Category: Tout un poème

De l’autre côté du temps

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De l’autre côté du temps je t’attends
Avec tes boucles brunes éprises du vent
Et sous ta jupe il se prend des allures d’amant
A te faire chavirer dans un rire qui défie

La chute de ce temps

Sans toi
Sans l’éternelle ritournelle de ta joie
Sans l’étincelle au bout de tes doigts
Sans La dentelle de tes mots, au contour de ta voix

Je compte les minutes, les mois, les années
A ne plus savoir à quel Dieu me vouer
A ne plus faire que mendier
Que l’horloge enfin se taise et que tu me sois donnée

A aimer
A m’enivrer des reliefs de ton corps
A m’égarer dans la confusion de ton décor
A m’émerveiller de tenir, encore, entre mes mains fragiles ce trésor

Que tu es

Mais les aiguilles poursuivent leur danse macabre
Mon espérance se brise contre le sabre
Que Chronos tient entre ses poings de marbre

Je ne suis rien qu’un humain
Voué à attendre la fin
C’est ce que les Dieux nomment Destin

Que l’attente sera cruelle
Ton sourire à lui seul m’ensorcelle
Mon être entier se bat contre l’Éternel
Pour que jamais je ne cède à l’appel des mortels

De ne plus croire
De ne plus te voir
De ne plus savoir
Dans quelle immensité tu te perds
En quelle sagesse tu espères
Dans quelle victoire nos cœurs se serrent

A ne plus faire qu’un.

La femme qui danse

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Je me suis souvenue de la femme qui danse.

Son corps vibrant au rythme de la musique et du chant des hommes. Le mouvement de ses mains, décrivant des arabesques, embrassant l’air de leur souplesse.

Son corps qui s’offre sous sa jupe aérienne. On devine juste le mouvement de ses pas sous le tissu lourd de promesses. Des pas sûrs et précis.

Je me suis souvenue de la femme qui danse.

Son corps né pour le plaisir. Plaisir de donner et de recevoir. Plaisir des sens déployés dans ce ballet solitaire qui lie le tempo à la terre.

Son corps nimbé d’or – un trésor. Rien n’est à elle et tout lui appartient, dans cet instant de communion sublime. Un corps à corps avec elle même.

Nul ne saurait troubler la danse de la femme qui s’éveille…

Quand aujourd’hui se fait l’écho d’hier

@ Marie Kléber Place de la République Paris

La date. Le 13. Novembre.

On se dit toujours, face au pire, que rien ne sera jamais comme avant. Et puis l’insouciance revient. Une évidence. La vie continue. Sans qu’on sache où l’on va vraiment. Nous posons chaque jour nos pieds sur l’asphalte des rues ou des milliers de pas se mêlent aux nôtres. Nous marchons vers un idéal peut-être ou tout simplement mus par le désir prégnant de vivre pleinement, chaque instant.

Une date. Identique à tant d’autres. Tant d’autres drames, tant d’autres arrêts sur image. Une pause pour prendre note du tragique, regarder la vie foutre le camp.

Et puis le temps reprend son cours, il file au gré du vent, des intempéries, de la foule en liesse, des joies, des chagrins. On oublie le pire dans l’élégance du lever du jour, chargé de promesses.

Une date. Des visages. Des prénoms comme autant de bulles de savon qui éclatent. Balayées nos certitudes. Évanouies l’insolence dans nos regards.

Quand tout vacille, les mots apaisent. Ils se font arme pour combattre les ténèbres. Ils brisent la loi du silence. Ils s’insurgent contre l’abominable. Ils deviennent notre salut, nos portes ouvertes sur l’espérance.

Le nouveau Phoenix  (extrait de mon livre Ils avaient un Prénom en mémoire des victimes des attentats du 13 novembre 2015 – les bénéfices sont reversés à l’association IMAD pour la Jeunesse et la Paix)

La Colombe cherche sa respiration
Ils lui ont ligoté les pattes
Ses ailes se raidissent
Au contact des fers qui la condamnent
Ils s’acharnent

Sa liberté, un scandale
Son vol léger, un outrage

Un masque noir tombe
Sur leurs visages
La colombe se débat
Ils la torturent
De leurs mains moites
Ils chassent le mal

Sa poésie, une ombre fugace
Sa paix, une menace

La Colombe cherche la faille
Fuir
Vivre
En vain
La Colombe se meurt
Ils lui ont ouvert le cœur
L’éclat des lames
Disperse le sang sur sa robe
Blanche immaculée

Son dernier cri
Comme un appel
Déchire le ciel

Le désert retient son souffle
Le vent se lève
La terre se couvre de poussière
Le sol tremble sous la pas cadencé des armées
Les drapeaux se dressent

Héros ordinaires
Contre
Martyrs sanguinaires

Dans la fraicheur d’un jour nouveau
La Colombe
Tel un Phoenix
Se relève
Invincible

D’autres extraits IciIci et Ici

Derrière les maux

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Les fantasmes ne sont que des vertiges
Les vestiges d’un imaginaire fécond
Chacun tient la liberté de les réaliser tous
Comme de n’en réaliser aucun

Ils n’ont pas de nom
Ni de patrie
Ceux que l’on écrit nous sont proches
Ou bien appartiennent à d’autres

Derrière les maux
Elle est une identité que chacun façonne à sa guise
Une femme libre
Qui se souvient…

Un jour la femme s’assume
Puis un jour elle devient un fantôme
Un souffle rauque
Impuissant
Parce que l’homme a pris le pouvoir
Il a posé son regard sur sa liberté
Il l’a jugé comme une invitation
A entrer dans un espace qui n’est pas le sien
À faire de son corps un terrain de jeu
De ses jeux
Un objet
Un objectif
Un jour elle ne dira plus rien
Elle lui donnera ce qu’il attend
Elle sera son fantasme éveillé
Sa poupée malléable à merci
Elle nourrira ses rêves de toute puissance

On peut dire le plein
Mais comment dit on le néant?

Face au corps dénudé libéré
Comment dit on le corps caché entaché par le dégoût?

On peut dire les frissons jouissifs
Mais comment dit on la peur glaçante?

Face au silence
Que reste t’il du consentement?

La violence n’est pas cruelle. Elle est sourde, étouffée. Une violence plus noire que la nuit. Une violence qui piétine puis laisse le corps tomber, sombrer, en apnée.

Il a plaqué son corps contre le sien. Rien. Pas un bruit. Pas un geste. Comme si l’absence de mouvement pouvait la protéger.
Il a remonté sa chemise de nuit. Elle a retenu sa respiration. Il a ouvert ses cuisses sans cérémonie. A t’elle résisté? Peut-être.
Il s’est enfoncé en elle.
Un rite. Passage obligé.
Une routine. Celle de la nuit. Celle du silence. Celle de l’absence.

Un jour la femme renaîtra de ses cendres
Elle ne donnera sa confiance
Qu’à ceux qui sauront respecter sa liberté
Ne remettront pas en question ses limites
Qui aimeront son corps, encenseront son audace, glorifieront son désir
Avec le respect qui est dû à chaque être humain
Tout en sachant que jamais rien ne nous appartient