(Ce) voyage

On s’était promis de partir toutes les deux. En voyage de l’autre côté de la méditerranée. C’était en septembre. Nous en avons pris plein les yeux et le cœur. On nous avait prévenu.

Il nous reste des souvenirs épicés.

Il nous reste des couleurs, le bleu du ciel, l’ocre du sable brûlant du désert.

Il nous reste des visages croisés au détour d’un marché nocturne, en plein souk, sur la place Jemaa El Fna.

Il nous reste des sourires, ceux des enfants qui courraient à nos côtés sur la route de l’oasis, qui tendaient leurs mains pour un paquet de mouchoir, quelques pièces, des crayons de couleur.

Il nous reste quelques larmes au coin des yeux, devant la pauvreté et la bêtise humaine.

Et puis il nous reste des rires et la certitude d’avoir vécu une aventure extraordinaire.

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La mort

Tu racontes des histoires invraisemblables, abracadabrantes, qui commencent toutes par “quand moi était tout petit bébé”.

Si quelqu’un de l’extérieur t’entendait, il se poserait des questions. Ce qui revient le plus souvent me fait trembler, à tous les coups. Certains croient que nous avons vécu d’autres vies avant celle-ci. Si c’est vrai, les tiennes ont dû être terribles. Tes histoires me terrifient parfois, souvent. Elles parlent de la mort. On dit que les enfants s’y intéressent beaucoup.

Elles parlent d’un frère que tu as eu. Elles parlent d’un accident de train. Elles parlent de la vague qui frappe le rocher et t’éclate, de nos larmes. Elles parlent des “maîtres du ciel” qui choisissent si on naît garçon ou fille. Elles parlent d’une petite fille qui vit dans les nuages. La mort se glisse dans nos quotidiens. Mais tu en parles naturellement, le sourire au coin des lèvres. Comme si tout était normal.

Peut-être que c’est toi qui a raison…

 

Sans

Un jour avec toi. Un jour sans toi.

J’ai cette chance que peu ont de ne pas te partager. Ou plutôt de ne pas être privée de toi une semaine ou un weekend sur deux. J’aurais tremblé. Je crois que mon cœur se serait arrêté de battre si il avait eu des jours avec toi, sans moi, si j’avais dû te partager avec lui.

Je suis peu sans toi.

Quelques jours tous les deux mois. Quand les vacances nous séparent, le temps que tu respires l’air d’ailleurs.

Le temps que je me reconnecte à moi pour être encore mieux avec toi.

Ces traumatismes de l’enfance

Je viens de te déposer à un anniversaire, ton premier. Et force est de constater que je n’ai pas été à la hauteur. J’ai copié le modèle appris, celui de mon père. J’ai eu les mêmes mots que lui, ces mots qui m’ont si longtemps fait douté de moi. Il ne savait pas. Il pensait bien faire. Moi j’aurais dû savoir. A peine sortis que je les regrettais déjà.

Qu’est-ce qui m’angoisse tant à l’idée que tu mettes du temps à t’habituer à un nouvel environnement, que tu ne rentres pas dans les jeux à la même vitesse que les autres, que tu ai besoin que je reste, quand d’autres parents passent la porte sans un regard de leur enfant de 4 ans?

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Une peur qui remonte à l’enfance. On croit avoir guérit de ses blessures, avoir passé l’éponge. Et puis, un jour on a un enfant. Et comme un boomerang les souvenirs du passé se mêlent au présent. Les images se superposent. On perd ses moyens devant l’enfant qui n’a besoin que d’une chose, être rassuré.

Mon enfance. L’école. La solitude. Ma timidité. Il y a tellement de moi en lui. Puis il y a lui, unique, différent. Comme chaque enfant. Moi, j’étais celle qu’on invitait parce qu’elle était calme et gentille. J’étais celle qui restait dans mon coin, qui ne se mélangeait pas. J’étais celle dont on se moquait à l’école primaire et qui encaissait sans élever la voix. J’étais celle qui ne parlait pas en classe, qui tremblait de tous ses membres quand il fallait passer au tableau, celle dont on riait avec ses vêtements inadaptés à sa taille, à l’époque. Je n’étais jamais à ma place nulle part. Je croyais avoir pardonné, dépassé tout ça. Je trouvais que je m’en étais bien tiré, que j’avais bien rectifié ma trajectoire.

