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Un nouveau chemin…

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“Les personnes hypersensibles ont cette faculté de ressentir tout intensément, parce que leur forte réactivité aux stimuli fait d’elles, des personnes bien plus sensibles que d’autres. Les moments de joie, de colère et de peur sont vécus avec une puissance extrême tandis que leur quotidien est rythmé par une appétence pour l’analyse et l’introspection, une certaine introversion et une forte intuitivité. Chez les hypersensibles, les relations interpersonnelles sont ainsi vécues dans toutes leurs nuances et leur complexité, alors que leur aisance à lire entre les lignes n’est pas toujours facile à vivre et à comprendre pour leur entourage.” La Clinique E-Santé

Tout est dit, tout est là. Quand on ne comprend pas mes hauts, mes bas, sachez que je n’y peux pas grand chose, c’est juste ma marque de fabrique comme celle d’1 personne sur 5 dans le monde. Etre à fleur de peau, c’est un quotidien dans lequel je me trouve autant que je me perds!

Accepter son hypersensibilité est le premier pas. Pas évident dans un monde qui ne met pas particulièrement la sensibilité en valeur. Entre les “trop” et les “pas assez”, l’équilibre est précaire. Comme je l’écrivais récemment, j’ai longtemps refusé mon hypersensibilité. Les vagues me fatiguaient, les vivre et en faire. Je voyais bien que mes proches ne comprenaient pas, mon mode de fonctionnement, ma façon d’être, mes remises en question permanentes, mon besoin de solitude, mes peurs XXL.

L’hypersensibilité est toutefois ce qui me permet de rentrer en contact avec le monde, d’écrire, de ressentir des choses incroyables. C’est ce qui m’a aussi détruit dans mes relations aux autres. L’hypersensible étant souvent très empathique, il attire très facilement les relations toxiques, celles qui lui bouffent toute son énergie et le vide du peu de confiance qu’il possède. La preuve en est pour moi: le harcèlement à l’école, la violence conjugale et familiale.

L’accepter et mettre de la conscience sur ce qui fait mal, ce qui empêche, ce qui blesse. Accueillir tout le bon aussi, tout ce qui permet de vivre les choses à 100%, de comprendre les autres, de lire entre les lignes, de ressentir, de vibrer, d’aimer.

Je me rends compte que c’est un nouveau chemin qui débute, je ne souhaite plus me mentir, me trouver d’autres excuses ou encore me cacher. Mais plutôt accepter toutes ces nuances de moi et tant pis si ça ne plait pas, tant pis si parfois c’est encore compliqué et que je ne me comprends pas toujours!

Pas à pas, je souhaite faire de cet aspect de ma personnalité une force et non plus quelque chose qui me tire vers le bas. C’est peut-être bien en acceptant ce que nous sommes que nous nous offrons toutes les chances de vivre ce qu’il y a à vivre.

Quel aspect de votre personnalité avez-vous du mal à accueillir, accepter? Est-ce un handicap ou arrivez-vous à en tirer le meilleur?

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Le prix fort

Hier, on nommait cela courage. Aujourd’hui, j’en paie le prix. Sûrement moins élevé que si j’étais restée. Mais alors, à quoi tout cela a t’il servi? Puisque quoiqu’il advienne il sera toujours en manque de cet autre, de ce père qu’il n’a pas.

Je l’ai porté dans la détresse, j’ai voulu le donner parce que je ne me sentais pas capable de l’aimer, de l’élever. Puis je lui ai donné naissance, en priant fort, très fort pour ne pas manquer à ma tâche, pour ne pas laisser la colère, ma colère prendre le dessus, pour être là.

Mais j’ai été là, dans tant de déchirures. Je ne pourrais jamais le dire sans m’effondrer alors je ne le dis pas, je fuis ce que j’ai été, la mère et ses cris, la mère et sa douleur, la mère et sa folie.

Il ne laisse rien passer, enfant réservé en société, il déverse tout derrière la porte, il se cogne contre mon désarroi et mes failles, je me cogne contre son chagrin qui se dit en mots qui frappent fort, en opposition perpétuelle.

