La famille, cette entité à part!

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J’ai pesé le pour, le contre. Et puis je me suis dit que j’allais tout de même écrire sur le sujet.

La famille, ma famille, est ma plus grande joie et ma plus grande épine dans le pied.

Je m’explique. Pour moi, la famille, c’est la base, la structure, c’est l’essence, l’ancrage. C’est du temps passé ensemble, des souvenirs, des partages, se construire, notre premier lien au monde.

Mais aussi l’ensemble qui formate, qui limite, duquel nous tentons (avec beaucoup de difficultés pour moi) de nous affranchir pour voler de nos propres ailes.

Je le dis souvent – mes parents ont fait du mieux qu’ils pouvaient avec ce qu’ils avaient. Je ne suis plus dans une phase de rejet du modèle ou de colère. J’accueille ce qu’ils m’ont donné et je tente de lâcher ce qui ne me convient pas. Sans trop de jugement.

A l’heure actuelle, j’entretiens des rapports ambivalents avec les miens. Je m’affirme davantage, mais je continue à marcher sur des œufs, pour ne pas brusquer, offenser. Je me plie à des volontés. Je me sens encore dépendante, comme une petite fille qui ferait ses premiers pas dans un monde de grands – et donc plein de dangers. Que mes proches tentent par tous moyens de m’éviter (jusqu’à faire l’impasse sur mes envies, besoins).

Bien sûr, leur soutien est inestimable, leur présence, un réconfort. Ils sont une richesse pour mon enfant. Toutefois je dois rester maitresse de mes choix, de la manière dont j’élève mon fils, de la façon dont je tiens ma maison, de la manière dont j’envisage les autres, le monde, de la façon dont je gère ma vie de femme, mon emploi, mes loisirs.

Les conseils avisés des uns et des autres sont toujours les bienvenus. Mais au quotidien pas si évidents à mettre en pratique. Toute tentative d’affirmation risque d’être considérée par les miens comme un rejet. Un mot de travers et c’est l’escalade. Une idée originale et c’est de l’inconscience.

Il est certain que ma situation personnelle et familiale me dessert énormément dans cette configuration. Dans d’autres circonstances, ils se permettraient moins de choses. Et moi, dans tout ça? Et bien, comme toujours, je me sens redevable. Un peu moins qu’avant. Mais un peu encore. Et je tente de composer, parfois facilement, quand des évènements extérieurs viennent me rappeler l’essentiel, parfois difficilement, quand trop c’est trop et que respirer devient un luxe!

Bien sûr, tout part d’un bon sentiment. L’acte est humain. Le père, la mère restent protecteurs. Ils sont parents jusqu’à la fin. Mais il m’arrive encore de me sentir étouffée par leur présence, perdue face à tous les pas en avant que je tente de faire et des retours à la case départ fréquents, comme si tout le travail fait n’avait servi à rien. Je m’écrase encore. Je me tais. Je fulmine dans mon coin et je me dis que ça aussi, ça passera. Tout passe…

 

 

 

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Quand les souvenirs douloureux s’invitent à l’improviste…

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Je serai toujours seule face à ces souvenirs. La joie se partage, se comprend. Le bonheur se faufile et chacun peut en prendre un peu. Le chagrin et la terreur n’appartiennent qu’à nous. Ils se partagent peut-être mais personne n’en saisit vraiment la portée. Personne ne connait le fond des heures noires, à errer, du chagrin pesant qui nous laisse vidés sur le bord de la route. Certaines personnes devinent. Tout juste. C’est déjà beaucoup.

