Au nom de…

Article paru pour la première fois sur le blog en 2017 – MAJ 28.01.2019

Sur sa page Facebook, personne ne peut imaginer ce qu’elle vit. Elle pose avec lui. Ils sourient tous les deux. Les autres doivent croire qu’ils sont heureux.

Derrière l’écran, une autre histoire se dessine. Ils viennent de rentrer des courses. Elle court dans la chambre, se roule sur le lit. Elle attend. Elle guette les pas dans le couloir. Elle a pris d’abord soin de fermer à clé la porte de la chambre des enfants. Elle l’entend l’appeler. Elle respire. Elle ne sait pas comment faire ni quoi dire. Elle voudrait s’éclipser le temps de retrouver ses esprits, le temps de s’apaiser pour que sa colère soit moins vive. Elle tente de se réfugier dans la salle d’eau.

Trop tard.

La nuit est passée par là. Sur le lit, elle regarde ses plaies, ses bleus. Elle ne peut plus bouger. Elle sent son corps se raidir. Il dort à côté. Il faudrait qu’elle aille voir si les enfants vont bien. Mais comment faire pour qu’ils ne se rendent compte de rien. Elle se force à se mettre debout malgré la douleur, elle enfile une robe longue, enroule un foulard autour de son cou. Elle fait attention de ne rien bousculer, de ne rien faire grincer. Les enfants dorment paisiblement. Tout va bien. Elle lui demandera pardon quand il se réveillera. Il lui dira encore une fois qu’il s’excuse de lui avoir fait du mal ou il ne fera aucune remarque, c’est peut-être pire.

***

Sur la photo, il sourit. Elle est belle elle aussi. Les gens les envient. Il ne comprend pas pourquoi il est si triste pourtant. Elle ne le tape pas. Elle ne l’insulte pas. Elle le méprise, mais c’est parce qu’il ne l’écoute pas. Ce ne sont pas ses mots qui font mal, c’est son silence. Le traumatisme est intérieur.

Quand ils sortent, il donne le change. Toujours. Ses absences, il ne les remarque même plus. Sa présence est toujours sous condition. Il l’aime et si parfois il perd pied, ce n’est jamais de sa faute à elle. Il a depuis longtemps transformé chacun de ses défauts en de glorieuses qualités. Si quelque chose cloche, c’est de sa faute à lui. Il se sent nul, seul, perdu. Une prise d’otage invisible en plein Paris. Et au-dessus de sa tête la pire des menaces, celle de se voir privé de ses filles.

***

Il ne sait plus. Ses parents non plus. Il ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas heureux , pourquoi sa sœur ne lui parle plus depuis qu’il s’est marié. Sa femme, il l’aime, même quand elle crie, parfois elle devient hystérique, le menace de partir, de faire de sa vie un enfer, c’est vrai, mais elle se radoucit. En public, elle fait attention à lui. Il travaille dur, elle attend à la maison. Il rentre le soir, prépare le dîner, elle attend d’être servie. Mais bon chacun son histoire et chacun sa façon de mener sa vie. Ses amis aussi ont fui. Ils n’ont pas compris son choix. Ils doutent de l’amour qui les lie.

Parfois quand il rentre la porte est fermée, il passe la nuit sur le pallier. Aux premières lueurs de l’aube, il retourne au boulot, les yeux gonflés. Tout le monde sourit, tout le monde s’imagine une histoire, après tout c’est facile, il est jeune marié! A qui peut-il se confier?

***

Ça fait mal, quand il entre, ça brûle. Quand il s’allonge, ça brûle. La chambre à coucher est devenue son enfer. Çà peut s’arrêter là. Une fois que la porte est franchie, elle respire à nouveau. Tout va bien. Elle part travailler comme si de rien n’était, retrouve ses collègues, blague autour d’un café. Elle retarde au maximum l’heure du retour à la maison, espère que quand elle passera la porte les enfants seront lavés, prêts à dîner. Elle fera bonne figure, c’est devenue une seconde nature. Et puis elle regardera l’horloge au mur, comptera les minutes qui lui reste avant son sacrifice journalier. Parfois, c’est moche. Parfois, insensé, parfois cruel.

Elle aurait dû partir au premier “non” qu’il avait refusé d’entendre, à la première fellation imposée, à la première pénétration forcée.

***

Ces textes sont tirés de faits réels (histoires partagées par d’autres, anonymes, amis). On parle souvent des femmes victimes, rarement des hommes, pourtant cette violence aussi existe.

