Posted in Carnets de route

Dans l’enfer Syrien…

509899

Texte original écrit en juin 2014 – 2 ans et demi après, la réalité dépasse l’entendement. Ne baissons pas les bras, ne laissons pas la haine prendre le dessus, continuons à élever nos voix pour que ce massacre cesse, luttons envers et contre tous pour la PAIX.

Sous les ruines, l’enfer se devine mais ne s’imagine pas, de crainte de voir les fantômes revenir sur les lieux du drame. Dans les rues commerçantes ravagées, les rires des enfants divisent le silence de plomb qui s’est abattu sur la ville depuis le commencement des hostilités. D’un côté l’espoir et l’envie de reconstruire. De l’autre, la terreur ancrée dans les yeux des survivants, écartelés et divisés.

Les maisons ne tiennent debout, que par le biais de minuscules blocs de béton reliant le bas avec le haut, l’avant avec l’arrière. Ceux qui sont revenus, cherchent ici et là des restes du passé, des souvenirs éparpillés et à moitié bouffés par les rats, qui ont fait de ces décombres leur terrain de chasse privilégié.

La route principale est jonchée d’ordures. Les enfants y jouent pieds nus, insouciants, comme si la guerre ne pouvait les atteindre. Ils ne regardent pas en arrière. Ils ne regardent pas l’avenir. Ils sont figés dans le présent, comme des statues de glace.

Les adultes font des va et vient entre le monde qu’ils ont quitté et celui qui leur fait face. Il y a quelques années, ils étaient pauvres mais ne se plaignaient de rien. Ils allaient travailler, gagner ce qu’il fallait pour vivre, pour nourrir leur famille. Ils ne demandaient rien d’autre. Ils n’enviaient personne. Aujourd’hui, ils n’ont plus rien. Ils se demandent comment ils vont tenir jusqu’au lendemain.

Ici et là, on croise des cadavres d’animaux, des restes de vaisselle ébréchée, portant les initiales d’une famille, dont il ne reste plus qu’un parent fatigué. Les carreaux des fenêtres ont été soufflés par les explosions à répétition. On les a remplacés par des bouts de tissus, des morceaux de cartons, récupérés au hasard.

Quand le soleil se couche, la ville se dresse dans le ciel noir, meurtrie, blessée dans sa dignité royale. De sa splendeur d’antan, il ne reste que des ruines grises, des maisons éventrées et offertes en pâture aux pillards de passage. Ses habitants ne sont plus que des ombres folles, qui se remémorent le passé et font fleurir la vie au milieu des décombres, pour ne pas sombrer ni mourir avant l’heure dite.

Au loin, les drapeaux du régime n’en ont que faire. Ils sont toujours debout. Ils sont le symbole d’une toute-puissance destructrice, qu’aucun pays ne se sent prêt à combattre. Il y a longtemps que la vie des Hommes ne fait plus le poids face au pouvoir et à l’argent.

Crédit Photo – Khalil Ashawi

Posted in Variations Littéraires

Je choisis de ne pas fermer les yeux

J’ouvre les yeux. Je peux choisir de ne pas le faire. Je peux choisir d’occulter la réalité, m’enfermer dans ma bulle, me protéger. Je peux choisir de ne pas voir, de ne pas avoir mal, de ne pas sentir mon cœur trembler à l’évocation de ce qui se passe, la-bas, dans ce pays que je ne connais pas, dont les images défilent sur mon écran de télévision, pays décharné et meurtri, pays massacré, pays que l’on laisse à la merci de martyrs sanguinaires. Je peux refuser l’indifférence du monde occidental. Je peux fermer mon cœur face aux rues, jonchées de cadavres, tombeaux à ciel ouvert. Je peux objecter que ça se passe loin, que je suis impuissante, que mes prières n’y changeront rien.

Mais je ne le fais pas. Je choisis de me prendre en pleine figure l’image de la mort qui balaye les rues, qui fauche les vies d’hommes, de femmes et d’enfants innocents. Je choisis d’ouvrir les yeux sur l’insoutenable, sur la cruauté qui décime, sur les rats qui courent parmi les restes de ce qui fut jadis une ville classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Je choisis de prier pour que ce bain de sang cesse, pour que les hommes au pouvoir du monde mettent un terme à ce massacre. Je choisis la vie face à la terreur. Je choisis le regard des enfants comme soutien, les promesses et l’espoir inhérents à chaque existence. Je choisis la colère à la place du chagrin. Je choisis de ne pas fermer les yeux.

Et je me tourne vers le ciel, ensoleillé ici, ensanglanté la-bas. Je prie pour ceux qui partent, ceux qui restent, ceux qui résistent, ceux qui agonisent, ceux qui luttent, ceux qui aident, ceux qui fuient, ceux qui espèrent, ceux qui aiment, ceux qui avancent coûte que coûte, ceux qui défient les armées de leur yeux perdus dans l’immensité de l’éternité.

02ec7c7eab851266ac66331e9f1f770e

 

Posted in Variations Littéraires

Les sanglots de l’enfant fantôme

La femme tremble. Elle serre l’enfant contre elle. Elle écoute les bruits de pas de l’homme dans le couloir. Ils deviennent de plus en plus étouffés. Elle retient son souffle. La porte claque. Les vannes éclatent. Elle fond en larmes.