Il y a des jours où je ne sais plus comment l’aimer, en posant quelles limites, en lâchant quelles résistances. Je suis face à une équation qui me tiraille. Je me sens vide, vidée, à cran, à bout. Aucune solution ne semble tenir plus de quelques heures, quelques jours. J’en viens, une fois de plus, à redouter ce temps seule avec lui.

Et lui, il dit son mal, son mal être, sa colère envers moi à défaut d’avoir un papa. Je l’aurais privé de ça. On dit que nos expériences nous construisent, elles ont aussi malheureusement le pouvoir de détruire.

Quelques fois, j’ai envie qu’il soit grand déjà, qu’il soit loin, pour ne pas avoir cette impression quasi systématique de tout rater. A fleur de peau, c’est à moi qu’il en veut alors que c’est l’autre le fautif. Une injustice de plus.

Qu’aucun thérapeute ne peut guérir. De toute façon il ne veut pas. L’amour encore une fois a ses limites, il ne fait pas le poids face au vide, à l’absence, face à ce manque dans lequel il se construit et tente par tous moyens d’exister, jusqu’à se faire, nous faire du mal, jusqu’à ajouter des blessures, à amplifier les ruptures.

C’est toujours douloureux et provoquant, toujours terriblement angoissant. Et ça fait se balancer mes larmes au creux des yeux, faute de mieux. Avant de repartir comme un soldat au combat, prête à tout pour trouver la clé d’un avenir plus serein. Jusqu’à quand aurais-je cette énergie là?

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Nos “paraître”

Des lignes comme des histoires
Qui racontent ce que l’on cache
Que l’on croit pouvoir
Dissimuler sans faire de tâche

Des sourires comme des masques
Portés à bras le corps, à coup de cœurs
Froissés par la pudeur
Qui recèlent des rides flasques

Des mots, pressés, pressants
Des actes moqueurs, manquants
Des gestes faux semblant

Des déhanchés comme des combats
Un port de tête, des ronds de jambes
Paraitre ce que l’on n’est pas
Qui se ressemble s’assemble

Et qui ne comprend pas reste là à regarder
Tous ces êtres sans substance
Qui cherchent à s’imposer
Tout en perdant de leur essence

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Sensibilisation Violences Conjugales #6

La fin d’une relation, quelle qu’elle soit, implique un deuil. Et comme tout être humain normalement constitué, on en vient à bout, chacun à sa manière, chacun à son rythme. Dans un couple où la violence prédomine, le deuil se fait mais il est bien différent. Et je crois qu’il est plus que temps qu’on arrête de nous seriner à longueur de journée, que ce n’est qu’une question de volonté.

A votre avis, quelle est véritablement la part de liberté d’une personne, quand son être a été sous emprise pendant 6 mois, 2 ans, 10 ans, 25 ans?

Le cerveau d’une victime de violence est conditionné. La séparation n’agit pas comme une baguette magique et ne lui rend donc pas toutes ses facultés d’analyse et de raisonnement du jour au lendemain. Elle était en sursis pendant sa relation et elle l’est tout autant après. La violence a laissé des traces, certes invisibles, des traumatismes avec lesquels elle doit composer, tout en tentant de reprendre le contrôle de sa vie.

Son deuil, comme tous les deuils, sera fait de hauts et de bas, de beaucoup de bas parce que dans l’élan de son départ, elle n’a pas pensé à un éventuel jugement, une confrontation, aux dossiers sans fin qu’il faudra remplir pour dénoncer le mal qui lui a été fait, aux efforts qu’il faudra qu’elle déploie pour assumer le quotidien avec un esprit embrouillé qui est capable de lui murmurer que c’est peut-être elle qui a tout inventé. Elle n’a pas pensé que peut-être sa parole et ses droits seraient remis en question, qu’il lui faudrait revoir son agresseur, faire face à son excès de gentillesse ou à sa fureur. Et heureusement, sinon elle n’aurait pas fait ce pas libérateur.

