Une histoire de date

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La nuit est passée et le réveil m’a tiré d’un sommeil étrange. Difficile d’ouvrir les yeux, difficile de se lever. Ça m’arrive rarement.

Mon bol de céréales était infect. Je me suis brûlée en voulant retirer mon sachet de thé. Ma tartine est tombée par deux fois côté beurre sur le parquet – le présage d’une journée idyllique!

Dans ses bras, une, deux images sont venues perturbées mon bonheur matinal. Je les ai chassées vite fait bien fait. Pas là, pas maintenant.

Arrivée au bureau, une fois l’ordinateur allumé, mon regard s’est arrêté sur la date. 11 juillet.

Il y a 7 ans, je me mariais…

Quoi que je fasse, les dates restent. Immuables elles portent en elles des tonnes de souvenirs, qui parfois éclatent – peut-être qu’il y a encore des choses à sortir, des maux à exorciser.

Le jour de mon mariage, j’étais heureuse, le masque parfait de la fille qui veut y croire coute que coute, même quand tous les voyants sont rouge et annoncent un danger imminent. Pourtant les 10 jours précédents avaient été remplis de doutes et de larmes, d’envies de mettre un terme à cette mascarade. Autour de moi, il y avait mes amies, solidaires et ma famille, profondément meurtrie par le choix que je faisais.

C’était une belle journée, entrecoupée d’instants où un mot semblait avoir le pouvoir de tout remettre en question. Puis on passait à autre chose. Avec le sourire.

Le soir, de retour chez moi, en me regardant dans le miroir, en enlevant toutes les épingles de mes cheveux, je me suis promis d’être heureuse avec des trémolos dans la voix. Était-ce ma façon de conjurer un sort écrit de toute pièce ?

Dans la pièce à côté, celui qui était devenu mon mari faisait la fête avec ses amis. Je me suis allongée dans le lit, j’ai attendu et puis je me suis endormie, seule.

Deux jours après, la course aux papiers débutait. Deux mois plus tard il embarquait pour l’Égypte.

Aujourd’hui je réalise que j’ai épousé un fantôme. S’il n’y avait pas eu le reste, le mépris, le silence, les abus, la violence psychologique, la contrainte, j’aurais fait avec. Heureusement qu’il y a eu le reste, sinon je serais restée prisonnière d’une relation sans présent, sans avenir, j’aurais gâché ma vie.

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Ce “non” qui ne suffit pas toujours

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Le choc. L’atmosphère glaçante.
Un “non” prononcé. Le premier. Il se veut franc, lourd. Il vient des tripes. Il pense avoir du poids. Il n’en a pas.

Les mains écartent les herbes folles, s’aventurent en terrain interdit.
Le “non” se répète. Il cogne dans la tête, enfonce des portes verrouillées.
L’insolence fait de lui une ombre. L’homme fait sa loi.
Le corps riposte, frappe. Il réagit à l’invasion.
Le “non” s’affirme, se crie. Sortir à tous prix. Échapper à ce poids. Échapper à cette loi.

Devant la porte close, une montagne de “non”. Les “non” d’avant et les “non” d’après. Les “non” balayés d’un revers de main, d’un corps à corps fracassé. Des “non” piétinés par la seule volonté de celui qui dit. Des “non” jamais entendus, toujours refusés.

Devant la porte, la colère gronde, enfle.
Si la porte s’ouvre le tourbillon va cesser.
Si le “non” se plante dans la chair, la loi cédera au profit de la vérité.
La porte s’est ouverte, flanquée de tant de “pardon” que le “non” s’est perdu dans la foule, à couru à perdre haleine. Le corps à vomi des “non” à l’infini.

Pourtant ce “non” n’a pas suffit…

Ce qui était et ne sera plus

Les dimanches pluvieux sont l’occasion inespérée de faire du tri. Il restait un dossier qui avait échappé à la première grande vague du mois dernier, le dossier dans lequel je n’avais pas eu le cœur de me plonger, après avoir éliminé souvenirs, cartes, objets gardés “au cas où”, vieux carnets de listes de course, journaux intimes d’un temps révolu.

Un dossier aussi lourd que 5 ans de procédure.

Un dossier émotionnellement très chargé.

Un dossier qui n’avait cessé de gonfler depuis le premier rendez-vous chez un avocat en Décembre 2012.

