Le pari de la vie

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On m’a souvent demandé, et on me demande encore, comment j’ai refait surface, comment / quand j’ai réussi à faire à nouveau confiance, en l’autre, en la vie.

Je ne sais pas. Ça s’est fait.

Je partais de loin. Puisque je ne voulais plus vivre et que rien ne me retenait si ce n’est la vie qui grandissait dans mon ventre. Mais même elle, j’étais prête à la donner.

Quand tout s’est écroulé, j’aurai préféré la mort. Qu’est-ce que je pleurais? La fin d’un amour? Non. La séparation? Non. J’en étais à l’origine. Quoi alors? Je crois que je pleurais l’horreur, les menaces, les années de supplice, la peur. Je pleurais le vide, les images sordides, le froid, les mots.

Je ne savais plus où j’en étais. Alors j’ai choisi de m’écrouler. Je n’avais plus que des briques à mes pieds et plus d’envie. A côté, tous les  maux passés de mon existence me paraissaient vains. Mes mauvaises notes, mes échecs sentimentaux, la mort, mes rêves envolés, la maladie, la dépression…

Un jour, je n’étais plus que l’ombre de moi-même et mon regard dans le miroir me glaçait le sang. J’étais devenue une fille que je ne reconnaissais pas. Personne ne m’a laissé partir alors j’ai choisi de continuer à vivre. Difficilement. Mais vivre quand même. Et j’ai rebâti jour après jour, en triant ce que je voulais garder, ce qu’il devenait nécessaire de laisser partir. J’ai eu souvent l’impression de faire deux pas en avant et trois en arrière. J’ai dû faire face un nombre incalculable de fois à la personne qui me terrorisait le plus dans cette sombre histoire. L’emprise ne s’est pas arrêtée le jour où je suis partie. Elle a redoublé après mon départ et il a fallut s’en extirper.

Peut-être que j’ai repris goût à la vie parce que j’ai choisi un matin d’y croire à nouveau, tout simplement. J’ai fait un énorme travail sur moi pour m’accepter telle que je suis, pour m’estimer davantage, me respecter enfin. J’ai crié, pleuré, détesté la terre entière. J’ai craché ma colère, mon dégoût, ma peur. J’ai envoyé chier tous les principes des autres pour trouver mes essentiels. J’ai racheté ma liberté. J’ai gagné ma paix au prix d’un combat acharné contre moi-même.

Je pense aussi qu’au fond de moi j’ai cette soif de vivre, plus forte que tout, qui me porte. J’ai foi en la vie. Et si j’ai été déçue, maltraitée, j’ai toujours gardé la certitude qu’il y avait aussi de belles choses à vivre, de belles personnes à rencontrer. J’ai fais ce pari. Celui de quelque chose de plus grand, de plus vrai, de plus proche de mes convictions.

Je n’ai pas de formule magique à confier, si ce n’est peut-être identifier ses blessures, travailler dessus, les guérir et aller de l’avant. La confiance est un choix. Le bonheur aussi.

Et vous, qu’est-ce qui vous motive? Quelle force vous permet de vous relever? Quels maux avez-vous dépassés? Comment?

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La dernière ombre au tableau

Crédit Pixabay

J’ai souvent parlé – beaucoup moins en ce moment c’est vrai parce que j’en ai assez parlé et que je ne ressens ni l’envie, ni le besoin de le faire davantage – de l’emprise, de ses effets et des cicatrices qu’elle laisse.

On me demande souvent si je changerai quoi que ce soit à ce que j’ai vécu. Clairement, non. J’ai la certitude qu’il me fallait passer par ça pour me trouver. J’ai appris énormément de choses sur moi, sur mes relations aux autres, sur la peur, sur ma capacité de résilience, sur l’importance de me prendre en compte dans mes décisions. Cela a changé mon regard sur la vie aussi.

Bien sûr cela a pris du temps pour que je me reconnecte à mes émotions, sensations, à mon corps. Pour que j’apprenne à m’aimer, à me regarder avec bienveillance, me respecter. Bien sûr ce chemin je ne l’ai pas fait seule de A à Z, j’ai été accueillie, épaulée, écoutée, conseillée, aimée. Et je le suis encore. Toutefois cette victoire reste la mienne!

