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Sur la déchirure…

Photo by Jonathan Borba on Pexels.com

Sur la déchirure – cette faille sismique qui me dit que tout ce qui est aujourd’hui ne sera peut-être pas demain, que rien sur terre ne nous appartient, que ceux qui sont là ne font que passer, qu’un jour il faudra les laisser partir vers des horizons que je n’ose imaginer – sur la déchirure, j’écris le nom des rêves et sur le lit des jours, je passe et trace du bout des doigts nos histoires.

Sur la déchirure, je dessine l’amour, ses rires et l’incertain. Je l’ai su dès que son petit corps a été posé contre le mien, dès que son cri a percé le silence de la nuit, dès que son souffle s’est détaché du mien. Il n’était déjà plus de moi, je l’offrais au Monde et je le regardais partir, le cœur bouleversé.

Je brode des cœurs à l’infini, comme un défi au temps qui passe. Je m’enivre de la chaleur de sa présence, là, maintenant. Ensemble, nous n’avons pas d’âge et il n’y a pas de demain. Contre lui, j’oublie la fissure ou je la transforme, je laisse la lumière passer entre les interstices des points de suspension. J’ai retrouvé son cœur au bord du précipice, là où seule j’avais laissé le malaise me torturer. Comme si ce qui adviendra s’était déjà produit, comme si la mort l’avait déjà pris.

De confidences en aveux, nous construisons un espace sacré de liberté. Les mots se disent et les maux se taisent. Rien ne nous gardera vivants, alors savourons intensément.

Sur la déchirure, la flamme ouvre une brèche, celle dans laquelle je me glisse, pour vivre aux cotés de ceux qui, jour après jour, me rappellent la beauté et la force de l’amour. Alors je sais que ma présence est requise, présence attentive pour honorer et sublimer la vie.

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Le un, le rien, le tout

Credit Photo @mariekleber37

Là où il y a la tristesse, là où d’autres ne voient pas, il y a aussi la possibilité d’une guérison, transformation. Les chemins des uns ne sont pas ceux des autres. Les verres que nous portons, consciemment ou non, filtrent la lumière et les ombres. De vérité, il n’y en a aucune, sinon la mienne. Ou la tienne. Celle de chacun et celle de personne.

Là où il y a la tristesse, il y a aussi la joie, celle des jours de liesses et des plaisirs tous simples. Et pour qui ne connait pas les larmes, alors comment nommer les éclats de rire?

On ne s’échappe pas de la vie, on choisit parfois de prendre une porte dérobée, en pensant que par là, on évitera les creux, les ronces et tout ce qui pourrait ralentir notre marche. Mais alors on évite aussi les fleurs et les bosquets, les aurores aux allures de début du monde.

Là où il y a le chagrin, ce petit vague à l’âme qui transporte avec lui son lot de deuils et de doutes, il y a aussi le possible, le phare qui illumine la nuit, la chaleur d’un souffle ami, le tremblement de nos lèvres assoupies.

Vivons alors le tout, ce grand chaos en mouvement, cet équilibre précaire relié à l’éphémère de toute chose et même de l’être. Pour s’enivrer d’une main qui se pose et d’un regard qui nous frôle, il faut pouvoir accueillir ce qui nous déstabilise et ce qui nous euphorise. Un monde de l’un sans un monde de l’autre est un monde sans définition, un monde neutre où les plus belles émotions se retrouvent étiquetées.

Vivons ce qui vient et ce qui passe, dans un rythme qui nous glace ou nous soutient. Laissons l’instant être ce qu’il est pour puiser dans son étreinte l’essence de ce qui nous rend humains!

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Prix Portez Haut les Couleurs – Mon texte sur Short Edition

Quand je passe devant le cimetière en revenant de mon entrainement, je rends toujours une petite visite sur la tombe de mamie, une tombe toujours très fleurie, des mots de partout et de tout le monde, de belles couleurs qui rendent le lieu presque agréable.

