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Spontanéité et Adaptation

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Est-ce d’avoir grandi au milieu de “trop” et “pas assez” qui a mis un frein à cet élan spontané de l’enfance? Peut-être bien.

En société, j’ai appris très jeune à m’adapter, sans toutefois trouver ma place. Il aurait fallu rentrer dans tellement de moules bien façonnés que j’ai préféré l’évasion à la réalité. M’échapper a été mon salut à moi, ma porte de sortie privilégiée. Jusqu’au jour où la réalité m’a rattrapée.

Quelque part ces “trop” ou “pas assez” ont forgé mon identité. Si bien qu’il n’y a que quand je suis seule (ou avec un très petit nombre de privilégiés!) que je m’autorise à me laisser être. Avec les autres, je me fonds, me confonds, je n’ose pas tout, je me protège sûrement beaucoup (pour être acceptable, aimable) mais je crois qu’on s’en fout. On se protège tous!

Ils reviennent encore parfois me susurrer que certaines choses ne se font pas, comme de manger avec ses doigts ou de parler seule, comme d’esquisser quelques pas de danse dans la rue ou de parler fort, de faire de grands signes pour indiquer ma présence ou de sauter dans les flaques d’eau, comme de saluer des inconnus ou de dire tout haut ce que les autres pensent tout bas. Ils reviennent avec les souvenirs de “les gens vont te prendre pour…” ou “je ne te connais pas…”

Alors oui, j’assume parfois et parfois pas. Je planque ma spontanéité par peur de gêner, pour ne pas indisposer celles et ceux qui préfèrent la discrétion. Et par crainte aussi du regard des autres, ce regard qui m’a tant blessée, qui m’a si souvent intimé l’ordre d’être différente, qui a si souvent insisté sur mes faiblesses sans jamais mettre en avant mes forces, qui a fait de moi ce que je n’étais pas, qui m’a tant de fois abandonnée seule dans l’arène.

L’adaptation n’est pas un masque, elle est un choix, qui est devenu avec le temps très instinctif finalement. Si bien que dans beaucoup de situations, c’est elle qui prend le dessus. Elle est ce qui me permet de maintenir à flot mon équilibre, ma sécurité affective. Et parfois, quand le contexte s’y prête, quand je baisse un peu ma garde, quand quelque chose d’inattendu se produit, alors je me laisse moi même surprendre par ce que d’habitude je cache avec dextérité!

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Atelier d’écriture #12

“Je n’attendais que vous, rendez-vous demain même heure, même endroit”, écrit à l’encre rouge sur la première page du dernier roman de Jean-Christophe Grangé, Lucie sursaute et se tourne de tous les côtés pour voir si quelqu’un l’observe. Autour d’elle, il y a du monde, tant mieux et le ciel est d’un bleu éclatant. Elle respire, certaine que rien ne peut lui arriver. Elle efface vite la terreur et relit la phrase, qui ne la laisse pas indifférente. Lucie ne rate aucune émission sur les psychopathes d’hier et d’aujourd’hui, quand elle part en vacances, elle s’assure toujours de rendre une petite visite aux Hôpitaux Psychiatriques ou asiles abandonnés. Elle est friande de tout ce qui a trait de près ou de loin aux tourments et tortures du psychisme humain.

De là, à partir elle même en quête d’indices plus précis, il n’y a qu’un pas. Mais se sent elle réellement prête à tenter le tout pour le tout, quitte à avoir son portrait en première page d’un énième fait divers dont elle serait la principale victime? Lucie prend le livre et va s’installer sur un blanc du parc, pas trop loin de l’effervescence, mais assez reculé quand même pour pouvoir réfléchir à tête reposée.

Sa fibre aventurière l’enjoint d’éclaircir le mystère, dès demain, même heure, même endroit. Sa raison, elle, lui coupe l’herbe sous les pieds – une idée dangereuse et qui ne la mènera qu’à sa perte. Qu’à cela ne tienne, Lucie se sent d’humeur à passer à l’action, après tout elle a une bonne connaissance de ce genre de terrain et il est grand temps que ses heures à dévorer des histoires sordides lui servent enfin à quelque chose.

Lucie passe une nuit difficile, dans ses rêves les mots dansent et son cœur s’impatiente. Elle voit sa vie défiler, ses premiers pas sur des petites intrigues des cours de récréation et son intuition maintes fois célébrée par petits et grands. Le doute n’a pas sa place et c’est pleine de frissons qu’elle se rend au parc le lendemain, son livre sous le bras, bien décidée à lever le voile sur le messager.

