Ce pari un peu fou

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J’entends souvent “tu le connais mieux que quiconque”
Je ne connais pas mon enfant
Je ne le comprends pas toujours non plus

Qui peut prétendre le connaître véritablement?
Même lui, comme moi, comme nous tous, mettra peut-être des années à se trouver, à se définir, se re-définir

J’ai pensé naïvement ne rien projeter sur lui
Et puis…
J’ai fait l’erreur aussi
De le vouloir comme ci, comme ça
De vouloir le voir aimer des choses qui me parlent
De le voir suivre mes pas

On met beaucoup de pressions sur les parents
D’ailleurs en tant que parents on a souvent l’impression que notre enfant est la représentation de toutes nos réussites et de tous nos manques
Notre CV émotionnel, psychologique, affectif, relationnel
Notre carte d’identité pour être vu comme un “bon” parent
Notre empreinte dans ce monde
La trace de notre passage

Notre enfant n’a rien à voir avec nous
Il n’est pas notre prolongement
Il n’est pas nous, il n’est pas à nous
Il EST

Et je trouve que ce n’est pas toujours facile de l’accueillir dans ce qu’il EST justement
Dans ce qu’il est et que nous ne sommes pas
Dans sa différence
Dans son mystère
Dans son individualité
Dans ce qu’il a de plus beau, de plus fragile, de plus difficile à capter, de magique, de déstabilisant, de complexe, d’intimidant, de sacré

Je trouve que ce n’est pas évident d’être là
Sans attente
Sans porter de jugement
Sans condition

La parentalité c’est une rencontre inattendue
Une plongée en eaux troubles
Un lien qui teste nos résistances, nos limites
Une rencontre sans garantie que ça fonctionne
Que la complicité soit au rendez-vous
Une histoire
Faite de renoncements, d’acceptation
De chemins mal pavés
De routes parcourues main dans la main
Et parfois à contre-courant

Un pari un peu fou
Que nous tentons malgré tout!

Unipare

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Je t’ai rêvé
Je n’ai fait que ça
T’imaginer descendre
Et venir faire les cent pas
Dans le creux de mon ventre

Je t’ai rêvé
Quelque part à moitié
Dans une drôle de vie
Un amour qui ne tenait pas droit
Une envie maladroite

Je t’ai rêvé
Comme un baume apaisant
Qui viendrait compléter
L’image rassurante
De la famille modèle

Je t’ai rêvé
Pour faire taire
Les démons solitaires
Pour calmer l’angoisse
De l’unipare

Un rêve
Un idéal alambiqué
Sans le poids des responsabilités
Un rêve
Pour ressembler aux autres
Pour faire comme tout le monde

Mon rêve s’en est allé
Comme le souvenir de ce qui n’a pas été

Et entre mes mains
Un adieu dérisoire
Que le vent porte loin
Là où n’existent que nos chimères construites
Pour échapper au vide

Brèves de Confinement #4

Voilà 15 jours de passés depuis nos dernières nouvelles. Depuis nous avons appris que le confinement allait être prolongé jusqu’au 11 mai. Je m’y étais préparée donc cette nouvelle est passée presque inaperçue.

La première semaine de cette quinzaine a été plutôt émotionnellement délicate. Je me suis sentie loin de tout, de tous, un peu perdue, tiraillée. Je me suis sentie très seule aussi. Pas forcément triste. Ou bien j’ai réussi à accueillir tous ces débordements sans me braquer. J’ai ouvert les yeux sur des vérités, pas forcément faciles. Je me suis retrouvée face à des questions fondamentales sur ma place dans mes relations à l’autre. J’ai été davantage dans le constat que dans la quête de solution. Le jour où mon fils m’a dit que j’avais beaucoup de colère en moi, ça a réveillé des failles. C’est vrai que j’ai beaucoup de colère et j’ai choisi cette fois de lui dire que cela n’avait rien à voir avec lui, tout avec moi, que quand je craquais je ne remettais pas en cause sa manière d’être, je crachais juste le trop plein ou le trop peu. C’est le problème quand on se donne au final peu d’importance. Ça a été la conclusion de cette semaine d’introspection et le weekend a été placé sous le signe du lâcher prise total: créativité, cuisine en famille et construction d’une tente dans le salon, sous laquelle loulou a dormi le samedi soir et sous laquelle nous avons pu faire notre repas de Pâques!

