Au nom de…

Article paru pour la première fois sur le blog en 2017 – MAJ 28.01.2019

Sur sa page Facebook, personne ne peut imaginer ce qu’elle vit. Elle pose avec lui. Ils sourient tous les deux. Les autres doivent croire qu’ils sont heureux.

Derrière l’écran, une autre histoire se dessine. Ils viennent de rentrer des courses. Elle court dans la chambre, se roule sur le lit. Elle attend. Elle guette les pas dans le couloir. Elle a pris d’abord soin de fermer à clé la porte de la chambre des enfants. Elle l’entend l’appeler. Elle respire. Elle ne sait pas comment faire ni quoi dire. Elle voudrait s’éclipser le temps de retrouver ses esprits, le temps de s’apaiser pour que sa colère soit moins vive. Elle tente de se réfugier dans la salle d’eau.

Trop tard.

La nuit est passée par là. Sur le lit, elle regarde ses plaies, ses bleus. Elle ne peut plus bouger. Elle sent son corps se raidir. Il dort à côté. Il faudrait qu’elle aille voir si les enfants vont bien. Mais comment faire pour qu’ils ne se rendent compte de rien. Elle se force à se mettre debout malgré la douleur, elle enfile une robe longue, enroule un foulard autour de son cou. Elle fait attention de ne rien bousculer, de ne rien faire grincer. Les enfants dorment paisiblement. Tout va bien. Elle lui demandera pardon quand il se réveillera. Il lui dira encore une fois qu’il s’excuse de lui avoir fait du mal ou il ne fera aucune remarque, c’est peut-être pire.

***

Sur la photo, il sourit. Elle est belle elle aussi. Les gens les envient. Il ne comprend pas pourquoi il est si triste pourtant. Elle ne le tape pas. Elle ne l’insulte pas. Elle le méprise, mais c’est parce qu’il ne l’écoute pas. Ce ne sont pas ses mots qui font mal, c’est son silence. Le traumatisme est intérieur.

Quand ils sortent, il donne le change. Toujours. Ses absences, il ne les remarque même plus. Sa présence est toujours sous condition. Il l’aime et si parfois il perd pied, ce n’est jamais de sa faute à elle. Il a depuis longtemps transformé chacun de ses défauts en de glorieuses qualités. Si quelque chose cloche, c’est de sa faute à lui. Il se sent nul, seul, perdu. Une prise d’otage invisible en plein Paris. Et au-dessus de sa tête la pire des menaces, celle de se voir privé de ses filles.

***

Il ne sait plus. Ses parents non plus. Il ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas heureux , pourquoi sa sœur ne lui parle plus depuis qu’il s’est marié. Sa femme, il l’aime, même quand elle crie, parfois elle devient hystérique, le menace de partir, de faire de sa vie un enfer, c’est vrai, mais elle se radoucit. En public, elle fait attention à lui. Il travaille dur, elle attend à la maison. Il rentre le soir, prépare le dîner, elle attend d’être servie. Mais bon chacun son histoire et chacun sa façon de mener sa vie. Ses amis aussi ont fui. Ils n’ont pas compris son choix. Ils doutent de l’amour qui les lie.

Parfois quand il rentre la porte est fermée, il passe la nuit sur le pallier. Aux premières lueurs de l’aube, il retourne au boulot, les yeux gonflés. Tout le monde sourit, tout le monde s’imagine une histoire, après tout c’est facile, il est jeune marié! A qui peut-il se confier?

***

Ça fait mal, quand il entre, ça brûle. Quand il s’allonge, ça brûle. La chambre à coucher est devenue son enfer. Çà peut s’arrêter là. Une fois que la porte est franchie, elle respire à nouveau. Tout va bien. Elle part travailler comme si de rien n’était, retrouve ses collègues, blague autour d’un café. Elle retarde au maximum l’heure du retour à la maison, espère que quand elle passera la porte les enfants seront lavés, prêts à dîner. Elle fera bonne figure, c’est devenue une seconde nature. Et puis elle regardera l’horloge au mur, comptera les minutes qui lui reste avant son sacrifice journalier. Parfois, c’est moche. Parfois, insensé, parfois cruel.

Elle aurait dû partir au premier “non” qu’il avait refusé d’entendre, à la première fellation imposée, à la première pénétration forcée.

***

Ces textes sont tirés de faits réels (histoires partagées par d’autres, anonymes, amis). On parle souvent des femmes victimes, rarement des hommes, pourtant cette violence aussi existe.

