Vivre chaque jour à sa valeur

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Vivre. Chaque jour. A sa valeur.
Vivre tous les deux. Juste nous. Apprendre, s’apprendre.
Et rire.
Prendre doucement les choses avec détachement.
S’énerver un peu.
Reprendre le dessus.
Apprendre l’effort.

Vivre. Chaque jour.
Et trouver qu’autour il y a un peu trop de mots.
Encore un peu trop de bruit, de sollicitations.
De “il faut”.
Ou “il faudrait”.
Un peu trop d’injonctions à profiter de cette période pour…
Un peu trop de “il y a pire”.

Vivre. Vivre chaque jour.
Peu de pauses.
Beaucoup de temps plein.
De mouvements.
Beaucoup de vie.

Vivre. Instant après instant.
Savourer.
Lâcher prise.
S’essayer à la patience.
Rater. Plein de choses. Et s’en moquer.

Vivre. Le manque.
Appréhender la solitude.
Accueillir le silence.
Apprécier les quelques minutes d’échanges journaliers.
Couper le reste.
Ce qui ne nous nourrit pas.

Vivre. Déconnecter.
Retrouver sa voix.
A l’intérieur.
Se ressourcer en soi.
Loin des informations anxiogènes
Loin du trafic des réseaux

Vivre. Avoir envie…
D’un bain bon…
De mettre les pieds sous la table…
De pouvoir déléguer…
De passe le relais pour quelques heures…

Vivre différemment.
Vivre chaque jour. A sa valeur.

Et vous, elle ressemble à quoi votre vie en ce moment? 

Challenge Écriture 2020 – #11 (24.03.2020)

Oh n’utilisez pas ce mot
Laissez mon âme tranquille
Laissez moi rêver que je suis devenu oiseau
Que mes ailes m’emportent en toute liberté
Au dessus des plaies de ce monde
Dans les champs où les figues
Exhalent une odeur de paix

Et que sur la branche d’un arbre
Je puisse me poser pour admirer encore
Le ballet du printemps
Le chant sacré des rires d’enfants
Véritables conquérants par le pouvoir asphyxiés

Et que sur la pierre
Je laisse trace
De mon passage…

Retrouvez les autres participations ici: Chifoumi chez Mébul – My minds visitLa fin des angoisses chez Josée – La fée du Verger chez Sandra

***

Pour la semaine prochaine, je vous invite à faire un inventaire humoristique. Le but, c’est bien entendu de se faire du bien et de faire rire vos lecteurs / lectrices. Bonne semaine et à mardi prochain!

Brèves de Confinement #1

Pour garder une trace…De ce temps, ce passage, de l’extérieur à l’intérieur. Temps de peur, de doute et temps de projets aussi. Ils se multiplient. Temps d’attente et temps de renouveau, le printemps est là comme un signe.

Lundi 16 mars:
Au réveil, nous ne savons pas encore vraiment ce qui nous attend. Hier, nous étions au marché, nous devisions avec les copains sur nos doutes à pouvoir gérer nos loulous, le télétravail, potentiellement nos conjoints, sans même pouvoir aller au restaurant ou au parc.
Le matin, je suis en congés, c’est quartier libre à la maison, nous jouons 2h à la pâte à modeler. Puis le bureau appelle, pour venir chercher ses dossiers, c’est aujourd’hui, à partir de mardi tout le monde en télétravail à 100%.
Je fais le trajet à pied, mon père vient garder loulou. Les rues sont désertes. La fatigue bien présente.
Nous nous couchons comme d’habitude, je tiens à ce que nous maintenions notre rythme, demain il faudra se mettre au travail donné par la maitresse!

Mardi 17 mars:
Premier jour de confinement
Pleine de bonnes résolutions,je me fais une séance yoga avant le réveil de loulou et un peu d’exercices de respiration. Je teste, toujours pas de chauffage. Je relance l’agence.
On aménage la table du salon, coin “télétravail” et un coin “classe à la maison”. Pas facile de s’improviser instit, surtout quand on a un réservoir de patience à la limite de la carence. Ni de gérer les urgences du bureau tout en jouant à la vendeuse de sandwichs en pâte à modeler.
Mais grosso modo la première journée se passe plutôt bien. On termine par une séance peinture.