J’étais une femme perdue, je vivais dans la peur au quotidien. Pour moi. Pour mon fils et mes proches. Je n’avais aucune certitude, plus aucune, aucun projet, aucune envie. Demander le divorce était toutefois une évidence qui s’est imposée rapidement. Je ne supportais plus l’idée d’être la femme de cet homme, de porter son nom. Mais c’est surtout pour mon fils que je l’ai fait, pour le protéger.

Trier, c’était remettre le nez dans ces longues années, ces fausses pistes, ces mails insensés, remplis de menaces, d’injonctions, ces demandes jamais honorées, ces tentatives de conciliation avortées, cette envie de ne pas passer pour la « salope » de l’histoire (puis ne plus rien en avoir à faire). Trier, c’était se souvenir, refaire le chemin en arrière, faire face à cet épouvantable gâchis, gâchis qui m’a toutefois donner la force de rebondir, reconstruire ma vie. Et cette fois ci sur des bases solides. Cela a pris du temps, le temps des fondations bien ancrées dans le terre, le temps de comprendre, d’intégrer ma part de responsabilité, d’accepter que la vérité ne serait jamais révélée.

Il est clair que je suis très différente de la femme que j’étais en 2012. Je me suis découverte des ressources insoupçonnées, qui m’ont permis de faire face dans des situations délicates. Moi qui m’était toujours aplatie, qui avait toujours cédé, pour ma paix et celle de mon enfant, j’ai posé les limites, j’ai commencé à me respecter, à dire « non », à imposer MA vision des choses. J’ai appris à faire fi des insultes et des menaces. Mon attitude peut paraitre froide et insensible pour certains. Dans ce cas précis, je me considère comme seule maîtresse de nos destins. Je ne ressens pour lui ni haine, ni colère, juste cette indifférence qui a été mon salut au creux d’un deuil que je croyais impossible à faire. Son sort m’importe peu, je sais qu’il ne sera jamais heureux, qu’il en voudra toujours à la terre entière. Il n’est pas rayé de nos vies, il en fait partie, juste ce qu’il faut. Toutefois la confiance est rompue et ne sera jamais restaurée.

Alors, j’ai trié, j’ai jeté, j’ai regardé ces 5 années s’envoler dans le broyeur à documents, j’ai regardé ces semaines d’angoisse profonde s’évanouir, ces dizaines de mails traduits, ces attestations attestant l’horreur être englouties. Il ne reste plus que le strict minimum, les papiers d’état civil attendant de retrouver leur nom d’origine, les certificats de mariage et les jugements qui mettent un point final à ce qui était et ne sera plus.

Pour mon plus grand bonheur!

Et vous, trier ça vous fait du bien, ça vous fait peur parfois? Si vous êtes divorcés, avez-vous tout conservé ou tout liquidé?

Comme une droguée en manque…

J’avais une idée d’article et puis j’ai lu celui d’Angie et je me suis souvenue du manque – nous pouvons tous donner des conseils, d’expérience, mais quand le manque est là, difficile d’y faire face. Le texte qui suit a été écrit en Juin 2014 soit 1 an et demi après ma séparation, comme quoi le chemin du deuil est différent pour chacun d’entre nous (de l’eau a coulé sous les ponts depuis, fort heureusement!)

Si tu savais comme j’en ai marre. Marre de t’en vouloir, d’être en colère contre toi. Marre de ressasser tout le mal que l’on s’est fait et de devoir te détester pour me protéger. Marre de tes silences qui ne riment plus à rien. Marre de cette angoisse omniprésente quand il est question de toi – rien que de toi – au fil de nos conversations, au gré de nos interrogations. Marre de ces mots qui envahissent des dizaines de pages blanches depuis plusieurs mois, mots compliqués qui sonnent comme des agressions, mots indigestes. Marre de ne pas pouvoir te faire confiance, de vivre dans la peur, de souffrir tout en essayant de comprendre et d’avancer. Marre de tes insolentes indifférences. Marre de devoir sans cette me justifier. Je voudrais juste me souvenir qu’un jour nous nous sommes aimés, mal c’est certain, un peu au moins, que nous avons été « amis » – n’est-ce pas un leurre pour m’aider à faire passer la pilule – avant d’être adversaires, incapables de compassion, inadéquates, inadaptés. Je voudrais ne me souvenir que du meilleur, certes éphémère. Oubliés nos rancœurs et nos déchirements. Oubliés nos nuits solitaires et nos rêves de vengeance.

