Category: Variations Littéraires

Voler vers soi-même

Tout devenir. Tout conquérir. Le nord, le sud, la lune et les étoiles. Et les planètes dans la vaste galaxie, pépites solitaires aveuglées par la lumière. Il rêvait, allongé sur son lit, inventait des histoires à partir des bribes du tout et du rien, de jour comme de nuit, créait des mondes dans l’espace du sien, qui s’étalait du lit au mur de la salle de bain.

Il aimait le football et les feuilles de novembre qui tombent, égayant de leurs couleurs les rues sombres de la ville. Il mettait de la passion dans ses courses folles, dans ses interprétations de chansons. Il faisait de chaque instant un jeu, devenait mélancolique quand le temps tournait à l’orage et que le soleil se perdait derrière les nuages.

Il avait été un poupon sage et câlin, aux yeux rieurs, au sourire serein. Il était un enfant plein de vie et de douce folie. Tant d’insouciance et de curiosité que nous, adultes, avions du mal à canaliser. Rentrer dans des cases c’était beaucoup moins compliqué à gérer.

Il faisait preuve de complaisance, de plus en plus, pour plaire, ne pas déranger, ne pas se faire gronder. Il devenait une définition de dictionnaire, un enfant sur papier glacé. Avec des perspectives d’avenir toutes tracées.

De l’extérieur ça faisait peur ce modelage, cette adaptation à une norme, une manière de voir. On ne l’accompagnait pas, on faisait à sa place. On ne le laissait pas être, on lui imposait une manière de se comporter, de s’exprimer. Doucement on faisait de lui ce qu’il n’avait jamais été.

Par peur sûrement. Nos peurs si bien ancrées. Nos limites si bien installées.

Il était grand temps de casser les schémas pour lui permettre d’ouvrir ses ailes et de voler vers lui-même.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: étoile – complaisance – football – perspective – novembre – passion – poupon

Derrière les maux

Crédit Pixabay

Les fantasmes ne sont que des vertiges
Les vestiges d’un imaginaire fécond
Chacun tient la liberté de les réaliser tous
Comme de n’en réaliser aucun

Ils n’ont pas de nom
Ni de patrie
Ceux que l’on écrit nous sont proches
Ou bien appartiennent à d’autres

Derrière les maux
Elle est une identité que chacun façonne à sa guise
Une femme libre
Qui se souvient…

Un jour la femme s’assume
Puis un jour elle devient un fantôme
Un souffle rauque
Impuissant
Parce que l’homme a pris le pouvoir
Il a posé son regard sur sa liberté
Il l’a jugé comme une invitation
A entrer dans un espace qui n’est pas le sien
À faire de son corps un terrain de jeu
De ses jeux
Un objet
Un objectif
Un jour elle ne dira plus rien
Elle lui donnera ce qu’il attend
Elle sera son fantasme éveillé
Sa poupée malléable à merci
Elle nourrira ses rêves de toute puissance

On peut dire le plein
Mais comment dit on le néant?

Face au corps dénudé libéré
Comment dit on le corps caché entaché par le dégoût?

On peut dire les frissons jouissifs
Mais comment dit on la peur glaçante?

Face au silence
Que reste t’il du consentement?

La violence n’est pas cruelle. Elle est sourde, étouffée. Une violence plus noire que la nuit. Une violence qui piétine puis laisse le corps tomber, sombrer, en apnée.

Il a plaqué son corps contre le sien. Rien. Pas un bruit. Pas un geste. Comme si l’absence de mouvement pouvait la protéger.
Il a remonté sa chemise de nuit. Elle a retenu sa respiration. Il a ouvert ses cuisses sans cérémonie. A t’elle résisté? Peut-être.
Il s’est enfoncé en elle.
Un rite. Passage obligé.
Une routine. Celle de la nuit. Celle du silence. Celle de l’absence.

Un jour la femme renaîtra de ses cendres
Elle ne donnera sa confiance
Qu’à ceux qui sauront respecter sa liberté
Ne remettront pas en question ses limites
Qui aimeront son corps, encenseront son audace, glorifieront son désir
Avec le respect qui est dû à chaque être humain
Tout en sachant que jamais rien ne nous appartient

Page vierge de projet

Crédit Pixabay

Ils ont tous les mêmes questions sur le bout de la langue
Des projets à l’horizon?
Depuis que nous avons choisi de faire un bout de chemin ensemble
Sans savoir où cela nous mènerait
Où cela nous mène

Je n’ai jamais su que répondre aux recruteurs
Où vous voyez-vous dans cinq ou dix ans
J’ai déjà du mal à saisir mon présent
Comment pourrais-je me positionner dans un futur entièrement blanc?

Les promesses c’est beau, ça ne tient pas la route
C’est juste pour la forme, pour les contes des enfants
Et puis promettre quoi?
Pour quand?

Est-ce que les projets ça protège du mauvais temps
Des doutes, des tourments
Est-ce que les projets ça nous couvre éternellement
Est-ce que c’est la contre-partie obligée de l’amour?

Si l’on en a pas, on s’aimerait moins
Moins que ceux qui voyagent ou achètent des maisons
Moins que ceux qui construisent des familles
Moins que les autres donc…

On voudrait bien savoir ce qui se cache derrière l’histoire
Quel secret la conditionne
On voudrait voir à l’intérieur des cœurs
Les irrégularités, les contrastes, quelles blessure se font face
Pour que rien ne s’envisage
Pour que l’agenda de demain soit vierge de plans A, B, C

Il faudrait s’engager sur tout
Tout le temps
C’est plus prudent
Que de vivre chaque jour comme si demain n’existait pas
Juste prendre ce qui se donne
Et puis voilà!

Il faudrait poser des ultimatums
Des “si tu m’aimais”
Sceller des pactes inviolables
Au risque de périr dans les flammes

Mettre en danger l’amour
Pour rentrer dans les cases
Faire des projets pour toujours
Comme tous ceux qui nous blâment
D’un trop original
Pour être honnête

Oser la nuit

Une camionnette sur un parking. Un homme qui en descend et une fille à l’intérieur. Ça commence comme n’importe quelle histoire sans avenir. Sans compter qu’on est le matin et que les araignées, à cette heure c’est bien connu, apportent le chagrin.

Une bouteille sur le trottoir. Le type assis à côté avec son air patibulaire fait peur à voir. Une énième nuit dehors dessine sur son corps une montagne de jugements, les regards imposants de ceux qui passent sans le voir vraiment.

Un tapis sur le sol. Une famille serrée autour d’un idéal qui s’est fait la malle. Juste des miettes dans un bocal, quelques pièces éparpillées et le cœur égratigné. Le souvenir d’un port qui a tout emporté.

Il faut oser la nuit pour se prendre en pleine figure la claque, une avalanche de drames humains, l’humanité piétinée. Il faut oser la nuit pour voir le monde à l’agonie. Il faut le choc pour sortir de sa bulle, ouvrir les yeux. Surtout quand notre préférence serait de les garder fermés.

Ce texte a été écrit dans le cadre de latelier d’écriture d’Olivia. Les mots étaient:  tapis – parking – araignée – avalanche – port – bouteille – bulle – préférence