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Se faire aider pour renaître

Aujourd’hui, j’ai envie de parler avec vous d’un sujet particulier, assez personnel (mais vu la teneur de bon nombre de mes articles ici, rien de bien « secret » non plus) qui me trotte dans la tête depuis quelques jours, voire semaines et qu’il me semble temps d’évoquer.

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Vous savez tous (ou presque pour ceux qui ont pris le train en marche) que quand je suis rentrée d’Irlande, enceinte jusqu’aux dents, j’étais à terre, complètement paniquée, paumée, rongée par la culpabilité et la honte, la peur et l’envie irrésistible de mettre fin à mes jours. J’aurais pu me laisser glisser lentement vers la déraison et la folie (je n’en étais pas loin) mais je n’étais pas seule. L’enfant dans mon ventre, celui-là même qui m’avait donné l’impulsion du départ, m’imposait une remise à flot – même temporaire – pour lui donner naissance dans les meilleures conditions possibles.

Je peux dire que j’étais bien entourée, merveilleusement entourée même. Personne ne m’a lâché la main. Mais ce n’était pas assez. J’avais besoin d’aide. Et quand je dis besoin d’aide, je pense à l’aide d’un professionnel. Oui j’avais besoin que quelqu’un d’extérieur à mon malaise, mon mal être, quelqu’un de non-impliqué émotionnellement m’écoute et me guide.

Avoir besoin d’aide, c’est encore une notion mal perçue, alors même que nous sommes de plus en plus nombreux à savoir que cette aide est disponible et souvent bénéfique. On veut toujours pouvoir s’en sortir seul. Parfois c’est tout simplement impossible. Voir même dangereux. Demander de l’aide est aussi vu par certains comme un signe de faiblesse. Aujourd’hui je vois cela comme une force, celle de dire que l’on est prêt à aller chercher à l’intérieur de soi ce qui ne fonctionne pas pour ensuite pouvoir aller de l’avant, reconstruire, se reconstruire. Comme le dit souvent ma psy « vous faites le travail – moi je suis juste là pour vous accompagner, vous donner des pistes de réflexion et vous soutenir dans votre démarche ».

Je sais aussi que certain(e)s ont dû faire face à de nombreuses déconvenues et ne souhaitent plus s’engager dans cette voie. J’en reviens donc à moi et à l’histoire. Entre décembre 2012 et février 2013, j’ai rencontré pas moins de six professionnels.

Mon médecin traitant d’abord qui m’a écoutée et qui le premier a évoqué avec moi l’idée même de « violence conjugale », terme que je refusais complètement à l’époque. Il m’a conseillé de prendre rendez-vous avec un(e) psychologue. Le premier rendez-vous a été un désastre. En l’espace de quelques minutes, je me baladais dans les méandres de mon enfance quand l’idée de départ était vraiment de faire face à ma grossesse et de la mener à terme (tout en sachant qu’à ce moment-là l’idée même de devoir mettre un enfant au monde me terrorisait et que je pensais même à accoucher sous X).

La troisième personne rencontrée était douce et à l’écoute mais ne cessait de me dire qu’il s’agissait sûrement d’une crise de couple, normale avec l’arrivée d’un enfant et qu’il fallait aussi que je comprenne les émotions, le ressenti du papa – complètement à côté de la plaque. J’avais beau porter toute la culpabilité de ce départ précipité, je n’étais pas à même d’entendre que lui de son côté était blanc comme neige et que les menaces qu’il avait proféré à mon encontre étaient presque « normales ».

La quatrième personne, j’allais la voir à l’hôpital psychiatrique – il fallait avoir le moral. Elle m’a plus enfoncée qu’elle ne m’a aidée. Elle pensait aussi que je devais reprendre contact avec le père. J’avais l’impression qu’elle ne m’écoutait pas. Elle me disait d’ailleurs qu’à terme je pourrais revenir avec lui, quand tout se serait tassé. Elle m’a même mise sous antidépresseurs – j’ai refusé. La cinquième personne m’a orienté vers la sixième. Je suis sortie de son cabinet en pleurs, prise de vertiges et incapable de calmer mes sanglots.

La sixième personne a été la bonne. Je me serais volontiers passée de ce parcours du combattant qui m’a lui aussi pas mal fragilisée (je ne l’étais pas assez !). La sixième personne m’a écoutée ENFIN. Elle m’a surtout aidée à assumer ma grossesse, à aller au bout plus sereinement et elle m’a suivie après la naissance. Car si tout le monde me disait « une fois que tu auras ton enfant dans les bras, tout ira mieux », personne ne savait ce qui se passait à l’intérieur de moi – un enfant ne fait pas de miracle, ce n’est pas son rôle. Si la vie devient douce le temps de quelques heures, la réalité reprend vite le pas sur ces moments volés. Tant que les blessures ne sont pas prises en compte et en charge, le malaise et le mal-être demeurent.

Tout ça pour dire qu’il ne faut pas baisser les bras après un premier rendez-vous raté (ou plus). Il faut laisser le temps au temps et surtout prendre conscience qu’un psychologue ou psychiatre (ou autre) n’ira pas toujours dans notre sens, nous mettra souvent face à nous-mêmes, nos blocages (c’est ce qui est le plus difficile) et nous guidera vers plus de lumière. Cela ne se fera pas sans heurts, sans chagrin, sans larmes. La reconstruction est un véritable processus qui ne se fait pas en un claquement de doigts.

Mais en grande connaisseuse que je suis, je peux le dire, sans hésiter, ça en vaut la peine !

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Mes lectures d’Avril

Comme chaque mois, avec toujours un peu de retard (on ne se refait pas), je vous présente mes lectures au nombre de 5 – cette année j’ai décidé d’acheter moins de livres, d’abord parce qu’il s’agit bien souvent d’un budget non négligeable et puis parce que mes étagères ne font pas le poids. Comme je finis par donner la plupart des livres lus, je préfère les emprunter à la bibliothèque de mon quartier. En avril, j’ai fais une exception! Le livre en valait la peine. Je vous dis tout ça plus bas.

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J’ai commencé le mois avec le très beau livre HOME de Toni Morrison en VO. Je crois que je ne saurais dire pourquoi j’ai aimé ce livre. Je l’ai aimé voilà tout. L’écriture poétique de Toni Morrison m’a emportée et fait passer d’excellents moments, douloureux parfois. Une réflexion sur la vie, la terre, nos origines et cet endroit si particulier que nous pouvons nommer “HOME”.

