Posted in O bonheur des sens, Variations Littéraires

Pile ou Face

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Du fauteuil où je suis assis, par-dessus la couverture de mon livre – un pavé de quelques mille pages relatant les exploits d’un héros dans la fulgurance d’une guerre impitoyable, elles le sont toutes – je la regarde. D’un œil discret, distrait. Elle me fait l’effet d’un océan de fraicheur au milieu du carnage dans lequel mon imagination se perd à mesure des pages qui défilent.

Elle donne l’impression de s’ennuyer dans sa peau sage. Quelques gouttes se promènent sur le froissé de son déshabillé. L’eau chaude vient de couler sur son corps à l’abandon sous le jet, le savon vient d’épouser chaque centimètre de son être. Et j’ai préféré rester perché sur mon toit du monde aux allure d’apocalypse plutôt que de voyager avec elle.

Elle délaisse son déshabillé. Il échoue par terre, il s’étale. J’aperçois son grain satin, sa cambrure fragile avant qu’elle ne traverse la pièce, sans un regard vers moi. On dirait qu’elle le fait exprès. Elle enfile une de mes chemises et c’est comme si je m’enroulais autour d’elle, telle un serpent fou de désir. Je trace d’hypothétiques fantasmes sur l’écran de ses pensées. Elle n’attend qu’une chose, que je pose l’ouvrage, enfin. Que je délaisse ma guerre pour conquérir son territoire. Mais je reste là, à contempler la vie qui la traverse, enfermé dans mon silence de mort.

Elle prend place dans le fauteuil en face de moi, cheveux lâchés, pouls calme, visage dégagé, jambes délicatement croisées. Ses yeux sont deux billes de Sodalite qui me fixent et ne me laissent aucune chance de m’échapper. Elle se penche pour attraper une revue sur la table basse et la vision de sa poitrine, ronde, joliment dessinée, me rattrape. Le livre pèse lourd dans mes mains, je tente de revenir à ma lecture, mais les lignes s’entrechoquent.
Tout en elle respire la vie, l’envie, de moi, de nous, de ces ondulations réciproques qui nous promettent des acensions vertigineuses.

***

Je sors tout juste de la douche et avance vers le salon, nue, quelques gouttes perlent au bout de ma chevelure. Et s’échouent sur ma peau brulante. Je le trouve assis au même endroit que toute à l’heure, sur son fauteuil vieilli, les yeux rivés sur le manuscrit qu’il doit finir de lire pour demain, une histoire sordide – la guerre l’est toujours. Il lève les yeux vers moi, j’y décèle un fragment de peut-être, une hésitation, un brin de prudence.

Ma peau se languit de lui. La texture de mon déshabillé apaise légèrement la fièvre qui pointe. En guise de réponse à ma proposition pour la douche, il a esquissé un geste de la main. Il savait qu’en m’accompagnant il pouvait dire adieu à son roman jusqu’à une heure avancée de la journée.

J’enfile une de ses chemises, à défaut de pouvoir avoir ses bras dans lesquels me lover. Un magazine pour patienter, un regard indifférent, un soupir inoffensif, un croisement furtif, un déplacement subtil. Combien de manœuvres pour qu’il cède? Dans combien de temps délaissera t-il son bouquin pour venir s’enivrer avec moi des parfums de l’aventure?

La mort ne l’intéresse pas, il lui préfère la gourmandise de la vie. Je perçois son combat intérieur à sa façon de tourner les pages, à ses sourcils interrogateurs, à son regard horizontal, ses pieds qui bougent au rythme d’une musique pétrie d’impatience. Il n’accroche plus avec les lignes, il a perdu le fil de sa lecture. Il résiste pourtant à l’envie de poser l’ouvrage et de me rejoindre.

C’en est presque jouissif de le voir autant hésiter.

Texte original de 2019 – revisité

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Derrière les rideaux

Je laisse les lieux en l’état. Rideaux vieillis par le temps, traces de pas sur le plancher, notre passage sur le terre des hommes. Tout me rappelle et rien ne s’attache. J’entends bien quelques rires qui viennent du jardin mais rien qui ne puisse me retenir.

