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Se rassurer en chemin

Ca évolue en toile de fond. Je lui dis que ce n’est qu’un point noir, un tout petit point, petit pois. Je lui dis pour le rassurer, essayer au moins, pour me rassurer aussi. De tout ce que j’ai vécu, c’est peut-être cette étape là la plus difficile, entendre sa souffrance, sa colère, écouter ses peurs et ne rien pouvoir y faire. Juste être là et accueillir. Juste être là et tenter à ma manière de l’apaiser. Savoir que je ne peux rien panser ni réparer.

Un petit point, de loin, pendant 6 ans. Et qui revient, qui réclame son dû, ses droits, enfin ce qu’il pense être à lui. Les années passent vite mais elles restent nombreuses, je les compte presque pour me rassurer encore un peu – je ne fais que ça, comme une amie bienveillante, une épaule qui pourrait porter mon fardeau sur une partie du chemin. Je ne fais que respirer au présent pour chasser le “et si” qui s’insinue.

Si il faut repartir au combat, j’irai bien sûr, je serai la première à défendre ses intérêts, dans les tribunaux et les cabinets d’avocat, je lâcherai la vérité sans état d’âme. Je serai celle qui ne néglige rien et qui résiste à toutes ces belles paroles qui se distillent comme un venin. Je serai dans le franc et le sans fard.

Je tente de ne pas y penser, de laisser le temps faire et défaire les pensées qui bloquent parfois encore ma respiration, je tente d’être dans le présent, ce temps là nous appartient pleinement. Et dans ce temps il n’est pas, juste un point noir quelque part. Un point comme ce qu’il est, une particule de rien.

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Ce qui doit être écrit

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J’ai débuté la lecture de ce livre conseillé par ma libraire. Il trônait dans la salon depuis dix jours. Il m’appelait de toutes ces forces et je reculais presque le moment de le commencer. Et j’ai plongé dedans, dans le drame et la vie en suspend.

Et je me suis souvenue pourquoi il était si important d’écrire, sur les silences et les failles, sur les tabous et les silences, sur toutes ces absences figées. Sur les mains qui font l’enfance éclatée et les doigts qui maquillent les cris. Sur les mères qui blessent et les grands qui trahissent. Sur la mémoire et les blessures, les peurs du noir, les secrets planqués derrière le masque des jours de joie, les secrets calfeutrés, qui pourrissent dans l’obscurité et qui se révèlent et brisent l’éternité.

Ecrire comme un archéologue fouille les viscères de la terre, comme un médecin s’acharne à déceler et anéantir le mal. Aller là où est l’ombre pour au grand jour la mener et la voir se disloquer devant la clarté éblouissante du jour.

Je n’aime pas beaucoup le lisse, je m’en rends compte. Il est souvent mirage, masque, image. Derrière tout s’effondre et se brise. Et les morceaux écorchent les visages, ils s’incrustent là où on pose la poudre, la couleur, là où on croit s’en sortir avec des apparences.

Ecrire tous ces non-dits pour tous ceux en apnée, en survie, tous ceux qui tentent d’esquisser un peu de côté pour un nouveau chemin, un autre destin. Ecrire tous ces mystères qui enflent sous la croute de la terre et qui dans l’abime creusent l’oubli. Ecrire pour les faire exister, au-delà d’un déni, au-delà des fissures qui hurlent. Ecrire pour extraire le pire et dans un demi-souffle redonner à ces êtres en déséquilibre le droit de prendre leur place dans le grand et formidable chaos de l’existence.

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Sur la déchirure…

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Sur la déchirure – cette faille sismique qui me dit que tout ce qui est aujourd’hui ne sera peut-être pas demain, que rien sur terre ne nous appartient, que ceux qui sont là ne font que passer, qu’un jour il faudra les laisser partir vers des horizons que je n’ose imaginer – sur la déchirure, j’écris le nom des rêves et sur le lit des jours, je passe et trace du bout des doigts nos histoires.

