Dix ans pour l’éternité

Il aurait eu vingt ans. Ou peut-être plus. Je n’ai plus la notion du temps. J’ai perdu la mémoire des années. J’ai essayé de me défaire des dates anniversaires. J’ai rayé de mon calendrier tous ces 22 février.

Il a eu dix ans pour l’éternité, une éternité que j’aurai préféré ne pas connaître. A quoi pense-t-on vraiment quand on devient parents ? Rêvons-nous la vie, sommes-nous prêts à tout, tous les sacrifices, toutes les nouvelles qui nous attendent, tous les mots de travers, toutes les joies accouplées à toutes les grandes peines. Prenons-nous vraiment conscience que la chaire de notre chaire peut trahir une promesse, cette promesse de ne jamais partir avant nous, de ne jamais nous laisser seuls, derrière.

Il a eu dix ans pour une éternité qui me paraît durer encore plus longtemps que les autres. Ou peut-être que c’est moi qui ne sais plus qui je suis, ni où je vais. Mais comment vivre avec ce cœur en moins, qui battait près du mien, depuis le commencement de notre vie à trois. Comment peut-on encore croire qu’il y a un Eternel derrière tout ce chaos, derrière ces larmes inquiètes, derrière la porte de cette chambre de petit garçon, figée dans le passé. Comment peut-on réellement, sincèrement continuer à vivre, à aimer. Ces questions reviennent en boucle, en moi. Les réponses n’existent pas. Ou si elles existent, elles ne me conviennent pas.

Il a toujours dix ans dans mes souvenirs, dans ma mémoire de mère, d’adulte désormais handicapée à vie. Il a toujours dix ans et ses boucles brunes viennent chatouiller mon cou, s’éparpillent sur mon col roulé. Ses yeux verts cherchent les miens du regard dans la foule de la rentrée des classes. Son sourire éclaire ma vie puis vacille. Le mien est tout simplement rayé de la carte. Je ne souris plus que pour m’absenter, fuir une conversation qui tourne mal. Je ne souris plus que par peur de ce que les autres pourraient penser. Je souris pour ne pas avoir à parler, à raconter ma vie, à le raconter. Même après tout ce temps, je souris pour la forme, pour me donner du courage quand j’en manque cruellement. Je souris par convenance, sans enthousiasme. Je souris en l’imaginant roulant dans les nuages, courant à perdre haleine, jouant à chat perché entre les galaxies, la tête bien calée dans les étoiles.

Il aura toujours dix ans. C’est infaillible. Les aiguilles se moquent de mes états d’âme. Elles tournent sans que je les voie. L’horloge s’est arrêtée sur ce jour maudit.

Il aura toujours dix ans. C’est ce que ne cesse de me répéter la photo posée sur la commode du salon. Je peux l’imaginer grandissant. Je peux imaginer qu’il a vingt ans. Ou plus peut-être. Je n’ai plus la notion du temps. J’ai perdu la mémoire des années. J’ai essayé de me défaire des dates anniversaires. La photo est belle, elle date du 21 janvier. C’est cette date-là dont je souhaite me souvenir, pour l’Eternité.

 

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Derrière les murs de l’école

C’est peut-être là, derrière ces murs, après avoir franchi ce premier portail, au milieu des cris et des rires d’enfants que tout a commencé. C’est peut-être là que j’ai perdu le contrôle de ma vie, que j’ai pris mes distances avec ce monde qui ne me convenait pas. C’est peut-être à cet instant précis, à la première réflexion déplacée, à la première moquerie, que j’ai perdu contact avec la terre ferme, que je me suis réfugiée dans un rêve pour oublier le reste, que j’ai pris conscience de ma différence – inadaptée.

A l’heure actuelle, je suis plongée dans la lecture d’un livre (dont je vous parlerai plus tard, bien évidemment) qui a fait remonter à la surface tous ces souvenirs d’école primaire.

Pendant des années, j’ai vécu normalement, avec des hauts et des bas, je n’étais ni heureuse, ni malheureuse. Pendant des années je ne me suis même pas posé cette question d’ailleurs. Mais pendant des années, j’ai vécu avec une boule de souffrance, logée au creux du ventre. Je ne savais pas d’où elle venait. J’avais eu une enfance heureuse, entourée d’amour, de beaucoup d’amour. Mais je souffrais. Pas tous les jours. Mais quand ça me prenait, quand la boule se rappelait à moi, je perdais les pédales, je n’étais plus maîtresse de moi et je tombais très bas.

