L’épreuve de force #5

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L’oniromancie nous prédisait pourtant un avenir lumineux. Le rêve était magique, ton prénom d’or, nos destinées sacrées. Des foutaises mais qui m’ont maintenue en vie, tant que toi tu respirais encore. Ce n’était qu’un passage à vide, un de plus sur la longue liste des jours creux.

Rien ne sert de se s’épuiser en palabres. Rien ne sert à rien de toute manière. Puisque tu es parti. Un matin de juin, sans moi. Un matin ensoleillé, j’avais opté pour un peu de marche, histoire de profiter du calme de la ville. Un matin ordinaire dans une vie qui ne l’était plus depuis longtemps. J’avais croisé la misère, en descendant les marches qui menaient à l’hôpital et j’avais hâte de retrouver ton sourire, dans tes yeux. Tu ne parlais plus beaucoup. Fini les grandes conversations sur la vie, la mort, sur ce qu’il reste quand tout a été écrit, dit, chanté. Fini le temps où tu pouvais encore te lever pour esquisser avec moi quelques pas de danse sur le lino blanc, avant une séance de chimiothérapie qui allait t’esquinter. Tout ça n’aura servi qu’à t’abîmer un peu plus chaque jour. Si j’avais su, j’aurai fait tomber le mur froid et professionnel de tous ces soit-disant savants, qui ont pu mené à bien leurs tests et essais, sans se soucier de nous.

Je suis triste alors je dis n’importe quoi. Sans eux, nous n’aurions jamais espéré, j’aurai coulé depuis longtemps, je n’aurais pas pu te tenir la main, jusqu’au bout. J’ai choisi, en mon âme et conscience, ce rêve chimérique, pour ne pas voir la réalité en face. Elle était trop cruelle. Elle ne cessera jamais de l’être…

Ce texte est ma participations à l’atelier d’Olivia. Les mots étaient: liste, palabres, misère, mur, oniromancie, danse, chimérique

Brèves de déconfinement

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Je n’avais pas d’idée précise sur le déconfinement. A priori pour nous ça n’allait pas changer grand chose. A part la reprise de l’école pour loulou à partir du jeudi. J’allais garder mon rythme de télétravail et profiter – enfin – d’un peu de temps libre.

La semaine a été très bousculée. La fatigue s’est accumulée à coup de mauvaises nuits et de chamailleries d’enfants. Depuis qu’ils se voient à nouveau, la maison est un vrai moulin. Ils organisent leur vie comme ils le souhaitent et aux parents de suivre, avec le sourire.

Ce n’est pas ma façon de faire. Mais comme c’est toujours mieux chez les autres (confiance quand tu nous tiens!) et que je suis du genre à me remettre en question, j’ai essayé de lâcher prise encore plus, d’être cool comme on dit. Sauf que ça a eu l’effet inverse. Pourtant depuis le temps je sais ce que ça coûte d’être quelqu’un d’autre mais de temps en temps je me fais, encore, avoir. A force de mettre de côté mes besoins, de dire “oui” aux supplications des enfants pour venir jouer à la maison, à coups de “je te promets”, j’ai explosé. Je me suis à nouveau retrouvé dans la peau de la mère, à bout, qui crie, qui n’a plus une once de patience, qui scande à longueur de journée “et le respect bordel!”

Il m’est très difficile de trouver un rythme avec mes voisins. J’en avais déjà parlé et je me rends compte que c’est un équilibre sans cesse remis en question et qui me demande de poser mes limites, chose que j’ai beaucoup de mal à faire. C’est trop. J’ai de longues plages seule, alors je ne vais pas me plaindre j’en ai besoin, mais je ne me sens pas respectée. J’ai comme cette impression d’être utilisée, à disposition, comme un pot sur une table, qu’on regarde quand on en a besoin. Mon fils est partout, mais plus là. Il virevolte dans tous les sens.

Après une semaine, notre vie est sans dessus ni dessous. Je n’ai plus aucun repères. Nous n’avons plus de routine, plus de temps à deux. Je me sens assez vide, tiens ça revient ce sentiment! Décidément! J’ai l’impression que tout ce que nous avions gagné se disperse aux quatre vents. Bien entendu, je ne souhaite pas garder mon fils sous cloche, il a besoin de se confronter au Monde et cela me va très bien. Mais cela se fait d’une façon qui me perturbe. Il va encore falloir creuser ça! C’est un peu fatiguant ce va et vient des émotions qui n’arrêtent pas de faire irruption dans mon quotidien et sans cesse me déstabilisent.

La semaine aura toutefois été parsemée de jolis instants: prendre l’air, rejoindre mon amoureux pour une parenthèse ensoleillée, faire de l’aquarelle, retrouver les mots, parler avec les amies, avoir un peu de temps pour faire des choses que j’aime.

Et vous cette première semaine hors les murs, elle avait quel goût?

Brèves de Confinement #7

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La dernière semaine de confinement est arrivée. Et bien, je trouve que ces deux mois sont passés très vite! Après des débuts chaotiques, des moments douloureux, la vie est venue nous cueillir et nous a apporté du beau et du bon. Et oui, nous sommes tous les deux d’accord, le confinement nous a vraiment permis de faire plein de choses ensemble, à notre rythme, sans trop de contraintes. On ne se demande pas encore comment ça sera après, on préfère ne pas y penser. On va y aller doucement, sans se mettre de pression. On va encore profiter, un peu, de ce temps suspendu, du silence, du confort de notre “chez nous”, devenu un terrain d’exploration sans limite. On va se laisser porter…

Cette semaine aura été un peu plus légère niveau logistique car ma voisine a pris Loulou sur mes jours de télétravail. Ce qui a grandement changé la donne, pour moi comme pour lui. Le reste du temps, j’ai gardé sa fille, nous avons fait le travail d’école, inventé des histoires, rigolé, nous avons fait des dessins, plein de peinture, des batailles d’eau, dansé, fait des batailles de doudou, regardé des films drôles, chanté à tue-tête!

