Viol – Violence – Emprise: 6 ans après…

J’ai volontairement choisi de ne pas répondre aux commentaires sous l’article d’hier, étant donné que ces mots appartiennent à une autre personne. Je vous remercie toutefois pour votre bienveillance à son égard.

Certains ont particulièrement retenu mon attention et comme l’idée d’un article se profilait à l’horizon sur le même thème, je me suis dit que j’allais en profiter pour rebondir dessus.

Tout d’abord, comme le souligne très justement Sweet-Things, les victimes de viol, de violence conjugale ne sont pas uniquement des femmes et les bourreaux pas essentiellement des hommes. Les couples hétérosexuels comme homosexuels sont concernés également. Les femmes victimes parlent peu, les hommes victimes ne parlent pas, au nom de ce diktat qui veut qu’un homme soit « fort ». Tous les hommes ne sont pas des brutes épaisses non plus et les femmes des oies blanches. Pour connaître autour de moi des hommes victimes, je peux vous dire que les femmes peuvent parfois être bien pires.

L’anonymat n’est certes pas une solution, toutefois elle permet de se protéger et une personne victime de viol / violence DOIT se protéger.

Pourquoi se forcer ? Souvent parce que le dialogue n’est plus possible ou peut-être ne l’a jamais été. Parce qu’on ne parle pas de ces choses-là. Parce que le fossé entre les deux personnes s’est tant élargi que la communication est brisée. Parce que dire « non » comporte un risque. Parce que dire « oui » nous assure une paix relative. Et que cette paix c’est tout ce qui nous reste. Parce qu’il y a les enfants, la famille, le regard des autres, les convenances, nos valeurs dans la balance aussi.

J’ai déjà écrit des articles sur pourquoi on reste avec une personne toxique. Vous les trouverez en furetant dans la catégorie « emprise et renaissance » si le cœur vous en dit. C’est toujours facile et je l’ai dit plus d’une fois à des amies de partir, fuir. Toutefois quand on est dans la relation, l’emprise est telle que partir est difficile, sans dire dangereux. Ne croyez pas que les victimes restent par plaisir. Elles n’ont souvent pas le choix. Et quand elles font celui de partir, c’est souvent à un prix que nul ne peut imaginer.

Hier, nous regardions l’album des 1 an de Loulou. Au départ j’avais mis quelques photos de moi enceinte, j’en ai très peu. Les premiers mots qu’il a prononcé ont été « ce n’est pas toi ». Et pourtant il a vu des tonnes d’autres photos de moi, à des âges différents et avec des coupes de cheveux différentes et il m’a toujours reconnue. Alors ça a fait tilt. Non ce n’est pas moi. C’est ce que j’ai été pendant 4 ans, une personne étrangère. C’est la peur qui m’a guidée à chaque instant de cette relation. C’est la peur qui m’a fait dire « oui » des centaines de fois. C’est la peur qui m’a maintenue prisonnière. Au début j’ai dit « non ». Puis j’ai dit « non » en me sentant coupable parce qu’ on me faisait comprendre que ce “non” on ne voulait pas l’entendre. Puis les représailles sont arrivées. Et j’ai dit « oui ». Parce qu’en continuant à dire « non » je m’exposais à la violence, au harcèlement, à la manipulation.

Le 16 novembre 2012, ma descente aux enfers allait connaitre son heure de gloire! Là ce n’est plus de la peur, c’est la terreur, les larmes qui coulent, les nuits qui semblent interminables, les tripes en vrac. 11 jours après je prenais un aller-simple pour la France, laissant tout derrière moi, enceinte de six mois. Quand j’y pense j’ai presque du mal à me revoir, du mal à réaliser que j’ai été là, que j’ai vécu ça, que j’ai encaissé tout ce mépris. La jeune femme sur la photo est si éloignée de qui je suis aujourd’hui. C’est très étrange. Je suis désormais dans les faits, moins dans les émotions. Je peux parler de ces derniers jours, sans avoir le cœur prit de frissons, sans ressentir dans mon corps toutes ces sensations désagréables. Le traumatisme s’est estompé. Il revient parfois. Je ne peux plus voir la violence en peinture. Je ne peux plus entendre de cris sans me retourner dans la rue. Je ne peux plus voir de couples s’invectiver devant moi. Je ne peux plus visionner un film sur le sujet.

