Ce que je retiens de 2020

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2020 fut quelque peu tumultueuse. Pas tant au niveau des rebondissements que de ses espoirs et ses déconvenues, à l’échelle du pays. Pour ma part, me tenir loin des informations et des débats, a été mon salut. J’ai évité les folles rumeurs et la violence.

Je ne saurais comment qualifier cette année. Elle a été riche de vide et de plein, de peurs et de joies, de solitude dans l’effervescence et de rires dans le maison, de pas en avant et de pas en arrière, nécessaires pour aller de l’avant.

Année de formation. Année de prise de poste. Année de remises en question, toujours. Et ce sont ces questions qui aussi me permettent de continuer sur le chemin, avec peut-être des bagages un peu moins lourds de mois en mois. Comprendre un peu mieux la psyché humaine. Ecouter l’autre dans sa différence et sa résonnance. Prendre plaisir au partage du Soi. Et s’éloigner du jugement, si présent, même quand on a l’impression d’être dans l’ouverture. Accepter pas à pas que chacun est là où il en est, que c’est bien comme ça. Accepter qu’aujourd’hui je pense “sécurité” tout en sachant que tout peut changer.

Année de travail sur la confiance mais surtout l’affirmation de soi. Poser des limites, oser dire non, oser dire tout court. Une année pour mettre des mots sur cette difficulté à exprimer mes émotions, à accueillir celles de mon fils. Comprendre à travers ce que je mets en place comment je fonctionne et pourquoi. Evoluer toujours même si parfois c’est compliqué et que ça vient nous chahuter. Revenir au corps aussi, à son langage, à ses ressentis. Une fois encore tenter de lâcher le jugement.

Mettre de la conscience sur ce qui ne fonctionne pas, se laisser davantage porter par le flow de la vie – pas si évident en soi!

Une année moins littéraire que les précédentes. Mais avec des projets tenus de A à Z ou presque. Découvrir d’autres façons de créer et de s’exprimer. Prendre plus souvent les crayons, la peinture, les pigments. Avoir envie de faire différemment et trouver des pépites à des endroits inattendus!

Une année avec moi, à l’intérieur surtout, une année d’intériorité à tenter de trouver un équilibre. Sans cesse à réinventer. Une année avec lui, ce petit homme qui s’essaie à la vie. Cet enfant plein d’énergie qui n’aime guère le cadre, les règles, qui a besoin de fantaisie et de câlins, qui ne comprend pas qu’on s’attarde tant à garder tout en ordre, qui aime le désordre, collectionner tout et rien, faire des expériences, créer tout et rien aussi. Me rapprocher de qui il est, en me demandant à chaque instant, si je suis là vraiment, entièrement avec lui dans ce que je fais, dans ce que je suis. Gérer les journées de “non” à répétition en tentant de garder la tête froide et le sourire si possible.

Peu de temps de solitude au fond et beaucoup de fatigue aussi. Plus physique que psychologique vers la fin. Beaucoup de colère encore qui s’apaise doucement. Beaucoup d’autres voix que je fais miennes. Beaucoup trop.

Si peu de lui. Et pourtant sa présence à chaque instant. Dans chaque souffle. Et son écoute aussi dans tout ce que je ne saisis pas à force de penser si peu de moi. Ses encouragements dans les moments fragiles et sa sensibilité dans les moments doux. Si peu de nous. Et pourtant partout les sentiments qui nous effleurent du bout de nos regards croisés.

Alors qu’une nouvelle année se profile à l’horizon, je me sens d’humeur à explorer, aller à la rencontre de qui je suis quand je lâche prise, quand il n’y a plus ni codes, ni règles. Me relier à la magie. Revenir à ma voix. Célébrer la vie de mille et une manières. Tout en me remémorant que tout n’est pas blanc ou noir, que tout est cycle, oui. Et qu’il faut dé-créer pour transformer et recréer.

