Posted in Tout un poème, Variations Littéraires

Nos “paraître”

Des lignes comme des histoires
Qui racontent ce que l’on cache
Que l’on croit pouvoir
Dissimuler sans faire de tâche

Des sourires comme des masques
Portés à bras le corps, à coup de cœurs
Froissés par la pudeur
Qui recèlent des rides flasques

Des mots, pressés, pressants
Des actes moqueurs, manquants
Des gestes faux semblant

Des déhanchés comme des combats
Un port de tête, des ronds de jambes
Paraitre ce que l’on n’est pas
Qui se ressemble s’assemble

Et qui ne comprend pas reste là à regarder
Tous ces êtres sans substance
Qui cherchent à s’imposer
Tout en perdant de leur essence

Posted in Carnets de route, Variations Littéraires

Ce que j’ai tu, ce que j’ai dit

J’ai tout dit au vent, aux arbres et aux roses, aux ailes dorées et au chant mélodieux de l’oiseau. Tout dit au ciel et à la terre, à la mer et ses vagues, aux morts et leurs âmes

J’ai tout dit au temps qui passe, envoyé valser les secrets qui lassent, toutes ces petites hontes que l’on se traine. Et qui finissent par fendre nos cœurs en minuscules particules de haine.

J’ai tout dit pas à pas. En laissant suspendues les sempiternelles questions des autres. Chacune avec son lot d’attente qui ne pouvait être comblé.

J’ai dit ce que j’ai tu pour me protéger. Et pour ne pas m’avouer surtout que ce silence contenait toutes mes insuffisances.

J’ai tout dit au vide, aux prières, au soleil, aux champs verts, à l’horizon embrumé.

Puis j’ai tout dit aux humains, à leurs points d’interrogation, à leur mutisme qui me donnait tort, à leurs valeurs qui chahutaient les miennes, à leurs regards qui trahissaient cette opinion, souvent si haute – trop haute, qu’ils avaient pu avoir de moi et qui d’un coup se fendait en deux ou en mille.

J’ai tout dit sans ciller pour ne pas prolonger le verdict. J’ai dit les failles du système de mes pensées, les peurs qui ne se montrent pas, les choix de vie désordonnés, les sentiments maladroits, tout ce qui a nourri cette sensation de n’être pas assez.

J’ai dit mes maladresses et mes tourments, au fil des aveux. Tous ces demi-vérités gardées comme des bombes, ces réalités maquillées pour que les yeux ne se chargent pas de buée, pour que ma place ne devienne pas nuée de poussières.

Il reste à lâcher, à oser, à faire danser, les mots, les maux et tous ces à peu près pour ne pas offenser, faire pencher la balance en ma défaveur. Il reste à dire ce qui saute aux yeux mais que je retiens pour que nul ne lâche ma main.

Il reste à me dire à moi tant de choses, celles qui feraient exploser tant de possibles, celles qui viendraient me mettre en position d’équilibre au bord de l’abîme, celles que je sais et que je maintiens dans l’obscurité pour qu’aucune ombre ne vienne davantage chahuter mes nuits ou obscurcir mes pensées.

Il reste à me dire tout ce que j’ai dit au vent il y a bien longtemps…

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Deux étrangers

Le bébé, bien emmitouflé dormait dans sa poussette. Ils se sont installés à côté de moi, l’un en face de l’autre. Le cadran d’information indiquait 23h13.

Sans un mot chacun s’est retranché derrière son écran de téléphone, lui lisait Le Monde en diagonale, elle, passait d’une application à l’autre.

Je les regardais, presque triste, de voir ce jeune couple enfermé dans sa bulle technologique. Pas un regard, pas un sourire. Pas même un mot. Pour se parler ils se montraient leurs écrans respectifs avant de reprendre leur course à l’information.

