Viol – Violence – Emprise: 6 ans après…

J’ai volontairement choisi de ne pas répondre aux commentaires sous l’article d’hier, étant donné que ces mots appartiennent à une autre personne. Je vous remercie toutefois pour votre bienveillance à son égard.

Certains ont particulièrement retenu mon attention et comme l’idée d’un article se profilait à l’horizon sur le même thème, je me suis dit que j’allais en profiter pour rebondir dessus.

Tout d’abord, comme le souligne très justement Sweet-Things, les victimes de viol, de violence conjugale ne sont pas uniquement des femmes et les bourreaux pas essentiellement des hommes. Les couples hétérosexuels comme homosexuels sont concernés également. Les femmes victimes parlent peu, les hommes victimes ne parlent pas, au nom de ce diktat qui veut qu’un homme soit « fort ». Tous les hommes ne sont pas des brutes épaisses non plus et les femmes des oies blanches. Pour connaître autour de moi des hommes victimes, je peux vous dire que les femmes peuvent parfois être bien pires.

L’anonymat n’est certes pas une solution, toutefois elle permet de se protéger et une personne victime de viol / violence DOIT se protéger.

Pourquoi se forcer ? Souvent parce que le dialogue n’est plus possible ou peut-être ne l’a jamais été. Parce qu’on ne parle pas de ces choses-là. Parce que le fossé entre les deux personnes s’est tant élargi que la communication est brisée. Parce que dire « non » comporte un risque. Parce que dire « oui » nous assure une paix relative. Et que cette paix c’est tout ce qui nous reste. Parce qu’il y a les enfants, la famille, le regard des autres, les convenances, nos valeurs dans la balance aussi.

J’ai déjà écrit des articles sur pourquoi on reste avec une personne toxique. Vous les trouverez en furetant dans la catégorie « emprise et renaissance » si le cœur vous en dit. C’est toujours facile et je l’ai dit plus d’une fois à des amies de partir, fuir. Toutefois quand on est dans la relation, l’emprise est telle que partir est difficile, sans dire dangereux. Ne croyez pas que les victimes restent par plaisir. Elles n’ont souvent pas le choix. Et quand elles font celui de partir, c’est souvent à un prix que nul ne peut imaginer.

Hier, nous regardions l’album des 1 an de Loulou. Au départ j’avais mis quelques photos de moi enceinte, j’en ai très peu. Les premiers mots qu’il a prononcé ont été « ce n’est pas toi ». Et pourtant il a vu des tonnes d’autres photos de moi, à des âges différents et avec des coupes de cheveux différentes et il m’a toujours reconnue. Alors ça a fait tilt. Non ce n’est pas moi. C’est ce que j’ai été pendant 4 ans, une personne étrangère. C’est la peur qui m’a guidée à chaque instant de cette relation. C’est la peur qui m’a fait dire « oui » des centaines de fois. C’est la peur qui m’a maintenue prisonnière. Au début j’ai dit « non ». Puis j’ai dit « non » en me sentant coupable parce qu’ on me faisait comprendre que ce “non” on ne voulait pas l’entendre. Puis les représailles sont arrivées. Et j’ai dit « oui ». Parce qu’en continuant à dire « non » je m’exposais à la violence, au harcèlement, à la manipulation.

Le 16 novembre 2012, ma descente aux enfers allait connaitre son heure de gloire! Là ce n’est plus de la peur, c’est la terreur, les larmes qui coulent, les nuits qui semblent interminables, les tripes en vrac. 11 jours après je prenais un aller-simple pour la France, laissant tout derrière moi, enceinte de six mois. Quand j’y pense j’ai presque du mal à me revoir, du mal à réaliser que j’ai été là, que j’ai vécu ça, que j’ai encaissé tout ce mépris. La jeune femme sur la photo est si éloignée de qui je suis aujourd’hui. C’est très étrange. Je suis désormais dans les faits, moins dans les émotions. Je peux parler de ces derniers jours, sans avoir le cœur prit de frissons, sans ressentir dans mon corps toutes ces sensations désagréables. Le traumatisme s’est estompé. Il revient parfois. Je ne peux plus voir la violence en peinture. Je ne peux plus entendre de cris sans me retourner dans la rue. Je ne peux plus voir de couples s’invectiver devant moi. Je ne peux plus visionner un film sur le sujet.

