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Merde au positivisme à tous prix !

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Si il y a bien un truc qui me met hors de moi, ce sont ces phrases toutes faites qui sortent de la bouche de personnes à qui tu n’as rien demandé la plupart du temps mais qui se sentent obligées de rebondir sur les maux que tu poses, déposes, en pensant par-dessus le marché qu’elles te font une fleur.

Tu les connais forcément toi aussi les « ce n’est pas si grave », « demain ça ira mieux », « il faut rester positif », « il y a pire que toi », « ça va passer », « arrête de te plaindre, de te lamenter », « il faut passer à autre chose », «tu as plein de personnes autour de toi qui te soutiennent et t’aiment alors un peu de jus », « mais bouge-toi bordel », « t’attends quoi au juste ? », « c’est un mal pour un bien », « prends du recul », « à toute chose malheur est bon », « c’est pas la mer à boire », « ça sert à quoi de se laisser aller comme ça ».

A force de toujours insister sur le positif, voilà ce que ça donne parfois (Je vais grossir le trait, parce qu’il existe sur cette terre des personnes qui, soit manquent cruellement de bienveillance, soit n’en ont rien à foutre des autres, ou s’y intéressent pour la forme – certains de ces exemples sont vrais.

C’est aller dire à un couple qui vient de se séparer  « heureusement vous n’aviez pas d’enfant »

C’est aller dire à une femme qui a fait une fausse couche « au moins tu n’as pas eu à accoucher d’un bébé mort-né »

C’est aller dire à une famille qui vit dans un appartement humide et à la limite des normes d’hygiène et de sécurité « regarde les migrants qui vivent dans des tentes, au moins toi tu as un toit sur la tête ».

C’est dire à un père qui vient de perdre son enfant de 17 ans dans un accident de voiture « au moins tu as pu en profiter jusqu’à cet âge, d’autres n’ont pas cette chance »

Mais bien sûr, nous n’avons pas tous les mêmes chances. Nous ne sommes pas tous nés du bon côté de la barrière ni dans une famille aimante et attentive. Nous ne sommes pas tous égaux devant la vie. Il y a toujours pire, ici et ailleurs. Sincèrement le fait de le savoir ne change pas le quotidien. Dans l’absolu, c’est merveilleux – nous ne sommes pas tous des sages. Dans la réalité, c’est un coup supplémentaire porté à notre moral. Notre souffrance n’est pas prise en contact et c’est encore plus douloureux.

Toutes les personnes ou presque rebondissent un jour ou l’autre. D’ailleurs toutes les personnes qui mangent, se lèvent le matin,, s’occupent de leurs enfants, vont bosser, se font aider, toutes ces personnes ont une petite graine de foi au fond d’eux, une minuscule voix qui leur dit que ça va aller, qu’elles vont s’en sortir. Sinon, ça fait longtemps qu’elles auraient plié bagage.

La vie ce n’est pas toujours le monde des Bisounours. Parfois, c’est aussi joli qu’un melting-pot des couleurs de l’arc en ciel et parfois c’est gris, marron, noir, c’est un pas en avant et une grosse bourrasque de vent qui nous fout par terre, qui nous terrasse, qui nous plonge au fond de la piscine. Parfois on a même envie d’y rester au fond de la piscine, le temps de reprendre son souffle, le temps d’être au plus mal, le temps de ne plus savoir si ça vaut vraiment le coup d’avancer, le temps de pleurer tout son saoul, de dire qu’on n’en peut plus, d’être en colère et d’en vouloir à la terre entière. On sait que ça ne fait pas avancer le schmilblick. Mais à cet instant précis, on s’en balance, on a juste envie de cuver notre chagrin et de savoir qu’on n’est pas seul.

Alors bien sûr être positif c’est génial, c’est même un bon tremplin pour dépasser le passé et ses fantômes. Ce n’est pas possible tout le temps. Et ce n’est pas qu’une question de volonté. Il y a plein de gens positifs qui se voilent la face, qui avancent en essayant de se persuader que tout va bien, que tout est parfait et beau, que la vie est un long fleuve tranquille. Et qui se prennent les pieds dans le tapis. Testé et approuvé.

Le positivisme coute que coute me donne la nausée (comme tous ces romans feel-good qui remplissent les devantures des librairies).  Les deuils de la vie, quel qu’ils soient prennent du temps. A force de vouloir que tout aille vite, que les gens qui nous entourent retrouvent le sourire top chrono en main, on oublie l’essentiel, que chacun va à son rythme, qu’il n’y a pas de règle en la matière.

Demandez à n’importe quelle personne qui souffre ce qu’elle attend et je vous fiche mon billet qu’elle dira une présence, une oreille attentive, un soutien. Parce que c’est ce dont elle a besoin aujourd’hui, alors qu’elle est au fond du gouffre, qu’elle espère et que ça ne marche pas, que les teintes de sa vie sont toujours mornes, tristes, froides. Arrêtez de la gaver de phrases répétées des centaines de fois, arrêtez de lui parler de positivisme, parlez-lui avec votre cœur et non avec la cervelle atrophiée de la moitié de la population. Le jour où elle se sentira ressourcée, à nouveau armée pour faire face à tout ce qui la dépasse, le jour où elle vous dira qu’elle a besoin de vous pour refaire surface, oubliez les heures noires et foncez avec elle vers la lumière au bout du tunnel !