 J’ai souvent entendu dire « à la première claque tu pars ». Aujourd’hui j’ai envie de vous dire « à la première claque, il est déjà trop tard ». La première claque n’arrive pas par hasard. Le terrain est préparé à l’avance.  A chaque « pas si grave », la violence prend de l’ampleur, le bourreau tisse sa toile.

Ces textes ont été écrits pour toutes les victimes de l’ombre, pour toutes celles et ceux qui luttent pour mettre fin à ce génocide humain. J’ai envie de dire au monde de se réveiller, d’ouvrir les yeux devant ces tragédies du quotidien, qui se passent sur nos paliers, à deux pas de nos vies bien rangées, que ces femmes et ces hommes nous les croisons tous les jours, qu’ils arpentent les rues à nos côtés, qu’ils ne sont pas à part, qu’ils font partie intégrante de notre société et que le mal dont eux et leurs enfants sont victimes, il faut le combattre à tout prix et l’enrayer.

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Les reliquats de la violence conjugale

Crédit Marie Kléber

Je voudrai pouvoir me dire – je tente même de m’en persuader – qu’il ne reste rien ou si peu de ces 4 années, 8 si l’on compte le divorce. Et pourtant elles sont là, bien accrochées, mes peurs et angoisses. Elles se font toutes petites la plupart du temps, puis crèvent l’écran.

Parfois elles sont dans un cri trop brusque, un acte banal qui fait ressortir une foule de souvenirs, dans une réaction disproportionné, dans un possible imaginé, dans une colère qui vient de je ne sais où et qui se déverse sur le papier ou cogne contre un mur. Personne n’y verra rien. Personne n’avait rien vu à l’époque. Elles sont dans les larmes qui s’abattent froidement sur la toile cirée et donnent un coup de massue à mes pensées.

Un silence, les mots qu’on a gardé, la fatigue, un malaise ou l’idée d’un malaise, on a tellement été habitué à ce que chaque mot soit pris de travers. L’angoisse revient. Qu’est-ce qu’il faut faire déjà? Qu’est-ce qu’il faut dire ou ne pas dire? S’excuser? Est-ce que demain tout se sera éteint?

J’ai beau savoir que rien n’est pareil, qu’aucune donnée d’aujourd’hui n’est la même à plusieurs niveaux, j’ai encore parfois cette sensation désagréable du passé. Combien de pas en avant qui semblent insignifiants quand il ressurgit, sans crier gare?

Alors je laisse couler l’eau. Je me sens seule parfois, seule avec ce chaos, ces images que je ne partage avec personne, ce traumatisme qui demeure. Pas de coup, pas de preuves. Juste une main qui étreint un peu fort. La haine dans les yeux de quelqu’un peut faire plus mal qu’un coup de poing bien placé. Le silence glaçant a le pouvoir d’anéantir un élan.

Un évènement anodin est venu réveillé le choc. Vivre avec, rien de plus, rien de moins. Apprendre à accueillir ces temps d’entre-deux, ces émotions vives qu’un grain de sable peut déclencher. Ne pas se décourager surtout. Le chemin de la guérison est fait de victoires et de rechutes. Respirer surtout et doucement laisser le passé regagner sa place. Et se réveiller plus fort encore une fois.

 

Viol – Violence – Emprise: 6 ans après…

J’ai volontairement choisi de ne pas répondre aux commentaires sous l’article d’hier, étant donné que ces mots appartiennent à une autre personne. Je vous remercie toutefois pour votre bienveillance à son égard.

Certains ont particulièrement retenu mon attention et comme l’idée d’un article se profilait à l’horizon sur le même thème, je me suis dit que j’allais en profiter pour rebondir dessus.

Tout d’abord, comme le souligne très justement Sweet-Things, les victimes de viol, de violence conjugale ne sont pas uniquement des femmes et les bourreaux pas essentiellement des hommes. Les couples hétérosexuels comme homosexuels sont concernés également. Les femmes victimes parlent peu, les hommes victimes ne parlent pas, au nom de ce diktat qui veut qu’un homme soit « fort ». Tous les hommes ne sont pas des brutes épaisses non plus et les femmes des oies blanches. Pour connaître autour de moi des hommes victimes, je peux vous dire que les femmes peuvent parfois être bien pires.

L’anonymat n’est certes pas une solution, toutefois elle permet de se protéger et une personne victime de viol / violence DOIT se protéger.

Pourquoi se forcer ? Souvent parce que le dialogue n’est plus possible ou peut-être ne l’a jamais été. Parce qu’on ne parle pas de ces choses-là. Parce que le fossé entre les deux personnes s’est tant élargi que la communication est brisée. Parce que dire « non » comporte un risque. Parce que dire « oui » nous assure une paix relative. Et que cette paix c’est tout ce qui nous reste. Parce qu’il y a les enfants, la famille, le regard des autres, les convenances, nos valeurs dans la balance aussi.