Cette vision me ramène instantanément à l’enterrement, ce jour terrible où il a fallu lui dire adieu pour de bon, la laisser partir avec ses histoires et sa magie. Ce jour-là nous étions nombreux, il y avait de la musique et des hymnes qui résonnaient un peu partout, il y avait des vieux et plein de jeunes aussi, des garçons, des filles, des petits, des grands avec tous une larme au coin des yeux, un mouchoir à portée de main, un souvenir pas très loin. Tous unis, nous étions, dans ce temps de recueillement et de remerciements pour elle qui avait tant donné, dans la vie et sur le terrain, qui avait tant encouragé offrant à chacun, un mot, un conseil, une étreinte, un bon chocolat chaud, ce dont il ou elle avait besoin pour continuer.

Pour découvrir mon texte et le soutenir, c’est par iciSa plus belle victoire – Prix Portez haut les couleurs

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Tout ce qu’elle est

Derrière ses révoltes, ses éclats, ses failles. Derrière le voile de ses pensées, de son passé. Derrière l’épouse, l’amie, la mère, il y a cet être à part. Je le vois dans son regard, dans ce qu’elle transpire quand en résonnance avec le monde, elle respire.

Quand elle pose son regard plein de points en suspension sur l’univers en contrebas, qui se contredit sans cesse. Et dans son souffle de fée un peu malmenée par la vie, quelque chose nait comme une prière dans un langage que seule, elle, connait.

Un langage qui la relie au vivant, à l’espace entre la nuit et la jour, au silence.

C’est une fille du silence, oui, celui des gorges et des profondeurs de la terre, des déesses qui à mains nues remuent les tourments pour que germent les plantes guérisseuses. Et dont le sang devient noir lorsque la lune éclabousse le ciel de sa clarté fantasmagorique.

C’est une fille des mots, dont la confiance se tait devant les assauts du vent. Et dont les maux tremblent d’incompréhension. Existe t-il quelque part un sens, une raison?

C’est une fille des mystères, ceux qui attendent patiemment d’être approchés, percés. Et ceux qui dans le calme de l’ennui se taisent pour ne pas froisser ses ailes d’ange affamé de vérité.

Si seulement elle savait tout ce qu’elle est…

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Voeu de silence

@mariekleber37

Y a de la joie par-dessus les toits, du soleil dans les ruelles et novembre vient avec son lot de mémoire, jours tristes à perte de vue, une résistance persistante comme une grêle arrivée trop tôt dans la saison. Un puits sans fond de cette peur qui vous dilate le coeur et l’esprit qui ne sait plus tourner comme il faudrait, qui perd ses repères à mesure que le froid gagne du terrain. Novembre et ses fantômes de gris vêtus, pareils à des morts qui chercheraient le passage entre cette vie et l’autre, errants de place en place, de corps en corps, pour se sustenter, de quoi tenir encore quelques kilomètres de route de plus. Un mois aux allures de ce que pourrait être l’enfer si on se fie aux légendes, aux récits des Dieux, si on se laisse abuser par les maux, vestiges d’un chaos qui détruit, et l’espoir, et l’aurore. Laisser passer Novembre et se taire, faire ce chemin de silence intérieur, ce chemin de la terre à soi et de soi à la vie. Quelques soient les cailloux, les failles, les crevasses, ce qui empêche, ce qui retient, la vie ose l’attente avant la renaissance.

Ce texte est ma participation à l’agenda ironique de Novembre – thème proposé par Laurence Délis de Palettes d’expressions

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La danse des sens

Photo by Anni Roenkae on Pexels.com

Ce n’est pas humain, je l’ai dit déjà, écrit aussi. La musique du plaisir, mélodie sensuelle qui de frissons couvre la peau, chaque parcelle d’hémisphères qui sont nôtres et pourtant comme découverts. Le tumulte inonde la galaxie de nos peaux, l’onde de choc est sublime et dérivent nos pensées vers un rivage invisible.

Non, ce n’est pas humain, comme une part d’ailleurs détachée sur terre, un morceau qui ne s’attacherait pas pour un voyage extraordinaire. Il l’est dans un souffle d’urgence qui se plie au tempo des aiguilles du temps.

