Entre elle et moi

Crédit Pixabay

Nous nous livrons depuis des années un combat sans merci. Au fil des jours et des nuits. Au gré des songes et des cauchemars.

Il y a celle qui dit :

Vibre, aime, rayonne, donne, offre, rêve, ai confiance, prend ton envol, vole

Et celle qui dit :

Rentre dans les cases, ne fais pas de vague, reste discrète, sois polie, sois sage, ne rêve pas trop

Il y a celle qui dit :

Fais des erreurs, tombe, pleure, relève-toi, prends les chemins de traverse, apprends, tente, essaye, défie la peur

Et celle qui dit :

Reste en terrain connu, ne dévie pas trop du chemin tracé, laisse les autres oser

Il y a celle qui dit :

Sois toi-même

Et celle qui dit :

Sois comme les autres

Il y a peut-être celle des idées des autres pour / sur elle et celle qui sait, à l’écoute de ce qui vit en elle. Il y a sûrement celle qui parait et celle qui est.

Il y a surtout un fossé qui grandit entre les deux au fil des jours. Et doucement une qui prend sa place, remerciant l’autre d’avoir été là, le temps de construire, le temps d’apprendre sa valeur, le temps de se révéler.

Le combat est un corps à corps intense, un combat d’idées et de pensées, de cicatrices à panser, de blessures à dépasser. Une histoire qui s’écrit pour gagner en vérité…

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Les reliquats de la violence conjugale

Crédit Marie Kléber

Je voudrai pouvoir me dire – je tente même de m’en persuader – qu’il ne reste rien ou si peu de ces 4 années, 8 si l’on compte le divorce. Et pourtant elles sont là, bien accrochées, mes peurs et angoisses. Elles se font toutes petites la plupart du temps, puis crèvent l’écran.

Parfois elles sont dans un cri trop brusque, un acte banal qui fait ressortir une foule de souvenirs, dans une réaction disproportionné, dans un possible imaginé, dans une colère qui vient de je ne sais où et qui se déverse sur le papier ou cogne contre un mur. Personne n’y verra rien. Personne n’avait rien vu à l’époque. Elles sont dans les larmes qui s’abattent froidement sur la toile cirée et donnent un coup de massue à mes pensées.

Un silence, les mots qu’on a gardé, la fatigue, un malaise ou l’idée d’un malaise, on a tellement été habitué à ce que chaque mot soit pris de travers. L’angoisse revient. Qu’est-ce qu’il faut faire déjà? Qu’est-ce qu’il faut dire ou ne pas dire? S’excuser? Est-ce que demain tout se sera éteint?

J’ai beau savoir que rien n’est pareil, qu’aucune donnée d’aujourd’hui n’est la même à plusieurs niveaux, j’ai encore parfois cette sensation désagréable du passé. Combien de pas en avant qui semblent insignifiants quand il ressurgit, sans crier gare?

Alors je laisse couler l’eau. Je me sens seule parfois, seule avec ce chaos, ces images que je ne partage avec personne, ce traumatisme qui demeure. Pas de coup, pas de preuves. Juste une main qui étreint un peu fort. La haine dans les yeux de quelqu’un peut faire plus mal qu’un coup de poing bien placé. Le silence glaçant a le pouvoir d’anéantir un élan.

Un évènement anodin est venu réveillé le choc. Vivre avec, rien de plus, rien de moins. Apprendre à accueillir ces temps d’entre-deux, ces émotions vives qu’un grain de sable peut déclencher. Ne pas se décourager surtout. Le chemin de la guérison est fait de victoires et de rechutes. Respirer surtout et doucement laisser le passé regagner sa place. Et se réveiller plus fort encore une fois.

 

Le rêve de l’intérieur

©Zhu Liang

Dehors, la vie
Dedans, l’envie
Que rien ne se brise
Surtout pas ce rêve d’absolu
Bien gardé à l’intérieur.

Un rêve comme une porte ouverte
Au-delà du monde de verre
Plein de pensées aseptisées

Dehors, la vie
Dedans, l’envie
Que la confiance se matérialise
Et que vibrent à l’unisson
Cœur et lumière intérieure.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture 321 de Bric a Book.

A fleur de peau (ou chronique d’une sensibilité exacerbée)

Crédit Pixabay

Sensible.