Sur la déchirure, je dessine l’amour, ses rires et l’incertain. Je l’ai su dès que son petit corps a été posé contre le mien, dès que son cri a percé le silence de la nuit, dès que son souffle s’est détaché du mien. Il n’était déjà plus de moi, je l’offrais au Monde et je le regardais partir, le cœur bouleversé.

Je brode des cœurs à l’infini, comme un défi au temps qui passe. Je m’enivre de la chaleur de sa présence, là, maintenant. Ensemble, nous n’avons pas d’âge et il n’y a pas de demain. Contre lui, j’oublie la fissure ou je la transforme, je laisse la lumière passer entre les interstices des points de suspension. J’ai retrouvé son cœur au bord du précipice, là où seule j’avais laissé le malaise me torturer. Comme si ce qui adviendra s’était déjà produit, comme si la mort l’avait déjà pris.

De confidences en aveux, nous construisons un espace sacré de liberté. Les mots se disent et les maux se taisent. Rien ne nous gardera vivants, alors savourons intensément.

Sur la déchirure, la flamme ouvre une brèche, celle dans laquelle je me glisse, pour vivre aux cotés de ceux qui, jour après jour, me rappellent la beauté et la force de l’amour. Alors je sais que ma présence est requise, présence attentive pour honorer et sublimer la vie.

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Un “oui” sans retenue

Je marchais sous le ciel bleu du jour et mes pensées m’emmenaient vers toi. Tu es là, tu as toujours été là. Je me suis éloignée, prise dans les filets du passé. Typiquement moi. J’ai négligé mes besoins et retardé le moment de les partager, par crainte du déjà vu. Et si ce qui a été pouvait être à nouveau?

Non, nous ne partons pas tous avec les mêmes bagages. Dans les miens se côtoient le silence, les conflits, la violence, l’absence. Et si peu de partage. J’en ai déduis que je n’étais pas intéressante.

Alors pourquoi avec toi ça serait différent? Voilà ce que je me suis racontée. Une histoire abracadabrantesque qui donnait raison au passé. Inconsciemment, sûrement la solution de facilité.

Et puis, face au risque d’une déviation, d’un abandon, j’ai choisi de changer de direction. Au pire, c’était fini, mieux valait le savoir. Au mieux, je me donnais la chance d’un nouveau départ.

Parce qu’au fond, tout au fond, derrière la peur et les doutes, derrière mes blessures et tout ce que je tiens à distance, derrière les cicatrices et les manques, il y avait ce qu’il y a toujours eu, mes sentiments, intacts. Ces sentiments qu’hier encore je tentais d’ignorer, planquée sous une chappe de silence, ces sentiments étouffés pour qu’ils ne viennent pas troubler la suite de l’histoire. Celle du flashback. Celle de ce mois de janvier il y a 18 ans.

Finalement peut-être que je suis “aimable”, que les autres n’étaient que des abrutis finis, des indécis, des récalcitrants. Ou bien tu es un peu fou. Je ne veux pas savoir. Je veux juste profiter, savourer ce temps qu’il nous est donné de vivre. Et ne plus comparer aujourd’hui à hier, juste regarder le bonheur dans les yeux et le suivre dans un “oui” sans retenue.

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Après la traversée du désert…

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L’histoire s’est écrite, avec notre participation et celle de tant d’autres. Le passé a marqué l’histoire, il s’est imprimé quelque part et il a laissé dans son sillage un souvenir, quelque chose qui si on n’y prête pas attention ne se rappelle pas à nous. Ce qui fut n’est pas ce qui est. Et pourtant il suffira d’un instant pour que le passé refasse surface, qu’il menace notre équilibre, qu’il nous susurre que si, si nous ne prêtons pas attention à ce qui est, ce qui a été peut se reproduire.

Je n’ai jamais fait mes deuils, je n’en jamais eu l’occasion. Parce qu’il fallait toujours avancer, parce que c’était comme ça. Oublier et aller de l’avant. Alors les blessures quelque part n’ont jamais été guéries. Elles sont devenues des souvenirs qui se rappellent à moi quand je ne m’y attends pas. Et alors je chute avec elles.