La deuxième semaine a débuté avec des maux de ventre atroces. Heureusement je lui avais promis Harry Potter, du coup j’ai eu deux heures quarante de pause. Après nous avons défait la tente, puis fait quelques constructions colorées de Lego. Cette deuxième semaine a été créative. Au programme: aquarelle, peinture, pâte FIMO, pancakes à la betterave, cookies, riz coloré, expériences, massages. Nous avons aussi essayé de méditer un peu. Nous avons ri et dansé, fait les fous – loulou est le premier partant!  J’ai également eu une visio avec ma promo de formation et cela a apaisé mes doutes – il faut dire que depuis 5 semaines, je n’ai pas ouvert une seule fois mes cours – les examens seront décalés et il y aura une solution pour chacun en fonction de sa situation.

J’ai pris du temps pour me retrouver. J’ai compris que je donnais souvent un peu trop de pouvoir aux autres, en oubliant que je suis seule responsable de la manière dont je gère ma vie et fais mes choix. Et que je suis capable surtout, qu’il n’y a pas une bonne manière de faire, et que ce que je choisis à un instant T peut être revisité à chaque fois que cela me parait nécessaire.

Et vous ces 15 jours, cette semaine? Comment vous sentez-vous? Comment allez-vous?

L’empire du Schtroumpf Grognon!

“C’est moche”, “j’aime pas”, “t’es nulle”, “j’en ai marre!”, “c’est toujours la même chose avec toi”…

Du matin au soir et du soir au matin, la charmante ritournelle de l’enfant. Les mots magiques passent souvent à l’attrape ou bien se glissent entre un bisou et un “t’es géniale, je t’adore”, quand enfin, de guerre lasse, on dit “oui”, à bout de souffle pour une pause télé. Qui s’éternisera c’est certain, alors même que nous nous étions dit la veille qu’on ne nous y reprendrait plus!

Le réveil se fait dans les cris, non de joie, loin de là. On a beau tout essayer, la douceur, l’humour, l’indifférence, un peu de fermeté, rien n’y fait, on est toujours la méchante de l’histoire. Pas grave, ça passera.

Entre les dizaines de choses qu’il faut répéter au minimum dix fois pour qu’elles s’impriment dans le cerveau du loulou, entre les “je vais le faire” et les “mais j’y arrive pas” avec la voix plaintive de l’enfant à l’agonie, qui ne veut surtout pas faire quelque chose qu’on lui demande de faire. Esprit libre, bonjour! Non, vous ne me mettrez pas au pas, jamais!

La porte claque. Vous êtes dans la rue. Presque le sourire aux lèvres, avant le prochain mot de travers que vous prononcerez face à votre progéniture qui se sent incomprise, à la limite maltraitée par une mère qui ne comprend rien à rien.

Le soir, point d’accueil chaleureux en vue, il faudra composer avec un “je t’ai dit que j’aimais pas les haricots verts” ou “tu m’avais promis des pâtes, t’es une menteuse, tu mens tout le temps”, “je te déteste”. Rester calme, prendre les choses avec détachement, ne surtout pas perdre sa bonne humeur, tout en rappelant les règles sans que le volume sonore n’atteigne des décibels qui pourraient bousiller nos tympans, déjà bien fragilisés!

Après trois “oui” ou l’art de savoir lâcher prise et deux “non” ou l’art de recréer des tensions à partir de rien – en même temps à 21h15 on ne peut clairement pas dire “oui” à une partie de foot dans 15m2, on peut enfin profiter d’un temps de semi-calme avec l’histoire du soir, qui sera tout de même, au choix, toujours trop courte ou vraiment pas assez longue.