La prise de conscience de ma part de responsabilité dans ce naufrage m’a permis de faire mon deuil, de pardonner, d’accepter, de dépasser mes maux, de me reconstruire. Ce processus est propre à chacun.

Vous ne pourrez pas, nous ne pourrons pas tout comprendre. C’est impossible. Si un jour vous êtes en face d’une victime de viol, de violence, ne lui dites pas ce que vous feriez à sa place, vous n’y êtes pas. Écoutez-la et soyez présent. Mettez de côté vos idées toutes faites et écoutez-la VRAIMENT.

Advertisements

Je me souviens #1

Crédit Pixabay

Quand un mot, un geste avaient le pouvoir de déclencher ce que je redoutais le plus, la punition ultime, un silence insondable.

Rien que ça. Souvent un mot simple, presque rien. Souvent un geste anodin, un rictus. Quelques secondes d’inattention, puis le couperet tombait, la sentence était glaçante.

Il n’y avait pas que le silence, il y avait le mépris aussi, l’humiliation. Et devant son regard froid je redevenais cette petit chose fragile, les yeux qui dérivent et décrivent des cercles vers le bas, pour ne pas offenser celui qui sait, qui dit, qui dicte sa loi.

L’atmosphère qui devient épaisse, le silence qui inonde l’espace, la peur qui s’immisce, fait des vagues, anéantit tout sur ton passage. Et viennent les heures d’angoisses, à se croiser sans se parler, à se fuir, à s’ignorer, à se demander quoi faire, quoi dire pour que cesse l’agonie.

Revenir, comme une petite fille qui aurait mal appris sa leçon, et demander pardon.  Plusieurs fois, lui demander pardon sans savoir pourquoi. Juste ce mot là pour que l’autre mette fin au supplice. Qui gangrène les jours et asphyxie les nuits.

Je ne parlerai pas des nuits, elles sont mortes. J’ai chassé les images, elles ne viennent plus me hanter. Je sais juste qu’elles ont existé. Dans une autre vie.

C’est terminé et toujours là, un peu, parfois.

Quand je me souviens qu’un jour un mot, un geste avaient le pouvoir du pire. Et que le pire est derrière moi.

Je ne serai jamais seule

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Ma vie n’a plus d’heures. Elle a une consistance étrange. Elle se justifie de tout et se perd en tout. Ma vie est suspendue à un fil d’incertitudes, de doutes, de chemins à prendre, de craintes à apaiser, de silences à maîtriser. Ma vie est un chaos dans lequel je me fais l’impression d’être un fantôme. Je ne maîtrise plus rien. Ma vie est vide de rires et pleine d’angoisses profondes, qui enflent la nuit, qui font trembler mes jours.

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Je suis seule chez moi. Et j’ai peur. Mon corps n’est que frissons, un terrain de jeu sur lequel dansent les ombres de cette relation qui a débuté depuis 14 mois et qui me pompe toute mon énergie, ne me nourrit que d’injonctions à rester fidèle à une image née de l’imagination d’un homme pétrit de certitudes.

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Je n’en peux plus. Le silence pèse lourd, le sien. Qu’ai-je dit ? Qu’ai-je fait ? Ou pas ? Les jours se suivent et le silence prend tout, toute la place. Le silence est la violence que je redoute. Le silence saccage mes forces, il annihile mes pensées. Maintenant que j’ai laissé cet homme entrer dans ma vie, il a tout pouvoir sur moi. Il sait ce qu’il peut se permettre. Je le laisse faire ça. J’obtempère. Sans savoir pourquoi. Ou plutôt en sachant que si je ne le fais pas, la punition sera cruelle. J’adhère à ça.

