Le pari de la vie

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On m’a souvent demandé, et on me demande encore, comment j’ai refait surface, comment / quand j’ai réussi à faire à nouveau confiance, en l’autre, en la vie.

Je ne sais pas. Ça s’est fait.

Je partais de loin. Puisque je ne voulais plus vivre et que rien ne me retenait si ce n’est la vie qui grandissait dans mon ventre. Mais même elle, j’étais prête à la donner.

Quand tout s’est écroulé, j’aurai préféré la mort. Qu’est-ce que je pleurais? La fin d’un amour? Non. La séparation? Non. J’en étais à l’origine. Quoi alors? Je crois que je pleurais l’horreur, les menaces, les années de supplice, la peur. Je pleurais le vide, les images sordides, le froid, les mots.

Je ne savais plus où j’en étais. Alors j’ai choisi de m’écrouler. Je n’avais plus que des briques à mes pieds et plus d’envie. A côté, tous les  maux passés de mon existence me paraissaient vains. Mes mauvaises notes, mes échecs sentimentaux, la mort, mes rêves envolés, la maladie, la dépression…

Un jour, je n’étais plus que l’ombre de moi-même et mon regard dans le miroir me glaçait le sang. J’étais devenue une fille que je ne reconnaissais pas. Personne ne m’a laissé partir alors j’ai choisi de continuer à vivre. Difficilement. Mais vivre quand même. Et j’ai rebâti jour après jour, en triant ce que je voulais garder, ce qu’il devenait nécessaire de laisser partir. J’ai eu souvent l’impression de faire deux pas en avant et trois en arrière. J’ai dû faire face un nombre incalculable de fois à la personne qui me terrorisait le plus dans cette sombre histoire. L’emprise ne s’est pas arrêtée le jour où je suis partie. Elle a redoublé après mon départ et il a fallut s’en extirper.

Peut-être que j’ai repris goût à la vie parce que j’ai choisi un matin d’y croire à nouveau, tout simplement. J’ai fait un énorme travail sur moi pour m’accepter telle que je suis, pour m’estimer davantage, me respecter enfin. J’ai crié, pleuré, détesté la terre entière. J’ai craché ma colère, mon dégoût, ma peur. J’ai envoyé chier tous les principes des autres pour trouver mes essentiels. J’ai racheté ma liberté. J’ai gagné ma paix au prix d’un combat acharné contre moi-même.

Je pense aussi qu’au fond de moi j’ai cette soif de vivre, plus forte que tout, qui me porte. J’ai foi en la vie. Et si j’ai été déçue, maltraitée, j’ai toujours gardé la certitude qu’il y avait aussi de belles choses à vivre, de belles personnes à rencontrer. J’ai fais ce pari. Celui de quelque chose de plus grand, de plus vrai, de plus proche de mes convictions.

Je n’ai pas de formule magique à confier, si ce n’est peut-être identifier ses blessures, travailler dessus, les guérir et aller de l’avant. La confiance est un choix. Le bonheur aussi.

Et vous, qu’est-ce qui vous motive? Quelle force vous permet de vous relever? Quels maux avez-vous dépassés? Comment?

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La dernière ombre au tableau

Crédit Pixabay

J’ai souvent parlé – beaucoup moins en ce moment c’est vrai parce que j’en ai assez parlé et que je ne ressens ni l’envie, ni le besoin de le faire davantage – de l’emprise, de ses effets et des cicatrices qu’elle laisse.

On me demande souvent si je changerai quoi que ce soit à ce que j’ai vécu. Clairement, non. J’ai la certitude qu’il me fallait passer par ça pour me trouver. J’ai appris énormément de choses sur moi, sur mes relations aux autres, sur la peur, sur ma capacité de résilience, sur l’importance de me prendre en compte dans mes décisions. Cela a changé mon regard sur la vie aussi.

Bien sûr cela a pris du temps pour que je me reconnecte à mes émotions, sensations, à mon corps. Pour que j’apprenne à m’aimer, à me regarder avec bienveillance, me respecter. Bien sûr ce chemin je ne l’ai pas fait seule de A à Z, j’ai été accueillie, épaulée, écoutée, conseillée, aimée. Et je le suis encore. Toutefois cette victoire reste la mienne!

