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A l’heure du départ

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Je pensais que je trouverai, que je trouverai autre chose que ce vide. Je pensais qu’au milieu du chaos tu aurai laissé une trace d’un quelconque amour. Je pensais qu’au milieu de ton fouillis, il y aurait un petit quelque chose pour me dire, nous dire comment tu avais vécu, aimé, un petit rien pour que l’on comprenne un peu mieux ce chemin.

Force est de constater que nous faisons tous partie d’un rendez-vous raté. Au chagrin de ta souffrance, sur ce lit d’hôpital, il y a de la colère et une émotion que je ne sais comment nommer. Ta souffrance, elle, te rend humaine pour la première fois. Et je saisis chaque opportunité de venir au contact de ta peur, de ta peau tâchée, de ta chute programmée comme pour me nourrir de ce qui m’a tant manqué.

Plus ça dure, plus c’est dur. Un jour je me dis que je suis prête à faire table rase, à ne retenir que le meilleur. Et puis mon cœur s’emballe et je perds les pédales. Seule avec mes vagues, j’oscille comme un instrument désaccordé. J’ai envie que cette violence dans laquelle nous avons baigné prenne fin, que tu partes vite et bien, que tes maux se taisent pour que les miens puissent s’apaiser. J’ai envie que cette agonie cesse, pour toi, pour nous.

Au fond, dire aurevoir est toujours un passage, même quand l’amour a été blessé. Il y a tant de choses à laisser parler, passer, à laisser aller avec le courant de la vie qui doucement s’enfuit. Je ne sais pas ce qu’il faut garder, quels souvenirs, ce qu’il faut de courage pour oser tout abandonner, pousser la porte, la refermer et ne plus y revenir.

Je ne sais pas répondre aux questions. Je ne sais pas dire quel manque sera là quand tu ne seras plus. J’essaie les mots mis ensemble pour dire ce “nous”. Je retiens ce qui s’attache depuis toujours que l’amour ne suffit pas, qu’il ne peut rien, qu’il peut errer des années sans trouver de repos.

J’espère que dans le tien, le mien trouvera la clé de ce que je tais pour ne pas me blesser.

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Nouvelles injonctions: Arrêtons le massacre!

Avertissement: Dans ce texte je vas partager mes états d’âme du moment. Si vous n’avez pas envie de les écouter, passer votre tour. Ca évitera les commentaires du style “mieux vaut voir le verre à moitié plein” ou “il y a un truc derrière ton émotion”. Je vais être franche je m’en contrefous royalement, là, maintenant, j’ai juste envie de dire ce que j’ai à dire. Point barre.

En relisant le commentaire de Mijo sur mon article Regarder les gens couler je me suis rendue compte que la tendance actuelle nous collait sur le dos de nouvelles injonctions, en lieu et place de celles dont nous tentons de venir à bout. Nous sommes passés du “sois fort”, “pense aux autres” ou “fais plaisir”, au “ose”, “pose tes limites”, “sois authentique” ou “prends soin de tes émotions”.

Dans cette course au perfectionnement de soi, nous sommes semblables à des robots. Nous sommes tous appelés à lâcher nos masques, à sortir de notre zone de confort, à vivre nos émotions, à vivre l’instant présent. Quand aucune de nos vies ne se ressemble. Nous sommes lobotomisés avec toutes ces théories du bien-être qui nous inculquent la recette magique pour une vie qui a du sens. Au final rien ne fait sens.

Les psychologues – les vrais, ceux qui ont fait des études en ce sens, et non ceux qui se sont improvisés thérapeutes en trois semaines de formation intensive – sont unanimes, la France est en grande souffrance. Et pourtant nous vivons dans un monde où le bonheur fait la une des étagères des librairies.

En vérité, toutes ces phrases sont des bombes, toutes ces citations positives sont d’une violence sans nom. Elles génèrent culpabilité et mal être. Elles imposent une manière de voir et d’être qui met de côté le psychisme humain. A les croire, nous serions créateurs de notre réalité. Imaginez vous dire ça à un enfant victime de sévices. Ca remet sacrément les idées en place, non?