705fb311de76013e216c21e998e31e46

Un mois plus tôt.

Hélène git sur un lit d’hôpital, jambes écartées. Le sang coule sur le drap blanc. La vie s’en va. Dans la chambre d’à côté, Ali entend les cris et se prend la tête entre les mains. Le petit garçon est dehors avec un ami. Il regarde passer les bateaux sur la mer, il se dit qu’un jour il en possédera un et partira faire le tour du monde.

La chambre d’hôpital est froide. Hélène dort paisiblement. Ali regarde les paupières closes et le ventre plat de son épouse. Il se demande bien pourquoi Dieu leur a fait ça. Quand elle est réveillée, Hélène pleure. Toute la journée, elle pleure. Ali fait les cent pas dans la chambre et jure de poursuivre les médecins en justice. L’enfant n’aurait pas dû mourir. C’est une erreur de diagnostic. Ils n’ont pas fait assez vite. Ils auraient dû couper et sortir le bébé. Ali jure et Hélène pleure.

De retour à la maison, le petit garçon ne comprend pas pourquoi le visage de sa mère est dévasté et son père plus silencieux que d’habitude. Il ne comprend pas non plus pourquoi le lit du bébé est vide.

Ali sort de plus en plus souvent et encore plus qu’avant. Il ne supporte pas les pleurs de sa femme. D’ailleurs, il pense qu’une fois le bébé enterré, il sera temps de faire le deuil et d’essayer d’en avoir un autre.

Le corps d’Hélène n’est pas près. Son cœur non plus.

–      « Tu vas arrêter de pleurer comme ça. Tu me fatigues Hélène. »

Hélène ne dit rien. Elle regarde Ali et elle ne comprend pas pourquoi lui, il ne pleure pas. Quand son mari rentre le soir, après avoir fumé des heures avec ses copains, après avoir fumé des joints d’ailleurs, quand il s’allonge contre elle, son sexe dressé contre son corps, elle s’éloigne de lui. Elle ne veut pas. Il la bouscule un peu et devant sa résistance, il quitte le lit conjugal et va dormir dans le lit deux places de son petit garçon, qui rêve paisiblement en faisant des bruits avec sa bouche.

Hélène et Ali ne se parlent pas beaucoup. Quelques jours avant l’enterrement, ils se posent la question du prénom du bébé. Il lui dit de choisir. Elle opte pour Adam. Mais le jour de l’enterrement, à l’instant où le petit cercueil blanc rentre en terre, Ali annoncera un autre prénom, un prénom gravé sur la pierre grise. Hélène est prise de vertiges. Elle aimerait que la terre cède sous le poids de son corps meurtri et l’aspire toute entière.

–      « Tu n’avais pas le droit de me faire ça.

–      De quoi tu parles encore, réponds Ali agacé.

–      Tu n’avais pas le droit de choisir seul le prénom.

–      Celui que tu avais choisi n’allait pas.

–      Il fallait me le dire alors, il fallait me le dire avant.

–      Arrête Hélène.

–      Arrêtez quoi ? Arrêtez de penser à cet enfant que j’ai porté 8 mois dans mon ventre et qui n’est plus ? Tu veux que j’arrête de penser à quoi au juste Ali ?

–      A tout ça. C’est du passé. On aura d’autres enfants.

–      Du passé ? Deux semaines, c’est du passé pour toi ? »

Chacun part de son côté. Elle avec le petit garçon, lui avec ses amis. Elle va chez elle, met une machine, fait à manger, prépare la table. Ce soir ils ont des invités. Elle prend une douche, met un peu de fard sur ses joues et sourit à son amie en lui ouvrant la porte, le cœur au bord d’un gouffre inaccessible. Dans quelques jours, elle rentre dans sa famille, pour faire le deuil. Elle part pour oublier, pour faire le vide. Ali est d’accord et soulagé.

Le repas se passe bien. On parle de tout, de rien. On évite le sujet brûlant. On se concentre sur les mets délicieux, sur le soleil qui réchauffe et sur les sourires du petit garçon. Les femmes se retirent en cuisine. Hélène lâche prise, elle s’effondre dans les bras de son amie. Elle ne peut pas jouer la comédie plus longtemps. Elle n’en peut plus d’ailleurs de faire semblant. Un mois, c’est encore trop frais. Ali veut oublier à tous prix. Et il veut qu’elle oublie aussi, comme-ci ça se faisait sur commande ces choses-là, comme-ci elle pouvait tracer un trait définitif sur cette séquence horrible, sur son chagrin et ce vide qui la détruit à petit feu.

Son amie l’entraîne un peu plus loin. Hélène reprend ses esprits. Elle parle, entre deux sanglots. Elle est à bout, elle a peur. Soudain la voix d’Ali s’élève à l’autre bout de l’appartement. Elles entendent ses pas pressés traverser le couloir. Elles ne bougent pas. Il arrive dans la pièce. Il est dans un état second. L’autre derrière n’essaye pas de le retenir. C’est son ami. Il pense qu’on n’intervient pas dans les histoires de couple des autres. Il assiste à la scène, tel un pantin qu’on aurait sorti trop tôt de la boîte. Ali s’approche de sa femme, le visage fou de rage, colle son regard dans le sien, lui serre les poignets et hurle :

–      « Ca suffit ton cinéma. Tu vas me faire le plaisir d’arrêter sur le champ tes jérémiades. Tu pars dans deux jours et tu as intérêt à savoir ce que tu veux quand tu reviens. »

Sur ce, il tourne les talons. Son copain le suit comme un toutou bien dressé. L’enfant se raidit. L’amie le prend dans ses bras, tout en tenant la main d’Hélène qui réalise à peine ce qui vient de se passer.

