Chaos

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Crédit Pixabay

On oubliera vite
Ce qui hier encore nous paraissait
Insensé
On se fondera dans un décor
La foule des grands jours
Destins frôlés
Baisers volés

On oubliera vite
Les premiers pas dans le vide
Immense

On oubliera
Jusqu’au souffle déposé
Tout deviendra presque habitude

Et alors la magie s’envolera
Sans un bruit
Elle glissera sur nos corps
Désormais endormis

On ne prendra plus le temps
De s’apprêter
De se découvrir
De se regarder jusqu’à tout deviner
Tout ira vite comme une urgence
Comme si demain allait nous voler
Ce que nous n’avons pas su vivre

Le désir sera une performance de fin de soirée
L’orgasme, l’unique aboutissement d’ébats
Vite emballés

On se sera perdus de vue
Au milieu de la foule des grands jours
Nus dans nos habits communs

Plus rien d’extraordinaire
Que du banal
Plus de tremblements
Que du déjà vu
Plus que du sexe pour le “fun”
C’est ce qu’ils disent
Plus de grandes déclarations
Qui font des nœuds au ventre
Et nous laissent, haletants,
Imprégnés d’un bonheur que nous savons fragile
Que nous chérissons comme un cadeau

On oubliera un jour
Les perles de pluie
Sur nos peaux transies
Les marques satinées
L’abandon
Le don

Il n’y aura plus que des cris
Pour dire le plaisir
Plus que des paroles
Quant il y avait des émotions
Plus que des hypothèses cruelles
Quand il y avait des étreintes
Qui valaient tous les mots de la terre

On oubliera le goût de nos peaux
La saveur des baisers
La fougue
L’audace
La complicité dans un regard
La séduction
Dentelles et bas de soie
La suggestion
Les mains qui caressent
Le temps suspendu
La passion
Les surprises
L’envie pressante
Qui ne se contient pas

Le temps se bloquera
Sur ce qu’on n’aura pas su retenir
A force de vouloir plus

Suspendus dans le vide
Nous aurons encore le choix
De revenir à ce qui compte
Plus que tout
Aux sens et à l’essentiel
A ce qui nous ressemble
A nous.

Challenge Ecriture #15 (22.04.2020)

C’était écrit noir sur blanc. Nélia sur la première page et puis. Et puis…

J’écris en pensant qu’il est temps peut-être que tu saches, d’où tu viens, qui tu es, pourquoi tu trembles le soir quand les lumières s’éteignent, pourquoi la lune est rouge, pourquoi les étoiles palissent au contact de tes larmes.

C’était un soir, un soir de printemps, avec une douce brise comme une invitation à se laisser porter par la vie. Nous regardions par la fenêtre les lumières de la ville. Nous étions bien. J’avais cette impression là. Puis j’ai senti sa bouche dans le creux de mon cou, j’ai frissonné. Juste un baiser. Puis j’ai senti ses mains autour de ma taille. Juste une accolade rapprochée. Puis ses mains se sont faites plus pressantes, elles se sont glissées sous mon pull et j’ai murmuré un “non”. Je me suis arrachée à son étreinte et je suis allée m’asseoir sur le fauteuil. Je lui ai dis que je ne voulais pas, pas maintenant, pas comme ça. Il m’a regardée, s’est approché et ses mains ont recommencé leur ballet intrusif. J’ai remué, j’ai dit “non” encore. Une fois, deux fois. Peut-être plus. Ses mains sont descendues, plus bas, encore et encore. Sa bouche aussi. Je ne voulais pas. Il disait “ne t’inquiète pas, je n’irai pas plus loin”. Pourtant il était déjà allé beaucoup trop loin à mon goût. Je me suis débattue, j’ai cogné avec mes jambes contre son torse. J’ai crié, je me suis levée et j’ai pris mes affaires. Les murs étaient aussi épais que du papier à cigarette, tout le monde pouvait tout entendre. Ce fut sûrement ma chance. Devant la porte, je me suis demandée si il allait ouvrir ou si il allait, contre elle, continuer ce qu’il avait commencé à faire. Je suis sortie dans la rue, mon coeur battait fort dans ma poitrine. Je courrais presque, comme pour lui échapper. Je courrais dans la nuit. Je courrais après mon ombre, loin de la sienne, loin de ce fauteuil, loin du contact de sa peau, loin de cette impression d’être passée à deux doigts du pire. Ce n’était pourtant que le début…

Je n’ai jamais vraiment su te parler de lui. Je n’ai jamais vraiment su te parler d’amour. Pourtant il y en a eu un peu, entre nous, assez au moins pour t’avoir, toi. Je n’ai jamais su te parler des hommes, je t’ai mise en garde souvent sans pouvoir te dire pourquoi. J’ai vécu ce que tant de femmes ont connu et connaîtront peut-être un jour, un “non” non entendu, un consentement ignoré, comme si nos voix ne portaient pas. Je t’écris pour que ma voix résonne, pour que tu ne portes plus le poids d’un passé qui ne t’appartient pas. Peut-être aussi pour que tu ne vives jamais cette humiliation-là.