En s’approchant de la boite aux livres où se trouvait hier le roman, elle aperçoit une silhouette, qui furette avec énervement. Elle attend un peu en retrait que l’individu passe son chemin. Mais il reste, il se prend la tête dans les mains, sort des “putain” à tort larigot, invective les passants, cherche du regard les environs avant que ses yeux ne foudroient Lucie. Un regard noir, perçant, angoissant. Il fonce droit sur elle et lui arrache le livre des mains “espèce de sale voleuse, c’est le mien.” Lucie ne bouge pas, interloquée, contente de constater que la foule autour s’est arrêtée, non pour assister au spectacle mais pour intervenir si l’homme se met à la frapper.

Au loin, on entend des sirènes. Puis plus rien. Plus d’homme, plus de cris, juste les oiseaux qui pépient et une phrase qui arrive aux oreilles de Lucie “depuis le temps que je vous le disais que le vieux JC finirait en HP!”.

Retrouvez ici les jolies participations de: Sweet Things, Josée, Mijo, Isabelle Marie

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Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte à partir de la photo suivante. Hâte de vous lire! Belle semaine.

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Le jour d’après…

J’imagine bien que les résultats d’hier soir n’ont pas fait que des heureux. Personnellement, je parle rarement de politique, car je n’ai pas particulièrement d’idées et comme le dit si justement Guillaume Meurice: “Etre Président de la République, y a rien de plus con, c’est quelqu’un qui se met en position de se dire je vais résoudre les problèmes de 67 millions d’autres êtres humains.”

Vu sous cet angle, on voit bien le combat est perdu d’avance. Nous n’avons déjà pas les mêmes besoins que les membres de nos foyers, alors imaginez à l’échelle d’un pays. Et d’ailleurs tout le monde ne veut pas la même chose. Alors oui il y a des problématiques qui doivent être adressées, oui il y a des personnes en souffrance, oui il y a dans certains cas un pays à deux vitesses.

Mais de là à écarter tous les points dangereux d’un programme, à l’échelle Française, Européenne et Mondiale?

Je suis d’avis que chacun a son opinion et que chaque opinion est respectable. Tant que cette opinion respecte celle des autres. Et je n’ai pas le sentiment que c’est ce qui se passe la plupart du temps. J’entends plus souvent des critiques violentes que des débats enrichissants. Je vois davantage de gens se plaindre que de gens essayer à leur niveau de faire bouger les lignes.

A l’étranger, nous sommes réputés pour être de vrais râleurs. Je ne sais même pas si nous nous rendons compte de notre chance de vivre en France. J’ai conscience que celle-ci est biaisée pour certains mais ce n’est pas chez les plus concernés que ça gueule en général. Alors qu’ils auraient toutes les raisons pour dénoncer les abus dont ils sont victimes.

Je n’ai pas d’idées tranchées mais j’ai des idéaux. Et les miens englobent l’humain dans sa diversité. Ca en dérangera sûrement certains, mais comme j’ai la chance de vivre dans un pays où l’expression est encore libre (même si je trouve qu’elle recule parfois dangereusement!), je peux rappeler que les extrêmes, de droite ou de gauche, ont commis et commettent encore les pires crimes contre l’Homme. Et que le pouvoir d’achat à mon humble avis ne fait pas le poids face à cette menace réelle, même si édulcorée par un discours qui se veut fédérateur, mais qui ne sert que des intérêts égotiques.

Pour terminer sur une note humoristique, je vous laisse avec Frédéric Fromet qui m’a bien fait rire – quand même! Il fallait oser…

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Ce en quoi je crois…

“Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants.” Marcel Pagnol

Qu’on le veuille ou non, ainsi va la vie. Mais faut-il la voir comme un combat, une suite effrayante de choix impossibles, une série d’épreuves redoutables? Je ne juge pas ce regard, je me pose juste des questions.

Je pense que nous pouvons choisir, que nous pouvons profiter des joies, les emmagasiner pour qu’elles puissent faire le poids face à ce qu’il nous faudra endurer, un jour ou l’autre. Parfois certains destins s’acharnent c’est vrai mais j’ai vu des femmes et des hommes surmonter le pire, alors… Tout est selon moi possible.