Que c’était-il donc passé en primaire pour que je perde mes moyens de la sorte ?

C’était là, derrière ce portail blanc, que j’ai connu les premières humiliations, les premières moqueries et injures. Quatre ans de torture psychologique. D’autres se seraient rebiffés, auraient rendu coup pour coup. Moi, je me laissais faire. J’attendais que ça passe et je m’enfermais dans mes rêves. Je désertais le monde.

J’étais la dernière choisie pour les sports d’équipe, la maîtresse finissait même par imposer ma présence à un groupe d’enfant qui avait trouvé en moi le bouc émissaire idéal. On riait de mon nom. On déchirait mes vêtements dans la cour de récréation. On me regardait aller aux toilettes. On m’enfermait dans les toilettes. J’étais la risée de ma classe. Plus tard, ça a été le racket et les intimidations. On se moquait de mes vêtements, de la façon dont je m’exprimais. Mes parents étaient au courant. Ils écoutaient. Ils allaient voir la maîtresse. Et je passais pour celle qui ne peut pas se défendre toute seule, qui a besoin de son papa et de sa maman. Tout ce que j’aurai pu faire n’aurait rien changé.

A la première claque, mon père a sorti les crocs. A la deuxième, il a débarqué à l’école. J’ai obtenu des excuses. Et les rires ont continué à pleuvoir. Je ne m’en souciais plus. J’avais quitté le monde depuis longtemps. Mes rêves m’apportaient la paix que je ne trouvais pas ailleurs. J’aurai pu tomber dans la dépression. Ca ne s’est pas produit. Bien entend, j’allais à l’école à reculons. Je détestais le sport. J’appréhendais les sorties de classe. J’avais peur d’aller aux toilettes toute seule. Je craignais même les réflexions de mes instituteurs, qui semblaient ne pas se préoccuper de mon mal aise, de ma mise à l’écart. Je me méfiais même de celles qui se disaient être mes amies et qui participaient, sans un mot, à cette « mise à mort » journalière.

Mais dès que je passais la porte d’entrée, je m’évadais, je n’étais plus là. Les insultes coulaient sur moi. Avec le recul, je pense qu’elles se sont tout de même glissées en moi, sans que je m’en rende compte et qu’elles m’ont rendu vulnérable, qu’elles ont exercé un travail de sape de l’intérieur, à mon insu.

Aujourd’hui, on parle beaucoup de harcèlement à l’école. Je crois, qui plus est avec Internet et la violence ambiante, qu’il est nécessaire de mettre en place des mesures adaptées pour que les personnes, objets de ces agressions quotidiennes soient protégées et les enfants bourreaux soient aidés et/ou punis. Si on n’apprend pas à nos enfants à respecter l’autre, qu’il soit différent ou pas, on leur fait courir un grave danger pour l’avenir, pour les adultes qu’ils sont amenés à devenir.

Ce que j’ai vécu n’est rien comparé à ce que d’autres supportent au quotidien, j’en ai conscience. Je n’ai pas eu recours à la violence pour contrer la violence de mes agresseurs. Par contre, je me suis isolée. J’ai assimilé que je n’étais pas faite pour ce monde dans lequel on m’avait projetée contre mon gré. J’ai eu des envies de me foutre en l’air, à 10 ans à peine. Ce qui m’a sauvée, c’est mon côté rêveuse. Je me suis construite une autre vie. Mais plus tard, en grandissant, il a fallu que je me rende à l’évidence, il existait un fossé immense entre mon univers et la réalité. Le choc a été brutal, terrible. Je suis tombée de haut et je me suis fait un mal de chien.

La violence n’a jamais rien résolu. Alors agissons aujourd’hui, ne laissons pas nos enfants seuls face à cette menace. Aidons-les. Aidons-les tous, victimes, bourreaux et témoins aussi. Prenons nos responsabilités d’adultes, même si c’est difficile, même si on n’y comprend rien. Aidons-les, avant qu’ils ne perdent pied et ne puissent plus marcher sereins sur la terre qui les a vus naître.

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Acte Manqué

Le 11 juillet 2011. Ce jour ne vous dira sans doute rien.