Mais demain, je sais, que je referai surface, comme toujours, que je laisserai les ombres au passé et le passé à sa place, que j’oserai un pas dans une direction qui me demandera une fois de plus de baisser la garde et de lâcher l’armure. Je le ferai parce que je sais qu’après chaque traversée du désert, se présente un chemin de paix.

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Prix Portez Haut les Couleurs – Mon texte sur Short Edition

Quand je passe devant le cimetière en revenant de mon entrainement, je rends toujours une petite visite sur la tombe de mamie, une tombe toujours très fleurie, des mots de partout et de tout le monde, de belles couleurs qui rendent le lieu presque agréable.

Cette vision me ramène instantanément à l’enterrement, ce jour terrible où il a fallu lui dire adieu pour de bon, la laisser partir avec ses histoires et sa magie. Ce jour-là nous étions nombreux, il y avait de la musique et des hymnes qui résonnaient un peu partout, il y avait des vieux et plein de jeunes aussi, des garçons, des filles, des petits, des grands avec tous une larme au coin des yeux, un mouchoir à portée de main, un souvenir pas très loin. Tous unis, nous étions, dans ce temps de recueillement et de remerciements pour elle qui avait tant donné, dans la vie et sur le terrain, qui avait tant encouragé offrant à chacun, un mot, un conseil, une étreinte, un bon chocolat chaud, ce dont il ou elle avait besoin pour continuer.

Pour découvrir mon texte et le soutenir, c’est par iciSa plus belle victoire – Prix Portez haut les couleurs

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Entre-Deux

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Il se passe quelque chose, quelque chose qui n’est pas visible à l’oeil nu. Quelque chose qui couve depuis des mois et que je ne sais nommer. Et si j’essaie, alors je sens que quelque chose se brise.

Peut-être qu’il faut que les choses se cassent pour pouvoir les reconstruire, qu’elles deviennent des miettes, qu’elles partent avec les larmes. Comme un deuil.

Il se passe, la vie avec son lot d’émotions, celles que nous ne pouvons pas coller dans des cases, qui n’appartiennent à aucun système qui déraille et que nous pourrions remettre en marche avec un plan bien conçu, une solution bien travaillée.

Il se passe ce qui dormait et ce qui a été réveillé, ce qui couvait dans un lieu secret. Depuis toujours. Mais que les sentiments avaient jusqu’alors tenu à distance. Un petit caillou, même pas de quoi trébucher, juste une gêne, devenue quelque chose de plus grand, qui prend la place et menace l’équilibre.

Si je le nomme, je le garde près de moi. Comme pour me protéger de ce que le monde ignore. Je l’écris dans toutes les dimensions, dans ce que j’en sais et ce que j’ignore encore. Dans des mots qu’il faudra poser ailleurs que sur un carnet. Pour se donner la chance d’un nouveau départ, quel qu’il soit.

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Tout ce qu’elle est

Derrière ses révoltes, ses éclats, ses failles. Derrière le voile de ses pensées, de son passé. Derrière l’épouse, l’amie, la mère, il y a cet être à part. Je le vois dans son regard, dans ce qu’elle transpire quand en résonnance avec le monde, elle respire.

Quand elle pose son regard plein de points en suspension sur l’univers en contrebas, qui se contredit sans cesse. Et dans son souffle de fée un peu malmenée par la vie, quelque chose nait comme une prière dans un langage que seule, elle, connait.

Un langage qui la relie au vivant, à l’espace entre la nuit et la jour, au silence.

C’est une fille du silence, oui, celui des gorges et des profondeurs de la terre, des déesses qui à mains nues remuent les tourments pour que germent les plantes guérisseuses. Et dont le sang devient noir lorsque la lune éclabousse le ciel de sa clarté fantasmagorique.

C’est une fille des mots, dont la confiance se tait devant les assauts du vent. Et dont les maux tremblent d’incompréhension. Existe t-il quelque part un sens, une raison?

