Le bruit du silence

© Sabine Faulmeyer

Le plus assourdissant c’était le silence. Il ne restait rien dans la cour à part un jouet d’enfant. Juste ça. Et des rires imaginés, qui glaçaient le sang davantage. Même pas de larmes. Juste un cri sourd. Juste le silence lourd.

Et des regards. Des regards qui disaient tout ce que les voix ne pouvaient pas. Oui juste ça, des regards froids et perdus. Des regards sclérosés par la chute, violente, rude. Regards vides qui déversaient leur mal être sur le bitume.

Et des yeux attirés vers ce jouet, dernier vestige de l’innocence trahit, d’une justice qui se donnait des airs de grands. Des promesses en équilibre. Juste ça.

Combien de paroles tues pour en arriver là? Combien de témoignages bradés? Combien de drames relégués dans des cartons au grenier? Combien de fantômes? Combien de vies, de destins? Combien de “rien” pour devenir complices de ce drame intime?

Ce texte a été écrit dans le cadre de latelier 324 de Bric A Book

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Quand le bonheur fait peur!

Crédit Pixabay

J’ai bien conscience que bonheur et peur ne sont pas forcément des mots qu’on voit ensemble généralement. Toutefois, je peux vous dire, d’expérience, que parfois le bonheur fait peur. Oui, surtout quand on n’y a pas été habitué, quand on nous a rabâché que le bonheur c’était une illusion ou que si il existait, c’était pour les autres, quand on a grandit avec l’idée que le bonheur ça se mérite!

Je me souviens…

Pendant les premières semaines que la vie m’offrait avec lui, la peur ne m’a pas quittée. Ou alors juste quelques heures volées. Le combat était acharné. J’ai bien faillit dire « stop », tout arrêter. J’ai été tentée des dizaines de fois, peut-être plus. Partir sans se retourner. Et chaque fois, je me disais qu’il serait vain de fuir, que cette chance, il fallait la saisir et laisser le passé derrière. Plus facile à dire qu’à faire.

J’avais l’impression d’être détentrice d’un trésor trop volumineux pour moi. Je ne savais pas quoi en faire, ni comment me placer par rapport à lui. Cette configuration nouvelle pour moi me laissait chancelante, incertaine.

Si le bonheur se méritait, c’est qu’il fallait donner quelque chose en échange. Qu’est-ce que j’avais à donner? A part des doutes, mes démons, des angoisses bien ancrées, un besoin omniprésent d’être rassurée. A part la crainte que le premier souffle du vent d’automne l’emporte loin de moi. Justement parce que mes mains étaient vides et que mes cauchemars étaient denses.

Qui refuse le bonheur quand il se présente ?

Les personnes qui ne se sentent pas à la hauteur, qui pensent qu’on les aime sans les connaître et qu’une fois qu’on les connait on ne les aime plus. Les personnes qui manquent de confiance, qui ne s’aiment pas.

Le bonheur est troublant quand on l’appréhende pour la première fois. Il est tellement loin de tout ce qu’on a connu, tellement loin de ce qu’on a appris. Alors on déconstruit pour reconstruire. On lâche pour avancer. On le regarde en face et on ose un “oui”. Croire au bonheur c’est avoir foi en la vie. Et cela vaut pour toutes les rencontres, pour tous les chemins. Cela vaut pour l’amour comme l’amitié. Le bonheur ne connait qu’une réalité, celle qu’on veut bien lui donner.

Et vous le bonheur? Inné ou acquis? En avez-vous eu peur un jour? Pensez-vous que c’est une fantaisie, un droit?