Moi il me parle encore beaucoup trop. Ce jour-là, c’était le jour béni de mon mariage. Nous n’avions pas pris de photographe pour l’occasion. Mais nous avons tout de même passé la journée sous les flash de nos amis, convertis en véritables paparazzis (pour la bonne cause). Une fois la fête terminée, tout le monde s’est pressé autour de nous, histoire que nous revivions ensemble tous ces moments partagés.

J’ai trié plus de 2000 photos, provenant d’au moins 6 appareils photos différents. J’ai fait un Best Of. J’ai sauvegardé le reste sur une clé USB. J’ai rangé ma carte mémoire.

Puis un jour de pluie, j’ai même décidé de faire un album photo. Et ce jour-là, nous nous sommes disputés. Comme le jour où nous sommes allés acheter mon alliance ou encore le jour où nous étions censés aller chercher la poussette de l’escargot, qui grandissait dans mon ventre. Enfin passons sur ces choses sans grande importance.

Ce jour-là, entre deux sanglots, j’ai quand même eu le courage de terminer mon œuvre d’art, sans faire de dégâts des eaux !

Puis je suis partie un soir de Novembre, en laissant tout derrière moi. Vraiment tout. Et surtout mes albums, mes photos sauvegardées sur l’ordinateur. J’avais encore mes clés USB sur moi. Je les ai toujours sur moi, au cas où. L’honneur était sauf.

Dans un excès de générosité ou plutôt dans l’espoir que je revienne sur ma décision de le quitter, Roger a pris soin de me rendre quelques-uns de mes albums photos justement, dont celui à la couverture noire, celui relié ce fameux jour de pluie, 9 mois après notre mariage, 2 mois après son retour d’Egypte, celui de notre mariage. J’aurai pu le détruire, mais je le garde pour l’escargot, pour plus tard, quand il sera grand, qu’il voudra comprendre (ou pas) cette histoire, son histoire.

Grand bien lui en a pris à Roger. Car un beau jour, en ouvrant mes fichiers sauvegardés sur mes multiples clés USB, j’ai cherché désespérément le fameux Best Of pourri de chez pourri de notre mariage, sans succès. J’ai tout retourné dans tous les sens. J’ai fouillé dans mes archives. J’ai ouvert des dossiers de dossiers, j’ai fouiné un peu partout. Rien. Le vide intersidéral. J’ai dû tout effacer, sans m’en rendre compte. Si ce n’est pas un acte manqué ça (je me fais moniale sur le champ !)

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Source – Just My State of Mind Tumblr

Une bouteille à la mer (ou ma façon de dire Attention Danger!)

Croyante convaincue. Catholique de naissance. Pratiquante d’une seule foi, celle de l’amour, du respect et de la tolérance.

Je ne me considère d’aucune religion en particulier. Je puise ici et là des idées qui façonnent mon évolution, qui m’aident à grandir personnellement et spirituellement. Je m’intéresse aux religions en général. J’ai déjà lu Le Coran et suis en train de terminer la lecture de la Bible. Je suis intéressée par la vie du Buddha et ai programmé de lire la Torah en 2015.

Tout ça pour vous dire que je suis en perpétuelle quête, que je ne me contente pas d’une pensée unique, mais que j’aime lire ici et là des témoignages d’autres personnes, qui ne partagent pas forcément la même religion que moi, ni les mêmes croyances et avec qui je peux avoir des discussions fort intéressantes et qui m’enrichissent.

Je suis en quête et en construction. Je ne détiens aucune vérité et pourtant au gré de mes lectures, certaines choses me choquent profondément, en tant que croyante, mais avant tout en tant qu’être humain.

Je suis tombée par hasard sur un site (que je ne citerai pas), destiné aux enfants et à leurs parents et j’y ai lu des choses qui m’ont bouleversée. Je vous mets juste quelques exemples (pour que vous vous fassiez une idée) :

« Ce qui m’apparaît, et Allah est plus savant, est qu’il n’est permis,  sous aucune circonstance, aux musulmans de mettre leurs enfants dans les écoles des non-musulmans. »

« Et il n’est pas permis que les musulmans mettent leurs enfants dans des écoles où on enseigne l’innovation, ou des choses qui sont en contradiction avec la Sunna. »

« Ne sais-tu pas que la photographie est interdite ? Et que les gens les plus rudement châtiés le jour de la résurrection seront les moussawwiroun* ! Il est donc interdit que tu photographies ton fils que ce soit avec un téléphone portable ou autre.
* dessinateur, peintre, photographe. »

« ALLAH créera des âmes en nombre équivalent au nombre d’images façonnées, par lesquelles ils seront châtiés dans la Géhenne. »

Je sais qu’en citant ces passages, je risque à mon tour de créer des amalgames dans l’esprit de certaines personnes. Ce n’est pas le but. Si vous me lisez depuis un certain temps, vous savez que je suis opaque à toutes sortes d’amalgames. Ils sont trop faciles et ils ne riment à rien. Ils déstabilisent ceux qui en sont les victimes directes et ils peuvent faire beaucoup de mal.