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J’ai poursuivi avec TOUS LES MATINS DU MONDE de Pascal Quignard. On reste dans l’univers poétique avec ce court roman chargé d’émotions, rempli d’images et de musique. Monsieur de Sainte Colombe, Maître de musique, spécialiste de viole vit seul, reclus, avec ses deux filles, depuis le décès de sa femme (dont il a du mal à se remettre). L’auteur nous embarque dans cette épopée musicale tantôt austère, tantôt passionnée et nous dévoile le sens profond de l’art: la maîtrise ne fait pas de nous des artistes, c’est la façon dont nous vibrons avec la passion qui nous anime qui fait la différence. A lire.

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Puis j’ai laissé de côté les romans pour me plonger dans le magnifique livre de Anne Laure Buffet LES VIOLENCES PSYCHOLOGIQUES (de la résistante à la reconstruction). Ce livre est un livre qui parle des victimes, de toutes ces personnes, hommes, femmes et enfants aux prises avec une personne toxique qui perdent pied et tentent de refaire surface, dans la douleur, la colère et la peur le plus souvent. Un livre qui parle de cet enfermement progressif, de ces blessures invisibles qui creusent leur lit sous le corps, dans la tête et de la vie qui devient survie. Ce livre m’a bouleversée mais surtout m’a réellement donné l’impression d’être enfin ENTENDUE. On entend souvent parler des bourreaux, rarement des victimes. Anne Laure les comparent à des combattants, des combattantes. Ce livre très bien écrit et rempli d’exemples concrets et justes nous offre les clefs pour comprendre et nous reconstruire – chemin sur lequel j’évolue depuis plus de quatre ans, parsemé d’embûches mais aussi incroyablement lumineux. MERCI

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J’ai enchainé avec UN BRILLANT AVENIR de Catherine Cusset. Un autre beau roman, à croire qu’en avril j’ai fais les bons choix. Ce livre retrace l’histoire d’Elena, jeune roumaine, devenue Hélène quand elle émigre aux Etats-Unis avec son mari et son fils, décidée à laisser son passé derrière elle. L’arrivée d’une jeune française dans la vie de son fils unique va changer la donne. Un destin de femme des années 50 à nos jours, une histoire de famille, de cicatrices, d’identité, de maux qui mettent du temps à guérir, d’espoir. Une narration fluide et détaillée. Un style simple et efficace. Un très bon moment de lecture.

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Pour terminer, je me suis pris une bonne claque avec CONFIDENCES A ALLAH de Sophia Azzeddine. Ce que je peux vous dire c’est qu’on ne sort pas indemne de ce court roman, véritable coup de poing sur l’oppression des femmes à travers le monde et la cruauté (ou la bêtise) des hommes qui règnent en Maître sur la vie, le corps, l’histoire de chacune d’elles. Jbara, petite bergère, est chassée le jour où sa famille découvre qu’elle est enceinte. De ses chères montagnes à la ville, de la soumission à son père à la prostitution, Jbara connaîtra les pires humiliations. Dans ses moments de joie comme de doutes, de chagrin comme de colère, elle se confie à Allah, son refuge apaisant. Dans ce monologue plein de rage et de sagesse aussi, Jbara nous montre que nous sommes responsables de nos actes et de nos pensées, que les chemins de traverse que nous prenons et les vides dans lesquels nous tombons parfois ne sont pas des malheurs imputables à Allah. Ces erreurs, ces errances nous reviennent. Un magnifique plaidoyer pour l’insoumission. Jbara se crée elle-même son destin, renait, suit sa route avec le soutien de son seul confident et de l’Amour sans borne qu’elle lui voue. A lire de toute urgence (attention aux âmes sensibles, le langage est très cru).

Avez-vous lu certains de ces livres? Qu’en avez-vous pensé? Ou en avez-vous à me conseiller? Je suis toujours preneuse, même si j’ai une PAL impressionnante…

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Pourquoi l’as-tu épousé ?

Mon discours n’est pas encore sûr. J’hésite encore parfois quand la fameuse question du « pourquoi l’as-tu épousé ? » arrive dans la conversation. Elle me déroute toujours. Je devrais y être préparée depuis le temps. Mon patron dirait qu’il est essentiel d’anticiper. Il aurait raison pour le coup – pour une fois !

Je bafouille, je sors quelques phrases un peu bancales, sans grande conviction. Je réponds « c’est une histoire compliquée ». Ca ne suffit pas toujours. Il y a ceux qui rétorquent « aucune histoire d’amour n’est facile » et j’aimerais leur dire « nous ce n’était pas une histoire d’amour ». Ou ceux qui renchérissent « dans quel sens ? » et là les seuls synonymes qui me viennent à l’esprit sont chaotique – éreintante – catastrophique – peu épanouissante – une histoire remplie d’états d’âme.

Je suis encore mal à l’aise avec cette idée même si parfois j’aimerais lancée à la cantonade « je l’ai épousé parce que j’ai eu peur, je l’ai quitté parce que j’ai eu peur ». En fait toute notre histoire se résume à ça – la peur. Quand il y a de la peur il n’y a pas d’amour, même si l’autre ne cesse de te dire qu’il t’aime à la folie, qu’il ne te fera jamais de mal, que tout ce qu’il te dit, te demande de faire, c’est pour ton bien. Évidemment.

Et c’est étrange parce que plus j’avance et plus je me remercie d’avoir vécu cette histoire. J’ai l’impression qu’il me fallait tomber pour pouvoir m’élever encore plus haut, qu’il me fallait les vraies ténèbres pour pouvoir réellement voir la lumière, sans être effrayée.

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Un jour, je pourrais le dire, en toute franchise, haut et fort, sans douter, sans me dire que je ne suis pas juste  – dire qu’il n’était qu’un menteur, un tricheur, qu’il a joué avec mes sentiments, qu’il a abusé de mes faiblesses, qu’il m’a réduite à néant, qu’il a toujours refusé d’entendre mes « non », qu’il n’est pas intéressant. J’oserais même dire que la violence des mots laisse des cicatrices invisibles et que le silence tue.

Un jour, à la question « pourquoi l’as-tu épousé ? », je répondrais tout simplement que j’étais perdue, la proie facile, que je suis tombée dans le panneau, que je me suis retrouvée prisonnière d’une relation dont je n’ai pas réussi à sortir sans m’esquinter. Je ne dirais pas que c’est un connard ou un pauvre type. Trop facile. Je dirais juste la vérité. Sans fard. Et tant pis si certains me trouvent impudique ou pensent que j’aurais dû rester – une histoire de morale religieuse. A la vie A la mort. J’ai choisi la VIE.

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Aux Armes Citoyennes!

Je ne voulais pas écrire pour la “journée des femmes”, intitulé mal formulé à mon avis. Ce jour est pour moi la Journée Internationale pour les Droits des Femmes dans le Monde. Et puis j’ai eu l’idée de republier un article de 2014 important à mes yeux.