La prise de conscience de ma part de responsabilité dans ce naufrage m’a permis de faire mon deuil, de pardonner, d’accepter, de dépasser mes maux, de me reconstruire. Ce processus est propre à chacun.

Vous ne pourrez pas, nous ne pourrons pas tout comprendre. C’est impossible. Si un jour vous êtes en face d’une victime de viol, de violence, ne lui dites pas ce que vous feriez à sa place, vous n’y êtes pas. Écoutez-la et soyez présent. Mettez de côté vos idées toutes faites et écoutez-la VRAIMENT.

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Il faut parfois se perdre…

Copyright Marie Kléber

Je pensais que je n’aurai jamais épuisé le sujet.

J’ai écris des dizaines et des dizaines d’articles. J’ai noirci des centaines de pages. J’ai partagé mes doutes, ma colère, mon chagrin, mes peurs, cette envie quasi-obsessionnelle que quelque chose me délivre de cette terrible et lente agonie. J’ai écris le pire sous toutes les coutures, dans les deux langues que je maîtrise.

J’ai parlé, beaucoup parlé. Je me suis livrée, j’ai partagé le plus intime, le plus noir, le plus suffocant. J’ai lâché la pudeur au profit de la vérité.

J’avais besoin qu’on m’écoute, qu’on me comprenne, que l’enfer connu soit reconnu. J’ai sorti mes tripes sur le cahier, sur l’écran, inondant de ma douleur les pages qui défilaient, insensibles à tout ce que je tentais de dépasser – en vain.

Les années sont passées et il y avait toujours quelque chose, quelque part qui faisait ressortir l’horreur, la peur, la panique face à une menace que je ne pouvais pas gérer.

Les articles se sont espacés, mes carnets d’aujourd’hui sont vides de cette errance. Je ne ressens plus le besoin d’en parler, ni de justifier mes choix, ni de dire le pire, l’angoisse, la terreur. Ni de parler de lui. Tout est gravé en moi. Le passé  a laissé des cicatrices comme un rappel de ce à quoi mon corps et mon esprit ont su dire “non” à un moment donné.

Je pensais que je n’aurai jamais épuisé le sujet.

Et puis si, à force d’écrire, j’ai tout sorti. Je me suis libérée. Et sans le savoir, le sujet est devenu  une tranche de vie comme une autre.

Il faut parfois se perdre…

Je me souviens #1

Crédit Pixabay

Quand un mot, un geste avaient le pouvoir de déclencher ce que je redoutais le plus, la punition ultime, un silence insondable.

Rien que ça. Souvent un mot simple, presque rien. Souvent un geste anodin, un rictus. Quelques secondes d’inattention, puis le couperet tombait, la sentence était glaçante.

Il n’y avait pas que le silence, il y avait le mépris aussi, l’humiliation. Et devant son regard froid je redevenais cette petit chose fragile, les yeux qui dérivent et décrivent des cercles vers le bas, pour ne pas offenser celui qui sait, qui dit, qui dicte sa loi.

L’atmosphère qui devient épaisse, le silence qui inonde l’espace, la peur qui s’immisce, fait des vagues, anéantit tout sur ton passage. Et viennent les heures d’angoisses, à se croiser sans se parler, à se fuir, à s’ignorer, à se demander quoi faire, quoi dire pour que cesse l’agonie.

Revenir, comme une petite fille qui aurait mal appris sa leçon, et demander pardon.  Plusieurs fois, lui demander pardon sans savoir pourquoi. Juste ce mot là pour que l’autre mette fin au supplice. Qui gangrène les jours et asphyxie les nuits.

Je ne parlerai pas des nuits, elles sont mortes. J’ai chassé les images, elles ne viennent plus me hanter. Je sais juste qu’elles ont existé. Dans une autre vie.

C’est terminé et toujours là, un peu, parfois.

Quand je me souviens qu’un jour un mot, un geste avaient le pouvoir du pire. Et que le pire est derrière moi.

Je ne serai jamais seule

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Ma vie n’a plus d’heures. Elle a une consistance étrange. Elle se justifie de tout et se perd en tout. Ma vie est suspendue à un fil d’incertitudes, de doutes, de chemins à prendre, de craintes à apaiser, de silences à maîtriser. Ma vie est un chaos dans lequel je me fais l’impression d’être un fantôme. Je ne maîtrise plus rien. Ma vie est vide de rires et pleine d’angoisses profondes, qui enflent la nuit, qui font trembler mes jours.