La chanson du “non”, “j’ai pas envie” reprendra de plus belle…
Chaque soir et chaque matin
Chaque fois qu’on proposera une sortie
Chaque fois qu’il faudra marcher plus de 5 minutes pour aller quelque part
Chaque fois qu’il faudra aller quelque part
Chaque fois qu’on aura une idée nouvelle
Chaque fois qu’on proposera une activité originale (qu’on se serra cassé la tête à trouver sur tous les sites de mamans qui semblent réussir à mobiliser leur progéniture pour des activités créatives)
Chaque fois qu’on devra faire le ménage, la vaisselle, mettre une machine…
Chaque fois qu’on ne ramènera pas LE diner de rêve à la maison

Il n’y a que deux choses que l’enfant accueillera avec bonheur, un dessin animé ou trois heures dans un parc d’activité, dans lequel il saura vous amadouer pour que vous fassiez toutes les activités avec lui – trimballant votre 1m80 entre la piscine à boules et le château gonflable – vous avez beau être “nulle, moche, bête”, vous êtes la seule à faire le zouave, pour enfin gouter à un semblant de complicité et de paix, qui s’évanouira au moment où vous direz à votre enfant “il est l’heure de partir”.

Ps: Merci à l’école qui apprend à nos enfants que les parents n’ont pas le droit de “crier”, d’être en colère, d’en avoir ras la casquette, de les effleurer ne serait-ce que du bout des doigts quand décidément trop c’est trop. Vous ne savez pas à quel point je vous déteste dans ces moments de faiblesse où j’ai juste l’impression de tout, mais vraiment tout faire de travers! 

Quand Whatsapp s’invite à l’école…

Crédit Pixabay

Si vous êtes parent de jeunes enfants, vous avez peut-être succombé à l’appel – presque suppliant – des autres parents d’intégrer le groupe Whatsapp de la classe. On vous a vanté les mérites de cet espace – presque sacré – de communication. Qui vous permettrait d’avoir accès à toutes les informations – ultra confidentielles et ultra importantes – pour que l’année de vos petits loups (et la vôtre aussi) soit un chemin pavé de roses…

On avait juste oublié de vous dire que c’était une arnaque. Une vraie de vraie. Vous allez vous en rendre compte en moins de temps qu’il n’en faut à un chat pour sentir une souris dans son périmètre. Vous allez en prendre conscience d’une façon qui vous dépasse, quand vous aurez manqué 45 messages sur une même conversation en moins de 5 minutes top chrono. Et qu’à votre grand désespoir, quand vous aurez lu la première question, vous vous demanderez si le monde tourne rond.

Sur un groupe Whatsapp, on parle de tout et de rien, enfin surtout de rien. On pose des questions du genre “est-ce que vous savez quand les enfants ont sport?” et on obtient des réponses qui ressemblent à ça:

– Ma fille dit que c’est le jeudi
– Je crois que c’est mercredi
– Ah mais non mercredi c’est le sport du centre de loisirs – OUPS!
– J’ai entendu dire que c’était lundi et jeudi
– Le sport c’est dans la cour ou dans la classe?
– Mon fils me dit que c’est lundi et vendredi mais bon c’est mon fils, c’est pas moi
– Je vais demander à l’instit ce sera plus simple
– T’as raison, les enfants savent pas trop de toute façon. Le mien il dit toujours les choses à l’envers.
– Le mien aussi!
– La mienne elle parle jamais de l’école

Vous en conviendrez c’est hyper productif comme dialogue. Et ça a vraiment fait avancer le schmilblick.

En fait sur un groupe Whatsapp, on balance tout ce qui nous passe par la tête. Comme ça. Sans prendre le temps de trouver des réponses par soi-même. Sans s’occuper des autres.

– C’est quoi les devoirs à faire?” quand il y a un carnet de correspondance (le lire serait peut-être une option avant que 10 parents prennent une photo dudit carnet et la partagent)
– Timothé à perdu sa trousse bleue Tintin depuis 10 jours (il aurait peut-être fallu s’en rendre compte avant * c’est un peu tard pour prévenir la police municipale!)
– C’est à quelle heure la réunion d’information de samedi? (Tout est écrit sur le papier ma bonne dame…)
– Je me demande ce qu’ils mangent à la cantine…(il suffit peut-être de leur demander le soir!)
– On a l’attention de l’Éducation Nationale suivi de ça veut dire quoi? (ce que ça veut dire que l’Éducation Nationale est à notre écoute)
– Je me dis que l’année prochaine, je vais changer mon enfant d’école (tu as le droit…)

Je vous fais grâce des abréviations indéchiffrables et des fautes d’orthographe à tous les mots. A ce stade vous êtes en droit de vous demander si 1) les gens n’ont que ça à faire 2) les gens n’ont vraiment que ça à faire 3) les parents ne sont pas un monde à part (que je fuis le plus souvent possible)

Le groupe Whatsapp a certainement ses avantages mais ils restent bien planqués sous la couche de non-sens que chacun déverse au quotidien. Encore une fois, le témoignage désarmant d’un déséquilibre grotesque qui finit par faire froid dans le dos…

Et vous Whatsapp à l’école ou pas?