C’est une fille des mystères, ceux qui attendent patiemment d’être approchés, percés. Et ceux qui dans le calme de l’ennui se taisent pour ne pas froisser ses ailes d’ange affamé de vérité.

Si seulement elle savait tout ce qu’elle est…

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Un point d’interrogation

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Tu restes le mystère, l’énigmatique personnalité qui m’aura fait le plus grandir“.

Quand les mots se sont posés sur moi, j’ai pris une claque, celle de la vérité. Nous ne nous étions pas parlées depuis des mois, nous échangions quelques lettres qui ne disaient que le bleu du ciel, le soleil frileux de l’été. Nous esquivions les maux comme deux combattants fragiles. Nous tentions de maintenir à distance les tremblements, les turbulences. Nous ne nous étions pas vues non plus. Pour ne pas nous blesser davantage. Je voulais la distance pour éviter les questions. Je marchais à reculons sur un chemin dangereux et je savais que son regard verrait au delà de l’assurance que j’affichais. Je savais qu’elle poserait les yeux sur la peur et que cela me ferait vaciller encore un peu.

Ma mère ne m’a jamais cachée qu’elle avait du mal à me comprendre, mes réflexions comme mes comportements ni qu’elle s’était sentie perdue bien des fois devant mes choix, mes pensées, mes cheminements intellectuels, mes émotions vives. Mon père reste lui, en retrait, bousculé par une façon d’être qui le perturbe. Ni l’un ni l’autre n’ont pourtant jamais manqué une occasion d’exprimer leurs sentiments.

Je me rends compte seulement aujourd’hui combien cela a dû être déstabilisant pour eux. J’ai passé plus de temps à me rebeller contre l’incompréhension qu’ils affichaient plutôt que d’essayer de comprendre ce qui pouvait à ce point les mettre mal à l’aise. Peut-être bien que ma personnalité me met moi-même mal à l’aise, peu de gens me comprennent, je passe plus de temps à justifier mes failles, mes goûts, mes émotions à fleur de peau, mes peurs. Si je me suis éteinte si longtemps c’était moins pour faire comme tout le monde que pour avoir la sensation de ne pas me sentir si seule sur le chemin. Avoir la sensation, même illusoire, d’appartenir à une entité, un tout, c’est extrêmement rassurant. Pour beaucoup.

Quand ses mots se sont posés, quelque chose a explosé. Finalement peut-être que tout cela n’est pas vain, que je ne suis pas un point d’interrogation pour rien…

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Voeu de silence

@mariekleber37

Y a de la joie par-dessus les toits, du soleil dans les ruelles et novembre vient avec son lot de mémoire, jours tristes à perte de vue, une résistance persistante comme une grêle arrivée trop tôt dans la saison. Un puits sans fond de cette peur qui vous dilate le coeur et l’esprit qui ne sait plus tourner comme il faudrait, qui perd ses repères à mesure que le froid gagne du terrain. Novembre et ses fantômes de gris vêtus, pareils à des morts qui chercheraient le passage entre cette vie et l’autre, errants de place en place, de corps en corps, pour se sustenter, de quoi tenir encore quelques kilomètres de route de plus. Un mois aux allures de ce que pourrait être l’enfer si on se fie aux légendes, aux récits des Dieux, si on se laisse abuser par les maux, vestiges d’un chaos qui détruit, et l’espoir, et l’aurore. Laisser passer Novembre et se taire, faire ce chemin de silence intérieur, ce chemin de la terre à soi et de soi à la vie. Quelques soient les cailloux, les failles, les crevasses, ce qui empêche, ce qui retient, la vie ose l’attente avant la renaissance.

Ce texte est ma participation à l’agenda ironique de Novembre – thème proposé par Laurence Délis de Palettes d’expressions

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Un malaise à apprivoiser

Photo by Anni Roenkae on Pexels.com

C’est là.

Même si on fait le choix de ne pas y penser, pas trop, de ne pas lui accorder d’importance surtout. C’est tout de même là et quelque part ça creuse. Même si on ne veut pas. Même si on se protège. Même si on garde son calme.