Le mot qui me résume parfaitement. A l’époque on ne parlait pas encore d’hypersensibilité et puis même, je ne me suis pas toujours reconnue dans la définition. Elle évolue elle aussi bien entendu.

Pour me décrire, on utilisait plutôt “sensibilité exacerbée” et j’ai grandi en pensant que ce trait de caractère était un défaut qu’il fallait à tout prix gommer de la carte de mon ciel.

Trop.

Trop sensible. Trop empathique. A fleur de peau, je le suis depuis le premier pas posé dans le monde. Pour me protéger, je me suis longtemps effacée. Le monde ne voulait pas d’une petite fille qui parle seule, qui voit des anges et qui ressent tout.

Trop.

Elle dit quoi ma sensibilité?

Elle dit voir au delà du visible, à l’intérieur des êtres. Elle dit le trop plein, dans le chagrin comme dans la joie. Je prends tout de plein fouet, le bon comme le mauvais. Je connais l’extase et les ténèbres. Je peux passer du rire aux larmes en un temps record!

A force d’essayer de l’enrayer et de ne pas y arriver, j’ai pris le parti de la laisser être. Non sans difficultés. L’écriture m’a offert ce sas de liberté pour qu’elle s’exprime. Parfois encore elle me fait toucher le fond, sans raison. Juste un mot, un souvenir, juste un regard, une histoire. Et je flanche d’un coup. Je sens tout. Je sens la douleur à l’intérieur. A une fréquence souvent incohérente avec ce que je vis. Je peux donc être profondément heureuse et éprouver de la peine, du chagrin, de la colère! Ma sensibilité m’offre aussi les meilleurs moments de ma vie. Le bonheur est un feu d’artifice de sensations. Mon cœur déborde d’amour. Et là même les mots se défilent. Il n’y a rien à dire.

J’ai par moments une confiance inébranlable en moi, en la vie. Et par moments je me sentirai prête à partir, à déserter la vie. C’est insensé et terrifiant. C’est chaotique et fragile. Je suis fragile. Et cette fragilité est aussi une porte ouverte sur quelque chose de plus grand, quelque chose qui me dépasse et que je touche du doigt quand enfin je prends le temps de laisser ma sensibilité être, sans la qualifier, sans la quantifier, sans la juger.

Je suis sensible aux bruits trop forts, aux cris, à la foule, aux images violentes. Je suis sensible aux odeurs, aux descriptions médicales un peu trop détaillées. Je suis sensible au toucher. Juste un frôlement peut me faire chavirer. Je suis sensible à ce que je vois, la beauté comme la noirceur. Je suis sensible aux matières que je porte. Je suis sensible aux saisons, aux solstices, aux cycles de la lune, aux mouvements de planètes, aux dates anniversaires. Je suis émerveillée comme terrassée par un rien. Je me pose des tonnes de questions sur l’être, le devenir, la  vie des âmes, la mort.

Face au vécu d’un moment intense, il me faudra du temps pour me poser, pour l’intégrer, pour en parler peut-être (comment l’autre peut-il le savoir, ça c’est une autre question  car ce qui sera ordinaire pour quelqu’un  pourra être extraordinaire pour moi). Ou alors il faudra un papier et des mots pour en venir à bout. Ma vie ne sera plus la même après cela.

Je ne dirai pas que c’est quelque chose de facile à vivre au quotidien. Pendant longtemps j’ai porté le poids du monde sur mes épaules, j’ai tout fait pour rendre les gens heureux, au détriment de mon propre bonheur. Sur cet aspect là, j’ai énormément travaillé pour mener une vie plus équilibrée. J’ai pleinement conscience qu’il peut être difficile de vivre avec moi, de me comprendre. Pourtant aujourd’hui j’accueille ma sensibilité comme une chance. Elle fait de moi la femme que je suis, en connexion avec le monde. Même si j’ai souvent l’impression d’avancer dans la vie, comme sur un fil tendu au dessus du vide.

Et vous sensibles, hypersensibles, comment le vivez-vous au quotidien? Si vous avez des sensibles, hypersensibles dans votre entourage, comment vivez-vous avec eux?