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Il faut que ça se termine. Il faut que j’en finisse avec ça. Il faut que ça s’arrête. Tout est mort en moi. Je pense aux autres, ceux que j’aime, mais rien ne me retient à eux. Je me dirige alors comme un automate vers la porte, je l’ouvre, je regarde le balcon, les arbres, le ciel. C’est aujourd’hui ou jamais. Je me sens bien tout d’un coup, savoir que mon calvaire va s’arrêter me soulage. Je passe une jambe au-dessus de la balustrade…

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus.

Quelque chose vient de se passer. Un quart de secondes. J’ai toujours une jambe dans le vide. Autour de moi, rien, comme si le temps marquait une pause. Juste un souffle. Pas celui du vent dans les feuilles. Un souffle inconnu qui me retient de passer l’autre jambe. Une intuition comme un murmure qui me dit que je ne suis pas seule, que si je saute je ne serais pas seule, que si je ne saute pas je ne serais pas seule non plus.

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Ça n’a pas d’importance. Je suis en pleurs au milieu de mon salon, en vie. Je ne serais plus jamais seule.

Ce texte (autobiographique) a été inspiré par les articles de Rozie et Léonie, que vous pourrez retrouver en cliquant sur leurs prénoms.

Une sombre histoire de devoir conjugal

Crédit Pixabay

Un corps recroquevillé,
La clé dans la serrure, une porte qui claque,
Bruit assourdissant de ce qui se trame,
L’autre corps se glisse et se colle,
Les peaux se frôlent dans la fraîcheur d’une énième nuit morcelée.
Avoir envie là, maintenant.
Toujours. Forcément
L’autre corps attend sa dose journalière,
Se laisser prendre maladroitement,
Consentir
Au risque de…

Lire la suite sur Short Edition où mon poème participe au Grand Prix du Court – Automne 2018. Ce poème fait partie d’un recueil non édité (Copyright 2017).

 

Une histoire de date

Crédit Pixabay

La nuit est passée et le réveil m’a tiré d’un sommeil étrange. Difficile d’ouvrir les yeux, difficile de se lever. Ça m’arrive rarement.

Mon bol de céréales était infect. Je me suis brûlée en voulant retirer mon sachet de thé. Ma tartine est tombée par deux fois côté beurre sur le parquet – le présage d’une journée idyllique!

Dans ses bras, une, deux images sont venues perturbées mon bonheur matinal. Je les ai chassées vite fait bien fait. Pas là, pas maintenant.

Arrivée au bureau, une fois l’ordinateur allumé, mon regard s’est arrêté sur la date. 11 juillet.

Il y a 7 ans, je me mariais…

Quoi que je fasse, les dates restent. Immuables elles portent en elles des tonnes de souvenirs, qui parfois éclatent – peut-être qu’il y a encore des choses à sortir, des maux à exorciser.

Le jour de mon mariage, j’étais heureuse, le masque parfait de la fille qui veut y croire coute que coute, même quand tous les voyants sont rouge et annoncent un danger imminent. Pourtant les 10 jours précédents avaient été remplis de doutes et de larmes, d’envies de mettre un terme à cette mascarade. Autour de moi, il y avait mes amies, solidaires et ma famille, profondément meurtrie par le choix que je faisais.

C’était une belle journée, entrecoupée d’instants où un mot semblait avoir le pouvoir de tout remettre en question. Puis on passait à autre chose. Avec le sourire.

Le soir, de retour chez moi, en me regardant dans le miroir, en enlevant toutes les épingles de mes cheveux, je me suis promis d’être heureuse avec des trémolos dans la voix. Était-ce ma façon de conjurer un sort écrit de toute pièce ?

Dans la pièce à côté, celui qui était devenu mon mari faisait la fête avec ses amis. Je me suis allongée dans le lit, j’ai attendu et puis je me suis endormie, seule.

Deux jours après, la course aux papiers débutait. Deux mois plus tard il embarquait pour l’Égypte.

Aujourd’hui je réalise que j’ai épousé un fantôme. S’il n’y avait pas eu le reste, le mépris, le silence, les abus, la violence psychologique, la contrainte, j’aurais fait avec. Heureusement qu’il y a eu le reste, sinon je serais restée prisonnière d’une relation sans présent, sans avenir, j’aurais gâché ma vie.