Enfin, je me s’en suis sortie.  Alors cette ombre au tableau, c’est quoi?

Il faut savoir que quand tu es dans une relation toxique, tout ce que tu dis ou fais est passé au crible de l’appréciation de l’autre. La météo peut changer du tout au tout en un quart de seconde. Te laissant complètement désorienté. Marcher sur des œufs devient ton mode de fonctionnement. Tout ou presque a le pouvoir de te valoir une “punition”. Au quotidien, tu finis par craindre toute interaction, tout changement de programme ou d’humeur. Tu ne vis plus en quelque sorte, tu survis et quand ça craque, tu mendies un pardon, en prenant toute la faute sur tes épaules. Pour avoir la paix, tu es prêt à tout!

Je vous rassure aujourd’hui tout va bien. Je suis pleinement heureuse dans ma vie sentimentale. Le seul “mais” vient de moi et de ma façon d’appréhender les choses. Je crains toujours qu’un mot, une phrase, un acte ne viennent remettre en question les sentiments de l’autre. J’ai moi même conscience que c’est complètement insensé (comme beaucoup de peurs le sont). Je me raisonne mais ce sentiment revient de temps à autre. Je ne lutte pas contre, j’essaie de comprendre pourquoi je n’arrive pas à m’en détacher. Il y a une explication quelque part, je trouverais la clé, elle m’ouvrira les portes de lendemains où il ne restera que le meilleur à vivre…

Ça vous parle? Vivez-vous encore avec des cicatrices qui se rappellent à vous de temps en temps? Comment avez-vous guéri de vos heures noires?

Enfer nocturne

Le même cauchemar.

Deux fois la même semaine.

Un réveil en sursaut devant l’horreur de la situation.

La première fois il était là, il était flou. Je me demandais comment j’allais partir, il fallait partir, comment j’allais pouvoir le quitter tout en sauvant ma peau. Qu’il ne me retrouve pas, surtout qu’il ne me retrouve pas. On s’était remis ensemble (cela n’arrivera JAMAIS) et personne ne le savais. Alors personne ne pouvait me venir en aide.

Cette nuit, c’est pire. J’entends sa voix. Cette voix atroce qui me file des frissons. Il est en mer mais il va rentrer. Je suis revenue pour une deuxième chance. Il a les clés de la maison. Il faut que je parte, pour aller où. Il va tout casser. Il a déjà tout organisé. Et je marche sur des oeufs pour ne pas le brusquer. Il faut changer la serrure. Il faut que je trouve quelqu’un pour faire ce travail en urgence. Demain il sera trop tard. Si je ne pars pas maintenant, il sera trop tard.

L’angoisse resserre son étreinte autour de moi. La mort rode. Au secours! Mais qui entendra puisque personne ne sait…

Hors de question de me rendormir après ça. Il me faut un temps pour récupérer, pour intégrer que tout va bien. Je fuis la nuit et sa folie. Je reprends mon souffle. Le silence m’apaise. J’en ai besoin comme de me sentir aimée et en sécurité.

Au nom de…

Article paru pour la première fois sur le blog en 2017 – MAJ 28.01.2019

Sur sa page Facebook, personne ne peut imaginer ce qu’elle vit. Elle pose avec lui. Ils sourient tous les deux. Les autres doivent croire qu’ils sont heureux.

Derrière l’écran, une autre histoire se dessine. Ils viennent de rentrer des courses. Elle court dans la chambre, se roule sur le lit. Elle attend. Elle guette les pas dans le couloir. Elle a pris d’abord soin de fermer à clé la porte de la chambre des enfants. Elle l’entend l’appeler. Elle respire. Elle ne sait pas comment faire ni quoi dire. Elle voudrait s’éclipser le temps de retrouver ses esprits, le temps de s’apaiser pour que sa colère soit moins vive. Elle tente de se réfugier dans la salle d’eau.

Trop tard.