Sans compter que nous devenons, à force, tous des moutons alors même que l’industrie du développement personnel nous promet des techniques pour devenir nous-mêmes! La bonne blague!

Dans notre monde, il n’y a plus de place pour le dépassement de soi, pour l’émotion pure avec laquelle nous tentons de composer, il n’y a plus de place pour les maux qui nous bousculent, il n’y a d’ailleurs plus que nos thérapeutes pour nous écouter, sans nous rabâcher que tout est cycle et que tout passe, qu’on tire toujours du positif de nos expériences traumatisantes, qu’il faut R-E-L-A-T-I-V-I-S-E-R.

Imaginez quelqu’un qui ne sait pas nager, à qui on demande de sauter du plongeoir. C’est incohérent et dangereux. C’est la même chose pour la zone de confort ou tout autre “ose” en début de phrase, sans accompagnement thérapeutique, c’est suicidaire. Mais aujourd’hui on veut nous faire croire que c’est notre unique salut, que nous en sommes tous capables, qu’il suffit de le vouloir. A croire que si nous échouons, nous sommes des ratés. Quoi de mieux pour aller plus mal!

Je suis fatiguée de tout ce que j’entends, de tout ce qui me / nous tire vers le bas. Je suis fatiguée des personnes qui ont toutes les réponses, qui croient détenir l’ultime vérité (tout en te disant qu’il n’y en a pas), je suis fatiguée d’entendre les mêmes mots tout le temps (notamment le” ça va?” qui m’horrifie et que je me surprends moi même à prononcer parfois) , je suis fatiguée de tout ce qu’on nous demande d’être sans cesse, jusqu’à ce qu’on s’écroule parce que ça ne nous correspond pas, je suis fatiguée des masques qu’on ôte pour en remettre d’autres (en pensant qu’on n’en porte plus).

Voilà je suis fatiguée de toute cette pression à créer une meilleure version de nous-mêmes tout en acceptant nos fragilités, en dépassant nos peurs, en accueillant nos émotions, en osant dire stop, en étant empathique (sans porter les problèmes des autres), en prenant soin de nous (sans sombrer dans l’égoïsme). Et tout ça en gérant harmonieusement notre boulot, notre budget, notre vie privée, notre vie de famille, en faisant du sport et du bénévolat, en étant positif et en ne laissant pas la morosité ambiante nous atteindre…

Pas étonnant alors que nous soyons tous à plat, complètement paumés et à la limite de l’asphyxie!

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Ce soir, ça ira mieux

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Ce soir, j’aurai épuisé tous les points qui me tiennent en déséquilibre, mes pensées se seront apaisées. Ce soir, je serai à nouveau pleine de courage et d’espérance, je prendrai sur moi sans décharger mon malaise et ma peine. Ce soir, je serai revenue des profondeurs dans lesquelles mes doutes prennent toute la place.

Ce soir, je referai peut-être ce rêve de l’ascenseur qui ne descend jamais, qui fait des circonvolutions à l’horizontal, qui tourne vite et me donne la nausée. Ce soir, il faudra que je pense à écrire mon rêve pour savoir de quoi il me parle.

Ce soir, je ferai fi des irritations, de la fatigue, je planquerai ma colère dans un coin et je tenterai de prendre tout (ou presque) à la rigolade. Ce soir, je tenterai d’écrire, de décrire ce qui me traverse pour faire la lumière sur le flou.

Ce soir, il y aura peut-être un sourire derrière la porte, et si il n’y en a pas, je tâcherai de ne pas le prendre personnellement. Je tâcherai à l’avenir, quand ça sera possible, de ne rien prendre personnellement.

Ce soir, ça ira mieux parce que je le veux. Et même si ça ne va pas, je garderai encore et encore les tensions à distance, je retiendrai les quelques minutes en suspend qui viendront gommer ces matins silencieux et ces samedis qui décrochent.

Ce soir je tâcherai de lâcher prise, de ne pas m’offusquer d’un mot parti trop vite, d’une énième négociation. Ce soir, j’écrirai sur tout ce qui me défait. Pour réussir à me refaire…

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Les Etats d’Esprit du Vendredi 20.05.2022

Voici l’heure des états d’esprit, avec une pensée chaleureuse aux deux fondateurs de ce rendez-vous incontournable et fédérateur (Zenopia et The Postman).