Posted in Variations Littéraires

Va savoir!

[:fr]

Ma mère pensait que je n’oserais pas, mon père que cette folle idée passerait à l’arrivée de l’été, quand les épaules se dénudent, que la peau s’offre au soleil, presque vierge de tout passé.  Mon frère disait qu’il s’agissait d’une lubie, d’une envie sans envergure, d’un besoin de faire comme tout le monde.

Le monde, parlons-en. Il m’écœurait autant qu’il m’attirait. Le monde s’installait, prenait ses aises, dominait, abandonnait, faisait fuir, gagnait de l’argent, volait les pauvres, jugeait les riches. Le monde vu de mon nuage d’adolescente en quête de sens me paraissait vide, rempli d’artifices. Mais plein de ce je-ne-sais-quoi, de cette vibration transformatrice qui m’appelait à sauter à pieds joints dans l’inconnu, les yeux bandés, le cœur ouvert à tous les possibles.

Faire comme tout le monde. Sûrement pas. Et pourtant je suivais bien un mouvement, je me fondais forcément dans une masse qui avançait vers un idéal que nul ne semblait connaitre mais que chacun désirait ardemment. J’appartenais à un groupe. Je suivais une idée. Je m’emballais pour une révolution qu’un autre avait créée. Peut-être que je voulais ressembler aux autres après tout. Mon frère, plus âgé, devait savoir ces choses-là, connaître le feu qui bouillonne à l’intérieur, l’obsession qui grandit pour mettre des mots, des images sur l’essence de nos existences. A la question « qui suis-je ? », je répondais par un vague murmure.

Ma mère ne me reconnaissait plus, son regard figé dans ses souvenirs de moi, gamine avec mes jupes fleuries et mes ballerines vernies. Elle ne voyait pas mes lèvres souples devenir pulpeuses sous l’effet du gloss, mes cheveux attachés tomber en cascade sur mes épaules, mes bras se couvrir de dessins éphémères, encore moins la courbe de mes reins dessiner des vallées sur un horizon amoureux incertain.

L’été arrivait et mon idée résistait aux embruns, aux vagues affolées, au souffle fou du vent sur la côte les soirs d’orages. L’été m’appelait à franchir le cap, à pousser la porte, à laisser l’encre couler  sur mon corps et les aiguilles dessiner des îles aux trésors.

L’automne a eu raison de toutes mes interrogations, indécisions, de la crainte du regard d’autrui. Dans le vent frais d’octobre, j’exhibe sans l’once d’un regret mon poignet offert au monde, marqué du sceau de l’infini.

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Posted in Atelier écriture, Variations Littéraires

Retour au pays

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Je possède une ligne parfaite, voluptueuse, digne des plus grands canons de la beauté. Beaucoup d’hommes se retournent sur mon passage. Des femmes aussi. Tous envient mes formes, courbes, les accents qui me donnent un charme fou. « Très belle carrosserie ! » disent certains. Ça me fait rougir, encore aujourd’hui. Je suis de celles dont on parle avec des étoiles plein les yeux. J’ai eu mes heures de gloire, au cœur du monde. J’ai fait pâlir de jalousie plus d’une fille. Quant aux hommes, ils tombaient à mes pieds, prêts à tout pour m’offrir le meilleur.

Je m’apprête à prendre le bateau, à effectuer une longue traversée. Voilà 37 ans que j’ai quitté New-York, ses longues avenues, ses quartiers résidentiels, ses gratte-ciels à perte de vue, ses assistantes de direction hyper-speed et ses patrons sans tact. J’ai embarqué direction la France, Paris. Paris, la romantique. Paris, l’historique. Je suis tombée amoureuse de Paris, de sa douceur, des quais de Seine, de ses allées ombragées, des dédales de Montmartre, de la vie qui bat son plein à toute heure du jour, de ses nuits folles, de ses cabarets, de son euphorie. J’ai une tendresse particulière pour les grands boulevards, sur lesquels j’ai fait mes armes.

Mon partenaire me regarde encore les yeux remplis d’amour, et pourtant les rides sont bien là, les bosses de parcours aussi, les aléas du quotidien laissent des traces, empreintes de mes multiples vies.

L’heure de la retraite a sonné. Je serais bientôt de retour chez moi. Finies les escapades du dimanche à Deauville, les soirées de casino en piano bar souvent arrosées, les virées au petit matin pour aller détendre ses jambes à la campagne. Finis le corps qui tremble sous les assauts du vent. Finis les concours, les grands prix, le stress, les sourires figés. J’ai fait semblant, souvent. J’ai fait mon temps Je retourne à la maison, me mettre au repos, me faire bichonner…

Ceci est ma participation au rendez-vous d’Estelle – A vos claviers #4. J’ai glissé 3 informations réelles et personnelles, les indices demandés pour cet atelier.

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Posted in O bonheur des sens

Plaisir estival

C’est un soir d’été. Le fond de l’air est chaud, le soleil descend sur la ville agitée, riche de l’expérience des beaux jours retrouvés. Elle porte une robe légère, fleurie, resserrée à la taille, un modèle vintage trouvée dans une solderie lors d’un voyage à Avignon. Une robe qui sent bon la vie, l’insouciance. Et ce soir elle en est pleine de cet océan de possibles qui s’étend devant elle. Elle ne porte rien sous sa robe, c’est peut-être aussi cette liberté soudaine qu’elle chérit, après des mois à l’étroit dans des pulls, collants, robes en laine, après ce froid qui gèle les extrémités du corps, après la grisaille et la pluie.

