Les vertiges d’un “je t’aime”

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Je te sais loin. Je te sens près. Ton matin est mon après-midi et ma nuit ta journée. Ces quelques heures et ces milliers de kilomètres qui nous séparent. Juste la partie infime d’un tout. Tant de choses nous séparent sans qu’on en soit conscient. Et si on l’est, alors on l’oublie. Dans le charme de ce que le temps d’aujourd’hui nous offre.
Demain ne sera à jamais qu’une page d’un blanc non immaculé, tacheté de projets, de projections peut-être, d’évidences non acquises, d’envies gardées pour soi.
Je ne sais pas dire. Je ne sais qu’écrire ce que je ressens pour toi. Alors j’écris beaucoup. Je te dis tout, sans la voix.

Avant je disais “je t’aime” tout le temps comme pour retenir l’amour, que je voyais fuir comme du sable qui coule entre nos doigts. Un amour sans profondeur, si ce n’est celle des tunnels qui s’enfoncent dans la terre, qui nous enferment. Dans ma prison, l’amour me tenait compagnie, pour que je ne cède pas à la folie. Tenir encore quelques jours, quelques heures. Tenir l’amour contre mon cœur et sentir le silence le briser à chaque mot, chaque geste, vécu comme une infidélité.

Je ne t’imagine pas quand tu n’es pas là. Je ne laisse pas mes pensées écrire une histoire que je ne connais pas. Je me laisse tranquille le temps que tu reviennes. Le temps qu’un avion ou un weekend te ramène dans mon sillage. Bien sûr je voudrais voir, parfois, le sablier plier sous le poids de mes sentiments. Et alors il n’y aurait plus qu’un espace vide d’obligations, de compromis, un espace neutre sans a-priori, sans blessure.

Je garde mes “je t’aime” sans savoir vraiment pourquoi. L’excuse de l’instant qui ne s’y prête pas. Parce que je ne sais plus dire, en face, les yeux dans les yeux. Parce qu’un sourire en contient déjà tant. Comme le cœur qui s’apaise, comme le corps qui guérit, il se peut que les mots finissent par reprendre leur place. Et que ma bouche ne soit plus seulement la terre qui reçoit tes baisers. Mais aussi le canal qui véhicule mes désirs, mes plaisirs dans une légèreté proche de l’innocence, comme un retour aux sources.

Ce texte m’a été inspiré par cet article de Solène Vosse.

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Bienveillance, accueil, écoute et acceptation – et si on commençait par regarder à l’intérieur de soi?

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Ne pas être jugé par autrui, être accueilli, accepté pour qui l’on est.
Tout le monde dit “oui” sans hésiter! Forcément ça fait rêver!

Et si tout commençait par soi?
Et si nous regardions à l’intérieur pour voir comment, nous, nous regardons les autres? Comment nous les apprécions?
Les acceptons nous dans leur totalité? Ou souhaitons nous qu’ils changent un peu, juste un peu, pour rentrer dans nos cases – ne nous leurrons pas nous en avons tous – tant qu’elles restent souples.

J’ai été jugée, mal acceptée. Je ne suis pas rentrée dans beaucoup de cases. Ou plutôt si j’ai essayé. Je me suis changée un peu, beaucoup parfois. J’ai suivi la foule en m’assurant (un joli mensonge) que je restais libre de mes choix. Je me suis travestie pour un sourire, un regard.

J’ai jugé aussi, je ne me suis pas positionnée dans un débat par crainte d’être mise de côté. J’ai laissé d’autres se moquer, d’autres se faire moquer. Je n’ai pas défendu quand il le fallait.

J’ai souvent demandé à l’autre de m’accepter avec mes qualités et mes failles, ma vulnérabilité et mes idéaux. Avec le recul, je réalise que j’ai demandé beaucoup, en laissant l’autre se dépêtrer avec ses propres limites. Je voulais la reconnaissance sans reconnaitre, la bienveillance sans l’appliquer, l’accueil sans la réciproque.