Arrêtons de lui dire qu’il est temps de passer à autre chose, que son conjoint ne mérite pas qu’elle en bave autant, qu’il faut regarder le bon côté des choses. Elle ne rêve que de ça. Mais sa réalité est bien plus floue et complexe, tiraillée entre colère, tristesse, culpabilité, pitié (et l’autre ne va pas lésiner sur cet aspect là, c’est son arme la plus redoutable), envers l’autre et pire envers elle.

Face à un tel traumatisme, seule une aide psychologique lui permettra de refaire surface. Mais une écoute attentive peut être aussi très efficace, si elle n’est conditionnée par aucun jugement, ni limitée par aucun cliché. Etre écouté c’est aussi être entendu dans sa souffrance à l’instant T. Et ce n’est pas négligeable pour une personne qui a été beaucoup dévalorisée, dénigrée et mise de côté.

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En corps composés

Credit Kaboompics

J’essaie d’attraper au vol tout ce que j’ai aimé avec toi, de toi, ce diffus des premières heures, cette impression du temps qui n’a pas de limite. Je ne sais pas bien l’amour. Je n’ai jamais été au-delà, j’ai connu les silences et beaucoup d’absence. Alors j’évolue en terrain inconnu et tout ce qui n’est pas stable me semble compromis. Je me sens en sursis.

Je réécris du bout de ma plume tous ces instants magiques, tout ce qui a fait pencher la balance en faveur d’un essai. Et les affinités ont envoyé valser tout ce qui nous éloignait. Même au cœur des tempêtes émotionnelles, il y a toujours eu cette flamme, cet appel vers toi, ce sentiment qui s’enflamme au toucher de ta voix.

Mais plus j’avance, plus je recule, plus j’ai peur, plus je me fonds dans le silence pour que chaque pas loin de toi ne me soit plus si pénible. Je reprends l’armure façonnée pour me protéger. J’efface les possibles, obnubilée par les impossibles. Je ne sais pas comment vivre comme ça.

Alors je m’aventure dans les souvenirs, ils me tiennent au chaud le temps que je saisisse où, quand, comment j’ai commencé à dériver, où, quand, comment c’est arrivé, cette distance entre nous, cet éloignement imposé par le quotidien, cette passion évanouie, ces petites attentions dispersées dans la nuit.

Peut-être que c’est juste la vie de couple, cette vie dont je n’ai aucune idée, qui me prend par surprise et me demande de m’abandonner. Mais comment je compose avec toutes ces insécurités? Je me décompose et j’aimerai que tu lises entre les lignes de mes contradictions.

J’erre sur le chemin à la recherche de ce qui nous tient encore debout, encore amants, en corps composés. Je cherche ta main dans ce que je ne sais pas nommer, ton regard sur un horizon désarticulé, quelques grammes d’un désir presque enfantin pour apaiser l’incertain.

L’été me rappelle la passion, délectation, cet état de vibrations. Peut-être que je veux trop de ce qui n’est plus une composante si présente de nous deux. Peut-être bien que c’est autre chose qui se dessine, quelque chose que je ne sais comment appréhender, qui me demande de lâcher ce qui me tient en sécurité…

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Atelier d’écriture #17

Les souvenirs, un mot qui fait froid dans le dos pour tous ceux qui s’y perdent aisément. Alice est de ceux là. Elle compte les petits papiers de toutes les couleurs qui jonchent la table du salon, tous ces instants de vies vécus à deux dans un temps qu’elle ne connait plus. Lui, il va, il vient, il n’est plus d’ici. Il s’arrête parfois pour la regarder dormir et il s’en va serrer le corps d’une autre dans ses bras.

Sur un des papiers, un voyage en Grèce. Sa jupe longue contre sa peau nue, le soleil très chaud, la mer comme une nappe de soie autour de leurs corps jeunes et ce sourire qui chahutait ses plus intimes pensées.

Sur un papier vert, le premier plus, premier enfant. Le premier matin d’une vie à trois. Premiers pas d’une vie qui espère le meilleur. Deux regards fixés sur le merveilleux.

