Peinture

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Les yeux fermés

Elles souffrent.

L’une d’un trop plein. L’autre d’une rupture d’anévrisme. L’une d’une grossesse qui bousille son corps. L’autre d’un mariage qui anéantit son âme. L’une d’un harcèlement sans fin. L’autre d’une dépression qui dure. L’une d’un trop peu d’amour. L’autre d’un enfant diagnostiqué “autiste”. L’une d’un frère sur le fil. L’autre d’un divorce sans fin. L’une d’un parent qui s’éteint. L’autre d’un proche disparu.

Elles souffrent.

Elles avancent malgré tout. Quand tout parfois leur intime l’ordre de plier.

Elles luttent. Même le cœur brisé et les yeux fermés.

Ce droit fondamental…

Miloula se glisse sans bruit, se faufile dans la nuit, enfile une robe, ajuste un voile sur ses cheveux puis sort. Elle avance à pas feutrés, certaine que le bruit de ses chaussures pourrait éveiller quelques soupçons dans les rues désertes de son village. Elle s’arrête devant une porte, frappe deux coups, puis attend. Latifa, robe longue, voile assorti la rejoint, refermant derrière elle la porte, une paire de chaussures à la main. Elles sont en retard. Il va falloir courir un peu. Sans chaussures, c’est mieux. Elles sourient toutes les deux en se prenant la main. Elles se sentent libres l’espace d’un instant. Dans une heure, elles seront assises devant un pupitre et écouteront religieusement le maître d’école.

A la maison, leurs mères vaquent à leurs occupations habituelles. Elles préparent à manger, lavent, s’occupent des garçons avant de les laisser filer, servent leurs époux, avec le sourire. A leur âge, elles étaient mariées. A leur âge, elles supportaient déjà le poids des choix faits par d’autres, pour leur bien – c’est ce qu’on disait – pour le bien de la société – ce serait plus juste. Elles s’étaient occupées de leurs frères, de la maison, avaient soutenu leurs mères dans les tâches ingrates incombant aux femmes, jamais reconnues. A leur âge, leur corps avait déjà été souillé par un homme sans tact, un mari imposé, parfois violent, souvent gauche, inintéressant. A leur âge, l’école n’était pas une option. Une fille n’avait pas besoin d’apprendre. Une fille n’avait pas le droit, pas de droit. Elle était fille de son père avant de devenir épouse de son mari. Elle était la propriété d’un homme. Les hommes dirigeaient sa vie. Elle acceptait pour sa survie.

A la maison, ce matin-là, leurs mères inventent un énième mensonge, pour leur garantir quelques heures d’enseignement supplémentaire. Si elles peuvent avoir une vie différente de la leur, elles sont désormais prêtent à en payer le prix.

L’éducation, ce droit fondamental…

La vie, ce droit universel…

« L’éducation des filles est le meilleur outil de développement qui soit. » Kofi ANAN

« L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le Monde. »Nelson MANDELA

Ce texte a été écrit dans le cadre des Cat’s Hours, rendez-vous organisé par Catwoman, en soutien à l’association KMG Ethiopia qui lutte activement pour les droits des femmes dans le Monde. Pour tout savoir sur les participations c’est par ICI. Et pour les dons, par LA. Vous pouvez également commander des confitures auprès de Catwoman dont les bénéfices seront reversés à l’association (je ne peux que vous le conseiller, elles sont EXTRA!) 

Défi Liste – Les petits plaisirs du Printemps

Cécile de Zenopia revient avec un défi Listes et nous invite à partager nos plaisirs à l’aube d’une nouvelle saison: le Printemps!

Pour moi c’est principalement:

  • la nuit qui vient plus tard et donne l’illusion que les jours ont plus d’heures que d’habitude
  • les premiers bourgeons, signe que la nature renait et nous invite nous aussi à respirer à pleins poumons, à éclore à nouveau
  • le soleil qui réchauffe davantage et nous offre de beaux moments à l’extérieur
  • les premiers pique-nique
  • délaisser les vêtements chauds et s’habiller avec des matières plus légères
  • de belles couleurs qui mettent du baume au cœur
  • faire du tri et redécorer son intérieur
  • le retour des salades composées, plat simple et équilibré
  • reprendre d’assaut les terrasses pour un moment convivial au grand air

 

Bonne volonté

Ce matin, j’ai crié. Je déteste ça. Je déteste te mêler à cette fatigue qui s’accumule, à ces petits tracas du quotidien, à ce collant filé (tu n’y es pour rien), à ces minutes qui défilent trop vite (j’aurais dû me réveiller plus tôt), à cette interminable  course du matin.

Je déteste voir tes petits yeux perdus, ne comprenant pas ce qui se passe. J’aimerais que tu fasses parfois preuve d’un minimum de bonne volonté pour m’épauler dans cette préparation, toujours plus ou moins abracadabrantesque. Mais j’oublie que tu n’as que 4 ans!

Ce soir, je filerais au lit de bonne heure, pour que demain, dernier jour d’école avant les vacances, nous nous préparions sans stress. et avec le sourire. La journée est tellement plus belle quand elle commence comme ça.

Porte ouverte

La porte s’ouvre sur un visage. Angèle reste bouche bée. Elle n’a pas changé. Si, ses traits sont plus marqués peut-être. Son visage porte les stigmates de la vie, heures sombres, matins douloureux, nuits agitées. Angèle la regarde, ne pense pas à l’inviter à entrer. Elle reste là, immobile, dans l’entrebâillement de la porte. Vingt ans les séparent quand elles sont à quelques centimètres à peine l’une de l’autre. Elles s’étudient du bout des cils. Angèle voudrait pouvoir dire quelque chose, oser un pas. Elle n’y arrive pas. Ni à fermer la porte d’ailleurs. Elle reste là les bras ballants à se demander pourquoi elle l’a invitée, comment procéder maintenant. Pas besoin de présentations. Elles se connaissent, portent le même nom. Mais restent incapable de faire un geste pour combler le vide de vingt ans de silence.