Le fait de savoir ce que nul ne devine lui donne l’impression d’être la détentrice d’un magnifique secret. Elle en joue, juchée sur ses escarpins à talons ocre, ondulant du bassin comme une sirène sortant de l’eau.

Son rendez-vous l’attend. Elle sait qu’il lui suffira de la serrer contre lui pour percer son secret. Il ne dira rien ou il sourira, de ce sourire espiègle qui murmure « j’ai envie de toi ». Elle aussi a terriblement envie de lui, comme à chaque fois qu’il entre dans son champ de vision, que ses yeux croisent les siens, que son corps s’approche de son périmètre, qu’il la prend dans ses bras, que son sourire la fait chavirer. Elle en a envie le soir quand elle s’allonge nue sous sa couette et l’imagine faire de même, le matin au saut du lit quand elle aimerait qu’il la réveille en laissant courir ses doigts sur son corps. Et la nuit aussi quand elle rêve de lui. Ou quand l’insomnie la surprend et que les scénarios les plus torrides envahissent son esprit et l’entrainent dans un dédale de fantasmes fous.

Elle ferme les yeux au contact de leurs peaux qui se touchent. A travers les tissus souples des vêtements de saison, elle perçoit son trouble. La place grouille de monde. Elle la voudrait plus déserte. Elle regarde autour, cherche un endroit à l’abri des regards. Elle imagine à quel point cela doit être excitant de faire l’amour dans un lieu public, en se pressant un peu ou sans se presser d’ailleurs. Prendre le temps de se toucher, faire courir leurs langues sur chaque parcelle de peau, exposée ou cachée. Faire durer le plaisir ou le saisir sur l’instant, prendre ce qui se livre en quelques minutes seulement, sans s’abandonner totalement. Commencer par se dire en gestes, en émotions. Ou attendre la fin de la soirée, laissant planer au-dessus du rendez-vous l’envie latente de se rencontrer plus intimement.

Elle se sent soudain portée, transportée, entourée d’un parfum qui l’hypnotise. Elle se dit qu’il a peut-être les mêmes pensées qu’elle, les mêmes fantasmes tus. Osera-t-elle énoncer à haute voix son ressenti ? Ou se contentera-t-elle de lui prendre la main, de le suivre, muette, en attendant la prochaine occasion ?

Elle ouvre les yeux. La place, l’été, son amoureux se sont envolés. Le jour la cueille, le soleil l’invite à profiter d’une nouvelle journée, son rêve bien vivant dans son esprit.

Posted in Humeurs d'Auteur

Et si je vous parlais de mon nouveau livre?

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Ce soir, je vais enfin vous présenter mon nouveau livre. Contrairement à d’habitude, j’ai mis beaucoup de temps à écrire ces lignes. Pourquoi?

Parce que je ne me sentais pas légitime. Parce que je dis toujours, en hésitant un peu, sans me mettre en avant, que j’écris. C’est presque un murmure. C’est comme si je révélais un secret, que chacun se devait de garder précieusement. Parce qu’il y a toujours cette petite voix au fond de moi, que je tente de maitriser, de maintenir à distance, qui dis “à quoi bon – au mieux tu vendras 40 exemplaires dont la moitié à des proches”.

Écrire est un engagement. Un livre, ce sont des heures de travail, de lecture, relecture, d’envies d’arrêter, de ténacité pour peu de reconnaissance la plupart du temps. C’est tout donner et se retrouver face au vide, à la solitude. Oui, je peux le dire, parfois écrire c’est douloureux. Et puis, on y revient, parce que c’est notre vérité, notre façon d’être au monde, notre moyen d’expression. Et que c’est la seule manière de faire entendre notre voix, d’exprimer l’intérieur de nous-mêmes, de nous exposer, de partager.

Ce soir, après une journée riche en émotions, dont je vous parlerais plus tard (oui il faudra que je vous en parle), j’ai décidé de vous livrer ces lignes. J’ai mis une douce musique en fond  sonore, je me suis fait un thé au Jasmin, je porte mon écharpe préférée autour du cou (qui respire l’amour). C’est étrange pour moi ce cérémonial, moi qui écris la plupart de mes articles au bureau, entre deux dossiers (pas toujours passionnants), un peu à la va-vite. J’avais juste envie ce soir de prendre ce temps pour moi, de me poser pour qu’on se parle, de cœur à cœur.

L’idée de ce livre est venue à la suite d’un Brunch entre blogueuses, pendant lequel nous avions BEAUCOUP parlé de la Vie. Rien d’original. Et pourtant si. Nous avions parlé de la vie telle qu’elle est, telle qu’elle est pour nous au jour le jour, loin des tendances, des photos Instagramables, de toutes ces familles parfaites qui remplissent la toile à longueur de journée. Ça avait donné cet article d’ailleurs (Sandra si tu me lis, si tu passes par là, ce livre c’est toi qui me l’a inspiré!)

