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Sensibilisation Violences Conjugales #6

La fin d’une relation, quelle qu’elle soit, implique un deuil. Et comme tout être humain normalement constitué, on en vient à bout, chacun à sa manière, chacun à son rythme. Dans un couple où la violence prédomine, le deuil se fait mais il est bien différent. Et je crois qu’il est plus que temps qu’on arrête de nous seriner à longueur de journée, que ce n’est qu’une question de volonté.

A votre avis, quelle est véritablement la part de liberté d’une personne, quand son être a été sous emprise pendant 6 mois, 2 ans, 10 ans, 25 ans?

Le cerveau d’une victime de violence est conditionné. La séparation n’agit pas comme une baguette magique et ne lui rend donc pas toutes ses facultés d’analyse et de raisonnement du jour au lendemain. Elle était en sursis pendant sa relation et elle l’est tout autant après. La violence a laissé des traces, certes invisibles, des traumatismes avec lesquels elle doit composer, tout en tentant de reprendre le contrôle de sa vie.

Son deuil, comme tous les deuils, sera fait de hauts et de bas, de beaucoup de bas parce que dans l’élan de son départ, elle n’a pas pensé à un éventuel jugement, une confrontation, aux dossiers sans fin qu’il faudra remplir pour dénoncer le mal qui lui a été fait, aux efforts qu’il faudra qu’elle déploie pour assumer le quotidien avec un esprit embrouillé qui est capable de lui murmurer que c’est peut-être elle qui a tout inventé. Elle n’a pas pensé que peut-être sa parole et ses droits seraient remis en question, qu’il lui faudrait revoir son agresseur, faire face à son excès de gentillesse ou à sa fureur. Et heureusement, sinon elle n’aurait pas fait ce pas libérateur.

Arrêtons de lui dire qu’il est temps de passer à autre chose, que son conjoint ne mérite pas qu’elle en bave autant, qu’il faut regarder le bon côté des choses. Elle ne rêve que de ça. Mais sa réalité est bien plus floue et complexe, tiraillée entre colère, tristesse, culpabilité, pitié (et l’autre ne va pas lésiner sur cet aspect là, c’est son arme la plus redoutable), envers l’autre et pire envers elle.

Face à un tel traumatisme, seule une aide psychologique lui permettra de refaire surface. Mais une écoute attentive peut être aussi très efficace, si elle n’est conditionnée par aucun jugement, ni limitée par aucun cliché. Etre écouté c’est aussi être entendu dans sa souffrance à l’instant T. Et ce n’est pas négligeable pour une personne qui a été beaucoup dévalorisée, dénigrée et mise de côté.

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Sensibilisation Violences Conjugales #5

Au chapitre des violences, on en distingue plusieurs: la violence physique (la plus visible), la violence économique, sexuelle, morale, psychologique, dans certains cas la violence religieuse…

Les coups font mal, les mots font mal et le silence tout autant. Quand je parle de silence, je ne parle pas des quelques minutes ou parfois quelques heures pendant lesquelles deux personnes en conflit ne se parlent pas et boudent dans leur coin, ni du silence consenti entre deux conjoints qui ne souhaitent plus communiquer, ni du silence comme moyen de se protéger face à des personnalités toxiques et dangereuses (cette forme de silence est celle qui est préconisée aux individus qui fuient une relation d’emprise, de violence)

Je parle du silence qui s’impose pour une raison obscure, le silence comme punition parce qu’on a un peu trop souri au voisin de palier ou demander de baisser le son de la télévision au mauvais moment ou oublié de changer les draps, le silence méprisant qui écarte, met de côté, va jusqu’à nier l’existence, la réalité d’une personne.

Je parle du silence qui dure au-delà de quelques heures, qui peut atteindre des jours voir des semaines.

Je parle du silence qui renvoi une personne à l’état d’objet et encore un objet on en prendrait un peu plus soin, un silence oppressant qui vient grignoter tout ce qu’il peut rester d’humanité dans un corps, un silence qui porte atteinte à la dignité.

Je parle du silence qui creuse le lit de la peur à l’intérieur, peur du bruit dans la serrure, peur d’un regard, peur de l’assiette qui tombe par terre, peur de la nuit et des corps qui se rapprochent.

Je parle du silence comme un mur – les mots flottent et se cognent, les maux grandissent. Un silence comme un coup de poing à chaque tentative de dialogue. Un silence qui amplifie une crise.

Je parle d’un silence froid, inquiétant, que rient ne semble pouvoir briser, le silence qui quitte la pièce dans laquelle vous êtes, qui vous ignore dans la rue, qui refuse tout contact, qui prend ce qu’il a à prendre, qui vous tue à petit feu, sans que personne ne se rende compte de rien.

Le silence est un fléau, une violence sourde et muette, qui abîme l’intérieur des êtres et les pousse au bord de l’abîme.

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Sensibilisation Violences Conjugales #4

Encore un cliché à déconstruire qui voudrait que la victime soit responsable, qu’elle soit la cause de la violence. La culpabilité des victimes de violence est grande et à de nombreuses reprises, la personne se dit que “si” oui si elle n’avait pas dit telle ou telle chose, si elle n’avait pas oublié le beurre, si elle n’avait pas parlé au voisin de palier, si elle avait fait comme si de rien n’était…

Alors finalement les bourreaux ne seraient que des victimes et aux victimes d’endosser le costume de ceux qui dans le silence anéantissent leurs rêves et leurs vies. N’échangeons pas les rôles, s’il vous plait.