Et voguent les corps sur la mer d’huile recouverte, de rosée extraite jusqu’à toucher le viscéral, l’emblème de notre liberté. Loin les réminiscences de la menace, mort, se dissipent dans un chant salvateur, qui des hanches part pour se refléter dans la passion de l’éveil.

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Composition

@ Robert Collins

Sur ton dos et tes os
J’écris une histoire
Celle de ces corps au désespoir
Qui se mêlent et s’emmêlent
Dans une danse funeste

Ton corps plie sous le poids
De mes membres lourds
Comme ces secrets que l’on porte
Et qui sur le cœur s’impriment
Jusqu’à nous faire perdre le nord

Tu t’arques et tu te crispes
Il ne faudrait pas quelque regard
S’incruste dans notre composition
Ballet vengeur qui hurle l’abandon
D’un combat déjà perdu

Sur ton dos et tes os
J’écris en arabesques
Le temps qu’il nous reste
A être acteurs de cette scène
Avant de redevenir nous-mêmes

Ce poème est ma participation à l’atelier d’écriture 416 de Bric a Book

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Ici, maintenant, tout va bien

@ random institute

Tout va bien, ici, maintenant.
Ici, maintenant, tout va bien.

Zhuai se répétait ces mots dans sa tête, tout en essayant de poser sa respiration.
Elle avait couru si vite qu’elle se demandait où elle se trouvait à présent.
En sécurité.
Dans un endroit où ILS ne pourraient pas la trouver.

Ils étaient montés dans le bus, comme tous les soirs. Comme tous les soirs, ils avaient ri.
Comme tous les soirs, Zhuai avait regardé ses chaussures en tenant de faire abstraction d’eux.
Ils avaient balancé des idioties, comme chaque soir quand ils la voyaient dans le bus.
Elle était descendue à son arrêt, eux aussi. Ils habitaient dans le même quartier. Gamins, ils allaient à l’école ensemble et déjà ils embêtaient Zhuai.
Elle s’était dirigée vers son immeuble et elle avait entendu leurs pas pressés derrière elle, pas comme les autres soirs.
Elle avait prié intérieurement pour que la serrure ne bloque pas, pour que la porte s’ouvre et se referme d’un coup sec.
Elle avait essayé de se rassurer.
Ils avaient été plus rapides, l’un avait bloqué la porte de son pied, l’autre s’était faufilé et l’avait coincée, le troisième s’était approché plus près, trop près.
Et ils l’avaient insultée, elle, Zhuai, parce qu’elle était timide, parce qu’elle était un peu gauche, par pure méchanceté.
Ils lui avaient dit, du haut de leur quatorze ans «tu fais moins la maligne maintenant ! Tu t’es regardée, t’es moche, ta mère t’a fait avec un chien ou quoi ! »
Et ils avaient éclaté de rire, un rire gros comme un bulldozer puis la porte de l’ascenseur s’était ouverte et elle avait profité de ce contre temps pour s’échapper.
Elle avait couru, couru. Droit devant.
Elle avait encore leurs insultes en bouche qui lui donnait la nausée.
Elle avait couru jusqu’à la station, s’était glissé dans le premier wagon, avait entendu le signal et avait commencé à respirer.

Son cœur battait vite, trop vite. Ses oreilles bourdonnaient. Son visage était rouge, sa vision brouillée.
Respirer. Juste respirer. Et se rappeler que tout allait bien.
Ici et maintenant.
Ici, maintenant, tout allait bien.

Ce texte est ma participation à l’atelier 145 de Bric a Book

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Pile ou Face

Photo by Trung Nguyen on Pexels.com

Du fauteuil où je suis assis, par-dessus la couverture de mon livre – un pavé de quelques mille pages relatant les exploits d’un héros dans la fulgurance d’une guerre impitoyable, elles le sont toutes – je la regarde. D’un œil discret, distrait. Elle me fait l’effet d’un océan de fraicheur au milieu du carnage dans lequel mon imagination se perd à mesure des pages qui défilent.