Le cancre du coloriage!!

Crédit Pixabay

Entre la maitresse de loulou et moi ça a mal commencé. Et ça se terminera mal.

Cette semaine, j’ai la grande chance d’être en vacances et d’aller chercher mon fils à l’école le soir. Un plaisir rare. Ce qui est moins sympa, c’est que chaque soir j’ai droit au visage dépité de la maitresse qui me répète qu’elle ne sait plus quoi faire avec mon fils. Elle me montre son coloriage d’un air désabusé.

“pas assez concentré” “il suit les mauvais élèves” “il ne comprend pas les consignes” “il est le dernier en coloriage”…

Tiens si on parlait coloriage. C’est le coloriage qui nous a mis dedans dès le début de l’année. Ça ne faisait pas dix jours qu’il était à l’école qu’elle voulait déjà me rencontrer.

Pour me montrer que les autres y arrivaient très bien. Sauf le mien. Sept mois plus tard, on en est encore là. Les autres font leur coloriage, pas  le mien. Enfin pas dans le temps imparti.

Le reste tout va bien. Mais ça elle ne le dit pas. Elle, son cheval de bataille c’est le coloriage!

Moi? J’écoute. Je lui ai dit en début d’année qu’il avait un peu de mal à se concentrer quand il y avait du bruit autour. J’ai même suggéré de le changer de table. C’est certain que si on met tous ceux qui parlent et font les zouaves ensemble, c’est compliqué.

C’est vrai qu’il est souvent dans ses rêves. Il a 6 ans! Il travaille bien. Il veut bien faire. Du coup il perd du temps. Et puis le coloriage, le dessin, ça l’ennuie.

Est-ce que c’est si grave? Est-ce qu’il n’y aurait pas eu de solution? Est-ce que la comparaison aux autres est un réel moteur? Ou est-ce que ça démotive plus qu’autre chose?

Je vois arriver la fin de l’année avec beaucoup de bonheur…

Si elle les prépare très bien au CP – dixit certains parents qui sont déjà sur les starting blocks de l’avenir professionnel de leur progéniture ultra brillante, qui elle, sait colorier un perroquet en moins d’une minute top chrono – on gardera d’elle un souvenir dénué de toute nostalgie!

 

Dis papa, pourquoi t’es pas à la maison?

Dis papa, pourquoi je te voyais, deux fois par mois, deux heures toutes les deux semaines ? Pourquoi je te voyais dans un endroit fermé ? Pourquoi on n’avait pas le droit de sortir tous les deux, d’aller au parc ? C’était juste en face de la rue.

Dis papa, pourquoi je ne te vois plus ? Maman parle de papiers. Au début tu disais qu’ils arrivaient, que c’était une question de jours. Les jours se sont transformés en semaines, les semaines en mois. Dans quelques mois à peine, ça fera une année. Tu te rends compte papa.

Dis papa, pourquoi tu ne m’appelles jamais par mon prénom ? Habibi c’est joli. Mais mon prénom à moi aussi. Pourquoi tu dis « lui » quand tu parles de moi à maman ?

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Dis papa, pourquoi tu veux toujours que j’ai besoin de quelque chose ? Tu sais, je suis gâté, j’ai tout ce qu’il me faut pour vivre bien. Et si tu veux vraiment savoir, ce que je veux, ça ne s’achète pas. Je ne sais pas si tu es prêt à l’entendre. Tu peux bien me construite un bateau, quel usage vais-je en faire ? Quand je serais grand, il sera trop tard pour m’offrir ce dont j’ai besoin aujourd’hui.

Dis papa, pourquoi tu es le dernier à m’avoir souhaité mon anniversaire, un jour en retard, en plus? Pourquoi tu n’as pas envoyé même un petit message ? Cette année je n’ai pas de carte de toi. Alors même que j’ai reçu plein d’amour de la part des amies de maman, même de la part de dames dont je ne connais que les prénoms mais qui ont pensé fort à moi ?