J’ai déjà écrit des articles sur pourquoi on reste avec une personne toxique. Vous les trouverez en furetant dans la catégorie « emprise et renaissance » si le cœur vous en dit. C’est toujours facile et je l’ai dit plus d’une fois à des amies de partir, fuir. Toutefois quand on est dans la relation, l’emprise est telle que partir est difficile, sans dire dangereux. Ne croyez pas que les victimes restent par plaisir. Elles n’ont souvent pas le choix. Et quand elles font celui de partir, c’est souvent à un prix que nul ne peut imaginer.

Hier, nous regardions l’album des 1 an de Loulou. Au départ j’avais mis quelques photos de moi enceinte, j’en ai très peu. Les premiers mots qu’il a prononcé ont été « ce n’est pas toi ». Et pourtant il a vu des tonnes d’autres photos de moi, à des âges différents et avec des coupes de cheveux différentes et il m’a toujours reconnue. Alors ça a fait tilt. Non ce n’est pas moi. C’est ce que j’ai été pendant 4 ans, une personne étrangère. C’est la peur qui m’a guidée à chaque instant de cette relation. C’est la peur qui m’a fait dire « oui » des centaines de fois. C’est la peur qui m’a maintenue prisonnière. Au début j’ai dit « non ». Puis j’ai dit « non » en me sentant coupable parce qu’ on me faisait comprendre que ce “non” on ne voulait pas l’entendre. Puis les représailles sont arrivées. Et j’ai dit « oui ». Parce qu’en continuant à dire « non » je m’exposais à la violence, au harcèlement, à la manipulation.

Le 16 novembre 2012, ma descente aux enfers allait connaitre son heure de gloire! Là ce n’est plus de la peur, c’est la terreur, les larmes qui coulent, les nuits qui semblent interminables, les tripes en vrac. 11 jours après je prenais un aller-simple pour la France, laissant tout derrière moi, enceinte de six mois. Quand j’y pense j’ai presque du mal à me revoir, du mal à réaliser que j’ai été là, que j’ai vécu ça, que j’ai encaissé tout ce mépris. La jeune femme sur la photo est si éloignée de qui je suis aujourd’hui. C’est très étrange. Je suis désormais dans les faits, moins dans les émotions. Je peux parler de ces derniers jours, sans avoir le cœur prit de frissons, sans ressentir dans mon corps toutes ces sensations désagréables. Le traumatisme s’est estompé. Il revient parfois. Je ne peux plus voir la violence en peinture. Je ne peux plus entendre de cris sans me retourner dans la rue. Je ne peux plus voir de couples s’invectiver devant moi. Je ne peux plus visionner un film sur le sujet.

La prise de conscience de ma part de responsabilité dans ce naufrage m’a permis de faire mon deuil, de pardonner, d’accepter, de dépasser mes maux, de me reconstruire. Ce processus est propre à chacun.

Vous ne pourrez pas, nous ne pourrons pas tout comprendre. C’est impossible. Si un jour vous êtes en face d’une victime de viol, de violence, ne lui dites pas ce que vous feriez à sa place, vous n’y êtes pas. Écoutez-la et soyez présent. Mettez de côté vos idées toutes faites et écoutez-la VRAIMENT.

Une sombre histoire de devoir conjugal

Crédit Pixabay

Un corps recroquevillé,
La clé dans la serrure, une porte qui claque,
Bruit assourdissant de ce qui se trame,
L’autre corps se glisse et se colle,
Les peaux se frôlent dans la fraîcheur d’une énième nuit morcelée.
Avoir envie là, maintenant.
Toujours. Forcément
L’autre corps attend sa dose journalière,
Se laisser prendre maladroitement,
Consentir
Au risque de…

Lire la suite sur Short Edition où mon poème participe au Grand Prix du Court – Automne 2018. Ce poème fait partie d’un recueil non édité (Copyright 2017).

 

Un signe dans le ciel

© Pille Kirsi

J’étudiais le vol des oiseaux, comme si un signe se cachait dans ces traversées silencieuses. J’attendais un signe. Je voulais voir quelque chose se dessiner dans le ciel, pour savoir. Quelle route prendre. Quel choix faire.

Mon quotidien ressemblait à ce ciel gris, chargé de nuages prêts à exploser. Mon quotidien m’imposait une conduite qui se devait d’être irréprochable. Les doutes omniprésents ne me laissaient pas respirer, je vivais en apnée, terrorisée par les mains qui se referment un peu trop violemment, les mots qui claquent comme des insultes, le mépris insensé, la peur du faux-pas. Et les nuits qui n’en finissent pas de trainer avec elles le choc des corps, les heures passées à effacer l’odeur des ébats consentis pour une paix illusoire. Le gouffre profond du désespoir sans aucune porte de sortie possible.