C’est là quand même, comme une tache au plafond, qu’on ne regarde pas tous les jours mais qu’on aimerait bien voir disparaitre. C’est là 1h30 par mois, un moment si bref et si long à la fois. Un instant suivi des mêmes questions amicales qui laissent pourtant une saveur amère en bouche. Expliquer le malaise demeure un challenge impossible. On voudrait que quelqu’un comprenne entre les lignes, par delà les mots, ne plus entendre les mêmes phrase, qui lassent.

Une fois la porte passée, on se dit “à dans 1 mois”, ça semble facile, ça ne l’est pas. On a l’impression qu’on passe à autre chose, mais dès la porte de la maison ouverte, il faut à nouveau poser des “non” et tenter de ne pas s’irriter d’un ton, d’une révolte, d’un malentend, faire preuve de patience devant l’évidence que pour lui aussi, c’est une épreuve.

Finalement on est seul. Dans nos pensées. Dans ces matins qui nous enserrent le coeur, quand on croit tout faire bien et qu’on fait tout de travers, quand on laisse la colère prendre le dessus, quand sa colère à lui prend toute la place et menace notre équilibre.

Le malaise, désormais à distance, a laissé dans son sillage un souffle rance, qu’il faut évacuer. Alors les mots fusent comme des lames de rasoir, le combat est ouvert, personne ne veut perdre et personne ne se tait. Et quand on y arrive, c’est parfois pire, du haut de ses 8 ans, c’est comme si j’abandonnais la partie. Il faudrait savoir laisser passer la vague, se souvenir que ses mots ne sont que des mots, qu’ils ne sont pas dits pour faire mal, qu’ils sont l’expression de ce trop plein qu’il ne sait pas gérer, un flux d’émotions presque incontrôlable.

Mais bien souvent ils ont atteint la faille avant que je ne puisse faire marche arrière, celle que je tente de guérir, celle qui au moindre geste un peu brusque vient à nouveau s’ouvrir et me laisse terrifiée face aux souvenirs. Alors je perds ce qu’il me reste de confiance, de patience et je me retrouve à tenter de me justifier encore une fois.

C’est là, qu’on le veuille ou non. Ca vient encore tester nos limites, jouer avec nos certitudes, ça vient remuer, ça vient nous demander de redéfinir nos priorités, c’est un deuil qui semble ne pas avoir de fin. C’est frustrant, révoltant. On se sent impuissant.

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Ici, maintenant, tout va bien

@ random institute

Tout va bien, ici, maintenant.
Ici, maintenant, tout va bien.

Zhuai se répétait ces mots dans sa tête, tout en essayant de poser sa respiration.
Elle avait couru si vite qu’elle se demandait où elle se trouvait à présent.
En sécurité.
Dans un endroit où ILS ne pourraient pas la trouver.

Ils étaient montés dans le bus, comme tous les soirs. Comme tous les soirs, ils avaient ri.
Comme tous les soirs, Zhuai avait regardé ses chaussures en tenant de faire abstraction d’eux.
Ils avaient balancé des idioties, comme chaque soir quand ils la voyaient dans le bus.
Elle était descendue à son arrêt, eux aussi. Ils habitaient dans le même quartier. Gamins, ils allaient à l’école ensemble et déjà ils embêtaient Zhuai.
Elle s’était dirigée vers son immeuble et elle avait entendu leurs pas pressés derrière elle, pas comme les autres soirs.
Elle avait prié intérieurement pour que la serrure ne bloque pas, pour que la porte s’ouvre et se referme d’un coup sec.
Elle avait essayé de se rassurer.
Ils avaient été plus rapides, l’un avait bloqué la porte de son pied, l’autre s’était faufilé et l’avait coincée, le troisième s’était approché plus près, trop près.
Et ils l’avaient insultée, elle, Zhuai, parce qu’elle était timide, parce qu’elle était un peu gauche, par pure méchanceté.
Ils lui avaient dit, du haut de leur quatorze ans «tu fais moins la maligne maintenant ! Tu t’es regardée, t’es moche, ta mère t’a fait avec un chien ou quoi ! »
Et ils avaient éclaté de rire, un rire gros comme un bulldozer puis la porte de l’ascenseur s’était ouverte et elle avait profité de ce contre temps pour s’échapper.
Elle avait couru, couru. Droit devant.
Elle avait encore leurs insultes en bouche qui lui donnait la nausée.
Elle avait couru jusqu’à la station, s’était glissé dans le premier wagon, avait entendu le signal et avait commencé à respirer.