Ce “non” qui ne suffit pas toujours

Crédit Pixabay

Le choc. L’atmosphère glaçante.
Un “non” prononcé. Le premier. Il se veut franc, lourd. Il vient des tripes. Il pense avoir du poids. Il n’en a pas.

Les mains écartent les herbes folles, s’aventurent en terrain interdit.
Le “non” se répète. Il cogne dans la tête, enfonce des portes verrouillées.
L’insolence fait de lui une ombre. L’homme fait sa loi.
Le corps riposte, frappe. Il réagit à l’invasion.
Le “non” s’affirme, se crie. Sortir à tous prix. Échapper à ce poids. Échapper à cette loi.

Devant la porte close, une montagne de “non”. Les “non” d’avant et les “non” d’après. Les “non” balayés d’un revers de main, d’un corps à corps fracassé. Des “non” piétinés par la seule volonté de celui qui dit. Des “non” jamais entendus, toujours refusés.

Devant la porte, la colère gronde, enfle.
Si la porte s’ouvre le tourbillon va cesser.
Si le “non” se plante dans la chair, la loi cédera au profit de la vérité.
La porte s’est ouverte, flanquée de tant de “pardon” que le “non” s’est perdu dans la foule, à couru à perdre haleine. Le corps à vomi des “non” à l’infini.

Pourtant ce “non” n’a pas suffit…

Un signe dans le ciel

© Pille Kirsi

J’étudiais le vol des oiseaux, comme si un signe se cachait dans ces traversées silencieuses. J’attendais un signe. Je voulais voir quelque chose se dessiner dans le ciel, pour savoir. Quelle route prendre. Quel choix faire.

Mon quotidien ressemblait à ce ciel gris, chargé de nuages prêts à exploser. Mon quotidien m’imposait une conduite qui se devait d’être irréprochable. Les doutes omniprésents ne me laissaient pas respirer, je vivais en apnée, terrorisée par les mains qui se referment un peu trop violemment, les mots qui claquent comme des insultes, le mépris insensé, la peur du faux-pas. Et les nuits qui n’en finissent pas de trainer avec elles le choc des corps, les heures passées à effacer l’odeur des ébats consentis pour une paix illusoire. Le gouffre profond du désespoir sans aucune porte de sortie possible.

Les oiseaux dans le ciel murmuraient des secrets que mon cœur savait. La route à choisir: la liberté. Le choix: partir.

Mon quotidien se décomposait sous mes yeux. Les nuages charriaient des larmes qui ne cessaient d’inonder mes draps. Impossible de reconnaître le jour de la nuit. Tout n’était que cri. Ce cri coincé dans la gorge qui ne sortait pas, le cri de l’échec cuisant, celui de la nuit qui gagne en puissance, enterre les espoirs d’un nouveau départ.

Les oiseaux, imperturbables, continuaient leur voyage. Je restais là à les regarder tracer leur chemin. Atterrée, perdue, vidée, anéantie, ils filaient sans moi. Le noir opaque m’empêchait de voir l’autre rive.

Mon quotidien était devenu l’enfer que je redoutais, la peur avait cédé place à la terreur, celle qui encore aujourd’hui fait trembler mon corps quand un danger se manifeste. La haine au fond d’un regard avait scellé mon avenir.

Les oiseaux m’accompagnaient vers la vie.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture 307 de Bric a Book

Ce qui était et ne sera plus

Les dimanches pluvieux sont l’occasion inespérée de faire du tri. Il restait un dossier qui avait échappé à la première grande vague du mois dernier, le dossier dans lequel je n’avais pas eu le cœur de me plonger, après avoir éliminé souvenirs, cartes, objets gardés “au cas où”, vieux carnets de listes de course, journaux intimes d’un temps révolu.

Un dossier aussi lourd que 5 ans de procédure.

Un dossier émotionnellement très chargé.

Un dossier qui n’avait cessé de gonfler depuis le premier rendez-vous chez un avocat en Décembre 2012.

J’étais une femme perdue, je vivais dans la peur au quotidien. Pour moi. Pour mon fils et mes proches. Je n’avais aucune certitude, plus aucune, aucun projet, aucune envie. Demander le divorce était toutefois une évidence qui s’est imposée rapidement. Je ne supportais plus l’idée d’être la femme de cet homme, de porter son nom. Mais c’est surtout pour mon fils que je l’ai fait, pour le protéger.