Alors tout simplement je l’ai appelé LA VRAIE VIE. Il s’agit d’un recueil de nouvelles, finalisé début 2017, que j’ai d’ailleurs envoyé à plusieurs maisons d’édition. Un seul retour négatif a été justifié. Et j’ai le souvenir que les mots utilisés m’ont mise KO un moment. Ce n’est qu’en en parlant avec des amies, des personnes qui apprécient mon style, mes mots que j’ai pu rebondir (Laurie, tu sais que tu m’es précieuse et pas que pour la lecture! J’en dis pas plus sinon tu vas pleurer, je te connais!)

Ce recueil, c’est 12 nouvelles. Assez drôles pour certaines. Qui touchent à tous les aspects de nos vies, le travail, l’amour, la vieillesse, l’éducation, l’administration, le manque de confiance en soi, les journées pourries de A à Z, l’amitié. Un livre léger sans prétention. Sinon celle de vous faire sourire et surtout aimer votre vie telle qu’elle est, décadente, chaotique, extravagante, un peu folle ou carrément insensée par moments.

Maintenant, vous allez me demander (enfin j’espère!) comment vous le procurer. Vous avez le choix: m’envoyer un mail, commander via mon site (ce sera une bonne manière de voir si ça fonctionne!) ou via The Book Edition.

Merci par avance pour vos lectures, vos encouragements, vos partages, vos retours. Merci d’être là, de me soutenir, de m’encourager, de m’aider à trouver ma place et à assumer mes rêves!

 

Posted in Les Etats d'Esprit du Vendredi

Les États d’Esprit du Vendredi 23.02.2018

Le soleil est revenu, le froid aussi, on ne peut pas tout avoir en même temps! On savoure déjà les jours qui rallongent…Allez, place aux états d’esprit du vendredi, le rendez-vous de The Posman  et Zenopia.  On copie le formulaire, on le remplit, on glisse un petit mot doux sur leurs blogs respectifs avec le lien de notre article et c’est parti :

Début [11:32]

Fatigue : intense en début de semaine, légère après une nuit de 9h, inexistante après une nuit divine…

Humeur : au zénith
Estomac: thé, chocolat, macarons
Esprit: joyeux
Cond. phys. : footing, escaliers, yoga
Boulot : se faire parler comme de la merde, ça va un temps, puis ça finit par taper sur le système
Culture: Loubna Abidar “la dangereuse” / Adeline Fleury “petit éloge de la jouissance féminine” / dans “3 daughters of eve” de Elif Shafak
Penser à : s’aimer et se le dire (à soi même et aux autres!)
Avis perso :  il y a soumission et soumission
Message perso: (1) divin, exquis, merveilleux (2) Joyeux Anniversaire! (3) Profite de ta soirée ma jolie!
Loulou : est en vacances au bord de la mer, fait du vélo, mange des crêpes, prend des couleurs
Amitiés : ce weekend
Love : présent (même loin), drôle, aime ma cuisine
Sorties : cercle de femmes ce soir, amitiés et ciné demain, journée yoga dimanche
Essentiel: se protéger des personnes toxiques (mettre les voiles si nécessaire – savoir dire stop)
Courses: collecte pour les plus démunis
Envie de: vous présenter mon nouveau livre (nouvelles)
Photo: recueil de poésie en cours d’écriture…
Zic: A venir…
Fin[11:44]
Posted in Variations Littéraires

Mona

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Se lever. Te servir. Baisser les yeux. Fermer ma gueule. Obtempérer. Avec le sourire en prime.

Et la nuit, l’entendre se lever quand tu rentres tard, l’entendre remuer les casseroles dans la cuisine, la surprendre les yeux mi-clos au-dessus du réchaud, lui dire de venir se coucher. Tu es un grand garçon, tu pourras te servir tout seul. Elle résiste. Je la laisse, silhouette courbée et fatiguée, attendant la porte qui claque, tes pas lourds dans l’escalier. Elle a dressé la table, a disposé une assiette, des couverts, a pris soin de poser ton verre à gauche avec une bouteille d’eau toute neuve. Tu vas la croiser, esquisser un sourire. Elle va se retirer discrètement. Sans faire de bruit, elle. Elle va tirer la porte et retrouver son lit. Je vais attendre un peu, le temps d’entendre sa respiration plonger dans le sommeil. Et quand elle aura rejoint les bras de Morphée, je vais te maudire une fois de plus d’exister.

Au réveil, à l’heure où la nuit quitte doucement la place, elle sortira au grand air, retrouvera ton assiette et tes couverts négligemment posés dans l’évier. Elle les passera à l’eau, au savon. Elle n’attendra pas que je sois réveillée, dans dix minutes tout au plus. Elle ne veut pas que je dise du mal de toi. Elle te protège à chaque fois, dis que tu as cru bien faire en ne faisant pas – faire couler l’eau au beau milieu de nuit, c’est manquer de réveiller les autres. C’est un manque de respect dans son langage à elle. Je ne comprends pas pourquoi elle fait ça. Déjà avec papa, j’avais du mal. Mais avec toi, je ne peux plus le supporter.

Je ne peux plus te supporter. Tes manières me donnent envie de vomir, de cracher ma haine de toi, ma haine de ton orgueil, ma haine de ta violence sournoise. Tu es mon frère et je n’ai pour toi que du dégoût. Je sais que si je le lui dis, elle ne me comprendrait pas, elle m’en voudrait même d’être si virulente à ton égard. C’est à n’y rien comprendre.