Enfin, je me s’en suis sortie.  Alors cette ombre au tableau, c’est quoi?

Il faut savoir que quand tu es dans une relation toxique, tout ce que tu dis ou fais est passé au crible de l’appréciation de l’autre. La météo peut changer du tout au tout en un quart de seconde. Te laissant complètement désorienté. Marcher sur des œufs devient ton mode de fonctionnement. Tout ou presque a le pouvoir de te valoir une “punition”. Au quotidien, tu finis par craindre toute interaction, tout changement de programme ou d’humeur. Tu ne vis plus en quelque sorte, tu survis et quand ça craque, tu mendies un pardon, en prenant toute la faute sur tes épaules. Pour avoir la paix, tu es prêt à tout!

Je vous rassure aujourd’hui tout va bien. Je suis pleinement heureuse dans ma vie sentimentale. Le seul “mais” vient de moi et de ma façon d’appréhender les choses. Je crains toujours qu’un mot, une phrase, un acte ne viennent remettre en question les sentiments de l’autre. J’ai moi même conscience que c’est complètement insensé (comme beaucoup de peurs le sont). Je me raisonne mais ce sentiment revient de temps à autre. Je ne lutte pas contre, j’essaie de comprendre pourquoi je n’arrive pas à m’en détacher. Il y a une explication quelque part, je trouverais la clé, elle m’ouvrira les portes de lendemains où il ne restera que le meilleur à vivre…

Ça vous parle? Vivez-vous encore avec des cicatrices qui se rappellent à vous de temps en temps? Comment avez-vous guéri de vos heures noires?

Enfer nocturne

Le même cauchemar.

Deux fois la même semaine.

Un réveil en sursaut devant l’horreur de la situation.

La première fois il était là, il était flou. Je me demandais comment j’allais partir, il fallait partir, comment j’allais pouvoir le quitter tout en sauvant ma peau. Qu’il ne me retrouve pas, surtout qu’il ne me retrouve pas. On s’était remis ensemble (cela n’arrivera JAMAIS) et personne ne le savais. Alors personne ne pouvait me venir en aide.

Cette nuit, c’est pire. J’entends sa voix. Cette voix atroce qui me file des frissons. Il est en mer mais il va rentrer. Je suis revenue pour une deuxième chance. Il a les clés de la maison. Il faut que je parte, pour aller où. Il va tout casser. Il a déjà tout organisé. Et je marche sur des oeufs pour ne pas le brusquer. Il faut changer la serrure. Il faut que je trouve quelqu’un pour faire ce travail en urgence. Demain il sera trop tard. Si je ne pars pas maintenant, il sera trop tard.

L’angoisse resserre son étreinte autour de moi. La mort rode. Au secours! Mais qui entendra puisque personne ne sait…

Hors de question de me rendormir après ça. Il me faut un temps pour récupérer, pour intégrer que tout va bien. Je fuis la nuit et sa folie. Je reprends mon souffle. Le silence m’apaise. J’en ai besoin comme de me sentir aimée et en sécurité.

Au nom de…

Article paru pour la première fois sur le blog en 2017 – MAJ 28.01.2019

Sur sa page Facebook, personne ne peut imaginer ce qu’elle vit. Elle pose avec lui. Ils sourient tous les deux. Les autres doivent croire qu’ils sont heureux.

Derrière l’écran, une autre histoire se dessine. Ils viennent de rentrer des courses. Elle court dans la chambre, se roule sur le lit. Elle attend. Elle guette les pas dans le couloir. Elle a pris d’abord soin de fermer à clé la porte de la chambre des enfants. Elle l’entend l’appeler. Elle respire. Elle ne sait pas comment faire ni quoi dire. Elle voudrait s’éclipser le temps de retrouver ses esprits, le temps de s’apaiser pour que sa colère soit moins vive. Elle tente de se réfugier dans la salle d’eau.

Trop tard.