Nous avons aimé et chahuté ici, fait grandir des petits et apaisé des chagrins. Les murs gardent quelque part le mémoire des secrets, ceux du dehors. J’ai fait mon devoir, celui de l’engagement. A vingt ans on ne sait pas, on ne saisit pas le poids des vœux. J’ai réussi là où je pensais m’écrouler. J’ai tenu avec un peu de fard sur les paupières et quelques anneaux d’or aux oreilles.

Nous avons perdu quelques idéaux dans la bataille, un zeste d’insouciance, un brin de tolérance. Les murs gardent les accès de rage, disséminés comme les pièces d’un puzzle que nous ne voulions surtout pas reconstituer.

Je regarde les plaintes noircies, les voiles qui masquent la beauté du jardin. Je me suis souvent assise ici pour surveiller les enfants et voir grandir les fleurs, pour attendre l’automne, le printemps, ton retour, les leurs. J’ai passé près de la fenêtre des heures, de jour comme de nuit, pleines d’étoiles et de vols d’oiseaux. Il fallait un gardien de nos vies et je me suis plongée dans ce rôle avec délectation, certaine de servir un dessein plus grand.

Je m’évade un peu, j’ai le temps. Encore quelques secondes pour un adieu. Les larmes ont coulé déjà et depuis longtemps elles ne viennent plus. Mes deuils sont derrière moi. Je quitte la maison, notre maison, notre refuge. Je pars en te laissant encore habiter ce lieu, si tu le veux. Quelque part nous y serons toujours. Nous laissons notre empreinte et quelques miettes de notre bonheur. Nous laissons nos doutes et les quelques points d’interrogation qui subsistent.

Je referme derrière moi la porte du premier jour. Je dépose mes armes près de l’escalier de pierre. Dans le jardin, les rosiers veillent. Tu les as taillés juste à temps. Pour toujours ils protègent ton sommeil.

Ce texte est ma participation à l’atelier Bric a Book N° 414

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La saison de la Balance

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J’avais oublié – j’oublie, j’ai cette faculté – d’année en année ce mois si particulier, cet univers de la Balance en quête de l’équilibre juste. La rentrée est arrivée et avec elle, l’envie de profiter des derniers instants de félicité de l’été. La vie à deux a repris sans tension. J’ai lâché les réseaux, retrouvé une forme de sérénité, le gout d’écrire à nouveau ailleurs qu’ici. J’ai pris le temps de jouer, de lire, de découvrir. Avec lui.

Lui, qui doucement prend ses aises, passe du temps avec ses copains, se sent pousser des ailes sur son skate. J’ai un peu oublié les miennes au passage. Chasser le naturel, il revient au galop!

Du vrai temps, planifié, choisi, autre que les quelques minutes du soir et l’heure remplie du matin. Je me suis laissée entrainer par un gros ras le bol de toutes ces belles théories qui pullulent. Un si gros que j’ai oublié que tout n’était pas à jeter non plus.

Après une semaine sous l’eau à rêver de voyages à n’en plus finir, d’agendas à remplir, de réglementations COVID (vivement qu’elles disparaissent!), je sens le besoin d’une vraie pause. Finalement les vacances seront les bienvenues en fin de mois.

Je ressens aussi le besoin de faire le vide de certaines choses et le plein d’autres laissées de côté, l’envie de m’octroyer du temps, juste pour moi, un vrai temps de reconnexion. Finalement peut-être qu’un rendez-vous régulier est ce qui me convient le mieux, même si parfois ça me rajoute des contraintes supplémentaires.

La Balance. Encore et Toujours. Etre prêt à perdre le nord pour mieux le retrouver. Lâcher puis revenir. Faire des essais. Rien n’est écrit ni gravé. Tout à chaque instant est à réinventer.

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Où es-tu Lilia?