J’ai réussi à m’éclipser. Il m’a regardé partir, confiant. Il avait juste besoin que je reste, que je l’accompagne dans cette nouvelle aventure. Et moi je n’ai eu de cesse que de le gronder, d’avoir recours à des menaces complètement disproportionnées pour le faire plier. Mon erreur c’est d’avoir peur, peur qu’il vive ce que je moi j’ai vécu et qui m’a profondément affectée. A ce goûter d’anniversaire, j’étais redevenue une petit fille de 4 ans, une petite fille que son papa gronde parce qu’elle met trop de temps à aller jouer avec les autres, les autres qui eux, sont si heureux de se retrouver et sautent dans tous les sens…

A la différence près que lui, à l’école, il se sent comme un poisson dans l’eau, il joue, il rit, il a des amis.

Aujourd’hui un gouter d’anniversaire banal m’a mis en face d’une nouvelle réalité. Il devient essentiel que je fasse le deuil de mon passé, des traumatismes tenaces de l’enfance, pour accompagner au mieux mon enfant sur son chemin de vie.

Changement de cap

Journée longue, périlleuse. Journée qui s’éternise, tout le monde semble s’être ligué contre moi. Chacun fait durer le plaisir à sa manière quand mon unique envie, à moi, est de rentrer, de dîner, de nous enrouler les pieds dans une couverture pour l’histoire du soir, puis de faire une pause avant que la nuit m’enveloppe de sa douceur habituelle et si apaisante.

Mon esprit a dû à un moment donné changer de cap. Toujours regarder la vie, le coeur ouvert aux possibles. Ces textes refusés, je ne les laisserais pas de côté, d’ici quelques années,  je les aurais étoffés, ces destins de femmes seront partagés avec mes lecteurs, toujours aussi passionnés, toujours aussi passionnants.

Et puis en rentrant il y a eu cette carte et ce message si merveilleux. Puis l’escargot heureux de m’aider à mettre puis débarrasser la table, ses confidences incroyables, ses deux yeux qui semblent me murmurer des secrets. Et le rire de la baleine qui nous invite à la danse, à croire en nos rêves, à oser nous aventurer là où nous n’avons pas pied, certains que nous ne serons jamais seuls, que nous ferons toujours face.

Se sentir pleine d’incertitudes et heureuse de savoir que rien n’est écrit d’avance. Tout se dessine jour après jour. Tout change. Toute se transforme. Heureuse des incertitudes, des doutes et des réponses qui arrivent à l’improviste et qui nous guident sur le chemin fait pour nous.

Se sentir bien. A la fin d’une longue et périlleuse journée.

Fin de journée

La nuit descend sur la ville. Le ciel se voile de gris. Le soleil disparait sous quelques gouttes de pluie. Dans quelques minutes, je marcherais l’esprit libre. Plus de coups de fils à passer, de dossiers à gérer, de projets à monter, d’agenda à suivre. Je marcherais dans l’air frais de février qui tire à sa fin. Je regarderais le monde courir autour de moi. J’avancerais à mon rythme comme toujours. Je ne presserais pas le pas. A la maison, ils sont entre hommes, ils aiment bien ça.

…et les êtres qui luttent

Fragile

Immobile

Le regard posé sur l’avenir

Incertain

Tu te noie dans l’abîme

Tu survis

Quelle tragédie !

*

Fragile

Immobile

La main posée sur le présent

Incohérent

Tu te perds

Tu te brûles les ailes

*

Fragile

Immobile

Ton univers vacille

A la manière d’une bougie

Malmenée par le vent

Tu t’écroules

*

Fragile

Immobile

Transparente

Tu pries

Qu’on te garde encore un peu en vie

Juste le temps de voir

Son sourire illuminer ton regard

Pour les âmes qui s’envolent…

Perle de pluie mille fois perdue

Dans le va et vient chaotique

Des jours qui passent

Tu t’envoles

Au-dessus des toits

Des maisons, tu quittes la terre

Dans un bain de lumière

*

Du chagrin qui pointe sur les visages de ceux

Qui, contre toi, se sont blottis tant de fois

Demeurent les souvenirs embués

De toi qui fut et ne sera plus

*

Entouré d’anges et de fées

De puissances célestes

Immaculées

Tu rejoins les étoiles

Poussières qui veillent

Sur nos cœurs, sur la terre

Sur ceux qui te sont chers

*

Vole jusqu’au ciel

Et plus loin encore

Vole jusqu’au Paradis

Terre sacrée

Brille au firmament

Et repose en paix

Loin des derniers tourments