La nuit est passée par là. Sur le lit, elle regarde ses plaies, ses bleus. Elle ne peut plus bouger. Elle sent son corps se raidir. Il dort à côté. Il faudrait qu’elle aille voir si les enfants vont bien. Mais comment faire pour qu’ils ne se rendent compte de rien. Elle se force à se mettre debout malgré la douleur, elle enfile une robe longue, enroule un foulard autour de son cou. Elle fait attention de ne rien bousculer, de ne rien faire grincer. Les enfants dorment paisiblement. Tout va bien. Elle lui demandera pardon quand il se réveillera. Il lui dira encore une fois qu’il s’excuse de lui avoir fait du mal ou il ne fera aucune remarque, c’est peut-être pire.

***

Sur la photo, il sourit. Elle est belle elle aussi. Les gens les envient. Il ne comprend pas pourquoi il est si triste pourtant. Elle ne le tape pas. Elle ne l’insulte pas. Elle le méprise, mais c’est parce qu’il ne l’écoute pas. Ce ne sont pas ses mots qui font mal, c’est son silence. Le traumatisme est intérieur.

Quand ils sortent, il donne le change. Toujours. Ses absences, il ne les remarque même plus. Sa présence est toujours sous condition. Il l’aime et si parfois il perd pied, ce n’est jamais de sa faute à elle. Il a depuis longtemps transformé chacun de ses défauts en de glorieuses qualités. Si quelque chose cloche, c’est de sa faute à lui. Il se sent nul, seul, perdu. Une prise d’otage invisible en plein Paris. Et au-dessus de sa tête la pire des menaces, celle de se voir privé de ses filles.

***

Il ne sait plus. Ses parents non plus. Il ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas heureux , pourquoi sa sœur ne lui parle plus depuis qu’il s’est marié. Sa femme, il l’aime, même quand elle crie, parfois elle devient hystérique, le menace de partir, de faire de sa vie un enfer, c’est vrai, mais elle se radoucit. En public, elle fait attention à lui. Il travaille dur, elle attend à la maison. Il rentre le soir, prépare le dîner, elle attend d’être servie. Mais bon chacun son histoire et chacun sa façon de mener sa vie. Ses amis aussi ont fui. Ils n’ont pas compris son choix. Ils doutent de l’amour qui les lie.

Parfois quand il rentre la porte est fermée, il passe la nuit sur le pallier. Aux premières lueurs de l’aube, il retourne au boulot, les yeux gonflés. Tout le monde sourit, tout le monde s’imagine une histoire, après tout c’est facile, il est jeune marié! A qui peut-il se confier?

***

Ça fait mal, quand il entre, ça brûle. Quand il s’allonge, ça brûle. La chambre à coucher est devenue son enfer. Çà peut s’arrêter là. Une fois que la porte est franchie, elle respire à nouveau. Tout va bien. Elle part travailler comme si de rien n’était, retrouve ses collègues, blague autour d’un café. Elle retarde au maximum l’heure du retour à la maison, espère que quand elle passera la porte les enfants seront lavés, prêts à dîner. Elle fera bonne figure, c’est devenue une seconde nature. Et puis elle regardera l’horloge au mur, comptera les minutes qui lui reste avant son sacrifice journalier. Parfois, c’est moche. Parfois, insensé, parfois cruel.

Elle aurait dû partir au premier “non” qu’il avait refusé d’entendre, à la première fellation imposée, à la première pénétration forcée.

***

Ces textes sont tirés de faits réels (histoires partagées par d’autres, anonymes, amis). On parle souvent des femmes victimes, rarement des hommes, pourtant cette violence aussi existe.

 J’ai souvent entendu dire « à la première claque tu pars ». Aujourd’hui j’ai envie de vous dire « à la première claque, il est déjà trop tard ». La première claque n’arrive pas par hasard. Le terrain est préparé à l’avance.  A chaque « pas si grave », la violence prend de l’ampleur, le bourreau tisse sa toile.

Ces textes ont été écrits pour toutes les victimes de l’ombre, pour toutes celles et ceux qui luttent pour mettre fin à ce génocide humain. J’ai envie de dire au monde de se réveiller, d’ouvrir les yeux devant ces tragédies du quotidien, qui se passent sur nos paliers, à deux pas de nos vies bien rangées, que ces femmes et ces hommes nous les croisons tous les jours, qu’ils arpentent les rues à nos côtés, qu’ils ne sont pas à part, qu’ils font partie intégrante de notre société et que le mal dont eux et leurs enfants sont victimes, il faut le combattre à tout prix et l’enrayer.