Paris le 22 mai 2014

En ce moment, je suis moins là. Et pour cause, je me suis lancée un défi et un défi de taille – Ecrire mon histoire. Non, pour parler de moi. Parce que bon un peu, ça va, mais parler de soi, ça ne fait pas avancer les choses. J’ai décidé de l’écrire pour m’en libérer. Et pour les autres. Pour les autres femmes. Pour celles qui souffrent et se sentent incomprises. Pour celles qui perdent goût à la vie. Pour celles qui s’enferment dans le silence, pour celles qui baissent la tête, marchent sur des œufs sans arrêt, entre deux cris, deux crises dont elles finissent par se rendre responsables.

Le déclic, c’est le psychologue clinicien (pour la mise en application du droit de visite) qui me l’a donné:  “Rien de grave”. Quel con ce type! Sur le coup je n’ai pas réagi. J’ai fermé ma gueule, j’ai bien été dressée, qu’est ce que tu crois. On ne contredit pas les paroles des sages. Foutaises.

Cela fait plusieurs jours que je réfléchis à ces 3 mots tous simples, plusieurs jours que je me dis que j’ai un entourage sur-mesure, des gens sur qui je peux compter autour de moi, que j’ai remonté la pente, pas complètement encore, mais je suis quand même plus vers le haut de la montagne que le bas, plusieurs jours pour me rendre compte que mon supplice n’a duré que 4 ans, que j’ai eu la chance de me tirer et de m’en sortir, chance que beaucoup n’ont pas.

Des jours pour me dire “et les autres?”. Ca fait quoi d’entendre ça, quand t’es complètement paumée, le derrière par terre, quand tu te crois folle (parce que l’autre ne cesse de te dire que ce traitement là, tu l’as bien mérité), quand le monde tourne autour de toi et que pour toi, tout tourne de travers?

Le déclic, c’est ça. C’est de se dire qu’un type est capable en 3 mots de tirer un trait sur ta souffrance, de la nier totalement. Aujourd’hui, on considère qu’un mec qui te méprise, te harcèle, te menace ne commet rien de grave.

Tu vas me dire, la chanson je la connais (et toi aussi sûrement, toi qui a été trahie, bafouée, humiliée, battue, violentée, niée, harcelée, menacée). Au commissariat, il y a un an et demi. Même rengaine. “Nous on intervient que quand il y a des coups”.

Même quand il y a des coups, ils attendent plutôt deux fois qu’une avant d’intervenir. J’en ai des exemples autour de moi, des plus balaises que ça. Je suis scandalisée que dans un pays comme la France, les femmes victimes de violences soient si peu considérées. Pour nous en parler, on nous en parle. Et pourtant, il y a toujours des connards pour dire “elle l’avait cherché” ou “quand une fille dit non, elle pense oui”. Et bien non mon gars, quand une fille, une femme dit non, elle pense NON. Mais comme toi tu t’en fous pas mal, tu entends un oui, et même comme tu t’en fous carrément, tu te dis que tu peux toujours tenter quelque chose. Parce qu’au fond CE N’EST PAS GRAVE.

Donc voilà, le déclic. PARLER. Ouvrir les vannes. Sortir tout ça. Les vrais noms. Les vrais faits. Parce que chaque atteinte à l’intégrité d’une personne, C’EST GRAVE. On ne peut pas continuer comme ça, on ne peut pas laisser des femmes souffrir le martyr, on ne peut pas rester là, les bras croisés et attendre que ça passe. On n’a pas le droit de ne rien faire. On n’a pas le droit de laisser nos garçons grandir avec ces idées fausses. On n’a pas le droit de laisser cette menace s’abattre sur nos filles.

Tout le monde est concerné. La violence choisit sa victime par hasard. On n’a pas de disposition particulière à la naissance pour vivre ou ne pas vivre telle ou telle humiliation. Je crois qu’aujourd’hui, au nom de toutes les femmes, il est temps de prendre les armes, d’élever nos voix et de dire STOP, à notre façon, avec nos mots ou nos actions, STOP à cet engrenage,  STOP à la violence. Et STOP aussi pour que ce fléau cesse de gangréner le Monde, Monde dans lequel la femme est toujours considéré comme un sous-produit de l’humanité.

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Renaître Femme

Ce billet est très personnel, intime. Je ressens le besoin de coucher les mots, de les exposer. Peut-être que l’article sera mis en brouillon ensuite. Je ne sais pas. Pour le moment j’écris et par avance je vous remercie pour la bienveillance avec laquelle vous lirez ces lignes.

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Impossible de dormir. Ces dernières semaines les nuits sont mouvementées, courtes, troublées. Que se passe t-il en moi que je ne peux approcher?

Elle me demande si j’ai pardonné. Je crois, oui. Le pardon c’est une notion compliquée qui ne me parle guère. Elle me demande alors ce que je ferais si il était là, en face de moi. Qu’est ce que je ressentirais. Indifférence. Plus de colère. Plus d’envie de le secouer comme un cocotier. Plus envie de lui hurler au visage “pourquoi?”. Je le regarderais dans les yeux et je tournerais les talons. Je n’ai rien à lui dire et je sais qu’il n’a rien à m’apporter, nous apporter. Il ne fait plus partie de nos vies. Une page se tourne. Ou bien je ferme la parenthèse. Parce qu’il n’est que ça, une parenthèse sur le chemin, presque rien.

Et puis j’ai senti qu’il y avait quelque chose d’autre, quelque chose que je ne voulais pas m’avouer. Ou bien quelque chose à laquelle je n’avais pas eu le temps de m’intéresser jusqu’à aujourd’hui. Entre refaire surface, gérer l’intendance quotidienne, donner naissance, panser les blessures, chercher puis trouver du travail, gérer un divorce et toute la panoplie des démarches administratives interminables, reprendre ses marques dans une nouvelle vie, s’occuper d’un enfant, trouver sa place de maman. Et j’en passe encore de ces choses qu’il a fallut réapprendre à faire, de ces images qu’il a fallut chasser de ma mémoire, des connections qu’il a fallut rétablir, des liens qu’il a fallut tisser, des rêves qu’il a fallut aller déterrer pour ne pas sombrer.

Il y a bien quelque chose que je n’ai pas pardonné encore. Ce qu’il a fait de mon corps, la manière dont il s’en est servi. Ce qu’il a fait de ma féminité, ce qu’il m’a volé d’intimité.

A partir de quoi, de quand?

Où est la limite?

Qu’entend on par violence sexuelle?

Les images. C’est le plus difficile. Les restes. Et les souvenirs de la peur aussi. Bien coincée entre les draps.