La nuit est passée par là. Sur le lit, elle regarde ses plaies, ses bleus. Elle ne peut plus bouger. Elle sent son corps se raidir. Il dort à côté. Il faudrait qu’elle aille voir si les enfants vont bien. Mais comment faire pour qu’ils ne se rendent compte de rien. Elle se force à se mettre debout malgré la douleur, elle enfile une robe longue, enroule un foulard autour de son cou. Elle fait attention de ne rien bousculer, de ne rien faire grincer. Les enfants dorment paisiblement. Tout va bien. Elle lui demandera pardon quand il se réveillera. Il lui dira encore une fois qu’il s’excuse de lui avoir fait du mal ou il ne fera aucune remarque, c’est peut-être pire.

***

Sur la photo, il sourit. Elle est belle elle aussi. Les gens les envient. Il ne comprend pas pourquoi il est si triste pourtant. Elle ne le tape pas. Elle ne l’insulte pas. Elle le méprise, mais c’est parce qu’il ne l’écoute pas. Ce ne sont pas ses mots qui font mal, c’est son silence. Le traumatisme est intérieur.

Quand ils sortent, il donne le change. Toujours. Ses absences, il ne les remarque même plus. Sa présence est toujours sous condition. Il l’aime et si parfois il perd pied, ce n’est jamais de sa faute à elle. Il a depuis longtemps transformé chacun de ses défauts en de glorieuses qualités. Si quelque chose cloche, c’est de sa faute à lui. Il se sent nul, seul, perdu. Une prise d’otage invisible en plein Paris. Et au-dessus de sa tête la pire des menaces, celle de se voir privé de ses filles.

***

Il ne sait plus. Ses parents non plus. Il ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas heureux , pourquoi sa sœur ne lui parle plus depuis qu’il s’est marié. Sa femme, il l’aime, même quand elle crie, parfois elle devient hystérique, le menace de partir, de faire de sa vie un enfer, c’est vrai, mais elle se radoucit. En public, elle fait attention à lui. Il travaille dur, elle attend à la maison. Il rentre le soir, prépare le dîner, elle attend d’être servie. Mais bon chacun son histoire et chacun sa façon de mener sa vie. Ses amis aussi ont fui. Ils n’ont pas compris son choix. Ils doutent de l’amour qui les lie.

Parfois quand il rentre la porte est fermée, il passe la nuit sur le pallier. Aux premières lueurs de l’aube, il retourne au boulot, les yeux gonflés. Tout le monde sourit, tout le monde s’imagine une histoire, après tout c’est facile, il est jeune marié! A qui peut-il se confier?

***

Ça fait mal, quand il entre, ça brûle. Quand il s’allonge, ça brûle. La chambre à coucher est devenue son enfer. Çà peut s’arrêter là. Une fois que la porte est franchie, elle respire à nouveau. Tout va bien. Elle part travailler comme si de rien n’était, retrouve ses collègues, blague autour d’un café. Elle retarde au maximum l’heure du retour à la maison, espère que quand elle passera la porte les enfants seront lavés, prêts à dîner. Elle fera bonne figure, c’est devenue une seconde nature. Et puis elle regardera l’horloge au mur, comptera les minutes qui lui reste avant son sacrifice journalier. Parfois, c’est moche. Parfois, insensé, parfois cruel.

Elle aurait dû partir au premier “non” qu’il avait refusé d’entendre, à la première fellation imposée, à la première pénétration forcée.

***

Ces textes sont tirés de faits réels (histoires partagées par d’autres, anonymes, amis). On parle souvent des femmes victimes, rarement des hommes, pourtant cette violence aussi existe.

 J’ai souvent entendu dire « à la première claque tu pars ». Aujourd’hui j’ai envie de vous dire « à la première claque, il est déjà trop tard ». La première claque n’arrive pas par hasard. Le terrain est préparé à l’avance.  A chaque « pas si grave », la violence prend de l’ampleur, le bourreau tisse sa toile.

Ces textes ont été écrits pour toutes les victimes de l’ombre, pour toutes celles et ceux qui luttent pour mettre fin à ce génocide humain. J’ai envie de dire au monde de se réveiller, d’ouvrir les yeux devant ces tragédies du quotidien, qui se passent sur nos paliers, à deux pas de nos vies bien rangées, que ces femmes et ces hommes nous les croisons tous les jours, qu’ils arpentent les rues à nos côtés, qu’ils ne sont pas à part, qu’ils font partie intégrante de notre société et que le mal dont eux et leurs enfants sont victimes, il faut le combattre à tout prix et l’enrayer.