Un papier rose l’embarque dans un gîte du Sud, l’odeur de la Socca et le chant des cigales, les conversations interminables entre amies à refaire le monde, réinventer les sentiments.

Puis un jaune comme les tournesols du champ d’à côté, un rouge pour le vin des grandes occasions, un bleu comme le ciel au dessus des promesses, un blanc pour sa robe de tulle, un gris pour les jours de pluie passés sous la couette.

Des souvenirs, elle se dit, qu’elle devrait réécrire pour peut-être rattraper l’amour qui sauve les apparences mais qui fuit. Cette fuite là elle ne sait pas si elle y résistera.

Retrouvez les participations ici: Chez Isabelle-Marie, Chez Marinade d’Histoires, Chez Josée

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Pour la semaine prochaine, je vous invite à commencer votre texte par la phrase suivante (tirée du livre: de Serge Joncour combien de fois je t’aime): “Oui puisque ce soir on en parle, puisque ce soir tu me le demandes sans détour, je serais même prêt à aller jusque là, à faire ça pour toi, tu as l’air de tellement y tenir, ça à l’air si important pour toi, alors si ça peut te faire plaisir pas d’état d’âme, je te suivrai, je ferai ce que tu me diras.”

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Atelier d’écritude #15

Je fais souvent la rencontre fortuite
D’une femme inconnue, que j’aime, qui n’est que fuite
Et qui n’est, chaque fois, que pur accident
Jamais au grand jamais, elle ne me comprend.

Mon esprit s’emballe et mon cœur transparent
Ne cesse d’être un problème
Pour elle seule, qui pour un idiot me prend
Elle seule ou tout son écosystème ?

Est-elle brune, blonde ou rousse ? J’essaie d’oublier
Son nom ? Je ne veux pas y penser
Comme ceux des autres qui m’ont laissé tomber

Sa dureté fait penser au regard des statues,
Et, pour sa voix, n’en parlons pas, elle à
L’inflexion scandaleuse de ceux que l’on nomme « parvenus »

L’exercice n’était pas simple mais il a été relevé avec brio! Retrouvez les participations ici – avec un nouveau participant à l’atelier: Chez Sweet Things, Chez Isabelle-Marie, Chez Josée, Chez Mijo, Chez Marinade d’histoires, Chez tiniak

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Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte ou un poème à partir des données suivantes: “Anciennement gardien de la paix, Marion Blédine a lancé un atelier de réparation et d’entretien de radiocassettes au rez-de-chaussée de son ancien bureau. Elle nous raconte sa reconversion.

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Regarder les gens couler

Je parle dans le vide. J’écoute mais je n’ai rien à apporter. J’écoute voilà. J’essaie, sans porter de jugement. Parfois, j’en porte. Je vois les gens couler et je les regarde perdre leurs forces, perdre leur santé, leur courage, leur volonté.

J’alerte, je dis les dangers mais je sais que ça ne change rien. Les gens s’écroulent et mes mots paraissent sans âme. Quelle est la valeur d’un “prends soin de toi” quand l’autre avoue être à bout de souffle? Quel est son poids quand tout tire vers le bas, quand les valeurs érigées en règles absolues ne sont que des mots dans l’air.

Tous les jours je suis le témoin d’individus qui n’en peuvent plus, qui tiennent pour un crédit, qui se flinguent le cœur, le corps pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Tous les jours, je reste là les bras ballants à attendre le bruit de couloir qui dira “elle est en arrêt ou il a fait un burn out”.

Je brasse de l’air face à des personnes qui ne veulent plus, qui ne savent plus, qui sentent que la partie est perdue pour elles, qui travaillent sans pause déjeuner, sans pause famille, qui sont connectées à 7h du matin, répondent au téléphone à 21h le soir, qui abrègent ou annulent leurs congés, qui donnent tout et trop.

