Posted in Atelier écriture, Variations Littéraires

La vie après la vie

Photo by Maria Orlova on Pexels.com

Mine de rien, les jours passaient et Lise prenait plaisir à jardiner, entre les roses qui dansaient dans les bosquets et l’arbre centenaire qui toujours veillait.
Elle remarquait chaque matin les nouveautés, petites graines devenues arbustes, mousse délicatement parfumée de quelques gouttes de rosée. Les oiseaux picoraient les restes de pain sur l’herbe, aux reflets émeraude, sur lesquels ses pieds glissaient comme ceux d’une ballerine sur une scène désertée.

Son jardin était ce lieu, riche d’espérance, gagnant en beauté à mesure qu’elle allait et venait dans les allées, avec son chapeau de paille sur la tête pour se protéger des rayons du soleil de mai, déjà taquin.

La peur de ne pas y arriver restait quelque part ancrée, mais lui semblait perdre en intensité à mesure que les souvenirs se faisaient plus légers. Elle ne pouvait oublier ce qui avait été, leurs mains posées sur le muret, les yeux dans le vide, à se susurrer des mots tendres, à écrire les lignes de demain. Cinquante ans ce n’est pas rien!

Il y avait eu le vide à apprivoiser, le silence un peu lourd des jours “sans”, apprendre à lâcher ses produits ménagers, qui lui donnaient l’illusion de laver son chagrin, envoyaient valser ses besoins. Loin, très loin.

Et puis par la fenêtre un matin, le printemps, quelques boutons rosés, le chant cristallin des moineaux perchés, un vent léger, le renouveau en mouvement, la vie, comme un appel, à honorer.

Ce texte est ma participation aux Plumes chez Emilie. La récolte de la semaine est la suivante: TENDRE JARDINER EMERAUDE RAYON ARBRE RENOUVEAU ESPERANCE GRAINE PEUR CHAPEAU DANSER SOLEIL MOUSSE MENAGER* MINE

Posted in Atelier écriture

L’épreuve de force #4

Nous devenions, au gré de nos folles inspirations, tantôt musiciens, maniant le ukulélé à la perfection, tantôt auteurs fantasques. Les gens qui passaient devant la porte de ta chambre devaient nous prendre pour des hurluberlus. On s’en moquait. C’était si bon de te voir rire. Un rayon de soleil grandiose qui disait “merde” au bourbier dans lequel on s’enlisait à mesure des jours et de la logorrhée incompréhensible des médecins qui veillaient sur toi.

Tous les semaines, je t’amenais un panier rempli de douceurs, que du fait-maison, avec plein d’amour dedans, celui qui sauve de tout parait-il. J’oubliais de m’épiler, je ressemblais à un vieux singe sous mes vêtements, personne ne le voyait. L’important c’était toi. Je m’oubliais, on me le disait. Qui ne se serait pas oublié dans cette course contre la montre?

J’allais te perdre, je le savais et mon amour n’y changerait rien. Je te regardais dévorer ta purée, avec un plaisir non dissimulé . Puis tu t’arrêtais et tu me lançais un “dis maman, ça veut dire quoi “pastiche“? J’étais toujours surprise par tes questions et je marquais une pause avant de te répondre. Tu me tirais de ma rêverie. Je serais bien restée là encore un peu à t’étudier sous tous les angles, à faire le plein de toi, à contempler l’étendue de mon bonheur prêt à se faire la malle.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. Les mots imposés étaient: Hurluberlu -pastiche- s’enliser- épiler-logorrhée- fantasque-purée-soleil-ukulélé- panier

Posted in Atelier écriture

L’épreuve de force #3

Il y avait toujours l’autre casse-couille, le régulateur des entrées et sorties, qui venait nous rappeler à l’ordre. Il avait une case en moins je pense. Je l’ai vu un soir ranger tout un tas de candélabres dans son coffre, à la fin de son service.

On regardait le printemps se donner des airs de grand! Tu adorais ça, la lumière du début du jour qui perçait à travers les vitres opaques, la légèreté avec laquelle la vie reprenait des couleurs. Je te ramenais des biscuits chocolatés qu’on mangeait en douce, en rigolant. Parfois, quand l’infirmière l’autorisait, on marchait jusqu’au banc, on s’asseyait le temps d’un bain de soleil, le temps de se dire que tout ça n’était qu’un mauvais rêve. Il m’arrivait de me perdre dans la contemplation de toi. Je n’en ai pas assez profité.