Le rêve du silence

Crédit Pixabay

Bip. Bip. Bip. Ce n’est pas le réveil, juste une énième notification sur ton téléphone. Une fois, deux fois, dix fois, cinquante fois dans la journée, le Bip Bip Bip résonne.Tu as reçu un message. XYZ a aimé ton commentaire. XYZ a répondu à ton commentaire. AZE a partagé ta publication. Tu as quatre messages non-lus sur Facebook. Deux personnes te demandent comme amis. Rejoins le groupe de ZER pour partager tes bonheurs de la semaine…

OTY a publié une photo. OTY a publié une photo. OTY a publié une photo…

Les mails se suivent et se ressemblent. Newsletter mensuelle, hebdomadaire, quotidienne. Chacune son créneau horaire. Chacune son message, chacune son offre. Des inconnus qui tout au long de la journée te disent “je peux changer ta vie” – “sois fière de toi, tu es belle” – “tu as toi aussi essayé le flux instinctif, dis-moi tout” – “l’offre que je te propose est révolutionnaire” – “je peux t’aider à devenir une femme épanouie” – “la couleur de ta semaine est…” – “j’ai développé le programme fait pour toi” – “tu n’as rien à faire, juste à être” – “la peur est en toi, il est temps de la regarder en face” – “tu peux gagner beaucoup d’argent, il suffit de le vouloir” – “retrouve confiance en quinze jours” – “si j’ai réussi, tu peux y arriver, dis-moi tout…”

Les minutes sont devenues des heures et les heures ont filé. Sans moi. J’étais là sans être là. Pas dans l’instant en tous cas. J’étais entre la newsletter qui me proposait un programme révolutionnaire pour entrer en contact avec mes guides spirituels et une story Instagram qui me parlait féminisme et beauté de la nature – maintenant il ne suffisait plus de la vivre, il fallait la partager avec la terre entière pour qu’elle existe. J’étais dans un fil quasi ininterrompu d’informations qui ne me parlaient pas mais que je faisais défiler par habitude. J’étais dans le 25e message envoyé sur le groupe Whats’app des parents de l’école qui dissertaient sur la tenue appropriée pour le prochain cours de tennis. J’errais entre le partage de l’une, de l’autre, entre un “peut-être” et un “peut-être pas”, entre “tiens j’achèterais bien ce bouquin” et “ou pourquoi pas cette huile de massage”. J’écoutais des étrangers parler de leur routine beauté et de leurs fringues achetées en vide-grenier. J’étais dans l’apparence, dans l’appartenance à un truc vide de sens pour moi. Certainement pas dans le plaisir du soleil sur mon visage, pas dans le souvenir de la douceur de sa peau.

Beaucoup de bruit. Trop de bruit. Trop de bip. Trop d’informations. Trop de propositions. Le vacarme, le chaos et la perte d’équilibre.

Trop.

D’un coup j’avais besoin de silence, de me reconnecter à moi, de revenir à l’intérieur, de lâcher toutes ces newsletters qui au lieu de m’apporter un peu de bien-être me filaient le tournis. De partir loin des notifications, de cette pression de chaque instant. Que je m’imposais en tant que spectatrice, en tant qu’actrice. Quelle était devenue la valeur de mon partage? Qu’est-ce que je cherchais, qu’est-ce que je fuyais dans cette course à la “proposition qui va changer votre vie”?

Trop de bruit. Stop. J’arrête tout. J’arrête cette machine infernale, cette recherche de likes à tout va, ces chiffres qui ne veulent rien dire. Je mets le frein à main avant que le bruit ne devienne trop assourdissant, avant que je m’y habitue surtout, avant que je ne me rende plus compte de rien.

Le silence. Oui le silence. L’apaisement. Le calme. Les rayons du soleil. La caresse du vent. Les rires des enfants. La vie, sans téléphone. Penser à lui. Penser à toutes ces histoires qui n’attendent que moi pour voir le jour. Photographier le monde, juste pour le plaisir de ce temps là. Le regarder vivre. Être là, dans chaque instant. Et savourer le silence. Surtout savourer le silence. Vivre.

 

Au nom de…

Article paru pour la première fois sur le blog en 2017 – MAJ 28.01.2019

Sur sa page Facebook, personne ne peut imaginer ce qu’elle vit. Elle pose avec lui. Ils sourient tous les deux. Les autres doivent croire qu’ils sont heureux.