Je veux choisir de voir le beau dans la folie, l’étincelle dans la nuit, la générosité au milieu du chaos, la fraternité quand tout espoir semble perdu. Je ne veux pas de ce qu’on m’a vendu depuis que je suis en âge de comprendre, qu’il va falloir être forte, endurer, m’armer pour faire face. Je ne veux pas courir après un semblant de vie parce qu’on me dit que c’est comme ça et pas autrement.

Je reste parfois songeuse devant les partages des uns et des autres, devant la peine qui se dégage de leurs mots, devant la rage qui éclate et la peur qui se fraye un passage, devant leur façon de voir la vie comme un labyrinthe dans lequel on se perd indéfiniment.

J’ai mes heures de doute et d’envies que tout s’arrête, comme tout le monde. Puis je me rattrape aux branches de l’espérance, de l’aurore et ses reflets ambrés. Il y a toujours quelque part un élan de vie qu’il suffit de saisir pour revoir les rayons du soleil éclairer nos ténèbres.

C’est en ça que je crois. Et vous vous croyez en quoi?

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Dis, on s’ennuie?

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Il s’ennuie, un peu, souvent, il le dit et je lui répète que c’est bon pour sa santé, pour son esprit, sa créativité, que l’ennui est cette formidable clé qui ouvre des espaces inconnus.

Ennuie toi, un peu, souvent, profites-en! Oui le silence, le vide, l’absence, autant de moments suspendus dans lesquels on se sent mal mais qui sont à même de nous offrir le meilleur. Je lui répète qu’il faut de l’ennui pour faire de grandes et belles choses, que l’omniprésence du bruit est un fléau qui empêche le corps, l’esprit, qui vient brider l’empire de nos pensées et ses possibles.

Un bon ennui est constructeur. Mais nous, adultes, ne sommes nous pas les premiers à refuser l’ennui, à le combler vite fait, bien fait? Ne sommes nous pas ceux qui dégainons notre portable dès qu’il faut patienter, dès qu’une seconde s’infiltre dans l’organisation quasi-millimétrée de notre journée?

Sommes-nous les mieux placés pour conseiller nos enfants, leur inculquer la valeur de ce que nous ne prenons plus le temps de faire, trop occupés à tenter de combler ce qui nous nous angoisse, le rien? Savons-nous seulement faire sans, sans nos réseaux, sans internet, sans sauter à la moindre occasion sur ce petit objet connecté qui nous relie à tout instant au reste du monde? Savons-nous être seul(s) et apprécier?

Suite à la remarque de mon fils sur mon utilisation, somme toute modérée, de mon téléphone, j’ai reconsidéré ma propre “vision” du temps de l’ennui. Et je me suis rendue compte que je n’en profitais pas assez, que j’avais tendance à moins buller, à chercher l’inspiration un peu partout, sans finalement la laisser venir à moi, à être dans un besoin d’information, permanent, qui me desservait.

Loin des écrans et des réseaux, loin de ce plein qui empêche d’apprécier le rien, loin du vacarme, je suis mes propres conseils sur la valeur inestimable de l’ennui, je redessine les contours du temps, je découvre leur élasticité, leur potentiel et je me laisse aller au plaisir de rêver à travers la fenêtre grande ouverte…

Quel est votre rapport à l’ennui? Vous vous laissez le temps de vous ennuyer? Ou vous pensez au contraire que l’ennui est une perte de temps?

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Ces temps-ci

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Dans le silence, je brode les maux du temps, les questionnements. Je mixe les tons, j’ajoute la douceur et la générosité qui tranche. Je garde ce qui déroute et ce qui tremble aussi, qui réveille, ce qui vient me cueillir dans l’émotion, qui me chavire un instant et l’instant suivant qui me donne des ailes.

Un peu loin d’ici et des écrans, je tricote l’espérance avec des fils de couleurs, je pose les mots du pire et les sourires qui doucement se dévoilent. Je suis dans l’entre deux entre ce qui se joue dans le monde et ce que je peux en faire, à mon niveau.

Je vis le présent, je prends le temps au rythme des battements de cœur qui me lient au cœur des autres. Et au corps, d’un commun accord. Je laisse un peu les points d’interrogation tracer leur route, me montrer d’autres chemins, des hypothèses potentielles. Je déshabille mes certitudes, mes positions un peu stagnantes, mes scénarios maintes fois joués.

Il existe tant de possibles qui se faufilent et que je devine, dans la plus pure simplicité.