Trier, c’était remettre le nez dans ces longues années, ces fausses pistes, ces mails insensés, remplis de menaces, d’injonctions, ces demandes jamais honorées, ces tentatives de conciliation avortées, cette envie de ne pas passer pour la « salope » de l’histoire (puis ne plus rien en avoir à faire). Trier, c’était se souvenir, refaire le chemin en arrière, faire face à cet épouvantable gâchis, gâchis qui m’a toutefois donner la force de rebondir, reconstruire ma vie. Et cette fois ci sur des bases solides. Cela a pris du temps, le temps des fondations bien ancrées dans le terre, le temps de comprendre, d’intégrer ma part de responsabilité, d’accepter que la vérité ne serait jamais révélée.

Il est clair que je suis très différente de la femme que j’étais en 2012. Je me suis découverte des ressources insoupçonnées, qui m’ont permis de faire face dans des situations délicates. Moi qui m’était toujours aplatie, qui avait toujours cédé, pour ma paix et celle de mon enfant, j’ai posé les limites, j’ai commencé à me respecter, à dire « non », à imposer MA vision des choses. J’ai appris à faire fi des insultes et des menaces. Mon attitude peut paraitre froide et insensible pour certains. Dans ce cas précis, je me considère comme seule maîtresse de nos destins. Je ne ressens pour lui ni haine, ni colère, juste cette indifférence qui a été mon salut au creux d’un deuil que je croyais impossible à faire. Son sort m’importe peu, je sais qu’il ne sera jamais heureux, qu’il en voudra toujours à la terre entière. Il n’est pas rayé de nos vies, il en fait partie, juste ce qu’il faut. Toutefois la confiance est rompue et ne sera jamais restaurée.

Alors, j’ai trié, j’ai jeté, j’ai regardé ces 5 années s’envoler dans le broyeur à documents, j’ai regardé ces semaines d’angoisse profonde s’évanouir, ces dizaines de mails traduits, ces attestations attestant l’horreur être englouties. Il ne reste plus que le strict minimum, les papiers d’état civil attendant de retrouver leur nom d’origine, les certificats de mariage et les jugements qui mettent un point final à ce qui était et ne sera plus.

Pour mon plus grand bonheur!

Et vous, trier ça vous fait du bien, ça vous fait peur parfois? Si vous êtes divorcés, avez-vous tout conservé ou tout liquidé?

Comme une droguée en manque…

J’avais une idée d’article et puis j’ai lu celui d’Angie et je me suis souvenue du manque – nous pouvons tous donner des conseils, d’expérience, mais quand le manque est là, difficile d’y faire face. Le texte qui suit a été écrit en Juin 2014 soit 1 an et demi après ma séparation, comme quoi le chemin du deuil est différent pour chacun d’entre nous (de l’eau a coulé sous les ponts depuis, fort heureusement!)

Si tu savais comme j’en ai marre. Marre de t’en vouloir, d’être en colère contre toi. Marre de ressasser tout le mal que l’on s’est fait et de devoir te détester pour me protéger. Marre de tes silences qui ne riment plus à rien. Marre de cette angoisse omniprésente quand il est question de toi – rien que de toi – au fil de nos conversations, au gré de nos interrogations. Marre de ces mots qui envahissent des dizaines de pages blanches depuis plusieurs mois, mots compliqués qui sonnent comme des agressions, mots indigestes. Marre de ne pas pouvoir te faire confiance, de vivre dans la peur, de souffrir tout en essayant de comprendre et d’avancer. Marre de tes insolentes indifférences. Marre de devoir sans cette me justifier. Je voudrais juste me souvenir qu’un jour nous nous sommes aimés, mal c’est certain, un peu au moins, que nous avons été « amis » – n’est-ce pas un leurre pour m’aider à faire passer la pilule – avant d’être adversaires, incapables de compassion, inadéquates, inadaptés. Je voudrais ne me souvenir que du meilleur, certes éphémère. Oubliés nos rancœurs et nos déchirements. Oubliés nos nuits solitaires et nos rêves de vengeance.