Derrière l’écran, une autre histoire se dessine. Ils viennent de rentrer des courses. Elle court dans la chambre, se roule sur le lit. Elle attend. Elle guette les pas dans le couloir. Elle a pris d’abord soin de fermer à clé la porte de la chambre des enfants. Elle l’entend l’appeler. Elle respire. Elle ne sait pas comment faire ni quoi dire. Elle voudrait s’éclipser le temps de retrouver ses esprits, le temps de s’apaiser pour que sa colère soit moins vive. Elle tente de se réfugier dans la salle d’eau.

Trop tard.

La nuit est passée par là. Sur le lit, elle regarde ses plaies, ses bleus. Elle ne peut plus bouger. Elle sent son corps se raidir. Il dort à côté. Il faudrait qu’elle aille voir si les enfants vont bien. Mais comment faire pour qu’ils ne se rendent compte de rien. Elle se force à se mettre debout malgré la douleur, elle enfile une robe longue, enroule un foulard autour de son cou. Elle fait attention de ne rien bousculer, de ne rien faire grincer. Les enfants dorment paisiblement. Tout va bien. Elle lui demandera pardon quand il se réveillera. Il lui dira encore une fois qu’il s’excuse de lui avoir fait du mal ou il ne fera aucune remarque, c’est peut-être pire.

***

Sur la photo, il sourit. Elle est belle elle aussi. Les gens les envient. Il ne comprend pas pourquoi il est si triste pourtant. Elle ne le tape pas. Elle ne l’insulte pas. Elle le méprise, mais c’est parce qu’il ne l’écoute pas. Ce ne sont pas ses mots qui font mal, c’est son silence. Le traumatisme est intérieur.

Quand ils sortent, il donne le change. Toujours. Ses absences, il ne les remarque même plus. Sa présence est toujours sous condition. Il l’aime et si parfois il perd pied, ce n’est jamais de sa faute à elle. Il a depuis longtemps transformé chacun de ses défauts en de glorieuses qualités. Si quelque chose cloche, c’est de sa faute à lui. Il se sent nul, seul, perdu. Une prise d’otage invisible en plein Paris. Et au-dessus de sa tête la pire des menaces, celle de se voir privé de ses filles.

***

Il ne sait plus. Ses parents non plus. Il ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas heureux , pourquoi sa sœur ne lui parle plus depuis qu’il s’est marié. Sa femme, il l’aime, même quand elle crie, parfois elle devient hystérique, le menace de partir, de faire de sa vie un enfer, c’est vrai, mais elle se radoucit. En public, elle fait attention à lui. Il travaille dur, elle attend à la maison. Il rentre le soir, prépare le dîner, elle attend d’être servie. Mais bon chacun son histoire et chacun sa façon de mener sa vie. Ses amis aussi ont fui. Ils n’ont pas compris son choix. Ils doutent de l’amour qui les lie.

Parfois quand il rentre la porte est fermée, il passe la nuit sur le pallier. Aux premières lueurs de l’aube, il retourne au boulot, les yeux gonflés. Tout le monde sourit, tout le monde s’imagine une histoire, après tout c’est facile, il est jeune marié! A qui peut-il se confier?

***

Ça fait mal, quand il entre, ça brûle. Quand il s’allonge, ça brûle. La chambre à coucher est devenue son enfer. Çà peut s’arrêter là. Une fois que la porte est franchie, elle respire à nouveau. Tout va bien. Elle part travailler comme si de rien n’était, retrouve ses collègues, blague autour d’un café. Elle retarde au maximum l’heure du retour à la maison, espère que quand elle passera la porte les enfants seront lavés, prêts à dîner. Elle fera bonne figure, c’est devenue une seconde nature. Et puis elle regardera l’horloge au mur, comptera les minutes qui lui reste avant son sacrifice journalier. Parfois, c’est moche. Parfois, insensé, parfois cruel.

Elle aurait dû partir au premier “non” qu’il avait refusé d’entendre, à la première fellation imposée, à la première pénétration forcée.

***

Ces textes sont tirés de faits réels (histoires partagées par d’autres, anonymes, amis). On parle souvent des femmes victimes, rarement des hommes, pourtant cette violence aussi existe.