Ils sont revenus comme ça. J’ai bougé les carrés de couleurs – sûrement dans trop de sens – et le passé s’est invité à ma table. Mes pieds sur le sol et la neige autour. La nuit et le froid qui court sur mes bras nus. Mes pieds qui voudraient être aspirés par la terre. J’ai voulu faire marche arrière. J’ai déplacé les carrés de couleurs. Revenir au présent. Trop tard. Le vent et le froid. Mes pieds nus et mes doigts qui voudraient tout arracher, mon cœur, creuser un trou pour que je puisse m’y cacher. Fuir la réalité. J’ai regardé les carrés. Rouge et blanc, comme le sang que je souhaite voir se cristalliser pour que mon coeur ne soit plus irrigué. Le blanc comme la neige qui recouvre mes pieds nus. Derrière la porte, mon secret, si bien caché. Mon enfer, si bien protégé. J’ai cherché les verts, en vain, j’ai voulu les bouger, retrouver aujourd’hui. Mais j’étais partie trop loin dans le passé.

Allongée, j’ai guetté le sommeil. J’ai senti les larmes rouler sur mes joues. Les carrés de couleurs étaient à nouveaux mélangés. Aucun n’avait trouvé sa place. J’errais dans l’antichambre du “pas assez”. Encore et encore. J’avais beau savoir que ce n’était que des souvenirs, rien de tangible donc, je n’ai pas réussi à les éloigner, pas cette fois.

La nuit m’a paru durer une éternité. Ce même refrain qui revient, cette même peur. Toujours. Ce même sursaut. Respirer. Et replonger. Puis sursauter encore. Avoir envie d’arrêter la nuit. Guetter le jour. Et tenter de retrouver un peu de contenance, avant une nouvelle journée.

J’ai regardé les carrés, un peu de bleu dans mon ciel d’orage. J’ai voulu essayer à nouveau mais les couleurs scandaient les notes d’une chanson que je n’aime pas. Alors j’ai arrêté avant de m’enfoncer davantage. J’ai lâcher prise. Non sans mal. Je suis retournée à mes murs, aux mots doux, aux étreintes rassurantes, aux sourires. J’ai abandonné les carrés à leur triste sort, en me disant que d’autres y arriveraient mieux que moi, d’autres qui n’auraient pas peur, qui ne se sentiraient pas vulnérables à la moindre faille d’un système qu’ils ne maîtrisent pas. Je n’en suis pas encore là…

Et vous les souvenirs douloureux, arrivez-vous à les tenir à distance ou au moins à les envoyer balader quand ils se présentent sans avoir été invités?

 

Cette douleur à l’intérieur de moi

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C’est arrivé comme ça.

Depuis j’ai mal, à l’intérieur de moi. Est-ce lié ? Je ne sais pas. Pourtant je crois aux maux qui ne peuvent s’exprimer et s’impriment dans le corps.

Devant le message, j’ai mis du temps, enfin mon esprit a mis du temps à intégrer tous les paramètres des quelques mots posés sur l’écran.

J’ai regardé dans le vide et les larmes sont arrivées. Je ne sais pas pourquoi j’ai pleuré. Ni pourquoi je me suis sentie submergée par cette vague de chagrin. Juste là, au milieu de ma cuisine.

Les mots étaient simples. Des lettres et des chiffres. Le choc.

Et puis les jours d’après. Et l’au revoir. Est-ce que mon esprit a choisi de nier cette réalité ? Et mon corps a pris le relai ?

Qu’est-ce que je n’arrive pas à libérer ?

Qu’est-ce que ce départ me fait réellement ? Est-ce ma peine ou celle des autres qui me traumatise autant ?

Je ne vois que son sourire. Mais son sourire n’est plus. Ou juste sur les photos.

Elle est partie pour de bon. Elle a emmené ses 33 printemps avec elle. Je crois que je n’arrive pas à réaliser.

Peut-être que j’ai peur d’oublier. De l’oublier. D’oublier combien il est essentiel de vivre, là, maintenant. Et oublier ce serait presque comme une deuxième mort.

Depuis, je me sens loin de tant de choses. Et si proche de tant de choses.

C’est comme si les douleurs anesthésiaient mon esprit. Je ne pense plus. Je ne pense qu’à gérer la douleur. C’est presque pratique.