Et vous de 2020, vous retiendrez quoi?

Vouloir ce n’est pas toujours pouvoir…

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Je ne suis pas fan de toutes ces lois, de ces mantras qu’on nous refile à longueur de journée. Je pense qu’il y a des choses inscrites en nous, dont nous ignorons l’existence et nous avons beau mettre tout en oeuvre pour avancer sur un point, mener un projet à terme, surmonter une épreuve, nous n’y arrivons pas toujours.

Le monde du “vouloir c’est pouvoir” ou “tout est question de volonté”, voir même “nous créons ce que nous pensons” ou encore “le passé est passé” me met un peu hors de moi, une pression de plus sur nos épaules. Et si nous n’y arrivons pas, nous nous sentons en échec. Déjà que nous sommes beaucoup à manquer d’estime et de confiance, ça vient en rajouter une couche!

Notre psyché est complexe. A l’intérieur il y a nous, mais aussi notre histoire, l’histoire de notre famille, les liens qui se sont tissés, les noeuds, nos blessures, nos traumatismes et ceux de notre lignée, notre inconscient, l’inconscient collectif, nos croyances, les injonctions acquises, nos vibrations énergétiques, celles de notre entourage et j’en passe. Ca fait un peu bizarre dit comme ça, mais nous ne sommes pas seuls!! C’est bien pour ça que chez certains ça bouillonne fortement!

La semaine dernière, j’étais comme vous avez pu le constater dans une phase assez “down”. Après avoir remis en question ma place de mère et ma place dans ma structure familiale, j’étais en pleine remise en question sentimentale.

Si je reprends le fil de mes expériences amoureuses, les deux premières se sont terminées exactement de la même façon. Après un long moment sans pouvoir se voir (famille, distance, études), il y a eu séparation. La troisième, même si les circonstances sont un peu différentes, a eu lieu aussi après 2 mois d’éloignement. Et toutes entre fin novembre et début décembre.

Que je le veuille ou non, ce sont mes mémoires. Elles sont engrammées en moi. Je peux tous les jours me réveiller en me disant que ma relation actuelle n’a rien à voir avec les précédentes. Je peux avoir fait mon/mes deuils. Je peux être passée à autre chose, cela n’en reste pas moins présent quelque part, en moi. Et à chaque période anniversaire si l’on peut dire, ça vient réveiller quelque chose. Surtout dans des moments de fragilité émotionnelle ou de fatigue. Mon inconscient ne fait pas la différente entre hier et aujourd’hui. Les informations se ressemblent étrangement, alors pourquoi pas? Pourquoi cette relation échapperait à la règle? Pourquoi elle ne prendrait pas fin comme les autres? Mon inconscient m’envoie un signal, c’est sa manière à lui de me protéger. Ce n’est que la prise de recul, la distanciation qui me permet de reprendre la main sur la situation. En plein chaos émotionnel, pas si évident que ça.

Ne nous en déplaises, nous n’avons pas la maitrise de tout à l’intérieur de nous!

Et le simple fait de vouloir n’est pas toujours suffisant en soi. Celui de comprendre est le premier pas d’un long processus qui nous permettra in fine de rompre les liens nocifs, d’intégrer les maux et de lâcher ce qui nous retient.

Ma dernière prise de conscience

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J’ai réalisé ce matin que souvent je ressentais de la frustration à l’annonce d’une bonne nouvelle, principalement liée à un mariage, une naissance, une reconversion réussie, un roman qui cartonne.

J’ai mis du temps à comprendre pourquoi une telle réaction, pourquoi un tel sentiment. Qui en plus de me déplaire me mettait mal à l’aise. Car ce n’est pas vraiment dans ma nature. J’ai plutôt tendance à me délecter des bonnes nouvelles!

J’ai compris que chacune de ces annonces venait appuyer là où ça fait mal et faisait ressortir une colère inconsciente, liée à un mariage raté, à une grossesse douloureuse, à des premiers pas manqués, à beaucoup d’efforts et peu de retours, à ce flou toujours quant à mon avenir professionnel.