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Atelier d’écriture #6

“Le début de l’absence est comme la fin de la vie”. Madame Violette l’avait écrit en gros sur le tableau noir, en claironnant “Vous avez 3 heures!” Le choc.

Je ne voyais que le mot absence, la sienne. Depuis, depuis quand déjà?

Elle était riche de convictions, je n’avais aucun avis sur les choses. Elle était mère de cinq enfants, le seul que j’aurai pu avoir s’était éclipsé avant les 9 mois réglementaires. Elle connaissait l’amour avec un grand A, je n’avais fait que l’effleurer. Ses projets menés à terme narguaient les prémices des miens. Elle allait à la messe le samedi soir et le dimanche, nous nous retrouvions, bombes de peinture à la main, trois heures rien que pour nous, loin de nos univers respectifs, loin de tout ce qui faisait un monde à mille vitesses.

Je ne voyais que le mot fin, comme un mauvais clin d’œil. J’avais taggué le French en rose. Elle avait ajouté le Kiss. Ca avait de la gueule notre association. La dernière. Le dimanche suivant j’ai attendu en vain. Et puis j’ai essayé les mails, les appels. Rien. J’ai continué à y croire quand tout me poussait à abandonner. Puis un matin, j’ai vu son nom. Accident de la route. Voilà ça s’était fait comme ça, tout simplement. Je n’en avais rien su car je n’avais aucune place dans sa vie, ou alors de loin.

La cloche a retenti me sortant de mes souvenirs. Trois heures déjà que j’étais partie. J’ai rendu copie blanche, presque rassurée. Cette page vierge de mots parlait d’elle même.

Retrouvez toutes les participations ici: Chez Isabelle Marie, Chez Sandra, Chez Marinade d’histoires, Chez Josée, Chez Mijo, Chez Sweet Things

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Pour la semaine prochaine, je vous propose d’écrire un texte qui commencera par la phrase suivante: “J’étais pigiste dans un journal raté qui nourrissait la cervelle de…”

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Atelier d’Ecriture #5 (Petit Changement)

A chaque nouveau dossier, l’euphorie pointe. Manon sait pourquoi elle a choisi ce métier. A l’heure des lait-menthe et des cassettes audio, elle avait déjà ce sens de l’autre, cette envie de casser les codes, elle prônait la Justice comme valeur absolue. Elle avait prêté serment avec fierté. La photo de ce jour mythique trône dans son bureau parqueté, aux murs blanc immaculé. Un endroit paisible pour accueillir les confidences de celles et ceux qui remettent leur vie en question et se lancent dans une aventure dont les tenants et aboutissants sont incertains.

Les jours où elle n’est pas en audience, elle s’installe devant sa table en verre et regarde par la fenêtre, Paris, sa ville, ses boulevards, son trafic, ses gens qui passent, qui s’aiment un peu, beaucoup, ses idées qui volent et s’écrasent parfois avec fracas sur le bitume, avant de reprendre leur ascension et leur liberté. Le plan est simple : respiration, hydratation avant d’accueillir le prochain client.
Chacun arrive avec ses maux et ses besoins, autant d’appels au secours qu’elle tente d’écouter avec professionnalisme. Elle note les grandes lignes au milieu des bribes de vie chargées d’émotions. On le sait bien une version des faits est toujours empreinte d’une certaine couleur en fonction de la personne qui la partage et de son état d’esprit.

Elle récupère ensuite les pièces, les justificatifs, sort quelques instants, la salle de reprographie au bout du couloir est devenu son sas privilégié de filtration des informations récupérées, qu’il va falloir trier. Afin d’apporter une aide constructive et préparer un dossier en béton pour la suite des festivités.
De retour dans son bureau, elle fait un bilan au client, lui donne les points clés de la procédure qui va suivre. Elle sent son regard qui retient une fontaine de larmes, qui explosera une fois les mains serrées sur le pas de la porte.

A la fin de chaque rendez-vous, elle prend quelques minutes pour elle, histoire de faire le vide. Ses pensées l’entrainent sans cesse entre les bras d’Yves, loin du tumulte, sa présence est rassurante. Elle se laisse aller au dernier souvenir de leurs corps emmêlés dans un lit anonyme, qui tel un nuage moelleux lui offre un répit salutaire.

Retrouvez les participations ici: Chez Sweet Things, Chez Isabelle-Marie, Chez Sandra, Chez Mijo, Chez Josée, Chez Marinade d’Histoires

Bravo à toutes! L’exercice n’était pas simple et vous avez fait des merveilles! Comme quoi un peu de piment pour révéler le meilleur de soi.