Dis papa, pourquoi tu es loin ? Pourquoi tu parais toujours aussi absent quand on se parle le dimanche soir par Skype ? Pourquoi tu ne comprends pas ce que je dis ? Pourquoi tu ne me parles pas ? Pourquoi tu répètes à l’infini, comme sur un disque rayé « tu me manques, je t’aime » ? Maman me dit que tu ne connais que ces mots-là. J’aurai préféré que tu en apprennes d’autres, de ceux qu’on utilise tous les jours, de ceux qui disent « comment ça va ? », « quel est ton jeu préféré ? » ou bien « bonjour » ou « bonne nuit mon petit trésor ».

Tu en as du chemin à faire papa. Pour que toi et moi, nous apprenions à nous connaître. Es-tu seulement prêt à le faire?

Je ne sais pas. Juste un conseil: réveille-toi papa !

Crédit Photo – Today Magazine

Comme les autres mamans…

Je suis en train de lire un livre extra, dont il faudra que je vous parle d’ailleurs quand je l’aurai terminé. Il est question de maternité et du fait d’attendre un enfant seule, un enfant dont le père a choisi de prendre la poudre d’escampette avant son arrivée. Il pourrait aussi bien s’agir d’un père congédié pour manque cruel d’attention ou d’un père qui quitte le navire en cours de route.

En lisant ce livre, je me suis replongée dans ma grossesse et dans mon début de vie de maman solo. Nous avons beau être de plus en plus nombreuses à assumer seules nos enfants, on nous regarde toujours comme si nous étions des martiennes.

Alors qu’au fond nous ne sommes pas différentes des autres mamans. Nous avons les mêmes coups de cœur, les mêmes coups de blues, nous galérons le matin pour partir au travail, sans tâche de confiture sur la robe (si possible), nous poussons des poussettes aussi lourdes, nous tombons sur des patrons plus ou moins compréhensifs quand il faut partir à 17h parce que petit loup a de la fièvre et qu’il faut le récupérer ASAP à la crèche ou chez la nounou, nous rions devant les expressions à dormir debout de nos bambins, nous hurlons parfois aussi, exténuées car bambino vient de recracher pour la énième fois son poisson sur la table, après avoir jeté tout ce qui lui passait sous la main et réduit le salon à une scène digne de l’apocalypse. A la différence près que nous n’avons pas toujours de cher et tendre pour nous dire « je prends le relais ». Mais nous avons parfois des parents, des copines, des frères, des sœurs, des voisins qui se font un plaisir de nous garder notre tornade le temps qu’on file se mater une toile, refaire le monde autour d’un café ou qu’on s’effondre dans le canapé pour une soirée en tête à tête avec nous-mêmes ou une bonne nuit de sommeil.

Nous ne sommes pas toutes à plaindre et passés les problèmes du commun des mortels, nous avons une vie toute aussi épanouie que les autres, entendez les mamans qui elles ont un papa à domicile. Parfois on les envie. Mais pas toujours !

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Pour certains nous restons des femmes à éviter, des phénomènes de foire. J’ai été ulcérée d’entendre mes voisins se confier à mes parents en ces termes « quand nous avons su que c’était une maman seule avec son enfant qui allait élire domicile à côté de chez nous, on s’est dit que la poussette allait sans cesse nous bloquer le passage, que le gamin allait être intenable et mal poli et qu’il y aurait un flot intempestif d’hommes à la porte ».

Et non, chers voisins, les femmes seules ne sont pas des salopes. Et elles sont investies elles aussi dans l’éducation de leurs enfants, qu’elles ont souvent décidé de garder contre l’avis d’un connard dont les premiers mots en voyant le + sur un test de grossesse, étaient « j’en veux pas » ou bien dont elles se sentent encore plus responsables depuis que le père a décidé de se barrer pour une autre vie ou a tout simplement disparu de la circulation.

Ce qui me choque souvent le plus, c’est qu’on nous parle comme si nous étions des demeurées, comme si nous n’avions pas conscience de la réalité, comme si nous vivions sur un nuage où tout le monde est beau et gentil, alors qu’en vérité, on avance, les deux pieds dans la mouise parfois, mais avec le sourire. Parce qu’on connait le prix de pas mal de choses (autre que celui des couches culottes et des jeux éducatifs). Il n’y a pas une case pour les mamans solo. Ou alors il y a des milliers de cases pour que chacune y trouve son bonheur.