Album de senteurs : Café

Le café ne compte pas parmi les boissons que j’affectionne. Je dirais même que son goût m’indispose. J’aurais donc pu passer ce thème. Mais quelque chose me murmure de me lancer tout de même.

Café serré, allongé, court, corsé, décaféiné, café au lait, café sucré, café frappé. Le café s’invite à toutes les sauces. Il est la boisson du réveil, du début de journée, du partage. Le café rassemble autour d’une table, d’un bon repas, d’un goûter.

hot  coffee - caffe fumante

La première image qui me vient à l’esprit me ramène à l’enfance, une maison de bord de mer. Je revois mon grand-père, son sourire si tendre, assis à la table de la cuisine devant son café au lait. L’odeur qui se diffuse dans la maison nous pousse, mon cousin et moi, hors du lit. Nous nous attablons à ses côtés et de temps en temps trempons nos biscuits carrés, arrondis, plus épais que les petits beurres, mais tout aussi alléchants dans son bol. Le goût est sucré, plaisant. Nos sourires se mêlent au sien. Ma grand-mère assiste à la scène, silencieuse, sentant peut-être que cet instant hors du temps est à graver dans nos mémoires. Mon grand-père est parti quelques mois plus tard…

Alors quand mes yeux se posent sur mon petit garçon et son grand-père, que je le vois se délecter de son biscuit qui effleure la surface nuageuse de la tasse de café avant de se perdre avec délice dans sa bouche, je prends conscience que la vie est courte et que nous devons pleinement profiter de ce que nous aimons tant qu’il est encore temps.

Je défile le fil des souvenirs et me retrouve jeune diplômée à Paris. Mon enfance est loin. Je suis désormais indépendante, j’ai mon « chez moi » dans le 20e près de Gambetta et le weekend je me balade, je découvre Paris, sous toutes ses coutures. J’aime d’ailleurs m’arrêter au Bon Marché, rez-de-chaussée, rayon épicerie. Les allées chargées  de saveurs du Monde entier me tendent les bras. Les grains de café classés par provenance, par type, par saveur me font de l’œil. Je respire à plein poumons, j’ hume l’air saturé de parfums corsés, épicés, fruités, doux, plus ou moins attirants, enivrants. L’odeur des grains de café est un plaisir qui chaque fois me transporte et m’émerveille. Tous mes sens sont en éveil. L’invitation au voyage est là. Je quitte un temps l’espace dans lequel je suis pour m’aventurer en terrain inconnu, guidée par la flagrance de ces grains noirs chargés d’odeurs exquises.

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J’ai bien essayé d’aimer. J’ai goûté. Pour faire comme tout le monde. Tout le charme des grains disparait dès qu’ils sont réduits à l’état de liquide dans une tasse. J’ai abandonné l’idée d’apprécier cette boisson chaude qui plait au palais du plus grand nombre. Mais je ne suis jamais contre un soluble avec une touche de lait – comme un doux rappel du temps d’avant…

Ceci est ma participation au rendez-vous “Mon album de senteurs” de Marie du Blog Bleu Lavande

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Compter

Je compte. Ca se fait ou pas. Peu importe. Je compte. Les années. Les jours. Les mois.

Je compte le temps sans un battement de cils, sans un sourire échangé, sans une main qui frôle la mienne, sans un baiser.

Je compte les minutes solides, les heures de doute, les jours d’envie et les jours sans envie.

Je compte les heures creuses, les lignes des autres qui parlent de jolies rencontres, d’amour. Je compte le manque.

Je compte. Quatre ans – 4 mois – 4 jours. Le compte est bon.

Je pourrais compter depuis plus longtemps. Mais je compte depuis le jour où j’ai quitté la maison. Tu ne m’avais ni regardée, ni touchée du bout des doigts, ni parlée sans me crier dessus depuis 9 jours.

Je pourrais compter depuis la peur, depuis les heures d’angoisse, depuis l’alarme qui annonce que le repas est cuit, depuis le premier silence.

Non je choisis de compter depuis le jour où j’ai repris les rênes de ma vie, non sans oublier les nuits d’insomnie, les jours de cris, les heures qui tremblent, les minutes comblées de larmes, à cran.

J’arrête le compteur.

J’ai envie d’une nouvelle vie, de croiser un regard, de saisir une main, d’embrasser quelqu’un, de me sentir bien…

Marre de toi

Tu brilles par ton absence.

Puis par ta présence. Insistante. Tu veux reprendre le contrôle de la situation.

Tu as soudain des besoins, des envies. Toujours quand moi je n’ai plus envie justement. Plus envie de faire d’efforts, plus envie de t’offrir une autre chance – une énième chance. Plus envie d’entendre le son de ta voix. Plus envie de toi dans nos vies.

Tu repartiras quand je t’aurais raccroché au nez pour la dixième fois. Quand nous ne serons pas d’accord – nous ne le sommes jamais longtemps. Quand tu en auras décidé, sans prévenir.

Puis tu réapparaitras comme par magie en insistant sur tes droits de père, sur mes manquements de mère.

Tu feras écrire à un autre un message que tu ne peux pas faire, un autre qui ne sait rien de nous ni de tout ça. Un autre mis dans la confidence, pour l’occasion.

Tu me diras qu’il faut faire un effort pour notre enfant. Tu me diras que je te punis pour ci ou ça, quand c’est encore moi la folle de l’histoire.

Rien que ça, j’en ai marre…