J’aurais dévalisé le monde entier, je me serais fait des antisèches pour passer tous les contrôles, comme les mauvais élèves, si j’avais su que ça pouvait te sauver. L’instinct maternel me disait que de ta prison tu ne sortirais pas. J’ai alors tenté par tous moyens de rendre tes derniers mois les plus heureux possibles. En me plantant sûrement. En en faisant trop c’est certain. En te faisant croire que nous étions invincibles.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. Les mots imposés étaient: printemps – légèreté – maternel – manger – candélabre – lumière – casse-couilles – banc – antisèche – dévaliser – contemplation 

Posted in Atelier écriture

L’épreuve de force #2

Nul repos possible. Les années passent et ton absence pèse toujours aussi lourd. Ils sont nombreux à me dire de tourner la page. Je les laisse parler, je laisse leurs beaux discours, qui se veulent amicaux, couler. La rivière de mes larmes les engloutit. Ce n’était pas qu’un sale virus cette putain de maladie, pas un truc qu’on dégage avec des berlingots de Javel. Oui je suis grossière, tu n’aimais pas, je ne disais plus ces mots là. Aucun effort n’était de trop pour toi.

On se prépare à perdre ses parents, jamais son enfant. Même si les brillants chercheurs des instituts, les pontes de la chirurgie, les meilleurs professeurs ne se montraient pas confiants, je gardais l’espoir, d’un miracle sûrement, que quelqu’un m’entendrait, que quelqu’un viendrait nous sortir de là. Les urgences divines devaient être bien engorgées. Personne n’est venu.

Nous n’étions que tous les deux, toi et ton corps à la pâleur marmoréenne, ta peau, ses aspérités, moi et mes frusques bohèmes, histoire de redonner des couleurs aux murs blancs cassés de l’hôpital. Je chantais des chansons ridicules pour te voir sourire, je faisais le clown, je donnais tout pour que la mort se tienne à distance.

Je quittais toujours ta chambre, la peur au ventre, terrifiée à l’idée de te voir pour la dernière fois. Je traversais le jardin, me laissais charmer par la douceur vernale. Il y aurait d’autres matins. Je n’ai jamais cessé d’y croire.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: berlingot-repos-engorger-rivière-virus-bohème-marmoréen-aspérité-vernal. Vous retrouverez le premier texte ici

Posted in Atelier écriture

Au delà des corps

Tes meetings sont tels des arquebuses qui viennent détruire nos plans. D’un coup vif. Pas de transition, beaucoup de restrictions. Horaires. Il faut jongler comme tout le monde avec des agendas surchargés. Chacun louvoie à sa manière avec ses obligations, familiales, professionnelles. Sans excès de zèle. Un temps pour chacun, parfois beaucoup, parfois trop peu.

Nous devons composer avec tant d’inconnu, comme un test pour voir si nous tenons bien la barre. Vu comme ça, notre quotidien minutieusement organisé peut paraitre triste, comme un masque de clown raté.

Ne laissons jamais les déceptions nous couper de nous-mêmes, de cette vie qui pétille dans nos regards. Ne perdons pas de vue nos âmes dans nos corps, l’eau claire de nos matrices, transformatrice. Ce n’est que  dans le lâcher prise de ce que nous ne pouvons contrôler, que la vérité peut émerger. Celle d’une transmission, au delà des barrières du visible. En pensées, nous ne sommes jamais séparés.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. Les mots imposés étaient: inconnu – restriction – claire – test – transmission – masque – zèle – louvoyer – émerger – arquebuse – pétiller

Posted in Atelier écriture

Quelques grammes de magie

De l’arbre là-haut, au sommet de la colline, on peut voir les cigognes migrer. C’est toujours un spectacle réjouissant pour Ella.

Enfant, elle courrait dans la forêt, parlait aux oiseaux, dessinait ses rêves sur l’écorce des chênes. Libre, elle s’esquintait les mains sur les copeaux de bois de ses bâtons magiques. L’appel de la nature, un envoûtement de chaque instant, la tenait éloignée des codes de la bonne société, si chère à sa mère qui tentait, en vain, de la faire entrer dans le rang.

A chaque instant, elle se laissait guider par sa musique intérieure, son intuition sacrée.  Elle ne se pliait pas si facilement aux exigences et sans hésitation, sautait à pieds joints dans l’inconnu.