 J’ai souvent entendu dire « à la première claque tu pars ». Aujourd’hui j’ai envie de vous dire « à la première claque, il est déjà trop tard ». La première claque n’arrive pas par hasard. Le terrain est préparé à l’avance.  A chaque « pas si grave », la violence prend de l’ampleur, le bourreau tisse sa toile.

Ces textes ont été écrits pour toutes les victimes de l’ombre, pour toutes celles et ceux qui luttent pour mettre fin à ce génocide humain. J’ai envie de dire au monde de se réveiller, d’ouvrir les yeux devant ces tragédies du quotidien, qui se passent sur nos paliers, à deux pas de nos vies bien rangées, que ces femmes et ces hommes nous les croisons tous les jours, qu’ils arpentent les rues à nos côtés, qu’ils ne sont pas à part, qu’ils font partie intégrante de notre société et que le mal dont eux et leurs enfants sont victimes, il faut le combattre à tout prix et l’enrayer.

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Les reliquats de la violence conjugale

Crédit Marie Kléber

Je voudrai pouvoir me dire – je tente même de m’en persuader – qu’il ne reste rien ou si peu de ces 4 années, 8 si l’on compte le divorce. Et pourtant elles sont là, bien accrochées, mes peurs et angoisses. Elles se font toutes petites la plupart du temps, puis crèvent l’écran.

Parfois elles sont dans un cri trop brusque, un acte banal qui fait ressortir une foule de souvenirs, dans une réaction disproportionné, dans un possible imaginé, dans une colère qui vient de je ne sais où et qui se déverse sur le papier ou cogne contre un mur. Personne n’y verra rien. Personne n’avait rien vu à l’époque. Elles sont dans les larmes qui s’abattent froidement sur la toile cirée et donnent un coup de massue à mes pensées.

Un silence, les mots qu’on a gardé, la fatigue, un malaise ou l’idée d’un malaise, on a tellement été habitué à ce que chaque mot soit pris de travers. L’angoisse revient. Qu’est-ce qu’il faut faire déjà? Qu’est-ce qu’il faut dire ou ne pas dire? S’excuser? Est-ce que demain tout se sera éteint?

J’ai beau savoir que rien n’est pareil, qu’aucune donnée d’aujourd’hui n’est la même à plusieurs niveaux, j’ai encore parfois cette sensation désagréable du passé. Combien de pas en avant qui semblent insignifiants quand il ressurgit, sans crier gare?

Alors je laisse couler l’eau. Je me sens seule parfois, seule avec ce chaos, ces images que je ne partage avec personne, ce traumatisme qui demeure. Pas de coup, pas de preuves. Juste une main qui étreint un peu fort. La haine dans les yeux de quelqu’un peut faire plus mal qu’un coup de poing bien placé. Le silence glaçant a le pouvoir d’anéantir un élan.

Un évènement anodin est venu réveillé le choc. Vivre avec, rien de plus, rien de moins. Apprendre à accueillir ces temps d’entre-deux, ces émotions vives qu’un grain de sable peut déclencher. Ne pas se décourager surtout. Le chemin de la guérison est fait de victoires et de rechutes. Respirer surtout et doucement laisser le passé regagner sa place. Et se réveiller plus fort encore une fois.

 

Viol – Violence – Emprise: 6 ans après…

J’ai volontairement choisi de ne pas répondre aux commentaires sous l’article d’hier, étant donné que ces mots appartiennent à une autre personne. Je vous remercie toutefois pour votre bienveillance à son égard.

Certains ont particulièrement retenu mon attention et comme l’idée d’un article se profilait à l’horizon sur le même thème, je me suis dit que j’allais en profiter pour rebondir dessus.

Tout d’abord, comme le souligne très justement Sweet-Things, les victimes de viol, de violence conjugale ne sont pas uniquement des femmes et les bourreaux pas essentiellement des hommes. Les couples hétérosexuels comme homosexuels sont concernés également. Les femmes victimes parlent peu, les hommes victimes ne parlent pas, au nom de ce diktat qui veut qu’un homme soit « fort ». Tous les hommes ne sont pas des brutes épaisses non plus et les femmes des oies blanches. Pour connaître autour de moi des hommes victimes, je peux vous dire que les femmes peuvent parfois être bien pires.

L’anonymat n’est certes pas une solution, toutefois elle permet de se protéger et une personne victime de viol / violence DOIT se protéger.