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Pour la semaine prochaine, place à la photo, il semble que certains préfèrent! Mais avec une contrainte (sinon ça ne serait pas drôle), votre texte devra inclure la citation suivante: Le début de l’absence est comme la fin de la vie.” ( Félix Lope De Vega ).

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Choix – Libérateur

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Le premier jour, la découverte. La bienveillance érigée en valeur absolue. Le monde entier peut bien s’écrouler, nous avons trouvé une “famille” ou presque, un endroit dit-on pour être pleinement soi. Ici, il sera question d’accueil et de tolérance.

Freud, Lacan, Jung, et bien d’autres. Des sujets fascinants, passionnants et pas assez de temps. Les groupes se forment et on trouve pas à pas nos marques dans un univers qui semble enfin nous convenir, qui fait sens, qui nous offre une place. Cette fameuse place qui nous fait tant défaut.

On apprend, on comprend. On grandit vite et on se prend de belles claques aussi. Certaines conversations nous emmènent un peu loin, on décroche et puis on s’accroche. Ce n’est que le début de l’aventure. C’est une coupure franche avec le monde du dehors, celui dont la carte du monde nous parait si souvent étrangère, voire inaccessible.

On construit, on déconstruit les grandes théories et on passe à la pratique. Et là on se sent d’un coup tout petit face à celles et ceux qui partagent des bribes de vie. On doit écouter c’est vrai alors on écoute. Et on doit tirer le fil aussi de ces confessions, emprunter un chemin. Au fil des expériences on va acquérir plus de confiance, mais les histoires seront souvent les mêmes, des histoires compliquées, des douleurs qui ressortent sans y avoir été invitées.

On se sentira un peu petit avec notre maigre bagage, nos outils fragiles pour faire face à cette souffrance qui oscille entre espérance et désespoir. On se demandera, quand même, souvent, un peu plus qu’avant si ce n’est un peu léger tout ça, si cette onde de bienveillance ça ne fait pas trop de dégâts, si notre diplôme on ne l’achète pas!

Et puis on se sentira en marge une fois de plus, dans cet espace où on pensait avoir trouvé quelque chose de différent, de plus cohérent. On essaiera un peu d’en parler mais on sentira vite que ça ne sert à rien – tout le monde est emballé.

On justifiera cela ainsi – une question de carrure, de pointure. Ou d’équilibre personnel. Pourtant du travail on en a fait, on en a démêlé des pelotes de laine. C’est difficile à accepter quand personne d’autre ne remet en question un enseignement, une façon de faire.

Je pense avec le recul que ça n’était juste pas fait pour moi, je ne me suis pas retrouvée dans cet endroit, dans cet enseignement. Les avis sont élogieux et les praticiens nombreux, un gage de sécurité et de sérieux – sûrement. Je suis repartie avec un regard sur le monde plus ouvert et flexible, avec quelques clés et une solide amitié. Je tourne aujourd’hui une page, il m’aura fallu un an pour faire ce choix – libérateur!

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Overdose – Bis

Crédit Photo @mariekleber37

En Septembre l’année dernière j’exprimais déjà mon ras le bol sur le sujet, ICI.

Et je dois dire que depuis j’oscille entre « ça me fait du bien » et « ça m’exaspère ». Oui je n’en peux plus de toutes ces questions – pas les simples type « qui suis-je, où vais-je ? » – mais bien celles qui me demandent si « je sais dire non » ou « quelles sont mes masques, mes scénarios de vie, mes croyances limitantes », celles qui me demandent sans cesse d’aller creuser, d’aller piocher dans mes expériences, confronter mes peurs, nourrir mon enfant intérieur, identifier mes blessures, libérer mes émotions, nommer mes besoins, changer mes pensées.

Je n’en peux plus des injonctions de ce monde, de la colère des uns, de la folie des autres, des mots acerbes lus, entendus. Ni d’un côté, ni de l’autre, je ne me retrouve que dans cette appréciation de la beauté, dans cette illumination naïve, dans ce courant loin de tout qui s’exclue sans le vouloir, juste pour s’épargner le malaise qui inexorablement pointe son nez.

L’overdose, une fois de plus, overdose de bons sentiments dilués sous couvert d’une spiritualité sacrée, bons sentiments qui ne sont que des mirages auxquels nous tentons de nous accrocher pour suivre la foule qui scande avec foi son adhésion à la vie.
Quelle vie ?
Nous n’en avons sûrement pas la même définition.

