Posted in Carnets de route, Tout un poème, Variations Littéraires

Contrastes et Variations

Crédit Ornella Petit

Je suis le rouge
Le blanc nuptial
Le noir corsé

Le coton sobre
La soie raffinée
Les dentelles froissées

Je suis la colère
La rage ensanglantée
La joie ensoleillée

Les larmes d’ivresse
L’amour maternel
L’amie attentionnée

Je suis l’amante
Le frisson aérien
Le corps possédé

La puissance illimitée
La force tranquille
L’onde protectrice

Je suis l’arabesque
L’arc prêt à tirer
L’eau sur le bord de tes lèvres

Je suis la passion
Le stylo fou
Le regard doux posé sur tes rêves

La vie sublime
La mort inaccessible
Un sanglot dans la poitrine

Le tumulte des vagues
La cascade entre les rochers
Le rose aux joues, poudré

Je suis l’ombre et ses tourments
La violence tentatrice
L’âme du serpent

Invincible
Charmeuse
Rebelle

Fragile
Douce
Inconditionnelle

Je brave le jour
Pour affronter la nuit
J’embrasse la nuit
Pour adorer le jour

Je suis Eve
Et Venus
Lilith mise à nue
Déesse et Vierge

Contrastes cathartiques
Variations extatiques

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L’éternité à portée de regard

Photo by JV Buenconcejo on Pexels.com

Certains mots ne peuvent décrire l’intensité de ce qui se vit. Ils planent entre l’instant et sa traduction sur le papier. Si je les mets bout à bout, ils pourraient bien faire fuir ceux qui voudraient me lire. Je passerai pour une illuminée. Je serai détentrice d’un mystère que nul ne souhaite approcher.

Et pourtant…

Dans l’éclosion du désir, dans l’élan qui pousse mon corps contre son corps, quelque chose s’éteint en moi, une nouvelle flamme s’allume. Je ne suis plus dans le « devoir », je n’évolue plus dans un souci d’être ce qu’on pourrait attendre de moi, ce que je considère comme « bien » ou « mal ». Je ne porte plus d’étiquettes, celles que je me mets seule d’ailleurs. Je ne réponds plus à de quelconques injonctions.

Si je me laisse couler dans cette fusion, si je lâche prise, mes peurs, mes doutes s’éloignent, mes responsabilités ne me paraissent plus si lourdes à porter.

L’étreinte est saturée de sentiments qui s’expriment sans verbiage. Elle sera soit douce, violente, enveloppante, intense, en fonction de ce dont mon corps a besoin. Je me poserai dans un espace sans contrainte autre que celles auxquelles j’adhérerai.

Si je ferme les yeux, le ressenti sera différent. D’autres sens prendront le relais. Je me livrerai peut-être plus effrontément, sans mon regard posé sur un quelconque « trop » ou « pas assez ». Si je cale ma respiration sur la sienne, alors je me fonds dans son univers. Nos désirs s’ajustent. Nos êtres créent une dimension qui n’existe que dans cette bulle-là – celle d’ébats qui nous relient à un cycle fait de dépossession de soi et d’éternité à apprivoiser.

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Je te…

Photo by SHVETS production on Pexels.com

L’espace entre
Pores à la limite du corps
Effleurer le manque
La fièvre entre les interstices
Funambule en quête de risque
Attente impétueuse
Frissons fous à la base du cou

Je te
Voeu entier
Offert
Voeu chasseur de possibles
À la surface des cils

Je t’attends
Dans un temps impatient
Entre les fibres
Des voiles sur mes jambes nues
En pleine rue

Je te
Désir intense
Cruel
De ne pouvoir
Devoir de patience

Quand tout de toi m’appelle
À la célébration des sens

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Créer demain

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Egrener les souvenirs
Pépites de vie se glissant dans la mer
Gisements de terre
Or, argent, pierres

Temps d’avant gardé
Comme un trésor sacré
Nos voix mêlées

La marée est passée
Vagues, à l’âme secouée
Sable par l’écume ensorcelé

Egrener les souvenirs
Pour faire revivre l’histoire
A la lumière des nuits d’ivoire
Moments d’intense espoir

Dessiner demain
Sans laisser nos mains
Se perdre aux confins
D’une histoire ancienne

Hier fut aux couleurs de l’été
Saison sans faille avérée
Cœurs scellés
Pour le meilleur

La vague a chahuté
Nos corps séparés
Tels des chiens enragés
Lâchées les peurs

Nouveau matin
Perles de pluie sur le chemin
Complicité aux creux des reins
Infatigables créateurs de notre destin