Elle est quelque part c’est certain mais où? Quelle mère – quel père – devrait un jour se poser cette question? Personne.

Au moins une certitude. Claire n’en a que peu. Voir même plus depuis ce jour, ce jour si lointain et si proche en même temps, ce jour du début, de la fin, ce jour qui scinde la vie entre espoir et folie.

Jamais de pourquoi dans ses larmes. Tout était là, depuis le début, depuis le premier regard. Tout était écrit, n’en déplaise à ceux qui voudraient que le monde soit autre, que les rituels et les coutumes, les habitudes, les religions ne soient que des ponts et pas des murs. N’en déplaise à ceux qui croyaient penser juste et qui se plantaient magistralement.

Où? Comment? Dans quelle vie? Dans quelle ville? Avec qui? Autant de questions comme autant de tourments, de nuits blanches à vouloir réécrire l’histoire, prendre un autre chemin, choisir une autre fin. Mais pourtant aussi au creux des maux baignés de larmes, une faible lueur dans le noir, un “peut-être” esquissé face à des lois contraires, un sentier qui lézarde.

Et c’est à ça que Claire s’accroche, c’est ce qui la retient de signer son dernier acte. C’est dans ce minuscule espace qu’elle s’engouffre, dans cette souche d’arbre abandonnée qu’elle se nourrit d’un possible. C’est là qu’elle guette le visage de son enfant en transformation.

Tenir pour un jour revoir son sourire, à nouveau entendre sa voix, un jour la tenir dans ses bras. Claire court à tout va, cherche des solutions, appelle, marche beaucoup, travaille surtout pour ne pas s’effondrer. Claire ne reste pas chez elle, par peur des fantômes. Elle bouscule le ciel, la terre, les ténèbres, la poussière. Elle ne sait plus la pause ni l’arrêt. Elle se veut utile. Elle veut du plein face au vide abyssal de l’absence.

Les autres ont fini par retourner leur veste. Quelque part elle l’a cherché. Quelque part c’était le prix du risque. Elle erre dans les couloirs de leurs insinuations blessantes. Elle ne retient pas, elle n’a pas assez de forces pour ce combat là. Elle les réserve pour la seule qui compte: Lilia.

Ce texte est une fiction – inspirée de faits réels

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Photomaton Maudit

@ Derek Lee

Emma ou l’art de se compliquer la vie! Le photomaton est déjà une épreuve de force dans son pays. Mais alors dans un pays étranger, avec des sigles pour lettres, au centre d’une gare ultra bondée, c’est le parcours du combattant. Emma semble aimer ça, les histoires compliquées.

Emma commence à suer, de grosses gouttes, qui dévalent sur ses joues et imprègnent son t-shirt. Le fauteuil en plastique orange lui colle à la peau. Elle n’aime pas les souterrains, ils l’angoissent. Elle n’aime pas ne pas comprendre. Elle se sent seule face à cette machine qui lui répète les mêmes mots sans qu’elle n’en saisisse le sens.

Le fauteuil est défectueux, il ne tourne pas, elle tente alors des positions aussi loufoques les unes que les autres, qui la laissent pantelante et à la limite de l’explosion. Ce n’est pas la première cabine qu’elle teste. A chaque fois, le même rituel. A chaque fois, la même crainte de ne pas avoir la sacro-sainte photo demandée par l’Ambassade. Si elle ne voulait pas se tirer d’ici aussi rapidement, elle pourrait s’offrir le luxe d’un photographe maniant les langues et l’objectif à la perfection.

Mais elle n’a pas le choix. Comme souvent. A la sixième tentative, la photo ressemble enfin à quelque chose. Emma est en eau. Elle a des airs de vieux chien mouillé en quête de repères. Avec son short blanc maintenant transparent et son t-shirt qui met en évidence son absence de soutien-gorge, le “no bra”, une mauvaise idée de plus, elle sort de son antre et se mêle, non sans gêne, à la foule des voyageurs, avide de retrouver l’air pollué de cette ville qu’elle n’a jamais aimée.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Alexandra – Une photo Quelques Mots 412

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Le “challenge écriture” reprend du service!