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Posted in Carnets de route

Parce que c’est lui…

J’ai pleinement conscience du niveau de mièvrerie du titre. Mais je le vis très bien. Ça fait près de six mois que je vous saoule avec mes articles sur l’amour, alors un de plus, un de moins ! Vous pouvez toujours passer votre chemin si ça ne vous dit rien qui vaille – j’avoue que parfois quand j’étais célibataire lire la vie des autres, heureux, en couple, ça me tapait sur le système – je ne vous en voudrais donc pas. Si vous restez, asseyez-vous confortablement avec une boisson chaude (c’est de saison) et laissez-vous porter par mes mots.

Il était une fois…

Qu’est-ce que je raconte ? Je ne vais pas vous parler d’un conte de fée. D’abord parce que je ne suis plus une petite fille, ensuite parce que je ne trouve pas ces histoires franchement attirantes. Sauf pour les petites filles. Et ne croyez pas qu’une petite fille qui aime les livres et dessins animés de princesses deviendra forcément une antiféministe ou une femme soumise à l’autorité d’un homme. Un enfant a autant besoin que nous de rêver !

Je voulais vous parler de quoi déjà ?

Ah oui, de lui.

Enfin, qu’est-ce que je peux vous dire que vous ne savez déjà ?

Même moi parfois je n’arrive pas à le lui dire. Combien, comment, pourquoi – Combien je le trouve épatant. Combien il me fait rire. Combien je le trouve délicat, attentionné, prévenant, attentif. Combien son grain de folie m’enchante. Sinon je le lui dirais tout le temps. Et il se lasserait de tous ces compliments !

Le but ce n’est pas de le faire fuir…en la matière, notez que j’ai des années d’expérience derrière moi. Est-ce que j’aurais rencontré la perle rare, celle que tout le monde cherche, à perdre haleine parfois, sans jamais la trouver ou en la laissant passer ?

Je ne sais pas. La seule chose que je sais c’est qu’il est parfait pour moi (on reste dans la guimauve, ça fait du bien de temps en temps !)

Est-ce que je peux vous dire que chaque jour, que le moral soit là ou pas (comme tout le monde j’ai des coups de blues), je me dis que j’ai une de ces chances de l’avoir, lui, qui m’écoute, ne me juge pas (surtout quand je ne me sens à la hauteur de rien, surtout pas de ma tâche de mère), m’encourage, me donne confiance, me soutient, m’aide à dépasser mes peurs, le passé, me donne d’oser davantage, d’aller de l’avant?

Peut-être que c’était tout simplement le bon moment pour nous deux. J’avoue je ne me pose plus trop de questions (j’en ai déjà assez dans le crâne en temps normal). Je profite juste de ce qu’il m’est donné de vivre. Dans la joie !

Et lui?

Je me dis qu’il a de la chance aussi! (il faut savoir se faire des compliments de temps en temps).

Et vous? Amoureux(se)? Heureux(se)? Ou toujours à la recherche de votre perle rare?

Posted in Tout un poème

Cercle vertueux

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Tu me fais confiance

Tu me donnes confiance

Le cercle vertueux est enclenché

Quand tu m’attires vers toi

Quand tu t’approches de moi

C’est comme une mélodie composée

Des cicatrices de nos passés

La force de ton amour

Me donne tous les droits

D’être enfin celle qui sommeille

Depuis si longtemps au fond de moi

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Posted in Carnets de route

Lettre à toi qui…

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J’avais prévu un autre texte aujourd’hui. Mais parfois la vie fait que quelques mots nous bousculent et alors écrire devient la seule vérité.

A toi,

Toi qui crois ou pas

Toi qui espères que la roue va tourner

Toi qui accueilles l’amour les bras grands ouverts

Toi qui prends des risques

Toi qui aimes sans attente particulière

Toi qui souffres,  reconstruis chaque jour ta vie à la force de tes tripes

Toi qui a la foi, qui oses et espères, t’engages

Toi qui te remets en question

Toi qui pleures dans la solitude de tes nuits, au fil des insomnies

Toi qui tombes avant de refaire surface

Toi qui demandes juste un peu de tendresse

Toi à qui l’on promet de décrocher la lune – juste des mots en l’air

Toi qui patientes, apprends de tes échecs

Toi qui souffres en silence

Toi qui ne sait plus qui croire, comment faire confiance ni à qui

Toi qui a peur que les ténèbres te prennent, t’enferment

Toi qui vis le chaos, le trouble, le vide

A toi,

Je veux dire que l’amour existe, qu’il n’est pas une histoire à part, qu’il existe dans la simplicité de la vie de tous les jours, qu’il n’est pas un combat à gagner.

Je veux dire que l’amour n’a pas besoin de grande déclaration, qu’il se construit au fil du temps, par-delà les clichés, par-delà nos différences.

Je veux dire que l’amour est notre essence, qu’il est en nous avant d’être en l’autre – que l’autre soit ami, enfant, amant, parent.

Je veux dire que l’amour fait vibrer, qu’il te donne des ailes pour aller plus haut, plus loin, qu’il te regarde avec bienveillance, que l’amour ne juge pas, qu’il te révèle à toi-même.

