout le monde nous envie. Je n’ai jamais autant entendu “qu’est-ce que vous êtes beaux!” En plus d’exceller dans l’art de marcher sur des œufs, je sais aussi très bien faire semblant. La preuve, tout le monde est tombé dans le panneau.

Revenons en au 24 octobre 2012, sinon on en est encore là demain! Ce jour là, c’est le jour du grand retour. Après un petit séjour de deux mois sur la terre mère, histoire de se refaire une santé (à coups de fiestas, de copains et de shit), Monsieur daigne rentré chez lui, où sa femme enceinte de cinq mois l’attend avec le sourire.
Ce jour là, les retrouvailles, tout le tralala, tu t’attends à quelque chose d’un peu magique quand même. Tu es épuisée, tu pleurs un jour sur deux, la faute aux hormones, tu te poses plein de questions sur votre avenir commun, avenir tout court. Tu tentes coute que coute de garder le moral et tu te dis qu’après cette parenthèse, le bonheur, tant de fois promis (juré), va enfin se manifester.
Sauf que ça commence mal. Le type qui a trois heures pour faire son transfert à Paris CDG trouve le moyen de rater son avion. On est en droit de se poser des questions. On évite de s’en poser. Ce sont les retrouvailles après tout. On attend encore sept heures. Et enfin il est là. Et il a l’air heureux en plus. Il faut dire que la maison est nickel et qu’on a le sourire de circonstance malgré l’envie de foncer se coucher. Tout se passe bien jusqu’au moment d’aller au lit. Là, dans la fraicheur – très fraiche, un brin humide – des draps, il sort LA phrase qui va changer votre vie.
Vous ne le savez pas encore. Mais là, à cet instant précis, il vous offre une chance. Insaisissable sur le moment.

Et le phrase dit: “on va bientôt rentrer”.
Mais rentrer où?
C’est pas très clair – hors contexte – dans le contexte pas trop non plus, même si on a notre petite idée sur ce fameux où…
Alors il ajoute “au pays”.

Gloups!
Rien de tel pour plomber l’ambiance.
La magie s’est évanouit comme neige au soleil. Il aurait fallu de la poudre de perlimpinpin pour sauver cette soirée.

Ce n’est pas une question. C’est une décision unilatérale.
On n’en avait un peu parlé. Comme ça, en passant, histoire de. De prendre la température, de ne pas faire de mal, histoire de dire les choses sans vraiment les dire.
J’avais sûrement émis, fut un temps, l’idée de pourquoi pas. Avant de connaitre. Et puis aussi parce que le pays c’était une vie de sacrifices qui pour le coup m’aurait offert la première place du grand podium. J’aurais surpassé tout le monde en me planquant derrière un voile et en m’interdisant le droit d’exister. La grande classe!

Sauf que depuis cinq mois je n’étais plus seule. Et pour cette vie qui grandissait dans mon ventre, je voulais le meilleur. Comme tout parent censé!
Je savais ce que ça voulait dire “le pays”, ça voulait dire s’enterrer vivante – devoir demander la permission pour sortir ne serait-ce qu’acheter du pain – vivre avec ma belle famille 365 jours (et nuits) par an – voir mon enfant élevé par d’autres – me convertir sûrement à terme…
J’ai dit “non”. Enfin j’ai dit “non” et j’ai essayé d’étayer mes propos (thèse, antithèse, synthèse). Peine perdue. Il s’est refermé de suite – un bloc de béton armé – me traitant de menteuse, me menaçant de me quitter (la belle affaire!), me promettant presque de me pourrir la vie jusqu’à ce que je dise “oui”.

Je vous passe le chaos des semaines suivantes. Je vous passe le chaos des mois suivants, des années. Je vous passe les détails sordides du départ, du divorce.

Sept après – il m’aura fallut 7 ans quand même! – mais toujours dans cette ambiance “à qui revient la médaille d’or de la vie la plus ratée, de la douleur la plus profonde, de la cicatrice la plus incrustée, la blessure la plus sale?” – pour réaliser que cette phrase avait été le déclencheur d’une prise de conscience sans précédent. C’est cette épée de Damoclès au dessus de la tête qui m’a fait réagir. Sans le savoir, ce jour là, ses mots m’ont sauvée la vie.
Je peux même lui dire merci!