Mais ça ne peut pas durer. Je ne veux pas que ça dure. Je dois accepter. Accepter qu’elle est partie pour de bon, que je ne demanderais plus de ses nouvelles. Accepter le traumatisme de ses proches. Accepter que rien ne sera plus pareil. Accepter que son souvenir flottera toujours avec un gout d’inachevé entre nous. Accepter que la vie puisse s’arrêter d’un coup. Accepter que je puisse perdre demain les gens que j’aime. Le savoir. Ou pas. Accepter que la vie continue. Accepter d’être heureux malgré les injustices.

N’attendons jamais qu’il soit trop tard…

L’annonce a fait trembler les murs. Les fondations que l’on croyait solides se sont effondrées. Parfois la vie dure plus de quatre-vingt-dix années. Parfois elle s’achève à la manière d’un éclair, d’une ampoule qui éclate. Le cœur arrête de battre.

Certains ont besoin de temps pour poser les mots. Ce sont les mots qui me délivrent du risque de me briser. Si je les laisse filer, alors la nuit s’installe, le chaos menace.

Au bout du fil, le chagrin est palpable, il coule sur l’enfance. Les souvenirs égrainent des images, d’une petite fille aux cheveux longs, un sourire espiègle, des épisodes de vie, nos rires. Et puis le tumulte des larmes qui cognent contre les parois du jour naissant. L’enfance s’est évanouit, son cœur s’est rompu. La jeune femme dort, paisible, dans un présent où elle n’est plus.

Au bout du fil, le néant, le vide incommensurable de ceux qui perdent un enfant. Une sœur, une femme, une maman. Une amie. D’aujourd’hui ou d’hier. Tant de questions, tant d’incompréhension. Le silence face au pire, à la fin abrupte d’une vie. Sans retour en arrière possible. Tout ce qui n’aura pas été fait, tout ce qui n’aura pas été dit. Tous ces mots d’amour en suspend dans un ciel aux allures d’apocalypse. Trop tard.

N’attendez jamais qu’il soit trop tard. Dites, dites vous tout. Écrivez les mots. Dansez les, chantez les si c’est plus facile pour vous. Pardonnez et ne remettez pas à plus tard. Oubliez ce qui n’a pas d’importance. Entourez vous de ceux qui comptent, respirez-les. Posez des actes, exprimez vos sentiments. N’attendez plus qu’il soit trop tard…

Loin d’elle

© Arthur Humeau

Qu’avait-elle dit déjà ?

Rien. Ou si que c’était terminé, c’est ça. Plus de sentiments. L’amour envolé. Ou bien un autre. Avait-elle mentionné un autre homme ? Et l’amour nouveau, embrassé. Peut-être.

A quoi bon se souvenir, puisque de toute façon, elle avait dit la fin. Et la fin ça se vit  dans le silence tragique de l’après. Ça n’a pas d’autre consistance que le vide. Une fin ne construit rien, elle ne se discute pas. Elle s’insinue en nous et il faut gérer.

Je voudrais ne plus penser, ne plus me souvenir. Je voudrais que son visage disparaisse entre deux stations ou presque, qu’il ne reste plus rien de sa bouche surlignée de rouge, de ses cils noirs recourbés, de ses mains gantées de crème aromatisée à la rose, de la mélodie sensuelle de son buste calé contre le mien.

Immobile au milieu de la foule compacte de l’heure de pointe, je me sens comme un fou perdu dans le bain de la vie, fou d’y avoir cru, fou de m’être laissé emporter par la vague bleue de ses yeux.

Je veux oublier. Tout. Me perdre quelque part dans un univers où la mémoire me quitterait pour me laisser guérir en paix. Un endroit loin du monde, de sa course, de son chaos. Loin de tout ce qui me rappelle. Elle.

Pourtant c’est le monde qui me tient, ce matin, dans cette rame bondée. Il me sert de tuteur, m’aide à rester debout, alors qu’à l’intérieur tout expose, les écrous sautent, les joints se brisent, la machine s’emballe et le cœur se dévisse.