Sur fond de ras le bol, tu deviens un souvenir, épineux à évoquer, qui m’arrache encore des larmes que je tente de masquer quand on me pose des questions et qui me poursuit au creux des heures d’insomnie. Je pensais que tu rattraperais le coup, que tu sortirais le grand jeu. Dès que je passais quelques heures seule – elles furent rares, personne n’y tenait, trop fragile, un brin suicidaire – je retrouvais de la sérénité dans le déni et l’oubli.

Récemment, en perdant ma main sur mes draps blancs, dans mon lit trop grand pour un seul corps, je pensais pouvoir saisir ta main. Mais le vide me rassurait autant qu’il me peinait. Te laisser partir, un combat de tous les instants. Comme une droguée en manque, j’ai cru en crever de ton absence, de tes silences aussi imposants que des forteresses en ruines. Je gardais l’espoir à chaque message de toi, qu’un autre écrivait bien évidemment, d’obtenir des aveux, d’entendre des excuses. Mais c’est toujours moi, au final, que tu rendais responsable de ta trahison et de ta souffrance, moi que tu condamnais. Je tremblais de chagrin, le nez collé à l’écran de mon ordinateur, la main posée sur la souris, prête à me déconnecter au moindre bruit suspect venant de l’escalier. Mes parents ne devaient pas savoir. Ils pensaient que je m’en sortais, loin de toi, que je me reconstruisais pas à pas. Comment pouvais-je leur dire que chaque jour j’attendais un message et qu’à coup sûr celui-ci venait briser chaque élan, arraché à la force de la vie qui grandissait en moi, que je m’imposais pour ne pas sombrer ?

Te laisser au passé devient crucial. Tout comme tirer un trait sur cette relation que nous aurions pu avoir. A défaut d’être amants, nous aurions pu être parents. J’y ai cru sincèrement. J’y ai cru comme petite fille, je croyais au Prince Charmant. J’y ai cru dans mes rêves, dans ces mots écrits sur le papier vierge, dans ces intentions de prières scandées en sourdine pour ne pas éveiller les soupçons. J’y ai cru pour moi, pour toi et pour lui aussi. J’ai cru que tu avais un meilleur fond que cet abruti qui te tient lieu de meilleur ami. Je ne l’ai jamais aimé mais je dois lui reconnaître une qualité (juste une), celle d’avoir osé avouer à Sophia, qu’il l’avait épousée pour des papiers. Toi, tu n’en as même pas été capable. Tu as joué le joli cœur, l’amoureux transi, le petit garçon blessé, l’homme fort et l’amant fou.

J’apprends à vivre sans toi. Pour les autres, ce n’est pas normal. Je devrais avoir tourné la page. Je devrais être sevrée. Ce n’est jamais aussi simple. Tant de deuils restent à faire. Trop de souvenirs m’assaillent, projets, endroits que j’aimais et que je ne reverrais pas, qui seront à jamais emplis de ton insolente présence, sans compter cette impression éreintante d’être passée à côté de tant de choses pour un seul sourire de toi. Quelle folie de t’avoir placé sur un piédestal, d’avoir fait de toi ce héros que tu n’es pas ! Qu’est-ce qui m’a poussée à cela ?

Je parle de moins en moins de toi ou différemment. Je suis heureuse que tu vives loin. Je ressens parfois encore comme un pincement au cœur devant tout cet épouvantable gâchis. Et dire que j’y ai cru ! Et dire que j’ai essayé de convaincre ceux qui m’aimaient le plus de mon bonheur – une illusion à laquelle j’ai préféré croire pour ne pas tomber à la renverse ou disjoncter complètement, pour maintenir tant que possible notre barge pourrie à flot, pour qu’elle se maintienne près du bord, au cas où il aurait fallu appeler à l’aide. Je reste toutefois consciente d’avoir pris la meilleure décision. Tout aurait empiré entre nous, à force de silences agressifs et de compromis que je serais restée seule à faire.

La nuit fait ressurgir ton visage. Dans mes rêves je fuis, boucle mes valises dans une atmosphère oppressante, avant qu’il ne soit trop tard. Je me réveille en nage paralysée par la peur. Une image. Un souvenir. Et la nuit qui m’étreint dans ses bras apaisants. Pour toujours, sans toi.