Je suis peut-être bien arrivée au bout de cette quête qui m’a promis monts et merveilles et qui me semble bien fade à l’heure actuelle. Je suis peut-être même revenue là où j’étais il y a longtemps, avant de vouloir comprendre pourquoi j’étais là, pourquoi j’étais moi en quelque sorte. Il faut parfois des chemins de traverses pour saisir son essentiel.
Je crois que le mien est loin de tout ce qui se fait aujourd’hui. Il est peut-être même à contre-courant mais qu’importe puisque je n’ai jamais vraiment été dans le courant. Ce besoin d’appartenance c’est quand on a 15 ans. A 41, il est temps pour moi d’accepter de ne pas adhérer.
Ça ne change pas la donne mais ça a certainement le pouvoir de modifier ma façon d’être au Monde…

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Pourquoi j’ai arrêté ma formation de thérapeute?

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On me demande souvent pourquoi j’ai arrêté à mi-chemin ma formation de thérapeute. Il y avait la notion “temps” bien sûr, pas évident de tout conjuguer tout en gardant une harmonie et un équilibre, tant au niveau professionnel que personnel.

Mais il y a autre chose. Le bien-être est au cœur de bon nombre de débats en ce moment. On peut même dire qu’il est le cœur de nos modes de vie. On entend parler à outrance du bonheur, du développement personnel, de l’affirmation de soi et j’en passe.

J’ai aimé apprendre, j’ai trouvé cette formation enrichissante à bien des égards, à raison de deux jours tous les trois mois. A chaque regroupement, j’avais le sentiment de mieux comprendre certains concepts clés, nous faisions pas mal de mises en situation ce qui apportait un plus. Oui mais…

Oui mais, ne confondons pas tout. Une formation en 5 weekend de 3 jours et 4 semaines de 5 jours, même avec beaucoup de travail personnel, ça ne permet pas d’aller dans le monde et de prétendre pouvoir aider, accompagner les autres. De nombreuses professions aujourd’hui ne sont pas réglementées, on trouve de tout dans le milieu du soutien “psychologique”, de l’éveilleuse de conscience au chamane cosmique, de la nettoyeuse d’âme à l’art-thérapeute plurielle holistique, de la business prêtresse à la révélatrice d’amour sacré.

Toutes ces personnes croient en ce qu’elles font et c’est très bien. Mais derrière tout ça il y a certes des personnes avec des problématiques assez simples allant de la confiance en soi à la peur du changement. Et puis il y a des personnes en souffrance profonde, avec des traumatismes lourds, des histoires de vie complexes. Et là, pour moi il y a un vrai risque. Et même d’ailleurs des problématiques ordinaires, il peut y avoir des choses moins sympa.

Une bonne capacité d’écoute et une empathie développée sont des qualités importantes mais elles ne sont pas suffisantes pour en faire un métier. Je sais que beaucoup de personnes dans le milieu holistique notamment remettent en question la médecine plus traditionnelle. Mais ne comparons pas un psychologue ou un psychanalyste qui a une formation solide à un thérapeute qui s’est formé uniquement en ligne par exemple.

Je ne dis pas que les thérapies holistiques sont mauvaises, loin de là, mais elles ont leurs limites. C’est un leurre de penser qu’une séance de fleur de Bach, de visualisation, de bols tibétains va venir à bout d’un deuil, d’un traumatisme de l’enfance, de la maladie, de phobies. J’en vois des gens autour de moi qui claquent des fortunes pour des programmes qui leur promettent de dire adieu à leurs peurs et de vivre enfin la vie qu’ils/elles désirent!

Donc voilà la deuxième raison. Je ne me suis pas retrouvée dans cette dynamique. Pour les autres ça avait leur de coller. D’ailleurs l’école fait carton plein. Les gens payent environ 8000€ pour se former et plusieurs personnes de ma promotion se sont lancées à leur compte!

Vous aussi vous trouvez que ça part un peu dans tous les sens ces nouveaux métiers? Vous iriez facilement voir quelqu’un qui s’est formé en quelques heures seulement?

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Impuissance

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Je suis là, j’écoute, je regarde. Je garde les maux dans un vase clos d’incertitudes. Je suis là, j’écoute, je sais que je ne peux rien faire à part écouter. Je regarde les corps fatigués, je prends note de l’épuisement, les mots ne sont faits que de ça. Ils disent le trop plein, le trop peu. Je regarde les maux du corps, j’entends le corps crier et je ne peux qu’écouter.