 

 

 

 

Chacun son histoire

Crédit Pixabay

En ce moment je lis, j’entends ici et là des témoignages de femmes qui souffrent, dans leur couple, dans leur vie, des femmes face à des choix à faire, difficiles, des femmes face à l’acceptation. Je pensais qu’avec le temps ce serait plus simple à gérer. En fin de compte à chaque fois je me prends une claque magistrale.

Je suis la spectatrice silencieuse de destins qui s’étiolent. Est-ce parce que la souffrance je la connais, la peur je l’ai vécu ? Est-ce parce que je connais l’issue ? Est-ce parce que je voudrais tant que personne ne connaisse ça ? Parce que personne ne devrait vivre ça ?

Je sais qu’on ne peut rien faire, que tout vient de soi, pour soi. Les autres ne sont qu’un regard extérieur sur ce qui se tait. Nous ne savons rien. Nous imaginons tout. Et quand nous avons une certaine expérience et sensibilité, nous imaginons le pire. Et alors nous restons là, loin du chaos, loin du désastre. Nous ne pouvons être qu’une oreille attentive. Les conseils et avis, ils ne sont qu’une façon pour nous de conjurer le vide, de nous sentir utiles, tout en sachant que ce n’est que du vent, qui ne touche rien.

Il faut accepter que la vie est ce qu’elle est, qu’elle n’est pas ce que nous souhaiterions qu’elle soit pour tous. Accepter que nous avons chacun notre histoire…

Quelques grammes d’humanité

Crédit – Pixabay

Je passe dans la rue. Elle me voit, un geste de la main. Je lui retourne son bonjour.

J’arrive ou je repars du travail. Et elle comme chaque jour, elle attend là, assise dans les courants d’air du métro le matin, sur un tabouret de fortune près de la librairie du quartier le soir. Avec un gobelet. Rien dans le ventre sûrement ou si peu. L’incertitude comme unique compagnon. Dans le froid glaçant de l’hiver ou la chaleur écrasante de l’été, elle est là et elle sourit. Juste un peu d’humanité dans son chaos quotidien.

Alors oui certains diront « si on commence à donner… ». D’autres renchériront « ils n’ont qu’à faire comme les autres : bosser ».  On entendra aussi « c’est au gouvernement d’agir pour tous ces laissés-pour-compte ».

Peut-être ont-ils raison. Peut-être ont-ils leurs raisons.

Toutefois je pense que si on attend que les autres fassent quelque chose, on n’est pas prêt de s’en sortir.

Donne-t-on pour se donner bonne confiance ? Ou juste parce que un regard, un mot aura fait mouche, nous aura touché en plein cœur ? Parce qu’un sourire nous aura montré autre chose, au-delà des vêtements sales et de la misère ? Parce qu’un regardant une personne dans les yeux, nous aurons décelé quelques bribes de son histoire ?

Nul n’est à l’abri. De cela et du reste. Un jour, tout peut changer. Ce que nous avons connu peut s’envoler en fumée. Nous vivons avec cette impression que telle ou telle chose ne nous arrivera pas. Et puis non loin de nous, un parent, un ami, connait un choc brutal. Et c’est la lente descente aux enfers qui s’amorce. Sans soutien, cet ami, ce parent serait certainement à la rue aujourd’hui. On réfléchit puis on oublie.

Pourtant la pauvreté, la misère ne cessent de gagner du terrain. On passe sans la voir trop souvent, mal à l’aise, incapables de changer la donne.

Je crois qu’il suffit de pas grand-chose pour la changer justement. D’un sourire. De quelques mots. D’un peu de chaleur humaine. N’est-ce pas ce dont nous avons tous besoin ?

Ps – sur le sujet je vous conseille le livre de Maude Perrier (Une femme en errance)

Si vous doutez…

Crédit Pixabay

Elle est là. La voiture se gare, la peur se dissipe petit à petit. Elle est là. Avec son sourire. Elle rend ces heures moins douloureuses. Celles de ce départ improvisé, précipité. On parle de tout, en essayant de ne pas parler de ça. Mais on n’y arrive pas. C’est là, c’est le présent. C’est mon ventre rond et les mots qui cognent contre mes tempes. Ce sont ses larmes, puis les miennes. Et les hauts-parleurs qui annoncent le vol. Je la regarde alors que je m’éloigne, que je m’enfuis. Je ne voudrais jamais lâcher sa main. Je ne veux pas qu’elle s’efface parce qu’entre ici et la-bas, c’est le vide. Cet aéroport visité maintes fois est un territoire hostile. Une force me porte mais laquelle. Je ne sais plus. J’avance.