Elle donne l’impression de s’ennuyer dans sa peau sage. Quelques gouttes se promènent sur le froissé de son déshabillé. L’eau chaude vient de couler sur son corps à l’abandon sous le jet, le savon vient d’épouser chaque centimètre de son être. Et j’ai préféré rester perché sur mon toit du monde aux allure d’apocalypse plutôt que de voyager avec elle.

Elle délaisse son déshabillé. Il échoue par terre, il s’étale. J’aperçois son grain satin, sa cambrure fragile avant qu’elle ne traverse la pièce, sans un regard vers moi. On dirait qu’elle le fait exprès. Elle enfile une de mes chemises et c’est comme si je m’enroulais autour d’elle, telle un serpent fou de désir. Je trace d’hypothétiques fantasmes sur l’écran de ses pensées. Elle n’attend qu’une chose, que je pose l’ouvrage, enfin. Que je délaisse ma guerre pour conquérir son territoire. Mais je reste là, à contempler la vie qui la traverse, enfermé dans mon silence de mort.

Elle prend place dans le fauteuil en face de moi, cheveux lâchés, pouls calme, visage dégagé, jambes délicatement croisées. Ses yeux sont deux billes de Sodalite qui me fixent et ne me laissent aucune chance de m’échapper. Elle se penche pour attraper une revue sur la table basse et la vision de sa poitrine, ronde, joliment dessinée, me rattrape. Le livre pèse lourd dans mes mains, je tente de revenir à ma lecture, mais les lignes s’entrechoquent.
Tout en elle respire la vie, l’envie, de moi, de nous, de ces ondulations réciproques qui nous promettent des acensions vertigineuses.

***

Je sors tout juste de la douche et avance vers le salon, nue, quelques gouttes perlent au bout de ma chevelure. Et s’échouent sur ma peau brulante. Je le trouve assis au même endroit que toute à l’heure, sur son fauteuil vieilli, les yeux rivés sur le manuscrit qu’il doit finir de lire pour demain, une histoire sordide – la guerre l’est toujours. Il lève les yeux vers moi, j’y décèle un fragment de peut-être, une hésitation, un brin de prudence.

Ma peau se languit de lui. La texture de mon déshabillé apaise légèrement la fièvre qui pointe. En guise de réponse à ma proposition pour la douche, il a esquissé un geste de la main. Il savait qu’en m’accompagnant il pouvait dire adieu à son roman jusqu’à une heure avancée de la journée.

J’enfile une de ses chemises, à défaut de pouvoir avoir ses bras dans lesquels me lover. Un magazine pour patienter, un regard indifférent, un soupir inoffensif, un croisement furtif, un déplacement subtil. Combien de manœuvres pour qu’il cède? Dans combien de temps délaissera t-il son bouquin pour venir s’enivrer avec moi des parfums de l’aventure?

La mort ne l’intéresse pas, il lui préfère la gourmandise de la vie. Je perçois son combat intérieur à sa façon de tourner les pages, à ses sourcils interrogateurs, à son regard horizontal, ses pieds qui bougent au rythme d’une musique pétrie d’impatience. Il n’accroche plus avec les lignes, il a perdu le fil de sa lecture. Il résiste pourtant à l’envie de poser l’ouvrage et de me rejoindre.

C’en est presque jouissif de le voir autant hésiter.

Texte original de 2019 – revisité

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Pour toi

Photo by cottonbro on Pexels.com

Je ne sais pas toujours te dire. Je me cache souvent derrière mes peines, mes angoisses. Je déteste les silences et pourtant je les laisse parler pour moi. Je me dis que tu comprendras et si tu ne le fais pas, tu partiras. Et alors j’aurai eu tort de croire que l’amour a tous les pouvoirs. Ca viendra ouvrir la blessure une nouvelle fois, celle qui depuis le début joue avec moi, celle de la cour d’école, celle des bruits des vacances, celle des rires en cascade dans la classe, celle de la salade de tomate, celle des clins d’oeil en douce, celle des mots qui cognent et des murs qui cachent, celle qui menace de révéler au monde ce que je suis et ce que je ne suis pas.