Les reliquats de la violence conjugale

Crédit Marie Kléber

Je voudrai pouvoir me dire – je tente même de m’en persuader – qu’il ne reste rien ou si peu de ces 4 années, 8 si l’on compte le divorce. Et pourtant elles sont là, bien accrochées, mes peurs et angoisses. Elles se font toutes petites la plupart du temps, puis crèvent l’écran.

Parfois elles sont dans un cri trop brusque, un acte banal qui fait ressortir une foule de souvenirs, dans une réaction disproportionné, dans un possible imaginé, dans une colère qui vient de je ne sais où et qui se déverse sur le papier ou cogne contre un mur. Personne n’y verra rien. Personne n’avait rien vu à l’époque. Elles sont dans les larmes qui s’abattent froidement sur la toile cirée et donnent un coup de massue à mes pensées.

Un silence, les mots qu’on a gardé, la fatigue, un malaise ou l’idée d’un malaise, on a tellement été habitué à ce que chaque mot soit pris de travers. L’angoisse revient. Qu’est-ce qu’il faut faire déjà? Qu’est-ce qu’il faut dire ou ne pas dire? S’excuser? Est-ce que demain tout se sera éteint?

J’ai beau savoir que rien n’est pareil, qu’aucune donnée d’aujourd’hui n’est la même à plusieurs niveaux, j’ai encore parfois cette sensation désagréable du passé. Combien de pas en avant qui semblent insignifiants quand il ressurgit, sans crier gare?

Alors je laisse couler l’eau. Je me sens seule parfois, seule avec ce chaos, ces images que je ne partage avec personne, ce traumatisme qui demeure. Pas de coup, pas de preuves. Juste une main qui étreint un peu fort. La haine dans les yeux de quelqu’un peut faire plus mal qu’un coup de poing bien placé. Le silence glaçant a le pouvoir d’anéantir un élan.

Un évènement anodin est venu réveillé le choc. Vivre avec, rien de plus, rien de moins. Apprendre à accueillir ces temps d’entre-deux, ces émotions vives qu’un grain de sable peut déclencher. Ne pas se décourager surtout. Le chemin de la guérison est fait de victoires et de rechutes. Respirer surtout et doucement laisser le passé regagner sa place. Et se réveiller plus fort encore une fois.

 

Si vous doutez…

Crédit Pixabay

Elle est là. La voiture se gare, la peur se dissipe petit à petit. Elle est là. Avec son sourire. Elle rend ces heures moins douloureuses. Celles de ce départ improvisé, précipité. On parle de tout, en essayant de ne pas parler de ça. Mais on n’y arrive pas. C’est là, c’est le présent. C’est mon ventre rond et les mots qui cognent contre mes tempes. Ce sont ses larmes, puis les miennes. Et les hauts-parleurs qui annoncent le vol. Je la regarde alors que je m’éloigne, que je m’enfuis. Je ne voudrais jamais lâcher sa main. Je ne veux pas qu’elle s’efface parce qu’entre ici et la-bas, c’est le vide. Cet aéroport visité maintes fois est un territoire hostile. Une force me porte mais laquelle. Je ne sais plus. J’avance.

L’avion. Les sourires. Et les larmes qui inondent tout. Tout est néant. Le monde tourne quand le mien n’est qu’une plaie béante. Personne ne sait, pourtant mon chagrin brûle tout. C’est plus que du chagrin. C’est la douleur, la terreur, et ces mots, ces cris.

Sur la dernière ligne droite je sens le sol se dérober sous mes pieds. Si seulement le sol pouvait m’engloutir, m’aspirer tout entière. Si seulement je pouvais disparaître de la surface de la terre. Juste comme ça. Ne plus exister. Me sauver de ceux qui attendent derrière la porte en verre, ceux qui ne comprendront pas, ceux qui m’aiment, souffrent, ceux à qui il faudra raconter l’histoire de A à Z, ceux qui croiseront mon regard et ne sauront pas ce qui se cache derrière. Et qu’il faudra vivre avec ça. Les souvenirs. Ces souvenirs…

C’était il y a six ans. Déjà! Je souris à l’évocation de ces lignes, avec l’impression d’être revenue de si loin. Je me sens si riche aujourd’hui, qu’il fallait bien ça, ce choc brutal pour me faire réagir.

