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Sortir la Colère

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J’ai tourné un peu autour du sujet, j’ai trouvé plein de prétextes. J’avais l’impression que j’avais tout dit, tout écrit. Et puis j’ai craché la peur. Je ne m’en cache pas. Et puis j’ai dit la colère. Finalement, c’est encore là, bien caché, ça existe encore.

En le disant j’ai même compris que ce serait toujours là, quelque part. Les souvenirs s’atténuent, la colère s’apaise, la peur ne me paralyse plus. Ca reviendra par vague, par moments, comme un rappel de ce que j’ai vécu, de ce que j’ai dépassé, de ce que j’ai trouvé de force en moi, de ce qu’il y a de faiblesse aussi.

J’ai posé les mots, les mots qu’hier je retenais prisonniers, comme pour exorciser la douleur, pour raser de la surface de la terre ces quelques années de violence. J’ai cru encore être sous cette emprise féroce, mais non, c’est juste un costume que je porte parfois, celui de cette petite femme fragile, abasourdie par le chaos, déracinée, dont le cœur a explosé en mille morceaux, que son corps ne porte plus.

J’ai lâché la colère et j’ai admis qu’il n’y aurait peut-être pas de pardon. Elle m’a dit que ce n’était pas nécessaire et j’ai laisser les conseils des autres s’évanouir dans l’air. J’ai fini par pardonner d’autres situations, alors peut-être que le temps. Ou pas. J’ai d’autres choses à construire.

J’ai dit l’intérieur de moi, plus facilement qu’hier et c’est déjà un grand pas. C’est un peu l’histoire de ma vie, m’estimer, m’affirmer, m’exprimer. Je vais laisser la colère sortir, pas à pas. A mon rythme. Je vais l’accepter aussi, ce n’est pas toujours facile! Je vais l’accueillir comme il se doit, elle a tous les droits d’être là.

Un chantier qui se termine. Le prochain je le pressens mais je le laisse en jachère. J’ai besoin de repos, un peu moins de questions, un peu plus de souffle, comme à la fin d’une course. Il sera toujours temps de s’y coller un jour. Un jour…

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Couple: Attention Danger!

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Ecrire sur le sujet, j’avais donné. Je m’étais même dit que je pouvais tourner la page, de toute façon si les expériences des uns servaient aux autres, ça se saurait et le monde serait plus beau et moins cruel que ce qu’il est. Toutefois je ne peux pas oublier que l’expérience d’une femme est ce qui m’a en partie sauver la vie. Alors, que faire?

En en discutant avec ma sophrologue lors de notre dernière séance, je me suis rendue compte que de toute manière, que je le veuille ou non, cette expérience (comme les autres d’ailleurs) faisait partie intégrante de ma vie, que je pouvais la reléguer au fond d’un placard si je le souhaitais en me disant que je l’avais dépassée, qu’elle resterait ce qu’elle est et qu’elle pourrait potentiellement se rappeler à moi de temps en temps.

Alors, voilà, j’écrirai encore, de temps en temps, sur le sujet. Parce qu’il est d’actualité, parce que j’en ai marre de voir qu’on ne parle que de violence physique, alors que la violence revêt plein d’autres formes, parce que quand j’écoute les gens parler, il arrive que beaucoup de feux rouges s’allument et que si tout le monde se tait, la violence continuera à faire des victimes.

En écrivant mes états d’esprit ce matin, je me suis demandé à quoi ils auraient ressemblé si je les avais écris il y a 10 ans. Et bien, à peu près à ceux d’aujourd’hui ou de la semaine dernière. Parce qu’à l’époque quand je parlais de ma vie de couple, j’occultais complètement le moche. C’était une manière de me protéger. Si j’avais ouvert les vannes j’aurai perdu pied. J’avais besoin d’afficher un bonheur sans nuage pour survivre à mon quotidien. Mais attention, tout n’était pas noir et c’est bien pour cette raison que j’arrivais à me persuader que ce qui n’allait pas ne faisait pas le poids avec ce qui allait! Un bon dîner et j’oubliais les heures d’angoisse, un café pris en terrasse et j’occultais le silence glaçant des 7 derniers jours, un restaurant et je mettais sous le tapis les humiliations régulières.

Et puis je lui trouvais des excuses, une enfance difficile, une intégration compliquée, l’éloignement de sa famille, de sa culture. Parce qu’il en avait chié, il avait le droit de me pourrir la vie. La solution de facilité! Sauf que rien, absolument rien, ne légitime la violence, qu’elle soit dans les mots, les gestes, les menaces, la domination. Arrêtons un instant d’essayer de comprendre les bourreaux et intéressons nous pour de vrai aux victimes.

Alors mes états d’esprit auraient été plutôt positifs, ils auraient été le reflet d’une réalité rêvée, pour ne pas tomber, d’une réalité maquillée, pour que personne ne sache. Si quelqu’un avait su, quels auraient été mes choix? Partir, je n’en avais pas le courage. Pas encore. Alors qui aurait compris? Qui aurait compris que je reste dans une relation destructrice qui me bouffait mon énergie et ma santé psychique? Qui aurait permis que cette mascarade continue? Qui serait resté à mes côtés?

Tout le monde ou presque avait des doutes, mais je donnais si bien le change que c’était difficile de voir au delà de la façade tranquille et souriante que j’affichais en toute circonstance à l’extérieur. Les larmes, les cris, ce n’était que chez moi, la porte fermée à clé, quand je savais qu’il n’était pas là. Je n’ai jamais parlé de lui en négatif. Il faut dire qu’au début c’était presque un dieu pour moi. A cette époque, je ne voyais pas le toxique, je pensais que ses sautes d’humeur, ses mots blessants, ses attitudes déplaisantes étaient liées à une très grande sensibilité. La belle affaire! A cette époque, j’étais dans la remise en question permanente. Je me disais que c’était à moi de changer, que c’était moi qui voyait le mal partout, qu’il fallait juste le comprendre, que la vie à deux c’était des hauts et des bas et que tout allait bien, donc. Je ne voulais pas voir que j’avais changé (et pas en bien), je ne voulais pas voir que j’étais malheureuse. J’étais dans le déni total. Je dérivais sans m’en apercevoir.