Photo: de la pluie sur la nature…
Fatigue: on en parle vraiment?
Humeur: floue
Estomac: purée de petits pois, quiche et fromage
Esprit: tente de prendre du recul

Cond. phys / Bien être. : braderie du quartier (oui c’est sportif!), yoga flow matinal, yoga nidra et danse – une conférence très intéressant sur l’alimentation, les chroniques de France Inter

Projets: en pause cette semaine. Une manière de prendre soin de moi

Culture: The Karate Kid avec loulou, HPI, A quelques secondes près de Harlan Coben, C’est décidé, je m’épouse de Nathalie Lefèvre (offert par mon amie Sand)
Penser à: rien

Les jolis moments: le soleil, un brin de vent frais, la braderie du quartier, de bons bouquins, déjeuners entre collègues, mails

Message perso: (1) Je voulais que tu passes de bonnes vacances (2) J’espère que tu te sens mieux (3) Merci pour tes messages (4) Tu as le droit d’être content que tes projets avancent

Loulou: grandit vite, vite, vite…
Amitiés : au téléphone et bientôt pour de vrai
Love : en vacances, à l’écoute

Sorties : activité bénévole demain, pique-nique dimanche, visite à l’hôpital aussi
Essentiel: se rappeler que rien ne nous prépare jamais à perdre nos proches
Courses: une casquette pour loulou, marché
Envie de: souffler
Zic: Avi Kaplan (découvert chez Isa)

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Atelier d’écritude #15

Je fais souvent la rencontre fortuite
D’une femme inconnue, que j’aime, qui n’est que fuite
Et qui n’est, chaque fois, que pur accident
Jamais au grand jamais, elle ne me comprend.

Mon esprit s’emballe et mon cœur transparent
Ne cesse d’être un problème
Pour elle seule, qui pour un idiot me prend
Elle seule ou tout son écosystème ?

Est-elle brune, blonde ou rousse ? J’essaie d’oublier
Son nom ? Je ne veux pas y penser
Comme ceux des autres qui m’ont laissé tomber

Sa dureté fait penser au regard des statues,
Et, pour sa voix, n’en parlons pas, elle à
L’inflexion scandaleuse de ceux que l’on nomme « parvenus »

L’exercice n’était pas simple mais il a été relevé avec brio! Retrouvez les participations ici – avec un nouveau participant à l’atelier: Chez Sweet Things, Chez Isabelle-Marie, Chez Josée, Chez Mijo, Chez Marinade d’histoires, Chez tiniak

***

Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte ou un poème à partir des données suivantes: “Anciennement gardien de la paix, Marion Blédine a lancé un atelier de réparation et d’entretien de radiocassettes au rez-de-chaussée de son ancien bureau. Elle nous raconte sa reconversion.

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Regarder les gens couler

Je parle dans le vide. J’écoute mais je n’ai rien à apporter. J’écoute voilà. J’essaie, sans porter de jugement. Parfois, j’en porte. Je vois les gens couler et je les regarde perdre leurs forces, perdre leur santé, leur courage, leur volonté.

J’alerte, je dis les dangers mais je sais que ça ne change rien. Les gens s’écroulent et mes mots paraissent sans âme. Quelle est la valeur d’un “prends soin de toi” quand l’autre avoue être à bout de souffle? Quel est son poids quand tout tire vers le bas, quand les valeurs érigées en règles absolues ne sont que des mots dans l’air.

Tous les jours je suis le témoin d’individus qui n’en peuvent plus, qui tiennent pour un crédit, qui se flinguent le cœur, le corps pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Tous les jours, je reste là les bras ballants à attendre le bruit de couloir qui dira “elle est en arrêt ou il a fait un burn out”.

Je brasse de l’air face à des personnes qui ne veulent plus, qui ne savent plus, qui sentent que la partie est perdue pour elles, qui travaillent sans pause déjeuner, sans pause famille, qui sont connectées à 7h du matin, répondent au téléphone à 21h le soir, qui abrègent ou annulent leurs congés, qui donnent tout et trop.