Je suis là, au bureau, dans les couloirs, entre deux portes. Je suis là, au bout du fil, au bout du cœur. J’écoute tant que je peux. J’écoute avec les yeux. Je regarde les maux se balancer. J’essaie de dire, j’essaie de dire qu’à force de trop encaisser on risque de tomber. J’essaie de prévenir, avec des mots clichés. Et puis je cesse de dire, j’écoute. Mon impuissance est flagrante.

Je ne peux pas. Comme vous. On ne peut rien pour l’autre qui souffre. On ne peut rien pour celui qui coule. On peut juste l’écoute. On peut juste être là. L’autre doit savoir qu’on est là. Parfois, ça sera suffisant. Et parfois, ça ne suffira pas. Il faudra que le corps s’exprime davantage, il faudra que le corps cesse de bouger. Parfois il faudra la chute qui abime.

Je suis là, j’entends les cris, les appels à l’aide et je reste avec mon manque de ressources, avec mes mots qui sonnent comme des embuscades. Je reste avec ce qui souffre en silence. Et j’ourle de silence ma totale impuissance.

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Un “oui” sans retenue

Je marchais sous le ciel bleu du jour et mes pensées m’emmenaient vers toi. Tu es là, tu as toujours été là. Je me suis éloignée, prise dans les filets du passé. Typiquement moi. J’ai négligé mes besoins et retardé le moment de les partager, par crainte du déjà vu. Et si ce qui a été pouvait être à nouveau?

Non, nous ne partons pas tous avec les mêmes bagages. Dans les miens se côtoient le silence, les conflits, la violence, l’absence. Et si peu de partage. J’en ai déduis que je n’étais pas intéressante.

Alors pourquoi avec toi ça serait différent? Voilà ce que je me suis racontée. Une histoire abracadabrantesque qui donnait raison au passé. Inconsciemment, sûrement la solution de facilité.

Et puis, face au risque d’une déviation, d’un abandon, j’ai choisi de changer de direction. Au pire, c’était fini, mieux valait le savoir. Au mieux, je me donnais la chance d’un nouveau départ.

Parce qu’au fond, tout au fond, derrière la peur et les doutes, derrière mes blessures et tout ce que je tiens à distance, derrière les cicatrices et les manques, il y avait ce qu’il y a toujours eu, mes sentiments, intacts. Ces sentiments qu’hier encore je tentais d’ignorer, planquée sous une chappe de silence, ces sentiments étouffés pour qu’ils ne viennent pas troubler la suite de l’histoire. Celle du flashback. Celle de ce mois de janvier il y a 18 ans.

Finalement peut-être que je suis “aimable”, que les autres n’étaient que des abrutis finis, des indécis, des récalcitrants. Ou bien tu es un peu fou. Je ne veux pas savoir. Je veux juste profiter, savourer ce temps qu’il nous est donné de vivre. Et ne plus comparer aujourd’hui à hier, juste regarder le bonheur dans les yeux et le suivre dans un “oui” sans retenue.

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Ma sensibilité +++

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Il faut savoir que je déteste le terme Hypersensible.
Hyper ça me fait penser aux Hypermarchés, ces magasins à taille inhumaine.
D’ailleurs Hyper ça exprime l’excès, le trop. Et moi, le trop, je l’ai tellement entendu que ça ne passe plus.
Trop sensible
Trop gentille
Trop timide
Trop réservée
Trop idéaliste
Trop rêveuse
Trop calme
Trop susceptible

Je pense que vous avez compris !
Je lui préfère Supersensible. Comme Superhéros. C’est quand même plus vendeur et ça fait moins penser à quelque chose de pas « normal », pas dans l’ordre des choses. Comme si il y avait un ordre des choses, mais bon là on part sur une autre discussion et ce n’est pas le but de cet article !

Sur le sujet, vous pouvez aller lire l’excellent article de Nina ICI. Il y a autant de supersensibles qu’il y a de couleurs dans l’univers !

La super émotivité : les montagnes russes en quelque sorte. C’est sûrement le plus dur pour moi à accueillir et à vivre. Je peux passer du rire aux larmes en 30 secondes chrono, je vis un mix d’émotions variées en peu de temps. Je suis à fleur de peau sans cesse, même si ça ne se voit pas le plus souvent. Je suis un peu comme le temps Irlandais !