Elle se souvient de ce temps béni de l’innocence à l’aube de la quarantaine, moment où sonne en elle l’envie de renouer avec son pouvoir et d’en faire profiter le monde autour.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. Les mots imposés étaient: musique – hésitation – sonner – arbre – quarantaine – envoûtement – copeaux – cigogne

Posted in Atelier écriture

Quelqu’un de bien

@Steven Roe

Mei, la maman de Liang le bordait chaque soir et déposait un baiser sur son front, lui répétant les règles de sécurité, ne pas sortir et n’ouvrir à personne. Sauf à Monsieur Chino.

Monsieur Chino vivait au 3e étage, il était marié et père de trois enfants. Il offrait des fleurs à Mei. Juste des fleurs. L’épouse de Monsieur Chino la regardait de haut quand elle la croisait dans le quartier. Elle était peut-être jalouse des attentions de son époux pour cette jeune mère célibataire. Mei restait discrète, souriait à Monsieur Chino tout en baissant la tête. Elle l’aimait bien mais elle savait aussi que tout resterait en l’état. Monsieur Chino était un homme d’honneur. Et Mei, une femme respectable.

Puis Mei partait dans la nuit. Et Liang se posait des questions. Surtout depuis que les gamins de l’école lui avait dit que sa mère vendait son corps dans un bouge du centre, un truc avec des rideaux rouges et un podium, un de ces endroits mal famés, repères d’hommes qui en manquaient.

Liang ne savait pas si c’était vrai mais il savait que sa mère était quelqu’un de bien. Et que que ce qu’elle faisait la nuit, c’était pour lui. Alors il s’endormait en pensant aux anges qui veillaient sur eux.

Ce texte est ma participation à l’atelier de Bric a Book.

Posted in Atelier écriture

Mon Petit Valentin!

Il y a 7 ans…
Je n’en menais pas large sur mon lit qui aurait pu faire office de méridienne, si nous n’avions pas été à la clinique en cette nuit particulière.
La douleur me tenait éveillée depuis près de dix-huit heures, quand j’avais finalement demandé qu’on me pose la péridurale. L’anesthésiste tournait sur trois établissements et avait été appelé d’urgence pour une césarienne. Je pouvais attendre.
Pendant que Cécile me tapait la causette, histoire de faire passer le temps plus vite et d’adoucir l’attente, tu fignolais les derniers détails de ton arrivée.
J’avais laissé les tourments à la porte de la salle somme toute spartiate, lâché les larmes pour pouvoir t’accueillir, il serait toujours temps de reprendre les bagages après, de regagner l’arène. Pour l’heure j’étais tout au plaisir de t’ouvrir grand mes bras et mon cœur.

Ceci est mon texte pour l’atelier d’Olivia – Les mots imposés étaient : méridienne – césarienne – douleur – fignoler – causette – spartiate – plaisir

Posted in Atelier écriture, Carnets de route

La prière de Lisa

Karl Fredrickson

L’eau sur son front pour conjurer le sort, offrir le paradis, si…

Le cri de Manon dans son berceau ne ressemble pas à celui de tous les nouveaux nés. La panique saisit Lisa.
Lisa prie, en pleine lumière, Lisa prie le jour, la nuit. Lisa prie pour comprendre. Lisa prie, le regard tourné vers les vitraux colorées. Un peu de répit.
Puis Lisa repart, le cœur remplit d’une dose d’espoir.
Manon est quelque part entre ici et ailleurs. Reviendra t’elle? Lisa veut y croire. Lisa veut plus de certitudes, moins de couloirs.
Manon se bat sûrement. Dans sa bulle, reliée à l’impensable, elle enchaine les heures. Dans un silence monastique.
Alors Lisa prie encore et encore, scande des prières face aux lumières. Sa foi comme un bouclier l’empêche de sombrer.
Manon s’en va. Doucement. Sans faire de bruit.
Un morceau d’histoire qui n’accroche pas. Seule Lisa se bat.

L’huile sur son front pour contrer le destin, elle est trop petite pour ça…

Manon ne reviendra pas. Elle repose sous un petit carré blanc dans la terre.
Quelques jours pour que la vie se taise à jamais.
Lisa prie. Par habitude. L’église est si jolie. Elle s’y sent à l’abri.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture de Bric A Book

Posted in Atelier écriture

Rare mais guère précieux!