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Se retrouver

Photo by Pixabay on Pexels.com

Froissé de soi
Le rouge aux joues
D’or et de bronze
La peau parée

Souplesse des dentelles
Lignes accordées
Sur les épaules
Fragiles d’oser

Mon corps entier
Chante les louanges
Baiser chaste
Sur la peau des hanches

J’oublie le temps
Amarrée aux étoiles
Transparence des sentiments
Dans le murmure des voix

Vol au vent
Photographies d’un souvenir
Retrouver le plaisir
De se désirer autrement

Se dévêtir des habitudes
Croisements serrés
Besoin viscéral
De se posséder

Faire renaître des cendres
Comme un Phénix amoureux
La magie d’un premier rendez-vous
La tendresse d’une audace

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Vague(s) E-maux-tionnelles

Photo by Johannes Plenio on Pexels.com

Face à la vague vertigineuse
Les secrets explosent
Le cœur se pose
Sur une hypothèse scandaleuse

Face à la vague vertigineuse
Le corps implose
Le cœur se décompose
L’ombre joue les entremetteuses

Face à la vague vertigineuse
Les blessures s’exposent
Le cœur se livre en prose
La mort en intraveineuse

Des émotions
Comme des glaçons
Qui percutent la raison

Des traces
Comme des menaces
Qui perforent la glace

Autant de saisons
Vide, chute, abandon
Mourir à soi-même
Laisser passer la haine

Laisser aller la peine
Renaitre à soi-même
Vide, lumière, ascension
Retrouver la passion

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Pour lui plaire…

Photo by Gabb Tapique on Pexels.com

Elle a arrêté de se maquiller les yeux
Elle a donné son chat au voisin
Elle a troqué son vernis rouge contre du vernis transparent
Elle a changé la place des meubles
Elle a arrêté de manger de la viande
Elle a quitté son équipe de hockey
Elle a lâché sa formation en ligne
Elle a commencé à cuisiner différemment
Elle a abandonné ses rêves d’ailleurs
Elle a troqué ses jupes courtes pour une longueur plus acceptable
Elle a déposé dans une boite à livres ses romans d’Anais Nin
Elle a dit adieu à son café du matin
Elle a stoppé net toutes ses relations avec ses amis
Elle a commencé à moins voir ses amies
Elle a laissé pousser ses cheveux
Elle s’est fait percer les oreilles
Elle a vendu sa moto
Elle s’est prêtée à des jeux indélicats
Elle a renié ses valeurs
Elle a adopté son rythme de vie
Elle a fait siens ses combats
Elle a complètement oublié les siens

Elle ne lit plus le soir
Elle ne sourit plus dans la rue
Elle n’appelle sa famille que quand il n’est pas là
Elle ne donne pas son avis sans y être invitée
Elle ne sort plus boire un verre le samedi soir
Elle ne mange plus de chocolats ni de viennoiseries
Elle ne porte plus de maillots deux-pièces
Elle passe ses vacances dans des lieux qu’elle ne choisit jamais
Elle ne participe plus à la Gay Pride
Elle ne fait plus les vides-greniers

Sans s’en rendre compte
Elle a troqué son identité contre une vie de masques codifiés
Pour lui plaire

Je suis certaine que le “elle” de ce texte peut être remplacé par “il” dans bien des cas. Et que cette liste n’est pas exhaustive non plus. Mais juste un aperçu de ce qu’on change parfois en nous pour plaire à l’autre. En pensant, à tort, que c’est juste. Et en se perdant bien souvent par la même occasion. Etre soi est la seule valeur sûre qui soit. Et si cela ne plait pas, c’est que nos chemins ne matchent pas.

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Quête d’absolu

Photo by GEORGE DESIPRIS on Pexels.com

A l’heure où je pose
Posais
Ces mots sur les lignes du cahier
Choisi pour recueillir les fragments de mes pensées
Tes pieds goutaient à la fraicheur de l’eau

L’amour est liberté
Ou ce n’est pas de l’amour
Ou l’amour est empêché
Dans un engagement
Une promesse
Qui le contrôle, le modèle
Rassurant sûrement
Rassurant de penser que nous pouvons
Le tenir entre nos mains
Qu’il est bien là
Bien au chaud
Qu’il ne s’envolera pas
Si on y fait bien attention
Rassurant et pesant
Cet amour comme lié
L’absolu entravé dans son épanouissement

Loin, l’amour prend son envol
Paré d’ailes qui l’emmènent
Plus haut que les gratte-ciels
Plus haut que les limites de la terre