Sur fond de ras le bol, tu deviens un souvenir, épineux à évoquer, qui m’arrache encore des larmes que je tente de masquer quand on me pose des questions et qui me poursuit au creux des heures d’insomnie. Je pensais que tu rattraperais le coup, que tu sortirais le grand jeu. Dès que je passais quelques heures seule – elles furent rares, personne n’y tenait, trop fragile, un brin suicidaire – je retrouvais de la sérénité dans le déni et l’oubli.

Récemment, en perdant ma main sur mes draps blancs, dans mon lit trop grand pour un seul corps, je pensais pouvoir saisir ta main. Mais le vide me rassurait autant qu’il me peinait. Te laisser partir, un combat de tous les instants. Comme une droguée en manque, j’ai cru en crever de ton absence, de tes silences aussi imposants que des forteresses en ruines. Je gardais l’espoir à chaque message de toi, qu’un autre écrivait bien évidemment, d’obtenir des aveux, d’entendre des excuses. Mais c’est toujours moi, au final, que tu rendais responsable de ta trahison et de ta souffrance, moi que tu condamnais. Je tremblais de chagrin, le nez collé à l’écran de mon ordinateur, la main posée sur la souris, prête à me déconnecter au moindre bruit suspect venant de l’escalier. Mes parents ne devaient pas savoir. Ils pensaient que je m’en sortais, loin de toi, que je me reconstruisais pas à pas. Comment pouvais-je leur dire que chaque jour j’attendais un message et qu’à coup sûr celui-ci venait briser chaque élan, arraché à la force de la vie qui grandissait en moi, que je m’imposais pour ne pas sombrer ?

Te laisser au passé devient crucial. Tout comme tirer un trait sur cette relation que nous aurions pu avoir. A défaut d’être amants, nous aurions pu être parents. J’y ai cru sincèrement. J’y ai cru comme petite fille, je croyais au Prince Charmant. J’y ai cru dans mes rêves, dans ces mots écrits sur le papier vierge, dans ces intentions de prières scandées en sourdine pour ne pas éveiller les soupçons. J’y ai cru pour moi, pour toi et pour lui aussi. J’ai cru que tu avais un meilleur fond que cet abruti qui te tient lieu de meilleur ami. Je ne l’ai jamais aimé mais je dois lui reconnaître une qualité (juste une), celle d’avoir osé avouer à Sophia, qu’il l’avait épousée pour des papiers. Toi, tu n’en as même pas été capable. Tu as joué le joli cœur, l’amoureux transi, le petit garçon blessé, l’homme fort et l’amant fou.

J’apprends à vivre sans toi. Pour les autres, ce n’est pas normal. Je devrais avoir tourné la page. Je devrais être sevrée. Ce n’est jamais aussi simple. Tant de deuils restent à faire. Trop de souvenirs m’assaillent, projets, endroits que j’aimais et que je ne reverrais pas, qui seront à jamais emplis de ton insolente présence, sans compter cette impression éreintante d’être passée à côté de tant de choses pour un seul sourire de toi. Quelle folie de t’avoir placé sur un piédestal, d’avoir fait de toi ce héros que tu n’es pas ! Qu’est-ce qui m’a poussée à cela ?

Je parle de moins en moins de toi ou différemment. Je suis heureuse que tu vives loin. Je ressens parfois encore comme un pincement au cœur devant tout cet épouvantable gâchis. Et dire que j’y ai cru ! Et dire que j’ai essayé de convaincre ceux qui m’aimaient le plus de mon bonheur – une illusion à laquelle j’ai préféré croire pour ne pas tomber à la renverse ou disjoncter complètement, pour maintenir tant que possible notre barge pourrie à flot, pour qu’elle se maintienne près du bord, au cas où il aurait fallu appeler à l’aide. Je reste toutefois consciente d’avoir pris la meilleure décision. Tout aurait empiré entre nous, à force de silences agressifs et de compromis que je serais restée seule à faire.