Je suis le témoin d’un calvaire sans fin. Je me demande si un jour on ne me dira pas que mon silence équivaut à une “non assistance à personne en danger”. Quand on voit quelqu’un qui se noie on appelle les secours, si on est formé, on plonge pour le ramener sur la rive. Quand on voit quelqu’un qui perd pied, on entend la sempiternelle phrase toute faite “on ne peut sauver personne sans son consentement”. Le presque noyé n’avait pourtant rien demandé lui non plus…

Alors, en attendant, je me tais et je regarde les gens couler.

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A l’heure des aurevoirs

A chaque annonce de séparation, les mêmes questions reviennent comme si quelque chose bloquait, comme si il me fallait comprendre. Comprendre comment, pourquoi d’un coup tout s’effrite, d’un seul coup. Comprendre pourquoi des gens qui semblaient heureux, en phase, décident un matin de prendre des chemins différents.

Je ne cesse de me demander si, si chacun avait été un peu plus attentif, si chacun s’était écouté, avait écouté l’autre, si chacun avait osé dire que ça n’allait plus si bien

Et puis peut-être que c’est juste la vie qui est comme ça, que je n’arriverai jamais à percer ce mystère là, comme tant d’autres. Et puis qu’est-ce qui je connais au couple, à la vie à deux du quotidien, aux habitudes qui s’ancrent, au chaos qui ne fait plus sens, aux opinions qui divergent, aux sensations qui se brisent.

Moi, je suis juste spectatrice de ces aurevoirs, de ces unions sur le déclin, de ce que certains cachent si bien et de ce qui explose chez d’autres. Je ne suis que la main qui tente de venir à bout des points d’interrogation qui se forment sur la banquise des sentiments perdus.

Ils ne vont pas plus loin parce qu’il n’y a plus d’avenir, alors ils ferment les portes communes pour en ouvrir d’autres. Ils n’ont rien de plus à dire. Ou parfois ils esquissent un “si on avait su se parler” et puis ils quittent la scène, ils laissent leur place.

Je ne suis que le témoin de l’amour qui se fane et je ne saisis pas comment tout a pu arriver si vite, sans que je ne me doute de rien. Alors je me tourne vers ceux qui durent, vers ceux qui semblent tenir malgré les frasques du vent, ceux qui font peut-être tout simplement comme ci – histoire de ne rien gâcher d’autre, ceux qui s’estiment chanceux, ceux qui se disent heureux.

A mesure du temps qui passe, l’amour se sera maintes fois carapaté et se sera toujours recréé. Avec plus ou moins de blessures, de couches de protection pour résister aux chocs, de craintes, de doutes et d’espoir. Oui beaucoup d’espoir pour y croire à nouveau, cette fois pour de bon, jusqu’au prochain virage non anticipé ou la prochaine vague salvatrice.

Posted in Sensibilisation Violences Conjugales

Sensibilisation Violences Conjugales #5

Au chapitre des violences, on en distingue plusieurs: la violence physique (la plus visible), la violence économique, sexuelle, morale, psychologique, dans certains cas la violence religieuse…

Les coups font mal, les mots font mal et le silence tout autant. Quand je parle de silence, je ne parle pas des quelques minutes ou parfois quelques heures pendant lesquelles deux personnes en conflit ne se parlent pas et boudent dans leur coin, ni du silence consenti entre deux conjoints qui ne souhaitent plus communiquer, ni du silence comme moyen de se protéger face à des personnalités toxiques et dangereuses (cette forme de silence est celle qui est préconisée aux individus qui fuient une relation d’emprise, de violence)

Je parle du silence qui s’impose pour une raison obscure, le silence comme punition parce qu’on a un peu trop souri au voisin de palier ou demander de baisser le son de la télévision au mauvais moment ou oublié de changer les draps, le silence méprisant qui écarte, met de côté, va jusqu’à nier l’existence, la réalité d’une personne.

Je parle du silence qui dure au-delà de quelques heures, qui peut atteindre des jours voir des semaines.