Je reviens pour vous proposer des idées d’écriture. Je ne suis pas certaine de maintenir le rythme d’une proposition par semaine, car en ce moment le rythme au travail est assez soutenu et mon temps personnel d’autant plus précieux!

Pour cette reprise et sur les prochaines semaines, j’ai envie de vous proposer de “travailler” les différents éléments d’un texte. Nous allons commencer par les personnages de notre histoire. A partir de la photo ci-dessous, décrivez ou faites parler les “personnes” de la photo, de manière à ce que nous ayons les grandes lignes de leur personnalité, identité et lien relationnel.

A vos plumes et au plaisir de vous lire mardi prochain!

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Nouveau Livre

Photo by Tirachard Kumtanom on Pexels.com

J’ai longtemps pensé qu’un évènement viendrait clore une séquence de vie, qu’il suffisait d’attendre. Comme on attend le départ d’un train, une semaine de vacances ou un quelconque déclic – le bon moment en quelque sorte!

Un départ, un divorce, une rencontre, un ou plusieurs déménagements plus tard. Et des centaines de mots mis bout à bout pour exorciser une tranche de vie. Je peux attendre encore longtemps. Parce que finalement n’est-ce pas moi qui suis aux commandes? N’est-ce pas à moi que revient le droit, le choix?

J’ai disséquer le passé, j’ai tout écrit, tout vidé et fut un temps c’était nécessaire, voir vital. Il fallait venir à bout de la colère, de la peur, du déni, de la honte, du chagrin, de la souffrance, des masques portés, des blessures. Que reste t-il de tout ça aujourd’hui?

Des cicatrices. Que le temps, la poésie, l’amour ont apaisé. Je pense aujourd’hui que nos expériences de vie sont ce qu’elles sont, elles ne servent rien en particulier, aucun dessein, aucun but précis. Pourquoi toujours vouloir chercher un sens? Pourquoi toujours vouloir que ça puisse servir aux autres?

Est-ce qu’elles nous rendent plus forts? Ca reste à prouver! Elles nous changent inévitablement. Cette parenthèse me donne d’être plus bienveillante, d’être davantage dans l’acceptation de l’autre, plus dans l’écoute et moins dans le jugement. J’y serai peut-être arrivée d’une autre manière!

J’ai perdu énormément de temps à vouloir pardonner, à tenter de porter un regard “positif” sur notre histoire. J’ai voulu être une fille bien. Quelle connerie!

Je n’ai pas de recette miracle à partager, je ne sais pas comment j’en suis arrivée là où j’en suis aujourd’hui. J’ai juste fait un pas après l’autre. Je me suis souvent perdue en cours de route. J’ai cherché dans la vie des autres des réponses à mes manques. J’ai voulu être différente. Je n’ai pas de conseils, d’avis, de solutions, d’idées sur la question. Je pense que je pourrais écrire encore et encore et encore sur le sujet, il y aura toujours quelque chose à dire, une ligne de plus à écrire. Sur hier et sur aujourd’hui. Il y aura toujours lui, son fantôme ou sa présence.

Mais je peux choisir de dire aurevoir. Je me sens appelée à vivre. Et la vie autour de moi, elle n’attend que ça, que je pose le point final. Au bout d’un moment on ne fait que disserter sur du vent, c’est lassant et le vent s’en moque! Je sais que certains, certaines aimeraient que j’en sorte encore des mots pour raconter tout cela. Je n’en ai plus envie. J’ai envie de soleil et de joie, de jouir de la vie, celle à laquelle je me suis accrochée finalement, de profiter des chances qui s’offrent à moi, de ne plus regarder une situation à la lumière de ce qui ne fut pas de l’amour. Je ne veux plus comparer ni tenter de convaincre qui que ce soit non plus.