La super empathie : c’est le plus difficile à expliquer, je crois que mes écrits parlent pour moi. Je ressens ce que les autres vivent, comme si je le vivais moi-même. Pendant des années ça a été extrêmement douloureux, je portais une souffrance qui n’était pas la mienne, pour rien. Et puis les mots sont arrivés et ils m’ont permis de libérer ces ressentis intérieurs.

La super sensibilité au bruit : je déteste les « tic-tac » , les portes qui claquent, les chamailleries d’enfants, les chats qui miaulent pendant des heures, les gens qui mâchouillent – je peux chercher pendant 1h la source d’un bruit qui me gêne – j’entends le chant des oiseaux même au milieu des travaux…

La super sensibilité au toucher : je fuis tout type d’étiquette sur les vêtements, les matières qui me dérangent – un frôlement et tous mes sens sont en éveil – je sursaute si on me touche par surprise – les chatouilles me font bondir – je suis très très tactile…

Et dans le désordre : j’ai les centres commerciaux en horreur, la foule, la chaleur, au bout d’un moment je vacille – je ne peux pas entendre parler d’une opération au risque de faire un malaise – je n’ai donc jamais participer de A à Z à un cours de biologie – je ne supporte pas les parfumeries, toutes ces odeurs me donnent la nausée, je pleure facilement même pour rien, les aurevoirs me submergent, j’ai besoin de temps sans bruit et sans lumière pour me ressourcer…

Pendant longtemps je n’ai pas saisi l’ampleur de ma sensibilité, tout simplement parce que je me suis toujours adaptée à mon environnement. Je savais que j’étais sensible mais pas plus que ça. On va dire que je passais plus souvent pour l’empêcheuse de tourner en rond, la susceptible, l’enfant difficile à cerner, à comprendre.
Il faut savoir que chez les supersensibles, le besoin d’être aimé et apprécié est quelque chose de fondamental. Donc autant se fondre dans la masse plutôt que d’assumer son « étrangeté » dans une société qui aime que les choses soient le plus lisse possible.

Entre le « trop » ou « pas assez », pas toujours aisé de trouver sa place, son équilibre.
Pourtant acceptons le, nous sommes tous spéciaux, uniques, particuliers. A nous de transformer ce que les autres voient parfois, souvent, comme un handicap, une faiblesse. A nous d’apprendre à nous aimer pour en tirer le meilleur.
Ma sensibilité est ce qui me permet d’entrer en contact avec le monde et pour moi c’est un des plus beaux cadeaux ! (même si parfois encore j’aimerai l’être moins!)

Réédition d’un article écrit en 2021

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Avec le coeur

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“Avec le cœur, tu ne peux pas te tromper!” Les enfants, ces grands sages. Il a dit les mots que j’avais besoin d’entendre finalement. Le cœur ne connait pas de dilemme, il sait. L’esprit extrapole, il invente des scénarios, il voudrait des certitudes, il attend des mots pour compenser les silences, du bruit pour défier l’absence.

Le temps court pour tout un chacun et si nous n’en prenons pas soin, le temps s’égare. Avec nous ou sans nous. Si nous ne faisons plus attention à ce qui compte, alors ce qui compte se dissipe dans l’aurore d’un nouveau jour. J’ai toujours voulu vivre, avant toute chose, vivre à me brûler les ailes parfois. Et à côtoyer les sommets aussi. Vivre avec passion et avec l’expérience, un soupçon de raison. J’ai tenté de retenir le bonheur et il s’en allé plus d’une fois. Il n’y avait peut-être pas assez de cœur dans mes choix, trop de manque, pas assez de “je t’aime” partagés pour pouvoir tenir la route face aux vents contraires.

Peut-être que tout n’est qu’une question de cœur, de ce qui le serre et ce qui le touche, de ce qui le fait trembler aux premières lueurs de l’aube et l’enveloppe d’une chaleur que nul ne peut deviner. Avec le cœur, les masques tombent et alors on s’avoue, à fleur de peau. C’est fragile comme du cristal et ça peut se briser à tout moment. Mais si ça tient c’est que quelque part quelque chose vibre plus fort.

Ses mots je les prends, je les fais miens. C’est comme s’il savait par delà ce que je tais, ce que mon cœur retient comme pour me protéger d’un éventuel chagrin. Il me prend la main et me dis: “tu sais, maman tout ira bien!”