Je suis tombée bien des fois depuis ce jour là. Je suis remontée à la surface, brasse après brasse. En gardant au fond de moi, bien ancrée, la certitude que le bonheur n’était pas que pour les autres, qu’il reviendrait comme le soleil après la pluie. Il suffisait de regarder le monde, de glaner ici et là quelques impacts de beauté. Ils furent nombreux certains jours, imperceptibles parfois. Reconstruire. Pas à pas. Ne plus céder au désespoir. Ne plus céder non plus. Et sourire aussi. Envers et contre tout. Retrouver mes yeux pétillants de vie, ne plus voir les larmes inonder les jours, ne plus espérer que la nuit.

Parfois on me demande comment on en revient. Je ne sais pas. On en revient, ça je le sais. Plus fort, c’est certain. Plus proche, de nos émotions qui s’expriment plus facilement. Plus à l’écoute. Plus proche, des autres. Vulnérables et fiers de l’être. Humains un peu plus aussi. On pose les briques les unes après les autres, chaque chose en son temps.

Je n’ai pas les clés de cette renaissance. Ni de baguette magique pour que tout se passe bien. C’est un processus, comme le deuil, le pardon. Chacun va à son rythme. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière d’agir. Chacun son chemin.

Alors si vous doutez, sachez juste que plus vous avancez, plus la lumière dissipe les ténèbres, plus vous apprenez à vous connaître, à vous aimez, plus vous marchez vers la vie!

Je n’ai pas abandonné, je suis passée à autre chose

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Je discutais avec une amie hier soir et au cours de la conversation, elle m’a demandé des nouvelles de mes projets d’écriture. Puis d’où j’en étais dans la rédaction de mon manuscrit autobiographique.

Pour tout vous dire j’avais presque fini par oublier ce projet vieux comme le monde !

Je lui ai dit que je l’avais terminé et que j’avais choisi de ne pas le publier. J’ai senti une petite pointe de déception dans sa voix. Et je me suis souvenue que, fut un temps, j’en avais beaucoup parlé. Et que beaucoup de personnes m’avaient soutenu et avaient attendu le point final de ce témoignage.

Avec ce manuscrit, j’ai connu les montagnes russes. Je n’oublie pas qu’il m’a porté pendant des mois. Je ne l’ai jamais pris comme un témoignage. Plutôt comme un moyen pour moi de mettre carte sur table pour pouvoir me libérer. Et j’ai eu de quoi faire. Il a parfaitement rempli sa mission, si bien que quand je l’ai présenté à une maison d’édition, qu’il a retenu l’attention, me replonger dans cette histoire m’a paru comme une perte de temps et d’énergie. J’en avais fait le tour. Et puis avec la maison d’édition ça n’a pas fonctionné. Alors je me suis posée avec ces 200 pages et je me suis posée des questions : pourquoi je l’avais écrit ? Pour qui ? Qu’est-ce que je voulais en faire ?

L’idée de le partager ici chapitre après chapitre fut une option. Mais il me semblait déjà en avoir parlé en long, en large et en travers. J’avais vidé mes tripes sur le papier, compris, accepté, dépassé cette histoire difficile, surmonté le traumatisme, pardonné (pas tout, un peu). Mon divorce avait été prononcé. Je tirais enfin tous les bénéfices de cette expérience. Il y était aussi question de mon fils, de vie intime, des choses que je ne souhaitais pas dévoiler ou pas dans les détails – je l’avais bien assez fait.

Je n’ai pas abandonné, j’ai juste clos un chapitre de ma vie. Je me rends compte que j’ai déjà oublié certaines choses. Des personnes me disent que j’écrirais un jour une autre histoire sur le sujet – est-ce que ça les rassure de penser ça ?  – peut-être, je ne sais pas. Aujourd’hui, je suis passée à autre chose. J’ai d’autres idées, d’autres envies. Le manuscrit est là et si certaines personnes de mon entourage veulent le lire (certaines ne le souhaitent absolument pas !), elles savent qu’il est à disposition. Je le garde pour moi, parce que parfois c’est bon de voir le chemin parcouru et puis parce que c’est mon histoire, parce que ce chapitre a largement contribué à la personne que je suis aujourd’hui. Et pour mon fils, bien entendu. Un jour il sera assez grand pour savoir, pour comprendre…

Viol – Violence – Emprise: 6 ans après…

J’ai volontairement choisi de ne pas répondre aux commentaires sous l’article d’hier, étant donné que ces mots appartiennent à une autre personne. Je vous remercie toutefois pour votre bienveillance à son égard.