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Je suis seule chez moi. Et j’ai peur. Mon corps n’est que frissons, un terrain de jeu sur lequel dansent les ombres de cette relation qui a débuté depuis 14 mois et qui me pompe toute mon énergie, ne me nourrit que d’injonctions à rester fidèle à une image née de l’imagination d’un homme pétrit de certitudes.

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Je n’en peux plus. Le silence pèse lourd, le sien. Qu’ai-je dit ? Qu’ai-je fait ? Ou pas ? Les jours se suivent et le silence prend tout, toute la place. Le silence est la violence que je redoute. Le silence saccage mes forces, il annihile mes pensées. Maintenant que j’ai laissé cet homme entrer dans ma vie, il a tout pouvoir sur moi. Il sait ce qu’il peut se permettre. Je le laisse faire ça. J’obtempère. Sans savoir pourquoi. Ou plutôt en sachant que si je ne le fais pas, la punition sera cruelle. J’adhère à ça.

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Il faut que ça se termine. Il faut que j’en finisse avec ça. Il faut que ça s’arrête. Tout est mort en moi. Je pense aux autres, ceux que j’aime, mais rien ne me retient à eux. Je me dirige alors comme un automate vers la porte, je l’ouvre, je regarde le balcon, les arbres, le ciel. C’est aujourd’hui ou jamais. Je me sens bien tout d’un coup, savoir que mon calvaire va s’arrêter me soulage. Je passe une jambe au-dessus de la balustrade…

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus.

Quelque chose vient de se passer. Un quart de secondes. J’ai toujours une jambe dans le vide. Autour de moi, rien, comme si le temps marquait une pause. Juste un souffle. Pas celui du vent dans les feuilles. Un souffle inconnu qui me retient de passer l’autre jambe. Une intuition comme un murmure qui me dit que je ne suis pas seule, que si je saute je ne serais pas seule, que si je ne saute pas je ne serais pas seule non plus.

Il est deux heures, peut-être quatre, peut être sept. Je ne sais plus. Ça n’a pas d’importance. Je suis en pleurs au milieu de mon salon, en vie. Je ne serais plus jamais seule.

Ce texte (autobiographique) a été inspiré par les articles de Rozie et Léonie, que vous pourrez retrouver en cliquant sur leurs prénoms.

Une histoire de date

Crédit Pixabay

La nuit est passée et le réveil m’a tiré d’un sommeil étrange. Difficile d’ouvrir les yeux, difficile de se lever. Ça m’arrive rarement.

Mon bol de céréales était infect. Je me suis brûlée en voulant retirer mon sachet de thé. Ma tartine est tombée par deux fois côté beurre sur le parquet – le présage d’une journée idyllique!

Dans ses bras, une, deux images sont venues perturbées mon bonheur matinal. Je les ai chassées vite fait bien fait. Pas là, pas maintenant.

Arrivée au bureau, une fois l’ordinateur allumé, mon regard s’est arrêté sur la date. 11 juillet.

Il y a 7 ans, je me mariais…

Quoi que je fasse, les dates restent. Immuables elles portent en elles des tonnes de souvenirs, qui parfois éclatent – peut-être qu’il y a encore des choses à sortir, des maux à exorciser.

Le jour de mon mariage, j’étais heureuse, le masque parfait de la fille qui veut y croire coute que coute, même quand tous les voyants sont rouge et annoncent un danger imminent. Pourtant les 10 jours précédents avaient été remplis de doutes et de larmes, d’envies de mettre un terme à cette mascarade. Autour de moi, il y avait mes amies, solidaires et ma famille, profondément meurtrie par le choix que je faisais.

C’était une belle journée, entrecoupée d’instants où un mot semblait avoir le pouvoir de tout remettre en question. Puis on passait à autre chose. Avec le sourire.

Le soir, de retour chez moi, en me regardant dans le miroir, en enlevant toutes les épingles de mes cheveux, je me suis promis d’être heureuse avec des trémolos dans la voix. Était-ce ma façon de conjurer un sort écrit de toute pièce ?

Dans la pièce à côté, celui qui était devenu mon mari faisait la fête avec ses amis. Je me suis allongée dans le lit, j’ai attendu et puis je me suis endormie, seule.

Deux jours après, la course aux papiers débutait. Deux mois plus tard il embarquait pour l’Égypte.