Je me permets de partager à nouveau ce texte tiré d’une histoire vraie – les prénoms ont été changés – son souvenir m’a réveillée ce matin. Un partage comme pour dire à toutes les femmes qui vivent des situations similaires combien je suis de tout cœur avec elles – je leur adresse mes pensées les plus affectueuses.

Crédit Image – Pinterest

Posted in Extraits Livres Publiés, Tout un poème

Nos Toujours (En Mémoire)

IMGP0326 (2)

Je ne voulais pas y aller
Tu étais fatigué
Un mal de tête
Une journée qui avait mal débuté
Nous nous sommes endormis tôt
Dans les bras l’un de l’autre
Aurore nous pardonnerait
Cette absence injustifiée

Le matin s’est glissé par la fenêtre
Il nous a réveillés
Un beau ciel bleu
Nous prédisait une agréable journée
Quelques scones bien chauds
Le dos contre l’oreiller
Ta main sur mon épaule
Pour me rappeler
Qu’on est bien tous les deux
A contempler la vie
A l’aimer même si…

Aurore n’a pas appelé
Tu as voulu attendre
On se remet doucement
D’ une soirée agitée
Souvenirs délicieux
De nos tendres années

Nous vivions sur un nuage
Enveloppés de sérénité
Quand ton téléphone allumé
Nous a projetés en pleine réalité
Des dizaines d’appels
Certains du monde entier
Des voix qui s’élèvent
Pour s’assurer
Que nous allons bien
Que nous sommes vivants
Des messages inquiétés de nos parents
Des SMS inquiétants

J’ai voulu appelé Aurore
Tu t’es jeté sur la télé
Au bout du fil un silence de mort
Et l’écran noir ensanglanté

Aurore est partie
La première balle d’une longue lignée
Son corps emporté sur la chaussée
Ses grands yeux bleus
Ont décroché

J’ai posé des yeux graves sur le ciel de Paris
En cette journée d’apocalypse
Tu m’as regardé
Maudire la terre entière
Sans broncher

A la nuit tombée
J’ai regagné tes bras
Sans l’ombre d’un frisson
Tu les as serrés autour de moi
Étreinte rassurante
Sur fond d’horreur ahurissante

Mon cœur tourmenté
A trouvé un semblant de sérénité
Au creux de nos toujours

Pinterest Blog 3 (2)

Extrait de mon recueil de poésie Ils avaient un prénom (disponible en Papier et PDF sur The Book Edition) – Tous les bénéfices sont reversés à l’association IMAD pour la Jeunesse et la Paix.

Pour encore plus d’inspiration, abonne toi à ma newsletter ou rejoins moi sur Pinterest / Instagram 

Posted in Carnets de route

Quand le Monde dérape, que reste-t-il?

Je te tiens dans mes bras. Entre les draps. Et l’air frais nous enveloppe, tandis que le soleil pointe et dessine des étoiles sur les toits de Paris. Le silence n’est perturbé que par le doux chant des oiseaux. Une odeur de café nous chatouille les narines. Celui du voisin. Nous attendons encore un peu avant de quitter notre endroit rassurant.

Tout autour, le monde dérape.

Je te regarde dormir. Si calme et apaisé. Dans quelques secondes il faudra te réveiller. Encore tout endormi, tu poseras ton front contre le mien, tes joues contre ma poitrine. Je fermerai les yeux pour profiter pleinement de ce câlin matinal, le premier avant une journée chargée. Tu te réveilles. Tu souris. Mon cœur flanche.

Tout autour, le monde dérape.

Je t’aime. Je te le dis tout bas. Je te le dis en passant mes bras autour de ton cou. Tu n’apprécies pas cette proximité en plein cœur des transports en commun. Tu as l’impression que les gens nous regardent de travers. Moi je nous trouve beaux tous les deux. On marche main dans la main. La dernière fois souviens-toi, la jeune fille en face nous a souris. On est libre ici.

Quand ailleurs, le monde dérape.

60687d8c50cf58cf705705563190c7ce_resized

C’est notre quatrième thé. Autour de la table, des friandises appétissantes, jus de fruits élégants, décor de rêve. Un cocon hors du temps. Nous nous abreuvons de nouvelles en tous genres, des derniers films visionnés, livre lus et aimés, des amours qui passent et des amoureux qui s’attachent. Nous évoquons nos souvenirs avec le sourire. Et nos bracelets tintent contre nos bras nus.

Tout autour, le monde dérape.

Nos pieds nus sur le sable fin. La tentation est là, de plonger tête la première. Notre premier bain de l’été. Nous attendons Agathe qui dévale la jetée. Maman pose un regard tend sur nous, ses trois filles. Papa est resté au frais, une citronnade posée sur la table basse, sous les pins. Cet été marque la fin de notre enfance. L’année prochaine tu pars dans une autre ville faire tes études. Agathe emménagera sûrement avec Charles. Nous ne serons plus que trois à la maison.

Tout autour, le monde dérape.