L’amour n’est pas d’ici
Il est des profondeurs
Il est le mystère incarné
Celui qui nous plonge
Dans d’autres réalités
Insoupçonnées
Il est du ciel et des étoiles
Morceaux d’atmosphère vagabonds
Il est le cœur de vérité
Un cœur sans souffrance
Et sans attente
Cœur ouvert aux possibles
Aux accents extra-terrestres

Nous pouvons l’approcher
Le respirer
Mais nous ne pouvons pas parler de l’amour
Tant que de sa définition nous sommes prisonniers
Attachés comme des esclaves
A ce qu’il peut prendre et donner
Avides de preuves, de promesses
Démembrés quand l’amour file
Qu’il réclame ce qui lui appartient

L’amour
Le nôtre
Libre et vivifiant
Quand j’ose le laisser être
Douloureux et contradictoire
Quand le doute s’immisce
Quand l’amour se tait face à ce qui le dépasse

Je suis alors là où l’esprit erre

En quête de réponse
Savoir dire pourquoi je choisis toujours
L’ombre plutôt que la lumière
Les voies sans issue
Les chemins sans balise

on là où l’amour embrase le monde
De son incandescente clarté lunaire

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Je suis…

Photo by cottonbro on Pexels.com

Je suis le sang mêlé au souffre
La flèche qui transperce le cœur du guerrier
Je suis la haine au bord du gouffre
La déchéance, l’inhumanité

Je suis la bombe larguée
Au dessus d’une ville en pleurs
Je suis le silence terrifié
L’innommable et insondable peur

Je suis celui qui viole
Et celui qui pille
Je suis celle qui s’immole
Ces enfants qu’on assassine

Je suis les ténèbres capricieux
La mort qui crie
Je suis le caprice ténébreux
Le bourreau et ses furies

Je suis le vide et le plein
Sans arrêt en mouvement
Je suis le néant assassin
Le chaos entêtant

Si je ne suis que ça
Je disparais
Entité fragmentée
Je me dissous dans l’air

Je suis la résilience
Le sourire de l’enfance
Je suis le merveilleux en transe
L’ idéaliste espérance

Je suis la lumière dans la pénombre
L’or pur au pays des nombres
Je suis la voix derrière les ombres
L’amour qui devient onde

Je suis l’affirmation
L’émotionnel en action
Le corps livré à la passion
L’esprit de l’illumination

Je suis la confiance
L’être en pleine conscience
Le Divin sans obsolescence
Je suis l’ère de l’évanescence

***

Il est, selon moi, impossible de vivre sans toutes ces parts. Nous ne sommes jamais tous blancs ou tous noirs. Il y a en nous ce que nous aimons et détestons chez l’autre. Ce dernier agit comme un miroir, à nous d’avoir les yeux pour voir!

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L’attente de l’été

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Quelques larmes pour quelques vies
Quelques maux accrochés aux jours
Je ne changerais rien
Je changerais tout

Puis les larmes apaisent le tumulte

Je tremble parfois entre les draps
De ne pas avoir assez
Assez de temps
Assez de toi

Je tremble pour les moments
Où tu n’es pas
Pour tout ce qui se joue ailleurs
Pour les mystères autour
Ce qui ne se sait
Ce qui se tait

Pour tout ce qui m’empêche
Je tremble comme un oiseau surpris par le froid
Un hiver arrivé trop tôt

Je veux l’été, moi
Les jupes qui volent
Les possibles de tes doigts
Sur ma peau offerte

Je veux le soleil brûlant
Le désir ardent au creux des reins
La nuit si bleue de Paris
Ton sourire qui s’accroche à mes mains

Je veux la liberté et le voyage
De ton cœur au mien
Cette sensation d’être invincibles
Qui nous tient

Je veux la lumière choquante du matin
Sur nos corps enlacés
L’effluve de ton désir sur ma bouche ouverte
Pour accueillir le nectar de tes plus intimes pensées

Je veux jouir du jour
De la joie d’heures volées
A l’horloge de nos vies
Ne rien regretté, si ce n’est,
D’en avoir abusé !

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Un chemin de guérison #1

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Dans ce poème, j’évoquais les fantômes de 2010, ceux-là même qui ont marqué mon chemin de vie. Mais comment parler d’eux sans parler d’aujourd’hui aussi. Tout est imbriqué. Tout est lié. Il n’y a pas de temps à proprement parlé, juste un fil qui se détend à mesure que je pose les mots sur le papier.