Aujourd’hui je réalise que j’ai épousé un fantôme. S’il n’y avait pas eu le reste, le mépris, le silence, les abus, la violence psychologique, la contrainte, j’aurais fait avec. Heureusement qu’il y a eu le reste, sinon je serais restée prisonnière d’une relation sans présent, sans avenir, j’aurais gâché ma vie.

Ce “non” qui ne suffit pas toujours

Crédit Pixabay

Le choc. L’atmosphère glaçante.
Un “non” prononcé. Le premier. Il se veut franc, lourd. Il vient des tripes. Il pense avoir du poids. Il n’en a pas.

Les mains écartent les herbes folles, s’aventurent en terrain interdit.
Le “non” se répète. Il cogne dans la tête, enfonce des portes verrouillées.
L’insolence fait de lui une ombre. L’homme fait sa loi.
Le corps riposte, frappe. Il réagit à l’invasion.
Le “non” s’affirme, se crie. Sortir à tous prix. Échapper à ce poids. Échapper à cette loi.

Devant la porte close, une montagne de “non”. Les “non” d’avant et les “non” d’après. Les “non” balayés d’un revers de main, d’un corps à corps fracassé. Des “non” piétinés par la seule volonté de celui qui dit. Des “non” jamais entendus, toujours refusés.

Devant la porte, la colère gronde, enfle.
Si la porte s’ouvre le tourbillon va cesser.
Si le “non” se plante dans la chair, la loi cédera au profit de la vérité.
La porte s’est ouverte, flanquée de tant de “pardon” que le “non” s’est perdu dans la foule, à couru à perdre haleine. Le corps à vomi des “non” à l’infini.

Pourtant ce “non” n’a pas suffit…

Ce qui était et ne sera plus

Les dimanches pluvieux sont l’occasion inespérée de faire du tri. Il restait un dossier qui avait échappé à la première grande vague du mois dernier, le dossier dans lequel je n’avais pas eu le cœur de me plonger, après avoir éliminé souvenirs, cartes, objets gardés “au cas où”, vieux carnets de listes de course, journaux intimes d’un temps révolu.

Un dossier aussi lourd que 5 ans de procédure.

Un dossier émotionnellement très chargé.

Un dossier qui n’avait cessé de gonfler depuis le premier rendez-vous chez un avocat en Décembre 2012.

J’étais une femme perdue, je vivais dans la peur au quotidien. Pour moi. Pour mon fils et mes proches. Je n’avais aucune certitude, plus aucune, aucun projet, aucune envie. Demander le divorce était toutefois une évidence qui s’est imposée rapidement. Je ne supportais plus l’idée d’être la femme de cet homme, de porter son nom. Mais c’est surtout pour mon fils que je l’ai fait, pour le protéger.

Trier, c’était remettre le nez dans ces longues années, ces fausses pistes, ces mails insensés, remplis de menaces, d’injonctions, ces demandes jamais honorées, ces tentatives de conciliation avortées, cette envie de ne pas passer pour la « salope » de l’histoire (puis ne plus rien en avoir à faire). Trier, c’était se souvenir, refaire le chemin en arrière, faire face à cet épouvantable gâchis, gâchis qui m’a toutefois donner la force de rebondir, reconstruire ma vie. Et cette fois ci sur des bases solides. Cela a pris du temps, le temps des fondations bien ancrées dans le terre, le temps de comprendre, d’intégrer ma part de responsabilité, d’accepter que la vérité ne serait jamais révélée.

Il est clair que je suis très différente de la femme que j’étais en 2012. Je me suis découverte des ressources insoupçonnées, qui m’ont permis de faire face dans des situations délicates. Moi qui m’était toujours aplatie, qui avait toujours cédé, pour ma paix et celle de mon enfant, j’ai posé les limites, j’ai commencé à me respecter, à dire « non », à imposer MA vision des choses. J’ai appris à faire fi des insultes et des menaces. Mon attitude peut paraitre froide et insensible pour certains. Dans ce cas précis, je me considère comme seule maîtresse de nos destins. Je ne ressens pour lui ni haine, ni colère, juste cette indifférence qui a été mon salut au creux d’un deuil que je croyais impossible à faire. Son sort m’importe peu, je sais qu’il ne sera jamais heureux, qu’il en voudra toujours à la terre entière. Il n’est pas rayé de nos vies, il en fait partie, juste ce qu’il faut. Toutefois la confiance est rompue et ne sera jamais restaurée.