Je veux dire que parfois tu souffriras d’y avoir cru, d’avoir offert ta confiance, ouvert ton cœur, que tu t’en voudras d’avoir pris le risque, mais que toute histoire d’amour en comporte un.

Je veux dire de prendre le temps de panser ton cœur, de prendre soin de la personne que tu es, d’attendre le bon moment pour toi.

Je veux dire que l’amour prend différentes formes. Qu’il existe dans le contact à l’autre. Mais aussi, dans le câlin du matin, dans les couleurs du ciel quand le jour se lève, dans un sourire, dans l’inattendu d’un rendez-vous.

Ne perd jamais espoir. Garde en toi toutes les expériences qui font celle ou celui que tu es devenu(e). Tes cicatrices sont tes victoires. L’amour un jour peuplera tes jours, tes nuits, tes rêves. Tu sauras. Ton cœur aura trouvé sa paix.

Posted in Carnets de route

La force du mental

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Pour les personnes qui me connaissent (celles qui ne me connaissent pas vont le savoir), courir est quelque chose qui j’ai (avais) en horreur. Je considère que les gens qui courent sont soit courageux, soit complétement fous.

Il faut dire que sur le sujet, je reviens de loin.

Ça a commencé en CE2 par une course organisée par la ville de Nantes à laquelle l’école nous avait inscrits (sans nous demander notre avis). Contrairement à beaucoup d’autres qui ont lâché à mi-parcours, j’avais un atout de taille, je ne courais pas vite mais j’étais endurante. Malheureusement, j’ai terminé la course avant-dernière et comme la directrice avait eu la bonne idée d’afficher les résultats sur les murs de l’école, je suis devenue la risée de la classe – la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ça m’a poursuivie jusqu’à la fin du primaire (qui a dit que les enfants avaient la mémoire courte ?)

Après cet échec cuisant, j’ai décidé qu’on ne m’y reprendrait plus. Bien sûr au collège, au lycée, j’ai bien été obligée de faire comme les autres, des tours de stade, de parc, à n’en plus finir. Je n’y prenais aucun plaisir, sinon celui de papoter avec mes copines pendant 1h. Je n’étais pas anti-sport. Je faisais de l’aviron, de l’équitation, du dériveur mais je n’aimais pas courir. Je trouvais l’activité sans intérêt. J’étais épuisée avant de commencer.

Faute d’avoir validé ma première année de droit et devant le désarroi de ma mère qui se demandait bien ce que j’allais pouvoir faire de ma vie, l’idée d’intégrer l’armée s’est imposée comme le choix le plus judicieux. C’était sans compter les épreuves sportives au programme. En le lisant j’ai failli avoir une syncope. Ce n’était pas dans la poche, pourtant je ne me suis pas dégonflée, j’ai rechaussé mes baskets et je suis allée courir avec mon père, trois fois par semaine. Quelle idée ! D’abord, ça me saoulait. Et puis, mon père courait deux fois plus vite que moi. Au bout d’une heure de supplice (il s’agissait bien de ça), j’étais à ramasser à la petite cuillère et j’avais le droit à la fameuse tirade « ma petite fille, il faut savoir ce qu’on veut dans la vie » ! Un jour j’ai dit basta, l’armée ce n’était pas pour moi. Je suis retournée me peler les miches sur les bancs de la fac.

De temps à autre, pour une bonne cause, pour les vacances, pour faire plaisir (quelle connerie !), j’ai pris mon courage à deux mains et je suis repartie à l’attaque de l’asphalte. Pas convaincue. J’ai couru pour me détendre, pour lâcher ma colère, pour m’épuiser (j’ai eu une phase autodestructrice assez intéressante aussi !). Puis je me suis rendue à l’évidence : courir, c’était vraiment pour les courageux ou les fous, décidément pas pour moi.

Et puis, vendredi dernier, après 2 ans d’abstinence, je me suis dit « pourquoi pas ». Si j’en avais parlé à ma famille, j’aurai eu le droit à une seule réponse : fou rire généralisé. Ça m’aurait plombée. Du coup, je me la suis jouée solo (bon allez j’en ai parlé à une personne, une des seules dans mon entourage proche à même de m’encourager dans cette démarche), je me suis réveillée dimanche matin, j’ai enfilé mes baskets et je suis sortie dans la fraicheur du jour, fin prête…

En fait, je n’étais pas prête du tout. Je me voyais déjà agonisante au bout de 35 foulées. Je n’arriverais sûrement jamais au pont ! Le tour du lac, n’en parlons pas. Le bois de Boulogne me paraissait être l’autre bout du monde. Non mais quelle idée j’avais eu !

Puis, doucement, je me suis parlée à moi-même (en fin de compte je suis peut-être assez folle pour courir !). Je n’avais rien à prouver. Aller à mon rythme. Sentir mes pieds frapper la terre. Regarder autour de moi. Profiter du paysage. Prendre le temps. Voir cela comme une nouvelle expérience. Lâcher le passé. Penser à tous ceux qui croyaient en moi. Respirer. Me sentir vivante.

Je me suis répétée comme un mantra « je suis tout ce que je m’autorise à faire, à être ».  A force de penser que je n’étais pas capable, à force d’écouter les doutes, peurs des autres, je me suis longtemps bornée à être, faire ce que l’on attendait de moi – pas trop de choses, pas trop de vagues, rester dans le cadre. J’ai laissé mon mental intégrer toutes sortes d’inepties. Si je n’étais pas capable, à quoi bon essayer. A chaque fois ça a été un vrai fiasco en effet. J’avais l’impression de toujours devoir prouver quelque chose. A moi. Au monde. Et le résultat était à la hauteur du peu de confiance que j’avais en moi.