Je suis le témoin d’un calvaire sans fin. Je me demande si un jour on ne me dira pas que mon silence équivaut à une “non assistance à personne en danger”. Quand on voit quelqu’un qui se noie on appelle les secours, si on est formé, on plonge pour le ramener sur la rive. Quand on voit quelqu’un qui perd pied, on entend la sempiternelle phrase toute faite “on ne peut sauver personne sans son consentement”. Le presque noyé n’avait pourtant rien demandé lui non plus…

Alors, en attendant, je me tais et je regarde les gens couler.

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A l’heure des aurevoirs

A chaque annonce de séparation, les mêmes questions reviennent comme si quelque chose bloquait, comme si il me fallait comprendre. Comprendre comment, pourquoi d’un coup tout s’effrite, d’un seul coup. Comprendre pourquoi des gens qui semblaient heureux, en phase, décident un matin de prendre des chemins différents.

Je ne cesse de me demander si, si chacun avait été un peu plus attentif, si chacun s’était écouté, avait écouté l’autre, si chacun avait osé dire que ça n’allait plus si bien

Et puis peut-être que c’est juste la vie qui est comme ça, que je n’arriverai jamais à percer ce mystère là, comme tant d’autres. Et puis qu’est-ce qui je connais au couple, à la vie à deux du quotidien, aux habitudes qui s’ancrent, au chaos qui ne fait plus sens, aux opinions qui divergent, aux sensations qui se brisent.

Moi, je suis juste spectatrice de ces aurevoirs, de ces unions sur le déclin, de ce que certains cachent si bien et de ce qui explose chez d’autres. Je ne suis que la main qui tente de venir à bout des points d’interrogation qui se forment sur la banquise des sentiments perdus.

Ils ne vont pas plus loin parce qu’il n’y a plus d’avenir, alors ils ferment les portes communes pour en ouvrir d’autres. Ils n’ont rien de plus à dire. Ou parfois ils esquissent un “si on avait su se parler” et puis ils quittent la scène, ils laissent leur place.

Je ne suis que le témoin de l’amour qui se fane et je ne saisis pas comment tout a pu arriver si vite, sans que je ne me doute de rien. Alors je me tourne vers ceux qui durent, vers ceux qui semblent tenir malgré les frasques du vent, ceux qui font peut-être tout simplement comme ci – histoire de ne rien gâcher d’autre, ceux qui s’estiment chanceux, ceux qui se disent heureux.

A mesure du temps qui passe, l’amour se sera maintes fois carapaté et se sera toujours recréé. Avec plus ou moins de blessures, de couches de protection pour résister aux chocs, de craintes, de doutes et d’espoir. Oui beaucoup d’espoir pour y croire à nouveau, cette fois pour de bon, jusqu’au prochain virage non anticipé ou la prochaine vague salvatrice.

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Deux étrangers

Le bébé, bien emmitouflé dormait dans sa poussette. Ils se sont installés à côté de moi, l’un en face de l’autre. Le cadran d’information indiquait 23h13.

Sans un mot chacun s’est retranché derrière son écran de téléphone, lui lisait Le Monde en diagonale, elle, passait d’une application à l’autre.

Je les regardais, presque triste, de voir ce jeune couple enfermé dans sa bulle technologique. Pas un regard, pas un sourire. Pas même un mot. Pour se parler ils se montraient leurs écrans respectifs avant de reprendre leur course à l’information.

Deux individus comme deux étrangers, un couple ordinaire comme ceux que je surprends aux terrasses des cafés, dans un restaurant bondé, une file d’attente, un quai de gare. Deux individus qui ne savent plus apprécier leurs silences, qui ne savent plus se dire en dehors du flux qui à mesure du temps les esquinte sans qu’ils s’en rendent compte. Même les vieux couples paraissent plus jeunes !