Je parle du silence qui renvoi une personne à l’état d’objet et encore un objet on en prendrait un peu plus soin, un silence oppressant qui vient grignoter tout ce qu’il peut rester d’humanité dans un corps, un silence qui porte atteinte à la dignité.

Je parle du silence qui creuse le lit de la peur à l’intérieur, peur du bruit dans la serrure, peur d’un regard, peur de l’assiette qui tombe par terre, peur de la nuit et des corps qui se rapprochent.

Je parle du silence comme un mur – les mots flottent et se cognent, les maux grandissent. Un silence comme un coup de poing à chaque tentative de dialogue. Un silence qui amplifie une crise.

Je parle d’un silence froid, inquiétant, que rient ne semble pouvoir briser, le silence qui quitte la pièce dans laquelle vous êtes, qui vous ignore dans la rue, qui refuse tout contact, qui prend ce qu’il a à prendre, qui vous tue à petit feu, sans que personne ne se rende compte de rien.

Le silence est un fléau, une violence sourde et muette, qui abîme l’intérieur des êtres et les pousse au bord de l’abîme.

Posted in Atelier Ecriture L'Atmosphérique

Atelier d’écriture #14

Vivian réfléchissait et plus il réfléchissait, plus le tintamarre dans sa tête prenait de l’ampleur. Un vrai orchestre avec trompette et cymbales. Il se demandait bien comment une idée aussi saugrenue avait fait son chemin dans sa calebasse. Le revoir, après tout ce temps, dix ans, invraisemblable ! A quoi ça pouvait ressembler des retrouvailles dans la même ville, au même endroit, avec les mêmes individus et entre temps, des souvenirs, des blessures, des départs, des remords ?
Retrouver son numéro, le composer, hésiter, résister, puis parler derrière le combiné. Il s’était esbaudi au timbre de sa voix, juste un peu. Quelques minutes et un rendez-vous pris : le café du boulevard, celui des grandes nouvelles, avec les lampes de toutes les couleurs, à 19h tapantes.

Vivian sentait ses jambes se dérober à mesure qu’il approchait de l’endroit. Le grand café avait perdu de sa superbe, les couleurs de leur splendeur d’antan. Il s’installa à une table, dans un coin, à l’abri des regards. Après tout, ce rendez-vous, loin d’être une sinécure, méritait un brin de discrétion. Au téléphone, esquivés les sujets nidoreux, mais ils demeuraient comme un fouillis disproportionné entre eux deux.

Il vit arriver Paul de loin. Aucun changement dans sa démarche, il parlait toujours avec les mains, invectivait les passants qui marchaient lentement sur le trottoir. Vivian se demanda, un court instant, si il ne fallait pas mieux payer le café et partir. Il avait pensé que Paul aurait pu changer, qu’il aurait pu développer des qualités empathiques ou enrichir son vocabulaire émotionnel. Mais de là où il regardait il voyait le même numéro se jouer à des années d’intervalles. Il le retrouvait tel qu’il l’avait quitté, devant le jardin et les roses trémières, le dernier des cuistres singeant ses mimiques et se moquant de ses manières, comme il disait.

Paul s’installa tout sourire en face de lui, mais avant qu’il ait eu le temps de prononcer une parole, Vivian sortit d’une traite : « maman va mourir et c’est toi qu’elle réclame », laissa le café sur la table avec un numéro, ivre de fureur mais satisfait du devoir accompli.

Un grand merci aux participant(e)s – retrouvez ici les textes: Chez Isabelle-Marie, Chez Sweet Things, Josée, Mijo

***

Pour la semaine prochaine, je vous invite cette fois à la poésie en partant du poème “mon rêve familier” de Paul Verlaine et en changeant à votre guise les morceaux de phrases en gras (d’après une proposition de Josée):

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

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Un projet qui prend vie

En Septembre 2021, je vous annonçais ici la naissance prochaine d’un nouveau recueil. Huit mois plus tard, de nombreuses idées sont venues se greffer à cette envie initiale, certaines qui m’ont prise par surprise, d’autres qui se sont confirmées, d’autres encore que je pensais laisser en l’état et qu’on m’a demandé de poursuivre.