Le corps recroquevillé. La clé dans la serrure et la porte qui claque. Le corps qui se glisse et se colle. Les peaux qui se frôlent dans la fraicheur d’une énième nuit morcelée. Il faut avoir envie là maintenant. Toujours. Forcément. Parce que ça fait longtemps. Parce que le corps a besoin de sa dose. Le soir. Le matin. Vite fait. Entre deux rendez-vous. Ne rien dire ou risquer le silence. Et l’enveloppe corporelle élastique qui sous la douche tente d’effacer les traces de la honte. C’est normal. C’est ça aussi être une femme. Se mentir si bien à soi-même. C’est ça être SA femme. Sa chose. Sa possession. Son objet.

Il est dit qu’il y a violence quand il y a absence de consentement. J’étais consentante. Donner de soi pour avoir la paix. Et si ça fait mal après, oublier. L’essentiel est maintenant. Il sourit. Il est heureux. La journée est sauvée.

La nuit cache si bien ce qui se meurt à l’intérieur. J’irais dormir sur le canapé. Là, je suis en sécurité. Il ouvrira la porte, allumera la lumière. Je ferais semblant. Il ira s’écrouler sur le lit conjugal. Et dormira jusqu’à midi. J’en viens même à espérer qu’il partira rejoindre un copain juste après le petit déjeuner. En plein jour, c’est pire. Alors je cache mon corps avec tout ce que je peux trouver. Je ne suis plus une femme. Je ne suis plus dans la lumière. Je pose des voiles sur mes courbes pour ne pas attirer l’attention. Je suis à lui, à personne d’autre. Il le pense. Mais n’en a que faire de mon plaisir, de mes envies. Il n’y a que lui, ses désirs, ses envies. Mon corps n’est plus qu’un vaste champ de bataille miné sur lequel il s’agite encore un peu, par habitude. Il ne remarque même pas que mon corps se meurt, que ses caresses m’oppressent, que mon dégoût grandit, que c’est la peur de lui qui me fait dire “oui”.

C’est sorti. C’est fou comme j’ai refoulé tant de choses. Pour me protéger sûrement. Parce que je ne pouvais pas tout régler en même temps. Parce qu’il y avait d’autres priorités. Parce que je n’étais pas ma priorité. L’intégrer va désormais me permettre de travailler sur moi – encore – pour me détacher de tout ça, pour réapprendre à aimer mon corps, à honorer ma féminité, à m’aimer intégralement.

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Les sanglots de l’enfant fantôme

La femme tremble. Elle serre l’enfant contre elle. Elle écoute les bruits de pas de l’homme dans le couloir. Ils deviennent de plus en plus étouffés. Elle retient son souffle. La porte claque. Les vannes éclatent. Elle fond en larmes.

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Un mois plus tôt.

Hélène git sur un lit d’hôpital, jambes écartées. Le sang coule sur le drap blanc. La vie s’en va. Dans la chambre d’à côté, Ali entend les cris et se prend la tête entre les mains. Le petit garçon est dehors avec un ami. Il regarde passer les bateaux sur la mer, il se dit qu’un jour il en possédera un et partira faire le tour du monde.

La chambre d’hôpital est froide. Hélène dort paisiblement. Ali regarde les paupières closes et le ventre plat de son épouse. Il se demande bien pourquoi Dieu leur a fait ça. Quand elle est réveillée, Hélène pleure. Toute la journée, elle pleure. Ali fait les cent pas dans la chambre et jure de poursuivre les médecins en justice. L’enfant n’aurait pas dû mourir. C’est une erreur de diagnostic. Ils n’ont pas fait assez vite. Ils auraient dû couper et sortir le bébé. Ali jure et Hélène pleure.

De retour à la maison, le petit garçon ne comprend pas pourquoi le visage de sa mère est dévasté et son père plus silencieux que d’habitude. Il ne comprend pas non plus pourquoi le lit du bébé est vide.

Ali sort de plus en plus souvent et encore plus qu’avant. Il ne supporte pas les pleurs de sa femme. D’ailleurs, il pense qu’une fois le bébé enterré, il sera temps de faire le deuil et d’essayer d’en avoir un autre.

Le corps d’Hélène n’est pas près. Son cœur non plus.

–      « Tu vas arrêter de pleurer comme ça. Tu me fatigues Hélène. »

Hélène ne dit rien. Elle regarde Ali et elle ne comprend pas pourquoi lui, il ne pleure pas. Quand son mari rentre le soir, après avoir fumé des heures avec ses copains, après avoir fumé des joints d’ailleurs, quand il s’allonge contre elle, son sexe dressé contre son corps, elle s’éloigne de lui. Elle ne veut pas. Il la bouscule un peu et devant sa résistance, il quitte le lit conjugal et va dormir dans le lit deux places de son petit garçon, qui rêve paisiblement en faisant des bruits avec sa bouche.

Hélène et Ali ne se parlent pas beaucoup. Quelques jours avant l’enterrement, ils se posent la question du prénom du bébé. Il lui dit de choisir. Elle opte pour Adam. Mais le jour de l’enterrement, à l’instant où le petit cercueil blanc rentre en terre, Ali annoncera un autre prénom, un prénom gravé sur la pierre grise. Hélène est prise de vertiges. Elle aimerait que la terre cède sous le poids de son corps meurtri et l’aspire toute entière.

–      « Tu n’avais pas le droit de me faire ça.

–      De quoi tu parles encore, réponds Ali agacé.

–      Tu n’avais pas le droit de choisir seul le prénom.

–      Celui que tu avais choisi n’allait pas.

–      Il fallait me le dire alors, il fallait me le dire avant.

–      Arrête Hélène.

–      Arrêtez quoi ? Arrêtez de penser à cet enfant que j’ai porté 8 mois dans mon ventre et qui n’est plus ? Tu veux que j’arrête de penser à quoi au juste Ali ?

–      A tout ça. C’est du passé. On aura d’autres enfants.

–      Du passé ? Deux semaines, c’est du passé pour toi ? »

Chacun part de son côté. Elle avec le petit garçon, lui avec ses amis. Elle va chez elle, met une machine, fait à manger, prépare la table. Ce soir ils ont des invités. Elle prend une douche, met un peu de fard sur ses joues et sourit à son amie en lui ouvrant la porte, le cœur au bord d’un gouffre inaccessible. Dans quelques jours, elle rentre dans sa famille, pour faire le deuil. Elle part pour oublier, pour faire le vide. Ali est d’accord et soulagé.