La poésie est bien ce qui m’aide à lâcher, pas à pas, à aller en profondeur. On peut soigner vite, avec un peu de baume apaisant, une couche de crème, un peu d’alcool, quelques gouttes d’huiles essentielles. Mais n’est-ce pas juste la surface. Le traumatisme interne reste identique et alors on ne comprend pas pourquoi un mot, un geste, une émotion a le pouvoir de ramener la blessure en pleine lumière.

Je crois qu’il faut aller à son rythme, ne pas avoir peur ni du noir, ni des fantômes, mais se sentir prêt pour le grand plongeon dans les profondeurs de la terre. Pour revenir, plus vivant encore, plus libre.

Je commence donc cette série d’articles, qui pourraient former un livre, c’était l’idée de départ, mais là encore j’ai changé plusieurs fois d’avis! Tous ces poèmes je les écris au fil du temps, au gré des émotions, des instants qui viennent me cueillir et me demandent de m’abandonner au flot des pensées qui me traversent.

Le fil conducteur, c’est l’emprise, le corps, le coeur, la liberté. Ca sonnera peut-être complètement flou, fou pour vous, mais pour moi tous ces mots mis bout à bout ont un sens et surtout, avant tout, m’offrent de cheminer vers la guérison et la paix.

Il y aura beaucoup de noir, parce que fut un temps c’était la couleur de mes jours et de mes nuits, ce brouillard épais dans lequel je ne faisais que m’enfoncer et qui a bien faillit me couter la vie. Mais il y aura aussi beaucoup de vie, d’amour, d’étincelles, parce que c’est ce qui depuis toujours et pour toujours fait de l’existence une aventure éblouissante!

***

Tu es venu, sans cheval blanc
Donner au corps la liberté d’exulter
De ses chaines se libérer
Nœud coulant se détendant au contact de ton corps

Moi, je me suis laissée aller
Laisser faire le temps dit-on
Qu’il est souverain en la matière
Laisser la magie de ta peau irriguer la mienne

Sans ton regard sur mes courbes
Mon corps se cache encore
Son plaisir se dissimule derrière une plainte
Qui de mes hanches part
Pour se perdre dans l’inconfort du passé

Il se loge là le prix de ce que j’ai cédé
Pour une poignée de promesses dérisoires
Le prix du corps qui se consume
Et du désir qui se plante de chemin

Avec toi, je suis femme
Sans toi, je redeviens cet autre
Ce semblant qui se faufile
Pour ne pas attirer les regards
Ce quelque chose qui manque d’audace
Cette plaie que je suis seule à pouvoir nettoyer
Si je mets le doigt dessus elle me faut mal
Elle brûle, elle suinte, elle ne sait plus de quelle vie elle est
Ni à quel espace elle appartient

Je la sais là et je la laisse
Un miracle suffirait à la faire disparaitre
Pour combien de temps ?
Combien de larmes ?
Combien d’émotions serrées là
Entre le cou et le cœur
Entre ce que je tente de dire
Avant de repartir sans m’en être occupée

Ca attendra
Tant d’autres choses attendent
Tant d’autres priorités
Je n’en suis pas une pour moi-même
Je serai même la dernière option

Alors la blessure demeure
Profonde plaie qui s’agace de mon manque
Qui ne sait plus comment se faire entendre
Mais se plie à mes exigences

Son heure viendra
On ne peut pas reculer indéfiniment
Sans commettre de dégâts

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Le temps de ce qui fut

Photo by Fernando Cabral on Pexels.com

Nous ne sommes jamais très loin des nouvelles qui dérangent, qui viennent comme un grain de sable perturber la marche de notre monde. Ce que l’on croyait acquis et ce qui d’un coup n’est plus. Deuils, séparations, nouveaux départs.

C’est un peu comme les cycles, comme les marées qui déposent sur le sable le fruit de leur récolte et puis les vagues qui repartent en quête de nouveaux horizons. Tout parait fort, tout est fragile. Tout nous apparait d’un coup tel que ça a toujours été, tel que nous ne voulions pas le voir, nous y étions tellement habitués.

Les habitudes, justement, quand sont elles fiables, quand deviennent-elles dangereuses? A partir de quand devrions-nous savoir que quelque chose ne tourne pas rond, qu’il y a comme une faille dans les rouages? Avec le recul, on se souvient, on pourrait presque dire le jour et l’heure exacte, ce qu’on a ressenti, cette intuition profonde, cette sensation intense, déstabilisante qui est venue titiller nos certitudes. Et puis la vie a continué, comme si de rien n’était, fidèle à elle-même.

Les sentiments sont-ils faits pour durer éternellement? Est-ce qu’il y a quelque chose qui fait que pour certains, c’est une histoire à vie et que pour d’autres, c’est juste quelques pas sur le chemin? Pourquoi est-ce que parfois ça tient et parfois ça lâche, en laissant un vide comme une balle d’obus dans la roche?