J’ai donc mené plusieurs projets en parallèle tout en me demandant ce que je voulais vraiment faire de ces textes. Je me suis interrogée sur mon rapport à l’écriture, passée la phase passionnante de création. Je me suis remise en question sur mes attentes. Je me suis demandée si j’allais continuer en autoédition ou tenter d’envoyer mes poèmes à des maisons.

En discutant avec une amie récemment, j’ai pris conscience que mon envie n’était pas tant d’être lue par beaucoup, ni de gagner de l’argent en vendant mes écrits (loin de là), ni d’être reconnue (ce qui fut le cas très longtemps) mais que mes mots voyagent, qu’ils s’arrêtent dans vos “chez-vous”, qu’ils puissent être partagés avec des amis, qu’ils puissent être des compagnons dans votre quotidien, heures de joie ou de doute. J’écris avant tout pour créer du lien et célébrer la vie.

Finalement, ces huit mois m’auront permis de faire le tri dans tout ça, de cheminer à mon rythme et en accord avec mes désirs profonds, de trouver un équilibre plus sain dans ma relation à l’écriture et à la transmission.

Il me reste quelques ajustements, corrections à faire et ce recueil viendra rejoindre mes premiers livres disponibles sur The Book Edition. Je vous en reparle très vite. Et je vous laisse avec un premier extrait:

Aux sens se fier
Intuitivement se lier
Au temps présent

A la fête se joindre
Retrouver la saveur des déliés
Nature florissante se laissant approcher
Pétales épars
Eau scintillante
Filaments cristallins
A la lisière des bois
Fleurs en pamoison
Valse intemporelle des saisons

Sur le vif
Point d’hypocrites visages
Ni masques vagabonds
Point de paraitre endimanché
Grandes robes longues pour se cacher
Juste l’inconstance éclatante
Existence flagrante
D’un sanctuaire à tout jamais protégé
Pour peu que nous osions pousser la porte
De l’éphémère réalité

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Les Etats d’Esprit du Samedi 07.05.2022

Je prends moins le temps de partager mes états d’esprits, mais aujourd’hui je reviens, avec une pensée chaleureuse aux deux fondateurs de ce rendez-vous incontournable et fédérateur (Zenopia et The Postman).

Photo: Citation
Fatigue: je suis requinquée, même sans vacances!
Humeur: ensoleillée
Estomac: tartines beurre de cacahuète maison
Esprit: en pensée avec un collègue dont le bébé vient de rejoindre le ciel

Cond. phys / Bien être. : Yoga matinal, yoga nidra (une redécouverte qui me fait le plus grand bien – je vous mets un lien si vous voulez savoir de quoi je parle) trottinette, danse et marche dans Paris

Projets: Plus que 2 albums photo et je serai à jour ! 4 projets écriture en cours – je vous en parle vite…

Culture: En Corps au cinéma (une vraie pépite) – Neuf parfaits étrangers de Liane Moriarty – The Girls de Emma Cline
Penser à: aller récupérer mes nouvelles lunettes !

Les jolis moments: du temps à deux, une balade parisienne, un diner Irlandais, déjeuner entre sœurs au soleil, un dimanche avec une amie, des fleurs dans la maison, retrouver une amie dans son cocon magique!

Message perso: (1) Bravo pour ces nouveaux accompagnements qui te vont bien ! (2) J’espère que le prochain atelier d’écriture vous séduira davantage (3) Des pensées pour les jours brumeux (4) merci pour chaque minute passée ensemble de cette semaine !

Loulou: profite au maximum de ses vacances, pourrait passer ses journées au poney, compte les heures qu’il lui reste au bord de la mer
Amitiés : billets pris pour les longs weekend et grandes vacances, en vrai et par mail/messages aussi
Love : du temps ensemble cette semaine et ça fait du bien !

Sorties : balade et quelques courses pour moi
Essentiel: se souvenir qu’il y a des gens touchés par de vrais drames
Courses: marché et quelques plaisirs pour moi !
Envie de: profiter de la vie, tout simplement
Zic: Polo & Pan

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Deux étrangers

Le bébé, bien emmitouflé dormait dans sa poussette. Ils se sont installés à côté de moi, l’un en face de l’autre. Le cadran d’information indiquait 23h13.