Le repas se passe bien. On parle de tout, de rien. On évite le sujet brûlant. On se concentre sur les mets délicieux, sur le soleil qui réchauffe et sur les sourires du petit garçon. Les femmes se retirent en cuisine. Hélène lâche prise, elle s’effondre dans les bras de son amie. Elle ne peut pas jouer la comédie plus longtemps. Elle n’en peut plus d’ailleurs de faire semblant. Un mois, c’est encore trop frais. Ali veut oublier à tous prix. Et il veut qu’elle oublie aussi, comme-ci ça se faisait sur commande ces choses-là, comme-ci elle pouvait tracer un trait définitif sur cette séquence horrible, sur son chagrin et ce vide qui la détruit à petit feu.

Son amie l’entraîne un peu plus loin. Hélène reprend ses esprits. Elle parle, entre deux sanglots. Elle est à bout, elle a peur. Soudain la voix d’Ali s’élève à l’autre bout de l’appartement. Elles entendent ses pas pressés traverser le couloir. Elles ne bougent pas. Il arrive dans la pièce. Il est dans un état second. L’autre derrière n’essaye pas de le retenir. C’est son ami. Il pense qu’on n’intervient pas dans les histoires de couple des autres. Il assiste à la scène, tel un pantin qu’on aurait sorti trop tôt de la boîte. Ali s’approche de sa femme, le visage fou de rage, colle son regard dans le sien, lui serre les poignets et hurle :

–      « Ca suffit ton cinéma. Tu vas me faire le plaisir d’arrêter sur le champ tes jérémiades. Tu pars dans deux jours et tu as intérêt à savoir ce que tu veux quand tu reviens. »

Sur ce, il tourne les talons. Son copain le suit comme un toutou bien dressé. L’enfant se raidit. L’amie le prend dans ses bras, tout en tenant la main d’Hélène qui réalise à peine ce qui vient de se passer.

Je me permets de partager à nouveau ce texte tiré d’une histoire vraie – les prénoms ont été changés – son souvenir m’a réveillée ce matin. Un partage comme pour dire à toutes les femmes qui vivent des situations similaires combien je suis de tout cœur avec elles – je leur adresse mes pensées les plus affectueuses.

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Je m’estime et je dis “stop”…

Je n’écoute plus. Je ne t’écoute plus.

Dans quelques minutes je vais raccrocher. Tu déverseras ton venin dans le vide. Je n’en veux plus.

Je sens que je rentre dans une nouvelle phase.

Il y a eu le premier cap, la petite musique dans ma tête qui tantôt disait « ne lui fais pas confiance », puis « donne lui une chance. »

Je faisais taire l’une, sans grande conviction, et croyait dur comme fer à l’autre.

Ne plus te faire confiance c’était comme accepter ma faiblesse d’avoir cru en toi et accepter que dorénavant nous n’avions plus aucune chance de garder le contact, en toute intelligence, pour notre enfant.

Un jour, j’ai compris. Ne plus te faire confiance, loin d’être un acte négatif, devenait un acte conscient, une manière de nous protéger, lui et moi, de ton emprise, de ton égoïsme, de ta manipulation.

Le deuxième cap est là, à portée  de main. Le jugement de divorce doit y être pour quelque chose. A moins que ce soit moi qui ai décidé qu’il était grand temps de dire stop.

Oui stop à tes mots qui vont trop loin. Stop à tes jugements sans fondement. Stop à ta manière de me hurler dessus quand ce que je fais ou dis ne te convient pas. Stop à tes menaces toutes aussi fausses les unes que les autres, énoncées dans le seul but de me foutre la trouille et de me faire plier. Stop à cette manière dont tu as de me parler, avec dégoût. Stop à ta mine de chien battu, qui veut me faire croire que tu es au fond du trou. Stop à ton mépris.

Je vaux mieux que ça. Je m’estime davantage pour ne plus penser que je mérite tout ça ou à défaut n’ai d’autre choix que celui d’encaisser sans broncher, sous peine de te mettre hors de toi.

Aujourd’hui je dis stop et je n’y pense plus.

Je vais te raccrocher au nez. C’est la seule chose que tu comprends. Tu vas certainement me maudire derrière ton écran de téléphone. Ca ne me fait ni chaud ni froid. Il y a quelque temps de ça, j’y aurais pensé pendant quelques heures, me remettant en cause, essayant de saisir le moment où tout avait basculé. Maintenant, j’oublie aussi vite. Tes sautes d’humeur ne me font plus d’effet.

C’est dans ces instants là que je me rends compte du chemin que j’ai parcouru et que je me félicite pour ces limites que j’arrive à poser, en toute sérénité…

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Lettre à Roger (3 & Fin)

J’arrive à la fin de cette lettre, parce que si je la continue mon roman ne servira plus à rien. Tant d’heures de travail, ce serait vraiment dommage. Et puis, elles sont nombreuses à l’attendre avec impatience. Je ne peux quand même pas les planter là !

Pour conclure, je souhaitais aborder avec toi un sujet assez intime, dont nous n’avons jamais discuté ensemble d’ailleurs, la négation complète de ma féminité. Chez toi, dans ton pays, la femme est un bien que l’on s’approprie par mariage, une chose dont on dispose au gré de ses envies. Dans mon pays, les femmes sont libres et indépendantes, libres de leur corps, de la manière dont elle l’habille, libres de travailler ou pas, libres d’avoir des relations sexuelles hors mariage. Tu détestais ça. Ma liberté t’incommodait. Tu n’as eu de cesse que de me brider, me faire rentrer dans le moule. Tu m’as catalogué dans la case « fille facile » mais tu n’as pas attendu que je sois prête pour enclencher la deuxième vitesse. Tu m’as intimé l’ordre de t’épouser par crainte de ce que les autres allaient dire de toi.

Mon corps s’est couvert au fil des mois. Il a fini par disparaître derrière des vêtements trop larges, inadaptés. Ne surtout pas tenter le regard de l’homme du dehors. Ne pas t’offenser. J’ai fini par en avoir honte de ce corps, par le maltraiter, par le laisser glisser entre tes mains inexpérimentées. Dehors, il fallait que je passe inaperçue. A l’intérieur, il fallait que je me dénude davantage. Trop d’interdits, de codes pour moi.

Entre nous, il s’agit d’une histoire de peau, de désir. Et faire face à l’absence de plaisir. Jamais assez bien, jamais assez entreprenante, jamais assez discrète. Mon corps est devenu mon pire ennemi. Doucement j’apprends à l’aimer à nouveau, à ne plus en avoir peur, à ne plus en avoir honte. La première fois que j’ai porté un t-shirt dans la rue, je me suis sentie à nouveau libre, en paix. J’y suis allée pas à pas. Une jupe au-dessus du genou, une robe, un haut décolleté, un peu de rouge à lèvres.