Alors bien sûr aujourd’hui c’est plus facile pour moi de voir les signaux d’alarme. Ce qui ne veut pas dire que je puisse faire quoi que ce soit ou que je sois à l’abri. Par contre je peux écrire, je peux dire et je peux alerter. Après, chacun son histoire, chacun son chemin et sa façon de le mener.

J’ai appris de cette expérience que le couple n’est pas tyran, il n’est pas toxique, il n’est pas là pour nous challenger sans cesse, il n’est pas conflit permanent. Il n’a pas vocation à nous montrer nos ombres, nos failles 365 jours par an. Le couple n’est pas la domination d’une personne sur une autre ni la soumission d’une personne a une autre. Le couple est complémentaire et si il nous apporte plus de larmes, de peur que de rires et de confiance, alors la question “à quoi bon vraiment le vivre” se pose?

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Challenge Ecriture 17

Je suis rentrée, la tête comme une pastèque, le corps fatigué. Pourtant je ne t’ai vu que quelques minutes tout au plus.
On a du échanger quinze phrases. Rien de bien terrible, que de la mécanique. Celle de la victime que tu es et du bourreau que je suis. Tu veux me faire croire que tu as changé, quand tout en toi, respire le mensonge. Tu penses qu’avec quelques pirouettes monétaires tu vas nous faire rêver.
Mais ce n’est pas ça, ça c’est du bouillon habituel, des mots faute de mieux, des promesses abracadabrantesques. Un appartement, une école haut de gamme, pourquoi pas un haras, une oliveraie, tant qu’on y est !
Rien de trop beau soit disant ! Pour ton fils, tes entrailles ! Mais tu n’es même pas capable d’aligner trois mots dans sa langue et tu voudrais qu’on oublie tout, qu’on te déroule le tapis rouge, qu’on dise « amen » les yeux fermés.

C’est pas tant cet air hautain que tu prends pour me parler, ce sourire hypocrite, ce tintamarre obsédant qui m’a filé le tournis.
C’est ce foutu ballon du PSG. Ce trophée. Cet objet pourtant insignifiant qui te place du côté des gagnants. Alors que tu ne fais que te pavaner, imiter, mimétisme de pacotille.
Ce sont tous ces cadeaux sans âme que tu lui refiles, comme pour redorer ton image.
C’est le vide de ton personnage, ton identité translucide. Tu n’es que ça, du vide.

Ce n’est pas parce qu’il est un tout jeune arbuste, en quête de racines, que tu peux jouer avec lui. Ses bases il les a et elles ne viennent pas de toi.
Est-ce que je suis heureuse de ça ? Non. Pourtant aujourd’hui j’ai compris que tu n’avais rien à lui offrir. Parce que tu n’as rien. C’est triste à dire, je ne pensais jamais pouvoir le dire de quelqu’un.

Il te faudrait plus qu’une potion magique, plus qu’un filtre enchanté, plus que tout l’or du monde, il te faudrait plus de mille vies pour compenser l’absence, le mépris, ta suffisance. Ils peuvent tous dire ce qu’ils pensent, je sens, je sais, qu’autour de toi tout n’est que nuisance. Ta présence n’est pas une menace, juste une longue plainte dont l’écho nous frôle encore parfois.

Mais lui et moi nous savons de quoi nous somme faits. Ta loi ne fait pas le poids.

Retrouvez les participations ici: Chez Mébul, Chez Josée

***

Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte ou un poème dans lequel le dernier mot de chaque phrase devra être le premier mot de la phrase suivante. Hâte de voir ce que cela va donner! Au plaisir et amusez-vous bien!

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Chemin de guérison – Fin

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Reste t’il vraiment des choses à écrire sur cette histoire? Au fond, est-elle le début ou la fin? Qu’a t’elle pris, qu’a t’elle rendu?

Je voulais mais je crois désormais que ce qui n’a pas été écrit ne le sera pas, jamais. Il ne restera que les images et les émotions, cette sensation qui ne se décrit pas. Au fond qui a besoin de savoir tout ça?

Je crois que j’ai longtemps voulu qu’on reconnaisse ce que j’avais vécu, pour ne pas avoir encore et encore à me justifier. Qu’on me reconnaissance surtout, pour que je ne sois plus cette petite chose fragile qui se cogne partout, qui se blesse pour avoir la sensation fugace d’être encore en vie.

Je n’ai rien à prouver non plus. Je sais ce que j’ai vécu, peu importe les mots qu’on pose sur les évènements. Je dois aussi accepter que certaines personnes ne comprendront jamais totalement ces années d’errance. Il en va ainsi de la vie et de ses tourments.

A force d’attendre de l’extérieur ce qu’on est seul à pouvoir se donner, on finit par se perdre, une fois de plus. On ne fait peut-être que ça d’ailleurs, se perdre pour un jour peut-être se découvrir vraiment!

2010 aura été. Et ce qui s’est passé demeurera, non pour me retenir, mais pour me montrer ce que j’ai enduré, surmonter. Peut-être qu’elle est là, la clé de la libération. Que le monde sache n’y changera rien si moi-même je ne suis pas prête à lâcher prise.

Je garde les mots qui viendront. Au fond, ils ne regardent que moi.