Mercredi 18 mars:
On continue le travail qu’on n’a pas fait la veille, puis loulou joue pendant que je m’escrime à comprendre des tableaux excel. Je suis obligée de mettre mes lunettes, l’écran me flingue les yeux.
Toujours pas de chauffage, heureusement il fait beau. On ouvre grand les fenêtres pour profiter du soleil.
Loulou veut sortir jouer avec la petite voisine. Je me tâte, demande à la maman. Alors que je suis en call avec l’équipe, il revient à la charge toutes les deux minutes. C’est usant. J’ai beau lui dire que cet appel est important, que j’ai besoin de me concentrer, il continue son cirque.
Je le laisse filer, incertaine.
Les enfants jouent au ballon dans la cour, j’entends leurs rires, ça fait du bien.
La soirée est festive, on écoute de la musique en écossant les petits pois.

Jeudi 19 mars:
Mes bonnes résolutions sont tombées à l’eau, c’est tout juste si je prends le temps de respirer 5 minutes. Il faut dire que j’ai un bon mal de gorge et mes règles qui n’en finissent pas. J’accuse le coup.
Comme chaque matin depuis une semaine, on prend un vrai petit déjeuner, ensemble. C’est un moment qui me fait du bien.
Puis la petite voisine vient faire son travail à la maison. Les enfants rigolent et j’essaie de garder mon calme. Le matin, c’est maths et l’après-midi français. Puis jeu de ballon dehors. Je me pose de plus en plus de questions quant à ce temps qu’ils passent ensemble. En ces temps, je me demande quand même si c’est une bonne chose, pas seulement pour nous, mais pour eux, pour les autres. Les règles sont claires: chacun chez soi, mais je fais un blocage. Et l’angoisse monte, le grand trou noir. Je vacille, le sang coule abondamment. Je prends aussi conscience que j’ai besoin de me retrouver. Je suis heureuse que les amis de mon fils se sentent bien chez moi, mais j’ai l’impression depuis quelques mois de ne plus être chez moi justement, de ne plus avoir de temps calme, de continuellement gérer des broutilles de gamins, des cris, des conflits. Je suis à bout.

Je ne suis pas seule. Le son de sa voix au téléphone me fait du bien. Cela ne fait que quelques jours que nous sommes séparés et pourtant j’ai l’impression que cela fait très longtemps. Les jours n’ont pas la même densité quand on reste chez soi, qu’on ne sort pas. J’essaie de ne pas trop penser.

Vendredi 20 mars:
Jour de RTT obligatoire.
Je me remets doucement de ma nuit. Les cauchemars sont légions cette semaine. Pas étonnant!
Le matin c’est ravitaillement. Je laisse loulou à la maison devant un épisode de Thalassa. Il adore regarder les reportages sur la vie des marins pêcheurs! Il est bien le fils de son père!
Ensuite les enfants filent jouer. Et l’angoisse monte. Je décide de ne surtout pas appeler mes parents aujourd’hui. Leurs infos sont hyper anxiogènes. J’ai besoin de beau.
J’ai beau chercher autour tout est vide. Je perds pied. Je crie sur loulou. Je pleure. Je lui demande pardon. Je lui dis que je n’ai pas toutes les clés.
Je plonge. Je suis incapable de me raisonner.
Cette semaine j’ai enchainé les machines, j’ai passé un temps fou à faire la vaisselle, balayer, aspirer, désinfecter. Rassurer aussi. J’ai l’impression que la charge est trop lourde pour moi, une fois de plus. Je me sens tomber. Je me demande combien il me reste de Dafalgan dans ma boite. C’est pas assez. Puis je pense à loulou, je ne peux pas lui faire ça.
Allez je vais repasser. Les enfants jouent toute la journée. On verra le travail demain. Je n’en ai pas le courage de toute façon.
Le soir on regarde un film drôle. Demain est un autre jour!

Samedi 21 mars:
Je me lève encore un peu vasouillarde mais prête à donner un nouvel élan à ce confinement. Je ne vais pas me laisser abattre.
Loulou fait une petite grasse matinée. J’en profite pour écrire un peu. Je lâche les maux.
On met à plat nos idées pour que semaines et weekend se passent le mieux possible, chacun s’engageant à faire des efforts.
On bricole, on fait des expériences, on prépare à manger.
J’ai pris ma décision, loulou n’ira plus jouer avec sa copine. J’ai interrogé plusieurs personnes de mon entourage. Même si ce n’est pas dangereux pour nous, ça peut l’être pour d’autres. On s’organise autrement.
L’après-midi, je prends un peu de temps pour moi pendant que loulou termine son travail de la semaine.
Je mets de nouveaux histoires sur sa boite Lunii (les parents de jeunes enfants savent de quoi je parle). Soirée plateau-télé. A 20h on applaudit, on dit bonjour aux voisins. Et on file au lit.