 J’ai souvent entendu dire « à la première claque tu pars ». Aujourd’hui j’ai envie de vous dire « à la première claque, il est déjà trop tard ». La première claque n’arrive pas par hasard. Le terrain est préparé à l’avance.  A chaque « pas si grave », la violence prend de l’ampleur, le bourreau tisse sa toile.

Ces textes ont été écrits pour toutes les victimes de l’ombre, pour toutes celles et ceux qui luttent pour mettre fin à ce génocide humain. J’ai envie de dire au monde de se réveiller, d’ouvrir les yeux devant ces tragédies du quotidien, qui se passent sur nos paliers, à deux pas de nos vies bien rangées, que ces femmes et ces hommes nous les croisons tous les jours, qu’ils arpentent les rues à nos côtés, qu’ils ne sont pas à part, qu’ils font partie intégrante de notre société et que le mal dont eux et leurs enfants sont victimes, il faut le combattre à tout prix et l’enrayer.

Les reliquats de la violence conjugale

Crédit Marie Kléber

Je voudrai pouvoir me dire – je tente même de m’en persuader – qu’il ne reste rien ou si peu de ces 4 années, 8 si l’on compte le divorce. Et pourtant elles sont là, bien accrochées, mes peurs et angoisses. Elles se font toutes petites la plupart du temps, puis crèvent l’écran.

Parfois elles sont dans un cri trop brusque, un acte banal qui fait ressortir une foule de souvenirs, dans une réaction disproportionné, dans un possible imaginé, dans une colère qui vient de je ne sais où et qui se déverse sur le papier ou cogne contre un mur. Personne n’y verra rien. Personne n’avait rien vu à l’époque. Elles sont dans les larmes qui s’abattent froidement sur la toile cirée et donnent un coup de massue à mes pensées.

Un silence, les mots qu’on a gardé, la fatigue, un malaise ou l’idée d’un malaise, on a tellement été habitué à ce que chaque mot soit pris de travers. L’angoisse revient. Qu’est-ce qu’il faut faire déjà? Qu’est-ce qu’il faut dire ou ne pas dire? S’excuser? Est-ce que demain tout se sera éteint?

J’ai beau savoir que rien n’est pareil, qu’aucune donnée d’aujourd’hui n’est la même à plusieurs niveaux, j’ai encore parfois cette sensation désagréable du passé. Combien de pas en avant qui semblent insignifiants quand il ressurgit, sans crier gare?

Alors je laisse couler l’eau. Je me sens seule parfois, seule avec ce chaos, ces images que je ne partage avec personne, ce traumatisme qui demeure. Pas de coup, pas de preuves. Juste une main qui étreint un peu fort. La haine dans les yeux de quelqu’un peut faire plus mal qu’un coup de poing bien placé. Le silence glaçant a le pouvoir d’anéantir un élan.

Un évènement anodin est venu réveillé le choc. Vivre avec, rien de plus, rien de moins. Apprendre à accueillir ces temps d’entre-deux, ces émotions vives qu’un grain de sable peut déclencher. Ne pas se décourager surtout. Le chemin de la guérison est fait de victoires et de rechutes. Respirer surtout et doucement laisser le passé regagner sa place. Et se réveiller plus fort encore une fois.

 

A fleur de peau (ou chronique d’une sensibilité exacerbée)

Crédit Pixabay

Sensible.

Le mot qui me résume parfaitement. A l’époque on ne parlait pas encore d’hypersensibilité et puis même, je ne me suis pas toujours reconnue dans la définition. Elle évolue elle aussi bien entendu.

Pour me décrire, on utilisait plutôt “sensibilité exacerbée” et j’ai grandi en pensant que ce trait de caractère était un défaut qu’il fallait à tout prix gommer de la carte de mon ciel.

Trop.

Trop sensible. Trop empathique. A fleur de peau, je le suis depuis le premier pas posé dans le monde. Pour me protéger, je me suis longtemps effacée. Le monde ne voulait pas d’une petite fille qui parle seule, qui voit des anges et qui ressent tout.

Trop.

Elle dit quoi ma sensibilité?