Son rire éclabousse le mur triste de mes jours. Chaque matin, en la croisant, c’est comme un peu d’espoir qui se glisse dans mon quotidien désarmant. Elle est vivante. Elle est libre. Je devrais l’être moi aussi dans mon propre pays. Un joli voile entoure son visage. Et efface les rides fragiles de ses joues. Elle fait ses propres choix.

Quand ailleurs, le monde dérape.

On en appelle à l’unité, à l’amour, quand la colère pointe. Et quand le monde vacille sous le poids de la folie, on se dit « je t’aime » pour contrer la peur.

Posted in Carnets de route

Je résiste à ma façon

Un long weekend me tendait les bras. Une pause bienvenue pour profiter de mon petit homme, retrouver mes cousines et le sable des plages de mon enfance, pour faire une pause, le cœur apaisé et l’esprit en paix. Un weekend aux allures de tragédie pour des familles entières, meurtries, terrassées par un mal sans nom, une folie sans frontière. Une énième date, comme un chapelet de drames, que l’on égrène au fil des ans, qui vient nous rappeler combien la vie est précieuse. Et on se dit au creux de l’oreille, dans un murmure, que l’on s’aime. Et que personne ne peut nous faire du mal, personne ne peut briser ce lien si particulier.

2016-07-18 18 07 39_resized

L’amour comme réponse à la haine, la violence, à la frénésie destructive des fanatiques de tous bords, qui voudraient nous imposer notre manière de vivre, de respirer. L’amour comme seule arme face à toutes les autres qui tuent sans un regard. L’amour, notre bouclier, à partager, à offrir, à envoyer, à donner, à faire vibrer. L’amour comme guide, aujourd’hui et toujours. Notre espérance et notre chance dans un monde qui bascule.

Autour, on en parle un peu. Ou pas. On évite le sujet. Trop dur. On s’interpelle à coup de « ça va ? » sans attendre de réponse. On pleure, chez soi. On encaisse. On fait face. On se résigne. On a déjà presque oublié. Pour certains, c’est presque devenu d’une terrible banalité. Pour d’autres, c’est les vacances, on se limite à une minute de silence pour la forme.

Ce weekend, j’ai réellement compris pourquoi peu de personnes répondaient présentes à la sortie de mon livre. On se protège, chacun à sa façon. On a peur de cette réalité qui nous bouscule. L’insouciance qui se fait la malle, à mesure que le nombre de morts augmente, tout cela est un scandale. On préfère occulter cette dangereuse atmosphère. Je ne condamne personne. Je constate simplement.

Il ne me reste que mes mots, la prière et l’Amour. Il me reste les mots qui me soulagent, la prière qui m’apaise, l’Amour que je regarde grandir en moi, que je laisse s’envoler, en mémoire de ceux qui partent, de ceux qui restent et de l’immense vide qui suit l’annonce.

Je résiste sans grande déclaration, ni action effective. Je ne dépose pas de fleurs, je ne sors pas les drapeaux. Je n’écoute pas les informations, je ne prends pas part aux débats.

Je résiste en silence, à ma façon.

Et vous, vous résistez comment?

Posted in Carnets de route

Message Personnel (et Universel)

Je dédie ce texte (déjà publié et remis au goût du jour) à toutes celles et ceux qui souffrent au cœur d’une relation qui les détruit (qu’elle soit amoureuse, familiale, amicale ou professionnelle)

A toi qui me lis, j’aimerais dire:

N’accepte jamais que quelqu’un te fasse du mal, te manque de respect, te maintienne en état de soumission. Si tu as peur de l’autre, c’est qu’il y a danger. Ton intuition doit toujours être ton meilleur conseiller.

Regarde tes forces, sans ramener tes faiblesses sur le devant de la scène.

Note tes victoires, sans surestimer tes échecs.

Souviens-toi de tous ces combats que tu as gagné et dont tu peux être fier.

Ne trouve pas tout un tas d’excuse à celui / celle qui te fait souffrir. Rien ne justifie la violence à ton encontre, ni la mort d’un proche, ni la maladie, ni la dureté de la vie.

Souviens-toi que face aux mêmes drames, certains restent humains et d’autres non.

Rien ne justifie la méchanceté, le mépris, les insultes qui pleuvent sur toi. Personne n’a le droit de t’humilier ou bien de se revendiquer ton ami alors qu’il n’a de cesse que de te blesser.

Personne n’a le droit de te trahir, de te mentir, de te tromper.

6d2b5c46be87b1b739b1268c7f529276_resized

Qu’aimer c’est regarder l’autre, l’écouter, l’encourager, le motiver, l’aider, être attentif à lui. Qu’aimer l’autre ce n’est pas le brusquer, le dénigrer, le mépriser, l’emprisonner.

Qu’on ne sort jamais indemne d’une relation abusive, qu’il faut accepter le facteur temps pour se reconstruire, faire son deuil, se pardonner, pardonner.

Qu’on peut s’en sortir seul, mais qu’à deux, à plusieurs, on s’en sort mieux, plus vite, plus forts. Alors n’hésite pas à parler, te confier, demander de l’aide ou accepter celle qui vient à toi.

Arrête de culpabiliser et commence par t’aimer. Sincèrement et Inconditionnellement. Aujourd’hui, ici, c’est toi qui comptes, ta vie qui importe.