Son cœur battait vite, trop vite. Ses oreilles bourdonnaient. Son visage était rouge, sa vision brouillée.
Respirer. Juste respirer. Et se rappeler que tout allait bien.
Ici et maintenant.
Ici, maintenant, tout allait bien.

Ce texte est ma participation à l’atelier 145 de Bric a Book

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Pas de l’amour

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Ce n’était pas de l’amour.

Non ce n’était pas de l’amour, à aucun moment. C’était une histoire, une relation, quelque chose de ce goût là. Mais pas de l’amour.

Ce n’était même pas du mauvais amour, de celui qui ne sait pas, pas dire, pas s’exprimer, de celui qui se planque derrière des émotions compliquées à gérer.

C’était un deal, une prise de pouvoir, un compte a régler avec l’injustice du monde, l’achat d’une liberté, une revanche sur le passé.

Et même après un mariage, un bébé. C’était pour faire comme les autres. Pour pouvoir dire MA femme, MON enfant. Pour pouvoir coller au modèle, pour plaire à Dieu, aux lois d’une religion, aux codes d’un pays. Pour dire “maintenant tu ne peux plus partir”.

C’était une histoire de papiers, qu’on le veuille ou non, une histoire comme un cliché de plus, un cliché qui s’incruste et vient piller ce qu’il reste de possibles. Un fait divers qu’on lit par habitude et devant lequel on se dit “je le savais!”

Une histoire comme tant d’autres, avortée avant d’avoir commencée, une histoire de mots balancés, très vite, trop vite, comme une menace, un silence de plomb avant le massacre.

C’est toujours difficile à croire, à comprendre. Comme ces parents qui n’aiment pas leurs enfants, comme ces frères et sœurs qui se détestent, comme ces épouses et ces maris qui tuent, comme la folie qui enchaine.

Ce n’était pas de la haine non plus, je ne sais pas ce que c’était au final. C’était une manière de faire, de vivre, une façon de racheter ses fautes, une illusion, un mirage. Une idée un peu particulière du couple. Sans partage, sans échange, sans sentiment, sans envie.

Ce n’était rien d’autre qu’une relation sans âme, pour se fondre dans le monde, faire et être comme les autres. Rien qu’un désir de gamin, enfant roi, qui veut donc qui a.

Ce n’était pas de l’amour.

Et c’est ce qui nous a sauvé.

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La saison du Scorpion

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Chercher, creuser, savoir, comprendre. Autant de mots, au temps d’une quête sans fin. Je suis faite de ça, de cette passion des petits récits, des émotions, sentiments las d’attendre d’être dits.

Je déconstruis pour reconstruire. J’approche les hauteurs vertigineuses et je plonge dans les profondeurs. Mon adrénaline à moi. Déterrer les secrets, déjouer les mystères, faire face à la nuit, les yeux grands ouverts. Et si le coeur s’emballe, revenir à l’essentiel, ce qui est là, au plus profond de mes veines, cette sève sans cesse nouvelle.

On me dit résiliente, peut-être, apte à transformer le métal le plus brut en poudre dorée. Mon signe du Zodiac est mon empreinte d’origine, longtemps camouflée, capable du meilleur comme du pire, d’après ce qui se dit!

Très douée pour l’autodestruction depuis ma plus tendre enfance, dans les mots et la créativité, j’ai trouvé de quoi m’en extraire. Lâcher la bête pour s’apaiser. Laisser la violence s’exprimer autrement que par des cris et des coups.