Elle dit voir au delà du visible, à l’intérieur des êtres. Elle dit le trop plein, dans le chagrin comme dans la joie. Je prends tout de plein fouet, le bon comme le mauvais. Je connais l’extase et les ténèbres. Je peux passer du rire aux larmes en un temps record!

A force d’essayer de l’enrayer et de ne pas y arriver, j’ai pris le parti de la laisser être. Non sans difficultés. L’écriture m’a offert ce sas de liberté pour qu’elle s’exprime. Parfois encore elle me fait toucher le fond, sans raison. Juste un mot, un souvenir, juste un regard, une histoire. Et je flanche d’un coup. Je sens tout. Je sens la douleur à l’intérieur. A une fréquence souvent incohérente avec ce que je vis. Je peux donc être profondément heureuse et éprouver de la peine, du chagrin, de la colère! Ma sensibilité m’offre aussi les meilleurs moments de ma vie. Le bonheur est un feu d’artifice de sensations. Mon cœur déborde d’amour. Et là même les mots se défilent. Il n’y a rien à dire.

J’ai par moments une confiance inébranlable en moi, en la vie. Et par moments je me sentirai prête à partir, à déserter la vie. C’est insensé et terrifiant. C’est chaotique et fragile. Je suis fragile. Et cette fragilité est aussi une porte ouverte sur quelque chose de plus grand, quelque chose qui me dépasse et que je touche du doigt quand enfin je prends le temps de laisser ma sensibilité être, sans la qualifier, sans la quantifier, sans la juger.

Je suis sensible aux bruits trop forts, aux cris, à la foule, aux images violentes. Je suis sensible aux odeurs, aux descriptions médicales un peu trop détaillées. Je suis sensible au toucher. Juste un frôlement peut me faire chavirer. Je suis sensible à ce que je vois, la beauté comme la noirceur. Je suis sensible aux matières que je porte. Je suis sensible aux saisons, aux solstices, aux cycles de la lune, aux mouvements de planètes, aux dates anniversaires. Je suis émerveillée comme terrassée par un rien. Je me pose des tonnes de questions sur l’être, le devenir, la  vie des âmes, la mort.

Face au vécu d’un moment intense, il me faudra du temps pour me poser, pour l’intégrer, pour en parler peut-être (comment l’autre peut-il le savoir, ça c’est une autre question  car ce qui sera ordinaire pour quelqu’un  pourra être extraordinaire pour moi). Ou alors il faudra un papier et des mots pour en venir à bout. Ma vie ne sera plus la même après cela.

Je ne dirai pas que c’est quelque chose de facile à vivre au quotidien. Pendant longtemps j’ai porté le poids du monde sur mes épaules, j’ai tout fait pour rendre les gens heureux, au détriment de mon propre bonheur. Sur cet aspect là, j’ai énormément travaillé pour mener une vie plus équilibrée. J’ai pleinement conscience qu’il peut être difficile de vivre avec moi, de me comprendre. Pourtant aujourd’hui j’accueille ma sensibilité comme une chance. Elle fait de moi la femme que je suis, en connexion avec le monde. Même si j’ai souvent l’impression d’avancer dans la vie, comme sur un fil tendu au dessus du vide.

Et vous sensibles, hypersensibles, comment le vivez-vous au quotidien? Si vous avez des sensibles, hypersensibles dans votre entourage, comment vivez-vous avec eux?

 

 

 

 

Viol – Violence – Emprise: 6 ans après…

J’ai volontairement choisi de ne pas répondre aux commentaires sous l’article d’hier, étant donné que ces mots appartiennent à une autre personne. Je vous remercie toutefois pour votre bienveillance à son égard.

Certains ont particulièrement retenu mon attention et comme l’idée d’un article se profilait à l’horizon sur le même thème, je me suis dit que j’allais en profiter pour rebondir dessus.

Tout d’abord, comme le souligne très justement Sweet-Things, les victimes de viol, de violence conjugale ne sont pas uniquement des femmes et les bourreaux pas essentiellement des hommes. Les couples hétérosexuels comme homosexuels sont concernés également. Les femmes victimes parlent peu, les hommes victimes ne parlent pas, au nom de ce diktat qui veut qu’un homme soit « fort ». Tous les hommes ne sont pas des brutes épaisses non plus et les femmes des oies blanches. Pour connaître autour de moi des hommes victimes, je peux vous dire que les femmes peuvent parfois être bien pires.