Alors, j’ai trié, j’ai jeté, j’ai regardé ces 5 années s’envoler dans le broyeur à documents, j’ai regardé ces semaines d’angoisse profonde s’évanouir, ces dizaines de mails traduits, ces attestations attestant l’horreur être englouties. Il ne reste plus que le strict minimum, les papiers d’état civil attendant de retrouver leur nom d’origine, les certificats de mariage et les jugements qui mettent un point final à ce qui était et ne sera plus.

Pour mon plus grand bonheur!

Et vous, trier ça vous fait du bien, ça vous fait peur parfois? Si vous êtes divorcés, avez-vous tout conservé ou tout liquidé?

Comme une droguée en manque…

J’avais une idée d’article et puis j’ai lu celui d’Angie et je me suis souvenue du manque – nous pouvons tous donner des conseils, d’expérience, mais quand le manque est là, difficile d’y faire face. Le texte qui suit a été écrit en Juin 2014 soit 1 an et demi après ma séparation, comme quoi le chemin du deuil est différent pour chacun d’entre nous (de l’eau a coulé sous les ponts depuis, fort heureusement!)

Si tu savais comme j’en ai marre. Marre de t’en vouloir, d’être en colère contre toi. Marre de ressasser tout le mal que l’on s’est fait et de devoir te détester pour me protéger. Marre de tes silences qui ne riment plus à rien. Marre de cette angoisse omniprésente quand il est question de toi – rien que de toi – au fil de nos conversations, au gré de nos interrogations. Marre de ces mots qui envahissent des dizaines de pages blanches depuis plusieurs mois, mots compliqués qui sonnent comme des agressions, mots indigestes. Marre de ne pas pouvoir te faire confiance, de vivre dans la peur, de souffrir tout en essayant de comprendre et d’avancer. Marre de tes insolentes indifférences. Marre de devoir sans cette me justifier. Je voudrais juste me souvenir qu’un jour nous nous sommes aimés, mal c’est certain, un peu au moins, que nous avons été « amis » – n’est-ce pas un leurre pour m’aider à faire passer la pilule – avant d’être adversaires, incapables de compassion, inadéquates, inadaptés. Je voudrais ne me souvenir que du meilleur, certes éphémère. Oubliés nos rancœurs et nos déchirements. Oubliés nos nuits solitaires et nos rêves de vengeance.

Sur fond de ras le bol, tu deviens un souvenir, épineux à évoquer, qui m’arrache encore des larmes que je tente de masquer quand on me pose des questions et qui me poursuit au creux des heures d’insomnie. Je pensais que tu rattraperais le coup, que tu sortirais le grand jeu. Dès que je passais quelques heures seule – elles furent rares, personne n’y tenait, trop fragile, un brin suicidaire – je retrouvais de la sérénité dans le déni et l’oubli.

Récemment, en perdant ma main sur mes draps blancs, dans mon lit trop grand pour un seul corps, je pensais pouvoir saisir ta main. Mais le vide me rassurait autant qu’il me peinait. Te laisser partir, un combat de tous les instants. Comme une droguée en manque, j’ai cru en crever de ton absence, de tes silences aussi imposants que des forteresses en ruines. Je gardais l’espoir à chaque message de toi, qu’un autre écrivait bien évidemment, d’obtenir des aveux, d’entendre des excuses. Mais c’est toujours moi, au final, que tu rendais responsable de ta trahison et de ta souffrance, moi que tu condamnais. Je tremblais de chagrin, le nez collé à l’écran de mon ordinateur, la main posée sur la souris, prête à me déconnecter au moindre bruit suspect venant de l’escalier. Mes parents ne devaient pas savoir. Ils pensaient que je m’en sortais, loin de toi, que je me reconstruisais pas à pas. Comment pouvais-je leur dire que chaque jour j’attendais un message et qu’à coup sûr celui-ci venait briser chaque élan, arraché à la force de la vie qui grandissait en moi, que je m’imposais pour ne pas sombrer ?

