Qui es tu Léa?

Elle se faufile et glisse. On ne la voit pas. On aperçoit un peu l’or des franges de son manteau. On devine des bas noirs sous sa jupe un peu fendue et un piercing au menton. Puis plus rien. Elle a rejoint son groupe d’amis. Ils se bousculent, font du bruit. Ils se chamaillent, s’envoient des messages en se tournant le dos. Ils se regardent en biais, font la moue. Les filles se prennent par le bras, chuchotent tandis que les garçons piétinent.

Léa est amoureuse. Elle se confie à Clara. Il est plus vieux. Il est grand et se rase le matin avant de venir l’embrasser. Il a une femme et deux enfants. Elle s’en fiche. Elle l’aime et lui aussi. C’est beau la vie.

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De loin Clara l’aperçoit. Sa voiture de sport rouge attire son regard. Elle aimerait bien elle aussi être amoureuse d’un gars comme ça, un qui la ferait se sentir femme, un qui l’attirerait à elle et la ferait grandir en 30 secondes chrono.

Léa fonce sur lui. Elle l’enlace, un peu plus fort que d’habitude, pour rendre les garçons de son âge jaloux et les filles aussi, celles qui rient de ses deux couettes ringardes. Il l’enlace sans savoir pourquoi, lui rend son sourire. Il aime sa jeunesse, le ton limpide de sa voix, sa peau satinée et ses rêves en couleurs. Il se sent bien là, avec une fille qui a presque l’âge de sa fille pourtant. Qu’importe, la vie est trop courte pour s’attarder à des détails comme ça.

Elle se faufile et glisse. Dans la foule on ne la reconnaît pas. Ses cheveux sont teints et son menton n’a plus de piercing. Hier Clara lui a dit qu’elle était amoureuse. Léa s’est mordu les lèvres. Il est plus vieux. Il a l’âge d’être son père. Elle est un peu jalouse, Léa, elle qui croyait être la seule capable d’enfreindre les règles de la bonne société. Ce soir, son amoureux part avec sa tribu. Elle restera seule pendant un mois, humant mille fois l’air empli du goût salé de leurs baisers défendus.

Elle regarde Clara jouer avec les boucles de ses cheveux blonds. Elle tortille les siens sans passion. A côté les garçons chahutent. Demain les grandes vacances commencent.

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Partants pour une Echappée Belle !

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Un bon cru d’Anna Gavalda, comme je les aime. Du rire, des souvenirs, une envolée lyrique comme elle seule sait le faire. On s’attache vite à Garance, à ses frères et sœurs. On s’attache vite à la vie qui passe, à l’enfance qu’on essaye à tous prix de garder intacte. On s’attache aux paysages, aux gens, à la voiture qui nous balade entre hier et aujourd’hui, entre un passé trop présent et un avenir qu’on anticipe un peu trop amer pour devoir y penser maintenant.

Une échappée belle dont on rêve tous. Prendre la route, laissant derrière nous, le temps de quelques heures, les contraintes, les horaires, les obligations, la famille, les soucis. Partir prendre l’air et écouter les larmes aux yeux les refrains chéris de nos tendres années.

J’aime son style, sa façon de nous accueillir, de nous faire nous sentir chez nous dès la deuxième page. J’aime ses personnages toujours un peu fous, toujours au bord d’un quelconque précipice mais toujours prêts à foncer, à tout tenter, à renaître.

Une échappée belle un peu courte. Mais peut-on s’extraire plus longtemps à la vie? Peut-on vivre plus de quelques heures hors du temps qui finit par nous manquer ?

Une échappée belle comme une parenthèse enchantée, idéale en ce début de printemps !

Le cadre photo

Je l’avais placé sur un piédestal.

Etait-ce pour oublier le mal qu’il me faisait ?

Ou pour me convaincre que c’était moi qui n’allait pas ?

Ou est-ce lui qui m’a laissé imaginer qu’il n’était pas l’homme qu’il était mais bien celui qu’il disait être ?

C’est en parlant de cadre photo hier que je me suis posé la question. Ce cadre, mes parents nous l’avaient offert pour notre mariage. Lui, les cadeaux de mariage, il s’en fichait. Il disait que rien n’était à lui. Sauf moi.

J’aurai pu y mettre une photo de nous deux ou une photo de mariage. Et non, c’est un de ses portraits que j’avais placé sous le verre, un portrait pris à la terrasse d’un café, un soir où nous n’étions pas d’accord sur quelque chose, un soir où il avait pris un air grave et au cours duquel j’avais à peine réalisé que si je n’adhérais pas à son discours, je ne méritais pas son amour.