Les ressorts de l’emprise (et pourquoi c’est si difficile à expliquer)

J’ai souvent écris sur l’emprise. C’est un sujet d’actualité. Mais c’est surtout une étape de ma construction.

Pourtant parler d’emprise est très difficile. Parce que les ressorts de l’emprise sont très pervers et que la personne qui tire les ficelles de cet engin machiavélique va arriver à ses fins, en vous faisant croire que tout ce que vous avez consenti à faire vient de vous.

La personne est blanche comme neige dans l’affaire. Les rôles sont échangés. Le bourreau devient victime et la victime devient bourreau.

Le principal problème de l’emprise, c’est que vous ne vous rendez compte de rien.  Souvent le dialogue dans la relation est inexistant, l’échange une perte de temps puisque une seule parole prime, celle de l’autre – il ne cherchera jamais vraiment à savoir ce que vous pensez sur telle ou telle question, qui vous êtes non plus. Ça ne l’intéresse pas, ce qui l’intéresse c’est la faille qu’il a perçu en vous et dans laquelle il va se faufiler pour diriger votre vie. Jusqu’à ce que vous vous retrouviez au pied du mur, pieds et mains liés.

Le manipulateur ne vous “aime” pas tel que vous êtes, il vous “aime” tel que vous allez devenir. Tout est prêt dans son plan pour que vous rentriez dans SES cases, pour que vous vous abaissiez à SES volontés. Pas de polémique, il sait, il a raison. L’emprise fait que vous y adhérez, sans trop vous poser de questions. Après tout, c’est pour votre bien. Il le dit. Vous le croyez. La seule chose que vous avez à faire c’est de le vénérer comme un Dieu et vous soumettre. Si vous restez dans le droit chemin, tout ira bien. Si vous déviez, vous le faites à vos risques et périls.

Au début vous prendrez plaisir à jouer avec le feu, vous aurez l’impression que vous aussi vous pouvez le manipuler. Grave erreur. A ce jeu il a des longueurs d’avance sur vous. Vous vous brûlerez les ailes à coup sûr.

Il faudra parfois un engagement, un enfant, un appartement, des dons d’argent, un changement de pays, de religion, un régime draconien, un nouveau style vestimentaire, une démission (et j’en passe).

Avant que les gens ne vous demandent si tout va bien, pourquoi ces changements saugrenus et qui ne semblent pas du tout vous correspondre. A ce moment-là, il y a de fortes chances pour que vous vous refermiez sur vous-mêmes en vous disant que les gens n’y comprennent vraiment rien. Au lieu d’être heureux pour vous, ils vous accusent presque de changer. Vous prendrez vos distances. Et l’emprise redoublera. Tous vos choix seront dictés par un instinct de survie. Mais vous l’ignorez encore à ce stade.

S’ensuivra une jalousie excessive, la violence, les humiliations, le harcèlement, un / des actes sexuels forcés, des menaces. Privés du recul nécessaire vous abdiquerez. La paix. Avoir la paix, voilà ce qui primera. Tous vos faits et gestes seront calculés pour ne pas « brusquer » l’autre. Toute atteinte aux règles fixées, par l’autre, sera assortie d’une sanction. Vous vous retrouverez comme un gosse pris en faute pour une vulgaire bêtise et il vous faudra presque ramper jusqu’à l’autre pour implorer son pardon. Qu’il ne daignera vous accorder qu’à certaines conditions, établies par lui bien entendu. Vous serez prêt à tout pour que l’autre vous regarde, vous parle. Vous deviendrez ce qu’il attend de vous depuis le début. Et vous serez convaincu qu’il ne fait ça que pour votre bien. Encore une fois. Pire, que c’est vous qui êtes fou à lier quand il vous fait une énième crise de jalousie, vous bouscule dans le couloir, vous intime l’ordre d’aller changer de tenue, vous avez l’air d’une pute, jette votre repas à la poubelle. Ne vous en faites pas, il sera le premier à vous le dire. Vous n’êtes rien. Avec lui. Ou sans lui d’ailleurs.

Il s’en sortira presque avec les félicitations du Jury. Et vous, le cerveau complètement retourné, votre estime de vous-mêmes réduite à néant, votre corps couvert de cicatrices visibles et invisibles. Vous ne serez plus que l’ombre de vous-mêmes.