Je suis riche de ce que je suis, de ce que je sais et de ce qui est là, à portée de regard et de cœur. Je ferme la porte. J’ouvre un nouveau livre…

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Challenge Ecriture 20

Quel vacarme !
Ce train bondé me donne envie de retourner au frais, une citronnade à portée de main, à l’ombre d’un bosquet, picorer dans les restes du dernier apéritif tardif. Je regarderais les coccinelles, divas parées pour la soirée, et leur ballet gracieux dessiner un labyrinthe d’heureux dénouements. Une vraie régalade.
J’avance d’un pas sûr dans l’allée qui me mène à mon fauteuil. Je reste focus sur la destination. Elle seule a de quoi me maintenir en action.
Une action comme une ritournelle qu’on fredonne les soirs d’hiver pour se tenir chaud. J’ai fait le grand saut.
J’ai laissé derrière moi le pavillon de banlieue et les cris des enfants sur les pelouses voisines, mon ectoplasme de misère qui me donnait l’illusion de servir à quelque chose.
J’ai laissé toutes ces choses qui ont composé ma vie pendant plus de 40 ans. Une évidence, de celle qu’on nomme un jour quand tous les recours pour vivre ont été épuisés, quand on s’est plus trompés qu’aimés.

Le challenge écriture reprendra en septembre. En attendant, je vous souhaite un bel et doux été!

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L’éternité à portée de regard

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Certains mots ne peuvent décrire l’intensité de ce qui se vit. Ils planent entre l’instant et sa traduction sur le papier. Si je les mets bout à bout, ils pourraient bien faire fuir ceux qui voudraient me lire. Je passerai pour une illuminée. Je serai détentrice d’un mystère que nul ne souhaite approcher.

Et pourtant…

Dans l’éclosion du désir, dans l’élan qui pousse mon corps contre son corps, quelque chose s’éteint en moi, une nouvelle flamme s’allume. Je ne suis plus dans le « devoir », je n’évolue plus dans un souci d’être ce qu’on pourrait attendre de moi, ce que je considère comme « bien » ou « mal ». Je ne porte plus d’étiquettes, celles que je me mets seule d’ailleurs. Je ne réponds plus à de quelconques injonctions.

Si je me laisse couler dans cette fusion, si je lâche prise, mes peurs, mes doutes s’éloignent, mes responsabilités ne me paraissent plus si lourdes à porter.

L’étreinte est saturée de sentiments qui s’expriment sans verbiage. Elle sera soit douce, violente, enveloppante, intense, en fonction de ce dont mon corps a besoin. Je me poserai dans un espace sans contrainte autre que celles auxquelles j’adhérerai.

Si je ferme les yeux, le ressenti sera différent. D’autres sens prendront le relais. Je me livrerai peut-être plus effrontément, sans mon regard posé sur un quelconque « trop » ou « pas assez ». Si je cale ma respiration sur la sienne, alors je me fonds dans son univers. Nos désirs s’ajustent. Nos êtres créent une dimension qui n’existe que dans cette bulle-là – celle d’ébats qui nous relient à un cycle fait de dépossession de soi et d’éternité à apprivoiser.

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La liberté d’être soi

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You can’t blend in when you are born to stand out” – Wonder de RJ Palacio

Quand j’ai lu cette phrase elle m’a tout de suite plu!

La grosse claque émotionnelle de juin m’a fait prendre conscience de beaucoup de choses. J’ai ouvert les vannes et je crois que c’était nécessaire. Les questions que je me pose, les doutes que je peux avoir, résultent souvent de ma relation à moi-même. J’ai toujours eu et j’ai toujours du mal à me positionner entre ce qui est juste pour moi et ce qui est juste au niveau de la société., entre ce qui fait sens pour moi et ce qui est acceptable en société.