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Chemin de guérison #4

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On entend souvent “le passé c’est le passé, on ne peut pas le changer, mieux vaut aller de l’avant”. Je crois que toutes les personnes qui sont en vie aujourd’hui et qui ont vécu l’emprise, sous toutes ses formes, vont de l’avant. Si elles évoquent encore le passé, c’est pour mieux le conquérir, l’intégrer. Elles ont juste parfois besoin qu’on les écoute, rien de moins, rien de plus.

Je vous glisse ici, pour celles et ceux que ça intéresse, la conférence de Anne Laure Buffet sur le sujet. Elle explique très bien ce qu’est l’emprise et ses conséquences sur la vie des personnes concernées.

Le texte ci-dessous a été écrit en ce sens, pour montrer la complexité de ce type de relation. C’est toujours beau d’entendre les autres dire “si tu n’étais pas heureuse, il fallait partir” ou “pourquoi tu n’es pas partie à ce moment là, tu voyais bien qu’il y avait quelque chose qui clochait? “ou pire “tout est une question de choix!” Si c’était si facile il n’y aurait pas autant de drames.

Ce texte parle d’un instant, seulement, le jour où mon ex-mari m’a obligé à téléphoner à mes parents pour leur annoncer notre mariage imminent, en sachant très bien qu’ils étaient contre et que cette annonce ne serait pas reçue avec enthousiasme. Nous avions déjà derrière nous deux années de maux dont une pendant laquelle nous ne nous étions pas parlés.

***

Il y avait entre nous
Le téléphone posé
Sur la table basse
Présence silencieuse
Sourire macabre

Un appel imposé pour poser le cadre
T’imposer en maitre du jeu
J’avais tiré les mauvaises cartes
Foutu hasard !

Un coup de fil comme un coup de poing
Je retardais l’instant
Je ne maitrisais rien
Annoncer un mariage imminent
Auquel j’avais cédé
Pour un peu de paix
Dans un quotidien désarticulé

Sortir des mots
Auxquels on croit
Sans y croire vraiment
Mentir sur commande
Je savais faire ça

Faire semblant
Masque porté comme une protection
Sourire transporté comme une seconde maison
Puis déposé en rentrant
Mes larmes bruyantes sur la moquette
Esquisse d’un tourment
Impossible à apaiser

Dire et
Ecouter les bruits de l’annonce
Se fracasser contre les tempes
Sentir la peau se fissurer
Les poumons manquer d’air
Devant ton visage satisfait

«Tu vois que tu pouvais ! »
« Je suis fier de toi, mais c’est dommage qu’il ait fallut en arriver là ! »
« Allez viens, on va célébrer ça ! »

Un pardon de plus
Un pardon naturellement posé
Sans arrière-pensée

Et l’attente de la chute
D’un regard posé sur l’abîme
D’une main qui sentirait la blessure secrète
Suinter sous l’armure

Mais il n’y avait personne pour voir ça
Personne pour savoir

Elle devait être faite d’acier
J’ai tout encaisser
La peur, l’angoisse
Cette impression de sombrer dans une folie sans nom

L’amour meurtri
L’amitié menacée
L’inconditionnel fissuré

Ne perdre personne en chemin
Dans cette course insensée
A ton bonheur

Dans ce compte à rebours
Pour une union
A laquelle je me sentais partagée
Partie-prenante et étrangère
Dans tes filets j’étais tombée
Et je ne pouvais m’y soustraite

Pas de déclaration romantique
Juste un
« Pour 200€ je trouverais quelqu’un qui voudra bien, mais
C’est toi que je veux »

Des menaces à n’en plus finir
Un harcèlement de chaque instant
Le jour
La nuit

Pour un « oui » plein de tourments
Pour un « non » j’avais déjà tant pris
Que je n’aurais pas pu m’en sortir vivante

Blesser ceux que j’aime
Sans intention
Me perdre
En circonvolutions
Tenter de maintenir un cap artificiel
Oasis fantasmé
Modeste illusion
Une image bien polie
Pour survivre à la tentation
De dire « oui » à la nuit…

***

J’ai écrit ce matin, un matin à l’allure printanière. Retrouver l’envie de toi, du plaisir au goût d’éternité.

J’ai écrit ce matin, juste après ton départ, après les maux dits maladroitement et le divin mêlé.

J’ai écrit ce matin, pour retenir, ni toi, ni moi, pour me souvenir de ce que nous sommes ensemble, même dans le désordre, au gré des jours d’absence parfois longs puis ta présence, le parfum acidulé de ce temps dans tes bras.

J’ai écrit ce matin, comme poussée par une force, celle qui bat en toi et qui est venue me cueillir sur le chemin des doutes, puis réveiller mon désir, me laissant libre de larmes et ivre de l’union.

J’ai écrit ce matin, après ton départ, avec ton odeur, avec ta peau encore contre la mienne, dans un rêve qui s’éloignait et qui pourtant n’est jamais bien loin, pour peu que je tende la main.

J’ai écrit ce matin, parce que tout ce que je vis depuis bientôt 4 ans c’est comme une découverte, c’est comme les premiers pas d’un enfant, c’est quelque chose d’inattendu, de magique, quelque chose qui me laisse le coeur au bord d’un vide qui ne me fait pas peur.

J’ai écrit ce matin, pas pour laisser une trace, peut-être juste pour me rappeler que c’est bien vivant!

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Un chemin de guérison #2

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La façon dont les mots caracolent sur mon corps laisse imaginer ce qui fut – passé – présent – résilience, mise en marche de l’acte de libération – guérison.