Et tout le monde se demandera comment vous avez pu adhérer à CA.

Vous vous demanderez comment vous avez pu adhérer à CA.

Et puis vous vous souviendrez de l’araignée qui tisse sa toile, de cette impression omniprésente de ne pas pouvoir respirer, de patauger dans des sables mouvants, d’avoir envie de sortir mais de vous cognez dans des portes fermées à double tour. Vous vous souviendrez de la première fois où il vous a dit « si tu m’aimais ». Et vous comprendrez que dans cette relation, les cartes distribuées ne l’étaient pas en votre faveur, les dés étaient pipés d’avance, la chute prévisible.

Il ne devrait jamais y avoir de « si » avant le verbe « aimer ».

Pendant 4 ans, j’ai simulé…

C’est monnaie courante, beaucoup de femmes en sont réduites à ça, détailler le papier peint de la chambre à coucher pendant que l’autre s’active à la tâche, avec un objectif unique: son plaisir. C’est bien là que la bât blesse. Quand on parle du plaisir de l’autre, il y a ceux que ça indiffère, ceux qui n’y pensent même pas, les égoïstes purs et durs, ceux qui te balancent des histoires à la con de soumission, de religion et plein d’autres…Et puis il y a ceux pour qui ça compte. Heureusement!

Entre nous, tout avait mal commencé. Il ne fallait pas être devin pour imaginer que sexuellement ce serait un fiasco. Pourtant on pouvait espérer. Ça ne fait de mal à personne, encore que!

C’est dans une petite chambre, humide et moche que j’ai pris conscience, non sans m’être forcée à voir le côté positif des choses, que le Nirvana ce n’était pas une partie gagnée. De bon matin, après une soirée où j’avais tenu bon sur mes positions – avec préservatif ou rien – je me suis réveillée seule dans le lit froid aux draps à la propreté douteuse. Il était sorti, pour quoi faire? M’acheter des croissants sûrement. Il avait un corps de rêve et il était délicat. Si ça se trouve c’était un Dieu au lit. Je rêvais déjà. Quand il a passé la porte, le regard pétillant, en tenant à la main une boite de préservatifs, j’ai déchanté. Pas de croissants. J’allais passé à la casserole sans préambule. Sans préliminaire non plus – pourquoi faire long quand on peut faire court!

Au départ, je me disais que c’était peut-être à moi de lui montrer le chemin. Sauf qu’entre lui et moi il y avait tout le vacarme de la religion et son inaptitude à penser à quelqu’un d’autre qu’à lui-même. A chaque fois que nous nous retrouvions dans un lit, j’avais ni plus ni moins l’impression d’être une pute – l’argent en moins sur la table de nuit. Au départ, je mettais un peu d’ardeur à la tâche quand même, histoire de dire qu’on était deux à  vivre l’expérience.

Au fil du temps, j’ai appris. A faire semblant. C’est pas si compliqué, croyez moi. Et ça passe inaperçu puisque l’autre n’en a strictement rien à ciré. J’ai eu le temps en quatre ans d’étudier dans les moindres détails les murs, le plafond, la moquette, le carrelage de la salle de bains, un coin de ciel bleu, la couleur de la pluie, les vitres, les tâches, la peinture qui s’écaille, la qualité du coton des housses de couette, de refaire dans ma tête la décoration de l’appartement, d’établir la liste des courses, les recettes à tester absolument, les cartes à envoyer. Je me suis parfois demandé pourquoi ça prenait tant de temps, alors que certains jours, c’était emballé en moins de deux et qu’il filait sous la douche, avant même que j’ai mis un pied hors du lit. Je me suis souvent parlé à moi-même, me demandant quand il allait me demander de changer de position, si ça allait être mieux ou pire. Entre deux, je le regardais le sourire aux lèvres, histoire de lui faire croire qu’il était le meilleur amant de la terre – je crois qu’il n’a jamais douté. J’ai joué la comédie le matin, le soir, à midi, en pleine nuit, en plein jour, volés tirés, portes closes. J’ai crié, pleuré, espéré surtout que le déclic arrive, que je sente quelque chose, un début de quelque chose. Rien, le calme plat, un vide abyssal. La seule chose que je retiens c’est cette brulure au fond de moi qui n’a fait qu’enfler à mesure du temps qui passe. C’était nul et en plus ça faisait mal. Que du bonheur!