Pourquoi se forcer ? Souvent parce que le dialogue n’est plus possible ou peut-être ne l’a jamais été. Parce qu’on ne parle pas de ces choses-là. Parce que le fossé entre les deux personnes s’est tant élargi que la communication est brisée. Parce que dire « non » comporte un risque. Parce que dire « oui » nous assure une paix relative. Et que cette paix c’est tout ce qui nous reste. Parce qu’il y a les enfants, la famille, le regard des autres, les convenances, nos valeurs dans la balance aussi.

J’ai déjà écrit des articles sur pourquoi on reste avec une personne toxique. Vous les trouverez en furetant dans la catégorie « emprise et renaissance » si le cœur vous en dit. C’est toujours facile et je l’ai dit plus d’une fois à des amies de partir, fuir. Toutefois quand on est dans la relation, l’emprise est telle que partir est difficile, sans dire dangereux. Ne croyez pas que les victimes restent par plaisir. Elles n’ont souvent pas le choix. Et quand elles font celui de partir, c’est souvent à un prix que nul ne peut imaginer.

Hier, nous regardions l’album des 1 an de Loulou. Au départ j’avais mis quelques photos de moi enceinte, j’en ai très peu. Les premiers mots qu’il a prononcé ont été « ce n’est pas toi ». Et pourtant il a vu des tonnes d’autres photos de moi, à des âges différents et avec des coupes de cheveux différentes et il m’a toujours reconnue. Alors ça a fait tilt. Non ce n’est pas moi. C’est ce que j’ai été pendant 4 ans, une personne étrangère. C’est la peur qui m’a guidée à chaque instant de cette relation. C’est la peur qui m’a fait dire « oui » des centaines de fois. C’est la peur qui m’a maintenue prisonnière. Au début j’ai dit « non ». Puis j’ai dit « non » en me sentant coupable parce qu’ on me faisait comprendre que ce “non” on ne voulait pas l’entendre. Puis les représailles sont arrivées. Et j’ai dit « oui ». Parce qu’en continuant à dire « non » je m’exposais à la violence, au harcèlement, à la manipulation.

Le 16 novembre 2012, ma descente aux enfers allait connaitre son heure de gloire! Là ce n’est plus de la peur, c’est la terreur, les larmes qui coulent, les nuits qui semblent interminables, les tripes en vrac. 11 jours après je prenais un aller-simple pour la France, laissant tout derrière moi, enceinte de six mois. Quand j’y pense j’ai presque du mal à me revoir, du mal à réaliser que j’ai été là, que j’ai vécu ça, que j’ai encaissé tout ce mépris. La jeune femme sur la photo est si éloignée de qui je suis aujourd’hui. C’est très étrange. Je suis désormais dans les faits, moins dans les émotions. Je peux parler de ces derniers jours, sans avoir le cœur prit de frissons, sans ressentir dans mon corps toutes ces sensations désagréables. Le traumatisme s’est estompé. Il revient parfois. Je ne peux plus voir la violence en peinture. Je ne peux plus entendre de cris sans me retourner dans la rue. Je ne peux plus voir de couples s’invectiver devant moi. Je ne peux plus visionner un film sur le sujet.

La prise de conscience de ma part de responsabilité dans ce naufrage m’a permis de faire mon deuil, de pardonner, d’accepter, de dépasser mes maux, de me reconstruire. Ce processus est propre à chacun.

Vous ne pourrez pas, nous ne pourrons pas tout comprendre. C’est impossible. Si un jour vous êtes en face d’une victime de viol, de violence, ne lui dites pas ce que vous feriez à sa place, vous n’y êtes pas. Écoutez-la et soyez présent. Mettez de côté vos idées toutes faites et écoutez-la VRAIMENT.

Je me souviens #1

Crédit Pixabay

Quand un mot, un geste avaient le pouvoir de déclencher ce que je redoutais le plus, la punition ultime, un silence insondable.

Rien que ça. Souvent un mot simple, presque rien. Souvent un geste anodin, un rictus. Quelques secondes d’inattention, puis le couperet tombait, la sentence était glaçante.

Il n’y avait pas que le silence, il y avait le mépris aussi, l’humiliation. Et devant son regard froid je redevenais cette petit chose fragile, les yeux qui dérivent et décrivent des cercles vers le bas, pour ne pas offenser celui qui sait, qui dit, qui dicte sa loi.