Dimanche 22 mars:
Loulou se réveille avant moi.
Il fait gris. Les enfants se tapent la causette, elle en bas, lui à la maison. Au moins comme ça il ne se disputent pas!
On traine un peu en pyjama. On fait de nouvelles expériences.
On lit ensemble (enfin je lis et il écoute) le deuxième chapitre d’Harry Potter à l’école des sorciers. Puis il regarde la fin de la grande vadrouille pendant que j’envoie ma newsletter pour le blog.
On cuisine ensemble puis on profite que la cour soit libre pour aller se dégourdir les jambes.
Le weekend touche à sa fin, je vais mieux malgré un mal de crâne terrible. Je regarde Walk the Line. Ce mal de crâne me rappelle mon zona. L’intensité est extrême mais j’arrive à m’endormir. Je fais de drôles de rêves.

PS: et le carême continue, et ça devient de plus en plus difficile de résister à la tentation!!!

Bonne semaine à tous et à toutes! Prenez-soin de vous à tous les niveaux!

Vague(s) émotionnelle(s)

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Cet article est un peu spécial, mais j’ai vraiment besoin de l’écrire. Je sais, certains me diront qu’il faut être positif, que ça va passer, et tout le reste. Mais à l’instant T tous ces raisonnements me sont inaccessibles.

Je ne pensais jamais revivre ça. Me sentir aussi vulnérable. Cette semaine m’aura ramenée à ce qu’il y a au plus profond de moi, la faille invisible, effroyable, celle que je cache à grands renforts de mots et de sourires, celle que je choisis de ne pas voir, tellement le gouffre est profond, tellement la peur de ne pas en revenir, cette fois, est grande.

Les vagues d’émotions qui me submergent me laissent en pleurs sur le carrelage de ma cuisine. Je me sens vide de tout. Je me répète comme un mantra qu’il faut que je tienne le coup. Oui il le faut. Pour mon fils. Alors j’essaie de retrouver mon masque des jours heureux. Il ne tient pas bien en place. Je suis à cran, à bout, partagée entre l’envie de passer du temps avec lui, et soulagée quand il s’échappe pour aller jouer avec la petite voisine – au moins là je le sais en sécurité affective loin de mes cris. Il retrouve l’innocence de l’enfance.

J’oublie qu’il y a un virus qui traine. J’oublie que c’est dangereux. J’oublie le raisonnable. Non je me torture l’esprit, je m’épuise à me demander si…cet espace de liberté que nous nous / leurs offrons ne met pas en danger nos vies.

Le monde m’angoisse, j’ai coupé tous mes réseaux sociaux. Je n’y trouve que du vide. Je n’y comprends rien. Je ne sais pas ce qu’on peut faire, ne pas faire, comment se comporter avec les gens. Tous les conseils divergent. Est-ce bénin dans la plupart des cas? Ou est-ce grave? Certains disent que le virus vit longtemps sur les surfaces, quand il y a une semaine encore nous prenions les transports en commun et partagions le même bureau sans nous inquiéter davantage. Les premiers messages de personnes proches, collègues de travail touchés arrivent…

Je passe du rire aux larmes, du détachement à l’énervement.

Je me rends compte aussi que je viens de passer sept ans à m’oublier dans ma vie de famille, à n’être que celle qui fait à manger, nettoie, joue, console, câline, lave, celle qui s’épuise et n’a laissé aucune marge de manœuvre à son fils pour grandir, devenir plus indépendant.

Je sais que ce n’est qu’un passage, que demain ou après-demain certaines choses auront repris leur place habituelle. Je sais que je retrouverais en moi des forces insoupçonnées. Jusqu’à quand existeront-elles si jamais je ne les renouvèle? Pour avoir vu les dégâts de la dépression, j’espère ne pas en arriver là. Oui j’ai peur de ça aussi parfois.

C’est dans cet état de fragilité. d’inconstance, d’espérance aussi que je débute ce weekend à la maison. J’espère que lâcher les maux ici m’aura offert un peu d’apaisement.