Category: Atelier écriture

Voler vers soi-même

Tout devenir. Tout conquérir. Le nord, le sud, la lune et les étoiles. Et les planètes dans la vaste galaxie, pépites solitaires aveuglées par la lumière. Il rêvait, allongé sur son lit, inventait des histoires à partir des bribes du tout et du rien, de jour comme de nuit, créait des mondes dans l’espace du sien, qui s’étalait du lit au mur de la salle de bain.

Il aimait le football et les feuilles de novembre qui tombent, égayant de leurs couleurs les rues sombres de la ville. Il mettait de la passion dans ses courses folles, dans ses interprétations de chansons. Il faisait de chaque instant un jeu, devenait mélancolique quand le temps tournait à l’orage et que le soleil se perdait derrière les nuages.

Il avait été un poupon sage et câlin, aux yeux rieurs, au sourire serein. Il était un enfant plein de vie et de douce folie. Tant d’insouciance et de curiosité que nous, adultes, avions du mal à canaliser. Rentrer dans des cases c’était beaucoup moins compliqué à gérer.

Il faisait preuve de complaisance, de plus en plus, pour plaire, ne pas déranger, ne pas se faire gronder. Il devenait une définition de dictionnaire, un enfant sur papier glacé. Avec des perspectives d’avenir toutes tracées.

De l’extérieur ça faisait peur ce modelage, cette adaptation à une norme, une manière de voir. On ne l’accompagnait pas, on faisait à sa place. On ne le laissait pas être, on lui imposait une manière de se comporter, de s’exprimer. Doucement on faisait de lui ce qu’il n’avait jamais été.

Par peur sûrement. Nos peurs si bien ancrées. Nos limites si bien installées.

Il était grand temps de casser les schémas pour lui permettre d’ouvrir ses ailes et de voler vers lui-même.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: étoile – complaisance – football – perspective – novembre – passion – poupon

Oser la nuit

Une camionnette sur un parking. Un homme qui en descend et une fille à l’intérieur. Ça commence comme n’importe quelle histoire sans avenir. Sans compter qu’on est le matin et que les araignées, à cette heure c’est bien connu, apportent le chagrin.

Une bouteille sur le trottoir. Le type assis à côté avec son air patibulaire fait peur à voir. Une énième nuit dehors dessine sur son corps une montagne de jugements, les regards imposants de ceux qui passent sans le voir vraiment.

Un tapis sur le sol. Une famille serrée autour d’un idéal qui s’est fait la malle. Juste des miettes dans un bocal, quelques pièces éparpillées et le cœur égratigné. Le souvenir d’un port qui a tout emporté.

Il faut oser la nuit pour se prendre en pleine figure la claque, une avalanche de drames humains, l’humanité piétinée. Il faut oser la nuit pour voir le monde à l’agonie. Il faut le choc pour sortir de sa bulle, ouvrir les yeux. Surtout quand notre préférence serait de les garder fermés.

Ce texte a été écrit dans le cadre de latelier d’écriture d’Olivia. Les mots étaient:  tapis – parking – araignée – avalanche – port – bouteille – bulle – préférence

Vivante!

Elle se tenait debout, les bras le long du corps, poitrine en avant, pieds nus sur le sable mouillé, les yeux braqués sur l’immensité devant elle. La mer telle une furie, déchainée depuis les premières gouttes de jour, offrait un spectacle de fin du monde. Les gens qui passaient, capuche sur la tête, pressés de rentrer chez eux, la regardait d’un air soupçonneux. Ils se demandaient bien ce que faisait cette fille, là, par ce temps froid, ce qu’elle pouvait bien voir au milieu de ce brouillard oppressant. Eux, ils n’aspiraient qu’à un chocolat chaud, bien installés dans leur canapé, à l’abri des secousses du temps, leur gazette favorite ouverte sur leurs genoux recouverts d’une couverture en laine. Leur bulle de douceur.

Elle venait souvent là, quand le déséquilibre menaçait l’ordre fragile de son monde. Quand elle ne se sentait que faille et que la complicité d’une étreinte lui manquait pour refaire surface. Elle restait le temps qu’il fallait.
Ils n’étaient pas nombreux à comprendre ce lien particulier qui l’unissait à cet endroit. Peu nombreux à saisir pourquoi, cette fille au cœur plein d’espoir, se sentait parfois si vide, qu’elle partait loin, seule, se confronter de la sorte aux éléments.
Elle voulait juste se sentir vivante!

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: souvent – ordre – soupçonneux – gazette – espoir – bulle – particulier – faille

De la beauté et du chaos

Le monde autour, un véritable capharnaüm, du bruit partout, dans la rue, dans l’air, dans notre sac à main, des sonneries et des touches qu’on frappe frénétiquement. Le téléphone toujours à portée de main.

Autour du monde, on procrastine. Les bonnes résolutions seront pour demain. On a déjà assez de drapeaux d’alertes pour toutes les choses, en liste, à faire. Bien assez de rendez-vous à assurer, de photos à traiter, de fils d’actualité à dérouler, de discussions à suivre?

Est-on seulement capable de débrancher ? Pour quelques minutes ou quelques heures ? Est-on seulement capable de voir la beauté, les couleurs magiques des ailes d’un ara, le dessin soigné des boites de la boutique de thé dans la rue d’en bas ?

Est-on seulement capable de regarder un coucher de soleil, juste pour soi, taquiner le brochet, sans exposer au monde sa proie ?

Ou bien vivre séparément ces évènements, c’est comme être coupé de la source qui nous tient en vie ?

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: procrastiner – drapeau – Ara – boîte – séparément – capharnaüm – taquiner