Les oiseaux dans le ciel murmuraient des secrets que mon cœur savait. La route à choisir: la liberté. Le choix: partir.

Mon quotidien se décomposait sous mes yeux. Les nuages charriaient des larmes qui ne cessaient d’inonder mes draps. Impossible de reconnaître le jour de la nuit. Tout n’était que cri. Ce cri coincé dans la gorge qui ne sortait pas, le cri de l’échec cuisant, celui de la nuit qui gagne en puissance, enterre les espoirs d’un nouveau départ.

Les oiseaux, imperturbables, continuaient leur voyage. Je restais là à les regarder tracer leur chemin. Atterrée, perdue, vidée, anéantie, ils filaient sans moi. Le noir opaque m’empêchait de voir l’autre rive.

Mon quotidien était devenu l’enfer que je redoutais, la peur avait cédé place à la terreur, celle qui encore aujourd’hui fait trembler mon corps quand un danger se manifeste. La haine au fond d’un regard avait scellé mon avenir.

Les oiseaux m’accompagnaient vers la vie.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture 307 de Bric a Book

Comme une droguée en manque…

J’avais une idée d’article et puis j’ai lu celui d’Angie et je me suis souvenue du manque – nous pouvons tous donner des conseils, d’expérience, mais quand le manque est là, difficile d’y faire face. Le texte qui suit a été écrit en Juin 2014 soit 1 an et demi après ma séparation, comme quoi le chemin du deuil est différent pour chacun d’entre nous (de l’eau a coulé sous les ponts depuis, fort heureusement!)

Si tu savais comme j’en ai marre. Marre de t’en vouloir, d’être en colère contre toi. Marre de ressasser tout le mal que l’on s’est fait et de devoir te détester pour me protéger. Marre de tes silences qui ne riment plus à rien. Marre de cette angoisse omniprésente quand il est question de toi – rien que de toi – au fil de nos conversations, au gré de nos interrogations. Marre de ces mots qui envahissent des dizaines de pages blanches depuis plusieurs mois, mots compliqués qui sonnent comme des agressions, mots indigestes. Marre de ne pas pouvoir te faire confiance, de vivre dans la peur, de souffrir tout en essayant de comprendre et d’avancer. Marre de tes insolentes indifférences. Marre de devoir sans cette me justifier. Je voudrais juste me souvenir qu’un jour nous nous sommes aimés, mal c’est certain, un peu au moins, que nous avons été « amis » – n’est-ce pas un leurre pour m’aider à faire passer la pilule – avant d’être adversaires, incapables de compassion, inadéquates, inadaptés. Je voudrais ne me souvenir que du meilleur, certes éphémère. Oubliés nos rancœurs et nos déchirements. Oubliés nos nuits solitaires et nos rêves de vengeance.

Sur fond de ras le bol, tu deviens un souvenir, épineux à évoquer, qui m’arrache encore des larmes que je tente de masquer quand on me pose des questions et qui me poursuit au creux des heures d’insomnie. Je pensais que tu rattraperais le coup, que tu sortirais le grand jeu. Dès que je passais quelques heures seule – elles furent rares, personne n’y tenait, trop fragile, un brin suicidaire – je retrouvais de la sérénité dans le déni et l’oubli.

Récemment, en perdant ma main sur mes draps blancs, dans mon lit trop grand pour un seul corps, je pensais pouvoir saisir ta main. Mais le vide me rassurait autant qu’il me peinait. Te laisser partir, un combat de tous les instants. Comme une droguée en manque, j’ai cru en crever de ton absence, de tes silences aussi imposants que des forteresses en ruines. Je gardais l’espoir à chaque message de toi, qu’un autre écrivait bien évidemment, d’obtenir des aveux, d’entendre des excuses. Mais c’est toujours moi, au final, que tu rendais responsable de ta trahison et de ta souffrance, moi que tu condamnais. Je tremblais de chagrin, le nez collé à l’écran de mon ordinateur, la main posée sur la souris, prête à me déconnecter au moindre bruit suspect venant de l’escalier. Mes parents ne devaient pas savoir. Ils pensaient que je m’en sortais, loin de toi, que je me reconstruisais pas à pas. Comment pouvais-je leur dire que chaque jour j’attendais un message et qu’à coup sûr celui-ci venait briser chaque élan, arraché à la force de la vie qui grandissait en moi, que je m’imposais pour ne pas sombrer ?