Aujourd’hui, les choses et les genres sont moins cloisonnés. Nous ne sommes plus contraints de vivre d’une certaine manière. Toutefois il y a toujours des codes, des règles, des cases, des choses jugées correctes et d’autres moins. Il y a une trame, plus ou moins flexible, en fonction de notre éducation et de nos valeurs. Il y a tout ce que nous connaissons et les chemins un peu plus à l’écart qui nous attirent mais sur lesquels nous n’osons pas toujours nous aventurer – sous prétexte que ça ne se fait pas!

Pourquoi?

Parce que cela, bien souvent, vient remettre en question l’ordre établi, la vision que les autres ont de nous, nos liens. Nos choix ne sont pas toujours bien vus, acceptés. Ils peuvent parfois profondément bousculer ceux que nous aimons. La liberté de penser, d’être, autant d’évidences qui, au cœur du quotidien, peuvent peser un peu lourd. Parce que tout un chacun juge aisément. Parce qu’il y a encore énormément de sujets tabous, de clichés, de visions moralisatrices.

J’ai beaucoup vécu dans ma tête, dans mes rêves, comme pour m’évader d’une réalité dans laquelle je ne trouvais pas mes marques. Déjà très jeune, je ne voulais pas des modèles qu’on me proposait, je n’avais pas les mêmes envies que beaucoup de mes amies. Je me suis sentie en marge très souvent et puis j’ai plus ou moins adhéré à un moule. J’ai trouvé que c’était plus simple d’appartenir que de me démarquer.

Aujourd’hui, ça devient plus difficile d’appartenir! Parce que ça ne me correspond pas. Et si je peux mentir aux autres, je ne peux plus me mentir à moi-même. La liberté est une audace que je veux pouvoir m’offrir. Même si je sais qu’il y aura encore ces moments où mes envies seront chahutées par mon mental et ses idées toutes faites, où je reculerais par crainte de décevoir celles et ceux qui comptent pour moi, par crainte de ne pas être comprise, acceptée.

Elles sont rares les personnes dans mon entourage qui me connaissent vraiment, avec qui je partage tout ce que je suis, sans crainte. Elles sont d’autant plus précieuses. Pour les autres, j’ai conscience qu’il y a peut-être des choses qui ne se disent pas. J’enlève pas à pas les masques qui ne me plaisent plus, je slalome entre les lignes, je teste ce qui peut être confié ou pas.

L’ouverture de l’esprit, du cœur c’est ce que j’expérimente un peu plus chaque jour. Je deviens celle que j’ai toujours été, cachée derrière des couches de protection et de contrôle. Il y a des sentiments qui offrent cette chance de s’affranchir de ce qui pèse, qui donnent des ailes, même si cette liberté peut faire peur, même si c’est à des années lumières de ce qu’on croyait envisageable.

Entre moi et moi, ce sera peut-être toujours un peu folklorique, douloureux. Mais quand je regarde le chemin parcouru je réalise que tous ces moments de profonde réflexion, introspection ont débouché sur un réalignement personnel essentiel et une relation aux autres plus vraie.

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Créer demain

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Egrener les souvenirs
Pépites de vie se glissant dans la mer
Gisements de terre
Or, argent, pierres

Temps d’avant gardé
Comme un trésor sacré
Nos voix mêlées

La marée est passée
Vagues, à l’âme secouée
Sable par l’écume ensorcelé

Egrener les souvenirs
Pour faire revivre l’histoire
A la lumière des nuits d’ivoire
Moments d’intense espoir

Dessiner demain
Sans laisser nos mains
Se perdre aux confins
D’une histoire ancienne

Hier fut aux couleurs de l’été
Saison sans faille avérée
Cœurs scellés
Pour le meilleur

La vague a chahuté
Nos corps séparés
Tels des chiens enragés
Lâchées les peurs

Nouveau matin
Perles de pluie sur le chemin
Complicité aux creux des reins
Infatigables créateurs de notre destin

Posted in Carnets de route

La troisième voie

Photo by Vlada Karpovich on Pexels.com

Rester ou Partir

Tout est choix, c’est ce qu’on ne cesse de nous répéter. C’est ce qu’on ne cesse de nous proposer. Toujours un choix entre deux choses, deux situations, deux histoires. Choix de vie à peser pour que celui ci ne pèse pas. Pas trop lourd. Choix facile ou fragile. Tout dépend de tellement de choses.