Nous négligeons souvent cette part de nous-mêmes. Pourtant un mental, c’est comme le reste, ça s’entraine, ça se nourrit de pensées, d’affirmations positives, ça se bichonne. Comment imaginer pouvoir réussir quelque chose si on part perdant ?

Je ne dis pas que courir va devenir ma nouvelle passion, même si j’avoue que j’attends la prochaine occasion avec impatience, ni que je vais persévérer au-delà des vacances quand mon rythme de vie sera plus soutenu. Toutefois je suis fière d’être sortie de ma zone de confort, d’avoir essayé, de m’être fait confiance et qui plus est de m’être fait plaisir !

Et vous, votre mental, vous vous en occupez ? Il vous dit quoi la plupart du temps ?

Posted in Carnets de route

Est-ce qu’on s’est tout dit?

Est-ce qu’on s’est tout dit?

Si seulement on s’était dit les choses. Même les plus moches. Même celles qui font mal.

Juste se dire. Ne pas laisser les silences lourds peser sur nos destins.

On se serait écoutés. Même si c’était dur. Même si on ne voulait pas les entendre ces mots.

Juste parler. De tout. De rien. De ce qui n’allait plus.

Au lieu de rester avec des suppositions sur le bout de la langue.

Si on s’était dit quand ça va et quand ça ne va pas.

Si seulement on avait eu moins peur.

Est-ce que ça aurait changé quelque chose? Est-ce qu’on se serait trop dit?

Çà n’aurait peut-être rien changé.

On se serait peut-être emmêlé les pinceaux avec nos idées. Les mots nous auraient peut-être achevé.

Alors le silence se serait imposer de toute manière. Comme unique porte de sortie face à tout ce qui nous dépassait.

Pourtant si on s’était dit, avant que notre bulle n’éclate…

Promets moi qu’on se dira toujours les choses. Même si c’est dur. Même si ça fait mal. Qu’on ne laissera jamais le silence faire le sale boulot.

Et qu’on se dira aussi toutes les choses qui font du bien, toutes celles qui nous portent en avant, qui nous rendent vivants.

Ce texte, je l’ai écris pour moi, pour vous, pour l’amitié, pour l’amour, pour la vie et les départs, pour tout ce qu’on n’a pas dit en temps et en heures, pour tout ce qu’il faut dire, se dire. Merci à la douce mélancolie du dimanche soir pour m’avoir inspiré ces quelques mots! 

Posted in Atelier écriture, Tout un poème

Au cœur des Océans du Monde

[:fr]

Dans l’eau, s’égarent les âmes

De ceux qui partent

Sous le bleu des océans

Les corps s’entassent

De l’un à l’autre

On oublie les vies

Disparus les espoirs

De ceux qui osent rêver d’absolu

L’eau claire devient noire

Le ciel se voile

La mort inonde les océans du monde

Ceci est ma participation au thème “d’un océan à l’autre” des Impromptus Littéraires

[:]

Posted in Les Etats d'Esprit du Vendredi

Les États d’Esprits du Vendredi 16.02.2018

Pas de neige cette semaine, février bat son plein. Place aux états d’esprit du vendredi, le rendez-vous de The Posman  et Zenopia.  On copie le formulaire, on le remplit, on glisse un petit mot doux sur leurs blogs respectifs avec le lien de notre article et c’est parti :

Début [09:20]

Fatigue : on en reparle la semaine prochaine si vous voulez bien

Humeur : beau fixe
Estomac: petit déjeuner et thé
Esprit: heureux, léger
Cond. phys. : on en reparle la semaine prochaine aussi (sauf si faire la vaisselle ça compte!)
Boulot : une semaine de travail quoi – rien d’exotique
Culture: on en reparle la semaine prochaine…
Penser à : prendre du temps pour soi
Avis perso :  les parents devraient penser aux parents quand ils achètent des jouets pour les anniversaires des enfants!
Message perso: (1) merci pour Loulou – vous êtes adorables (2) très réussies tes vidéos (3) j’ai lié mon site auteur à mon compte “wordpress.com” si c’est plus facile pour vous d’avoir mes articles dans votre fil d’actualité…
Loulou : a fêté ses 5 ans, part en vacances avec son grand-père (entre hommes ils se comprennent), négocie tout, est fan de câlins
Amitiés : je pense à vous
Love : émouvant, surprenant, plein de ressources
Sorties : mardi (écriture), vendredi et dimanche (ça fait partie du programme je prends soin de moi!)
Essentiel: croire en soi mais ne pas se prendre au sérieux
Courses: cadeaux
Envie de: rentrer, mettre les pieds sous la table, ne rien faire (surtout pas de vaisselle!)
Photo: Ciel bleu
Zic: Bob Dylan – Knockin on Heaven’s door

Fin [09:50]

Posted in Carnets de route

Souvenirs, souvenirs…

Crédit – Pixabay

15 février 1985

J’ai 4 ans et quelques mois (à cet âge-là, ça compte). La vie est belle. J’ai une petite sœur. Je suis raide dingue de mon père. Je suis en maternelle à Vertou. Tous les matins, maman me dépose chez la nounou, qui me fait déjeuner et m’emmène au car de ramassage scolaire. A l’école, j’ai des copains et des copines, on joue bien dans la cour de récréation. Mais ce que je préfère c’est rêver, partir dans ma bulle et inventer des tas d’histoires. L’après-midi, je dors. Personne n’ose me réveiller. La maitresse m’a emmené voir la psychologue scolaire, sans le dire à papa et maman. Elle est culottée. Elle trouve que je suis très, trop discrète – bizarre quoi. La psychologue a dit que j’allais très bien et que j’étais une petite fille très épanouie. Et toc !