Je ne m’excuse pas, ou peut-être que si, d’être comme je suis avec ma quantité de points d’interrogation, mon besoin d’être rassurée, de me sentir en sécurité, avec mes chocs et mes bleus à l’âme qui se font moins troublants mais qui restent comme autant de lames prêtes à danser sur ma peau nue, quand ma bulle se fendille, quand tes pas se font lointains.

Mes blessures ne disparaitront pas, j’ai cru à tort que je pouvais, par le seul pouvoir de ma pensée les reléguer dans un coin éloigné du temps. J’ai perdu de précieuses années à tenter de les étouffer. Je dois juste accepter qu’elles font partie de moi. Un peu comme la peur ou la nostalgie. Lutter contre ne fait que leur donner plus de force.

Je voudrais ne te dire que l’amour, ce qu’il creuse en moi, ce qu’il desserre de nœuds, ce qu’il insuffle de vie, ce qu’il m’offre de confiance, de joie. Je n’y arrive pas tout le temps. Alors je me replie comme pour étouffer mes maux. Je redeviens une enfant fragile qui dans le sommeil tente de se cacher, pour fuir la folie qui fait son lit dans le creux des jours.

J’écris, j’écris pour venir à bout de ce qui me retient, pour oublier les destins liés et le coeur trouble. J’écris pour me souvenir de la douceur de tes mains et la chaleur de ton sourire, pour ne pas oublier que c’est ce qui dans la balance pèse plus lourd que ce qui m’oppresse. J’écris pour comprendre pourquoi cette liesse puis pourquoi ce vide soudain.

J’écris pour les mots que je ne sais plus dire, pour ce qui reste un mystère, pour graver quelque part le bonheur, pour ne pas le laisser partir. J’écris pour garder de la substance quand tout s’évanouit. Et qu’il ne reste plus que des yeux humides pour dire les émotions, ma main qui cherche la tienne pour m’assurer que tout cela est bien réel.

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Derrière les rideaux

Je laisse les lieux en l’état. Rideaux vieillis par le temps, traces de pas sur le plancher, notre passage sur le terre des hommes. Tout me rappelle et rien ne s’attache. J’entends bien quelques rires qui viennent du jardin mais rien qui ne puisse me retenir.

Nous avons aimé et chahuté ici, fait grandir des petits et apaisé des chagrins. Les murs gardent quelque part le mémoire des secrets, ceux du dehors. J’ai fait mon devoir, celui de l’engagement. A vingt ans on ne sait pas, on ne saisit pas le poids des vœux. J’ai réussi là où je pensais m’écrouler. J’ai tenu avec un peu de fard sur les paupières et quelques anneaux d’or aux oreilles.

Nous avons perdu quelques idéaux dans la bataille, un zeste d’insouciance, un brin de tolérance. Les murs gardent les accès de rage, disséminés comme les pièces d’un puzzle que nous ne voulions surtout pas reconstituer.

Je regarde les plaintes noircies, les voiles qui masquent la beauté du jardin. Je me suis souvent assise ici pour surveiller les enfants et voir grandir les fleurs, pour attendre l’automne, le printemps, ton retour, les leurs. J’ai passé près de la fenêtre des heures, de jour comme de nuit, pleines d’étoiles et de vols d’oiseaux. Il fallait un gardien de nos vies et je me suis plongée dans ce rôle avec délectation, certaine de servir un dessein plus grand.

Je m’évade un peu, j’ai le temps. Encore quelques secondes pour un adieu. Les larmes ont coulé déjà et depuis longtemps elles ne viennent plus. Mes deuils sont derrière moi. Je quitte la maison, notre maison, notre refuge. Je pars en te laissant encore habiter ce lieu, si tu le veux. Quelque part nous y serons toujours. Nous laissons notre empreinte et quelques miettes de notre bonheur. Nous laissons nos doutes et les quelques points d’interrogation qui subsistent.