Mais je pense qu’il est important de dire quand quelque chose nous fait mal, nous blesse, nous met mal à l’aise. Tout simplement, parce que à plusieurs nous pouvons réfléchir, qu’une personne peut avoir lu la même phrase et l’avoir perçue différemment. Partager sur ces choses-là est important pour moi.

Bien des fois, je me retrouve face à ces mots qui ne me parlent pas, ces mots que l’ont fait dire à Dieu, un Dieu qui ne semble pas être le même que celui vers lequel je me tourne le soir.

Certaines personnes les verront et passeront leur chemin.

D’autres voudront comprendre pourquoi ils sont là, ce qu’ils veulent dire au juste. Elles s’interrogeront sur leur bien fondé. Elles feront le tri.

D’autres iront plus loin et prendront les dires d’un tel à la lettre. Ils ne jugeront que par les mots de telle ou telle personne.

Je suis passée par là. Je parle en connaissance de cause. A une époque, où j’étais assez perdue dans ma vie, je me suis laissé prendre au piège de toutes ces belles idées, de toutes ces réponses à mes questions les plus profondes. J’allais tous les dimanches à la messe, j’y allais dans la semaine, je lisais des tonnes de livres religieux, je ne lisais plus que ça d’ailleurs. J’avais toujours une réponse tout prête quand quelqu’un partageait avec moi son mal être. Je ne pensais plus par moi-même. J’étais obnubilé par toutes ces pensées qui s’étaient peu à peu insinuées dans ma tête. Je ne maîtrisais plus mon esprit.

Pour certains, le monde restera ni tout blanc, ni tout noir, le monde restera d’un beau gris perle, un mélange accueillant. Tandis que pour les autres, ce sera ou blanc ou noir, sans concession possible, sans compromis envisageable.

Et c’est ce que je considère comme grave, cette faculté de décider que telle chose est bonne et telle chose mauvaise. Comme si tout était aussi simple, comme si un homme (ou une femme) détenait la science infuse et savait quelle est la bonne voie à suivre. Ces personnalités qui disent « moi, je sais » me font terriblement peur. Parce qu’à force d’imposer des réponses et des solutions toutes faites à ceux qui les consultent, qui les écoutent, ils leur enlèvent tout pouvoir de réflexion, toute capacité à réagir, à n’être pas d’accord, à donner leur avis, à choisir leur chemin.

Quelques fois je passe outre, je me dis que « ce n’est pas si grave que ça ». Mais à force de ne pas y penser, on en oublierait presque que certains « bien-pensants » sont en train de tuer notre société, nos valeurs, nos idéaux, notre jeunesse, notre monde.

C’est pour ça qu’aujourd’hui, j’avais envie de réagir, de dire que je n’étais pas d’accord, que les « musulmans » ou les « chrétiens », ou les «juifs », ou n’importe qui d’autre, personne n’a la science infuse, tout le monde est un être « en progrès », personne ne devrait être traité de « mécréant » ou d’ « infidèle ».

Nous avons tous quelque chose à nous apporter les uns les autres, des avis, des conseils. Certains croient en Satan, d’autres l’appellent le Diable ou Lucifer. Moi, je n’y crois pas personnellement. Je considère que nous avons tout à notre disposition pour faire nos choix, que nous avons tous une part d’ombre en nous, que nous sommes à même de savoir ce qui est bien ou mal, pour nous, pour les autres.

Nous ne sommes pas parfaits et Dieu le sait très bien, puisque c’est ainsi qu’il nous a créés. A nous de nous améliorer, en restant libres et sans jamais imposer à d’autres notre manière de voir les choses.

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C’est pas ma journée !

J’ai bien failli passer ma journée dans le monte-charge.