Te laisser au passé devient crucial. Tout comme tirer un trait sur cette relation que nous aurions pu avoir. A défaut d’être amants, nous aurions pu être parents. J’y ai cru sincèrement. J’y ai cru comme petite fille, je croyais au Prince Charmant. J’y ai cru dans mes rêves, dans ces mots écrits sur le papier vierge, dans ces intentions de prières scandées en sourdine pour ne pas éveiller les soupçons. J’y ai cru pour moi, pour toi et pour lui aussi. J’ai cru que tu avais un meilleur fond que cet abruti qui te tient lieu de meilleur ami. Je ne l’ai jamais aimé mais je dois lui reconnaître une qualité (juste une), celle d’avoir osé avouer à Sophia, qu’il l’avait épousée pour des papiers. Toi, tu n’en as même pas été capable. Tu as joué le joli cœur, l’amoureux transi, le petit garçon blessé, l’homme fort et l’amant fou.

J’apprends à vivre sans toi. Pour les autres, ce n’est pas normal. Je devrais avoir tourné la page. Je devrais être sevrée. Ce n’est jamais aussi simple. Tant de deuils restent à faire. Trop de souvenirs m’assaillent, projets, endroits que j’aimais et que je ne reverrais pas, qui seront à jamais emplis de ton insolente présence, sans compter cette impression éreintante d’être passée à côté de tant de choses pour un seul sourire de toi. Quelle folie de t’avoir placé sur un piédestal, d’avoir fait de toi ce héros que tu n’es pas ! Qu’est-ce qui m’a poussée à cela ?

Je parle de moins en moins de toi ou différemment. Je suis heureuse que tu vives loin. Je ressens parfois encore comme un pincement au cœur devant tout cet épouvantable gâchis. Et dire que j’y ai cru ! Et dire que j’ai essayé de convaincre ceux qui m’aimaient le plus de mon bonheur – une illusion à laquelle j’ai préféré croire pour ne pas tomber à la renverse ou disjoncter complètement, pour maintenir tant que possible notre barge pourrie à flot, pour qu’elle se maintienne près du bord, au cas où il aurait fallu appeler à l’aide. Je reste toutefois consciente d’avoir pris la meilleure décision. Tout aurait empiré entre nous, à force de silences agressifs et de compromis que je serais restée seule à faire.

La nuit fait ressurgir ton visage. Dans mes rêves je fuis, boucle mes valises dans une atmosphère oppressante, avant qu’il ne soit trop tard. Je me réveille en nage paralysée par la peur. Une image. Un souvenir. Et la nuit qui m’étreint dans ses bras apaisants. Pour toujours, sans toi.

Les ressorts de l’emprise (et pourquoi c’est si difficile à expliquer)

J’ai souvent écris sur l’emprise. C’est un sujet d’actualité. Mais c’est surtout une étape de ma construction.

Pourtant parler d’emprise est très difficile. Parce que les ressorts de l’emprise sont très pervers et que la personne qui tire les ficelles de cet engin machiavélique va arriver à ses fins, en vous faisant croire que tout ce que vous avez consenti à faire vient de vous.

La personne est blanche comme neige dans l’affaire. Les rôles sont échangés. Le bourreau devient victime et la victime devient bourreau.

Le principal problème de l’emprise, c’est que vous ne vous rendez compte de rien.  Souvent le dialogue dans la relation est inexistant, l’échange une perte de temps puisque une seule parole prime, celle de l’autre – il ne cherchera jamais vraiment à savoir ce que vous pensez sur telle ou telle question, qui vous êtes non plus. Ça ne l’intéresse pas, ce qui l’intéresse c’est la faille qu’il a perçu en vous et dans laquelle il va se faufiler pour diriger votre vie. Jusqu’à ce que vous vous retrouviez au pied du mur, pieds et mains liés.

Le manipulateur ne vous “aime” pas tel que vous êtes, il vous “aime” tel que vous allez devenir. Tout est prêt dans son plan pour que vous rentriez dans SES cases, pour que vous vous abaissiez à SES volontés. Pas de polémique, il sait, il a raison. L’emprise fait que vous y adhérez, sans trop vous poser de questions. Après tout, c’est pour votre bien. Il le dit. Vous le croyez. La seule chose que vous avez à faire c’est de le vénérer comme un Dieu et vous soumettre. Si vous restez dans le droit chemin, tout ira bien. Si vous déviez, vous le faites à vos risques et périls.

Au début vous prendrez plaisir à jouer avec le feu, vous aurez l’impression que vous aussi vous pouvez le manipuler. Grave erreur. A ce jeu il a des longueurs d’avance sur vous. Vous vous brûlerez les ailes à coup sûr.