Puis je me suis avouée vaincue. Il fallait se rendre à l’évidence, le sexe avec lui c’était une perte de temps et d’énergie. Je devenais fade, je me dégoutais aussi, j’avais l’impression d’être un corps à disposition. Moi ou une autre, je crois que ça n’aurait pas fait grande différence.

Si au début l’envie l’emportait sur le reste – je me disais que ça viendrait, patience, patience – au bout d’un certain temps l’envie s’est évaporée, je m’offrais à lui dans l’espoir d’un ressenti quelconque qui aurait pu me redonner vie et surtout nous aurait permis de rétablir une communication chaotique, abolir un silence destructeur. Puis vers la fin, je désertais le lit conjugal le plus souvent possible. Sentir son corps contre le mien me donnait la nausée. Je ne pouvais plus voir mon corps offert en pâture à un animal en manque.

Quatre ans sans un vertige, sans une once de plaisir, sans une once de tact aussi, sans même avoir touché du bout des doigts un hypothétique orgasme, aucune sensation agréable. Quatre ans sans partage, sans respect. Quatre ans d’un jeu que j’ai joué jusqu’à l’épuisement, jusqu’à m’avouer que nous n’avions fait que nous croiser. Du sexe pour du sexe, sans émotion. Pour l’épanouissement, tu repasseras!

Alors pour ceux qui se disent que nous aurions dû en discuter, que ça aurait peut-être changer le cours des évènements, et bien je réponds que j’ai essayé, une fois, deux fois. A la troisième tentative, il m’a presque supplié de ne pas lui parler de ça, que ça lui faisait trop mal. Déjà je n’étais plus vierge, il ne fallait pas trop lui en demander!

Et pour ceux qui se demandent comment on reconnait une femme qui simule. Et bien là non plus ce n’est pas compliqué, il suffit juste de la regarder être, vivre, vibrer, de la respecter, de communiquer. Une femme qui simule n’est ni heureuse, ni épanouie. Ou alors ce soir, elle n’avait juste pas envie – ça arrive!

 

Neuf ans plus tard…

Je viens tout juste de commencer le livre de Cristina – une carte postale du bonheur et forcément ça résonne fortement en moi. Mais aussi quelle idée de le commencer un 13 mars! Jusqu’à ce matin, je n’avais pas fait le rapprochement.

Le 14 mars je m’en souviens facilement c’est l’anniversaire de mon père. Le 14 mars il y a 9 ans, à cette heure ci, mon amie Camille et moi nous préparions à sortir danser. Le 14 mars, avant que les douze coups de minuit sonnent, j’avais rencontré celui qui allait faire vaciller ma vie, que j’allais vouloir sauver, à qui j’allais m’offrir en sacrifice, pour lequel j’allais me battre envers et contre tous. Pour du vent.

En lisant les lignes de Cristina, je me rends compte à quel point je me suis menti à moi-même, dès le départ, dès les premières heures, dès le début de cette relation biaisée, basée sur des émotions erronées. Les dés n’étaient pas seulement pipés, je n’étais pas heureuse. J’ai essayé de l’être, j’ai réussi à me prouver que je l’étais. C’est peut-être ça le pire, les mensonges dans lesquels nous berçons nos propres illusions. J’ai rêvé mon bonheur. Je l’ai rêvé lui aussi. Je l’ai vu différent de ce qu’il était – il ne m’a pas aidé non plus à le voir tel qu’il était, je crois qu’il n’avait aucune idée de qui il était d’ailleurs.

Puis les choses que nous connaissons ont eu lieu. Loulou est arrivé dans ma vie. Sa présence, sa joie de vivre, son sourire ont effacé les blessures. Petit à petit. Je me souviens de lui, bébé, et des heures passées à le regarder, à me faire à l’idée de ce miracle, qui m’avait sauvée à temps d’un futur tragique, dans lequel je me serais encore plus renfermée, j’aurais perdu tout contact avec moi-même. Ce que je pouvais envisager pour moi, je ne pouvais pas le faire vivre à mon enfant. Il a été celui qui m’a fait prendre la décision de mettre un terme à cette relation dévastatrice.