Que tu es une belle personne, que ton cœur est bon, que tu es plein de talent et que tu mérites le meilleur.

Que certains ne reconnaissent le bonheur que beaucoup trop tard, que d’autres ne remarquent même pas qu’il est sous leur nez, qu’ils l’espèrent encore, une fois qu’il est passé.

Qu’on ne peut pas être heureux à la place des autres, ni rendre quelqu’un heureux contre son gré.

Que si j’en avais le pouvoir, j’effacerais tous tes chagrins, je sècherais toutes ces larmes qui envahissent ton visage, je chasserais tous ces individus qui te font souffrir. Mais je sais que ça ne servirait à rien. Car tu es seul maître à bord.

Tu es créateur des tes rires comme de tes larmes. Tu peux tout. C’est ta vie, elle n’appartient qu’à toi.

Alors je t’offre ces mots, avec toute ma tendresse et mon amitié !

Credit Image – This is the Life Blog

Posted in Carnets de route

Je n’ai que mes mots…

Je n’ai pas grand chose.

Je n’ai que mes mots.

Des mots pour dénoncer l’absurde, l’horreur, la terreur.

Des mots pour soutenir, pour prier.

J’aimerais que mes mots puissent soulager la peine, apaiser les angoisses.

J’aimerais que mes mots puissent porter l’espoir au milieu du désespoir.

6db4144d4dbfa0cb19aa52fe360d416f_resized

Des mots pour les victimes, pour leurs proches, pour ceux qui ont assisté à ce déferlement de haine au milieu d’une soirée ordinaire.

Des mots pour les secouristes, les policiers, l’armée, ces hommes et ces femmes qui nous protègent et risquent leur vie.

Des mots pour contrer la haine.

Des mots pour promouvoir la paix, pour dire à nos cœurs de ne pas céder aux pressions.

Des mots d’amour.

Des mots pour un Paris mutilé, meurtri, profondément traumatisé.

Je n’ai que mes mots pour lutter et faire face à cette guerre sans nom, pour ne pas laisser la peur prendre le dessus.

Des mots pour se relever et tenir debout.

Des mots pour être fort face à la lâcheté humaine, face au choc du terrorisme, qui nous prend aux tripes.

Posted in Carnets de route

L’horreur. Et après?

Il faudrait vivre ailleurs pour ne pas tomber sur cette photo, en couverture de tous les quotidiens, en Une sur Internet. Il faudrait vivre loin de tout, du monde, pour ne pas tomber dessus par hasard, pour ne pas vouloir voir.

Voir. Poser son regard sur le petit corps immobile sur la plage. Vendre du cauchemar. Les journalistes sont forts pour nous envoyer une bombe en pleine figure et nous forcer à regarder en face ce que nous tentons parfois de tenir à l’écart. Une manière de nous protéger, de fuir une réalité trop douloureuse à supporter.

Opération coup de poing. Qu’est-ce qu’ils veulent nous faire croire ? Qui condamne ? Qui condamner ?

Images choquantes sur fond de musique stridente. Vertige. Nausée. Nous en sommes tous là. Nos yeux s’accommodent mal de la mort qui saisit par hasard un jeune enfant, à l’aube d’une vie peuplée de promesses que personne ne tiendra.

Contraindre les gouvernements à agir.

Tout le monde a de grandes idées. Il faudrait. On devrait. Il est temps. Rien ne se passe. Demain a déjà tout effacé.

203c2920f427ae954356c96daf2ab0c5_resized

A travers le monde, combien sont-ils à crever ? Oui, crever. Mourir implique un minimum de respect, de préserver une certaine dignité.

Se révolter.

Mais arrivons-nous déjà à tendre la main à celui qui souffre en bas de chez nous ? Prenons-nous le temps d’un sourire, d’un soupçon de générosité ?

Nous avons la critique facile. C’est si simple.

Mais somme nous prêts à les intégrer ces milliers de réfugiés qui fuient l’horreur, ces réfugiés au cœur mutilé ? Sommes-nous prêts à leur offrir un cadre de vie sécurisant, sécurisé ?

Sommes-nous prêts à accepter l’autre, ses idées, qui ne sont pas toujours conformes aux nôtres ?

La vie d’un enfant secoue forcément les consciences. C’est peut-être le but. Pourtant cet enfant n’avait rien demandé. Exhiber son corps, c’est presque lui ôter sa dignité. Et placarder sa vie sur les murs de notre inconscience collective ne bousculera pas nos vies bien rangées. Demain nous n’y penserons plus, trop absorbés par les futilités de nos existences, que nous érigeons jour après jour, années après années, pour nous protéger de l’inéluctable, notre fin programmée.

Posted in Carnets de route

Halte au sexisme ordinaire!

Est-ce une chance que de vivre 8h par jour, 5 jours par semaine avec des machos, sexistes, vulgaires et puant la clope et la transpiration de surcroît ? Non, c’est un sacerdoce !

Sans rire, au quotidien, c’est un supplice. Ce genre de types me débecte. Purement et simplement. Je ne supporte pas leur humour à deux balles, leurs réflexions en dessous de la ceinture, leurs sous-entendus malsains et à la limite de l’acceptable bien souvent.