Il faudra parfois un engagement, un enfant, un appartement, des dons d’argent, un changement de pays, de religion, un régime draconien, un nouveau style vestimentaire, une démission (et j’en passe).

Avant que les gens ne vous demandent si tout va bien, pourquoi ces changements saugrenus et qui ne semblent pas du tout vous correspondre. A ce moment-là, il y a de fortes chances pour que vous vous refermiez sur vous-mêmes en vous disant que les gens n’y comprennent vraiment rien. Au lieu d’être heureux pour vous, ils vous accusent presque de changer. Vous prendrez vos distances. Et l’emprise redoublera. Tous vos choix seront dictés par un instinct de survie. Mais vous l’ignorez encore à ce stade.

S’ensuivra une jalousie excessive, la violence, les humiliations, le harcèlement, un / des actes sexuels forcés, des menaces. Privés du recul nécessaire vous abdiquerez. La paix. Avoir la paix, voilà ce qui primera. Tous vos faits et gestes seront calculés pour ne pas « brusquer » l’autre. Toute atteinte aux règles fixées, par l’autre, sera assortie d’une sanction. Vous vous retrouverez comme un gosse pris en faute pour une vulgaire bêtise et il vous faudra presque ramper jusqu’à l’autre pour implorer son pardon. Qu’il ne daignera vous accorder qu’à certaines conditions, établies par lui bien entendu. Vous serez prêt à tout pour que l’autre vous regarde, vous parle. Vous deviendrez ce qu’il attend de vous depuis le début. Et vous serez convaincu qu’il ne fait ça que pour votre bien. Encore une fois. Pire, que c’est vous qui êtes fou à lier quand il vous fait une énième crise de jalousie, vous bouscule dans le couloir, vous intime l’ordre d’aller changer de tenue, vous avez l’air d’une pute, jette votre repas à la poubelle. Ne vous en faites pas, il sera le premier à vous le dire. Vous n’êtes rien. Avec lui. Ou sans lui d’ailleurs.

Il s’en sortira presque avec les félicitations du Jury. Et vous, le cerveau complètement retourné, votre estime de vous-mêmes réduite à néant, votre corps couvert de cicatrices visibles et invisibles. Vous ne serez plus que l’ombre de vous-mêmes.

Et tout le monde se demandera comment vous avez pu adhérer à CA.

Vous vous demanderez comment vous avez pu adhérer à CA.

Et puis vous vous souviendrez de l’araignée qui tisse sa toile, de cette impression omniprésente de ne pas pouvoir respirer, de patauger dans des sables mouvants, d’avoir envie de sortir mais de vous cognez dans des portes fermées à double tour. Vous vous souviendrez de la première fois où il vous a dit « si tu m’aimais ». Et vous comprendrez que dans cette relation, les cartes distribuées ne l’étaient pas en votre faveur, les dés étaient pipés d’avance, la chute prévisible.

Il ne devrait jamais y avoir de « si » avant le verbe « aimer ».

Pauvre(s) Petit(s) Chou(x) ou quand la société débloque…

Merci de noter que cet article est à prendre au second degré…

En ce moment, à part vivre dans une grotte au fin fond des Cévennes, et encore, on ne peut pas passer à côté de tous les drames qui touchent les femmes de ce monde, et de notre belle France en particulier.

Et les hommes aussi.

Ceux qui résistent bien entendu, qui se sentent complètement démoralisés face à cette vague infernale de violence et qui malheureusement sont catalogués illico presto comme des machos, manipulateurs, fous, pervers, violents. Il ne fait pas bon être un homme en 2018 !

Et ceux qui sont les victimes de la folie des femmes, du monde, des autres hommes (qui ne sont pas solidaires pour deux sous). Entendez les mecs qui violent, tuent, harcèlent, menacent, battent, insultent…pleurent sur leur triste sort.

C’est bien connu les femmes sont des affabulatrices tyranniques. Elles attirent les hommes dans leurs filets pour mieux les détruire. Elles inventent des histoires complètement insensées pour les faire trébucher et tomber. Ce sont des bourreaux au cœur de pierre, des hystériques, d’irréductibles menteuses.