Son portrait a trôné dans notre salon jusqu’au jour où tout a dérapé et où j’ai caché le cadre. J’aurai pu juste enlever la photo et en mettre une autre. Je crois qu’il venait de descendre de son piédestal, qu’il était devenu humain. En l’espace de quelques secondes le mensonge qu’était devenu ma vie m’a explosé au visage.

Il s’est fait passer pour quelqu’un qu’il n’est pas. Et dans ma grande naïveté, j’ai pris ses silences pour de la discrétion, son égoïsme pour une grande sensibilité, son mépris pour une incapacité à exprimer ses sentiments. Je l’ai transformé à ma guise pour pouvoir supporter l’insupportable.

Le 14 mars est passé sans que je m’en rende compte. Le 16, j’ai réalisé que ce jour de rencontre était derrière moi. Je me suis dit que c’était la première fois que j’avais si bien encaissé le coup. Pas sûr. L’angine, la grippe, c’est aussi je crois mon corps qui craque sous le poids de tous les efforts qu’il a fallu faire jusqu’à aujourd’hui pour ne pas faiblir, même une seconde, ne pas flancher, ne pas regarder en arrière, garder la tête haute, reprendre confiance, reconstruire, tout recommencer, ne pas avoir peur de l’avenir, ne pas le détester, pour rester fidèle à moi-même, à mes rêves et à mes envies.

150 vies en moins

Au départ je n’ai pas prêté plus attention que ça à l’accident. D’abord parce que j’étais au fond de mon lit avec 39.5° de fièvre. Et puis parce que tout ce raffut m’a vite pesé, au regard des millions de personnes qui crèvent autour de nous et dont personne ne parle jamais. Crever, c’est moche comme mot, j’en conviens, mais c’est notre réalité. Mourir c’est partir avec un minimum de respect.

Ces jeunes shootés à bloc qui perdent la vie dans un squat peuplé d’immondices, ces gosses qu’on tue sans que personne ne vienne réclamer le corps, ces hommes et ces femmes qu’on torture, qu’on humilie, dont on laisse les corps pourrir au soleil, ces peuples qu’on massacre, ces pauvres à deux pas de chez nous, isolés, sans revenus, sans famille, sans repères. Tous, ils crèvent chaque jour, parfois sous nos yeux, parfois loin de nous. Mais avec tous les nouveaux moyens de communication que nous possédons, nier cette évidence, c’est fermer les yeux, accepter l’inacceptable.

Et puis hier en rentrant, j’ai appris qu’il s’agissait d’un suicide, qu’un pilote de ligne avait emmené dans sa chute 149 autres vies. Quelle horreur !

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Source Photo

Je vais vous avouer que ma première pensée a été pour les parents de ce jeune homme. D’abord le suicide de leur enfant. Et ensuite la conscience que son acte a brisé non pas seulement 149 vies, mais la vie de pères, de mères, comme eux, de femmes, d’enfants, d’époux, d’épouses, d’amis. Des centaines de vies écrasées contre les falaises des Alpes.

Il y a quelques années j’ai compris pourquoi certaines personnes mettaient fin à leurs jours. Trop de souffrance, trop de douleurs, trop de tout et pas assez d’énergie pour continuer à vivre. Certains pensent parfois que le suicide est un acte purement égoïste. Si certains arrivent à survivre, pourquoi pas d’autres. Pour ma part je pense que c’est un acte courageux, même si cela brise tout sur son passage. Certains y arrivent, pas d’autres. C’est humain. Et l’humain est parfois terriblement fragile.

Mettre fin à ses jours c’est une chose. Se donner la mort en embarquant d’autres vies que la sienne, c’est criminel. Que s’est-il donc passé dans la tête de cet homme ? Comment pardonner ? Comment revivre ? Comment comprendre ? Trop de questions qui resteront sûrement sans réponse. Est-on en droit de juger l’auteur de cet acte ? Que se passe-t-il d’effrayant dans nos têtes quand tout s’écroule autour de nous ? Maintenant que l’on en sait plus, on va décortiquer sa vie, blesser sa famille forcément, les rendre peut-être même responsables de l’horrible acte de leur fils.

Pour ma part, je ne sais pas. Je crois que je préfère ne pas y penser et prier pour qu’au bout de ce long chemin de deuil, chaque personne touchée par cette tragédie trouve la paix.

Comme une envie de voir la mer…

Je suis une fille de la ville, mais de la ville près de la mer.