J’ai écouté le vide entre eux, rien, pas même un souffle de vent, pas même deux mains qui se touchent, pas même une émotion qui transparait. Un seul instant de quelques minutes. Mais si seulement je n’étais pas le témoin de cette absence au fil de saisons, si seulement j’en voyais moins qui s’enfuient du présent, pour aller se perdre dans des réseaux aux allures de paradis.
Si seulement…

J’ai tremblé pour eux et tous les autres, pour aujourd’hui et demain. Peut-être que ça se passera bien. J’ai tremblé pour toutes ces peaux en manque, ces sourires évincés, ces paroles suspendues qui n’accrochent que les pensées. J’ai tremblé pour l’enfant dans sa poussette dernier cri – j’ai presque espéré qu’un jour il serait celui qui enverra valser ces écrans de pacotille pour leur dire de s’aimer avant de se détruire.

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Atelier d’écriture #13

Une étoile sur un trottoir
Perdue sur l’asphalte brulant
D’une ville excentrique
Avec ses maisons extravagantes
Ses arbres difformes
Sa nature de gris marinés
Ses formes diverses et variées
Comme dans un rêve apocalyptique
Qui ne ferait que nous emmener
Vers une fin démesurée

Une étoile que j’ai cueillie
Sur l’asphalte humide
Pour la sauver d’un destin
Que je ne saurai vouloir pour mon prochain

Et elle et moi nous avons marché
Dans les herbes hautes
Jusqu’à ce sentier perdu
Jusqu’à ce territoire en friche
Cette terre battue par les vents
Et cet air dépourvu de vices

Là, elle s’est envolée pour rejoindre les siens
Et j’ai construit de mes deux mains
Le monde de demain

Retrouvez ici les participations: Chez Sweet Things, Chez Isabelle-Marie, Chez Josée

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Pour la semaine prochaine, normalement plus personne ne sera en vacances (!), je vous invite à faire se rencontrer deux personnages qui ne se sont pas vus depuis 10 ans, en intégrant les mots suivants: sinécure, cuistre, s’esbaudir, nidoreux et tintamarre. Merci et au plaisir de vous lire!

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Atelier d’écriture #12

“Je n’attendais que vous, rendez-vous demain même heure, même endroit”, écrit à l’encre rouge sur la première page du dernier roman de Jean-Christophe Grangé, Lucie sursaute et se tourne de tous les côtés pour voir si quelqu’un l’observe. Autour d’elle, il y a du monde, tant mieux et le ciel est d’un bleu éclatant. Elle respire, certaine que rien ne peut lui arriver. Elle efface vite la terreur et relit la phrase, qui ne la laisse pas indifférente. Lucie ne rate aucune émission sur les psychopathes d’hier et d’aujourd’hui, quand elle part en vacances, elle s’assure toujours de rendre une petite visite aux Hôpitaux Psychiatriques ou asiles abandonnés. Elle est friande de tout ce qui a trait de près ou de loin aux tourments et tortures du psychisme humain.

De là, à partir elle même en quête d’indices plus précis, il n’y a qu’un pas. Mais se sent elle réellement prête à tenter le tout pour le tout, quitte à avoir son portrait en première page d’un énième fait divers dont elle serait la principale victime? Lucie prend le livre et va s’installer sur un blanc du parc, pas trop loin de l’effervescence, mais assez reculé quand même pour pouvoir réfléchir à tête reposée.

Sa fibre aventurière l’enjoint d’éclaircir le mystère, dès demain, même heure, même endroit. Sa raison, elle, lui coupe l’herbe sous les pieds – une idée dangereuse et qui ne la mènera qu’à sa perte. Qu’à cela ne tienne, Lucie se sent d’humeur à passer à l’action, après tout elle a une bonne connaissance de ce genre de terrain et il est grand temps que ses heures à dévorer des histoires sordides lui servent enfin à quelque chose.

Lucie passe une nuit difficile, dans ses rêves les mots dansent et son cœur s’impatiente. Elle voit sa vie défiler, ses premiers pas sur des petites intrigues des cours de récréation et son intuition maintes fois célébrée par petits et grands. Le doute n’a pas sa place et c’est pleine de frissons qu’elle se rend au parc le lendemain, son livre sous le bras, bien décidée à lever le voile sur le messager.