***

J’ai fait l’amour à la nuit
Pour égorger les démons dans leur sommeil
Effacer les traces
La honte collée aux flancs de l’espérance

De mon enveloppe de femme s’envole un cri
Celui de la bête qu’on punit
Le sang versé se répand
Sur l’orgueil du mâle dominant

***

Entendre ta voix
Quelques notes
Timbre apaisant
Qui jamais ne se moque

Ta voix
Comme si tu étais là
Un morceau de toi

Vibrent les cordes
De cette partition
Dans laquelle tu t’investis
Dans laquelle je pensais
Que personne n’oserait

Il est si facile d’aimer
Plus délicat de se laisser aimer
De se laisser approcher
Plus que d’ordinaire

De se voir presque
Comme dans l’eau d’un lac
Vision un peu déformée par les secousses
Et si pure pourtant

N’est-ce pas ton regard
Qui me donne un peu plus d’audace
N’est-ce pas l’étincelle que j’y capte
Qui m’appelle à quitter ma peau élimée

Pour une nouvelle
Celle cachée par des années
A être si mal aimée

Lien vers le chapitre 1

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La voie du pardon est-elle toujours possible?

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En discutant autour du Pardon ce midi, je me suis interrogée, comme souvent après une conversation qui touche un point un peu sensible. On est tous d’accord pour dire que le Pardon c’est le Must, la Voie Sacrée! C’est surement aussi l’une des plus belles des preuves d’amour.

Justement, quand on aime, le pardon c’est presque naturel, par forcément là, maintenant, parce qu’il y a le deuil, un chemin à faire. Mais le pardon et l’amour, ça s’accorde bien et tant qu’il y a de l’amour, le pardon est possible.

J’en ai fait du chemin sur le pardon. Je n’y croyais pas beaucoup au début, ça paraissait un peu simpliste comme principe. Et puis au fil du temps, j’ai perçu les subtilités de l’approche, j’ai mieux compris ce qu’il était, ce qu’il impliquait. Le pardon, c’est toujours un choix, jamais une obligation. On n’impose pas le pardon et on ne se force pas non plus à pardonner. C’est un chemin très personnel qui ouvre sur quelque de plus grand et nous aide également à nous libérer, à guérir. Ce n’est au fond pas un acte aussi altruiste qu’il y parait!

Les actes de pardon que j’ai pu poser par le passé m’ont tous amenée à une ouverture plus grande, une compréhension différente de l’autre, un accueil, m’ont permis aussi de m’alléger d’un poids et parfois ont eu des impacts forts autour de moi. En y réfléchissant, ces “pardons” se sont imposés à moi, comme une intuition, une évidence. J’ai pris conscience que les actes, les mots, les silences, les non-dits, les mensonges, les ruptures, les séparations avaient touché quelque chose en moi, mais que ce quelque chose, même blessé, existait toujours et que pour ressusciter, en quelque sorte, le pardon était ma clé.

Je me suis donc demandée ce qu’il arrivait au pardon quand il n’y avait pas ou plus d’amour. Et plus particulièrement, par rapport à mon vécu personnel, dans des situations de violences conjugales, d’emprise psychologique. Je ne dis pas que ce n’est pas possible, je me demande juste dans quelle mesure ça l’est, comment ça s’articule face aux évènements marquants, traumatisants de nos existences.

En quatre ans de relation et trois de procédure de divorce, j’ai pardonné des dizaines de fois. J’ai compris, j’ai entendu, j’ai accueilli les maux, les failles. J’ai pardonné pour ma survie et parce qu’il y avait quelque part quelque chose de plus fort que le dégoût et la haine, plus fort que l’indifférence, quelque chose qui me permettait de tenir debout. J’ai pardonné par lâcheté. Puis je suis partie. Et là le pardon m’est apparu comme une chimère. Là, il n’avais plus sa place. Quelque chose était mort.

Je crois que ce qui m’a finalement libérée et permis de me reconstruire c’est d’avoir fais le choix de ME pardonner. C’est quelque chose qui pesait lourd, trop lourd. Je ne sais pas si j’y suis pleinement arrivée, si je me suis tout pardonné. On nous vend le pardon comme le remède miracle. Dans l’absolu, j’aime l’idée mais entre le quotidien et l’absolu, il y a la vie!

Selon moi, chaque choix est ce qu’il est, il nous appartient et il est juste pour nous. Pardonner ne fait pas de nous des “saints” et ne pas pardonner ne fait pas de nous de “mauvaises personnes”. Le pardon doit rester cet acte engagé de soi face à soi-même et non un acte contraint parce que c’est “bon”, parce que c’est “bien” ou encore dans l’air du temps. Le pardon n’est pas un but ou une fin en soi. On peut vivre sans pardonner et être heureux. On peut pardonner et ne jamais venir à bout de nos maux. Il y a autant de chemins qu’il y a d’existences et d’expériences de vie.

A l’heure qu’il est, je dis “merci” à cette histoire qui a existé et qui m’a permis de sortir d’un long sommeil dans lequel je m’étais perdue depuis de très nombreuses années. Pour le reste, je ne sais pas, dire que j’ai pardonné serait un mensonge je crois. J’y arriverai peut-être un jour, ou pas. Mais au final, cela ne regarde que moi!