Sans un mot chacun s’est retranché derrière son écran de téléphone, lui lisait Le Monde en diagonale, elle, passait d’une application à l’autre.

Je les regardais, presque triste, de voir ce jeune couple enfermé dans sa bulle technologique. Pas un regard, pas un sourire. Pas même un mot. Pour se parler ils se montraient leurs écrans respectifs avant de reprendre leur course à l’information.

Deux individus comme deux étrangers, un couple ordinaire comme ceux que je surprends aux terrasses des cafés, dans un restaurant bondé, une file d’attente, un quai de gare. Deux individus qui ne savent plus apprécier leurs silences, qui ne savent plus se dire en dehors du flux qui à mesure du temps les esquinte sans qu’ils s’en rendent compte. Même les vieux couples paraissent plus jeunes !

J’ai écouté le vide entre eux, rien, pas même un souffle de vent, pas même deux mains qui se touchent, pas même une émotion qui transparait. Un seul instant de quelques minutes. Mais si seulement je n’étais pas le témoin de cette absence au fil de saisons, si seulement j’en voyais moins qui s’enfuient du présent, pour aller se perdre dans des réseaux aux allures de paradis.
Si seulement…

J’ai tremblé pour eux et tous les autres, pour aujourd’hui et demain. Peut-être que ça se passera bien. J’ai tremblé pour toutes ces peaux en manque, ces sourires évincés, ces paroles suspendues qui n’accrochent que les pensées. J’ai tremblé pour l’enfant dans sa poussette dernier cri – j’ai presque espéré qu’un jour il serait celui qui enverra valser ces écrans de pacotille pour leur dire de s’aimer avant de se détruire.

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Sensibilisation Violences Conjugales #4

Encore un cliché à déconstruire qui voudrait que la victime soit responsable, qu’elle soit la cause de la violence. La culpabilité des victimes de violence est grande et à de nombreuses reprises, la personne se dit que “si” oui si elle n’avait pas dit telle ou telle chose, si elle n’avait pas oublié le beurre, si elle n’avait pas parlé au voisin de palier, si elle avait fait comme si de rien n’était…

Alors finalement les bourreaux ne seraient que des victimes et aux victimes d’endosser le costume de ceux qui dans le silence anéantissent leurs rêves et leurs vies. N’échangeons pas les rôles, s’il vous plait.

Il y a les “si” des autres, ceux qui ne savent pas, qui n’imaginent pas, qui se disent finalement que la violence c’est pas plus grave que ça. Puis il y a les “si” de celles et ceux qui voudraient comprendre pourquoi. Pourquoi encore les mots, pourquoi encore les coups, pourquoi encore le mépris, pourquoi encore les menaces et les cris. Pourquoi les “putain mais combien de fois il faudra que je te le dise” ou “la prochaine fois je te brise.”

Et puis il y a tous les gourous du bien être, les psychologues amateurs, les lecteurs avides de bouquins de développement personnel qui te prouvent par A + B que quelque part tu l’as cherché, que tu as ta part de responsabilité dans cette dérive, que c’est peut-être même ta plus grande chance finalement. Que c’est à toi de chercher, de mettre le doigt sur le pourquoi de cette emprise, de sortir de ta case de victime, de sauveur, de bourreau, de quitter le triangle dramatique pour retrouver ton empreinte, ton estime. Il n’y a pas que du faux dans toutes ces théories, mais le processus de guérison ne peut pas se faire quand la personne est sous emprise, quand elle a les deux pieds dans une réalité qui la dépasse.

Aller dire à une victime qu’elle est responsable de sa situation, c’est ajouter une dose de violence à la violence qu’elle vit au quotidien. C’est lui porter un coup fatal. C’est anéantir sa voix. C’est se faire complice. La victime a besoin d’être écoutée, entendue, elle a besoin de pouvoir se confier sans qu’on lui serve ce charabia qui ne fait aucun sens pour elle ou qui la conforte dans l’idée que c’est elle la coupable dans cette histoire. Elle va repartir avec ses “si” sans se rendre compte qu’au final toutes ses remises en question ne changeront rien car il y aura toujours un petit truc qui déclenchera à nouveau la violence. C’est un cercle vicieux infernal!