Mon esprit est sans cesse en ébullition, tout m’attire, tout me tire dans la direction d’une énième énigme à résoudre, d’une histoire à comprendre, conter, d’une expérience de vie à relater. Les lignes de la main me captivent, les destins des uns, des autres me séduisent, la profondeur d’un regard me saisie, l’expression de ce qui est et de ce qui aurait pu advenir si…

J’ai tenté d’étouffer ma personnalité. Encore une histoire de trop ou de pas assez. J’ai tenté de m’aligner à ce que j’aurai dû être pour ne pas froisser, ni bousculer. J’ai essayé de me fondre, de me confondre. J’ai lutté contre moi-même, pour une paix illusoire, juste bonne à me maintenir dans une vision acceptable.

J’ai la mélancolie facile, elle vient, elle part, elle m’offre mes plus belles lignes, quelques larmes au hasard. Il faudrait la refouler, j’ai choisi de l’embrasser plutôt que de la détester, cette mélancolie qui surgit au détour d’une chanson, d’un souvenir, d’un regard sur la vie posé, d’une mélodie murmurée.

La mort me fascine et la vie m’interroge. Je ne possède rien par crainte de le perdre. Derrière le contrôle qu’inconsciemment je m’impose je suis à fleur de peau, à chaque instant troublée par le monde, soufflée par les vents contraires, attirée par l’humain dans tout ce qu’il préserve, ce qu’il retient. J’aimerai pouvoir toucher du doigt la vulnérabilité de chacun, m’immiscer dans les tabous, les secrets contenus, les émotions refoulées, non par curiosité malsaine mais bien parce que c’est dans cette intimité là que se révèle le meilleur de moi-même.

Petite parenthèse nécessaire: je ne représente pas tous les natifs du scorpion. Le signe du Zodiac n’est rien sans son ascendant, ni la position des planètes dans un thème astral. Un signe n’est qu’un élément d’une personnalité.

Et vous, que ressentez-vous pendant cette saison? Etes-vous intéressés par l’astrologie?

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Fin de vie et énorme gâchis

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Le cardiologue a été direct. La valve ne pompe plus. Le coeur est irrigué par l’opération de je ne sais quel esprit, qui tente de garder la main sur la vie qui se termine. Ma grand-mère avance doucement vers la fin et elle laissera derrière elle plus de points d’interrogation que de réponses. Quelque part j’attends ce coup de fil qui mettra fin – nous l’espérons tous – au supplice de ma mère.

Une mère qui triche, divise, brise, une mère qui psychologiquement tue à petit feu, ça existe. D’où vient cette méchanceté, où prend racine cette frustration, quel est ce lien si particulier qui les lie, jusqu’à détruire?

Il faut remonter le fil du temps, et encore. Un mariage parce que la société est ainsi faite. Un enfant aussi. Pour éviter ce désastre, il aurait fallu que mon grand-père et ma grand-mère s’évitent dans les longs couloirs de la bourse. Mais ils se sont rencontrés, on peut imaginer qu’ils se sont aimés. Mon grand-père n’était pas homme à devenir époux ni père. Sur les photos, personne ne sourit jamais.

Je n’ai jamais pris parti ni pour l’un ni pour l’autre. J’ai aimé mon grand-père en connaissant le passé de ma mère et j’ai adoré pendant des années ma grand-mère. Sa première claque, elle se l’est prise juste avant de dire “oui” à l’église. Le ton était donné. Les violences ont duré dix ans. Dix ans pour ma grand-mère et dix ans pour ma mère. Je vous épargne les détails sordides. Dix années pendant lesquelles ma grand-mère a vécu sa vie de femme en dehors de la maison, délaissant sa fille pour les weekends et les vacances, lui préférant son amant.