Je n’aurai jamais pu vivre à la campagne. Ses bruits me font frissonner. Je me sens mieux dans un appartement, même sans jardin. Avec la mer, pas si loin.

J’ai grandi sur la côte ouest, près de l’océan. La ville et ses rues vivantes. Et le calme du bord de mer, aux vacances scolaires et chaque weekend à partir de Juin.

A côté du périph, la vie semblait être acquise, notre routine installée. Autour de nous, il y a de la verdure, des parcs pour nous faire oublier les embouteillages de début et de fin de journée, des jardins pour les enfants, des espaces verts qui nous donnent l’illusion que nous pouvons quitter la ville le temps d’un après-midi, en pique-niquant sur l’herbe en famille ou entre amis.

La mer est loin. Et elle me manque. J’aimerai pouvoir sauter dans un train et en moins d’une heure retrouver les plages de mon enfance, celle qui me connaissent si bien, gardiennes infaillibles de mes souvenirs et de mes secrets.

Est-ce la fin de l’hiver, le printemps qui se fait désirer, la longue chaîne des bronchites, angines et grippes qui m’ont secouée depuis le début de l’année ?

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J’ai beau aimé Paris, j’ai besoin de fraîcheur, de douceur, de m’asseoir sur le sable et d’attendre l’orage. Même la pluie n’a pas le même goût face à la mer. J’ai envie de siroter un café en écoutant le va et vient des vagues, de m’aventurer dans les terres, de me blottir contre un arbre, de regarder le ciel changer de couleur, annoncer la nuit.

Paris est loin de tout ce que j’ai toujours aimé, de ce qui m’a toujours soutenu, dans les moments délicats de mon existence. En France ou ailleurs, la mer a toujours été mon alliée, ma bouée de secours, une épaule sûre et sereine, mon havre de paix et de sécurité.

Une lumière dans ta nuit

Aurai-je les mots qu’il faut

Pour apaiser tes larmes

Saurai-je te dire combien

Je comprends ton chagrin

IMGP2849 2Sous un carré de terre

J’ai enfoui moi aussi

Les restes d’une enfance

A tout jamais finie

J’entends encore son rire

Et le son de sa voix

Me lire de belles histoires

Accompagner mes premiers pas

Je vois encore son sourire

Sa bonté naturelle

Ses yeux qui s’imaginent

Que rien n’est impossible

***

Je vais souvent le voir

Sous son carré de terre

Je m’assois un moment

Je prends un peu le temps

De lui parler de moi

De tout ce qu’il ne voit pas

De tout ce que je lui dois

Et puis des herbes folles

De la maison vendue

Des photos que je garde

Des souvenirs perdus

Il y a des jours comme ça

Où j’aimerai qu’il soit là

Qu’il me prenne la main

Qu’on fasse comme autrefois

Qu’on regarde la mer

Se perdre dans la brume

Qu’on regarde l’hiver

Se gausser du printemps

***

Il est mon premier et mon plus gros chagrin

Devant son corps rongé

Par des mois de maladie

Je le revois encore me dire

Que la vie est fragile

Qu’il faut en prendre soin.

Je dédis ce poème à toutes celles et ceux qui ont perdu un être cher

et 

qui avancent malgré le chagrin et la blessure qui compriment leur joli coeur

Instantanés Singuliers #3

Bonjour à tous.

C’est samedi et l’heure donc de vous dévoiler le thème  d’Avril!

J’espère qu’il vous parlera autant que les précédents et que vous serez encore nombreux à me faire voyager et vibrer.

Ce mois-ci, je vous propose donc de travailler sur:

Les murs de votre ville

(leur histoire, leur mémoire, ce qu’ils disent, ce qu’ils cachent, ce qu’ils dévoilent; leur art, leur regard sur le monde…)

Au plaisir de vous lire!

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Ne cherchez plus le bonheur. Regardez, il est en vous.

Qui n’a jamais entendu parler du bonheur ? De sa quête, de son apprentissage ? De ses ramifications, de ses pérégrinations ?

Combien d’heures, de journées, d’années passées à guetter le moindre signe. Combien de mois à piétiner, s’impatienter, à attendre que quelque chose se passe

Depuis plusieurs années déjà, les livres, les conférences, les blogs se concentrent sur cette idée et s’en donnent à cœur joie. Tous les articles sont lus, relus, partagés, chacun cherchant la clé de son bonheur, sans forcément trouver la porte qui y mène.

Et c’est tout naturellement que l’ONU a créé la Journée Mondiale du Bonheur, célébrée le 20 mars.

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Source Image Pinterest

Le bonheur, inné ou acquis ?