En s’approchant de la boite aux livres où se trouvait hier le roman, elle aperçoit une silhouette, qui furette avec énervement. Elle attend un peu en retrait que l’individu passe son chemin. Mais il reste, il se prend la tête dans les mains, sort des “putain” à tort larigot, invective les passants, cherche du regard les environs avant que ses yeux ne foudroient Lucie. Un regard noir, perçant, angoissant. Il fonce droit sur elle et lui arrache le livre des mains “espèce de sale voleuse, c’est le mien.” Lucie ne bouge pas, interloquée, contente de constater que la foule autour s’est arrêtée, non pour assister au spectacle mais pour intervenir si l’homme se met à la frapper.

Au loin, on entend des sirènes. Puis plus rien. Plus d’homme, plus de cris, juste les oiseaux qui pépient et une phrase qui arrive aux oreilles de Lucie “depuis le temps que je vous le disais que le vieux JC finirait en HP!”.

Retrouvez ici les jolies participations de: Sweet Things, Josée, Mijo, Isabelle Marie

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Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte à partir de la photo suivante. Hâte de vous lire! Belle semaine.

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En finir avec certains amalgames – L’Excision

Lors d’une discussion récente, j’ai entendu la phrase suivante “l’excision des filles c’est comme la circoncision pour les garçons – ça n’a rien à voir avec le droit des femmes, c’est juste une histoire de religion.” Sur le moment je n’ai pas eu d’argument et comme je suis intéressée par le sujet je suis allée creuser. Alors non sur deux points majeurs.

Si les religions juives et musulmanes appellent à la circoncision des petits garçons, l’excision n’est pas mentionnée dans les livres saints. C’est une différence de taille. L’excision est culturelle, passée de génération en génération. Et pendant ce temps là on utilise la religion pour commettre le pire.

Pratiquée 8 jours après la naissance dans la religion juive et à la puberté dans la religion musulmane, la circoncision consiste à enlever la peau du prépuce. Elle présente aussi des avantages pour la santé et est parfois pratiquée pour des raisons purement médicales. Certes dans certains pays, cette intervention est encore faite de manière “barbare” et peut représenter un traumatisme pour l’enfant. Mais à terme, le garçon aura une sexualité normale. La circoncision n’a pas pour but de priver le garçon.

Pour la petite fille, clairement et simplement, c’est sa féminité qu’on s’approprie et son droit à éprouver du plaisir. L’excision c’est soit:

1 – l’ablation partielle ou totale du gland clitoridien et/ou du prépuce/capuchon clitoridien.

2 – l’ablation partielle ou totale du gland clitoridien et des petites lèvres avec ou sans excision des grandes lèvres.

3 – l’infibulation: rétrécissement de l’orifice vaginal par recouvrement, réalisé en sectionnant et en repositionnant les petites lèvres, ou les grandes lèvres, parfois par suture, avec ou sans ablation du prépuce/capuchon et gland clitoridiens.

4 – toutes les autres interventions néfastes au niveau des organes génitaux féminins à des fins non médicales, par exemple, piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux.

Ces pratiques sont extrêmement dangereuses pour les filles, les femmes, elles mettent à mal leur corps, elles les exposent à des douleurs physiques et psychologiques violentes, des problèmes gynécologiques graves, elles les privent d’une partie de leur anatomie, si ce n’est de tout ce qui fait leur vie intime, elle contrôle leur plaisir et leur liberté. Dans certains cas, cela crée des complications pour la grossesse, l’accouchement. L’excision est une négation de la féminité, elle tue intérieurement les millions d’enfants qui en sont victimes chaque année.

Nous pouvons condamner ces pratiques, mais rappelons que dans beaucoup de pays ce sont des femmes qui pratiquent ces ablations sur des enfants entre 5 et 15 ans, alors même qu’elles ont vécu un traumatisme identique. Donc la condamnation ne change pas les mentalités. Pour faire bouger les lignes, il faut EDUQUER autour de l’excision. Comme le dit si justement Leyla Hussein, c’est un sujet qui relève de notre responsabilité à tous.

Vous avez des sujets comme celui-là, sur lesquels vous trouvez qu’on fait des amalgames dangereux et qui pourraient être évités, si seulement on commençait à en parler?