Je m’en suis longtemps voulu d’avoir accepté sans broncher, de t’avoir laissé disposer de moi selon tes envies. Et puis après tout, à quoi cela sert de ressasser le passé. Je ne suis plus celle que j’ai été avec toi. Ma névrose s’est évaporée. Elle avait sûrement trouvé en toi une alliée. En fin de compte nous ne nous sommes pas aimés. Nous nous sommes détruits pour avoir une chance d’exister. Puis nous nous sommes séparés…

Et la vie a repris ses droits.

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Lettre à Roger (2)

Je reprends le fil de mon récit. Comment continuer ?

J’aimerais d’abord te dire que si aujourd’hui tu me trouves froide et distante, c’est parce que j’ai compris et intégré une chose : je ne pourrais jamais te faire confiance.

Au début, avant sa naissance, je croyais à tant de choses. Je croyais dur comme fer que, dans un premier temps, tu allais t’excuser de t’être emporté, de m’avoir traitée de la sorte, d’avoir proféré autant d’insultes à mon égard, d’avoir menacée de me quitter, pire de me tuer.

Puis j’ai compris qu’il n’en serait rien. Peu importe. Je m’en tiens à ma version des faits, toi à la tienne. Rien de ce que nous pensons ou retenons n’a le pouvoir d’influencer le passé, alors restons en-là.

Ensuite, j’ai cru qu’à défaut d’être amants (mauvais, mais c’est une autre histoire) nous pourrions être parents. J’étais même prête à passer sous silence notre relation sordide, tout le chaos qui avait précédé mon départ, prête à passer l’éponge, pour assurer à notre enfant un début de vie serein. Je ne tenais pas à ce que l’on se l’échange sur un quai de gare ou entre deux portes pour quelques heures, quelques jours. Rien ne s’est passé comme je l’avais imaginé. Et à cet instant précis, je peux dire FORT HEUREUSEMENT ! Ton mauvais comportement a joué en ma faveur, pour une fois.

Les premiers temps tu cherchais ta place, entre menaces, mensonges et excès de gentillesse. Tu me faisais croire que tu ne pouvais pas vivre sans moi et dès que je n’allais pas dans ton sens tu m’accusais du pire. J’étais complètement paumée, incapable de discerner le vrai du faux, incapable de savoir si je pouvais te faire confiance ou s’il fallait que je reste sur mes gardes. Je tenais bon, pour le petit. Je crois qu’il m’a donné tous les courages, surtout celui d’affronter ta présence deux samedi par moi, pendant un an. Lors de tes fameuses visites en espace médiatisé. Tu nous en as mis plein la vue, en te tenant à deux allers-retours par mois pendant plus de dix mois. Incroyable ! D’ailleurs tout le monde est tombé dans le panneau et à finit par admettre que tu étais un type bien, dingue de ton fils et très certainement terriblement malheureux.

Quel sketch !

C’est durant ces visites que j’ai commencé à prendre mes distances, à comprendre qui tu étais vraiment. Un menteur et un manipulateur. Tu ne m’impressionnais pas. C’est pendant ces quelques minutes, en face à face, avant la visite, que j’ai fini par pouvoir te dire « non » sans me sentir coupable.

Aucun échange n’est possible avec toi. Tu pars du principe que toi, tu sais et que ce que toi, tu dis, les autres doivent le suivre à la lettre. Pas étonnant qu’avec toi, j’ai perdu toute faculté d’analyse, de prise de décision. Je voulais la Paix, alors j’ai dit « amen » à tout. Plus facile. Moins angoissant.

Aujourd’hui je ne dis « amen » à rien et « non » à tout. J’ai repris mon identité. Je le vois dans tes yeux, ça t’étonne. Et ça t’énerve aussi terriblement – qu’une femme ose te tenir tête, quel outrage ! Tu n’y comprends rien. Tu t’escrimes à tenter de me faire plier. Tu t’en donnes à cœur joie d’ailleurs. Mais la réponse reste la même de mon côté. Mon « non » nous protège, lui et moi. Mais mon « non » c’est aussi une manière de te dire que cette partie-là, c’est moi qui la gagne jour après jour !

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Lettre à Roger (1)

Cher Roger

Je ne sais pas très bien comment débuter cette lettre. Par le commencement. Ou par aujourd’hui. Par ce que j’étais, ce que je suis devenue. Par nous deux, par moi, par lui, par ce que tu as représenté ou ce que tu n’es plus.

Laisse-moi d’abord te dire que j’écris notre histoire. Pas la tienne, même si je sais que c’est ton rêve, qu’on parle de toi, de la personne formidable que tu es. Je parle de moi, de toi, de manipulation et de dépendance. Je ne suis pas certaine que les personnes qui liront mon livre (et j’espère qu’elles seront nombreuses) te trouvent aussi génial que ça. Parce que la réalité c’est que tu ne l’es pas !

Tu as raison, je ne t’ai pas aimé. C’est pire, je t’ai adoré. Je t’ai placé sur un piédestal. J’ai fait de toi un demi-dieu. J’avais tellement peu confiance en moi (tu vois je reconnais mes torts dans cette affaire)  que j’ai cru que tu étais tout et que je n’étais rien. Je t’ai affublé de super pouvoirs. Grâce à toi j’allais enfin devenir vraie. Tu es devenu mon héros. Pire, ma drogue. Sans toi, je ne pouvais plus, ni respirer, ni exister.

Une fois la dépendance installée, tu n’as eu de cesse que de me modeler à ton image, nier mon identité, mes idées et j’en passe. Toi, tu dis m’avoir aimée. Je rigole. Tu ne m’as pas adorée non plus. Tu as juste aimé l’image que tu avais de moi et tu n’as eu de cesse que de me façonner pour que je rentre impeccablement dans tes cases. Tu m’as considérée comme ta propriété, ta chose. Soit je rentrais dans le moule, soit je subissais tes sarcasmes, ton mépris, tes silences.

Rappelles toi quand tu me croisais dans l’escalier et que tu m’ignorais, parce que j’avais eu le malheur de rentrer avec 10 minutes de retard ou bien je n’étais pas d’accord avec toi ou que j’avais oublié de te dire d’acheter des tomates (l’épicier était au pied de l’immeuble). Je te disais bonjour (c’est la moindre des choses) et toi, grand seigneur tu ne daignais même pas tourner la tête. Tu partais, fier. Tu valais mieux que ça, mieux que moi. Il fallait que je rampe, que je m’excuse de « je ne sais quoi » pour que tu m’adresses à nouveau la parole. Et la vie reprenait, comme si de rien n’était !