Beaucoup de maux. Mais cela changera t’il le passé? Non. Cela ne vient que rajouter du négatif là où il ne devrait y avoir que joie et légèreté.

Chacun son histoire et son parcours de vie. Et puis au fond est-ce si important? Ce tout qui ne fut pas? Est-ce que les ombres du passé n’ont pas donné naissance à plus de résilience, plus de lumière, plus d’empathie, plus de compréhension de l’autre dans ce qu’il est, ce qu’il vit?

N’y a t il pas quelque chose de plus grand que nos vies isolées, un souffle plus puissant que celui de nos existences personnelles ?
Est ce que nos pensées ne se doivent pas d’être créatives plutôt que destructives ?

Si je me réjouis, cela n’enlève rien au passé et cela donne de nouvelles chances au futur. C’est en tous cas le chemin que je choisis désormais de suivre.

Une petite mort

Mes phases d’évolution personnelle sont précédées de phases émotionnellement très puissantes.

Dans ces moments là, je perds toute vitalité, toute envie. Je ne vois plus le sens de rien. Tout pourrait s’arrêter là. Je n’ai plus le goût des choses et j’aimerai qu’on me laisse dériver.
Ma souffrance intérieure est telle que je perds pied avec la réalité. Je suis là et ailleurs. Dans tout et dans rien. J’avance en plein brouillard.
C’est déstabilisant pour moi et mon entourage.

C’est comme une petite mort, un deuil. La séparation de mon ancienne enveloppe et la création de ma nouvelle. C’est comme venir au monde, avec tout ce que ça comporte de violence, d’incompréhension. C’est un véritable dépouillement, une perte totale de repères.

Je sais que je vais revenir, que je vais refaire surface. C’est sûrement ce qui me tient debout.
Cela reste perturbant. Je ne sais souvent pas comment l’expliquer à mes proches et je les sens souvent désarmes face à ma détresse.

Dans ces moments là, il faudrait pouvoir s’évader et en même temps, je préfère rester proche de la vie. Car c’est elle qui me nourrit, me donne l’élan, même si tout en moi n’est que désespération.

Ces phases “down”, le problème, c’est que je ne les vois pas venir. Je me prends la vague de plein fouet. Et je rate quinze marches d’un coup. Ce n’est qu’avec le recul que je perçois mieux les choses. Et alors me revient la citation chouchou de mon amie Laurie:

L’ombre a tant été aimée qu’elle en est devenue clarté

Drama Queen

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En ce moment tout est speed. Les semaines passent et le temps s’effrite entre mes doigts. Les pauses sont rares et même les émotions font des sauts de folie. Ca vous l’aurez clairement remarqué!

Je vais vous dire, ça me manque, ici, de ne pas pouvoir venir poser les mots que je veux, quand je le veux. De ne pas trouver ou prendre le temps d’écrire vraiment, des textes, des poèmes.

Ca me manque nos échanges, nos partages. De vous lire aussi. Je passe toujours en coup de vent.

Ce soir, je viens. J’ouvre la boutique. J’ai mis un peu de musique, je regarde le sapin décoré par loulou et derrière moi, les lumières de Noël accompagnent les pulsations du clavier.

Je dois vous avouer quelque chose. J’ai une addiction étrange pour tous les trucs un peu dramatiques, les histoires qui se tordent, les émotions qui se prennent les pieds dans le tapis, les sentiments qui se bousculent. Enfin tout un tas de choses pas vraiment sympathiques.

Je crois que ça vient de mon histoire. Tu sais, quand tu es gamine, on te dit que si tu souffres pas en amour c’est que tu n’aimes pas vraiment. Ou aussi que la vie c’est un chemin pas facile et que tu vas t’en prendre des claques. Même que c’est comme ça que tu sais que tu es en vie.