Arrêtez d’avoir peur pour nous, de répéter « avec toutes les galères qu’elle doit gérer, on n’est bien obligé de l’aider ». On y arrive très bien seules aussi, si on nous en donne les moyens. Arrêtez de nous prendre pour de fragiles petites choses. Avec ce qu’on a ou ce qu’on vient de traverser, on a mûrit et prit des forces (même si ça ne se voit pas). Arrêtez de nous dire d’aller consulter un pédopsychiatre dès que notre trésor est un peu turbulent ou trop timide. Il se construit, comme les autres, n’oubliez pas.

Arrêtez aussi de nous parler du père, de ses droits, de sa vie (la plupart du temps on s’en fout), de l’homme qu’il faudrait trouver pour remplir ce rôle, parce qu’un enfant sans papa quelle horreur. Arrêtez de murmurer son nom comme si sa seule évocation avait le pouvoir de déclencher une guerre nucléaire. Arrêtez d’avoir peur de nous faire mal. Le mal est fait depuis longtemps. La vie continue. Heureusement.

A l’intérieur, ça bouillonne. On a des envies, des idées, des projets. Chaque chose en son temps.

On aime nos enfants (même si pour vous ça ne coule pas de source – on n’a pas toujours choisi de les élever seules – petit rappel souvent nécessaire).

On apprend.

Comme toutes les autres mamans.

Un papa, deux samedi par mois

Ne pas arriver à se parler. Ne pas échanger un mot. Se regarder de loin. Se regarder et détourner les yeux. Attendre le dernier moment pour entrer. Ne surtout pas se croiser. Ne surtout pas échanger un mot, ni s’apercevoir, ni même essayer de faire un pas en avant, ni faire un pas vers l’autre. Ne pas se dire bonjour. Se méfier. Repartir sans avoir pu se dire les choses, certaines choses, même des choses ordinaires, surtout ces choses ordinaires.

Au milieu de nous, au milieu de nos vies abîmées, au milieu de nos promesses non tenues, au milieu de nos yeux remplis de larmes, au milieu de nos sourires figés qui se veulent naturels, au milieu de nos tentatives d’apaisement, au milieu de nos idéaux bafoués, nos enfants grandissent. Ils sont heureux, malheureux. Ils rêvent d’être invisibles quelques fois.

Et les « papa », les « mama » qu’ils lancent à tout va, nous blessent un peu. On se dit « comment en sommes-nous arrivés là ». On se demande comment font ceux qui arrivent à tenir leurs promesses. On s’interroge. On se sent un peu coupable quand même, de leur imposer ça, de leur offrir cette vie-là, un papa ou une maman, deux heures toutes les deux semaines.

On scrute les visages des autres. On se demande quelle histoire se cache en chacun d’eux. On essaye de se parler, sans arriver à échanger autre chose que des banalités. On ne veut pas vraiment savoir. On ne veut pas essayer de comprendre. On ne veut pas avoir mal.

On s’arrête au feu pour un dernier aurevoir. On se regarde un quart de seconde. On se dit que si les enfants n’étaient pas là, on aurait depuis longtemps flanché une énième fois. Mais ils sont là, un peu perdus. Ils se demandent à quoi tout ça rime, ce que cela signifie d’être adulte. Ils nous jugent un peu parfois, un peu sévèrement aussi. Mais ils nous donnent la force de maintenir le cap, de ne pas céder, de ne pas négocier leur vie sur un pas de porte, entre deux gares.

Un jour la vie reprend le pas sur les années noires. On revit. La lumière éclaire même nos nuits. On se regarde avec amour dans la glace. La vie est belle. On est heureux. Mais au fond du cœur, nous gardons toujours cette petite cicatrice, cette auréole douloureuse.

On aurait forcément voulu qu’ils grandissent en paix, avec un papa et une maman à domicile, un cadre de vie facile. On aurait forcément voulu leur éviter cette douleur-là. Forcément.