Deux individus comme deux étrangers, un couple ordinaire comme ceux que je surprends aux terrasses des cafés, dans un restaurant bondé, une file d’attente, un quai de gare. Deux individus qui ne savent plus apprécier leurs silences, qui ne savent plus se dire en dehors du flux qui à mesure du temps les esquinte sans qu’ils s’en rendent compte. Même les vieux couples paraissent plus jeunes !

J’ai écouté le vide entre eux, rien, pas même un souffle de vent, pas même deux mains qui se touchent, pas même une émotion qui transparait. Un seul instant de quelques minutes. Mais si seulement je n’étais pas le témoin de cette absence au fil de saisons, si seulement j’en voyais moins qui s’enfuient du présent, pour aller se perdre dans des réseaux aux allures de paradis.
Si seulement…

J’ai tremblé pour eux et tous les autres, pour aujourd’hui et demain. Peut-être que ça se passera bien. J’ai tremblé pour toutes ces peaux en manque, ces sourires évincés, ces paroles suspendues qui n’accrochent que les pensées. J’ai tremblé pour l’enfant dans sa poussette dernier cri – j’ai presque espéré qu’un jour il serait celui qui enverra valser ces écrans de pacotille pour leur dire de s’aimer avant de se détruire.

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Pour Paulette…

Photo by Pixabay on Pexels.com

Un pseudo, Petitgris
Paulette pour les intimes
Un pas au sommet de l’abîme
Et te voilà nouvelle étoile dans la nuit

Pour moi tu n’avais pas d’âge
Des paroles d’une sagesse infinie
Lectrice fidèle au cœur de l’orage
Virtuelle et véritable amie

Un mot toujours pour faire sourire
Calmer les cœurs tourmentés
Tout plein de souvenirs
D’articles en cartes envoyées

Quelques larmes se sont échappées
A l’annonce de ton départ
Sur la pointe des pieds
Tu as quitté la gare

Sur ton blog les mots tissent une histoire
Les messages saluent ta générosité
Si tu n’avais pas vécu si loin, j’aurai aimé te saluer
Te dire merci et au revoir

J’ai une pensée particulière
Pour l’Hom, Junior et Isabelle
Pour Fantaisy
Et tes fleurs chéries, aussi

Repose en paix Paulette
Que ce voyage soit merveilleusement ensoleillé
Là-haut, ils ne vont pas s’ennuyer
Avec une personne aussi chouette !

Un peu de légèreté pour terminer en beauté…

Ce poème a été écrit suite au départ de Paulette qui tenait le blog “les voyages et moi” . Une amitié virtuelle, réelle de plusieurs années. Elle a été de tous les coups durs et de tous les moments de joie pure. Elle est partie soudainement dimanche. Ses mots vont me manquer, elle savait toujours si bien les trouver.

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Entre mémoire et oubli

C’est ici que je reprends des forces, dans les allées, entre les feuilles, les fleurs, la roche et le marbre. Ici, que je couche mes pensées, mes ombres et que je dépose les armes. C’est ici, dans ce temps suspendu, entre mémoire et oubli…

…que je glane des pépites de vie.

Il y en a tant entre ces rangées, tant d’histoires classées, tant de rêves qui se sont tus, tant de chemins tracés, perdus. Oui, c’est bien là, que je reprends des forces, que je me laisse emporter par toutes ces vies que je touche de loin…

…et que le stylo ou mes pensées font revivre au gré des souvenirs qui viennent, comme dans un tourbillon, qui déciment les frontières, abattent les préjugés. Dans la mort nous reprenons nos habits de lumière.

C’est ici que tout se mélange et que je retrouve comme qui dirait mes racines. Tout me parait alors possible. Les limites s’évanouissent et ne demeure que la vie comme un battement de coeur, comme la première aube du monde.

Photos Crédit@mariekleber37

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Ces temps-ci

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Dans le silence, je brode les maux du temps, les questionnements. Je mixe les tons, j’ajoute la douceur et la générosité qui tranche. Je garde ce qui déroute et ce qui tremble aussi, qui réveille, ce qui vient me cueillir dans l’émotion, qui me chavire un instant et l’instant suivant qui me donne des ailes.