Je referme derrière moi la porte du premier jour. Je dépose mes armes près de l’escalier de pierre. Dans le jardin, les rosiers veillent. Tu les as taillés juste à temps. Pour toujours ils protègent ton sommeil.

Ce texte est ma participation à l’atelier Bric a Book N° 414

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La saison de la Balance

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J’avais oublié – j’oublie, j’ai cette faculté – d’année en année ce mois si particulier, cet univers de la Balance en quête de l’équilibre juste. La rentrée est arrivée et avec elle, l’envie de profiter des derniers instants de félicité de l’été. La vie à deux a repris sans tension. J’ai lâché les réseaux, retrouvé une forme de sérénité, le gout d’écrire à nouveau ailleurs qu’ici. J’ai pris le temps de jouer, de lire, de découvrir. Avec lui.

Lui, qui doucement prend ses aises, passe du temps avec ses copains, se sent pousser des ailes sur son skate. J’ai un peu oublié les miennes au passage. Chasser le naturel, il revient au galop!

Du vrai temps, planifié, choisi, autre que les quelques minutes du soir et l’heure remplie du matin. Je me suis laissée entrainer par un gros ras le bol de toutes ces belles théories qui pullulent. Un si gros que j’ai oublié que tout n’était pas à jeter non plus.

Après une semaine sous l’eau à rêver de voyages à n’en plus finir, d’agendas à remplir, de réglementations COVID (vivement qu’elles disparaissent!), je sens le besoin d’une vraie pause. Finalement les vacances seront les bienvenues en fin de mois.

Je ressens aussi le besoin de faire le vide de certaines choses et le plein d’autres laissées de côté, l’envie de m’octroyer du temps, juste pour moi, un vrai temps de reconnexion. Finalement peut-être qu’un rendez-vous régulier est ce qui me convient le mieux, même si parfois ça me rajoute des contraintes supplémentaires.

La Balance. Encore et Toujours. Etre prêt à perdre le nord pour mieux le retrouver. Lâcher puis revenir. Faire des essais. Rien n’est écrit ni gravé. Tout à chaque instant est à réinventer.

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Où es-tu Lilia?

Elle est quelque part c’est certain mais où? Quelle mère – quel père – devrait un jour se poser cette question? Personne.

Au moins une certitude. Claire n’en a que peu. Voir même plus depuis ce jour, ce jour si lointain et si proche en même temps, ce jour du début, de la fin, ce jour qui scinde la vie entre espoir et folie.

Jamais de pourquoi dans ses larmes. Tout était là, depuis le début, depuis le premier regard. Tout était écrit, n’en déplaise à ceux qui voudraient que le monde soit autre, que les rituels et les coutumes, les habitudes, les religions ne soient que des ponts et pas des murs. N’en déplaise à ceux qui croyaient penser juste et qui se plantaient magistralement.

Où? Comment? Dans quelle vie? Dans quelle ville? Avec qui? Autant de questions comme autant de tourments, de nuits blanches à vouloir réécrire l’histoire, prendre un autre chemin, choisir une autre fin. Mais pourtant aussi au creux des maux baignés de larmes, une faible lueur dans le noir, un “peut-être” esquissé face à des lois contraires, un sentier qui lézarde.

Et c’est à ça que Claire s’accroche, c’est ce qui la retient de signer son dernier acte. C’est dans ce minuscule espace qu’elle s’engouffre, dans cette souche d’arbre abandonnée qu’elle se nourrit d’un possible. C’est là qu’elle guette le visage de son enfant en transformation.

Tenir pour un jour revoir son sourire, à nouveau entendre sa voix, un jour la tenir dans ses bras. Claire court à tout va, cherche des solutions, appelle, marche beaucoup, travaille surtout pour ne pas s’effondrer. Claire ne reste pas chez elle, par peur des fantômes. Elle bouscule le ciel, la terre, les ténèbres, la poussière. Elle ne sait plus la pause ni l’arrêt. Elle se veut utile. Elle veut du plein face au vide abyssal de l’absence.