Puis est arrivé ce que chacun redoutait peut-être le plus, une grossesse. Un enfant pas encore né qui a servi de monnaie d’échange. D’un côté un mari qui la menace de ne plus revoir sa fille si l’enfant nait et de l’autre un amant qui dit “oui” à l’enfant et non à sa fille. Un choix douloureux. Un avortement qui aurait pu lui couter la vie. Et soudain un amour démesuré pour sa fille voit le jour. Il lui a demandé de choisir, elle va choisir jusqu’au bout, jusqu’à le priver au maximum de son enfant. Elle va devenir le modèle de sa fille, la victime victorieuse d’un combat ancestral, elle va la protéger, se rendre indispensable. Elle va la modeler en douceur, jusqu’à l’avoir de son côté. Elle va l’aimer en lui répétant “pour toi j’ai tout donné, j’ai tout abandonné”. Elle va faire d’elle son trophée.

Il faudra à ma mère une dépression, un cancer, mille fois l’envie d’en finir, quinze ans de thérapie pour faire la paix avec son père et découvrir le vrai visage de sa mère. Les bleus des coups ne sont rien comparés à ceux des mots, de l’emprise.

Mon grand-père a quitté le domicile conjugal à la retraite. Il est parti vivre sa vie. Il a repris sa liberté. Et nous nous sommes véritablement rencontrés lui et moi. Je n’ai pas cherché à comprendre sa violence, j’ai intégré que j’avais la même en moi, que je lui ressemblais beaucoup. J’ai choisi de me faire aider pour que ce mal ne se perpétue pas.

Ma grand-mère est morte pour moi il y a 18 ans. Je n’oublie pas son investissement ni les bons moments passés. J’ai oublié beaucoup de mauvais. Elle est morte le jour où mon chagrin a été mis dans la balance face au sien. Moi de perdre ma mère, elle de perdre sa fille. Le jour où ma peur a été balayée d’un revers de main. Le jour où les vacheries se sont multipliées. Diviser pour mieux régner, une devise qui a bien failli tous nous bousiller.

J’ai depuis longtemps fait le deuil de notre relation, et le jour où j’ai compris qu’elle s’était servie de moi pour faire du mal à sa fille, j’ai réalisé que tout ce que je ferai pour elle désormais ne relèverait plus que du devoir.

Parler d’elle est presque impossible. Il faut savoir, il faut avoir vécu ce qu’on a vécu, il faut voir le mépris dans son regard et dans ses mots quand elle parle à et de ma mère. Et des autres, tous ceux qui ne répondent pas à ses critères. Il faut voir la façon dont elle a retourné sa veste pour mon père qu’elle a traité de tous les noms d’oiseaux pendant des années et a qui elle fait les yeux doux aujourd’hui. Elle ne s’est jamais remise en question et contre toute attente je crois qu’elle ne le fera jamais. Elle termine sa vie dans une profonde solitude, après avoir perdu au fil des ans toutes les personnes qu’elle disait aimer mais qu’elle a fait fuir, à qui elle a dit les pires saloperies en pensant que c’était justifié.

A l’extérieur, elle fait illusion, on la croit bonne, elle sait se faire apprécier. Elle charme, séduit, même à 91 ans. Elle cache sa véritable identité sous une grosse couche de générosité. A l’œil nu le mécanisme de sabotage est invisible. Elle vous adule, vous déteste. Elle joue le chaud, le froid, oublie, se souvient, est vache puis douce. Elle adore jouer à la victime. C’est à n’y rien comprendre. Et c’est ce qui fait que ça fonctionne. Ils sont nombreux à tomber dans le panneau, à venir nous faire la morale, nous dire que nous ne sommes pas à la hauteur. Elle est SI merveilleuse!

Je tiendrai ma parole jusqu’au bout, par respect pour la vie et ce qu’elle a donné, mal et pour les mauvaises raisons, mais qui nous a construites malgré tout. Je sais que pour ma sœur c’est plus compliqué. C’est une autre histoire. J’irai jusqu’au bout sans attente, pour soutenir ma mère surtout. J’ai réussi à déjouer les mécanismes de l’emprise, je reste factuelle, je ne partage plus rien, je l’écoute parler. Le gâchis est certain mais chacun est responsable de sa propre vie…