Un peu loin d’ici et des écrans, je tricote l’espérance avec des fils de couleurs, je pose les mots du pire et les sourires qui doucement se dévoilent. Je suis dans l’entre deux entre ce qui se joue dans le monde et ce que je peux en faire, à mon niveau.

Je vis le présent, je prends le temps au rythme des battements de cœur qui me lient au cœur des autres. Et au corps, d’un commun accord. Je laisse un peu les points d’interrogation tracer leur route, me montrer d’autres chemins, des hypothèses potentielles. Je déshabille mes certitudes, mes positions un peu stagnantes, mes scénarios maintes fois joués.

Il existe tant de possibles qui se faufilent et que je devine, dans la plus pure simplicité.

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Hier Encore…

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Sur le chemin de l’école
Hier encore tu riais
Aux terrasses des cafés
Hier encore tu espérais

Puis ton monde s’est embrasé
Et la peur s’est insinuée
Le pire est arrivé

Aujourd’hui j’espère avec toi
Je prie dans le silence de la nuit
Quand les bombes frappent ton pays
Et te laissent plein d’effroi

Ton monde c’est le mien
Même si je te parle de très loin
Je rêve du jour prochain

Où dans ton pays résonneront
Les chants de paix
Les rires des enfants
Sur le chemin de l’école

Poème écrit dans le cadre de la proposition Hors Les Murs (pour l’Ukraine)

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Admiration

Au gré des jours de peine
Les âmes s’emmêlent
Sur la nuit, les chaînes
Dérivent dans des rêves sans ailes

Les vagues viennent et passent
Le temps à la peur
Sur la rive chassent
Leurs plus profondes terreurs

Un flot continu
D’images torturées
L’enfance abusée
Dont le rire s’est tu

Avancer sans fondations
Assez solides pour les porter
Oubliée la raison
Un seul mot : sécurité

Dans leurs yeux, pour toujours
Une lueur trahie
Un mensonge, un non-dit
Et leurs cœurs un peu lourds

Je les regarde se construire
Déplacer des montagnes
Refouler toutes leurs larmes
Accepter de détruire

Les traumatismes qui les hantent
Se relever sans relâche
L’espoir qui supplante
Les heures un peu lâches

Et sourire au milieu du chaos
Oter le voile pas à pas
Passer outre les dégâts
Et porter loin leurs idéaux

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Neuf ans de nous

Le regard sur l’horizon, je reviens en arrière de quelques années, en ce jour si particulier où je suis devenue ta maman. Dans l’ombre de mes larmes, tu es né. Un rayon de soleil au milieu d’un orage. Un grain de magie au creux d’un hiver qui semblait ne pas avoir de fin. Là, dans cet écrin de désespoir, tu as déposé près de 4 kilos d’espérance.

Voilà neuf ans de toi, de nous, neuf ans comme une ascension. Je venais de loin et tu empoignais tout avec une rage féroce. Notre envie de vivre fut plus forte que tout, plus forte que les cris, que les coups de poing dans les murs, plus forte que les “non” à répétition, plus forte que les pleurs et la douleur.

Notre histoire s’écrit avec des lettres de toutes les couleurs. Nous savons les jours gris très gris et les jours qui pétillent, les apostrophes dans l’atmosphère et les points de suspension dans l’air. En neuf ans, j’ai tant appris. En neuf ans, tu as tant grandi.

Je te regarde regarder le monde, rire, prendre confiance, oser te confronter, oser aimer ce qu’il y a à aimer, jouer surtout, rire beaucoup. Avoir peur de ce qui te dépasse, tenter de camoufler tes émotions, parfois réussir à parler quand ton cœur se sent prêt à exploser.