Je suis là sans être. Je respire tout juste. En pilote automatique, je dérive, le regard braqué sur l’absente.

Ce texte est ma participation à l’atelier 325 de Bric A Book

 

La maternité, ma plus belle claque!

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Je vous passerai les détails de ma grossesse sordide (vous l’avez déjà lu et si vous ne l’avez pas lu, ce n’est pas un problème pour la suite), le retour en France, les tremblements, les larmes, la peur attachée à chaque millimètre de ma peau.

Je me demande souvent si j’ai choisi d’avoir un enfant ou si cela s’est juste imposé à moi. Ça coulait de source je crois. Nous n’en avions pas parlé – pourquoi nous aurions parlé de cela puisque nous ne parlions de rien?

Le jour de l’accouchement, j’ai réellement pris conscience qu’il n’y avait plus de retour en arrière possible. J’ai pensé aussi que je tenais dans mes bras la vie et la mort et ça m’a fichu un coup. Encore très fragile, mais en sécurité, j’ai doucement pris la mesure de mon nouveau statut de maman. Nos débuts difficiles ont laissé place à des heures plus légères, puis des jours plus doux.

J’ai longtemps gardé beaucoup de colère en moi et elle explosait toujours avec une vivacité qui me laissait désemparée, seule, en larmes, face à mon enfant, que j’aimais pourtant et à qui je voulais donner le meilleur. C’était terrifiant. Je me sentais terriblement coupable.

C’est une des rares personnes qui me met si souvent face à mes limites, qui m’oblige à regarder mes peurs et à les dépasser. Mon fils me renvoie une image pas toujours agréable de moi-même. Si je me regarde dans le miroir, je saisis parfois un reflet bien amoché. Je sens alors qu’il est grand temps de rétablir l’équilibre de notre embarcation. Mon fils m’aide à grandir, à creuser encore et encore pour déterrer le beau et laisser filer le reste. Ce n’est pas une cure de jouvence, il y a des jours où je me sens en dessous de tout. Et puis, comme c’est dans ma nature, je reprends espoir, je me fais confiance pour aller de l’avant, lâcher la culpabilité et donner le meilleur de moi-même pour la suite.

Je ne changerai rien à rien, même si parfois la charge me parait lourde à porter seule, même si parfois je me sens démunie devant mes tentatives avortées, de ne plus crier, de ne plus être agacée pour un rien, même si parfois je me voudrais plus maîtresse de moi-même, plus capable de faire attention à mes besoins aussi.

J’ai longtemps pensé que je devais être irréprochable. Aujourd’hui, j’apprends à accepter mes erreurs, je les partage avec lui, je suis honnête quant à mes manquements et mes peurs. Se dire les choses, je crois que c’est essentiel. Le bon, comme le moins bon. Et puis construire à partir de là. A partir de ce qu’on est et de ce qu’on tend à devenir. Pas à pas.

Enfer nocturne

Le même cauchemar.

Deux fois la même semaine.

Un réveil en sursaut devant l’horreur de la situation.

La première fois il était là, il était flou. Je me demandais comment j’allais partir, il fallait partir, comment j’allais pouvoir le quitter tout en sauvant ma peau. Qu’il ne me retrouve pas, surtout qu’il ne me retrouve pas. On s’était remis ensemble (cela n’arrivera JAMAIS) et personne ne le savais. Alors personne ne pouvait me venir en aide.

Cette nuit, c’est pire. J’entends sa voix. Cette voix atroce qui me file des frissons. Il est en mer mais il va rentrer. Je suis revenue pour une deuxième chance. Il a les clés de la maison. Il faut que je parte, pour aller où. Il va tout casser. Il a déjà tout organisé. Et je marche sur des oeufs pour ne pas le brusquer. Il faut changer la serrure. Il faut que je trouve quelqu’un pour faire ce travail en urgence. Demain il sera trop tard. Si je ne pars pas maintenant, il sera trop tard.