L’anonymat n’est certes pas une solution, toutefois elle permet de se protéger et une personne victime de viol / violence DOIT se protéger.

Pourquoi se forcer ? Souvent parce que le dialogue n’est plus possible ou peut-être ne l’a jamais été. Parce qu’on ne parle pas de ces choses-là. Parce que le fossé entre les deux personnes s’est tant élargi que la communication est brisée. Parce que dire « non » comporte un risque. Parce que dire « oui » nous assure une paix relative. Et que cette paix c’est tout ce qui nous reste. Parce qu’il y a les enfants, la famille, le regard des autres, les convenances, nos valeurs dans la balance aussi.

J’ai déjà écrit des articles sur pourquoi on reste avec une personne toxique. Vous les trouverez en furetant dans la catégorie « emprise et renaissance » si le cœur vous en dit. C’est toujours facile et je l’ai dit plus d’une fois à des amies de partir, fuir. Toutefois quand on est dans la relation, l’emprise est telle que partir est difficile, sans dire dangereux. Ne croyez pas que les victimes restent par plaisir. Elles n’ont souvent pas le choix. Et quand elles font celui de partir, c’est souvent à un prix que nul ne peut imaginer.

Hier, nous regardions l’album des 1 an de Loulou. Au départ j’avais mis quelques photos de moi enceinte, j’en ai très peu. Les premiers mots qu’il a prononcé ont été « ce n’est pas toi ». Et pourtant il a vu des tonnes d’autres photos de moi, à des âges différents et avec des coupes de cheveux différentes et il m’a toujours reconnue. Alors ça a fait tilt. Non ce n’est pas moi. C’est ce que j’ai été pendant 4 ans, une personne étrangère. C’est la peur qui m’a guidée à chaque instant de cette relation. C’est la peur qui m’a fait dire « oui » des centaines de fois. C’est la peur qui m’a maintenue prisonnière. Au début j’ai dit « non ». Puis j’ai dit « non » en me sentant coupable parce qu’ on me faisait comprendre que ce “non” on ne voulait pas l’entendre. Puis les représailles sont arrivées. Et j’ai dit « oui ». Parce qu’en continuant à dire « non » je m’exposais à la violence, au harcèlement, à la manipulation.

Le 16 novembre 2012, ma descente aux enfers allait connaitre son heure de gloire! Là ce n’est plus de la peur, c’est la terreur, les larmes qui coulent, les nuits qui semblent interminables, les tripes en vrac. 11 jours après je prenais un aller-simple pour la France, laissant tout derrière moi, enceinte de six mois. Quand j’y pense j’ai presque du mal à me revoir, du mal à réaliser que j’ai été là, que j’ai vécu ça, que j’ai encaissé tout ce mépris. La jeune femme sur la photo est si éloignée de qui je suis aujourd’hui. C’est très étrange. Je suis désormais dans les faits, moins dans les émotions. Je peux parler de ces derniers jours, sans avoir le cœur prit de frissons, sans ressentir dans mon corps toutes ces sensations désagréables. Le traumatisme s’est estompé. Il revient parfois. Je ne peux plus voir la violence en peinture. Je ne peux plus entendre de cris sans me retourner dans la rue. Je ne peux plus voir de couples s’invectiver devant moi. Je ne peux plus visionner un film sur le sujet.

La prise de conscience de ma part de responsabilité dans ce naufrage m’a permis de faire mon deuil, de pardonner, d’accepter, de dépasser mes maux, de me reconstruire. Ce processus est propre à chacun.

Vous ne pourrez pas, nous ne pourrons pas tout comprendre. C’est impossible. Si un jour vous êtes en face d’une victime de viol, de violence, ne lui dites pas ce que vous feriez à sa place, vous n’y êtes pas. Écoutez-la et soyez présent. Mettez de côté vos idées toutes faites et écoutez-la VRAIMENT.