Quand l’Amour est revenu dans ma vie, j’ai eu terriblement peur. Bien sûr j’avais les clés en mains pour ne pas revivre ce que j’avais vécu. Mais comment le savoir? Comment être sûre? Comment ne pas passer au crible de l’expérience chaque acte, chaque geste, chaque mot? Un pari incertain. Sans compter les souvenirs douloureux avec lesquels il fallait composer, les peurs, les blocages. Sans compter les images, cette angoisse du corps, le mien, celui de l’autre. Puis tout s’est fait naturellement, si naturellement que c’en était troublant…

Aujourd’hui, je me surprends encore parfois à m’excuser pour un rien, à craindre qu’un mot soit pris de travers. Puis je me raisonne. C’est une autre histoire.

Neuf ans plus tard, je suis si différente de la jeune femme que j’étais. J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies dans ce cycle là, d’avoir été tantôt perdue, tantôt soumise, tantôt guerrière, tantôt frondeuse, tantôt humiliée, tantôt victime, tantôt victorieuse, tantôt fragile. Maternelle jusqu’au bout des ongles. Avant de redevenir souple, femme, sensuelle.

Les premières “dates anniversaires” m’ont laissé un goût amer. J’étais dans le combat, contre moi, contre lui, pour la vie, contre tout ce que j’avais encaissé sans broncher, contre tout ce qui m’attirait vers le bas, contre le chagrin, les mensonges, les fausses promesses.

Neuf ans plus tard, quand je jette un bref coup d’œil en arrière, je suis juste fière du chemin parcouru. Sur cette route je me suis découverte, je me suis crée, j’ai donné la vie, réalisé des rêves et choisi cette fois ci, envers et contre tout, d’accueillir l’amour, le bonheur, au présent simple! Et d’y croire aussi!

Et vous, quelles décisions, quelles expériences ont radicalement changé vos vies?

Plus jamais

 

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Âmes sensibles s’abstenir…

Il rentre. Tard. Tôt. Les heures ne comptent plus. Elle entend la clé dans la serrure. Elle se prépare mentalement. A le sentir. A respirer son haleine rance. L’odeur de la cigarette mêlée à l’humidité ambiante lui donne la nausée. Elle attend, inquiète, non, terrifiée. Qu’il se pointe, se déshabille. Elle entend le bruit des boutons de son jean qui sautent l’un après l’autre, son caleçon glisser le long de ses jambes, son t-shirt s’échouer sur la moquette. Juste quelques secondes de sursis avant qu’il ne se glisse nu dans le lit. Son corps chaud contre sa peau froide. Un électrochoc.

Ils ne feront pas l’amour. Ils ne savent pas. Il ne sait pas. Ni don ni partage. Ni orgasme ni jouissance. C’est mécanique. La mécanique du quotidien. Les mêmes gestes, la même cadence, la même pulsion animale. Un scénario bien huilé dont il maîtrise l’exécution à la perfection. C’est lui qui mène la danse. Il n’y a pas soumission non plus, aucun accord tacite entre eux.
On se place dans un autre registre. La possession. La prise de pouvoir sur l’autre. Un seul plaisir prime. Le sien. C’est un acte unilatéral auquel l’autre doit se plier au risque de…

Il occupe d’un coup l’espace. Elle est cette petite chose apeurée quand il est là. Elle a toujours peur de dire, faire quelque chose qui va déclencher la guerre. Froide. Il y a une violence sourde en lui, qui plane sur le vide qu’est devenue sa vie.

Coincée entre le bord du lit et son corps, elle n’a aucun moyen de se soustraire à ce qui va suivre. Il essaye d’être tendre, elle perd le fil.

Et si?

Et si cette fois c’était différent? Et si ça ressemblait à quelque chose? Et si ils pouvaient se réconcilier là, entre ces draps ?

Il est maintenant contre elle. Elle fait semblant de dormir. C’est tellement moche tout ça. Lui. Eux. Elle. Il est 2h10, 3h25 ou 4h45. Les jours se suivent. Les heures ne se ressemblent pas. Au fil des nuits elle n’est plus qu’un corps qui se livre, qui adhère à une mise à mort. La sienne. Avec cet espoir insensé qu’il daigne à nouveau la regarder, lui adresser la parole.