Je dégustais une salade de fruits surmontée d’une meringue rose – composition originale – en terrasse, heureux du retour du soleil, qui de sa douce chaleur caressait mon visage quand la nouvelle était tombée. Un coup de fil et l’air si transparent s’était d’un coup chargé d’électricité. Le monde autour me paraissait prêt à exploser. Je me sentais tel un condamné, mains liées, devant sa potence, un innocent de plus soumis à une sanction injuste.

J’avais toujours détesté les hôpitaux, les sirènes hurlantes des ambulances, toujours prié – on fait ce que l’on peut – pour que jamais je ne tombe dans les griffes des charlatans qui défendaient la médecine moderne comme l’unique porte de sortie face aux maladies rares.

J’aurais bien fait l’impasse sur la mienne. De l’armoise et ses bienfaits aux poupées « vaudou », du sang d’agneau mêlé à de l’écorce de bouleau, en passant par une palette de pratiques plus ou moins douteuses, rien n’était venu à bout de mon mal.

Il portait un nom barbare – priapisme – qui me filait des sueurs froides. Et ferait fuir désormais, sans autre forme de procès, toutes les filles qui me trouveraient au premier abord un charme certain !

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. Les mots imposés étaient: fruit – ambulance – électricité – meringue – potence – écorce – armoise – innocent – priapisme – douceur – retour

Posted in Atelier écriture

Sans lien particulier

On disait du vieux, qu’il débordait de gentillesse.

C’était pourtant pas un truc de chez nous, ça. Chez nous, fallait bouffer qu’elle disait la mère, pas le choix. Un maroufle lui avait promis la lune, jadis, un poète vagabond  au regard grand bleu, aussi profond que l’océan, qui lui déclamait à longueur de journée sa prose créative. Elle était pas la plus belle fille du village mais elle avait sa préférence. Et deux tours de valses plus tard, un joli petit bidon. Fin de citation.

Le vieux il parlait plus beaucoup, les pages de sa vie s’emmêlaient les pinceaux. Il avait le geste lent aussi du type qui ne sait plus très bien où il en est, sauf quand la mère lui versait son kir. Là, il se l’avalait d’une traite et même qui souriait le gars. Aux anges. Sur la route du cimetière, tous les matins il cheminait, en causant tout seul. Et la mère le récupérait à genoux dans la boue, devant la tombe d’un inconnu, toujours le même.

On a eu beau chercher un potentiel lien, d’amitié, de parenté, que dalle. Juste la terre, friable et le gris quelconque d’une pierre tombale.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: créative – tour – promettre – geste – cheminer – citation – gentillesse – choix – pinceau – page – maroufle – préférence

Posted in Atelier écriture

Une nuit en suspens

Je regardais le givre sur les pare-brises des voitures, en t’attendant, comme une couverture qu’on aurait déposé là, avant l’aube. Un rembourrage pour le moins original, j’avais de ces idées.
Tu m’avais proposé un florilège de destinations, campagne, ville, forêt même je crois.  J’avais opté pour Cabourg.
Un vieux souvenir dans mes bagages ou l’appel de la mer. Peut-être même Proust si cher à mon cœur.
Ma madeleine à moi c’était le sable blond, l’air iodé, l’irrésistible tentation de nos pieds nus dans l’eau glacée, le vertige de nos mains qui ne se lâchent pas ou alors juste le temps d’un cliché. La tendresse d’un foyer pour une nuit hors du temps, qui aurait ce goût sublime d’éternité.
Un instant en suspens, loin des avis déstabilisants de ceux qui jugeaient nos sentiments, du haut de leurs vies, soit disant bien rangées, qui si on creusait un peu laissaient apparaître bien des tourments. Je crois qu’ils étaient jaloux!

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: proposer – rembourrage – givre – Cabourg (facultatif vu qu’il s’agit d’un nom propre) – irrésistible – déstabiliser – foyer – tendresse – éternité

Posted in Atelier écriture

Le goût amer des tulipes

Les tulipes, tu verras, une merveille….

Je n’ai pas vu les tulipes. J’ai arpenté les rues à sa recherche. Amsterdam la nuit, quelle folie! J’ai cru m’étouffer devant ces vitrines, ces corps de femmes exposés. Ces images hantent encore ms rêves, dans lesquelles je tremble de ne pas la trouver.

