L’enfant qui ne naîtra pas

© Everton Vila

Je suis partie à travers champs cueillir la vie. Celle qui battait hier encore à l’intérieur de moi. Je la cherche au milieu de nulle part. Je guette dans le vent le bruit de ses pas.

Je suis partie le nez au vent, le cœur gros. Il a dit non. Un enfant, c’est suffisant. Je ne sais pas crier. Alors je pars dans la campagne, je cueille des fleurs pour apaiser le chagrin qui enfle.

Je suis partie sans destination, le cœur à l’abandon. L’enfant a pleuré, un peu. Je l’ai consolé. Juste quelques minutes pour moi, pour me vider. Avec pour seul témoin la nature, celle qui soigne tant de blessures.

Je suis partie, mon sourire envolé, des larmes de pluie sur mes joues rosées. Et ces fleurs contre mon cœur pour me réconforter.

Il danse autour de moi l’enfant qui ne naîtra pas.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture 331 de Bric A Book. Et en pensant à une personne que j’aime très fort. 

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Sur le chemin…

© Marie Kléber

Il fait doux sur le chemin et vogue un air de vacances entre les brins d’herbe. Les rues ne mènent pas à la mer, pourtant on pourrait le croire. Les maisons vibrent de rires et de discussions autour d’une table posée dehors. On imagine des enfants courir à perdre haleine. Et se chamailler.

C’est un chemin comme ceux de l’enfance, dans lequel s’immiscent quelques souvenirs. On s’attend presque à entendre des voix, à cueillir une main. A voir un visage se dessiner dans la poésie du jour qui tombe.

Au bout du chemin, la gare et une place, comme celle d’un village. Il ne manque que le carillon d’un clocher pour être comme à la campagne. Les bruits de la ville se font sourds, le chaos nous semble bien loin. Les verres s’entrechoquent et les derniers badauds s’attardent en terrasse. Encore quelques minutes entre amis pour refaire le monde et rêver.

© Marie Kléber

On savoure les fleurs et les feuilles, le ciel encore bleu et la lune en croissant. Le temps stoppe sa course dans ce dédale d’odeurs et de sons estivaux. On se sent léger comme le vent qui caresse notre peau.

Le charme opère…

Beaucoup trop de moi…

 

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Crédit Pixabay

Voilà près de dix ans que je tiens un blog (plusieurs même!)

Voilà près de dix ans que je me livre. Beaucoup par moments. Avant, je tenais un journal intime. Écrire rien que pour moi me suffisait. Puis j’ai eu besoin d’extérioriser certaines choses. Sans compter l’envie pressante de partager et d’échanger.

Voilà près de dix ans que je me pose la question, à intervalles irréguliers, de la façon dont j’écris, de tout ce que je dépose ici. Beaucoup de moi. Beaucoup trop?

Parfois cela me semble beaucoup trop en effet. Cet étalage de ma vie privée me fait réfléchir. J’ai fermé beaucoup de blogs en près de dix ans. Je vous rassure, je ne vais pas fermer celui-là. Mais repenser mes articles, oui. Dans un souci de protection. De moi même et de mon intimité. Être dans le “trop” ne me satisfait pas. Le besoin de retrouver un équilibre est nécessaire.

Sans compter que j’ai des projets littéraires, que j’aime toujours autant écrire dans mon journal, que certains mots ne regardent personne d’autre que moi et quelques privilégiés!

Sans compter qu’il y a tant d’histoires qui attendent d’être contées…

Avez-vous, vous aussi, l’impression d’en dire trop sur votre blog? Comment faites-vous la distinction entre ce qui est privé et ce qui ne l’est pas? Comment vivez-vous le fait de partager des bribes d’intimité sur un espace public?

Son Oxygène

De la fenêtre de la cuisine, Élise regarde la rue en contrebas. Il y a l’échalas du 8e avec son clébard, sale comme un pou. Ils font la paire tous les deux. Et puis Suzie aussi, la grelotteuse du 5e, avec ses boucles brunes et son sac à dos mal ficelé – pas étonnant qu’elle perde tout. L’expert du rez-de-chaussée, d’habitude ce sont les quartiers des commères en chef, scrute chaque détail de la carrosserie de sa voiture, comme tous les matins, en quête de la moindre petite trace inhabituelle sur le rouge cristallin de son bolide.

De la fenêtre de la cuisine, Élise respire l’air saturé de canicule. Pas le moindre souffle de vent pour apaiser ses tourments. Il est parti, son prince de conte de fées. Avant les premières pluies. Il a fui comme un voleur. Trop beau, tout le monde le lui avait dit. Mais elle, avec ses kilos de naïveté, elle avait plongé. Comment ne pas s’émouvoir devant ses déclarations enflammées ?

De la fenêtre de la cuisine, Élise fait le plein de vie, celle du dehors pour compenser le grand vide de la sienne. Son oxygène.

Voici ma participation un peu tardive au rendez-vous d’Olivia “des mots une histoire”. Les mots étaient: canicule – expert – clébard – cuisine – conte – émouvoir