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Ps – Ne me dites pas que j’ai reçu de cette histoire d’amour ratée le plus beau cadeau de la vie, je le sais déjà. La douleur est belle et bien là, et j’ai depuis longtemps accepté qu’elle ne passerait pas. On veut tous et toutes les meilleur pour notre enfant. Même si je sais qu’en partant, je nous ai sauvés tous les deux, je porte toujours en moi le regret de ne pas avoir anticipé ce que mon enfant allait devoir assumer, cette absence quotidienne avec laquelle il allait devoir vivre et se construire, cette incapacité de ses parents à se parler, à mettre de côté leurs rancœurs pour son bienêtre et son avenir et la peur constante de l’enlèvement.

 Crédit Image – Andyla Blog

J’ai testé pour vous – Les visites familiales médiatisées

Vous avez toutes plus ou moins suivies mes déboires en matière de divorce et droits de visite. Pour faire court, Tonio la Fouinette voit désormais son papa en centre médiatisé fermé, à raison de deux fois par mois, sur décision du Juge aux Affaires Familiales.

La première rencontre a eu lieu le 07 Juin. La première rencontre ne dure que 1h30. C’est une façon de préparer l’enfant et le parent visiteur pour la suite. Les autres rencontres durent 2h00.

C’est très simple. Je dépose mon petit loup avec Mister Lapin (son doudou) à 16h15 précises. J’ai eu le malheur d’arriver avec 3 minutes d’avance cette semaine et je me suis fait moucher. Lui et moi, nous attendons, avec d’autres parents et enfants (beaucoup plus de mamans que de papas d’ailleurs) dans une petite salle. Une fois que le parent visiteur est arrivé, la personne en charge des visites vient nous chercher et amène ma Fouinette à son papa.

Ma psy avait eu beau me rassurer, j’ai vraiment eu l’impression de déposer un colis. Et encore plus de revenir chercher un colis. Ces visites sont vraiment un moyen de rétablir ou d’établir (dans notre cas, puisqu’en 16 mois, Tonio la Fouinette n’avait vu son papa qu’une seule fois) le lien parent/enfant. Mais aucun rapport ne nous est fait à l’issu de la visite. On ne sait jamais si la rencontre s’est bien passée ou non.

La première fois, tout le monde était très sympathique. Tonio la Fouinette avait un peu pleuré mais sans plus. Quand j’étais venue le rechercher, une jeune femme m’avait aidée à caser tous les sacs apportés par Roger dans la poussette. Et mon petit homme avait le sourire aux lèvres. Il a scandé « daddy » pendant plus de 8 jours.

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Samedi, c’était déjà plus froid comme ambiance. La personne en charge (pas psychologue pour deux sous, même si ce mot est contenu dans son intitulé de poste !) était à peine aimable. En descendant Tonio la Fouinette de sa poussette, j’avais l’impression que chacun de mes gestes était analysé sous toutes les coutures. Tonio la Fouinette a beaucoup plus pleuré que la première fois, alors même que moi, j’étais beaucoup plus décontractée. La charmante psychologue m’a quand même demandé si Monsieur n’avait pas une tétine (il n’en a pas et je crois qu’il ne s’en porte pas plus mal. Et quand il pleure, et bien ou il suce son pouce, ou il mâchouille son lapin ou encore il se blottit dans mes bras pour un petit câlin).

Quand je suis revenue le chercher, j’ai bien attendu 18h15 pour me pointer devant la porte. Ce qui fait que j’ai eu la chance de l’entendre pleurer pendant 15 minutes. La charmante psychologue n’a pas manqué de me redemander « mais il n’a pas de tétine votre fils? ». J’en ai conclu qu’il avait dû pas mal pleurer. Je n’ai pas fait de commentaire et j’ai essayé tant bien que mal de caser tous les paquets apportés par Roger dans ma petite poussette, toute en tentant de calmer les sanglots de mon petit homme. Cette fois-ci, personne ne m’a aidée. Et je me suis retrouvée avec Tonio la Fouinette dans les bras, la poussette chargée à bloc dans une main, et un sac Franprix, contenant des Perruches dans une cage bleue (quelle idée, ces Perruches !!)

Les visites en centre médiatisé sont programmées pour un an, renouvelable sur demande des parents, sur avis des psychologues en charge ou sur désion du Juge. Pour le moment, nous avons un agenda jusqu’en mai 2015. Chaque chose en son temps.

Et vous (si vous êtes divorcés bien entendu, ou enfants de parents de divorcés), ça se passe ou ça se passait comment les visites ?

Crédit Photo – Pinterest Barbara Winkelhuyzen