L’avion. Les sourires. Et les larmes qui inondent tout. Tout est néant. Le monde tourne quand le mien n’est qu’une plaie béante. Personne ne sait, pourtant mon chagrin brûle tout. C’est plus que du chagrin. C’est la douleur, la terreur, et ces mots, ces cris.

Sur la dernière ligne droite je sens le sol se dérober sous mes pieds. Si seulement le sol pouvait m’engloutir, m’aspirer tout entière. Si seulement je pouvais disparaître de la surface de la terre. Juste comme ça. Ne plus exister. Me sauver de ceux qui attendent derrière la porte en verre, ceux qui ne comprendront pas, ceux qui m’aiment, souffrent, ceux à qui il faudra raconter l’histoire de A à Z, ceux qui croiseront mon regard et ne sauront pas ce qui se cache derrière. Et qu’il faudra vivre avec ça. Les souvenirs. Ces souvenirs…

C’était il y a six ans. Déjà! Je souris à l’évocation de ces lignes, avec l’impression d’être revenue de si loin. Je me sens si riche aujourd’hui, qu’il fallait bien ça, ce choc brutal pour me faire réagir.

Je suis tombée bien des fois depuis ce jour là. Je suis remontée à la surface, brasse après brasse. En gardant au fond de moi, bien ancrée, la certitude que le bonheur n’était pas que pour les autres, qu’il reviendrait comme le soleil après la pluie. Il suffisait de regarder le monde, de glaner ici et là quelques impacts de beauté. Ils furent nombreux certains jours, imperceptibles parfois. Reconstruire. Pas à pas. Ne plus céder au désespoir. Ne plus céder non plus. Et sourire aussi. Envers et contre tout. Retrouver mes yeux pétillants de vie, ne plus voir les larmes inonder les jours, ne plus espérer que la nuit.

Parfois on me demande comment on en revient. Je ne sais pas. On en revient, ça je le sais. Plus fort, c’est certain. Plus proche, de nos émotions qui s’expriment plus facilement. Plus à l’écoute. Plus proche, des autres. Vulnérables et fiers de l’être. Humains un peu plus aussi. On pose les briques les unes après les autres, chaque chose en son temps.

Je n’ai pas les clés de cette renaissance. Ni de baguette magique pour que tout se passe bien. C’est un processus, comme le deuil, le pardon. Chacun va à son rythme. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière d’agir. Chacun son chemin.

Alors si vous doutez, sachez juste que plus vous avancez, plus la lumière dissipe les ténèbres, plus vous apprenez à vous connaître, à vous aimez, plus vous marchez vers la vie!

Je n’ai pas abandonné, je suis passée à autre chose

Crédit Pixabay

Je discutais avec une amie hier soir et au cours de la conversation, elle m’a demandé des nouvelles de mes projets d’écriture. Puis d’où j’en étais dans la rédaction de mon manuscrit autobiographique.

Pour tout vous dire j’avais presque fini par oublier ce projet vieux comme le monde !

Je lui ai dit que je l’avais terminé et que j’avais choisi de ne pas le publier. J’ai senti une petite pointe de déception dans sa voix. Et je me suis souvenue que, fut un temps, j’en avais beaucoup parlé. Et que beaucoup de personnes m’avaient soutenu et avaient attendu le point final de ce témoignage.

Avec ce manuscrit, j’ai connu les montagnes russes. Je n’oublie pas qu’il m’a porté pendant des mois. Je ne l’ai jamais pris comme un témoignage. Plutôt comme un moyen pour moi de mettre carte sur table pour pouvoir me libérer. Et j’ai eu de quoi faire. Il a parfaitement rempli sa mission, si bien que quand je l’ai présenté à une maison d’édition, qu’il a retenu l’attention, me replonger dans cette histoire m’a paru comme une perte de temps et d’énergie. J’en avais fait le tour. Et puis avec la maison d’édition ça n’a pas fonctionné. Alors je me suis posée avec ces 200 pages et je me suis posée des questions : pourquoi je l’avais écrit ? Pour qui ? Qu’est-ce que je voulais en faire ?