A la fin de l’année, je vais me faire opérer des yeux pour la deuxième fois. Ça ne marchera pas. Tant pis.

15 février 1996

Je viens de rentrer au Lycée. J’espère que ça va se calmer. Depuis la 4e, je rame et maman angoisse énormément. Je ne suis pas une flèche, pourtant à l’école primaire je n’avais pas besoin de trop en faire pour être dans les premières. Avec ma sœur, même si on ne se parle pas trop, on s’arrange pour annoncer nos mauvaises notes en même temps. Ça sauve une soirée sur deux. Je rêve toujours beaucoup, je ne parle jamais en classe, mes profs ont encore demandé à mes parents de m’emmener voir un psy. Et le psy a dit la même chose qu’il y a 11 ans !

J’ai commencé les cours d’équitation. Ça m’aide pour la confiance en moi et dans mon rapport aux autres. La première année, j’y allais la peur au ventre. Aujourd’hui, je ne peux plus m’en passer, même si j’ai dû dire adieu à mon cheval préféré.

L’école, j’y suis bien. Mais ce que je préfère, c’est quand même les vacances. Chaque été, direction le bord de mer, mes cousines, les baignades, marcher pieds nus, les balades à vélo dans les marais, les heures de dériveur, les soirées camping, la brioche Bonin. Depuis 2 ans, je suis amoureuse. Il s’appelle Frédéric et il ne me regarde même pas. Quel con! Maman m’a dit que la meilleure des “vengeances” c’était d’être heureuse. Je m’y emploie. Cette année, nous sommes tous les deux en photo dans le journal local – nous avons gagné notre première régate, moi avec mon père, lui avec son meilleur ami.

15 février 2007

Je suis en Irlande depuis 6 mois déjà. Après le lycée, j’ai rejoint la Faculté de Droit de Nantes. J’ai oublié Frédéric. Je suis tombée amoureuse. Vraiment amoureuse. On a fait des projets avant que les projets ne tombent à l’eau. Et puis il m’a quitté, comme ça, sans un mot. Et j’ai souffert, la belle affaire.

Mon DESS en poche, je suis montée sur Paris et j’ai décroché un poste d’assistante administrative chez une créatrice de prêt-à-porter complètement folle à lier. Au bout de deux ans, j’ai mis les voiles et j’ai décidé de m’envoler, sans attache affective, c’était facile – comme quoi à toute chose malheur est bon.

Dublin me plait. Je prends des cours d’anglais. J’ai plein d’amis, avec qui on refait le monde autour d’un chocolat chaud et des carottes cakes, quand on ne finit pas la soirée au Burger King. Ce n’est pas très équilibré comme régime mais qu’est-ce qu’on rigole ! Ma famille Au Pair est extra, même si les princesses dont je m’occupe me donnent du fil à retordre.

Je ne le sais pas encore mais le temps de l’innocence est passé. Ma bulle ne va pas tarder à exploser.

15 février 2018

J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies en 10 ans, d’avoir été moi et une autre. Ma bulle a éclaté. Ma meilleure amie a perdu son père. Mon grand-père est décédé. Ma mère a plongé – la dépression c’est une histoire a n’y rien comprendre. Frédéric est mort, je l’ai appris au mariage de ma cousine. Mon filleul s’est éteint lui aussi dans la nuit.

Avec ma sœur, on s’est retrouvé sur Dublin, on en a profité pendant 1 an et demi – divin. Avant que tout ne s’effondre à nouveau, que je ne m’effondre complètement.

J’ai rencontré un type, pas fait pour moi, je me suis mariée, j’ai été malheureuse, j’ai attendu un bébé, j’ai crié, pleuré, eu peur pour ma vie, j’ai pris un aller simple pour la France, largué mon appartement, mon boulot au sein d’un service financier en moins de 48h. J’ai atterri à Paris le cœur lourd, le corps strié de cicatrices invisibles et le visage ravagé.

Hier mon petit garçon a eu 5 ans. Il est content de dire qu’il est grand. Même si quand il a un gros chagrin, c’est dans mes bras qu’il trouve l’apaisement. Lui et moi, on apprend ensemble à avancer sur le chemin de notre vie à deux, avec le sourire.

Je suis encore amoureuse. Mais cette fois-ci, je suis heureuse. En plus, c’est réciproque. Je souris tout le temps, un peu bêtement. Et hier, j’ai eu la plus merveilleuse des surprises, juste après le petit déjeuner – j’étais tellement émue que j’ai pleuré!

Un grand merci à Maman Délire pour cette initiative. Çà donne de bien belles histoires à découvrir et/ ou redécouvrir.