C’est fou ce que j’ai comme choses à te dire. Je croyais tout avoir réglé. Et bien, non ! Ca résiste à l’intérieur. Pourtant j’en ai remporté des victoires depuis que je te connais : j’ai réussi à te quitter (ça c’est sûrement la plus belle), mes mots m’ont aidé à me détacher de toi, à ne plus céder à tes manigances, tes mensonges (je crois que tu détiens la palme du plus grand magouilleur de tous les temps, tu crois tellement à tes mensonges qu’il t’est bien impossible de les distinguer de la réalité – mais je peux te les dire, tu t’emmêles souvent les pinceaux et après tu te demandes pourquoi je n’ai pas envie de te croire !!), ils m’ont libérée, ils m’ont rendu à la vie. J’ai donné naissance à l’escargot (je l’ai gardé, un miracle !) et entre lui et moi une belle complicité s’est créée (c’était loin d’être gagné). J’ai réussi à te dire NON. Sans culpabiliser. J’ai réussi à me pardonner mon départ et une partie de notre histoire. Te pardonner, là, c’est une autre histoire. Ca viendrait quand j’en aurais finis de travailler sur moi. Certainement.

A suivre…

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La femme en moi

J’avais tout perdu. J’avais tout à reconquérir. Tout à apprendre.

J’ai retrouvé le chemin vers moi. Doucement.

J’ai repris des forces. Négligeant certains aspects de ma vie.

J’ai appris à être mère. Douloureusement.

Je tente jour après jour de me pardonner, de lui pardonner, de passer à autre chose.

J’avance. Je recule. Je me perds. Je culpabilise. Je sors la tête de l’eau. Je repars. Je suis une maman épanouie, une femme qui se cherche.

Je n’ai plus confiance. En moi. En l’autre.

J’apprends à m’aimer. Délicatement. A mon rythme.

Mon corps de femme est amputé. Il se cache derrière des robes amples, des pantalons larges, des t-shirts sans forme.

Mon corps a mal. Il se souvient: la honte, le dégoût, la peur.

La nudité m’angoisse.

Pourtant aujourd’hui je me sens prête à ouvrir à nouveau mon cœur.

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Pour cela, il faut que je laisse tomber l’armure, que je me fasse confiance, que j’arrête de me protéger, que je me laisse une chance, que j’accepte mon corps, ma féminité, que j’accepte qu’une autre personne prenne soin de moi, s’intéresse à moi, m’aime pour ce que je suis, que je me pardonne (à défaut d’arriver à lui pardonner cela en particulier) . Le travail semble interminable.

Et pourtant chaque jour qui passe, je construis. Sur des bases solides. Mon. Notre avenir.

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Les traits de son visage

L’instant d’avant, les yeux rieurs, songeurs. Douceur et sérénité. Le chant des sirènes nous invite à la danse. Un visage aussi paisible qu’une mer d’huile. Le charme opère. Ses traits sont lisses et quelques fossettes s’infiltrent entre ses lèvres et ses paupières. On imagine sous nos mains sa peau satinée, onctueuse, crémeuse. On aurait presque envie d’y déposer un baiser sucré.

Un instant. Celui de la question, de l’interrogation. Ses traits se crispent. Son corps tout entier est sous tension. L’affaire devient sérieuse. Il se concentre, fixe un point. Droit devant. Pas de pitié pour les sentiments.

L’instant d’après, ses grands yeux noirs fixent l’abime. Anéantissement et déraison. La musique prend des allures de tragédie. Un visage d’acier, le masque tombe. Le séducteur s’effondre. Ses traits sont tirés par la haine. On imagine sous nos mains une peau écailleuse de serpent, striée de nerfs à cran, tendue des origines du cou jusqu’au sommet des tempes. Son corps tout entier est pris de palpitations incontrôlables.

Un instant. La réponse fuse et l’atteint en plein cœur. Ce n’est pas celle qu’il attendait. Il n’a pas le temps de préparer une contre-attaque, il se jette dans l’arène, prêt à foudroyer sa proie. Il se débat avec ses chaînes, glacé d’effroi.

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La phase d’avant. Une mascarade. Séduire tout en nuance. Se faufiler sans faire de vague. Revêtir le visage de l’ange pour mieux abattre ses cartes et empocher la victoire.

Un instant. Tout éclate. La proie idéale a vu au travers de l’habile jeu de jambes de l’ange macabre. Elle ne se laisse plus prendre par le miel insipide qui coule de la bouche du prédateur.

La phase d’après. De l’autre côté du miroir, la vérité se pare de la couleur des faux-semblants.

***

D’où vient ce vertige, cette mauvaise intuition, qui s’est insinuée dès le début dans notre relation ?

Je me posais récemment la question en reprenant le fil de mon récit. Elle vient de là, de ces quelques secondes pendant lesquelles l’irrésistible baratineur se transforme en démon exterminateur. Son visage se délabre. Les rides détrônent les fossettes joyeuses. Le poison dégouline à l’intérieur de son corps, presque mort. Il sent la haine et le mépris. Il me fait pitié autant qu’il me dégoutte.

Avant, je tombais dans le panneau, je m’écorchais vive.

Aujourd’hui, je reste stoïque, avec ma farandole inébranlable de « non ».

Crédit Image – Bordjack Tumblr

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Femmes de tous pays…

J’entends les cris. Bien à l’abri chez moi. Je l’entends lui dire « tu ne sers à rien. Tu n’es bonne à rien ». D’où vient le bruit ? De là-bas ? De l’autre côté de la cour ? Ou bien sort il comme une bombe d’une des fenêtres ouvertes des appartements de l’immeuble où j’habite ? J’écoute dans le silence de la nuit un couple se déchirer. Je reste immobile, à deux doigts de faillir, de m’écrouler.

L’autre jour à la télévision, j’ai entendu ces mots « tu es la honte de notre famille ». Depuis la nuit des temps, le corps des femmes est un bien qu’on s’approprie, qu’on cache, qu’on dissimule, dont on dispose comme d’un objet posé sur une table. Comme si la femme en tant que telle n’existait pas, comme si elle était un être humain dépourvu de substance, un fantôme sans autre choix que d’assouvir les désirs des uns et des autres, rentrer dans le moule ou disparaître.

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J’entends ses « Non. Arrête»  à répétition. Elle pleure. Je voudrais pouvoir faire quelque chose, appeler quelqu’un, crier plus fort que celui qui l’oppresse, lui dire d’arrêter de la torturer. J’attends le silence qui suit le chaos. Je tremble, le cœur au bord du vide, sentant la douleur de l’inconnue se répandre en moi, quitter son corps pour envahir le mien, la libérer, me terrasser.