L’idée de le partager ici chapitre après chapitre fut une option. Mais il me semblait déjà en avoir parlé en long, en large et en travers. J’avais vidé mes tripes sur le papier, compris, accepté, dépassé cette histoire difficile, surmonté le traumatisme, pardonné (pas tout, un peu). Mon divorce avait été prononcé. Je tirais enfin tous les bénéfices de cette expérience. Il y était aussi question de mon fils, de vie intime, des choses que je ne souhaitais pas dévoiler ou pas dans les détails – je l’avais bien assez fait.

Je n’ai pas abandonné, j’ai juste clos un chapitre de ma vie. Je me rends compte que j’ai déjà oublié certaines choses. Des personnes me disent que j’écrirais un jour une autre histoire sur le sujet – est-ce que ça les rassure de penser ça ?  – peut-être, je ne sais pas. Aujourd’hui, je suis passée à autre chose. J’ai d’autres idées, d’autres envies. Le manuscrit est là et si certaines personnes de mon entourage veulent le lire (certaines ne le souhaitent absolument pas !), elles savent qu’il est à disposition. Je le garde pour moi, parce que parfois c’est bon de voir le chemin parcouru et puis parce que c’est mon histoire, parce que ce chapitre a largement contribué à la personne que je suis aujourd’hui. Et pour mon fils, bien entendu. Un jour il sera assez grand pour savoir, pour comprendre…

Peindre le monde

© Moren Hsu

Allez les enfants, chacun son casier, sa couleur, rangez vos affaires, fermez les portes et en classe !

  • Ma maman elle m’a dit que les casiers c’était que pour les chaussures de sport.
  • Je ne suis pas noir, je suis singulier.
  • Ma mamie elle dit que rien n’est à nous et que tout est à tout le monde.
  • Ma maman elle n’aime pas les casiers, elle dit que ça sépare les gens.
  • Mon papa il a un casier aussi, maman elle dit qu’il a fait de grosses bêtises. Moi j’ai rien fait !
  • Mon papy il me dit toujours qu’une fois dedans, c’est très compliqué d’en sortir.
  • Ma maman elle dit que tous les casiers devraient être de la même couleur. Pas de jaloux !
  • Je ne suis pas blanche, je suis une petite fille du monde !
  • Mes parents ils disent que si on laisse trop longtemps ses affaires à l’intérieur, on les oublie.
  • Ma grande-sœur elle dit que c’est pas pratique, elle perd toujours sa clef.
  • Mon grand-père il dit qu’il faut toujours laisser sa porte ouverte.
  • Mon papa il dit qu’il faut faire confiance aux autres.
  • Ma maman elle dit que une porte fermée c’est le début de la fin…
  • Ma grand-mère elle dit qu’elle en a soupé des casiers pendant 40 ans – ras le bol !

Les enfants ne sont plus là. L’école vient de fermer. Elle se souvient avec nostalgie de l’époque des casiers. Rouges, bleus, blancs, noirs, orangés. Et de tous ces enfants avec leurs idées de grands. Si elle les ouvre, va-t-elle trouver des restes d’eux ? Quelques mots ? Quelques idées sages ? Des chaussures de sport, des morceaux de vie, des photos, des bêtises (rien que des petites), plein de crayons de couleur pour peindre le monde, un monde dans lequel il n’y aurait pas de casiers de couleurs, où chacun serait authentique, ouvert, altruiste, confiant, aimant et fier d’être qui il est ?

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture 317 de Bric A Book

Viol – Violence – Emprise: 6 ans après…

J’ai volontairement choisi de ne pas répondre aux commentaires sous l’article d’hier, étant donné que ces mots appartiennent à une autre personne. Je vous remercie toutefois pour votre bienveillance à son égard.

Certains ont particulièrement retenu mon attention et comme l’idée d’un article se profilait à l’horizon sur le même thème, je me suis dit que j’allais en profiter pour rebondir dessus.