Te laisser au passé devient crucial. Tout comme tirer un trait sur cette relation que nous aurions pu avoir. A défaut d’être amants, nous aurions pu être parents. J’y ai cru sincèrement. J’y ai cru comme petite fille, je croyais au Prince Charmant. J’y ai cru dans mes rêves, dans ces mots écrits sur le papier vierge, dans ces intentions de prières scandées en sourdine pour ne pas éveiller les soupçons. J’y ai cru pour moi, pour toi et pour lui aussi. J’ai cru que tu avais un meilleur fond que cet abruti qui te tient lieu de meilleur ami. Je ne l’ai jamais aimé mais je dois lui reconnaître une qualité (juste une), celle d’avoir osé avouer à Sophia, qu’il l’avait épousée pour des papiers. Toi, tu n’en as même pas été capable. Tu as joué le joli cœur, l’amoureux transi, le petit garçon blessé, l’homme fort et l’amant fou.

J’apprends à vivre sans toi. Pour les autres, ce n’est pas normal. Je devrais avoir tourné la page. Je devrais être sevrée. Ce n’est jamais aussi simple. Tant de deuils restent à faire. Trop de souvenirs m’assaillent, projets, endroits que j’aimais et que je ne reverrais pas, qui seront à jamais emplis de ton insolente présence, sans compter cette impression éreintante d’être passée à côté de tant de choses pour un seul sourire de toi. Quelle folie de t’avoir placé sur un piédestal, d’avoir fait de toi ce héros que tu n’es pas ! Qu’est-ce qui m’a poussée à cela ?

Je parle de moins en moins de toi ou différemment. Je suis heureuse que tu vives loin. Je ressens parfois encore comme un pincement au cœur devant tout cet épouvantable gâchis. Et dire que j’y ai cru ! Et dire que j’ai essayé de convaincre ceux qui m’aimaient le plus de mon bonheur – une illusion à laquelle j’ai préféré croire pour ne pas tomber à la renverse ou disjoncter complètement, pour maintenir tant que possible notre barge pourrie à flot, pour qu’elle se maintienne près du bord, au cas où il aurait fallu appeler à l’aide. Je reste toutefois consciente d’avoir pris la meilleure décision. Tout aurait empiré entre nous, à force de silences agressifs et de compromis que je serais restée seule à faire.

La nuit fait ressurgir ton visage. Dans mes rêves je fuis, boucle mes valises dans une atmosphère oppressante, avant qu’il ne soit trop tard. Je me réveille en nage paralysée par la peur. Une image. Un souvenir. Et la nuit qui m’étreint dans ses bras apaisants. Pour toujours, sans toi.

Les ressorts de l’emprise (et pourquoi c’est si difficile à expliquer)

J’ai souvent écris sur l’emprise. C’est un sujet d’actualité. Mais c’est surtout une étape de ma construction.

Pourtant parler d’emprise est très difficile. Parce que les ressorts de l’emprise sont très pervers et que la personne qui tire les ficelles de cet engin machiavélique va arriver à ses fins, en vous faisant croire que tout ce que vous avez consenti à faire vient de vous.

La personne est blanche comme neige dans l’affaire. Les rôles sont échangés. Le bourreau devient victime et la victime devient bourreau.

Le principal problème de l’emprise, c’est que vous ne vous rendez compte de rien.  Souvent le dialogue dans la relation est inexistant, l’échange une perte de temps puisque une seule parole prime, celle de l’autre – il ne cherchera jamais vraiment à savoir ce que vous pensez sur telle ou telle question, qui vous êtes non plus. Ça ne l’intéresse pas, ce qui l’intéresse c’est la faille qu’il a perçu en vous et dans laquelle il va se faufiler pour diriger votre vie. Jusqu’à ce que vous vous retrouviez au pied du mur, pieds et mains liés.

Le manipulateur ne vous “aime” pas tel que vous êtes, il vous “aime” tel que vous allez devenir. Tout est prêt dans son plan pour que vous rentriez dans SES cases, pour que vous vous abaissiez à SES volontés. Pas de polémique, il sait, il a raison. L’emprise fait que vous y adhérez, sans trop vous poser de questions. Après tout, c’est pour votre bien. Il le dit. Vous le croyez. La seule chose que vous avez à faire c’est de le vénérer comme un Dieu et vous soumettre. Si vous restez dans le droit chemin, tout ira bien. Si vous déviez, vous le faites à vos risques et périls.

Au début vous prendrez plaisir à jouer avec le feu, vous aurez l’impression que vous aussi vous pouvez le manipuler. Grave erreur. A ce jeu il a des longueurs d’avance sur vous. Vous vous brûlerez les ailes à coup sûr.