L’atmosphère qui devient épaisse, le silence qui inonde l’espace, la peur qui s’immisce, fait des vagues, anéantit tout sur ton passage. Et viennent les heures d’angoisses, à se croiser sans se parler, à se fuir, à s’ignorer, à se demander quoi faire, quoi dire pour que cesse l’agonie.

Revenir, comme une petite fille qui aurait mal appris sa leçon, et demander pardon.  Plusieurs fois, lui demander pardon sans savoir pourquoi. Juste ce mot là pour que l’autre mette fin au supplice. Qui gangrène les jours et asphyxie les nuits.

Je ne parlerai pas des nuits, elles sont mortes. J’ai chassé les images, elles ne viennent plus me hanter. Je sais juste qu’elles ont existé. Dans une autre vie.

C’est terminé et toujours là, un peu, parfois.

Quand je me souviens qu’un jour un mot, un geste avaient le pouvoir du pire. Et que le pire est derrière moi.

Je ne serai jamais seule

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Ma vie n’a plus d’heures. Elle a une consistance étrange. Elle se justifie de tout et se perd en tout. Ma vie est suspendue à un fil d’incertitudes, de doutes, de chemins à prendre, de craintes à apaiser, de silences à maîtriser. Ma vie est un chaos dans lequel je me fais l’impression d’être un fantôme. Je ne maîtrise plus rien. Ma vie est vide de rires et pleine d’angoisses profondes, qui enflent la nuit, qui font trembler mes jours.

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Je suis seule chez moi. Et j’ai peur. Mon corps n’est que frissons, un terrain de jeu sur lequel dansent les ombres de cette relation qui a débuté depuis 14 mois et qui me pompe toute mon énergie, ne me nourrit que d’injonctions à rester fidèle à une image née de l’imagination d’un homme pétrit de certitudes.

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Je n’en peux plus. Le silence pèse lourd, le sien. Qu’ai-je dit ? Qu’ai-je fait ? Ou pas ? Les jours se suivent et le silence prend tout, toute la place. Le silence est la violence que je redoute. Le silence saccage mes forces, il annihile mes pensées. Maintenant que j’ai laissé cet homme entrer dans ma vie, il a tout pouvoir sur moi. Il sait ce qu’il peut se permettre. Je le laisse faire ça. J’obtempère. Sans savoir pourquoi. Ou plutôt en sachant que si je ne le fais pas, la punition sera cruelle. J’adhère à ça.

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Il faut que ça se termine. Il faut que j’en finisse avec ça. Il faut que ça s’arrête. Tout est mort en moi. Je pense aux autres, ceux que j’aime, mais rien ne me retient à eux. Je me dirige alors comme un automate vers la porte, je l’ouvre, je regarde le balcon, les arbres, le ciel. C’est aujourd’hui ou jamais. Je me sens bien tout d’un coup, savoir que mon calvaire va s’arrêter me soulage. Je passe une jambe au-dessus de la balustrade…

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus.

Quelque chose vient de se passer. Un quart de secondes. J’ai toujours une jambe dans le vide. Autour de moi, rien, comme si le temps marquait une pause. Juste un souffle. Pas celui du vent dans les feuilles. Un souffle inconnu qui me retient de passer l’autre jambe. Une intuition comme un murmure qui me dit que je ne suis pas seule, que si je saute je ne serais pas seule, que si je ne saute pas je ne serais pas seule non plus.

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Ça n’a pas d’importance. Je suis en pleurs au milieu de mon salon, en vie. Je ne serais plus jamais seule.

Ce texte (autobiographique) a été inspiré par les articles de Rozie et Léonie, que vous pourrez retrouver en cliquant sur leurs prénoms.

Une sombre histoire de devoir conjugal

Crédit Pixabay

Un corps recroquevillé,
La clé dans la serrure, une porte qui claque,
Bruit assourdissant de ce qui se trame,
L’autre corps se glisse et se colle,
Les peaux se frôlent dans la fraîcheur d’une énième nuit morcelée.
Avoir envie là, maintenant.
Toujours. Forcément
L’autre corps attend sa dose journalière,
Se laisser prendre maladroitement,
Consentir
Au risque de…

Lire la suite sur Short Edition où mon poème participe au Grand Prix du Court – Automne 2018. Ce poème fait partie d’un recueil non édité (Copyright 2017).

 

Une histoire de date

Crédit Pixabay

La nuit est passée et le réveil m’a tiré d’un sommeil étrange. Difficile d’ouvrir les yeux, difficile de se lever. Ça m’arrive rarement.