L’angoisse resserre son étreinte autour de moi. La mort rode. Au secours! Mais qui entendra puisque personne ne sait…

Hors de question de me rendormir après ça. Il me faut un temps pour récupérer, pour intégrer que tout va bien. Je fuis la nuit et sa folie. Je reprends mon souffle. Le silence m’apaise. J’en ai besoin comme de me sentir aimée et en sécurité.

Le bruit du silence

© Sabine Faulmeyer

Le plus assourdissant c’était le silence. Il ne restait rien dans la cour à part un jouet d’enfant. Juste ça. Et des rires imaginés, qui glaçaient le sang davantage. Même pas de larmes. Juste un cri sourd. Juste le silence lourd.

Et des regards. Des regards qui disaient tout ce que les voix ne pouvaient pas. Oui juste ça, des regards froids et perdus. Des regards sclérosés par la chute, violente, rude. Regards vides qui déversaient leur mal être sur le bitume.

Et des yeux attirés vers ce jouet, dernier vestige de l’innocence trahit, d’une justice qui se donnait des airs de grands. Des promesses en équilibre. Juste ça.

Combien de paroles tues pour en arriver là? Combien de témoignages bradés? Combien de drames relégués dans des cartons au grenier? Combien de fantômes? Combien de vies, de destins? Combien de “rien” pour devenir complices de ce drame intime?

Ce texte a été écrit dans le cadre de latelier 324 de Bric A Book

Quand le bonheur fait peur!

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J’ai bien conscience que bonheur et peur ne sont pas forcément des mots qu’on voit ensemble généralement. Toutefois, je peux vous dire, d’expérience, que parfois le bonheur fait peur. Oui, surtout quand on n’y a pas été habitué, quand on nous a rabâché que le bonheur c’était une illusion ou que si il existait, c’était pour les autres, quand on a grandit avec l’idée que le bonheur ça se mérite!

Je me souviens…

Pendant les premières semaines que la vie m’offrait avec lui, la peur ne m’a pas quittée. Ou alors juste quelques heures volées. Le combat était acharné. J’ai bien faillit dire « stop », tout arrêter. J’ai été tentée des dizaines de fois, peut-être plus. Partir sans se retourner. Et chaque fois, je me disais qu’il serait vain de fuir, que cette chance, il fallait la saisir et laisser le passé derrière. Plus facile à dire qu’à faire.

J’avais l’impression d’être détentrice d’un trésor trop volumineux pour moi. Je ne savais pas quoi en faire, ni comment me placer par rapport à lui. Cette configuration nouvelle pour moi me laissait chancelante, incertaine.

Si le bonheur se méritait, c’est qu’il fallait donner quelque chose en échange. Qu’est-ce que j’avais à donner? A part des doutes, mes démons, des angoisses bien ancrées, un besoin omniprésent d’être rassurée. A part la crainte que le premier souffle du vent d’automne l’emporte loin de moi. Justement parce que mes mains étaient vides et que mes cauchemars étaient denses.

Qui refuse le bonheur quand il se présente ?

Les personnes qui ne se sentent pas à la hauteur, qui pensent qu’on les aime sans les connaître et qu’une fois qu’on les connait on ne les aime plus. Les personnes qui manquent de confiance, qui ne s’aiment pas.

Le bonheur est troublant quand on l’appréhende pour la première fois. Il est tellement loin de tout ce qu’on a connu, tellement loin de ce qu’on a appris. Alors on déconstruit pour reconstruire. On lâche pour avancer. On le regarde en face et on ose un “oui”. Croire au bonheur c’est avoir foi en la vie. Et cela vaut pour toutes les rencontres, pour tous les chemins. Cela vaut pour l’amour comme l’amitié. Le bonheur ne connait qu’une réalité, celle qu’on veut bien lui donner.

Et vous le bonheur? Inné ou acquis? En avez-vous eu peur un jour? Pensez-vous que c’est une fantaisie, un droit?