Mes mains couvrent mes yeux. Les larmes pointent au coin. Le film m’entraîne dans une réalité sordide et lumineuse. Exaltation des corps. Eclat des couleurs. Musique saccadée et entrainante. Violence. Souffrance. Renaissance. Exaltation des sens. Tant de larmes et de souffrance puis s’échapper, s’affranchir, risquer sa vie et rire pour échapper à la douleur. Portraits de femmes soumises et libres. Film de contrastes sur nos identités malmenées, torturées, insultées, humiliées, sur nos vies insensées et nos rêves d’un nouveau monde à inventer. Film coup de cœur, coup de poing.

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J’ai marché dans les rues de Paris en rentrant pour digérer la séance. Il y a encore tant de choses à faire, ici et ailleurs. Tant à découvrir, redécouvrir, tant à donner, tant à partager, tant de femmes à soutenir, à libérer, tant de traditions à bannir, tant d’idées préconçues à dénoncer.

J’ai fermé la fenêtre. Le silence est revenu. Je l’imagine s’endormir, déboussolée, perdue. Peut-être qu’elle a envie de partir, de le quitter. Peut-être qu’elle ne se rend pas compte. Il lui a sûrement promis que c’était la dernière fois. Pardon. Merci. Je ne recommencerais pas.

Ce soir à Paris comme dans l’état du Gujarat (Inde), une femme abdique pour une nuit, pour le plaisir d’un homme, qui sous les draps, lui volera son corps, sa liberté, son humanité, ses droits.

Certains hommes se battent aussi contre ce système là.

Unissons nos voix. Ne les abandonnons pas.

Crédits Image 1 – La source des femmes /  Image 2 – La saison des femmes /  Image 3 – Mustang

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Des mots, des cases et nos vies

Je ne comptais pas faire d’article aujourd’hui car en ce moment le travail manque moins, ce qui n’est pas pour me gêner. Mais j’ai voulu réagir à un commentaire reçu sur mon billet d’hier (commentaire très pertinent au demeurant), que je vous remercie d’avoir lu et commenté avec justesse et beaucoup de bienveillance. J’ai conscience d’avoir réveillé mémoires et souvenirs douloureux chez certaines. Mais d’une certaine façon je suis satisfaite d’avoir osé l’écrire, enfin.

La société aime les définitions. La violence conjugale, c’est « ça ». La maltraitance infantile, c’est « ça ». Le viol, c’est « ça ». Le harcèlement scolaire, c’est « ça », le deuil, c’est « ça ». Et j’en passe…

La question se pose quand on regarde nos parcours de vie, nos chemins de traverse, nos combats, nos angoisses, nos vies perturbées, parfois bousillées, écartelées. Que se passe-t-il quand les évènements de notre quotidien ne rentrent pas dans les cases, dans les définitions bien huilées du monde contemporain ?

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  • Est-ce qu’il y a maltraitance infantile quand un parent dénigre au quotidien son enfant, quand il l’humilie ? Ou bien faut-il qu’il y est des coups, des privations pour que la maltraitance soit observée et prise en compte ?
  • Est-ce qu’il y a violence / viol au sein du couple quand un conjoint reste silencieux des jours entiers, quand il quitte le domicile en pleine nuit, quand il rentre au matin et colle son corps contre celui de son épouse endormie et qu’il satisfait un besoin immédiat, sans lui demander son avis ? Ou bien faut-il des menaces, des insultes, des coups, des intimidations, des pressions, l’envie de nuire, de faire mal, pour que cela soit considéré comme un acte violent en soi ?
  • Est-ce qu’il y a harcèlement quand un enfant est la risée de la classe, quand on se moque de lui dans la cour de récréation, quand on lui déchire ses vêtements ? Ou bien faut-il qu’il soit tapé, tabassé, insulté sur Internet, racketté pour qu’on prenne en compte le danger ?
  • Est-ce qu’on doit faire une différence entre le deuil d’un enfant né et le deuil d’un enfant à naître ?

A partir du moment où le rapport de force est inégal, à partir du moment où un « non » est transformé en « oui » par je ne sais quel miracle, à partir du moment où une personne souffre, a mal, se perd, je considère que les cases n’existent plus, les définitions non plus. La vie prend le relais.

Je crois que nous devons arrêter de nous demander si nous sommes des statistiques, si notre situation nous place sous telle ou telle catégorie, sous peine de ne nous retrouver dans aucune. Nos vies et nos épreuves sont variées. Aucune ne ressemble à une autre. Aucune personne ne gère ses émotions, les épreuves de la même façon. Oui, il faut des lignes directrices pour nous aider à nous orienter. Mais arrêtons d’essayer de coller à une définition, qui au mieux nous donnera juste des mots pour faire face à nos maux et au pire nous confrontera au vide, au néant d’une situation que nous ne maîtrisons plus depuis longtemps, sans clés pour mettre un terme à notre lente, mais certaine, descente aux enfers.

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Je ne fermerais plus ma gueule…

Je continuerais de parler, de dire que je ne suis pas d’accord

Je continuerais de parler, même si ce que je vous dis ne vous plait pas

Je refuse que l’on me force, que l’on me contraigne

Je refuse que l’on me dicte ce que je dois faire

Je refuse que l’on me change, sous prétexte que mon image ne colle pas à celle que d’autres ont de moi

Je ne suis pas un sous-produit de la société

Je suis une femme, et au même titre qu’un homme, un être humain

Aucun homme n’a le droit de me dicter comment agir, comment me comporter ou m’habiller, comment parler ou quand me taire

 ***

Un jour j’ai fermé ma gueule

Pour avoir la paix

J’ai quitté mes jupes courtes

Pour avoir la paix

J’ai abandonné mes idées

Pour avoir la paix

J’ai laissé de côté mes idéaux

Pour avoir la paix

J’ai dit « ce n’est pas grave »

J’ai fermé ma gueule

Et c’est devenu grave

 ***

Je ne juge pas les femmes qui préfèrent le repli, le retrait

Pour avoir la paix

 ***

Il n’y a pourtant pas de paix quand une partie de la population abdique

Quand une partie de la population renie ses droits

Quand une partie de la population abandonne le combat

Marche sur des oeufs pour ne pas offenser

Se tait pour ne pas se faire tabasser

***

Ne rien lâcher

Jamais

 ***

Et si la paix n’est possible qu’en prenant les armes

Je les prendrais

Je n’accepte ni le mépris, ni le manque de respect

Je suis née femme et j’en suis fière

Aucun homme ne me dira plus ce qu’il faut faire

Comment je dois mener ma vie

A quoi j’ai le droit ou pas quand je suis chez moi

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Croiser le fer

S’il le faut

 ***

Ne pas se laisser faire

Et si c’est la guerre

La faire avec loyauté

Sans réduire le champ de bataille à un véritable charnier

On n’a pas besoin de s’entre-tuer

Pour que chaque être humain

Vive libre

Et soit respecté dans son humanité