Ils ne s’embrasseront pas. Ils ne se regarderont pas. Le silence qui les entoure est glacial. Elle donne du sien. Elle se force un peu, espère pouvoir créer un lien. Elle crie un peu, histoire de…

Il finit par s’effondrer sur elle. Un poids mort sur son corps à l’agonie. Il se lève sans un mot, sans un regard. C’est mieux comme ça. Son regard chargé de mépris ne ferait que l’enfoncer davantage. Parfois elle a le courage de marcher jusqu’à la salle de bains. Parfois pas. Elle se recroqueville sur elle-même, prie pour qu’il végète jusqu’au matin devant la télévision. Pas deux fois la même nuit.

Ça dure 1 jour, 2 jours, 4 jours. Puis ça passe. La lune de miel efface en surface les blessures. La plaie pourrit à l’intérieur. Elle refuse juste de voir. Trop dur. Ce sont les seuls moments partagés alors elle s’y attache. Maigre espoir vital. Elle ne peut pas s’effondrer, autour il n’y a plus personne, la solitude se fait plus intense, l’angoisse monte d’un cran à chaque coup de gueule trop imposant. Alors elle sourit et elle continue à faire semblant d’être heureuse.

C’est une prise d’otage. Sans témoin. Sans coup. Sans traces. C’est ce que ça ne sera jamais plus.

Je dédie ce texte à toutes les femmes victimes de violence conjugale. A toutes celles qui sont parties. A toutes celles qui luttent.

Viol ou violence conjugale?

Entre viol et violence la frontière est mince. Il ne m’a jamais forcée mais il a plus d’une fois forcé les choses…

Quand je disais non et qu’il insistait, se faisait plus pressant.
Quand il  refusait de mettre un préservatif à propos d’une histoire de confiance à la gomme.
Quand il débarquait chez moi en plein milieu de la nuit et attendait que je sois fraîche et disposée pour lui.
Quand il collait son corps contre le mien alors qu’il ne m’adressait pas la parole depuis plusieurs jours, m’ignorait quand j’étais dans la même pièce que lui, me menaçait de me quitter.
Quand il me disait que je n’y mettais pas du mien, que je n’étais pas assez sexy pour lui, alors qu’avec les autres je m’habillais de manière provocante (une simple jupe ou un t-shirt à manches courtes, c’était provocant).
Quand je lui disais ne pas aimer telle ou telle position, qu’il n’essayait pas de comprendre et disait “mais si tu verras ça va être bien” ou pire “si tu m’aimais…”
Quand il avait des envies pressantes et qu’il se taillait la zone juste après pour aller refaire le monde avec ses copains.
Quand il répondait au téléphone en abandonnant lâchement mon corps entre les draps.
Quand il ne prenait pas le temps – que tout était fait dans l’urgence.
Quand il me répétait, au début de notre relation que j’étais une fille facile, un corps sale et à disposition (dont il usait sans états d’âme)

Même mariée c’est ce que j’étais…

Je me suis offerte à chaque heure du jour et de la nuit avec l’espoir qu’il me regarde vraiment. Avec l’espoir, au réveil, d’être autre chose qu’un lit d’appoint, une colocataire, plus tard une épouse modèle. Avec l’espoir d’une réconciliation sur l’oreiller et celui encore plus fou d’un partage, d’une communion.

Il a, par ses actes et ses mots, fait de la sexualité,  de ma sexualité un sujet tabou, de mon corps un simple instrument de plaisir pour son plaisir uniquement. Moi je devais contrôler mes désirs, ne pas avoir trop envie ou alors le montrer en lieu sûr, ne pas exprimer trop fort mon plaisir, ne pas être trop tactile, fermer ma gueule et aimer ça. J’ai fini par faire comme tout le monde – simuler. Avoir la paix – enfin.

Mais à chaque passage de son corps sur le mien, c’est mon corps que je détruisais….

Alors non, il ne m’a jamais forcée, j’étais consentante. Ce n’est pas du viol. C’est une violence qui s’inscrit dans la durée et qui fait de terribles dégâts à l’intérieur de soi, sans qu’on s’en rende compte. C’est aussi grave qu’un viol.

Article à lire sur le sujet chez Rozie

Une autre histoire

Raconter la même histoire. Différemment. Avec le juste recul du temps.

Raconter l’histoire qui m’a ramenée à moi-même.

Raconter la chute mais surtout la renaissance.

Raconter, lâcher la barre, réussir à en rire aussi.

Dédramatiser l’opportunité qui m’a permis de donner le meilleur de moi-même, de m’accomplir, de choisir ma destinée.