Dès que ça va bien, c’est presque trop beau. Je suis assez forte pour trouver une faille dans le système et j’enclanche la deuxième en un temps record. Après, il n’y a plus qu’à attendre. Et ça vient tout seul. La machine se met en branle et tout disjoncte en même temps!

Incroyable mais vrai. Je pourrais remettre ma vie en question sur des suppositions, des idées insensées, des remises en question poussées. Ce qui est assez terrible en soi.

Ma grande chance, quand même, c’est d’être entourée de personnes épatantes qui savent me remettre sur la bonne voie! Et ma capacité à tomber très bas et à pouvoir refaire surface très vite. C’est un truc que je ne m’explique pas.

Sur ces pensées positives, je vous souhaite une douce fin de soirée. A très vite!

Entre les lignes

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J’ai toujours écrit comme ça. Comme un mystère. A chacun de le percer ou pas. Personne n’a vraiment réussi. Ou cherché. Mais après tout, ne suis-je pas la seule responsable de tout ca? Si j’avais dit les choses avec les mots de tous les jours, tout aurait été clair, limpide et les mains tendues seraient venues à moi.

J’ai toujours préféré cacher et porter seule le poids de mes choix. Comme pour prouver quelque chose au monde. Ou à moi-même?

Il va falloir sortir les maux. Arrêter l’illusion. Stopper la course folle que je m’impose et au bout de laquelle j’explose à chaque fois. Arrêter de vouloir protéger qui que ce soit et peut-être enfin me choisir.

Le challenge est de taille mais l’unique porte pour sortir du tourbillon dans lequel je tremble et je me noie, à force de tout porter seule.

Le couple: entre éducation, schéma sociétal et épanouissement personnel

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Il est parfois difficile de trouver sa place, dans un monde qui met, ne nous en déplaise parfois, le couple et la famille au centre de la vie sociale.

Certains diront que nous sommes libres, peut-être, moi j’ai plutôt la sensation de chercher continuellement mon équilibre entre ce qui m’est propre et mes conditionnements. Je me pose souvent la question: est-ce que ça me correspond?

Parfois c’est fluide et parfois c’est plus compliqué. Parfois ça n’admet aucune remarque et parfois je me demande si je suis véritablement alignée avec mes désirs.

Mais quels sont ces désirs? La grande question sans réponse…

Le mariage, le couple H24 je suis tombée dedans par éducation. J’ai projeté des tas de choses sur ce potentiel idyllique. La réalité est tout autre et pas seulement la mienne. Je n’y ai jamais vraiment adhéré si je réfléchis bien. J’y vois juste une entrave de plus à ma liberté. Mais c’est certainement plus rassurant quelque part. Cette sensation de ne pas être seul peut-être. Je me demande ce qui attire les uns et les autres, je m’interroge sur le pourquoi de cet engagement, que je trouve assez violent. C’est très personnel.

Tout comme la vie à deux, c’est quelque chose qui est davantage source d’angoisse que de bonheur, la routine, la crainte de retomber dans la dépendance affective, le besoin d’indépendance. Même si par moments, c’est délicat, qu’on aimerait bien vivre comme les autres et ne pas avoir à se poser mille questions, qu’on aimerait plus de stabilité, une présence plus régulière, se sentir moins vulnérable dans les moments de doutes. Mais n’est-ce pas demander à l’autre de combler un manque intérieur? N’est-ce pas le contraindre à nous apporter la sécurité qui nous fait défaut?

Il n’y a pas de modèle parfait, pas de vie sans déséquilibre, ni quelques regrets. Il n’y a pas de destin tout tracé et chacun compose chaque jour avec ce qu’il pense être le mieux à l’instant T.

Peut-être qu’il faut juste un peu plus de confiance pour assumer des choix différents du traditionnel, qui vont à l’encontre de nos idéaux fous d’enfants, qu’il faut réussir à s’affranchir du schéma sociétal pour s’épanouir.