Je ne suis pas toujours juste, tu n’es pas toujours juste. Nous nous faisons face parfois, comme deux lutteurs dans un bras de fer sans fin. Personne ne se sent prêt à céder alors, moi engoncée dans des souvenirs du passé et toi pris par cette envie de gagner. Et puis tout passe et le soleil revient. Et soudain, il n’y a plus rien que tes deux yeux qui rient et les miens qui s’émerveillent.

A l’ombre de ce qui fut et de ce qui sera, je me tiens, silhouette maternelle, heureuse et fragile, offerte pleinement au temps de ta vie.

Ce texte a été écrit – le jour s’y prête bien (évidemment!) – pour l’atelier Bric a Book 419

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Tout se dit en silence

Photo by Pixabay on Pexels.com

Rien dans son allure, si ce n’est un manteau un peu grand, un reflet sur l’opaque du tissu, rien dans sa démarche ne dit. Si ce n’est cette façon, cette habitude si prisée des femmes, ce petit geste simple et pourtant exigeant, cette manière de poser ses mains entre la taille et les hanches, sur l’os, pouces en avant et doigts écartés en arrière.

Elles le font toutes, les femmes, qui sous leur manteau cachent leurs points d’interrogation, les larmes de joie comme de trop plein. Ça se distingue parfois à peine, c’est juste une vague, un léger embonpoint, une poignée qui reste même quand on fait attention, même quand le gras n’est pas une option.

C’est un signe, un code de ralliement inconscient. Avec un léger excès comme pour marquer le temps, ce temps-là précisément, ce temps latent, suspendu, vivant.
Les mains posées et un souffle. Le corps qui lâche les résistances, ce corps sous tension qui porte, entre ces mains qui supportent, le poids de cette autre vie, qui sous le vague du manteau grandit.

Rien dans son allure ne dit sauf cette manière de se tenir, le ventre tendu vers le monde, l’enfant presque déjà offert à la cacophonie de la vie.

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Sur la déchirure…

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Sur la déchirure – cette faille sismique qui me dit que tout ce qui est aujourd’hui ne sera peut-être pas demain, que rien sur terre ne nous appartient, que ceux qui sont là ne font que passer, qu’un jour il faudra les laisser partir vers des horizons que je n’ose imaginer – sur la déchirure, j’écris le nom des rêves et sur le lit des jours, je passe et trace du bout des doigts nos histoires.

Sur la déchirure, je dessine l’amour, ses rires et l’incertain. Je l’ai su dès que son petit corps a été posé contre le mien, dès que son cri a percé le silence de la nuit, dès que son souffle s’est détaché du mien. Il n’était déjà plus de moi, je l’offrais au Monde et je le regardais partir, le cœur bouleversé.

Je brode des cœurs à l’infini, comme un défi au temps qui passe. Je m’enivre de la chaleur de sa présence, là, maintenant. Ensemble, nous n’avons pas d’âge et il n’y a pas de demain. Contre lui, j’oublie la fissure ou je la transforme, je laisse la lumière passer entre les interstices des points de suspension. J’ai retrouvé son cœur au bord du précipice, là où seule j’avais laissé le malaise me torturer. Comme si ce qui adviendra s’était déjà produit, comme si la mort l’avait déjà pris.

De confidences en aveux, nous construisons un espace sacré de liberté. Les mots se disent et les maux se taisent. Rien ne nous gardera vivants, alors savourons intensément.

Sur la déchirure, la flamme ouvre une brèche, celle dans laquelle je me glisse, pour vivre aux cotés de ceux qui, jour après jour, me rappellent la beauté et la force de l’amour. Alors je sais que ma présence est requise, présence attentive pour honorer et sublimer la vie.

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Le un, le rien, le tout

Credit Photo @mariekleber37

Là où il y a la tristesse, là où d’autres ne voient pas, il y a aussi la possibilité d’une guérison, transformation. Les chemins des uns ne sont pas ceux des autres. Les verres que nous portons, consciemment ou non, filtrent la lumière et les ombres. De vérité, il n’y en a aucune, sinon la mienne. Ou la tienne. Celle de chacun et celle de personne.