Ce voyage elle en parlait avec tant d’enthousiasme, comme une destination de rêve, la chanson de Brel en bandoulière. J’étais sceptique mais après tout la jeunesse est pleine d’innocence et d’absolu. Je me devais de respecter ses aspirations, ses envies d’ailleurs. Je lui répétais sans cesse ma mission, celle de lui donner des ailes pour créer son destin.

Ses premières lettres rassurantes disaient la nouveauté, les découvertes, les fabuleuses couleurs des fleurs en avril. Elle m’invitait à venir contempler la magie à ses côtés. Puis les lettres s’étaient espacées. Je mettais ça sur le compte de sa nature sauvage. Elle ressentait sûrement le besoin d’un peu de distance entre nous. Je comprenais. Sur la dernière, je me crispais. Quelque chose n’allait pas, il me fallait partir sans tarder.

Je l’ai retrouvée loin des lumières, dans une rue mal famée, le corps bouffé par des substances illicites. Depuis je fuis, la Hollande, la nuit et ces tulipes au goût de mort.

Ce texte est ma participation à latelier d’Olivia. Les mots imposés étaient: Hollande ou tulipe – étouffer – image – chanson – nouveauté – destination – voyage – merveille – crisper – sauvage

Posted in Atelier écriture

Quel sale caractère!

« Quel fichu caractère ! »

Et voilà, c’est reparti ! Tout ça pour un petit « non », tout riquiqui, une petite prise de position sans importance. Quelle plaie, ma mère !

Je ne la comprends pas. Toujours à plat, jamais capable de lâcher prise. Pourtant je donne de moi, je fais tout mon possible mais au lieu de me remercier, elle hausse le ton et me répète quinze fois les mêmes choses. Je me demande parfois si elle ne me prend pas pour une pauvre cloche, sourdingue par-dessus le marché.

M’enguirlander c’est encore ce qu’elle fait de mieux.  Le sapin, à côté, souffre de jalousie. Il me toise, l’air de rien, mais je sais qu’il m’en veut. C’est vrai que cette année il fait un peu pitié, ma mère n’avait sûrement plus de jus pour le décorer dans les règles de l’art. Le pauvre !

A force de faire gaffe à tout, je me demande si elle ne va pas nous faire un burnout, on sera bien avancé. C’est son histoire de « flou » qui m’a mis la puce à l’oreille. Elle dit qu’elle y voit plus rien, qu’elle se sent perdue, qu’elle n’a pas les clés. Tant qu’elle ne perd pas celle de la maison, je me dis qu’on s’en sort pas trop mal.

Je suis d’accord, le portrait est pas top. Mais bon quand je suis en colère, je lui lance tout ce que j’ai sous la main. Je la déteste et je rêve d’une autre maison avec une maman qui arrête de me dire ce que je dois faire et comment me comporter, comme si je savais pas, comme si il fallait m’éduquer. Non mais, elle croit quoi ? Qu’elle sait mieux que moi ?

Quand la colère retombe, enfin, je dois reconnaître que sa tendresse m’entraine sur des chemins, qui d’un coup, me font redevenir l’enfant que j’étais il y a quelques minutes à peine. Entre ses bras, là, dans cet instant, je suis bien.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots étaient: flou – caractère – tendresse – burn out – lâcher – cloche – enguirlander

Posted in Atelier écriture

Ça se passe de commentaires!

Ça se passe de commentaires
Cette liste de travers
Ces mots parachutés
Sur le pavé mouillé

Des ombres humaines déambulent
Quand les influenceurs véhiculent
Des idées toutes faites
Dans nos jolies petites têtes

Ça se passe de commentaires
Ces certitudes à l’envers
Que les exploiteurs sont les sages
Les exploités, ça dégage

L’insipide café du lundi matin
Nous prend gentiment par la main
Un modèle de plus à honorer
Une énième obligation à respecter

Dans la bousculade des jours d’affluence
On oublie la douce harmonie des dimanches
Ces jours de folie singulière
Dans lesquels, joyeusement, on se perd

Ça se passe de commentaires
Le bonheur que l’on serre
Comme des saltimbanques épris de liberté
On ne les laissera pas nous modeler!

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: influenceur – modeler – insipide – saltimbanque – ombre – harmonie – bousculade – mouiller – se perdre – exploiteur – certitude – folie