Posted in Emprise et Renaissance, Tout un poème

Dans le corps d’une autre

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Quand le sang coule
La période se veut chaste
La femme attend la pause
Qu’elle accueille comme un cadeau
Reprendre le contrôle de son corps
Apaiser le chaos de son cœur

Elle n’envisage pas le creux
Celui dans lequel pourtant on se glisse
Sans ménagement
Jambes écartées pour recueillir
Le plaisir tabou
Qu’on ne se donne pas seul
Au risque de frôler le néant vengeur

Temps de femme
Qu’on ne respecte pas
Un va et vient sans âme
Qui va plus loin
Toujours un peu plus
Comme si c’était autorisé

Temps rouge sang
Sur le drap blanc immaculé
A l’intérieur le corps se serre
L’invitation est imposée
Les cuisses rougies par
Le silence d’une masturbation orchestrée
Pour éviter le châtiment d’un Dieu manipulé

La femme est, sans être
Là, pour le plaisir d’un autre
Assommée par la demande insistante
Les cuisses enduites d’huile
Pour apaiser la brûlure
Qui de jour en jour s’étend
Qui de jour en jour ploie face au néant

Osera-t-on aller au-delà
Violer la porte du sanctuaire
Celui qu’elle protège d’intrusions saccadées
En ce temps privilégié ?

Osera-t-on s’immiscer
Dans les méandres de l’intime
Plus profondément encore
Que ces caresses égoïstes ?

La femme disparait
Laisse l’autre faire ce qu’il a à faire
Elle abandonne la partie
Vole, son esprit au-delà
La scène en bas est jouée par une autre
Qui de peur, dans l’incompréhension, se noie.

Ce texte est extrait de mon prochain recueil de poésie “2010”, qui sera partagé ici en PDF (sur don libre) et en Papier (si quelques personnes sont intéressées)

Posted in Humeurs d'Auteur, Tout un poème

Les fantômes de 2010

Crédit Marie Kléber

Il faudra…
Une conversation anodine
Et la révélation
Il faudra…
Il est l’heure…

L’évidence au cœur d’un matin doux
Idées blanchies par les vagues
Maux tatoués dans le corps
Marques invisibles
Traces et tracés
Que les mots viennent libérer

Il faudra…
Cette année là
Ce que le temps n’efface pas
Sans la parole

Il faudra…
Il est l’heure…
De tout ce qui fut caché
Pour un pas de plus
Pour un peu de paix

L’évidence comme un couperet
Mettre à nu la peau
Mettre à jour la brûlure
Regarder en face l’imperméable déchirure
Eclairer l’ombre
Pour que la lumière transformatrice puisse opérer

Il faudra parler de 2010

J’ai écrit il y a quelques mois un article sur mon désir de ne plus faire d’autoédition. Et bien, je crois que je viens de changer d’avis! Et pour une fois j’accueille ce changement avec le sourire. Parce que j’ai compris que la vie était cycle et mouvement! Et que le mieux était d’être à chaque instant ouvert à toute proposition.

Voilà le premier poème d’un recueil qui s’est imposé à moi. Un matin, au détour d’une conversation. Un recueil comme une libération de toutes les fantômes de 2010 qui sont encore bien là et qu’il est temps de laisser partir. Pour pouvoir avancer vers demain…

Posted in Carnets de route, Tout un poème

Après l’emprise

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Source Pinterest

Les fantasmes ne sont que des vertiges
Les vestiges d’un imaginaire fécond
Chacun tient la liberté de les réaliser tous
Comme de n’en réaliser aucun

Ils n’ont pas de nom
Ni de patrie
Ceux que l’on écrit nous sont proches
Ou bien appartiennent à d’autres

Derrière les mots
Une identité que chacun façonne à sa guise
Une femme libre
Qui se souvient…

Un jour la femme s’assume
Puis un jour elle devient un fantôme
Un souffle rauque
Impuissant
Parce que l’homme a pris le pouvoir
Il a posé son regard sur sa liberté
Il l’a jugé comme une invitation
A entrer dans un espace qui n’est pas le sien
À faire de son corps un terrain de jeu
De ses jeux
Un objet
Un objectif
Un jour elle ne dira plus rien
Elle lui donnera ce qu’il attend
Elle sera son fantasme éveillé
Sa poupée malléable à merci
Elle nourrira ses rêves de toute puissance

Pinterest Blog 1

On peut dire le plein
Mais comment dit on le néant?

Face au corps dénudé libéré
Comment dit on le corps caché entaché par le dégoût?

On peut dire les frissons jouissifs
Mais comment dit on la peur glaçante?

Face au silence
Que reste t’il du consentement?

La violence n’est pas cruelle. Elle est sourde, étouffée. Une violence plus noire que la nuit. Une violence qui piétine puis laisse le corps tomber, sombrer, en apnée.

Il a plaqué son corps contre le sien. Rien. Pas un bruit. Pas un geste. Comme si l’absence de mouvement pouvait la protéger.
Il a remonté sa chemise de nuit. Elle a retenu sa respiration. Il a ouvert ses cuisses sans cérémonie. A t’elle résisté? Peut-être.
Un rite. Passage obligé.
Une routine. Celle de la nuit. Celle du silence. Celle de l’absence.

Un jour la femme renaîtra de ses cendres
Elle ne donnera sa confiance
Qu’à ceux qui sauront respecter sa liberté
Ne remettront pas en question ses limites
Qui aimeront son corps, encenseront son audace, glorifieront son désir
Avec le respect qui est dû à chaque être humain
Tout en sachant que jamais rien ne nous appartient.

Posted in Carnets de route

Le sujet qui fait débat

Le sujet fait débat depuis plusieurs jours, vous ne pouvez pas l’avoir raté, même si comme moi vous ne regardez pas la télévision: la cérémonie des Césars a récompensé le film J’accuse de Roman Polanski. La polémique enfle et chacun y va de son avis sur ce prix très controversé.

Pourquoi j’écris ce billet aujourd’hui, tout simplement parce que je n’ai pas une opinion – tranchée – sur le sujet et qu’elle s’étoffe en fonction des personnes avec lesquelles j’en discute.