Je sais…

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Je ne dis pas la vie comme un fouillis, je l’écris juste pour ce quel est, ce grand manège des émotions, des instants, des ressentis, des sentiments. Je sais savourer tout ce qu’elle a de magique. Si et seulement si je prends le temps d’être connectée à ce qui fait sens pour moi. Ce “pour moi” n’appartient à personne d’autre. Il est ma marque de fabrique.

Je sais ma chance d’être merveilleusement entourée, aimée, accompagnée. Je ressens à plein volume cette allégresse des jours heureux quand je suis en paix avec moi-même, quand je lâche les masques dont je parlais hier.

J’ai compris récemment que c’est dans la spontanéité que je suis la plus authentique. A trop me poser de questions, j’en oublie ce qui compte pour moi. Et pourtant je suis seule aux commandes du navire.

Je sais le beau dans l’ordinaire, la chaleur d’une présence dans les jours d’absence, l’amour que l’on ne contient pas et qui vient faire céder les digues, le merveilleux d’un sourire, la légèreté d’une caresse, la force d’un “merci” . Je sais où je suis bien et où je dois encore œuvrer pour que cesse ce sentiment de valoir moins, de ne pas être assez.

Ma vie d’aujourd’hui a des couleurs extraordinaires et les jours gris ne les rendent pas moins éclatantes. J’apprends à vivre avec qui je suis et à m’aimer dans mes forces comme dans mes failles, à accepter ma vulnérabilité comme une chance d’entrer en contact avec le monde.

Je sais surtout qu’au fond de moi, comme au fond de vous, se cache une richesse qui lentement se dévoile. Pour peu qu’on se laisse le temps de tracer son chemin.

Pensées automnales

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L’automne est arrivé au milieu de jours ensoleillées. Une saison que j’apprécie et pourtant chaque année il y a comme un vent de mélancolie qui vient me titiller. Tout est trop d’un coup. Trop de choses à penser. Trop de projets. Trop de besoins. Et des doutes encore. Que j’essaie de tenir à distance pour qu’ils ne viennent pas gâcher les jolies heures.

Un mouvement, qui sans cesse me bouscule et m’apaise. Des vagues émotionnelles que j’accueille de mieux en mieux. Certains promettent ici et là la clé pour en venir à bout. Je reste sceptique. Je n’en suis pas à ma première tentative!

Je cherche encore et toujours, à grandir, à évoluer, à déterrer les démons qui sans cesse me poussent sur le côté. J’avance, c’est certain, parfois vite et parfois pas. Parfois j’ai cette impression de revenir au point de départ. Comme si tout ce que j’avais essayé avait échoué. Et alors je me sens perdue, avant de retrouver l’énergie de repartir. Peut-être plus lentement cette fois, en m’écoutant davantage aussi. Il y en a qui se vantent d’avoir la solution à mes plus profondes incompréhensions.

Quand je les écoute, je perds le fil et la raison. Revenir à soi n’est pas toujours aisé dans un monde qui favorise, sans le vouloir sûrement, la culpabilité.

Le meilleur de moi ne se révèle que dans l’intimité. Ailleurs, je me cache, je me voile la face, je donne le change, j’essaie d’exister, j’attends – je le sais – une certaine reconnaissance. Je tire souvent un trait sur ma singularité. Au travail j’ai perdu l’entrain. Je suis un pantin qui suit le mouvement. A la maison, je me surprends encore à me justifier, à lâcher une colère sur laquelle les mots glissent. On dit que derrière la colère il y a une tristesse refoulée. Je ne l’identifie toujours pas.