Avant (avant quoi d’ailleurs, avant que tout ne change, avant que je ne me retrouve qu’avec mes yeux pour pleurer et mes mains pour cacher mes yeux tristes, avant que la vie ne me donne un bon coup de pied dans le derrière et ne m’oblige à rectifier le tir avant la catastrophe, avant tout ce qu’était devenu ma vie et qui n’était pas moi, enfin bref avant la chute, avant le goût amer laissé par le dernier baiser, avant la remontée pénible, les montagnes russes, l’envie de ne plus se battre et se battre encore, avant l’oubli balayant la colère, l’indifférence balayant la vengeance, enfin bref avant que je ne tourne la page, que je retrouve un semblant de normalité dans ma vie de tous les jours), je me serai dit « C’est pas ma journée ! ».

Avant tout ça, j’étais très forte pour m’imposer des journées de « merde », des journées où tout allait de travers.

Comment peut-on croire qu’une journée qui commence par une biscotte cassée dans son café au lait (qui rend le café imbuvable, avec toutes ces pellicules de beurre nageant à la surface du liquide marron tant adoré pourtant) se terminera bien ?

Comment peut-on croire que le destin ne va pas en profiter pour tout saboter sur son passage?

Sans le savoir, je m’imposais moi-même ces journées pourries. J’arrivais à me convaincre qu’une tuile en provoquerait une autre. Et le pire, c’est que tout ce qui m’arrivait dans cette fichue journée me donnait raison. Je n’avais pas de bol, tout simplement. J’étais condamnée à supporter tout ce qui allait pouvoir me tomber sur le coin du nez, avec le sourire (par-dessus le marché).

Mais ça c’était avant. Avant que je ne comprenne que j’avais mon mot à dire, que la journée pouvait mal débutée et très bien se terminer, que je pouvais contrer le destin et surtout arrêter de voir tout ce qui m’arrivait comme quelque chose d’irrémédiable et de catastrophique.

Donc ce matin, dans le monte-charge, j’ai respiré, et après avoir réussi à sortir (non sans mal), je me suis dit « quelle journée de merde ! » (On ne tire pas un trait catégorique du jour au lendemain sur un réflexe vieux de 20 ans). Deux secondes après, j’ai oublié cette phrase débile et je me suis dit en moi-même « la journée vient à peine de commencer ma belle, à toi de faire que la suite soit belle… »

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Ce qu’il reste de nos amours

Mon coeur se fait une beauté.

Je parle de toi au passé, toi qui es multiple. Pas tant que ça quand on y pense.

Combien ai-je eu d’amours, d’amoureux ? Combien de vies se sont mêlées à la mienne le temps de bâtir des secrets, de se fabriquer des souvenirs ? Combien ont vraiment existé, compté pour moi, plus de quelques heures, plus de quelques pas de danse joue contre joue, crainte contre désir, envie contre passion ?

Très peu.

Un premier amour platonique. Un visage qui m’accompagnait l’année entière et deux mois côte à côte l’été, sans se parler. L’adolescence et les premiers émois, les tourments de l’âme et les désirs inavoués du corps. Nous nous sommes parlés, juste quelques mots ici et là, comme ça, par hasard, parce que nous partagions la même plage, sans partager les mêmes jeux. On finissait par bien rire quand on évoquait ton prénom, au détour d’une conversation entre copines. Plus tellement maintenant. Plus tellement depuis que tu n’es plus de ce monde, depuis que tu as laissé derrière toi une femme et une princesse aux cheveux bouclés, qui à l’heure où tu as déserté, n’était pas encore née.

Un premier grand amour. Celui dont on ne guérit jamais vraiment, jamais complètement. Un premier grand amour et des souvenirs à la pelle, qu’on fait revivre entre deux photos retrouvées dans une armoire, un soir de cafard. Celui qui nous donne des ailes, qui nous fait rêver. Celui que l’on croit être le dernier. Celui avec qui rien n’est impossible. Celui qui sait garder nos secrets, sait nous faire rire, sait tendre la main pour nous rattraper en vol. Mon premier grand amour s’en est allé dans un silence de plomb. Nous ne sommes pas restés amis, c’est dommage, mais c’était mon choix. Lui aurait préféré autre chose. La vie a repris ses droits. Nos chemins se sont séparés et pourtant quelques fois, c’est contre lui que j’aimerai me réchauffer, dans ses bras que j’aimerai m’écrouler.