Je crois qu’il faut arrêter aussi de trouver des excuses à celles et ceux qui harcèlent, menacent, frappent, détruisent l’autre à petit feu. Il faut que la société, la justice fasse son travail, de protéger les victimes et de condamner leurs bourreaux.

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Atelier d’écriture #13

Une étoile sur un trottoir
Perdue sur l’asphalte brulant
D’une ville excentrique
Avec ses maisons extravagantes
Ses arbres difformes
Sa nature de gris marinés
Ses formes diverses et variées
Comme dans un rêve apocalyptique
Qui ne ferait que nous emmener
Vers une fin démesurée

Une étoile que j’ai cueillie
Sur l’asphalte humide
Pour la sauver d’un destin
Que je ne saurai vouloir pour mon prochain

Et elle et moi nous avons marché
Dans les herbes hautes
Jusqu’à ce sentier perdu
Jusqu’à ce territoire en friche
Cette terre battue par les vents
Et cet air dépourvu de vices

Là, elle s’est envolée pour rejoindre les siens
Et j’ai construit de mes deux mains
Le monde de demain

Retrouvez ici les participations: Chez Sweet Things, Chez Isabelle-Marie, Chez Josée

***

Pour la semaine prochaine, normalement plus personne ne sera en vacances (!), je vous invite à faire se rencontrer deux personnages qui ne se sont pas vus depuis 10 ans, en intégrant les mots suivants: sinécure, cuistre, s’esbaudir, nidoreux et tintamarre. Merci et au plaisir de vous lire!

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Spontanéité et Adaptation

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Est-ce d’avoir grandi au milieu de “trop” et “pas assez” qui a mis un frein à cet élan spontané de l’enfance? Peut-être bien.

En société, j’ai appris très jeune à m’adapter, sans toutefois trouver ma place. Il aurait fallu rentrer dans tellement de moules bien façonnés que j’ai préféré l’évasion à la réalité. M’échapper a été mon salut à moi, ma porte de sortie privilégiée. Jusqu’au jour où la réalité m’a rattrapée.

Quelque part ces “trop” ou “pas assez” ont forgé mon identité. Si bien qu’il n’y a que quand je suis seule (ou avec un très petit nombre de privilégiés!) que je m’autorise à me laisser être. Avec les autres, je me fonds, me confonds, je n’ose pas tout, je me protège sûrement beaucoup (pour être acceptable, aimable) mais je crois qu’on s’en fout. On se protège tous!

Ils reviennent encore parfois me susurrer que certaines choses ne se font pas, comme de manger avec ses doigts ou de parler seule, comme d’esquisser quelques pas de danse dans la rue ou de parler fort, de faire de grands signes pour indiquer ma présence ou de sauter dans les flaques d’eau, comme de saluer des inconnus ou de dire tout haut ce que les autres pensent tout bas. Ils reviennent avec les souvenirs de “les gens vont te prendre pour…” ou “je ne te connais pas…”

Alors oui, j’assume parfois et parfois pas. Je planque ma spontanéité par peur de gêner, pour ne pas indisposer celles et ceux qui préfèrent la discrétion. Et par crainte aussi du regard des autres, ce regard qui m’a tant blessée, qui m’a si souvent intimé l’ordre d’être différente, qui a si souvent insisté sur mes faiblesses sans jamais mettre en avant mes forces, qui a fait de moi ce que je n’étais pas, qui m’a tant de fois abandonnée seule dans l’arène.

L’adaptation n’est pas un masque, elle est un choix, qui est devenu avec le temps très instinctif finalement. Si bien que dans beaucoup de situations, c’est elle qui prend le dessus. Elle est ce qui me permet de maintenir à flot mon équilibre, ma sécurité affective. Et parfois, quand le contexte s’y prête, quand je baisse un peu ma garde, quand quelque chose d’inattendu se produit, alors je me laisse moi même surprendre par ce que d’habitude je cache avec dextérité!