Découvrez les autres participations ici: Le plan chez Mébul – My minds VisitCher P chez Manon

***

Pour mardi prochain (28 avril), j’ai pensé à un exercice un peu différent: décrire votre “journée rêvée” sous forme de recette de cuisine! A vos plumes et encore merci, je suis toujours heureuse de découvrir vos textes et idées.

 

Un mois d’émotions…

Depuis plus d’un mois il y a eu des jours avec et des jours sans, des jours heureux, plein de fous rires, d’inattendu, des jours de doutes et de peines. Il y a eu des larmes et des cris, des sourires et des promesses, des matins calmes et des soirées folles. Il y a eu des chansons et des temps calmes, des crayons, de la peinture, des lignes d’écriture, des livres, des films, du temps à deux, des cabanes et des nuits, comme en camping. Il y a eu des repas de fête et des pique-nique improvisés.

Il y a eu des ras le bol qui ont pris toute la place, des angoisses qui ont refait surface, des vérités bien cachées qui sont revenues peupler les nuit, gâcher les jours. Il y a eu nos humeurs de saltimbanques du bonheur, nos états d’âme d’apothicaires, des expériences farfelus. Il y a eu du réussi, du raté, l’impression de ne pas savoir faire, de ne pas savoir être, de ne plus savoir où, quand, comment, pourquoi.

Il y a eu du silence et des maux. Et du silence sans maux. Du silence des profondeurs qui vient rappeler que tout est en ordre, que tout va bien, qu’il n’y a rien à faire de plus. Il y a eu du chahut, des chutes, des montagnes de questions, du temps, un temps infini, tantôt délicat, tantôt euphorique, un temps de nous deux, plus complices.

Il y a eu des “je n’aurais pas dû” et des réflexions en duo, un nouvel équilibre à sans cesse redéfinir. Il y a eu quelques projets, peu de temps pour soi, des prises de conscience, des envies d’autre chose. Il y a eu du partage, des moments auxquels les mots ne peuvent rendre justice. Il y a eu des émotions, des découvertes, des impressions d’être seule au monde, seule avec ses joies, seule avec ses détresses.

Il y a eu du chaos, des heures sombres, des minutes en équilibre. Il y a eu la brulure et la renaissance, le feu qui s’éteint et celui qui redonne vie

Il y a eu les jours et les nuits. Sans toi. Pas vraiment loin. Mais pas là. Il y a eu la routine, le déni, la peur et le manque, toujours, la douleur presque parfois de ces jours sans toi. Sans la chaleur de ton regard, sans le grain de ta peau, sans tout ce qui en toi apaise le moindre de mes sanglots. Il y a eu les jours où ton image même me fuyait, les nuits qui disaient “c’est fini”. Il y a eu les craintes qu’au final ce soit vrai, que tu ai choisi un autre chemin, une autre vérité, que ce temps près des tiens t’ai précipité dans une autre réalité.

Il y a eu cette angoisse de nos pas qui s’éloignent quand nos mains ne se touchent plus, que nos yeux se perdent de vue quand nos obligations nous lient à d’autres vies. Cette impression que peut-être tout pourrait s’arrêter là, dans cet espace sans filet de sécurité, dans cet entre-deux dépourvu de certitude. Il y a eu la peur de ne valoir que 4 minutes au compteur d’une journée qui n’en finit pas, de n’être qu’une parenthèse dans un quotidien bien rempli, une porte de sortie face à des responsabilités écrasantes, un passe-temps agréable sur le calendrier du temps qui passe.

Il y a eu les souvenirs et l’espérance, toujours, la certitude de l’amour et quelque chose de plus fort, de plus grand, le manque comme un trou noir et un tremplin pour retrouver l’essence même de ce qui nous tient, même loin, encore debout, toujours vivants.

 

L’épreuve de force #4

Nous devenions, au gré de nos folles inspirations, tantôt musiciens, maniant le ukulélé à la perfection, tantôt auteurs fantasques. Les gens qui passaient devant la porte de ta chambre devaient nous prendre pour des hurluberlus. On s’en moquait. C’était si bon de te voir rire. Un rayon de soleil grandiose qui disait “merde” au bourbier dans lequel on s’enlisait à mesure des jours et de la logorrhée incompréhensible des médecins qui veillaient sur toi.

Tous les semaines, je t’amenais un panier rempli de douceurs, que du fait-maison, avec plein d’amour dedans, celui qui sauve de tout parait-il. J’oubliais de m’épiler, je ressemblais à un vieux singe sous mes vêtements, personne ne le voyait. L’important c’était toi. Je m’oubliais, on me le disait. Qui ne se serait pas oublié dans cette course contre la montre?

J’allais te perdre, je le savais et mon amour n’y changerait rien. Je te regardais dévorer ta purée, avec un plaisir non dissimulé . Puis tu t’arrêtais et tu me lançais un “dis maman, ça veut dire quoi “pastiche“? J’étais toujours surprise par tes questions et je marquais une pause avant de te répondre. Tu me tirais de ma rêverie. Je serais bien restée là encore un peu à t’étudier sous tous les angles, à faire le plein de toi, à contempler l’étendue de mon bonheur prêt à se faire la malle.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. Les mots imposés étaient: Hurluberlu -pastiche- s’enliser- épiler-logorrhée- fantasque-purée-soleil-ukulélé- panier