Tag: Atelier d’écriture

Challenge Écriture 2020 – #3 (28.01.2020)

Samedi matin, réunion de crise devant la machine à laver au 42 rue Maclaque.

Y en a marre, il faut faire quelque chose, scandent en cœur les chaussettes lâchement déposées sur le sol de la cuisine, juste à côté des poubelles.

Entre les chaussures qui puent, les mômes qui nous jettent par terre, ceux qui nous utilisent comme doudou et nous couvrent de bave à longueur de journée ou pire – quoique – nous trainent dans la poussière et dans les microbes des bacs à sable, la pénombre et l’étroitesse du tiroir, l’aiguille qui vient s’acharner sur notre pauvre corps dès qu’il y a un minuscule trou, c’est l’enfer!
Et on ne parle même pas du supplice de la machine à laver, qui nous file un de ses mal de tête!

On était quand même mieux en boutique, même si on cuisait comme des rôtis au soleil, bien emballés, pas un pli qui dépasse, même s’il n’y avait pas grande activité. Au moins on nous respectait.
Et les voilà qui en cœur se souviennent des douces mains de la vendeuse, des yeux brillants des petites filles devant les paillettes et les strass, les rayures multicolores, des sourires des petits garçons devant les rangées de bateaux et d’avions, les figurines Disney et le départ tant espéré pour une nouvelle vie!

Elles en avaient rêvé, d’indépendance, de grands espaces, de découvrir le monde…
Pas de se retrouver les trois quart du temps perdues dans le noir, écrasées, piétinées, mâchouillées, ballotées à droite, à gauche, entassées, éperdument désœuvrées attendant un miracle, qu’une brave âme vienne les libérer de ce terrible naufrage.
Les plus audacieuses avaient pris rapidement la poudre d’escampette lors d’un voyage de classe, d’une sortie piscine. Tout prétexte était bon!

Elles ne demandaient plus grand chose avec le temps, juste un peu de considération. Même ça, c’était devenu trop. Il fallait donc agir et s’armer de courage pour prendre une décision radicale…

Les textes des participants: My minds visit / Josée – des mots et des images / Junior Gentleman Cambrioleur chez Sandra / Une idée chez Mébul

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Pour l’atelier de la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte qui devra impérativement commencer par la phrase suivante: “le 7 septembre ****, à la tombée du soir, alors que je désherbais mon potager, une voiture se gara devant la maison et un homme à la cinquantaine et à la calvitie avancées en descendit.” Rendez-vous le 4 février et encore une fois amusez vous bien!

Sans lien particulier

On disait du vieux, qu’il débordait de gentillesse.

C’était pourtant pas un truc de chez nous, ça. Chez nous, fallait bouffer qu’elle disait la mère, pas le choix. Un maroufle lui avait promis la lune, jadis, un poète vagabond  au regard grand bleu, aussi profond que l’océan, qui lui déclamait à longueur de journée sa prose créative. Elle était pas la plus belle fille du village mais elle avait sa préférence. Et deux tours de valses plus tard, un joli petit bidon. Fin de citation.

Le vieux il parlait plus beaucoup, les pages de sa vie s’emmêlaient les pinceaux. Il avait le geste lent aussi du type qui ne sait plus très bien où il en est, sauf quand la mère lui versait son kir. Là, il se l’avalait d’une traite et même qui souriait le gars. Aux anges. Sur la route du cimetière, tous les matins il cheminait, en causant tout seul. Et la mère le récupérait à genoux dans la boue, devant la tombe d’un inconnu, toujours le même.

On a eu beau chercher un potentiel lien, d’amitié, de parenté, que dalle. Juste la terre, friable et le gris quelconque d’une pierre tombale.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: créative – tour – promettre – geste – cheminer – citation – gentillesse – choix – pinceau – page – maroufle – préférence

Une nuit en suspens

Je regardais le givre sur les pare-brises des voitures, en t’attendant, comme une couverture qu’on aurait déposé là, avant l’aube. Un rembourrage pour le moins original, j’avais de ces idées.
Tu m’avais proposé un florilège de destinations, campagne, ville, forêt même je crois.  J’avais opté pour Cabourg.
Un vieux souvenir dans mes bagages ou l’appel de la mer. Peut-être même Proust si cher à mon cœur.
Ma madeleine à moi c’était le sable blond, l’air iodé, l’irrésistible tentation de nos pieds nus dans l’eau glacée, le vertige de nos mains qui ne se lâchent pas ou alors juste le temps d’un cliché. La tendresse d’un foyer pour une nuit hors du temps, qui aurait ce goût sublime d’éternité.
Un instant en suspens, loin des avis déstabilisants de ceux qui jugeaient nos sentiments, du haut de leurs vies, soit disant bien rangées, qui si on creusait un peu laissaient apparaître bien des tourments. Je crois qu’ils étaient jaloux!

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: proposer – rembourrage – givre – Cabourg (facultatif vu qu’il s’agit d’un nom propre) – irrésistible – déstabiliser – foyer – tendresse – éternité

Challenge Écriture 2020 – #1 (14.01.2020)

On disait de lui le meilleur, l’humain, au cœur  du monde. Ce n’est pas rien.

Personne ne le connaissait vraiment. Quelques bribes d’existence entre deux voyages, deux amours peut-être. Je ne sais plus. Il parlait d’aimer comme on parle de liberté. La sienne me paraissait impossible à supporter. Je le regardais être sans jamais vraiment savoir qui il était. Un condensé de vie, un feu d’artifice, dans le don de soi à chaque instant. Comme si tout pouvait basculer d’un moment à l’autre.

Elsa bricolait l’après-lui à partir des miettes qu’elle trouvait sur son chemin. Quelques particules à passer sous l’œil d’un microscope pour en extraire toutes les particularités. Elle évoquerait toujours son souvenir comme un bonbon qui fond sous la langue et qu’on savoure jusqu’à ce que le goût disparaisse, comme par magie.

Il avait de la magie dans le regard, il savait ce qui ne se sait pas d’emblée. Il parlait aux arbres et aux fleurs. On le prenait pour un marginal, il s’en foutait. Il s’est moqué de tout jusqu’au bout, jusqu’aux transfusions, jusqu’au corps qui ne tient plus, jusqu’au bout de ce que la raison nous dicte de faire.

Puis il a ouvert la porte du temps pour s’engouffrer dans le néant. Au petit matin il n’était plus, juste une image, un passage.

Elsa ne sait plus dire. Moi non plus.

Pour rappel, les règles et contraintes étaient les suivantes: Écrire un texte à partir de la citation « Il vivait dans l’extra, il vivait dans l’extrême. Il était un collègue. Il était un ami. Un pointillé de sagesse dans un bouillon de générosité, de folie douce et d’empathie » sans que les mots suivants y figurent (extra, extrême, collègue, ami, sagesse, bouillon, générosité, folie douce, empathie)

Les participations: My Minds Visit  / The Atypicals – Mauvaise Conscience  / Josée – Des mots des Images /Littérature mon Amour – Le Compagnon

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Le thème de la semaine prochaine:
Imaginez…
Vous êtes au musée, vous regardez un tableau et le tableau vous invite à entrer dans son univers. Quel est ce tableau? Que représente t-il pour vous? Que ressentez-vous? Quelle réponse donnez vous à son invitation? Comment vivez vous – si vous répondez “oui” – le passage d’un monde à l’autre?
Ce sont juste des questions pour vous guider, sentez-vous libre de faire comme bon vous semble. Partagez votre expérience de ce moment. Rendez-vous mardi 21! Et surtout amusez-vous!