Le bien, le mal. Le vrai, le faux. Le juste, l’injuste. Le froid, le chaud. Le rêve et la réalité. Un mode binaire engrammé dans nos gênes. Nous restons bien souvent attachés à une certaine vérité. Qui n’est en fin de compte que la nôtre.

Et si?

Si il existait une troisième voie? Et pas seulement une troisième d’ailleurs, mais une multitude de chemins. Et si il y avait autre chose, quelque chose que nous pourrions créer de nous-mêmes, entre partir ou rester. Même pas. Entre rien. Juste ouvrir une brèche, une porte et voir où cela nous mène.

Il est des situations dans lesquelles rester ou partir s’impose. Et puis d’autres dans lesquelles, si nous nous ouvrons à plus grand, à moins figé, si nous restons dans l’instant, alors au bout de nos émotions parfois violentes, au gré des mouvements et des cycles, il y a je pense une variété de possibles.

C’est cette voix que je choisis d’écouter, cette voie que je souhaite suivre, voie créative par excellence, qui me dit que je suis actrice de ma vie. Voie colorée et parfumée. Une voie qui voit au-delà des codes et des routes tracées. Une voie qui m’appelle à m’ouvrir aux opportunités, à ne pas rester prisonnière de ce qui se fait ou ne se fait pas.

Une voie qui me relie à l’énergie du vivant. Le chemin est inconnu, il se déroule sous mes pas, à mesure que j’avance. Il est aujourd’hui sans demain précis. Il est ce qui est juste pour moi.

Et vous, ça vous parle cette idée là?

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15 mois

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Qu’on se le dise, en toute franchise, ces 15 derniers mois n’ont pas été si simples que nous avons choisi de le penser. Par fierté personnelle. Par culpabilité. Comme si dire “c’est compliqué” faisait de nous des incapables, des inadaptés de la vie. Il y en a tellement d’autres qui vivent pire!

La grande phrase. La plus dangereuse aussi.

J’en tire du positif, beaucoup. Mais je ne peux plus faire l’impasse sur les heures de vide, les heures enchainées à un flot, un flux d’émotions tout aussi déstabilisantes les unes que les autres, à tenter de maintenir notre équilibre à flot. Si nous en sortons grandis, nous en sortons aussi un peu blessées. De ces blessures que je n’ai pas voulu voir, parce qu’il faudrait toujours ne retenir que le positif.

Cela me rappelle que durant 4 ans j’ai tenu plus ou moins le cap dans une relation destructrice, en m’accrochant à ces bouts de soleil. Bien dérisoires. Mais une fois de plus il y avait pire!

Ces mois nous ont éloignés, un peu esquintés, même si nous tenons à ne pas ressasser. Nous nous sommes à peine croisés. Juste de quoi appliquer un baume sur l’absence, histoire de combler un manque, de se réconforter. Quelque part, quelque chose a changé. Nous avons changé, c’est évident. Etre capable de poser son regard sur cette parenthèse un peu longue c’est peut-être bien se donner une chance de fermer une porte pour en ouvrir une autre.

La solitude n’a pas été choisie, elle s’est imposée. Avec son lot d’hypothèses à tenter de percer. Il a fallu se réapproprier une réalité, notre identité. Un exercice de retour à soi, précieux, nécessaire. Qui permet aujourd’hui de poser les mots sur tous ces besoins qui n’ont pas été exprimés, exposés. Il y avait d’autres priorités. Etre là pour ceux qui comptent.

La vie reprend doucement et il faut en son temps reprendre le chemin de la vie. Celle de mars 2020 ne ressemble plus à celle d’aujourd’hui. Petite vague de nostalgie. Elle aussi il faudrait lui lâcher la main. Pourquoi tout le monde se fait un devoir d’avoir une idée sur tout. Chacun sa vérité, sa voix dans ce tumulte, sa route.

