Le chemin parcouru

On liste souvent ce qu’il nous reste à faire (ou devenir). On se dit souvent que se construire c’est un long processus, se reconstruire un chemin rempli de petits pas qui s’additionnent, un chemin en pente qui nous parait souvent sans fin.

Et si nous regardions juste quelques minutes en arrière, juste le temps de voir le chemin parcouru, le temps de lister justement tout ce dont nous pouvons être fiers, les victoires gagnées au prix d’incroyables efforts sur soi, les nuits d’insomnie consommées pour trouver notre voie, les souffles comptés nécessaires, les marches gravies à la force de nos poignets, les reconquêtes de notre corps, de nos cœurs, de nos pensées, mille fois meilleures qu’hier.

Et si nous pouvions apprécier, avec bienveillance, d’où nous venons. Et prendre le temps de nous poser avant la prochaine ascension. D’ici quelques mois le sommet nous paraitra plus accessible, notre équilibre ne sera plus si fragile.

 

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Mon bout du Monde

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On s’y rend en voiture, en train ou en car. Au détour d’un virage on aperçoit la mer, pas celle bleue ou verte de la Méditerranée, ni la transparente dans laquelle on plonge pour regarder les poissons. Ma mer est foncée, gorgée de boue et d’eau salée. Elle monte et descend, nous offrant soit de belles matinées ou de belles après-midi à la plage, rarement les deux, ou alors il faut se lever tôt et se coucher tard.

C’est un endroit tout simple, sans transat ni restaurants face à la mer. C’est une maison, celle de mon enfance, des vacances, des weekends qui s’allongent jusqu’au dimanche soir, celle de mes souvenirs, des cousines.

C’est une plage, des heures de dériveur, des brioches partagées, des baignades nocturnes, des drapeaux « orange » qui nous font courir sur la plage déserte en criant à tue-tête « qui m’aime me suive » avant le grand plongeon dans les vagues déchainées.

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C’est un jardin rempli de rires, rires de l’enfance insouciante, de l’adolescence passionnée. Un jardin dans lequel j’aime marcher pieds nus et au fond duquel je prends plaisir à étendre le linge. Les draps blancs volent au vent et emportent avec eux, au creux de mes nuits, des parfums savoureux.

C’est une histoire, celle de mes grands-parents, de mes parents, la mienne et celle de mon enfant. C’est une plaque grise au cimetière, un vieux garage, une coque de bateau abîmée.

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Certains parcourent la terre entière pour trouver cet endroit de paix dans lequel ils se sentent en sécurité, apaisés, libres et heureux. Mon bonheur à moi, il est là. Dans cet endroit, mon bout du Monde, mon éternel lieu de quiétude et d’harmonie, dans lequel je puise chaque été un nouveau souffle, loin du chaos et des heures vides. Il est dans la mer qui danse sur les rochers et balaye la plage avec douceur. Il est dans ces heures passées au frais à refaire le monde autour d’un thé ou sur la terrasse le soir, le mieux au réveil, les yeux sur l’horizon, avec en bruit de fond le chant des oiseaux. Il est entre ces murs qui connaissent tout de moi, qui ont mon âge et qui me manquent souvent quand les deux pieds ancrés dans mon quotidien, je me sens lourde et épuisée.

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Cet endroit-là, c’est ma vérité.

Surprise!

Silence dans la maison. Assez étrange pour me faire douter.

Es-tu en train de préparer une bêtise de ton côté?

J’appelle. Tu ne réponds pas. Je n’aime pas ça.

Ai-je laissé la porte-fenêtre ouverte par inadvertance?

Je ne me laisse pas le temps de réfléchir. Je fonce dans le salon.

Et te découvre assis, avec un manuscrit entre les doigts.

Tes silences sont surprenants parfois…

Drôle de métier

La camionnette blanche se tient au même emplacement que d’habitude, près du rond-point embouteillé. Olga se penche sur son journal, une tasse de café à la main. Elle a les ongles peints. Elle se prépare pour la nuit, une énième nuit de travail, entre deux lampadaires fatigués par le va et vient incessant des hommes en quête de fantasmes interdits.

Quand on lui demande qu’elle métier elle fait, elle reste dans le vague. Elle dit qu’elle est vendeuse. C’est simple. D’ailleurs souvent les gens qu’elle rencontre n’en demandent pas davantage. Vendeuse, c’est une profession qui n’a jamais fait rêver personne.

Dans la norme

Tout devient une “tare” quand on établit une “norme “

C’est bien dommage tous ces clichés, ces “normes” érigées en valeurs “sûres” qui nous empêchent souvent d’être nous-mêmes

Autant de temps

Du temps d’avant

D’avant ce temps

Qui nous échappe

Du temps qui passe

Et nous enlace

Avant que tout ne casse

Du temps d’après

Temps des regrets

Mendier au ciel

Des heures de veille

Lassés d’attendre

Que le temps veuille bien

Nous entendre

On s’oublie

Parfois on se dit, puis on s’oublie. On manque de temps pour prendre  des nouvelles. Les mois se suivent et l’absence se matérialise. L’amitié s’évapore dans l’air trop frais d’un matin d’hiver ou légèrement humide d’un matin d’été. Pas de coup de gueule, pas d’abandon, juste deux routes qui prennent des directions opposées.

On ne se dit plus comme avant. On ne s’oublie pas forcément. Mais le temps, les rencontres, les obligations font qu’on ne se voit plus si souvent, un peu moins même qu’une fois par an. Nos routes se séparent sur le chemin des vacances ou à la rentrée de septembre.

Parfois on s’écrit.

Parfois on oublie.

Convoitise

Ne la regarde pas!

Elle change d’amour comme d’air ou de saison. Elle se saisit de tout comme le feu qui enfle. Elle ne donne pas, elle prend. Elle n’offre pas, elle arrache. Elle se croit forte tant qu’elle possède. Puis s’éteint quand rien ne vient.

Elle est sourde à tes attentes. Toujours. Elle t’aveugle puis te consume. Elle n’existe que si tu lui tends la main.

Ne le fais pas. Ne la regarde pas!