Mon bol de céréales était infect. Je me suis brûlée en voulant retirer mon sachet de thé. Ma tartine est tombée par deux fois côté beurre sur le parquet – le présage d’une journée idyllique!

Dans ses bras, une, deux images sont venues perturbées mon bonheur matinal. Je les ai chassées vite fait bien fait. Pas là, pas maintenant.

Arrivée au bureau, une fois l’ordinateur allumé, mon regard s’est arrêté sur la date. 11 juillet.

Il y a 7 ans, je me mariais…

Quoi que je fasse, les dates restent. Immuables elles portent en elles des tonnes de souvenirs, qui parfois éclatent – peut-être qu’il y a encore des choses à sortir, des maux à exorciser.

Le jour de mon mariage, j’étais heureuse, le masque parfait de la fille qui veut y croire coute que coute, même quand tous les voyants sont rouge et annoncent un danger imminent. Pourtant les 10 jours précédents avaient été remplis de doutes et de larmes, d’envies de mettre un terme à cette mascarade. Autour de moi, il y avait mes amies, solidaires et ma famille, profondément meurtrie par le choix que je faisais.

C’était une belle journée, entrecoupée d’instants où un mot semblait avoir le pouvoir de tout remettre en question. Puis on passait à autre chose. Avec le sourire.

Le soir, de retour chez moi, en me regardant dans le miroir, en enlevant toutes les épingles de mes cheveux, je me suis promis d’être heureuse avec des trémolos dans la voix. Était-ce ma façon de conjurer un sort écrit de toute pièce ?

Dans la pièce à côté, celui qui était devenu mon mari faisait la fête avec ses amis. Je me suis allongée dans le lit, j’ai attendu et puis je me suis endormie, seule.

Deux jours après, la course aux papiers débutait. Deux mois plus tard il embarquait pour l’Égypte.

Aujourd’hui je réalise que j’ai épousé un fantôme. S’il n’y avait pas eu le reste, le mépris, le silence, les abus, la violence psychologique, la contrainte, j’aurais fait avec. Heureusement qu’il y a eu le reste, sinon je serais restée prisonnière d’une relation sans présent, sans avenir, j’aurais gâché ma vie.

Ce “non” qui ne suffit pas toujours

Crédit Pixabay

Le choc. L’atmosphère glaçante.
Un “non” prononcé. Le premier. Il se veut franc, lourd. Il vient des tripes. Il pense avoir du poids. Il n’en a pas.

Les mains écartent les herbes folles, s’aventurent en terrain interdit.
Le “non” se répète. Il cogne dans la tête, enfonce des portes verrouillées.
L’insolence fait de lui une ombre. L’homme fait sa loi.
Le corps riposte, frappe. Il réagit à l’invasion.
Le “non” s’affirme, se crie. Sortir à tous prix. Échapper à ce poids. Échapper à cette loi.

Devant la porte close, une montagne de “non”. Les “non” d’avant et les “non” d’après. Les “non” balayés d’un revers de main, d’un corps à corps fracassé. Des “non” piétinés par la seule volonté de celui qui dit. Des “non” jamais entendus, toujours refusés.

Devant la porte, la colère gronde, enfle.
Si la porte s’ouvre le tourbillon va cesser.
Si le “non” se plante dans la chair, la loi cédera au profit de la vérité.
La porte s’est ouverte, flanquée de tant de “pardon” que le “non” s’est perdu dans la foule, à couru à perdre haleine. Le corps à vomi des “non” à l’infini.

Pourtant ce “non” n’a pas suffit…

Un signe dans le ciel

© Pille Kirsi

J’étudiais le vol des oiseaux, comme si un signe se cachait dans ces traversées silencieuses. J’attendais un signe. Je voulais voir quelque chose se dessiner dans le ciel, pour savoir. Quelle route prendre. Quel choix faire.

Mon quotidien ressemblait à ce ciel gris, chargé de nuages prêts à exploser. Mon quotidien m’imposait une conduite qui se devait d’être irréprochable. Les doutes omniprésents ne me laissaient pas respirer, je vivais en apnée, terrorisée par les mains qui se referment un peu trop violemment, les mots qui claquent comme des insultes, le mépris insensé, la peur du faux-pas. Et les nuits qui n’en finissent pas de trainer avec elles le choc des corps, les heures passées à effacer l’odeur des ébats consentis pour une paix illusoire. Le gouffre profond du désespoir sans aucune porte de sortie possible.