La nuit fait ressurgir ton visage. Dans mes rêves je fuis, boucle mes valises dans une atmosphère oppressante, avant qu’il ne soit trop tard. Je me réveille en nage paralysée par la peur. Une image. Un souvenir. Et la nuit qui m’étreint dans ses bras apaisants. Pour toujours, sans toi.

Et un jour, se respecter

Le jour de ma naissance je ne suis pas seulement devenue la fille de mes parents, je suis devenue la petite-fille de mes grands-parents. Rien de plus normal.

Pourtant sans le savoir un mécanisme s’était mis en place, dont je ne dénouerais les fils que 37 ans plus tard, vomissant tout ce que cette relation biaisée avait été.

L’amour démesuré de mes grands-parents pour moi a pesé lourd dans ma construction. Avec mon grand-père j’ai réussi à déconstruire les schémas. Il est parti en paix. Je l’ai laissé partir en paix. Je crois que nous nous comprenions, au-delà des mots. Même si l’excellence était la seule voie possible. J’étais celle qui devait réussir, rétablir l’ordre dans le désordre qu’avait été sa vie.

Cela n’a rien à voir à côté de l’emprise de ma grand-mère. C’est à partir de là qu’on comprend mieux certains évènements. J’ai servi sans le savoir une cause qui avait pour unique but de détruire la personne qui comptait le plus, celle qui m’avait mise au monde, ma mère.

Fut un temps, j’adorais ma grand-mère. Elle était ma confidente, mon soutien. Elle était mon phare dans la tempête. Pendant des années, je suis rentrée dans le moule bien fait de la vraie petite fille modèle. On avait l’impression que j’étais le deuxième enfant attendu, jamais eu. Mes quelques débordements étaient recadrés par un « elle est complètement folle ». Puis tout rentrait dans l’ordre. Je suis devenue la gardienne de la mémoire familiale, le prolongement d’elle-même. Je suis devenue celle qui arrondissait les angles, en toutes occasions. Je faisais en sorte que tout se passe bien, j’apaisais les esprits.

Ma sœur à côté, n’a jamais compté. Elle en a souffert. Et pourtant ce désintérêt l’a épargnée.

Quand je me suis rendue compte du manège, le mal était fait, la proie ferrée, la marche arrière impossible. J’ai essayé de briser l’image. J’ai posé des actes qui allaient à l’encontre de ses valeurs. J’ai choisi des chemins avec l’espoir de descendre de ce piédestal sur lequel elle m’avait placée. A chaque phase de rébellion contre l’ordre établi, ma grand-mère prenait ma défense. Quelles que pouvaient être ses idées, elle s’opposait à mes parents. Diviser pour mieux régner. Toujours.

Je me suis souvent sentie tiraillée : protéger ma mère – faire plaisir à ma grand-mère (qui savait parfaitement faire basculer la balance en sa faveur, en jouant les femmes éplorées et sensibles malmenée par le monde. Ça marche à tous les coups, à l’extérieur surtout)

J’ai fini par adhérer inconsciemment à ma propre mise à mort. Devenir quelqu’un que je n’étais pas. A tous les niveaux. Fermer ma gueule et rentrer dans le rang. Et ça a fonctionné. Puisque j’ai toujours cru que mes choix, mes sentiments m’appartenaient. Alors qu’une autre tirait les ficelles.

Jusqu’au jour où, à force de mots violents à l’égard de mes parents, à force de vouloir me faire porter le poids d’une histoire qui ne m’appartient pas, je suis rentrée chez moi et j’ai liquidé tout ce qui avait un lien avec elle. Un jour, j’ai choisi de me respecter avant tout.

Je ne pourrais jamais comprendre tout ça, les mensonges, ce désir de nuire, cette méchanceté gratuite, cette violence psychologique. Mais comme dirait quelqu’un qui compte beaucoup pour moi c’est une réalité, ça existe. Je peux me révolter, refuser les faits, ça n’y changera rien. J’ai plus de chances de me faire davantage de mal qu’autre chose. J’ai décidé d’accepter et d’avancer, en prenant mes distances, beaucoup de distances.

Je ne lui dois rien. Je me dois tout.