C’est en écrivant que je suis authentique. Je crois que ma vérité, elle est dans ce que je pose et dépose, ici et là. Le reste, c’est du bricolage, pour que tout tienne debout. Peut-être un peu moins avec le temps. Il faut lui reconnaître l’avantage de nous faire parfois avancer à notre insu. Ce qu’on croyait, alors, impossible, devient envisageable. Il se pourrait que demain, nous devenions plus sages…

 

 

 

 

 

Face à ce qui nous dépasse…

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De fil en aiguilles, mes pensées m’amènent là, près de toi. Toi, une fois, deux fois, mille fois. Combien sont-ils, comme moi, à tenter de mettre des mots sur l’inéluctable?

Des longues heures d’attente au verdict. Sous un carré de terre, voilà où je viens te parler depuis 33 ans. De là que je te confie tout, des plus beaux matins aux plus sombres tourments. La vie a basculé doucement. Elle continue sans toi depuis tout ce temps.

Des fils un peu partout pour te maintenir en vie. Quelques jours à peine. Vingt cinq ans plus tard, quelques jours pour quitter le monde. Ta délivrance. Finis la souffrance dans un corps pris en otage. Tu n’avais connu que les centres fermés, ce monde si fragile des enfants qu’on cache par peur d’un peu trop les aimer.

La mort, c’est pour ceux qui restent que c’est le plus terrible. C’est pour ceux qui auraient voulu dire au revoir, ceux pour qui les mots restent suspendus dans une absence insoutenable.

Aucun vie ne se ressemble. Aucun souffle n’est identique. Le tien avait des allures de jeune fille. Un souffle comme le vent dans les arbres. Tu avais cette grâce, celle d’une jupe qui se soulève dans la douceur d’un matin d’été. En un souffle, le cœur qui lâche et l’horreur d’une nouvelle comme un coup de poing.

Tout le monde gardait le silence. C’est vrai que c’était étrange, ton absence, surtout pour cette occasion. Ça faisait, quoi, quinze ans, tout au plus. On avait quinze ans à nouveau quand elle m’a raconté l’accident. Envolée notre adolescence dans les tourments du temps. Tu n’auras jamais mon âge et tu ne verras jamais ton fils devenir grand. C’est toujours très perturbant la plaque au cimetière. La marée a depuis effacé ton visage, nos émois et nos rires.

Je continue de disséquer les émotions de tous ces “presque” abandons, ces matins qui ne ressemblent à aucun autre, ces matins “sans”. Je continue d’égrainer les souvenirs. On ne s’habitue pas, c’est faux. On vit juste avec et on tente de vivre bien, de vivre mieux, de vivre plus fort. Et on se plante aussi, une fois la claque passée. 

Une autre vie. Plus libre. Plus respectueuse de tes idéaux. Je te revois, là, le corps affaibli, sur ton lit de camp, au milieu d’un monde qui ne te ressemblait pas. Là, nous avons eu le temps, de nous re-connaître, le temps d’envoyer chier tous ceux qui disaient que tu ne tiendrais pas. Tu as tenu, un peu plus, juste ce temps pour pouvoir se dire les choses. Un rayon de soleil au dessus des mots-croisés. Chaque jour de passé c’était comme un défi relevé. Et le pardon aussi…

Torturée. Ce sont les mots du journal. Tu sortais du travail. Quelques secondes à peine et le grand trou noir. Ton sourire s’est évanoui. La dernière image de toi, nos pas de danse à minuit moins le quart. Une marche silencieuse pour faire face à l’horreur de ta disparition.

La mort n’a pas d’égard, elle vient vous cueillir, souvent sans crier gare. Un coup franc. Pas de trace d’infraction. Je me suis toujours demandée où on puisait la force pour surmonter les plus grands drames, est-ce qu’il n’y avait pas quelque part quelque chose de plus grand que tout ce qui nous dépasse. 

Rien ne nous prépare à la fin et pourtant nous savons qu’elle viendra. Je crois que l’essentiel est de se dire les choses, toutes les choses, avant que les lumières  ne s’éteignent, ne jamais – pour une fois – reporter à demain les sentiments. Et vivre surtout, intensément, passionnément chaque jour.