Les oiseaux dans le ciel murmuraient des secrets que mon cœur savait. La route à choisir: la liberté. Le choix: partir.

Mon quotidien se décomposait sous mes yeux. Les nuages charriaient des larmes qui ne cessaient d’inonder mes draps. Impossible de reconnaître le jour de la nuit. Tout n’était que cri. Ce cri coincé dans la gorge qui ne sortait pas, le cri de l’échec cuisant, celui de la nuit qui gagne en puissance, enterre les espoirs d’un nouveau départ.

Les oiseaux, imperturbables, continuaient leur voyage. Je restais là à les regarder tracer leur chemin. Atterrée, perdue, vidée, anéantie, ils filaient sans moi. Le noir opaque m’empêchait de voir l’autre rive.

Mon quotidien était devenu l’enfer que je redoutais, la peur avait cédé place à la terreur, celle qui encore aujourd’hui fait trembler mon corps quand un danger se manifeste. La haine au fond d’un regard avait scellé mon avenir.

Les oiseaux m’accompagnaient vers la vie.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture 307 de Bric a Book

Ce qui était et ne sera plus

Les dimanches pluvieux sont l’occasion inespérée de faire du tri. Il restait un dossier qui avait échappé à la première grande vague du mois dernier, le dossier dans lequel je n’avais pas eu le cœur de me plonger, après avoir éliminé souvenirs, cartes, objets gardés “au cas où”, vieux carnets de listes de course, journaux intimes d’un temps révolu.

Un dossier aussi lourd que 5 ans de procédure.

Un dossier émotionnellement très chargé.

Un dossier qui n’avait cessé de gonfler depuis le premier rendez-vous chez un avocat en Décembre 2012.

J’étais une femme perdue, je vivais dans la peur au quotidien. Pour moi. Pour mon fils et mes proches. Je n’avais aucune certitude, plus aucune, aucun projet, aucune envie. Demander le divorce était toutefois une évidence qui s’est imposée rapidement. Je ne supportais plus l’idée d’être la femme de cet homme, de porter son nom. Mais c’est surtout pour mon fils que je l’ai fait, pour le protéger.

Trier, c’était remettre le nez dans ces longues années, ces fausses pistes, ces mails insensés, remplis de menaces, d’injonctions, ces demandes jamais honorées, ces tentatives de conciliation avortées, cette envie de ne pas passer pour la « salope » de l’histoire (puis ne plus rien en avoir à faire). Trier, c’était se souvenir, refaire le chemin en arrière, faire face à cet épouvantable gâchis, gâchis qui m’a toutefois donner la force de rebondir, reconstruire ma vie. Et cette fois ci sur des bases solides. Cela a pris du temps, le temps des fondations bien ancrées dans le terre, le temps de comprendre, d’intégrer ma part de responsabilité, d’accepter que la vérité ne serait jamais révélée.

Il est clair que je suis très différente de la femme que j’étais en 2012. Je me suis découverte des ressources insoupçonnées, qui m’ont permis de faire face dans des situations délicates. Moi qui m’était toujours aplatie, qui avait toujours cédé, pour ma paix et celle de mon enfant, j’ai posé les limites, j’ai commencé à me respecter, à dire « non », à imposer MA vision des choses. J’ai appris à faire fi des insultes et des menaces. Mon attitude peut paraitre froide et insensible pour certains. Dans ce cas précis, je me considère comme seule maîtresse de nos destins. Je ne ressens pour lui ni haine, ni colère, juste cette indifférence qui a été mon salut au creux d’un deuil que je croyais impossible à faire. Son sort m’importe peu, je sais qu’il ne sera jamais heureux, qu’il en voudra toujours à la terre entière. Il n’est pas rayé de nos vies, il en fait partie, juste ce qu’il faut. Toutefois la confiance est rompue et ne sera jamais restaurée.

Alors, j’ai trié, j’ai jeté, j’ai regardé ces 5 années s’envoler dans le broyeur à documents, j’ai regardé ces semaines d’angoisse profonde s’évanouir, ces dizaines de mails traduits, ces attestations attestant l’horreur être englouties. Il ne reste plus que le strict minimum, les papiers d’état civil attendant de retrouver leur nom d’origine, les certificats de mariage et les jugements qui mettent un point final à ce qui était et ne sera plus.

Pour mon plus grand bonheur!

Et vous, trier ça vous fait du bien, ça vous fait peur parfois? Si vous êtes divorcés, avez-vous tout conservé ou tout liquidé?