Il faudra parfois un engagement, un enfant, un appartement, des dons d’argent, un changement de pays, de religion, un régime draconien, un nouveau style vestimentaire, une démission (et j’en passe).

Avant que les gens ne vous demandent si tout va bien, pourquoi ces changements saugrenus et qui ne semblent pas du tout vous correspondre. A ce moment-là, il y a de fortes chances pour que vous vous refermiez sur vous-mêmes en vous disant que les gens n’y comprennent vraiment rien. Au lieu d’être heureux pour vous, ils vous accusent presque de changer. Vous prendrez vos distances. Et l’emprise redoublera. Tous vos choix seront dictés par un instinct de survie. Mais vous l’ignorez encore à ce stade.

S’ensuivra une jalousie excessive, la violence, les humiliations, le harcèlement, un / des actes sexuels forcés, des menaces. Privés du recul nécessaire vous abdiquerez. La paix. Avoir la paix, voilà ce qui primera. Tous vos faits et gestes seront calculés pour ne pas « brusquer » l’autre. Toute atteinte aux règles fixées, par l’autre, sera assortie d’une sanction. Vous vous retrouverez comme un gosse pris en faute pour une vulgaire bêtise et il vous faudra presque ramper jusqu’à l’autre pour implorer son pardon. Qu’il ne daignera vous accorder qu’à certaines conditions, établies par lui bien entendu. Vous serez prêt à tout pour que l’autre vous regarde, vous parle. Vous deviendrez ce qu’il attend de vous depuis le début. Et vous serez convaincu qu’il ne fait ça que pour votre bien. Encore une fois. Pire, que c’est vous qui êtes fou à lier quand il vous fait une énième crise de jalousie, vous bouscule dans le couloir, vous intime l’ordre d’aller changer de tenue, vous avez l’air d’une pute, jette votre repas à la poubelle. Ne vous en faites pas, il sera le premier à vous le dire. Vous n’êtes rien. Avec lui. Ou sans lui d’ailleurs.

Il s’en sortira presque avec les félicitations du Jury. Et vous, le cerveau complètement retourné, votre estime de vous-mêmes réduite à néant, votre corps couvert de cicatrices visibles et invisibles. Vous ne serez plus que l’ombre de vous-mêmes.

Et tout le monde se demandera comment vous avez pu adhérer à CA.

Vous vous demanderez comment vous avez pu adhérer à CA.

Et puis vous vous souviendrez de l’araignée qui tisse sa toile, de cette impression omniprésente de ne pas pouvoir respirer, de patauger dans des sables mouvants, d’avoir envie de sortir mais de vous cognez dans des portes fermées à double tour. Vous vous souviendrez de la première fois où il vous a dit « si tu m’aimais ». Et vous comprendrez que dans cette relation, les cartes distribuées ne l’étaient pas en votre faveur, les dés étaient pipés d’avance, la chute prévisible.

Il ne devrait jamais y avoir de « si » avant le verbe « aimer ».

Pendant 4 ans, j’ai simulé…

C’est monnaie courante, beaucoup de femmes en sont réduites à ça, détailler le papier peint de la chambre à coucher pendant que l’autre s’active à la tâche, avec un objectif unique: son plaisir. C’est bien là que la bât blesse. Quand on parle du plaisir de l’autre, il y a ceux que ça indiffère, ceux qui n’y pensent même pas, les égoïstes purs et durs, ceux qui te balancent des histoires à la con de soumission, de religion et plein d’autres…Et puis il y a ceux pour qui ça compte. Heureusement!

Entre nous, tout avait mal commencé. Il ne fallait pas être devin pour imaginer que sexuellement ce serait un fiasco. Pourtant on pouvait espérer. Ça ne fait de mal à personne, encore que!

C’est dans une petite chambre, humide et moche que j’ai pris conscience, non sans m’être forcée à voir le côté positif des choses, que le Nirvana ce n’était pas une partie gagnée. De bon matin, après une soirée où j’avais tenu bon sur mes positions – avec préservatif ou rien – je me suis réveillée seule dans le lit froid aux draps à la propreté douteuse. Il était sorti, pour quoi faire? M’acheter des croissants sûrement. Il avait un corps de rêve et il était délicat. Si ça se trouve c’était un Dieu au lit. Je rêvais déjà. Quand il a passé la porte, le regard pétillant, en tenant à la main une boite de préservatifs, j’ai déchanté. Pas de croissants. J’allais passé à la casserole sans préambule. Sans préliminaire non plus – pourquoi faire long quand on peut faire court!