J’ai pu exprimer sereinement ma fatigue quand celle ci a pointé le bout de son nez. Sans cris cette fois. J’ai réussi à anticiper. J’ai fait de l’aquarelle, du dessin, des collages. J’ai suivi des live Instagram et regardé des vidéos sur la créativité (Bambichoses, Sophie Selliez et Julie furent mes principales sources d’inspiration) J’ai eu plein d’idées, d’articles, de livres à écrire…

J’ai commandé un arbre à la talentueuse Angélique, discuté avec une amie de promotion et choisi de nous offrir à loulou et moi des séances de sophrologie, je me suis inscrite au cours en ligne de Marie, j’ai reçu une magnifique aquarelle intuitive peinte par l’inspirante Virginie

Une semaine riche à tant de niveaux. Comme je vous le disais au début, on est encore en suspens, en attente, comme au bord du vide, mais cette fois ci il ne me fait pas peur, on va dire qu’il m’attire. Demain, il y aura des changements, des nouvelles perspectives de vie, c’est certain. Ce que j’ai trouvé dans ces deux mois, je ne suis pas prête à le laisser s’envoler. J’ai gagné en qualité de vie et je me suis rendue compte que je passais beaucoup de temps avant, à meubler, à trouver des activités, à boucher les trous de mon emploi du temps, pourtant déjà bien rempli. Avec comme excuse, mon fils, son bien-être, son équilibre.

Lui aussi, il lui en faut peu pour être heureux. Il lui faut juste ma présence, pleine et entière, mon attention et la liberté aussi de partir découvrir le monde, ailleurs, de se créer des univers, d’inventer, de rêver, de faire le pitre, de rire.

Notre chez-nous, nous l’habitons désormais pleinement, dans toute sa palette de possibles. Le lâcher prise, je peux désormais dire que j’ai essayé et que c’est vachement sympa!

J’ai des envies, des projets, encore et toujours. Et je me sens prête à leur donner vie. J’ai pris conscience, dans la solitude, de ma valeur, j’ai appris à accueillir mes jours gris qui ont autant de valeur que mes jours colorés. J’ai appris que chaque émotion signifie quelque chose. Si je m’arrête, je peux en saisir le sens et transformer le plomb en or!

J’espère que vous allez bien, que la reprise se passe pour le mieux pour chacun, chacune. Je vous envoie d’affectueuses pensées et je vous dis surtout Merci, d’avoir été là dans les creux de vague, d’avoir pris le temps de me lire quand ça n’allait pas du tout, chez moi et peut-être chez vous. Merci pour vos lectures, partages, commentaires, pour votre présence, nos échanges, pour tout ce qui fait la richesse de cet espace d’écriture. Prenez soin de vous, encore et toujours. Et au plaisir de vous lire.

C’est quoi le manque (de l’autre)?

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C’est la question philosophique du jour! Comme quoi le confinement ne détruit pas nos neurones. Même si il teste grandement notre patience.

En fait c’est une question que je me pose depuis très longtemps. Il y a le manque vital, celui que l’on ressent quand nos besoins primaires ne sont pas remplis. Il y a le manque lié à notre autres besoins, mais pour ceux-là nous avons souvent les solutions en nous. Et puis il y a le manque de l’autre, des autres.

En général, les gens ne me manquent pas. On associe souvent le manque à l’amour. Mais pour moi, ça n’a rien à voir. On peut aimer les autres et réussir à  vivre sans eux. C’est profondément libérateur, pour soi, pour l’autre. C’est même plutôt sain je trouve. Parce que personne ne nous appartient, jamais.

Le manque pour moi c’est comme si, sans l’autre, nous n’existions pas ou nous existions moins. Alors que ce n’est pas le cas. Dans la vie, nous ne sommes pas toujours proches, physiquement, de ceux qui comptent, nos amis, nos enfants, nos parents, nos conjoints. Est-ce pour autant que nous arrêtons de respirer? Est-ce pour autant que notre cœur arrête de battre?

Bien sûr, j’aimerais voir plus souvent mes amies, pouvoir m’arrêter chez l’une, chez l’autre sans avoir à prévoir un voyage, j’aimerais voir leurs enfants grandir, pouvoir échanger autrement que par téléphone, j’aimerais ne pas avoir à compter le nombre de jours qui séparent, ni devoir jongler avec les obligations familiales des uns et des autres, j’aimerais parfois que les choses soient plus simples, que nos rendez-vous soient plus spontanés, que nos agendas soient plus souples, que les parenthèses ne s’achèvent pas un peu abruptement au lever du soleil.

J’aimerais, je rêverais mais la réalité est ce qu’elle est et je dois composer avec. Le manque ne crée rien, il prend tout. Je vois le manque un peu comme un vide. Et j’ai horreur du vide! Le manque me renvoie aussi beaucoup à la dépendance affective, un mal que je connais bien.

Nous sommes créateurs de notre vie à chaque instant. Nous faisons nos choix en conscience. Ils impliquent certains schémas avec lesquels nous devons composer. Et si ceux là ne nous conviennent pas, nous pouvons toujours les modifier. Ou choisir de ne pas le faire, cela nous appartient.

Quand à ceux qui ont quitté ce monde, ils vivent en moi. Ils me rappellent l’essence de la vie, ils me disent de tout donner ici et maintenant. Ils sont dans mes souvenirs, dans mon cœur, éternellement.

Et vous le manque ça vous dit quoi? C’est quelque chose que vous ressentez? Ou pas? Comment?