Tu lui dirais quoi toi à un type qui sortirait en pleine réunion de service « Une femme, tu lui fais un bisou ou tu lui files une claque. Elle finit toujours par faire ce que tu lui demandes. »

Ou encore à un type qui te demanderait « Vous m’avez commandé le dessert ? » KESAKO. Entendez une ou des Escort Girls. Et en plus, il se permet de vous faire un show parce que sa femme se barre en vacances avec ses copines !!

T’aurait pas des envies de liquidation immédiate quand t’entend « Elle dit qu’elle s’est fait violer. Mais fallait la voir la minette de 16 ans avec sa jupe ras la moule. Moi-même j’arrivai pas à décoller mes yeux de son beau petit cul.» Parfois, j’ai envie de lui casser la gueule. Pas vous?

12

C’est bien de se dire que les mentalités changent. Et elles changent quand même, doucement mais sûrement.

Il n’empêche qu’il y a encore un ramassis de gros cons qui pensent qu’ils sont au-dessus des valeurs, des codes, des lois, au-dessus des combats. Il y a encore des nanas pour en rire, pour se trémousser comme des adolescentes en quête de reconnaissance.

C’est ce sexisme, ce machisme ordinaire qui tue tous les efforts de ceux qui refusent d’être tirés vers le bas, de tous ceux qui ont un idéal. Parce qu’on dit « c’est pas grave » une fois et qu’à force, plus rien ne devient grave.

Moi je dis simplement : Attention Danger. Disons le haut et fort que nous sommes choqués. Et si on nous rétorque que c’était juste de l’humour (un peu mal placé c’est vrai mais bon de l’humour quand même), ayons le courage de dire qu’il y a des choses avec lesquelles on ne rit pas.

Posted in Carnets de route

Une histoire qui finit bien

Mes premières pensées ont été pour la fillette. Puis ses parents. J’ai regardé chaque mot sur la bannière rouge qui s’est affichée sur l’écran de télévision. J’ai mémorisé la couleur de sa jupe, de son haut. J’ai mémorisé son nom, avant même de savoir de quel département il s’agissait.

Alerte Enlèvement.

Le danger. L’angoisse. Même loin, même sans connaître cette petite fille, l’angoisse m’a gagnée. Comme si à travers elle, c’était tous les enfants qui étaient concernés. Le mien aussi.

Alerte Enlèvement.

On y pense forcément. Sans le vouloir, on a tous des images violentes qui viennent percuter nos rêves. Sans y penser, on y pense quand même. Un enfant, c’est encore plus insoutenable que tout le reste.

Alerte Enlèvement.

Et puis la douleur. Le cœur qu’on sent trembler. La colère après les larmes. L’envie de tout bousculer, de tout précipiter. J’imagine. La culpabilité qui nous oppresse. Et chaque image qui nous étouffe.

Alerte Enlèvement.

L’attente. Longue. Epuisante. L’attente que rien ne rassure. Pas même ce flash spécial sur toutes les télés de France. L’attente qui glace et menace. Chaque minute est une minute de trop.

Alerte Enlèvement.

Ce matin en allumant l’ordinateur, j’ai senti une vague de soulagement m’envahir, la fillette avait été retrouvée. On l’avait ramenée saine et sauve à ses parents. J’imagine très bien leur joie.

Cette histoire finie bien. Pour une fois.

4ead7682ace99b5e8d510b89f9f3a32f_resized

Source Photo (wide-eyes-blind-love)

Posted in Carnets de route

Revenir ici. Ecrire. Oui encore. Toujours.

Je continue d’écrire mais ces derniers jours ont été psychologiquement difficiles à vivre pour moi.

Tout d’abord l’horreur. Puis la traque. Et d’autres drames. Tout ça m’a replongée dans mon histoire personnelle. Les menaces. La peur au creux du ventre.

La semaine avait d’ailleurs débutée avec ces mots « fais attention », quand j’avais osé dire à Roger que je n’avais aucune confiance en lui et que pour le moment il était hors de question qu’il voit l’escargot en dehors d’un centre médiatisé. « Fais attention, tu vas avoir de gros problèmes ».

Et puis un mail d’insultes, dans lequel il sous entendait que j’étais folle « il faut peut-être que tu ailles voir un médecin ». Ou pire encore « pourquoi je te dirai bonjour puisque tu me hais et que tu hais mon fils ». Ca s’en était trop.

J’avais passé une journée entre deux, un peu perdue, me demandant même « quand tout ça va s’arrêter, quand ? »

Et puis la France a été terrassée par ces actes terroristes d’une violence extrême. Et j’ai perdu mes repères.

Comment peut-on tuer des gens, parce qu’ils sont journalistes, policiers ou juifs ?

D’où vient cette haine, cette violence, ce fanatisme ?

Comment des êtres humains peuvent se laisser retourner la cervelle de cette façon ?

Je n’ai que des questions et aucune réponse. JE NE COMPRENDS PAS. Au-delà de nos différences, culturelles, religieuses, sociales, nous sommes des êtres humains. Nous vivons tous plus ou moins de la même façon. Pourquoi certains voudraient imposer leur loi, leur façon de voir les choses. Comme le dirait une de mes amies « si je finis en enfer, c’est mon problème ! »

JE NE COMPRENDS PAS.

Et quand je ne comprends pas, quand mes questions ne trouvent pas quelque part quelques indices de réponse, je me sens mal. J’ai mal et je craque. J’ai envie de crier au monde STOP. Arrêtez de vous haïr. Arrêtez le massacre. C’est insupportable.