Foutez-moi la paix!

Je ne voudrai pas anticiper d’éventuels commentaires ou réactions, toutefois sachez que ces mots ont déjà été dits aux concernés, dans les formes de l’art bien sûr, mais j’ai l’impression que personne ne veut les entendre.

Je sais que tout cela, le ménage, le rangement, les avis de déco, les heures de repassage, les carreaux, les rideaux, la vaisselle, le linge, et j’en passe, ça part d’un très bon sentiment.

Mais moi ça me saoule qu’on gère ma vie à ma place. On croit m’aider et au final ça ne fait que créer de la colère en moi, celle qui scande “je suis chez moi, laissez-moi vivre ma vie comme je l’entends”. Et par ça j’entends laissez mes tasses là où elles sont,même si elles sont sales, ne lavez pas mes dessous avec le linge commun, n’apportez pas votre touche personnelle à mon environnement de vie, laissez-moi porter des t-shirts non repassés si ça me chante, arrêtez de me vanter l’intérêt d’avoir des rideaux (je déteste ça), laissez ma poussière tranquille, arrêtez de ranger les choses (ça me met en rogne de chercher le gilet de loulou dans toute la maison au moment de partir à l’école) – en gros si j’ai besoin d’un coup de main, d’un conseil, laissez-moi vous le demander. Je sais que je peux compter sur vous. Mais par pitié arrêtez de vous faire plaisir, à mon détriment. Si vous voulez aider, il y a plein  d’âmes en peine qui n’attendent que cela.

Et par la même occasion, acceptez que je ne veuille pas de cadeaux à Noël. C’est pas bien compliqué pourtant! Acceptez qu’un soir je n’ai pas envie de parler ou que j’ai un coup de blues. Arrêtez de penser que tout ça m’indiffère parce que je ferme ma gueule souvent. Et arrêtez de penser que si je vous demande ce respect là c’est parce que je ne veux pas de vous dans ma vie. Ça n’a strictement aucun rapport.

Arrêtez aussi de reprendre loulou à chaque fois qu’il fait quelque chose qui ne vous convient pas ou par crainte de la réaction des autres. Primo je gère. Secundo, le regard des autres est la cadet de mes soucis.

Vous me répétez assez souvent que je gère comme une pro. Désormais, laissez-moi l’espace de le faire, de déployer mes ailes, de m’émanciper. Laissez-moi faire des erreurs, me planter, faire des choix que vous ne trouvez pas judicieux. Laissez-moi respirer! Laissez-moi vivre comme je l’entends, même si c’est à des années lumières de votre conception des choses! Parce que c’est bien de cela dont il  s’agit, de MA VIE.

Ces silences plein de maux

J’entendais des maux dans le silence. Des envies tues. Des hypothèses. Et surtout un fil rompu, un dialogue unilatéral. Entre celui qui attend, celle qui espère. Autre chose.

J’entendais le choc des non-dits. Et cela m’a rendu triste. Triste constat du dialogue qui manque, de ces mots qui ne sortent pas, de ces sourires qui masquent l’essentiel.

J’entendais ces petites piques, qui paraissent insignifiantes, piqures innocentes et qui pourtant s’incrustent au fond du cœur. Sans le savoir, les mots et les soupirs écrivent une histoire dont nul ne saisit l’ampleur. Sauf peut-être celui qui regarde de l’extérieur.

Ce silence a réveillé la peur, cette peur sourde et cruelle de la non-communication entre les êtres. Chacun cloitré dans l’attente d’un miracle qui viendrait raviver la flamme, guérir les blessures, sans que quiconque ne fasse le premier pas, celui là même qui pourrait enclencher le changement, sans déclencher les hostilités.

C’est ce que je vivais en les regardant, un combat muet, de celui qui tiendra le plus longtemps, qui énoncera le plus de failles, celui qui reniera son implication dans ce chaos des émotions.