Au départ, je me disais que c’était peut-être à moi de lui montrer le chemin. Sauf qu’entre lui et moi il y avait tout le vacarme de la religion et son inaptitude à penser à quelqu’un d’autre qu’à lui-même. A chaque fois que nous nous retrouvions dans un lit, j’avais ni plus ni moins l’impression d’être une pute – l’argent en moins sur la table de nuit. Au départ, je mettais un peu d’ardeur à la tâche quand même, histoire de dire qu’on était deux à  vivre l’expérience.

Au fil du temps, j’ai appris. A faire semblant. C’est pas si compliqué, croyez moi. Et ça passe inaperçu puisque l’autre n’en a strictement rien à ciré. J’ai eu le temps en quatre ans d’étudier dans les moindres détails les murs, le plafond, la moquette, le carrelage de la salle de bains, un coin de ciel bleu, la couleur de la pluie, les vitres, les tâches, la peinture qui s’écaille, la qualité du coton des housses de couette, de refaire dans ma tête la décoration de l’appartement, d’établir la liste des courses, les recettes à tester absolument, les cartes à envoyer. Je me suis parfois demandé pourquoi ça prenait tant de temps, alors que certains jours, c’était emballé en moins de deux et qu’il filait sous la douche, avant même que j’ai mis un pied hors du lit. Je me suis souvent parlé à moi-même, me demandant quand il allait me demander de changer de position, si ça allait être mieux ou pire. Entre deux, je le regardais le sourire aux lèvres, histoire de lui faire croire qu’il était le meilleur amant de la terre – je crois qu’il n’a jamais douté. J’ai joué la comédie le matin, le soir, à midi, en pleine nuit, en plein jour, volés tirés, portes closes. J’ai crié, pleuré, espéré surtout que le déclic arrive, que je sente quelque chose, un début de quelque chose. Rien, le calme plat, un vide abyssal. La seule chose que je retiens c’est cette brulure au fond de moi qui n’a fait qu’enfler à mesure du temps qui passe. C’était nul et en plus ça faisait mal. Que du bonheur!

Puis je me suis avouée vaincue. Il fallait se rendre à l’évidence, le sexe avec lui c’était une perte de temps et d’énergie. Je devenais fade, je me dégoutais aussi, j’avais l’impression d’être un corps à disposition. Moi ou une autre, je crois que ça n’aurait pas fait grande différence.

Si au début l’envie l’emportait sur le reste – je me disais que ça viendrait, patience, patience – au bout d’un certain temps l’envie s’est évaporée, je m’offrais à lui dans l’espoir d’un ressenti quelconque qui aurait pu me redonner vie et surtout nous aurait permis de rétablir une communication chaotique, abolir un silence destructeur. Puis vers la fin, je désertais le lit conjugal le plus souvent possible. Sentir son corps contre le mien me donnait la nausée. Je ne pouvais plus voir mon corps offert en pâture à un animal en manque.

Quatre ans sans un vertige, sans une once de plaisir, sans une once de tact aussi, sans même avoir touché du bout des doigts un hypothétique orgasme, aucune sensation agréable. Quatre ans sans partage, sans respect. Quatre ans d’un jeu que j’ai joué jusqu’à l’épuisement, jusqu’à m’avouer que nous n’avions fait que nous croiser. Du sexe pour du sexe, sans émotion. Pour l’épanouissement, tu repasseras!

Alors pour ceux qui se disent que nous aurions dû en discuter, que ça aurait peut-être changer le cours des évènements, et bien je réponds que j’ai essayé, une fois, deux fois. A la troisième tentative, il m’a presque supplié de ne pas lui parler de ça, que ça lui faisait trop mal. Déjà je n’étais plus vierge, il ne fallait pas trop lui en demander!

Et pour ceux qui se demandent comment on reconnait une femme qui simule. Et bien là non plus ce n’est pas compliqué, il suffit juste de la regarder être, vivre, vibrer, de la respecter, de communiquer. Une femme qui simule n’est ni heureuse, ni épanouie. Ou alors ce soir, elle n’avait juste pas envie – ça arrive!