Certains ont particulièrement retenu mon attention et comme l’idée d’un article se profilait à l’horizon sur le même thème, je me suis dit que j’allais en profiter pour rebondir dessus.

Tout d’abord, comme le souligne très justement Sweet-Things, les victimes de viol, de violence conjugale ne sont pas uniquement des femmes et les bourreaux pas essentiellement des hommes. Les couples hétérosexuels comme homosexuels sont concernés également. Les femmes victimes parlent peu, les hommes victimes ne parlent pas, au nom de ce diktat qui veut qu’un homme soit « fort ». Tous les hommes ne sont pas des brutes épaisses non plus et les femmes des oies blanches. Pour connaître autour de moi des hommes victimes, je peux vous dire que les femmes peuvent parfois être bien pires.

L’anonymat n’est certes pas une solution, toutefois elle permet de se protéger et une personne victime de viol / violence DOIT se protéger.

Pourquoi se forcer ? Souvent parce que le dialogue n’est plus possible ou peut-être ne l’a jamais été. Parce qu’on ne parle pas de ces choses-là. Parce que le fossé entre les deux personnes s’est tant élargi que la communication est brisée. Parce que dire « non » comporte un risque. Parce que dire « oui » nous assure une paix relative. Et que cette paix c’est tout ce qui nous reste. Parce qu’il y a les enfants, la famille, le regard des autres, les convenances, nos valeurs dans la balance aussi.

J’ai déjà écrit des articles sur pourquoi on reste avec une personne toxique. Vous les trouverez en furetant dans la catégorie « emprise et renaissance » si le cœur vous en dit. C’est toujours facile et je l’ai dit plus d’une fois à des amies de partir, fuir. Toutefois quand on est dans la relation, l’emprise est telle que partir est difficile, sans dire dangereux. Ne croyez pas que les victimes restent par plaisir. Elles n’ont souvent pas le choix. Et quand elles font celui de partir, c’est souvent à un prix que nul ne peut imaginer.

Hier, nous regardions l’album des 1 an de Loulou. Au départ j’avais mis quelques photos de moi enceinte, j’en ai très peu. Les premiers mots qu’il a prononcé ont été « ce n’est pas toi ». Et pourtant il a vu des tonnes d’autres photos de moi, à des âges différents et avec des coupes de cheveux différentes et il m’a toujours reconnue. Alors ça a fait tilt. Non ce n’est pas moi. C’est ce que j’ai été pendant 4 ans, une personne étrangère. C’est la peur qui m’a guidée à chaque instant de cette relation. C’est la peur qui m’a fait dire « oui » des centaines de fois. C’est la peur qui m’a maintenue prisonnière. Au début j’ai dit « non ». Puis j’ai dit « non » en me sentant coupable parce qu’ on me faisait comprendre que ce “non” on ne voulait pas l’entendre. Puis les représailles sont arrivées. Et j’ai dit « oui ». Parce qu’en continuant à dire « non » je m’exposais à la violence, au harcèlement, à la manipulation.

Le 16 novembre 2012, ma descente aux enfers allait connaitre son heure de gloire! Là ce n’est plus de la peur, c’est la terreur, les larmes qui coulent, les nuits qui semblent interminables, les tripes en vrac. 11 jours après je prenais un aller-simple pour la France, laissant tout derrière moi, enceinte de six mois. Quand j’y pense j’ai presque du mal à me revoir, du mal à réaliser que j’ai été là, que j’ai vécu ça, que j’ai encaissé tout ce mépris. La jeune femme sur la photo est si éloignée de qui je suis aujourd’hui. C’est très étrange. Je suis désormais dans les faits, moins dans les émotions. Je peux parler de ces derniers jours, sans avoir le cœur prit de frissons, sans ressentir dans mon corps toutes ces sensations désagréables. Le traumatisme s’est estompé. Il revient parfois. Je ne peux plus voir la violence en peinture. Je ne peux plus entendre de cris sans me retourner dans la rue. Je ne peux plus voir de couples s’invectiver devant moi. Je ne peux plus visionner un film sur le sujet.