Le troisième est un gâchis. Un échec cuisant. Certains diront même qu’il a des airs de tragédie. D’autres préfèrent ne pas évoquer son nom, le laisser de côté, ne pas essayer de comprendre ce que je lui ai trouvé. Le troisième n’est certes pas le dernier. C’est celui qui n’aurait jamais dû être, celui qui a tout volé, qui a piétiné mon cœur, qui a assassiné mes pensées. Le troisième se fiche des convenances. Il prend sans penser. Il agit sans confiance. Il trahit sans aimer. Le troisième laisse encore un goût amer dans mon quotidien. Il ponctue ses phrases de peut-être, de « nous trois demain ». Il n’a rien compris. Il ne sait pas que l’amour que l’on donne peut être repris quand l’être aimé n’est pas à la hauteur, quand l’amoureux en a envie.

Le poids de mes amours se balance dans le vide. Mon cœur se fait une beauté, il se laisse guérir. Il fait du tri. Mon cœur se laisse du temps pour aimer à nouveau.

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Ces jours où je regrette mon Argentique

Il fut un temps où j’allais acheter mes pellicules photo, avant de partir en voyage, de déserter pour les vacances, avant un dîner entre amis. C’était le temps de l’Argentique.

Entre moi et mon appareil photo, c’est une grande histoire d’amour. Ca l’a toujours été. J’ai toujours été passionnée par la photographie, cet art de capturer un instant précis, un souvenir vagabond, de suspendre le temps.

J’ai toujours été fascinée par le regard aiguisé du photographe qui sait où se cache le cliché qui fera mouche, qui sait regarder le monde et faire ressortir ce qu’il y a de plus beau, de plus éphémère, de plus héroïque, de plus tragique aussi parfois.

I fut un temps où mes prises de vue étaient minutieusement étudiées, soigneusement calibrées. Avec 36 poses, 24 poses voir dans le pire des cas 12 poses, il fallait voir juste, il fallait saisir le meilleur, ne pas se laisser distraire, il fallait savoir faire la part des choses entre ce qui est extra et ce qui est juste bien. Il fallait apprendre à attendre, à être patient, à se laisser guider par son intuition, son instinct.

Mais comme tout en chacun, j’ai fini par franchir le cap. Pour mes 30 ans, j’ai demandé un appareil photo numérique. Depuis 4 ans, je balade mon Reflex sans relâche, je continue à étudier le monde et ses miracles, toujours à la recherche du cliché fabuleux.

Mais les photos se font de plus en plus nombreuses. Et bien souvent, tous ces clichés qui se ressemblent un peu et que je n’arrive pas à trier me pèsent, tous ces clichés identiques et différents en même temps. Les photos s’entassent dans des dossiers sur un ordinateur ou dans des cartes mémoires bien rangées dans une boîte en fer. On finit par faire trop de photos de tout et de tous. On finit par ne plus profiter de l’instant, mitraillant sans cesse ici et là. On se retrouve avec des centaines de photos pour un évènement. Alors qu’avant on en avait peut-être seulement dix, mais dix très belles. On les découvrait après coup. On était heureux.

Aujourd’hui, bien des fois, je trouve que le charme de la photographie est rompu par cet incessant ballet de la meilleure prise de vue. Tous ces clichés qu’il faut que je classe, que j’organise, que je supprime, que j’imprime, que je mette en album. Tous ces clichés qui ne saisissent plus vraiment un instantané surprenant mais qui défilent sous mes yeux, comme des moments de ma vie que je n’ai pas vraiment vécus, trop occupée à regarder si la photo est belle, si elle est bien cadrée, si la lumière est juste, si les ombres ne sont pas trop floues.

C’est pourquoi de temps en temps, je reprends mon Argentique, je glisse une nouvelle pellicule à l’intérieur et je me laisse aller à faire un bond dans le temps.

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“A mon fils” – Gilbert Sinoué

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L’auteur, à travers des mots destinés à son fils, nous emporte dans le tourbillon du monde, souhaitant lui expliquer le pourquoi du comment des choses de la vie. 

Il passe la barre du navire à la future génération, mais pour que celle-ci sache comment faire, il lui faut connaître les secrets de la terre, les lois fondamentales qui régissent l’espèce humaine.

Son récit nous embarque dans une aventure aussi surprenante que captivante, à travers la voie lactée, entre l’Alaska et l’Egypte, de la banquise aux terres arides. Il insiste sur le massacre écologique, sur l’abominable carnage de la malnutrition, sur le désœuvrement d’une jeunesse dorée, sur le pouvoir démesuré et écœurant d’un petit nombre au détriment de la pauvreté.