J’ai toujours choisi de distinguer entre l’homme (et la femme) et son art. Je pense que l’humanité est pleine de ces exemples d’hommes et de femmes dont les œuvres sont en contradiction totale avec ce qu’ils passent comme message en tant qu’êtres humains. Est-ce bien? Est-ce mal? C’est, tout simplement.

Personne ne trouvera à redire, Roman Polanski est un grand réalisateur. Les multiples prix reçus durant sa carrière en sont la preuve. Sur l’homme (que je trouve par ailleurs antipathique à souhait), je ne m’étendrais pas, les multiples déclarations des femmes humiliées, blessées, torturées dans leur corps suffisent à se faire une idée.

Toutefois, je me demande pourquoi d’un seul coup tout éclate, alors même que depuis 2003 les accusations pour pédophilie, viol se multiplient à son encontre, et que depuis cette date il a réalisé d’autres films qui, pour certains, ont reçu des prix.

La question qui m’interpelle ce n’est pas comment “J’accuse”, qui soit dit en passant traite d’un sujet qui n’a rien à voir avec les faits en question, a pu être récompensé, mais comment cet homme a réussi à passer entre les mailles du filet, comment cet homme peut se promener aujourd’hui, en toute liberté? Que fait la justice? Que sont devenus les témoignages des femmes qui l’ont accusé? Comment un pays peut-il refuser d’extrader un homme condamné pour viol?

Si, au nom du féminisme, on sort d’une salle parce qu’on considère une remise de prix scandaleuse (ce que je peux concevoir), pourquoi se rend-on à cette même cérémonie, en sachant que le film est nominé, et qu’il a de grandes chances de gagner (il ne fallait pas être devin).

Mon problème avec le féminisme d’aujourd’hui, c’est qu’il est rempli de clichés et d’amalgames, tous ceux qu’il tente à tous prix de faire tomber, pourtant. Pour moi, le débat est ailleurs, il est dans l’écoute, la libération de la parole et non dans le lynchage des bourreaux. Rendre la violence à la violence n’a jamais changer le monde.

Une libération pour faire avancer les choses et non, pour encore une fois, relancer le débat du patriarcat. Ce n’est pas en “luttant contre” que les lignes peuvent bouger. Je ne pense pas qu’à l’heure actuelle il soit plus facile d’être un homme, contrairement à ce que l’on pourrait penser.

Nous, les femmes, arrêtons de nous positionner comme les uniques victimes de cette emprise. Que faisons nous des petits garçons concernés par la pédophilie? Combien d’hommes sont aujourd’hui pris dans les rouages de la violence conjugale? On se bat pour eux aussi ou on considère que “chacun ses combats”? Où sont-ils, par qui sont-ils représentés?

Le politiquement correct voudrait que nous soyons toutes dans la rue suite à cet évènement. Je préfère m’interroger, plutôt que de rejoindre la majorité, juste par esprit de solidarité.

Tous vos avis sont les bienvenus. Merci de les partager, avec bienveillance bien entendu!

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Derrière les maux

Crédit Pixabay

Les fantasmes ne sont que des vertiges
Les vestiges d’un imaginaire fécond
Chacun tient la liberté de les réaliser tous
Comme de n’en réaliser aucun

Ils n’ont pas de nom
Ni de patrie
Ceux que l’on écrit nous sont proches
Ou bien appartiennent à d’autres

Derrière les maux
Elle est une identité que chacun façonne à sa guise
Une femme libre
Qui se souvient…

Un jour la femme s’assume
Puis un jour elle devient un fantôme
Un souffle rauque
Impuissant
Parce que l’homme a pris le pouvoir
Il a posé son regard sur sa liberté
Il l’a jugé comme une invitation
A entrer dans un espace qui n’est pas le sien
À faire de son corps un terrain de jeu
De ses jeux
Un objet
Un objectif
Un jour elle ne dira plus rien
Elle lui donnera ce qu’il attend
Elle sera son fantasme éveillé
Sa poupée malléable à merci
Elle nourrira ses rêves de toute puissance

On peut dire le plein
Mais comment dit on le néant?

Face au corps dénudé libéré
Comment dit on le corps caché entaché par le dégoût?

On peut dire les frissons jouissifs
Mais comment dit on la peur glaçante?

Face au silence
Que reste t’il du consentement?

La violence n’est pas cruelle. Elle est sourde, étouffée. Une violence plus noire que la nuit. Une violence qui piétine puis laisse le corps tomber, sombrer, en apnée.

Il a plaqué son corps contre le sien. Rien. Pas un bruit. Pas un geste. Comme si l’absence de mouvement pouvait la protéger.
Il a remonté sa chemise de nuit. Elle a retenu sa respiration. Il a ouvert ses cuisses sans cérémonie. A t’elle résisté? Peut-être.
Il s’est enfoncé en elle.
Un rite. Passage obligé.
Une routine. Celle de la nuit. Celle du silence. Celle de l’absence.

Un jour la femme renaîtra de ses cendres
Elle ne donnera sa confiance
Qu’à ceux qui sauront respecter sa liberté
Ne remettront pas en question ses limites
Qui aimeront son corps, encenseront son audace, glorifieront son désir
Avec le respect qui est dû à chaque être humain
Tout en sachant que jamais rien ne nous appartient

Posted in Emprise et Renaissance

La phrase qui m’a sauvée la vie

Crédit Pixabay

Pour comprendre, il faut revenir en 2012, le 24 octobre 2012 pour être plus précis. A l’époque je suis dans une relation idyllique avec un homme adorable – ça c’est pour vous donner envie de lire l’article – en fait je suis dans une relation merdique avec un type qui dès que je m’assois cinq minutes dans un canapé me traite de feignasse et passe le doigt sur tous les meubles à sa portée pour évaluer ma maitrise des outils ménagers – mention passable.