Tout d’abord, comme le souligne très justement Sweet-Things, les victimes de viol, de violence conjugale ne sont pas uniquement des femmes et les bourreaux pas essentiellement des hommes. Les couples hétérosexuels comme homosexuels sont concernés également. Les femmes victimes parlent peu, les hommes victimes ne parlent pas, au nom de ce diktat qui veut qu’un homme soit « fort ». Tous les hommes ne sont pas des brutes épaisses non plus et les femmes des oies blanches. Pour connaître autour de moi des hommes victimes, je peux vous dire que les femmes peuvent parfois être bien pires.

L’anonymat n’est certes pas une solution, toutefois elle permet de se protéger et une personne victime de viol / violence DOIT se protéger.

Pourquoi se forcer ? Souvent parce que le dialogue n’est plus possible ou peut-être ne l’a jamais été. Parce qu’on ne parle pas de ces choses-là. Parce que le fossé entre les deux personnes s’est tant élargi que la communication est brisée. Parce que dire « non » comporte un risque. Parce que dire « oui » nous assure une paix relative. Et que cette paix c’est tout ce qui nous reste. Parce qu’il y a les enfants, la famille, le regard des autres, les convenances, nos valeurs dans la balance aussi.

J’ai déjà écrit des articles sur pourquoi on reste avec une personne toxique. Vous les trouverez en furetant dans la catégorie « emprise et renaissance » si le cœur vous en dit. C’est toujours facile et je l’ai dit plus d’une fois à des amies de partir, fuir. Toutefois quand on est dans la relation, l’emprise est telle que partir est difficile, sans dire dangereux. Ne croyez pas que les victimes restent par plaisir. Elles n’ont souvent pas le choix. Et quand elles font celui de partir, c’est souvent à un prix que nul ne peut imaginer.

Hier, nous regardions l’album des 1 an de Loulou. Au départ j’avais mis quelques photos de moi enceinte, j’en ai très peu. Les premiers mots qu’il a prononcé ont été « ce n’est pas toi ». Et pourtant il a vu des tonnes d’autres photos de moi, à des âges différents et avec des coupes de cheveux différentes et il m’a toujours reconnue. Alors ça a fait tilt. Non ce n’est pas moi. C’est ce que j’ai été pendant 4 ans, une personne étrangère. C’est la peur qui m’a guidée à chaque instant de cette relation. C’est la peur qui m’a fait dire « oui » des centaines de fois. C’est la peur qui m’a maintenue prisonnière. Au début j’ai dit « non ». Puis j’ai dit « non » en me sentant coupable parce qu’ on me faisait comprendre que ce “non” on ne voulait pas l’entendre. Puis les représailles sont arrivées. Et j’ai dit « oui ». Parce qu’en continuant à dire « non » je m’exposais à la violence, au harcèlement, à la manipulation.

Le 16 novembre 2012, ma descente aux enfers allait connaitre son heure de gloire! Là ce n’est plus de la peur, c’est la terreur, les larmes qui coulent, les nuits qui semblent interminables, les tripes en vrac. 11 jours après je prenais un aller-simple pour la France, laissant tout derrière moi, enceinte de six mois. Quand j’y pense j’ai presque du mal à me revoir, du mal à réaliser que j’ai été là, que j’ai vécu ça, que j’ai encaissé tout ce mépris. La jeune femme sur la photo est si éloignée de qui je suis aujourd’hui. C’est très étrange. Je suis désormais dans les faits, moins dans les émotions. Je peux parler de ces derniers jours, sans avoir le cœur prit de frissons, sans ressentir dans mon corps toutes ces sensations désagréables. Le traumatisme s’est estompé. Il revient parfois. Je ne peux plus voir la violence en peinture. Je ne peux plus entendre de cris sans me retourner dans la rue. Je ne peux plus voir de couples s’invectiver devant moi. Je ne peux plus visionner un film sur le sujet.

La prise de conscience de ma part de responsabilité dans ce naufrage m’a permis de faire mon deuil, de pardonner, d’accepter, de dépasser mes maux, de me reconstruire. Ce processus est propre à chacun.

Vous ne pourrez pas, nous ne pourrons pas tout comprendre. C’est impossible. Si un jour vous êtes en face d’une victime de viol, de violence, ne lui dites pas ce que vous feriez à sa place, vous n’y êtes pas. Écoutez-la et soyez présent. Mettez de côté vos idées toutes faites et écoutez-la VRAIMENT.