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La fin de la lignée

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Serai-je enfin tombée de mon piédestal, celui sur lequel on m’a posée bien avant ma naissance, sans raison aucune, juste parce que j’étais la première?

Portée aux nues par mes grands-parents, comme un trophée, j’allais et venais, toute incartade sanctionnée en douceur, toute rébellion passée sous silence. Mon grand-père a aimé ce qu’il n’a trouvé en personne d’autre, englué dans un mariage désastreux, dans une paternité dressée sur la violence. Ma grand-mère m’a aimée pour blesser ma mère, elle a fait de moi l’héritière de sa lignée chaotique et de son présent torturé.

Dans tout ce que j’ai entrepris, qui a fait flanché l’ordre préétabli, j’ai cru réussir à sortir de cet emprisonnement. En vain. Rien ne semblait pouvoir venir à bout de cet amour malsain, dont j’ai eu la primeur.

Au creux des vertiges qui m’ont tenue éloignée des miens, elle n’a eu de cesse que de prendre mon parti, créant des vagues gigantesques et semant le doute dans le cœur des uns et des autres. Quand tous me demandaient de freiner, elle m’encourageait à accélérer. Quand je pleurais, elle leur faisait porter le poids d’un hypothétique drame. Je l’ai cru sincère avant de la vomir par tous les pores de ma peau de chagrin – celui d’avoir adoré un mensonge et de m’être perdue dans les toiles de ses sempiternelles injonctions, dans le labyrinthe nauséabond de ce qu’elle ose nommer générosité. Alors qu’elle n’a eu de cesse que de blesser ceux qui pour elle avaient des sentiments honnêtes.

Il aura suffit d’une réponse maladroite, d’une opposition sur une question simple, pour que je regagne la terre ferme, le clan de ceux qui ne méritent pas un regard. Les mots ont fusé comme de la lave. Je sais qu’elle est désormais à deux doigts de ne plus vouloir me voir, pour un simple différent électoral. Mais à la fin de sa vie de misère orchestrée, a t-elle encore le choix?

Quarante et un ans pour redevenir ce que j’ai toujours été, avant qu’on ne décide de me manipuler comme une vulgaire poupée. Avec pour seul objectif: détruire.

Le jeu enfin s’arrête ici.

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Ce en quoi je crois…

“Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants.” Marcel Pagnol

Qu’on le veuille ou non, ainsi va la vie. Mais faut-il la voir comme un combat, une suite effrayante de choix impossibles, une série d’épreuves redoutables? Je ne juge pas ce regard, je me pose juste des questions.

Je pense que nous pouvons choisir, que nous pouvons profiter des joies, les emmagasiner pour qu’elles puissent faire le poids face à ce qu’il nous faudra endurer, un jour ou l’autre. Parfois certains destins s’acharnent c’est vrai mais j’ai vu des femmes et des hommes surmonter le pire, alors… Tout est selon moi possible.

Je veux choisir de voir le beau dans la folie, l’étincelle dans la nuit, la générosité au milieu du chaos, la fraternité quand tout espoir semble perdu. Je ne veux pas de ce qu’on m’a vendu depuis que je suis en âge de comprendre, qu’il va falloir être forte, endurer, m’armer pour faire face. Je ne veux pas courir après un semblant de vie parce qu’on me dit que c’est comme ça et pas autrement.

Je reste parfois songeuse devant les partages des uns et des autres, devant la peine qui se dégage de leurs mots, devant la rage qui éclate et la peur qui se fraye un passage, devant leur façon de voir la vie comme un labyrinthe dans lequel on se perd indéfiniment.

J’ai mes heures de doute et d’envies que tout s’arrête, comme tout le monde. Puis je me rattrape aux branches de l’espérance, de l’aurore et ses reflets ambrés. Il y a toujours quelque part un élan de vie qu’il suffit de saisir pour revoir les rayons du soleil éclairer nos ténèbres.

C’est en ça que je crois. Et vous vous croyez en quoi?