Moi, j’ai fait les choses en grand, je me suis mariée avec ce type. Si tu as lu mon article d’hier sur mon héritage familial, tu comprendras presque facilement pourquoi cette situation et pourquoi j’en suis presque fière. Et oui, je souffre. Pas un peu. Je ne souffre pas encore à la hauteur de ma mère ou de ma grand-mère mais quand même. Je ne suis plus seulement une postulante au podium de tête, j’en grimpe désormais les marches. Je suis la digne héritière de cette lignée de femmes nées pour souffrir. Ok, je n’ai pas les coups mais j’ai les portes qui claquent, la trouille au ventre, le repas balancé dans l’évier parce qu’il n’est pas assez salé, la gueule parce que je suis sortie sans dire où j’allais. Et puis le silence. Chez nous on ne crie pas, on s’ignore. On passe sans se regarder. On est plus poli avec le clochard saoul du coin qui vient pisser dans la cage d’escalier. C’est pour dire à quel point on se méprise. On baise dans le noir et ensuite on se sépare, chacun son côté du lit, le plus loin possible l’un de l’autre.
Un bonheur que tout le monde nous envie. Je n’ai jamais autant entendu “qu’est-ce que vous êtes beaux!” En plus d’exceller dans l’art de marcher sur des œufs, je sais aussi très bien faire semblant. La preuve, tout le monde est tombé dans le panneau.

Revenons en au 24 octobre 2012, sinon on en est encore là demain! Ce jour là, c’est le jour du grand retour. Après un petit séjour de deux mois sur la terre mère, histoire de se refaire une santé (à coups de fiestas, de copains et de shit), Monsieur daigne rentré chez lui, où sa femme enceinte de cinq mois l’attend avec le sourire.
Ce jour là, les retrouvailles, tout le tralala, tu t’attends à quelque chose d’un peu magique quand même. Tu es épuisée, tu pleurs un jour sur deux, la faute aux hormones, tu te poses plein de questions sur votre avenir commun, avenir tout court. Tu tentes coute que coute de garder le moral et tu te dis qu’après cette parenthèse, le bonheur, tant de fois promis (juré), va enfin se manifester.
Sauf que ça commence mal. Le type qui a trois heures pour faire son transfert à Paris CDG trouve le moyen de rater son avion. On est en droit de se poser des questions. On évite de s’en poser. Ce sont les retrouvailles après tout. On attend encore sept heures. Et enfin il est là. Et il a l’air heureux en plus. Il faut dire que la maison est nickel et qu’on a le sourire de circonstance malgré l’envie de foncer se coucher. Tout se passe bien jusqu’au moment d’aller au lit. Là, dans la fraicheur – très fraiche, un brin humide – des draps, il sort LA phrase qui va changer votre vie.
Vous ne le savez pas encore. Mais là, à cet instant précis, il vous offre une chance. Insaisissable sur le moment.

Et le phrase dit: “on va bientôt rentrer”.
Mais rentrer où?
C’est pas très clair – hors contexte – dans le contexte pas trop non plus, même si on a notre petite idée sur ce fameux où…
Alors il ajoute “au pays”.

Gloups!
Rien de tel pour plomber l’ambiance.
La magie s’est évanouit comme neige au soleil. Il aurait fallu de la poudre de perlimpinpin pour sauver cette soirée.

Ce n’est pas une question. C’est une décision unilatérale.
On n’en avait un peu parlé. Comme ça, en passant, histoire de. De prendre la température, de ne pas faire de mal, histoire de dire les choses sans vraiment les dire.
J’avais sûrement émis, fut un temps, l’idée de pourquoi pas. Avant de connaitre. Et puis aussi parce que le pays c’était une vie de sacrifices qui pour le coup m’aurait offert la première place du grand podium. J’aurais surpassé tout le monde en me planquant derrière un voile et en m’interdisant le droit d’exister. La grande classe!

Sauf que depuis cinq mois je n’étais plus seule. Et pour cette vie qui grandissait dans mon ventre, je voulais le meilleur. Comme tout parent censé!
Je savais ce que ça voulait dire “le pays”, ça voulait dire s’enterrer vivante – devoir demander la permission pour sortir ne serait-ce qu’acheter du pain – vivre avec ma belle famille 365 jours (et nuits) par an – voir mon enfant élevé par d’autres – me convertir sûrement à terme…
J’ai dit “non”. Enfin j’ai dit “non” et j’ai essayé d’étayer mes propos (thèse, antithèse, synthèse). Peine perdue. Il s’est refermé de suite – un bloc de béton armé – me traitant de menteuse, me menaçant de me quitter (la belle affaire!), me promettant presque de me pourrir la vie jusqu’à ce que je dise “oui”.

Je vous passe le chaos des semaines suivantes. Je vous passe le chaos des mois suivants, des années. Je vous passe les détails sordides du départ, du divorce.

Sept après – il m’aura fallut 7 ans quand même! – mais toujours dans cette ambiance “à qui revient la médaille d’or de la vie la plus ratée, de la douleur la plus profonde, de la cicatrice la plus incrustée, la blessure la plus sale?” – pour réaliser que cette phrase avait été le déclencheur d’une prise de conscience sans précédent. C’est cette épée de Damoclès au dessus de la tête qui m’a fait réagir. Sans le savoir, ce jour là, ses mots m’ont sauvée la vie.
Je peux même lui dire merci!

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Cet impact (de la violence) que j’ai sous-estimé

Source La vie (La puissance de l’emprise psychologique)

Je n’ai jamais vraiment “nommé” ce que j’ai vécu pendant 7 ans. Le mot “violence” est venu tardivement. Et même, j’ai toujours eu du mal avec lui. J’ai toujours minimisé les impacts de ce que j’avais vécu. Comme si, seule la violence physique était recevable, seules les victimes de coups étaient légitimes dans leur combat pour renaître.