Revenir ici. Ecrire. Oui encore. Toujours.

2015-01-12 16 24 59_resized

Même si aujourd’hui je n’ai plus trop de mots. On dirait que quelque chose s’est brisé en moi, encore une fois, et qu’il me faut un peu de temps et beaucoup de prières pour panser ces blessures. Je ne lâche pas mes idéaux. J’ai toujours foi en l’humanité. Mais je ne me berce plus d’illusions. C’est à nous aussi de faire en sorte que les choses changent.

Posted in Carnets de route

Tués pour leurs idées – Jusqu’où la folie des hommes peut-elle aller?

Il aurait pu s’agir d’une journée comme les autres, avec ses hauts, ses bas, ses rires et ses angoisses. Une journée comme beaucoup d’autres où le soleil reste caché, une journée froide et grise. Il aurait pu s’agir d’une journée banale de travail, d’une journée peuplée de vannes en tous genres, un peu trop lourdes à mon goût.

Et puis au milieu de cette journée, les journaux ont sorti des Unes dramatiques. L’attaque d’un journal connu. Douze morts. Le temps s’arrête en France. Le temps se suspend à Paris. Chez « Charlie Hebdo », le temps est au deuil.

Quoi de pire que de savoir qu’une des libertés fondamentales vient d’être mise à mal par des hommes sans foi ni loi.

C’est l’horreur qui l’emporte. Pourquoi a-t-on tué ces hommes et ces femmes ? Pour des idées qui ne plaisaient pas à d’autres. Voilà à quoi nous sommes réduits, à ne plus avoir d’idées, à ne plus les laisser s’exprimer, à ne plus les exposer au grand jour, sous peine d’être tués en plein jour.

b387d49356c30f150358378290ba0188_resized

Avec un plan Vigipirate renforcé, Paris se prépare à faire face, meurtrie et pour toujours certaine que la France peut venir à bout du terrorisme qui gangrène la société.

Au milieu de tout ça, il faut garder l’espoir vivant dans notre cœur. Il faut que tous, main dans la main, nous continuions à nous battre pour que ces horreurs cessent, que nos démocraties résistent au pire.

Et nos prières s’envolent vers les familles des victimes innocentes d’une barbarie sans nom.

Posted in Variations Littéraires

C’était il y a 13 ans

Les images tournent en boucle sur les chaînes de télévision. Aujourd’hui encore, les premiers mots qui me viennent sont « Mon Dieu ». Il n’y a rien à dire. De la fumée noire s’échappe des tours jumelles. Le monde s’arrête de tourner quelques secondes. Le monde regarde impuissant deux avions exploser au milieu des tours du World Trade Center, à l’heure où des milliers de personnes sont au travail.

Ces hommes et ces femmes s’étaient levés le matin. Ils avaient pour certains conduits leurs enfants à l’école ou à la crèche. Ils avaient dit vite fait aurevoir, d’un signe de main, à leurs époux, leurs compagnes, ils allaient peut-être rejoindre une personne chère. C’était un début de journée banal, comme nous en connaissons tous. Pour une journée qui ne serait plus jamais comme les autres.

Treize ans après, j’aurai espéré que le monde aurait changé. Mais le bain de sang continue, le fanatisme se répand à une vitesse vertigineuse. On a beau vouloir ne voir que le beau du monde, on ne peut pas fermer les yeux devant les exactions commises au jour le jour. On torture, on décapite. On utilise le viol comme arme de guerre. On lapide à nouveau les femmes. On crée la terreur, on sème des graines de haine et de violence un peu partout. Le fanatisme n’a plus de limite.

Quand je pose les yeux sur les grands drames de notre histoire commune, je me demande comment des hommes ont pu commettre de tels crimes, de telles atrocités. En regardant Vol 93 hier soir, je me suis à nouveau interrogée « Comment des hommes ont été assez fous pour détourner des avions et emporter avec eux des milliers de vies humaines ? » et surtout « Pourquoi ? Au nom de quoi ? ». C’est incompréhensible. Mes questions demeurent sans réponse.

Je pense parfois à ces hommes et ces femmes, pour qui la vie a basculé, en un quart de seconde. Je pense à ceux qui ont vu l’avion foncer droit devant eux, à leurs yeux révulsés d’horreur. Je pense à ceux qui de loin ont assisté à cette scène catastrophe et qui n’ont rien pu faire. Je pense à ceux qui étaient dans les avions, qui se sont retrouvés pris au piège, qui priaient alors qu’à côté d’eux, des hommes déshonoraient le nom de Dieu. Je pense à tous ceux qui restent et qui ne comprennent toujours pas ce qui s’est passé ce jour-là.

Le monde s’écroule sous nos yeux. Et nous attendons, incapables d’agir, de réagir. En face d’une telle folie, il est normal d’être décontenancé, perdu, de ne pas savoir quoi faire, par où commencer. Et pourtant nous ne devons pas baisser les bras, nous devons lutter, à notre niveau, pour que demain soit moins meurtrier qu’aujourd’hui.