Cet impact (de la violence) que j’ai sous-estimé

Source La vie (La puissance de l’emprise psychologique)

Je n’ai jamais vraiment “nommé” ce que j’ai vécu pendant 7 ans. Le mot “violence” est venu tardivement. Et même, j’ai toujours eu du mal avec lui. J’ai toujours minimisé les impacts de ce que j’avais vécu. Comme si, seule la violence physique était recevable, seules les victimes de coups étaient légitimes dans leur combat pour renaître.

A la réponse “pourquoi es-tu partie?”, j’ai souvent répondu un truc un peu alambiqué. Comme si avouer la violence psychologique c’était courir le risque de paraitre ridicule. Du coup, peu ont réellement saisi de quoi il s’agissait. Je me suis souvent retrouvée seule face à moi-même, avec beaucoup de doutes et de culpabilité.

La violence a continué après mon départ et il m’a fallut un temps certain pour me soustraire à l’emprise – de celui que je voyais comme mon unique salut. C’est très paradoxal comme expérience. On fuit et en même temps on recherche comme une absolution. On se demande si vraiment ça a existé, si ce n’est pas nous qui avons tout inventé. On évolue dans un espace sans filet de sécurité.

Il m’a fallut une énergie incroyable pour nous protéger, me libérer de ce chaos nauséabond, cette main mise infernale sur ma vie, mes choix. Et après ce grand bond en avant , j’ai cru que ça allait rouler. Que ce n’était qu’une question de volonté. Qu’après la peur, j’allais enfin m’en affranchir une fois pour toutes.

J’ai sous-estimé la puissance de cette violence. Qui m’a fait perdre tous mes repères. Et le peu de confiance que j’avais. Qui a brisé mes fondations. J’ai sous-estimé son impact.

Avec le recul, je prends conscience qu’il reste encore des murs à abattre, des schémas à déconstruire, une confiance, elle, à reconstruire. Il reste des évidences à intégrer, cette idée de “ne pas être assez” à lâcher. Pour embrasser le présent avec plus de sérénité.

Des mots pour dénoncer les abus

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Ça commence par un coup.
Pas franc.
Une faille. Un interstice dans lequel l’autre se fraie un passage.
Quelque chose qui nous bouscule. Dans un regard. Une histoire.
On croit pouvoir tenir le monde trop grand. Entre nos bras.
Sauver l’humanité.
Rien ne fait sens en nous. Sauf peut-être ça.
Alors on se laisse aller à croire.
A quelque chose qui ressemble vaguement à de l’amour.

De mots en maux.
De fissures en blessures.

L’autre investit notre univers.
Nous ordonne de nous taire.
Sans rien dire.
C’est peut-être le pire.
On se fond dans un moule préparé.
On se glisse dans une parenthèse.
On offre tout pour quelques grammes de tendresse.
Qui n’est qu’une fade copie de l’amour.

De mots en maux.
De blessures en morsures.

L’argent coule.
De nous à l’autre.
Il ne demande pas.
Il ne fait que dire le manque.
Il le répète. Il le scande.
L’argent passe d’une main à une autre.
A force de l’entendre dire et redire.
Ce qu’il n’a pas.
Ce qu’il voudrait avoir.
Ce qu’on pourrait lui donner.
Si on voulait vraiment l’aider.
Si ce qu’on ressent est vraiment de l’amour.

De mots en maux.
De morsures en brulures.

On ne compte plus.
De centaines en milliers.
Pour quelques sourires.
Une trahison de plus.
Quelques mots d’amour.
Qui ne guérissent plus.

Il faudrait dire non.
Le chaos est trop obscur.
On soupire, on se perd.
Les minutes solitaires.
A ne plus savoir qui l’on est.
Ce que l’on doit faire.
Pour s’extraire de cet absurde.

Jusqu’au maux mis en mots
Pour dénoncer l’abus.
Au nom de tous ceux qui ont un jour croisé un regard.
Se sont laissés emporter par des promesses dérisoires.
Des mots doux pour commettre le pire.
En tout impunité.
Puis partir.
Sans laisser de traces.
Sinon celle des blessures.
Comme des fissures…