A la réponse “pourquoi es-tu partie?”, j’ai souvent répondu un truc un peu alambiqué. Comme si avouer la violence psychologique c’était courir le risque de paraitre ridicule. Du coup, peu ont réellement saisi de quoi il s’agissait. Je me suis souvent retrouvée seule face à moi-même, avec beaucoup de doutes et de culpabilité.

La violence a continué après mon départ et il m’a fallut un temps certain pour me soustraire à l’emprise – de celui que je voyais comme mon unique salut. C’est très paradoxal comme expérience. On fuit et en même temps on recherche comme une absolution. On se demande si vraiment ça a existé, si ce n’est pas nous qui avons tout inventé. On évolue dans un espace sans filet de sécurité.

Il m’a fallut une énergie incroyable pour nous protéger, me libérer de ce chaos nauséabond, cette main mise infernale sur ma vie, mes choix. Et après ce grand bond en avant , j’ai cru que ça allait rouler. Que ce n’était qu’une question de volonté. Qu’après la peur, j’allais enfin m’en affranchir une fois pour toutes.

J’ai sous-estimé la puissance de cette violence. Qui m’a fait perdre tous mes repères. Et le peu de confiance que j’avais. Qui a brisé mes fondations. J’ai sous-estimé son impact.

Avec le recul, je prends conscience qu’il reste encore des murs à abattre, des schémas à déconstruire, une confiance, elle, à reconstruire. Il reste des évidences à intégrer, cette idée de “ne pas être assez” à lâcher. Pour embrasser le présent avec plus de sérénité.

Posted in Emprise et Renaissance

Ce souvenirs heureux qui n’existent pas

Crédit Pixabay

J’ai pesé le pour, le contre, le tout de cet article. Je l’ai construit mentalement puis déconstruit. Je l’ai rayé. Et puis une nouvelle lumière. Allez, s’il faut poser les mots…

On a coutume de dire qu’il faut se souvenir des belles choses. La fin d’une relation annonce une nouvelle page à écrire. Certes au départ, on ne saisit que ce qui a cloché, ça aide peut-être à guérir. Et puis avec le temps, on oublie ce qui n’a pas fonctionné, on se concentre sur l’agréable, ce qui résonne positivement en nous. Chaque histoire est porteuse de beau.

Je dois l’avouer, j’ai essayé. De toutes mes forces. Faire ressortir les meilleurs moments de ces quatre années. J’ai puisé dans mes réserves. Mais il ne reste que peu de choses. A peine de quoi couvrir une main.

Il ne faudrait pas comparer hier et aujourd’hui. Mais si je me prête au jeu, tu m’excuseras la banalité, c’est le jour et la nuit.

Entre nous, tout a été vite moche. Le beau est passé telle une fusée mise sur orbite. Elle a atteint l’espace avant même que nous ayons pu dire si « oui » ou « non » nous voulions continuer. Flirter, cela m’allait bien. Toi, tu voulais plus. Le sexe, la cohabitation, le mariage. Un package. En mars, une idée. En mai, une obsession. Deux mois tout juste pour que tout devienne une question de survie. Deux mois pour que mon armure se fendille. Juste parce que tu avais l’air perdu, blessé et que je pensais encore que ma vie ne valait rien. Si je sauvais la tienne, j’avais peut-être une chance…

Peut-être qu’il y aurait eu des souvenirs heureux si je n’avais rien dit, si je t’avais gardé un peu pour moi. Peut-être que ces deux mois au moins auraient été réussis. Non, il y avait déjà eu un dérapage, le premier. La première nuit et les draps brûlants d’humidité. C’était glauque.

Le mariage. Dix-huit mois de harcèlement. Rien que ça. Les jours heureux furent ceux où tu n’étais pas là. Où on se parlait au téléphone une fois par semaine. Le temps de ne surtout pas aborder le sujet. Le temps de se dire qu’on se manquait. Rien de plus.

Pour pouvoir lui raconter notre histoire, il faut y voir clair. J’ai cru qu’aimer et souffrir avaient les mêmes racines. Alors je me suis lancée dans cette aventure avec fougue.  J’ai imaginé mon bonheur. J’en ai pris plein la gueule. Presque satisfaite. Je me suis esquinté le corps et le cœur. J’ai voulu tomber, littéralement. J’ai espéré que si je tombais tu me rattraperais. Mais tu n’as rien fait. Tu m’as regardé disparaitre, m’écrouler. Tu as été le spectateur privilégié de ma déchéance. Tu as eu les honneurs de ma souffrance.

Je suis restée parce tu trouvais toujours les arguments pour me faire plier. Quelques promesses d’un ciel bleu sans nuage et je remontais en selle. Peut-être qu’ils se logent là les souvenirs heureux. Dans du vent. Tes arguments n’avaient pas plus de poids. Ils titillaient juste mon besoin d’exister.

Je n’ai presque rien perdu en choisissant de mettre un terme à cette mascarade. Que du matériel. J’ai beaucoup appris de cette histoire, de moi. J’ai grandis, en m’abîmant pas mal au passage. Il me fallait sûrement ça pour comprendre la valeur de ma vie, ma valeur à moi. Sans le savoir, tu as été le déclencheur d’une prise de conscience sans précédent.

Pour ce qui est de garder des sentiments, là on frise la sainteté. Je n’ai pas cette prétention. Tu pourrai déserter la surface de la terre que ça ne me ferait rien. Je t’ai aimé sans savoir que ce n’était pas vraiment de l’amour. Il y a un début, une espérance. Il y a une histoire.

Pour lui, elle existe. Et c’est déjà pas si mal.