Je ne veux plus faire comme si, comme si il fallait être bien, coute que coute. Je ne veux plus porter ces masques polis, si bien dessinés par tant d’années de “faire plaisir”. J’ai appris que fuir n’était pas la solution. Mieux vaut regarder l’orage et se souvenir de ce pouvoir entre nos mains, s’en remettre à la force de Vie.

Et vous cette période, vous en gardez quoi comme souvenir?

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Challenge Ecriture #18

Qu’est-ce que cela ferait des projets ?

Projets de cœur, débattus au creux de la nuit, au dessin de l’aube.
Aube nouvelle, vierge de connaissance, de savoir.
Savoir que l’on se lèvera, un jour prochain, dans quelque habitude.
Habitude chérie, non de celle de la routine bien huilée, mais plutôt un temps comme un repère.
Repère, un phare, une lueur, une histoire.

Histoire de dire, histoire d’écrire une fin qui ressemblerait au début.
Débuts prometteurs, dans lesquels on oublie ce qui a le pouvoir de nous faire épouser une réalité que l’on tait, un secret.
Secret du cœur, corps en liesse, silence sur ce qui laisse des traces comme des éclats.

Eclats de vie qui doucement s’évaporent au gré d’un temps qui ne nous appartient pas.
Pas à pas, faire la lumière sur ce qui n’est pas, sur ce qui est juste.
Juste de quoi s’interroger sur les raisons d’une vie choisie, sans avenir, sans projet…

Retrouvez les autres participations ici: Chez Marie, Chez Mébul, Chez Josée

***

Pour la semaine prochaine (#19), je vous invite à faire une liste de 20 titres de chansons que vous aimez ou connaissez. Puis d’écrire un texte en intégrant ces titres! Bonne fête de la musique!

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Pour lui plaire…

Photo by Gabb Tapique on Pexels.com

Elle a arrêté de se maquiller les yeux
Elle a donné son chat au voisin
Elle a troqué son vernis rouge contre du vernis transparent
Elle a changé la place des meubles
Elle a arrêté de manger de la viande
Elle a quitté son équipe de hockey
Elle a lâché sa formation en ligne
Elle a commencé à cuisiner différemment
Elle a abandonné ses rêves d’ailleurs
Elle a troqué ses jupes courtes pour une longueur plus acceptable
Elle a déposé dans une boite à livres ses romans d’Anais Nin
Elle a dit adieu à son café du matin
Elle a stoppé net toutes ses relations avec ses amis
Elle a commencé à moins voir ses amies
Elle a laissé pousser ses cheveux
Elle s’est fait percer les oreilles
Elle a vendu sa moto
Elle s’est prêtée à des jeux indélicats
Elle a renié ses valeurs
Elle a adopté son rythme de vie
Elle a fait siens ses combats
Elle a complètement oublié les siens

Elle ne lit plus le soir
Elle ne sourit plus dans la rue
Elle n’appelle sa famille que quand il n’est pas là
Elle ne donne pas son avis sans y être invitée
Elle ne sort plus boire un verre le samedi soir
Elle ne mange plus de chocolats ni de viennoiseries
Elle ne porte plus de maillots deux-pièces
Elle passe ses vacances dans des lieux qu’elle ne choisit jamais
Elle ne participe plus à la Gay Pride
Elle ne fait plus les vides-greniers

Sans s’en rendre compte
Elle a troqué son identité contre une vie de masques codifiés
Pour lui plaire

Je suis certaine que le “elle” de ce texte peut être remplacé par “il” dans bien des cas. Et que cette liste n’est pas exhaustive non plus. Mais juste un aperçu de ce qu’on change parfois en nous pour plaire à l’autre. En pensant, à tort, que c’est juste. Et en se perdant bien souvent par la même occasion. Etre soi est la seule valeur sûre qui soit. Et si cela ne plait pas, c’est que nos chemins ne matchent pas.