Qu’est-ce qui poussait chacun à ne pas se confier, à ne pas se parler, s’avouer? Qu’est-ce qui poussait chacun à attendre que l’autre devine? Qu’est-ce qui poussait chacun à refuser d’admettre ses torts? Au moins essayer de se dire…

Tous ces silences sont trop pour moi. Ils sonnent comme une lutte sans fin dont personne ne sort gagnant. Est-ce que le dialogue est encore possible? Est-ce qu’ils vont prendre conscience de ce qui se délite au fur et à mesure, sans faire de bruit? Laisseront-ils le temps détruire ce qui fut, ce qui est, leurs sentiments, ce qui les unis? Tout ça parce que chacun sera resté dans la certitude de détenir la vérité.

Ou continueront-ils jusqu’à ce qu’il n’y ai plus rien à partager, que le quotidien? Feront-ils comme tant d’autres, sauveront-ils les apparences, en étant de bons parents – chacun faisant de son mieux avec les cartes qu’il a entre les mains?

Dis-moi qu’on ne se cachera jamais rien. Même si cela a potentiellement le pouvoir de nous blesser, même si ça fait mal à entendre, même si ça vient remettre en question nos idéaux et certitudes. Dis-moi qu’on se dira les choses avant que les choses ne nous échappent…

Poser les mots d’Octobre

Je ne pouvais laisser Octobre se terminer sans poser les mots. Ce mois si significatif pour moi, à de nombreux égards, s’avère chaque année le passage chaotique d’une réalité à une autre. Il est riche de bouleversements, de remises en question. Il est riche d’évènements qui changent le cours des destins. Il commence avec la sensation qu’il y a des choses à lâcher. Cela se fait souvent dans un malaise, qui me laisse inquiète quant à les suites des festivités. Dans la crainte de ne pas faire les choix judicieux pour moi, cette année a marqué un tournant significatif dans mon approche de la vie et de ma place dans celle-ci.

Dehors les températures sont de saison, le vent envoie les feuilles valser, les arbres prennent de nouvelles couleurs. Et alors je respire l’automne, enfin installée. La nuit qui tombe tôt m’apaise. Je retrouve vite mes marques dans cette ambiance familière.

Ce mois d’octobre s’achève dans une béatitude qui me séduit. Il pourrait se résumer en deux mots “donner” et “recevoir”. Les jours glissent vers novembre que je me sens prête à accueillir, et ce malgré certaines dates “souvenir”. Octobre fut corporel, sensuel, envoutant, passionné. Octobre m’a rappelé l’importance de prendre du temps pour moi, de demander de l’aide. Octobre m’a donné de me reconnecter à mon corps, que je finis par négliger, à force de trop en faire. Octobre m’a ouvert les yeux sur mon travail, les limites que je traine depuis de nombreuses année, l’envie de les dépasser.

J’ai changé la décoration de mon appartement. Je me suis acheté un canapé, mon premier canapé, à moi, mon premier vrai matelas aussi depuis des années. J’ai reçu un bel arbre, qui a déjà eu tant de vies. J’ai réalisé que dans mes 40m2, il y avait un peu de tous ceux que j’aime et qui m’inspirent au quotidien – une connexion précieuse.

En octobre, j’ai souri (béatement souvent), ri, pleuré aussi, de joie et de trop plein, j’ai médité un peu, un peu plus, j’ai passé du temps de qualité avec mon fils, je me suis découverte dans des situations qui hier m’auraient semblé complètement insensées, j’ai intégré que la pudeur et moi nous n’étions pas amies, que je ne voulais plus faire semblant, me soumettre à un système de règles et de valeurs qui n’étaient plus les miennes, que la vie n’attendait que moi. Je me suis livrée, non sans appréhension, et j’ai retrouvé derrière des visages amis, la bienveillance. Je me suis reconnectée à l’amitié qui me lie à tant de belles personnes. J’ai aimé sans filtre et lâché certaines de mes peurs. J’ai fait l’amour avec intensité, connectée à la puissance de l’énergie qui me lie à celui que j’aime. J’ai reçu des mots qui ont fait tremblé chaque vertèbre de mon être. J’ai intégré que tout ce que je vivais j’y avais droit. Et plus encore…

Et chez vous Octobre ça parle de quoi?