Il y a les “si” des autres, ceux qui ne savent pas, qui n’imaginent pas, qui se disent finalement que la violence c’est pas plus grave que ça. Puis il y a les “si” de celles et ceux qui voudraient comprendre pourquoi. Pourquoi encore les mots, pourquoi encore les coups, pourquoi encore le mépris, pourquoi encore les menaces et les cris. Pourquoi les “putain mais combien de fois il faudra que je te le dise” ou “la prochaine fois je te brise.”

Et puis il y a tous les gourous du bien être, les psychologues amateurs, les lecteurs avides de bouquins de développement personnel qui te prouvent par A + B que quelque part tu l’as cherché, que tu as ta part de responsabilité dans cette dérive, que c’est peut-être même ta plus grande chance finalement. Que c’est à toi de chercher, de mettre le doigt sur le pourquoi de cette emprise, de sortir de ta case de victime, de sauveur, de bourreau, de quitter le triangle dramatique pour retrouver ton empreinte, ton estime. Il n’y a pas que du faux dans toutes ces théories, mais le processus de guérison ne peut pas se faire quand la personne est sous emprise, quand elle a les deux pieds dans une réalité qui la dépasse.

Aller dire à une victime qu’elle est responsable de sa situation, c’est ajouter une dose de violence à la violence qu’elle vit au quotidien. C’est lui porter un coup fatal. C’est anéantir sa voix. C’est se faire complice. La victime a besoin d’être écoutée, entendue, elle a besoin de pouvoir se confier sans qu’on lui serve ce charabia qui ne fait aucun sens pour elle ou qui la conforte dans l’idée que c’est elle la coupable dans cette histoire. Elle va repartir avec ses “si” sans se rendre compte qu’au final toutes ses remises en question ne changeront rien car il y aura toujours un petit truc qui déclenchera à nouveau la violence. C’est un cercle vicieux infernal!

Je crois qu’il faut arrêter aussi de trouver des excuses à celles et ceux qui harcèlent, menacent, frappent, détruisent l’autre à petit feu. Il faut que la société, la justice fasse son travail, de protéger les victimes et de condamner leurs bourreaux.

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Sensibilisation Violences Conjugales #3

N’as tu jamais entendu cette phrase “ils/elles menacent mais ne passent pas à l’acte”. Un cliché de plus! Si c’était vrai, ça se saurait, nous ne serions pas les spectateurs horrifiés de féminicides (et homicides) dont le chiffre ne cesse de nous filer des sueurs froides.

Je pense que les gens qui disent ça ne se sont jamais non plus retrouvés dans des situations si dangereuses qu’en un quart de seconde tu vois ta vie défiler et tu t’attends à ce que l’autre te bousille, au sens littéral du terme.

Une menace est une réalité. Que ce soit une menace de mort, une menace de te priver de quelque chose, de détruire ta vie, de te prendre tes enfants et j’en passe. Oui je sais au commissariat de police, on te rit souvent au nez, c’est presque toi qui passe pour la folle de service. “Et puis, c’est vrai quoi, sur le coup de la colère, on dit des trucs un peu barrés. Mais il faut pas s’inquiéter ma petite dame, ça va aller. Allez voir un psy ça vous aidera à mieux comprendre votre conjoint, regardez il a l’air complètement perdu sans vous.”

Sauf que non, ça ne va pas. La menace, je le répète, est une réalité qui doit être prise en compte. Il faut écouter les femmes et les hommes qui la subissent et doivent vivre jour après jour avec ce risque au dessus de leur tête, quand ils sont chez eux, au bureau, quand ils sont dans la rue, quand ils déposent leurs enfants à l’école, quand ils se croient protégés et qu’ils ne le sont pas.

Ces mots jugés soi-disant sans importance conduisent des hommes et des femmes au suicide et tuent physiquement, moralement, psychologiquement des milliers d’individus chaque année, en toute impunité.

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Sensibilisation Violences Conjugales #2

On entend souvent la phrase “A la première claque, il faut partir”. Si c’était aussi simple ça se saurait!

Qui a réellement envie de se prendre des coups? Personne.

Le premier acte de violence physique n’arrive pas par hasard. Le terrain a été préparé pour qu’il passe presque comme une lettre à la poste. Sinon bien sûr, il n’y aurait pas de victimes de violence.

Parfois la violence physique arrive assez rapidement dans la relation et parfois elle met plusieurs années. La personne face à la violence n’a souvent pas de clé, elle est sous emprise, elle est fatiguée, elle vit sous tension la majeur partie du temps. Elle est en sursis et elle tente, à bout de souffle, de maintenir sa vie à flot.

Imaginez un instant vivre dans une peur constante, le jour, la nuit, faire attention à tout, dans les moindres détails, à vos mots, vos gestes, vos silences, vos mimiques. Imaginez et vous aurez déjà une toute petite idée de ce que peut vivre une victime de violence conjugale…

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Sensibilisation Violences Conjugales #1

Je parle avec des gens et je me rends compte que beaucoup ont encore énormément de préjugés sur les violences. Pourquoi se focaliser sur les violences conjugales?

1- Parce qu’elles sont pernicieuses, elles de déroulent au sein du foyer (territoire jugé intime) et elles sont aussi souvent invisibles à l’œil nu.

2- Parce que c’est un sujet qui me tient à cœur & que mes amies qui travaillent auprès des victimes m’encouragent à le faire.

3- Parce qu’elles touchent les femmes, les hommes et les enfants (et qu’on les oublie souvent)

4- Parce que nous en sommes déjà à 24 victimes de féminicides depuis de début de l’année.

5- Parce que nous sommes tous concernés et que le silence fait plus de dégâts qu’on ne peut le penser.