Je l’ai cherché pendant longtemps, me plongeant moi aussi des heures durant dans tous les livres qui traitaient du sujet, m’enivrant des pratiques contées ici et là qui garantissaient toutes un résultat positif. Je l’ai bousculé un peu pour qu’il me révèle ses secrets les plus intimes. Et plus je le cherchais, plus le bonheur me fuyait.

Puis j’ai sincèrement arrêté de m’y intéresser, pensant que certaines personnes étaient faites pour être heureuses, d’autres pas. J’avais beau me réveiller chaque matin en me disant que j’allais être enfin heureuse, même un peu, ça ne fonctionnait pas. Au fond j’en étais venue à me dire que le bonheur était un talent que je ne maîtrisais pas.

J’ai donc continué ma vie, un peu bancale, rose par moments mais jamais vraiment, pleinement agréable. Il y avait toujours quelque chose qui clochait.

Qu’est ce qui a changé aujourd’hui ?

J’ai compris que le bonheur existe en nous, qu’il n’est pas extérieur à nous. Le bonheur est inscrit dans nos gênes. Mais si nous ne le réveillons pas, si nous ne le laissons pas nous transporter, alors le bonheur reste bien caché au fond de nous. Le bonheur attend que nous soyons prêts à embarquer avec lui.

Est-ce que cela veut dire que ma vie est un long fleuve tranquille ? Non. Mais avec le bonheur à mes côtés, j’appréhende différemment les ronces sur le chemin. J’arrive à voir cette lumière, dont tout le monde parle, briller même dans les moments de doute. Je ne vois pas pour autant le monde avec des lunettes roses. Il y a des jours où je suis triste, où j’ai peur encore. Mais quelque chose à changer. J’ai trouvé un équilibre et cet équilibre je le chéris.

Le bonheur nous invite aussi à partager. Le bonheur pour soi c’est bien. Mais si les autres peuvent en profiter c’est encore mieux. Le bonheur n’attend que ça. Toucher d’autres vies, se déployer, s’aventurer loin, inviter les cœurs à s’émerveiller de tout. Laissons le bonheur nous guider et n’attendons pas sagement qu’il nous trouve. Regardons au fond de nous. Trouvons en nous la source d’eau vive qui nous fera redoubler d’amour pour la vie, pour le monde.

Et vous, comment voyez-vous le bonheur ? Que vous inspire cette journée mondiale du Bonheur ?

Pas à pas, avancer sur la route du pardon

Juste après mon départ précipité, j’ai vécu un bon bout de temps avec la culpabilité. Jour et nuit, elle me poursuivait, me faisant douter de mes choix, de mes motivations. Puis j’ai commencé à beaucoup me justifier, auprès de moi-même et des autres. Il y avait toujours un « parce que » à la fin de mes phrases. Je voulais me persuader que j’avais pris la seule bonne décision possible. Mais je voulais aussi persuader les autres que je n’avais pas eu d’autre choix.

Au fil du temps, j’ai réussi à me pardonner, à ne plus ressentir ni culpabilité ni rancœur envers moi-même. J’ai réussi à ne plus voir cette séparation comme un échec. Nous avions fait un pari, comme tout couple. Et puis ça n’avait pas fonctionné. Ca arrive, c’est tout.

Lui pardonner. C’est l’étape suivante. Mais c’est beaucoup plus compliqué. Pardonner sans oublier. Pardonner et ne plus ressentir ni colère, ni dégoût. J’avance à tâtons. Au début, c’était impensable pour moi de lui pardonner. Puis le temps a fait son œuvre. Et j’ai entrevu que c’était possible.

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Est-ce que c’est devenu possible parce que je ne ressens plus d’amour pour lui, parce que je sais au fond de moi que « nous deux » n’existe plus ?

Parfois, je me surprends à parler de lui, sans amertume. Je dis « il ressemble à son papa » sans que cela me froisse le cœur. Je me souviens des jours heureux, de son visage quand lui aussi paraissait heureux. L’angoisse du départ me poursuit toujours la nuit. Il a de multiples visages, tous aussi dangereux les uns que les autres. Mais en regardant chaque cauchemar de près, je sens que je m’éloigne de la peur, de la douleur aussi.

Le pardon ne se décide pas un jour. Et le lendemain tout est pardonné. C’est un processus, un cheminement personnel, qui me permet aussi de me placer au centre de cette vie, ma vie que j’ai longtemps négligée.

Je lui pardonne un peu plus chaque jour. A mon rythme. Et doucement je me sens revivre.