8e999000652d84e430a8aba24bcfb06a

Crédit ALISA BURKE Blog

Posted in Carnets de route

Derrière les murs de l’école

C’est peut-être là, derrière ces murs, après avoir franchi ce premier portail, au milieu des cris et des rires d’enfants que tout a commencé. C’est peut-être là que j’ai perdu le contrôle de ma vie, que j’ai pris mes distances avec ce monde qui ne me convenait pas. C’est peut-être à cet instant précis, à la première réflexion déplacée, à la première moquerie, que j’ai perdu contact avec la terre ferme, que je me suis réfugiée dans un rêve pour oublier le reste, que j’ai pris conscience de ma différence – inadaptée.

A l’heure actuelle, je suis plongée dans la lecture d’un livre (dont je vous parlerai plus tard, bien évidemment) qui a fait remonter à la surface tous ces souvenirs d’école primaire.

Pendant des années, j’ai vécu normalement, avec des hauts et des bas, je n’étais ni heureuse, ni malheureuse. Pendant des années je ne me suis même pas posé cette question d’ailleurs. Mais pendant des années, j’ai vécu avec une boule de souffrance, logée au creux du ventre. Je ne savais pas d’où elle venait. J’avais eu une enfance heureuse, entourée d’amour, de beaucoup d’amour. Mais je souffrais. Pas tous les jours. Mais quand ça me prenait, quand la boule se rappelait à moi, je perdais les pédales, je n’étais plus maîtresse de moi et je tombais très bas.

Que c’était-il donc passé en primaire pour que je perde mes moyens de la sorte ?

C’était là, derrière ce portail blanc, que j’ai connu les premières humiliations, les premières moqueries et injures. Quatre ans de torture psychologique. D’autres se seraient rebiffés, auraient rendu coup pour coup. Moi, je me laissais faire. J’attendais que ça passe et je m’enfermais dans mes rêves. Je désertais le monde.

J’étais la dernière choisie pour les sports d’équipe, la maîtresse finissait même par imposer ma présence à un groupe d’enfant qui avait trouvé en moi le bouc émissaire idéal. On riait de mon nom. On déchirait mes vêtements dans la cour de récréation. On me regardait aller aux toilettes. On m’enfermait dans les toilettes. J’étais la risée de ma classe. Plus tard, ça a été le racket et les intimidations. On se moquait de mes vêtements, de la façon dont je m’exprimais. Mes parents étaient au courant. Ils écoutaient. Ils allaient voir la maîtresse. Et je passais pour celle qui ne peut pas se défendre toute seule, qui a besoin de son papa et de sa maman. Tout ce que j’aurai pu faire n’aurait rien changé.

A la première claque, mon père a sorti les crocs. A la deuxième, il a débarqué à l’école. J’ai obtenu des excuses. Et les rires ont continué à pleuvoir. Je ne m’en souciais plus. J’avais quitté le monde depuis longtemps. Mes rêves m’apportaient la paix que je ne trouvais pas ailleurs. J’aurai pu tomber dans la dépression. Ca ne s’est pas produit. Bien entend, j’allais à l’école à reculons. Je détestais le sport. J’appréhendais les sorties de classe. J’avais peur d’aller aux toilettes toute seule. Je craignais même les réflexions de mes instituteurs, qui semblaient ne pas se préoccuper de mon mal aise, de ma mise à l’écart. Je me méfiais même de celles qui se disaient être mes amies et qui participaient, sans un mot, à cette « mise à mort » journalière.

Mais dès que je passais la porte d’entrée, je m’évadais, je n’étais plus là. Les insultes coulaient sur moi. Avec le recul, je pense qu’elles se sont tout de même glissées en moi, sans que je m’en rende compte et qu’elles m’ont rendu vulnérable, qu’elles ont exercé un travail de sape de l’intérieur, à mon insu.

Aujourd’hui, on parle beaucoup de harcèlement à l’école. Je crois, qui plus est avec Internet et la violence ambiante, qu’il est nécessaire de mettre en place des mesures adaptées pour que les personnes, objets de ces agressions quotidiennes soient protégées et les enfants bourreaux soient aidés et/ou punis. Si on n’apprend pas à nos enfants à respecter l’autre, qu’il soit différent ou pas, on leur fait courir un grave danger pour l’avenir, pour les adultes qu’ils sont amenés à devenir.

Ce que j’ai vécu n’est rien comparé à ce que d’autres supportent au quotidien, j’en ai conscience. Je n’ai pas eu recours à la violence pour contrer la violence de mes agresseurs. Par contre, je me suis isolée. J’ai assimilé que je n’étais pas faite pour ce monde dans lequel on m’avait projetée contre mon gré. J’ai eu des envies de me foutre en l’air, à 10 ans à peine. Ce qui m’a sauvée, c’est mon côté rêveuse. Je me suis construite une autre vie. Mais plus tard, en grandissant, il a fallu que je me rende à l’évidence, il existait un fossé immense entre mon univers et la réalité. Le choc a été brutal, terrible. Je suis tombée de haut et je me suis fait un mal de chien.

La violence n’a jamais rien résolu. Alors agissons aujourd’hui, ne laissons pas nos enfants seuls face à cette menace. Aidons-les. Aidons-les tous, victimes, bourreaux et témoins aussi. Prenons nos responsabilités d’adultes, même si c’est difficile, même si on n’y comprend rien. Aidons-les, avant qu’ils ne perdent pied et ne puissent plus marcher sereins sur la terre qui les a vus naître.

2f2a46771bed1a94a70ce15b9a05d3cc