Et la société gobe ça. La société inverse les rôles. Elle donne du crédit aux dires de ceux qui impunément violent les lois les plus élémentaires du code pénal, et quand elle ne leur en donne pas, elle minimise le vécu des celles qui vivent l’enfer. Le monde marche donc sur la tête. Peut-être que nous devrions tous aller nous réfugier dans les Cévennes. Au moins là-bas nous pourrions peut-être retrouver le sens des choses…

Parlons expérience, avant d’aller nous enterrer pour respirer l’air pur de la nature. Un petit coup d’œil en arrière, et je retrouver Roger, en larmes. Et oui chers lecteurs, Roger m’aimait (pour les non-initiés, Roger, c’est mon ex). Il était même prêt à se tuer pour moi. Pourquoi la séparation, pourquoi la rupture, nous étions heureux après tout. Oui à partir du moment où je fermais ma gueule, nous étions heureux. En surface. Qui aurait eu l’idée d’aller creuser un peu. Chaque couple est différent, il ne faut pas juger et bla bla bla…

Il ne voulait que mon bonheur c’est pour ça qu’il faisait la gueule pendant des jours, qu’il me bousculait de temps en temps, pour me remettre dans le droit chemin. Parfois il me parlait mal, mais c’est toujours moi qui avais commencé. Œil pour œil, dent pour dent. Parfois il pleurait parce que c’est moi qui étais injuste, je faisais des choses qui le mettaient mal à l’aise, je ne le respectais pas assez. Quel sacerdoce pour lui ! Moi je me demande sincèrement pourquoi il voulait à tous prix me garder. Les menaces. Quelles menaces ? Jamais il n’aurait faut ça, j’étais comme sa chaire. Les cris. Quels cris ? Oui il avait peut-être parlé un peu fort, ça va, faut pas exagérer. Le harcèlement. Quel harcèlement ? Tout de suite les grands mots.

Il ne fallait pas trop lui en vouloir, il était malheureux. La chute était rude pour lui. Pauvre petit chou ! Pour le reste, voilà, chaque couple trouve son équilibre. Il y a plus grave. Et puis vous étiez d’accord, consentante. Ok il en a un peu profité. Il n’y a pas mort d’homme, ni de femme. Allez soyez indulgente, comprenez le…

Voilà où nous en sommes rendus. A devoir comprendre l’inacceptable.

Les vraies victimes ne seraient donc pas celles que l’on croit. Les femmes aux vies démantelées, brisées, bien amochées (je ne parle même pas des enfants) ne seraient pas tant à plaindre que ça au final. Allez, les filles, demain ça ira mieux ! Buvez une bonne dose de positivisme, ajoutez-y quelques gouttes de gratitude, parsemez votre boisson de pépites de « nos pensées créent notre réalité » et vous aurez le cocktail de choc pour vous en sortir, comme des grandes, sans l’aide de personne !

Et puis oubliez bien vite ces vilaines mésaventures. Le reste de la terre est déjà passé à autre chose.

Plus jamais

 

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Âmes sensibles s’abstenir…

Il rentre. Tard. Tôt. Les heures ne comptent plus. Elle entend la clé dans la serrure. Elle se prépare mentalement. A le sentir. A respirer son haleine rance. L’odeur de la cigarette mêlée à l’humidité ambiante lui donne la nausée. Elle attend, inquiète, non, terrifiée. Qu’il se pointe, se déshabille. Elle entend le bruit des boutons de son jean qui sautent l’un après l’autre, son caleçon glisser le long de ses jambes, son t-shirt s’échouer sur la moquette. Juste quelques secondes de sursis avant qu’il ne se glisse nu dans le lit. Son corps chaud contre sa peau froide. Un électrochoc.

Ils ne feront pas l’amour. Ils ne savent pas. Il ne sait pas. Ni don ni partage. Ni orgasme ni jouissance. C’est mécanique. La mécanique du quotidien. Les mêmes gestes, la même cadence, la même pulsion animale. Un scénario bien huilé dont il maîtrise l’exécution à la perfection. C’est lui qui mène la danse. Il n’y a pas soumission non plus, aucun accord tacite entre eux.
On se place dans un autre registre. La possession. La prise de pouvoir sur l’autre. Un seul plaisir prime. Le sien. C’est un acte unilatéral auquel l’autre doit se plier au risque de…

Il occupe d’un coup l’espace. Elle est cette petite chose apeurée quand il est là. Elle a toujours peur de dire, faire quelque chose qui va déclencher la guerre. Froide. Il y a une violence sourde en lui, qui plane sur le vide qu’est devenue sa vie.

Coincée entre le bord du lit et son corps, elle n’a aucun moyen de se soustraire à ce qui va suivre. Il essaye d’être tendre, elle perd le fil.

Et si?

Et si cette fois c’était différent? Et si ça ressemblait à quelque chose? Et si ils pouvaient se réconcilier là, entre ces draps ?