Au fil du temps et des rencontres, des rendez-vous, j’ai appris l’autre. J’ai appris à le regarder, à le connaître, à l’apprécier. A le voir comme je souhaitais être vu. J’ai appris de nos divergences, de nos complémentarités. Je ne suis pas toujours juste, je tends à l’être. Je ne suis pas toujours d’accord, je tend à écouter davantage, à ne pas être trop catégorique dans mes avis, à laisser à l’autre la place de partager le sien. Sans animosité. Sans préjugé.

Je ne cherche plus à changer. Je suis plutôt en quête d’enrichissement que de jugement. Après tout, l’un apporte quand l’autre nous entraine dans un tourbillon négatif. J’évite les ragots. Je préfère le silence aux bruits de couloirs. Qui souvent condamnent à partir de suppositions. J’évite les raccourcis, les “si j’étais à sa place”. C’est toujours si facile…

Je prends de l’autre le meilleur, il y en a toujours. C’est ce qui fait la base de ce que nous créons ensemble. Je suis de moins en moins dans “ceci est la vérité, le bon chemin”, je sais aujourd’hui que chacun construit sa vie du mieux qu’il peut à l’instant T. Il n’y a pas de vérité, ni de bon chemin. Il n’y a que des êtres qui vivent, avancent, tombent, essayent, gagnent, se perdent, se retrouvent, grandissent. Je n’ai pas à aimer le monde (ni à le sauver d’ailleurs). Mais je n’ai pas à le juger non plus. Je ne suis pas exempt de fautes, pas vierge de péchés. Je suis en devenir aussi, en découverte toujours.

C’est aussi ça la magie de la vie!

Dans ma bulle #1

Il y a quelques années, sur un autre blog, je partageais mes articles, blogs et sites coups de cœur. Parfois on lit de belles choses ou des lignes qui nous interrogent, nous inspirent et nous donnent envie de les partager aussi. Alors je me suis dis que de temps en temps ce serait bien de vous parler ici de ce qui me touche, m’émeut, me plait, au gré des mes vagabondages sur le net. Comme une porte ouverte sur mon monde et une invitation à la découverte de nouveaux espaces d’expression.

La première édition de “dans ma bulle” est donc ouverte…

Pour commencer on va parler d’amour. Et oui on ne se refait pas! Et de l’article d’Ornella – respecter ses anciennes amours. Ce texte rappelle en effet que bien souvent on a tendance à dire beaucoup de mal de celles et ceux qui ont quitté nos vies. On a tendance a oublié qu’il s’agit de notre histoire aussi et que l’issue ne remet pas en cause ce que nous avons vécu à deux. Je vous le conseille vivement, pour le sujet et pour la plume aussi!

On va poursuivre avec l’article d’une femme passionnée également – j’aime les passionnés. Ces mots “vivement vendredi!” vous diront peut-être quelque chose, que ce soit vous qui les prononciez ou vous qui les entendiez à longueur de journée. Virginie nous parle du bonheur, de la joie de débuter une nouvelle semaine. A force d’attendre vendredi, on oublie de vivre pleinement les autres jours.

Je vous propose ensuite un texte de Cléa Cassia – penser son chemin. Des pensées posées et de belles images. Un texte à lire en prenant le temps.

Et un article du blog “23h50 de moins” qui parle de la peur de souffrir et de la difficulté que nous avons à partager nos zones d’ombres, à nous montrer tels que nous sommes. Est-ce que le monde a besoin de gens qui font semblant ou de vérité? Et si “se dire” pouvait aussi aider les autres à en faire autant?

Je ne vais pas laisser les hommes sur le carreau, ne vous inquiéter pas. Je voudrais juste terminer ma série “inspiratrices” avec un article sur un mal qu’on connait peu et un témoignage très émouvant – l’agoraphobie racontée par Les Petites Jasettes.

Sinon, j’ai aimé les mots d’Ibonoco sur l’amitié. Le temps des copains si joliment raconté. Des souvenirs qui en appellent d’autres et voilà qu’on part en voyage. Une histoire de cœur.