Il nous montre le monde, notre monde, tel qu’il est, un monde à la dérive, un monde à reconstruire. Selon lui, ce qui manquerait le plus à l’homme serait l’amour. Il le dit si bien que je reprends ici un des passages qui m’a marquée: “Force est de reconnaître que nous vous laissons une bien étrange planète, peuplée de gens dévorés par le quotidien. Heureusement il y a les mères. L’amour d’un père est essentiel, c’est vrai mais celui d’une mère l’est infiniment plus. Ne nous en déplaise à nous les hommes, seules les femmes possèdent pleinement ce talent qui consiste à s’oublier soi même pour tout offrir à l’autre. Privé de l’amour d’une mère, l’être humain passe sa vie en déséquilibre, comme un funambule, et l’existence toute entière n’est qu’une longue convalescence.”

Si vous aussi avez envie de vous imprégner de ce récit pour le raconter à votre tour à vos enfants, avec vos mots, vos souvenirs, rejoignez l’embarcation pour ce voyage initiatique déroutant mais rempli de promesses et d’espoir.

La fabrique à souvenirs

Il y a des jours où j’aimerai pouvoir rattraper les souvenirs, faire un bond dans le passé, revivre certains moments heureux, attraper les gens au vol, les faire exister dans le présent, juste un petit moment encore, retrouver les sensations, les odeurs, les musiques, le frôlement des corps, les rires partagés, les fous rires même.

Quand j’étais petite fille, les vacances étaient synonymes de liberté. Les premières années mes, parents faisaient l’effort de nous emmener, ma sœur et moi, un peu partout en France. Et puis les bouchons dès la sortie de la ville ont eu raison de mon père. Et puis il y avait cette maison au bord de la mer, la maison de mes grands-parents, mes grands-parents qui désertaient Paris l’été et étaient heureux de nous retrouver. Nous avons investi cette maison. La route des vacances a pris une autre dimension. Nous laissions derrière nous les barres d’immeubles, le grondement de la ville. Nous avancions vers la mer, le calme, les retrouvailles entre cousines, la LIBERTE. Et cette liberté, je la touchais dès mon arrivée. A peine les bagages posés dans la maison, que j’enfourchais mon vélo et là où la route se divise, juste sur la gauche, elle m’attendait, chaude et vibrante, tantôt calme, tantôt agitée, elle était l’amie de mon enfance, l’amie fidèle qui accueillait mon corps, ma peau hâlée et faisait fuir toutes les peines qui m’avaient tiraillées pendant l’année écoulée.

Le dernier jour de classe, l’air était chargé de sourires, d’impatience, de rêves un peu fous, d’envies mitigées, envie d’accélérer le temps et envie de le suspendre encore quelque minutes pour profiter de ces derniers moments ensemble avant la rentrée de Septembre. Deux mois sans se voir. Deux mois de découvertes et d’aventures aussi. Deux mois pour grandir. Le dernier cours semblait s’éterniser. Nous n’étions déjà plus là, notre esprit vagabondait par-delà le mur d’enceinte de l’école, par-delà les nombreuses routes que nous allions emprunter, par-delà les heures de voyage. Nous connaissions alors les premiers papillons dans le ventre, ceux qui, avec le temps, allaient prendre de l’ampleur, au premier regard croisé, au premier baiser échangé, au premier coucher de soleil main dans la main. Excitation et crainte. C’est de loin le meilleur mélange que nous ayons connu.

Avec le temps, les études, les rencontres, les mariages, les départs, le travail, nous nous sommes un peu perdus de vue. Sur la plage, il n’y a aucune tête connue. Quelque chose s’est froissé. Nous n’avons plus la même innocence, la même insouciance en nous. Notre cœur est un peu cassé. Mais la route des vacances, que nous empruntons désormais avec notre moitié, nos enfants, nos parents parfois aussi, reste la même. La ville se fige derrière nous, les soucis aussi, juste le temps que nous fassions le vide, que nous reprenions nos esprits.

Pour moi, ce soir, dans quelques heures seulement, les vacances vont commencer. Je retourne à la source, je vais retrouver mon petit prince et la mer, mes cousines. Deux semaines et une rencontre, quelque part en Provence. Je pars me fabriquer de nouveaux souvenirs, des souvenirs que nous revisiterons plus tard, avec un petit pincement au cœur et une immense joie.

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Crédit Photo – Larisa Charnakal Flickr