Il est maintenant contre elle. Elle fait semblant de dormir. C’est tellement moche tout ça. Lui. Eux. Elle. Il est 2h10, 3h25 ou 4h45. Les jours se suivent. Les heures ne se ressemblent pas. Au fil des nuits elle n’est plus qu’un corps qui se livre, qui adhère à une mise à mort. La sienne. Avec cet espoir insensé qu’il daigne à nouveau la regarder, lui adresser la parole.

Ils ne s’embrasseront pas. Ils ne se regarderont pas. Le silence qui les entoure est glacial. Elle donne du sien. Elle se force un peu, espère pouvoir créer un lien. Elle crie un peu, histoire de…

Il finit par s’effondrer sur elle. Un poids mort sur son corps à l’agonie. Il se lève sans un mot, sans un regard. C’est mieux comme ça. Son regard chargé de mépris ne ferait que l’enfoncer davantage. Parfois elle a le courage de marcher jusqu’à la salle de bains. Parfois pas. Elle se recroqueville sur elle-même, prie pour qu’il végète jusqu’au matin devant la télévision. Pas deux fois la même nuit.

Ça dure 1 jour, 2 jours, 4 jours. Puis ça passe. La lune de miel efface en surface les blessures. La plaie pourrit à l’intérieur. Elle refuse juste de voir. Trop dur. Ce sont les seuls moments partagés alors elle s’y attache. Maigre espoir vital. Elle ne peut pas s’effondrer, autour il n’y a plus personne, la solitude se fait plus intense, l’angoisse monte d’un cran à chaque coup de gueule trop imposant. Alors elle sourit et elle continue à faire semblant d’être heureuse.

C’est une prise d’otage. Sans témoin. Sans coup. Sans traces. C’est ce que ça ne sera jamais plus.

Je dédie ce texte à toutes les femmes victimes de violence conjugale. A toutes celles qui sont parties. A toutes celles qui luttent.

Les stigmates de la violence conjugale

Ils sont différents en fonction du type de violence subie : physique, psychologique, sexuelle, économique, religieuse et j’en passe. La violence conjugale a plusieurs visages, c’est ce qui en fait une arme dangereuse dont on prend conscience de l’existence tardivement dans une relation.

Alors même que nous sommes sorti(e)s de notre état de “victime” – je sais que beaucoup ont du mal avec ce terme pourtant il s’agit bel et bien de ça, la violence conjugale est une véritable prise d’otage qui s’inscrit dans la durée – nous n’en restons pas moins vulnérables. Un mot, un évènement, une idée que beaucoup considéreront comme normaux réveillera en nous quelque chose : gêne, colère, chagrin, douleur, honte. On aura beau avoir fait le deuil, s’être pardonné, avoir pardonné parfois aussi, quoi que le monde nous dise, quoi qu’il se passe, l’oubli est impossible. Il nous faut apprendre à vivre avec ça, sans toutefois laisser de prise au passé, avec ces moments où la peur reprend le dessus, avec notre incapacité à comprendre, entendre certaines choses, avec ce besoin d’être rassuré(e) – tout va bien, avec les images aussi qui reviennent et nous font perdre temporairement nos repères.

Il faut du temps pour s’affranchir d’une manière de faire, d’agir, d’être, que nous avons mis en place pour nous protéger contre l’agresseur. Vivre avec la peur, dans la peur, pendant des mois, des années implique la mise en place de processus rodés. Notre énergie reste focalisée sur le meilleur moyen de gérer l’urgence, nous sommes constamment en alerte. Il en va de notre survie.

La violence laisse des marques indélébiles à l’intérieur. Comme ce sont celles qu’on ne voit pas, les autres peuvent difficilement les intégrer. C’est pour cette raison qu’il est important d’en parler. Pas à n’importe qui mais aux personnes qui comptent. Cela leur permettra de comprendre certains de nos comportements.

Au début d’une nouvelle relation, tout est scruté par notre esprit dans les moindres détails.  L’autre doit donc faire preuve de patience, d’attention, de respect et d’écoute afin qu’en confiance nous laissions petit à petit tomber nos barrières. Le temps fait bien les choses et nous devons en faire notre allié, ne rien précipiter. Il nous faut réapprendre la vie, l’amour, les relations saines et respectueuses. Il nous faut réapprendre en nous détachant de la souffrance et en acceptant nos fragilités. Si la reconstruction est une étape essentielle, elle ne se fait pas en un clin d’œil.  Il peut arriver que même des années plus tard, certaines situations nous mettent mal à l’aise. Osons alors sortir les maux pour nous en libérer…encore et toujours.

Quelles situations vous “traumatisent” encore?  Pensez-vous que nous pouvons totalement nous libérer de ce passé? Quels sont les stigmates avec lesquels vous vivez?