La prise de conscience de ma part de responsabilité dans ce naufrage m’a permis de faire mon deuil, de pardonner, d’accepter, de dépasser mes maux, de me reconstruire. Ce processus est propre à chacun.

Vous ne pourrez pas, nous ne pourrons pas tout comprendre. C’est impossible. Si un jour vous êtes en face d’une victime de viol, de violence, ne lui dites pas ce que vous feriez à sa place, vous n’y êtes pas. Écoutez-la et soyez présent. Mettez de côté vos idées toutes faites et écoutez-la VRAIMENT.

Il faut parfois se perdre…

Copyright Marie Kléber

Je pensais que je n’aurai jamais épuisé le sujet.

J’ai écris des dizaines et des dizaines d’articles. J’ai noirci des centaines de pages. J’ai partagé mes doutes, ma colère, mon chagrin, mes peurs, cette envie quasi-obsessionnelle que quelque chose me délivre de cette terrible et lente agonie. J’ai écris le pire sous toutes les coutures, dans les deux langues que je maîtrise.

J’ai parlé, beaucoup parlé. Je me suis livrée, j’ai partagé le plus intime, le plus noir, le plus suffocant. J’ai lâché la pudeur au profit de la vérité.

J’avais besoin qu’on m’écoute, qu’on me comprenne, que l’enfer connu soit reconnu. J’ai sorti mes tripes sur le cahier, sur l’écran, inondant de ma douleur les pages qui défilaient, insensibles à tout ce que je tentais de dépasser – en vain.

Les années sont passées et il y avait toujours quelque chose, quelque part qui faisait ressortir l’horreur, la peur, la panique face à une menace que je ne pouvais pas gérer.

Les articles se sont espacés, mes carnets d’aujourd’hui sont vides de cette errance. Je ne ressens plus le besoin d’en parler, ni de justifier mes choix, ni de dire le pire, l’angoisse, la terreur. Ni de parler de lui. Tout est gravé en moi. Le passé  a laissé des cicatrices comme un rappel de ce à quoi mon corps et mon esprit ont su dire “non” à un moment donné.

Je pensais que je n’aurai jamais épuisé le sujet.

Et puis si, à force d’écrire, j’ai tout sorti. Je me suis libérée. Et sans le savoir, le sujet est devenu  une tranche de vie comme une autre.

Il faut parfois se perdre…

Je me souviens #1

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Quand un mot, un geste avaient le pouvoir de déclencher ce que je redoutais le plus, la punition ultime, un silence insondable.

Rien que ça. Souvent un mot simple, presque rien. Souvent un geste anodin, un rictus. Quelques secondes d’inattention, puis le couperet tombait, la sentence était glaçante.

Il n’y avait pas que le silence, il y avait le mépris aussi, l’humiliation. Et devant son regard froid je redevenais cette petit chose fragile, les yeux qui dérivent et décrivent des cercles vers le bas, pour ne pas offenser celui qui sait, qui dit, qui dicte sa loi.

L’atmosphère qui devient épaisse, le silence qui inonde l’espace, la peur qui s’immisce, fait des vagues, anéantit tout sur ton passage. Et viennent les heures d’angoisses, à se croiser sans se parler, à se fuir, à s’ignorer, à se demander quoi faire, quoi dire pour que cesse l’agonie.

Revenir, comme une petite fille qui aurait mal appris sa leçon, et demander pardon.  Plusieurs fois, lui demander pardon sans savoir pourquoi. Juste ce mot là pour que l’autre mette fin au supplice. Qui gangrène les jours et asphyxie les nuits.

Je ne parlerai pas des nuits, elles sont mortes. J’ai chassé les images, elles ne viennent plus me hanter. Je sais juste qu’elles ont existé. Dans une autre vie.

C’est terminé et toujours là, un peu, parfois.

Quand je me souviens qu’un jour un mot, un geste avaient le pouvoir du pire. Et que le pire est derrière moi.