Le rêve du silence

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Bip. Bip. Bip. Ce n’est pas le réveil, juste une énième notification sur ton téléphone. Une fois, deux fois, dix fois, cinquante fois dans la journée, le Bip Bip Bip résonne.Tu as reçu un message. XYZ a aimé ton commentaire. XYZ a répondu à ton commentaire. AZE a partagé ta publication. Tu as quatre messages non-lus sur Facebook. Deux personnes te demandent comme amis. Rejoins le groupe de ZER pour partager tes bonheurs de la semaine…

OTY a publié une photo. OTY a publié une photo. OTY a publié une photo…

Les mails se suivent et se ressemblent. Newsletter mensuelle, hebdomadaire, quotidienne. Chacune son créneau horaire. Chacune son message, chacune son offre. Des inconnus qui tout au long de la journée te disent “je peux changer ta vie” – “sois fière de toi, tu es belle” – “tu as toi aussi essayé le flux instinctif, dis-moi tout” – “l’offre que je te propose est révolutionnaire” – “je peux t’aider à devenir une femme épanouie” – “la couleur de ta semaine est…” – “j’ai développé le programme fait pour toi” – “tu n’as rien à faire, juste à être” – “la peur est en toi, il est temps de la regarder en face” – “tu peux gagner beaucoup d’argent, il suffit de le vouloir” – “retrouve confiance en quinze jours” – “si j’ai réussi, tu peux y arriver, dis-moi tout…”

Les minutes sont devenues des heures et les heures ont filé. Sans moi. J’étais là sans être là. Pas dans l’instant en tous cas. J’étais entre la newsletter qui me proposait un programme révolutionnaire pour entrer en contact avec mes guides spirituels et une story Instagram qui me parlait féminisme et beauté de la nature – maintenant il ne suffisait plus de la vivre, il fallait la partager avec la terre entière pour qu’elle existe. J’étais dans un fil quasi ininterrompu d’informations qui ne me parlaient pas mais que je faisais défiler par habitude. J’étais dans le 25e message envoyé sur le groupe Whats’app des parents de l’école qui dissertaient sur la tenue appropriée pour le prochain cours de tennis. J’errais entre le partage de l’une, de l’autre, entre un “peut-être” et un “peut-être pas”, entre “tiens j’achèterais bien ce bouquin” et “ou pourquoi pas cette huile de massage”. J’écoutais des étrangers parler de leur routine beauté et de leurs fringues achetées en vide-grenier. J’étais dans l’apparence, dans l’appartenance à un truc vide de sens pour moi. Certainement pas dans le plaisir du soleil sur mon visage, pas dans le souvenir de la douceur de sa peau.

Beaucoup de bruit. Trop de bruit. Trop de bip. Trop d’informations. Trop de propositions. Le vacarme, le chaos et la perte d’équilibre.

Trop.

D’un coup j’avais besoin de silence, de me reconnecter à moi, de revenir à l’intérieur, de lâcher toutes ces newsletters qui au lieu de m’apporter un peu de bien-être me filaient le tournis. De partir loin des notifications, de cette pression de chaque instant. Que je m’imposais en tant que spectatrice, en tant qu’actrice. Quelle était devenue la valeur de mon partage? Qu’est-ce que je cherchais, qu’est-ce que je fuyais dans cette course à la “proposition qui va changer votre vie”?

Trop de bruit. Stop. J’arrête tout. J’arrête cette machine infernale, cette recherche de likes à tout va, ces chiffres qui ne veulent rien dire. Je mets le frein à main avant que le bruit ne devienne trop assourdissant, avant que je m’y habitue surtout, avant que je ne me rende plus compte de rien.

Le silence. Oui le silence. L’apaisement. Le calme. Les rayons du soleil. La caresse du vent. Les rires des enfants. La vie, sans téléphone. Penser à lui. Penser à toutes ces histoires qui n’attendent que moi pour voir le jour. Photographier le monde, juste pour le plaisir de ce temps là. Le regarder vivre. Être là, dans chaque instant. Et savourer le silence. Surtout savourer le silence. Vivre.