Et un autre voyage proposé par Nowowak dans son article Je me prends pour JK Rowling. Asseyez-vous confortablement et profitez! Si vous êtes fan d’Harry Potter c’est un plus mais même sans ça, la magie opère!

Pour terminer, je vous laisse avec les créations inspirantes et bienveillantes de Nathalie qui débute son activité d’illustratrice freelance – La bulle zen – et requiert soutient et partage pour se lancer. Encore une fois, la passion est au cœur de son action. Rien que pour ça, ça vaut le coup de l’encourager.

Dans la malle aux souvenirs

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J’ai reconnu le pont. Il y avait d’autres endroits de cette ville, d’autres rues, d’autres espaces dans lesquels nous avions vécu des choses, jolies, moins jolies. Mais c’est le pont qui a retenu mon attention.

Je n’ai pas pu arrêter la vague de souvenirs.
Un soir d’été. Nous traversions ce pont, la ville, pour rentrer après un dîner. Je souriais sûrement comme je souris souvent et j’ai dit “bonjour” aux clochards sur le bord, juste à l’entrée du pont. Rien que du naturel. Qui t’a paru déplacé. Un peu trop naïf, complètement inapproprié. Je ne me suis pas laissée abattre. Tu avais des “et si” plein la bouche. Tu voyais du danger quand je voyais l’humanité.
On a disserté sur ce “bonjour” un peu. Et puis on est passé à autre chose. Parce que je ne voulais pas te voir rentrer dans un mutisme duquel je ne pourrais pas te tirer. Auquel tu ne pouvais rien je crois. Pas quand on ne se voyait que deux jours par mois.

Je me suis endormie dans tes bras en pensant que tu ne me comprenais pas, que ce n’était pas grave. Pas assez. Pour quelques heures de plein contre des jours d’attente. Pour un réveil aux aurores le lundi matin et le ventre en vrac. Pour un dernier baiser sur le quai devant un TGV bondé qui à mesure qu’il filait nous éloignait l’un de l’autre. Pas assez pour qu’on se dispute alors que chaque minute était comptée, dans une construction dont les bases friables ne nous apparaissaient pas encore comme telles.

Est-ce qu’on était trop jeunes pour s’accepter avec nos différences.Tu n’as pas compris mes envies et je n’ai saisi compris les tiennes. Tu n’as pas accueilli mon insouciance et j’ai eu du mal avec cette façon que tu avais de t’absenter de nous. Peut-être que tu avais perdu la tienne au milieu des accrocs de la vie – déjà. J’ai détesté Goldorak (je ne faisais pas toujours le poids). Et tous ces moments où tu étais là sans être là.

Et puis tu n’as plus été là. Un silence, un de plus au bout du fil. Trois ans envolés sur un calendrier hivernal bien triste. Noël a eu un goût amer cette année là. Le pont et tous nos déséquilibres. Même les bons souvenirs se sont pris le mur. Il a fallut du temps pour digérer. Au lieu de faire face j’ai voulu tout enfouir dans la terre. Pas de larme, pas d’émotion. Ne pas tomber, ne pas faillir. Ne surtout pas montrer au monde que j’avais fait un pari et que je l’avais perdu. J’ai continué à t’aimer longtemps, à m’accrocher à ton souvenir, à coups de “pourquoi”. J’aurai aimé des mots, que tu me dises en face, que la fin soit actée.

Mais bon l’amour tout le monde le sait ça arrive comme ça, on ne sait pas comment. Et puis ça part peut-être aussi comme ça. Je ne sais toujours pas.

Est-ce que ça s’envole sans qu’on s’en aperçoive? Est-ce que c’est comme le vent? Est-ce que c’est juste des bulles de savons dans l’air qu’on admire avant qu’elles n’éclatent, nous laissant sur le côté avec juste des étincelles qui finissent par nous brûler?

Tout ça à partir d’un pont vu dans un film. Je ferme la malle aux souvenirs. Ils sont bien où ils sont.