Les autres ont fini par retourner leur veste. Quelque part elle l’a cherché. Quelque part c’était le prix du risque. Elle erre dans les couloirs de leurs insinuations blessantes. Elle ne retient pas, elle n’a pas assez de forces pour ce combat là. Elle les réserve pour la seule qui compte: Lilia.

Ce texte est une fiction – inspirée de faits réels

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Balade poétique

A l’heure où le jour baisse ou se lève, je suis à ma table, crayon en main, carnet ouvert sur une page lignée. Un rituel d’il y a longtemps. Que ce soit pour noter les rêves de la nuit, pour mettre de l’ordre dans mes pensées ou juste mettre en forme ce qui me passe par la tête.

J’ai renoué avec la poésie, pas celle du coin de table, entre deux émotions. J’ai renoué avec celle des débuts, celle des premières rimes, celle né du déclin du jour sur un air de Van Morrison, dans une petite chambre d’un quartier Dublinois. La poésie aux accents anglais, la virevoltante dans l’air frais, la poésie de la pluie et des saisons.

J’ai retrouvé l’envie, celle d’écrire et de décrire le monde devant moi avec les vers d’autrefois. Ne plus seulement dire ce qui est mais le faire danser sous mes doigts et me joindre au ballet des mots.

J’ai décoré la couverture de mon carnet. Un écrin pour poser là tout ce qui passe. Un peu moins de chaos et un peu plus de paix. Tout ou presque de ce qui m’émeut et en plein cœur me touche. Un brin de nostalgie à l’écoute d’une chanson, les feuilles des arbres qui se transforment, les nuages en mouvement, un thé fumant.

Et si j’y arrive un jour, le sourire qui se dessine quand je le regarde vivre, rire surtout, oui rire aux éclats, inventer des monde à partir de trois fois rien. Et si je le peux, peut-être, la force élégante de ses mains, ce quelque chose d’insaisissable que je ressens quand mon regard se pose sur la contracture, le tracé des veines, la peau voyageuse.

J’explore des territoires jusqu’alors inconnus, je me laisse porter par ce qui vient, cet air transparent, le tumulte, le silence profond, la grâce de cette nouvelle saison. Et les mots s’offrent à moi comme si ils attendaient depuis longtemps que je retrouve le chemin des poèmes d’antan…

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Photomaton Maudit

@ Derek Lee

Emma ou l’art de se compliquer la vie! Le photomaton est déjà une épreuve de force dans son pays. Mais alors dans un pays étranger, avec des sigles pour lettres, au centre d’une gare ultra bondée, c’est le parcours du combattant. Emma semble aimer ça, les histoires compliquées.

Emma commence à suer, de grosses gouttes, qui dévalent sur ses joues et imprègnent son t-shirt. Le fauteuil en plastique orange lui colle à la peau. Elle n’aime pas les souterrains, ils l’angoissent. Elle n’aime pas ne pas comprendre. Elle se sent seule face à cette machine qui lui répète les mêmes mots sans qu’elle n’en saisisse le sens.

Le fauteuil est défectueux, il ne tourne pas, elle tente alors des positions aussi loufoques les unes que les autres, qui la laissent pantelante et à la limite de l’explosion. Ce n’est pas la première cabine qu’elle teste. A chaque fois, le même rituel. A chaque fois, la même crainte de ne pas avoir la sacro-sainte photo demandée par l’Ambassade. Si elle ne voulait pas se tirer d’ici aussi rapidement, elle pourrait s’offrir le luxe d’un photographe maniant les langues et l’objectif à la perfection.

Mais elle n’a pas le choix. Comme souvent. A la sixième tentative, la photo ressemble enfin à quelque chose. Emma est en eau. Elle a des airs de vieux chien mouillé en quête de repères. Avec son short blanc maintenant transparent et son t-shirt qui met en évidence son absence de soutien-gorge, le “no bra”, une mauvaise idée de plus, elle sort de son antre et se mêle, non sans gêne, à la foule des voyageurs, avide de retrouver l’air pollué de cette ville qu’elle n’a jamais aimée.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Alexandra – Une photo Quelques Mots 412