Sommes nous tous à risque ou bien, existe t-il un de ces secrets bien gardés qui fait fi du temps et des années, des aléas de la vie, des chemins pris et qui offre un équilibre à tout jamais indestructible?

Hier encore, nous faisions tous partie de la même entité, de la même amitié et puis le décor change et il faudra s’habituer, à ne plus rire ensemble, à ne plus vivre à côté. Il faudra le temps pour pouvoir parler, de ce qui fut, sans sentir le cœur au bord des lèvres et les yeux mouillés, le temps d’apprendre à vivre sans, mais sans les souvenirs c’est un pari impossible. Alors le temps pour que les souvenirs se teintent d’une douce nostalgie, sans regret et sans heurt.

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La vie après la vie

Photo by Maria Orlova on Pexels.com

Mine de rien, les jours passaient et Lise prenait plaisir à jardiner, entre les roses qui dansaient dans les bosquets et l’arbre centenaire qui toujours veillait.
Elle remarquait chaque matin les nouveautés, petites graines devenues arbustes, mousse délicatement parfumée de quelques gouttes de rosée. Les oiseaux picoraient les restes de pain sur l’herbe, aux reflets émeraude, sur lesquels ses pieds glissaient comme ceux d’une ballerine sur une scène désertée.

Son jardin était ce lieu, riche d’espérance, gagnant en beauté à mesure qu’elle allait et venait dans les allées, avec son chapeau de paille sur la tête pour se protéger des rayons du soleil de mai, déjà taquin.

La peur de ne pas y arriver restait quelque part ancrée, mais lui semblait perdre en intensité à mesure que les souvenirs se faisaient plus légers. Elle ne pouvait oublier ce qui avait été, leurs mains posées sur le muret, les yeux dans le vide, à se susurrer des mots tendres, à écrire les lignes de demain. Cinquante ans ce n’est pas rien!

Il y avait eu le vide à apprivoiser, le silence un peu lourd des jours “sans”, apprendre à lâcher ses produits ménagers, qui lui donnaient l’illusion de laver son chagrin, envoyaient valser ses besoins. Loin, très loin.

Et puis par la fenêtre un matin, le printemps, quelques boutons rosés, le chant cristallin des moineaux perchés, un vent léger, le renouveau en mouvement, la vie, comme un appel, à honorer.

Ce texte est ma participation aux Plumes chez Emilie. La récolte de la semaine est la suivante: TENDRE JARDINER EMERAUDE RAYON ARBRE RENOUVEAU ESPERANCE GRAINE PEUR CHAPEAU DANSER SOLEIL MOUSSE MENAGER* MINE

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Dans le corps d’une autre

Photo by Anete Lusina on Pexels.com

Quand le sang coule
La période se veut chaste
La femme attend la pause
Qu’elle accueille comme un cadeau
Reprendre le contrôle de son corps
Apaiser le chaos de son cœur

Elle n’envisage pas le creux
Celui dans lequel pourtant on se glisse
Sans ménagement
Jambes écartées pour recueillir
Le plaisir tabou
Qu’on ne se donne pas seul
Au risque de frôler le néant vengeur

Temps de femme
Qu’on ne respecte pas
Un va et vient sans âme
Qui va plus loin
Toujours un peu plus
Comme si c’était autorisé

Temps rouge sang
Sur le drap blanc immaculé
A l’intérieur le corps se serre
L’invitation est imposée
Les cuisses rougies par
Le silence d’une masturbation orchestrée
Pour éviter le châtiment d’un Dieu manipulé

La femme est, sans être
Là, pour le plaisir d’un autre
Assommée par la demande insistante
Les cuisses enduites d’huile
Pour apaiser la brûlure
Qui de jour en jour s’étend
Qui de jour en jour ploie face au néant

Osera-t-on aller au-delà
Violer la porte du sanctuaire
Celui qu’elle protège d’intrusions saccadées
En ce temps privilégié ?

Osera-t-on s’immiscer
Dans les méandres de l’intime
Plus profondément encore
Que ces caresses égoïstes ?

La femme disparait
Laisse l’autre faire ce qu’il a à faire
Elle abandonne la partie
Vole, son esprit au-delà
La scène en bas est jouée par une autre
Qui de peur, dans l’incompréhension, se noie.

Ce texte est extrait de mon prochain recueil de poésie “2010”, qui sera partagé ici en PDF (sur don libre) et en Papier (si quelques personnes sont intéressées)