Là où il y a la tristesse, il y a aussi la joie, celle des jours de liesses et des plaisirs tous simples. Et pour qui ne connait pas les larmes, alors comment nommer les éclats de rire?

On ne s’échappe pas de la vie, on choisit parfois de prendre une porte dérobée, en pensant que par là, on évitera les creux, les ronces et tout ce qui pourrait ralentir notre marche. Mais alors on évite aussi les fleurs et les bosquets, les aurores aux allures de début du monde.

Là où il y a le chagrin, ce petit vague à l’âme qui transporte avec lui son lot de deuils et de doutes, il y a aussi le possible, le phare qui illumine la nuit, la chaleur d’un souffle ami, le tremblement de nos lèvres assoupies.

Vivons alors le tout, ce grand chaos en mouvement, cet équilibre précaire relié à l’éphémère de toute chose et même de l’être. Pour s’enivrer d’une main qui se pose et d’un regard qui nous frôle, il faut pouvoir accueillir ce qui nous déstabilise et ce qui nous euphorise. Un monde de l’un sans un monde de l’autre est un monde sans définition, un monde neutre où les plus belles émotions se retrouvent étiquetées.

Vivons ce qui vient et ce qui passe, dans un rythme qui nous glace ou nous soutient. Laissons l’instant être ce qu’il est pour puiser dans son étreinte l’essence de ce qui nous rend humains!

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Prix Portez Haut les Couleurs – Mon texte sur Short Edition

Quand je passe devant le cimetière en revenant de mon entrainement, je rends toujours une petite visite sur la tombe de mamie, une tombe toujours très fleurie, des mots de partout et de tout le monde, de belles couleurs qui rendent le lieu presque agréable.

Cette vision me ramène instantanément à l’enterrement, ce jour terrible où il a fallu lui dire adieu pour de bon, la laisser partir avec ses histoires et sa magie. Ce jour-là nous étions nombreux, il y avait de la musique et des hymnes qui résonnaient un peu partout, il y avait des vieux et plein de jeunes aussi, des garçons, des filles, des petits, des grands avec tous une larme au coin des yeux, un mouchoir à portée de main, un souvenir pas très loin. Tous unis, nous étions, dans ce temps de recueillement et de remerciements pour elle qui avait tant donné, dans la vie et sur le terrain, qui avait tant encouragé offrant à chacun, un mot, un conseil, une étreinte, un bon chocolat chaud, ce dont il ou elle avait besoin pour continuer.

Pour découvrir mon texte et le soutenir, c’est par iciSa plus belle victoire – Prix Portez haut les couleurs

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Tout ce qu’elle est

Derrière ses révoltes, ses éclats, ses failles. Derrière le voile de ses pensées, de son passé. Derrière l’épouse, l’amie, la mère, il y a cet être à part. Je le vois dans son regard, dans ce qu’elle transpire quand en résonnance avec le monde, elle respire.

Quand elle pose son regard plein de points en suspension sur l’univers en contrebas, qui se contredit sans cesse. Et dans son souffle de fée un peu malmenée par la vie, quelque chose nait comme une prière dans un langage que seule, elle, connait.

Un langage qui la relie au vivant, à l’espace entre la nuit et la jour, au silence.

C’est une fille du silence, oui, celui des gorges et des profondeurs de la terre, des déesses qui à mains nues remuent les tourments pour que germent les plantes guérisseuses. Et dont le sang devient noir lorsque la lune éclabousse le ciel de sa clarté fantasmagorique.

C’est une fille des mots, dont la confiance se tait devant les assauts du vent. Et dont les maux tremblent d’incompréhension. Existe t-il quelque part un sens, une raison?

C’est une fille des mystères, ceux qui attendent patiemment d’être approchés, percés. Et ceux qui dans le calme de l’ennui se taisent pour ne pas froisser ses ailes d’ange affamé de vérité.

Si seulement elle savait tout ce qu’elle est…