Le cancre du coloriage!!

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Entre la maitresse de loulou et moi ça a mal commencé. Et ça se terminera mal.

Cette semaine, j’ai la grande chance d’être en vacances et d’aller chercher mon fils à l’école le soir. Un plaisir rare. Ce qui est moins sympa, c’est que chaque soir j’ai droit au visage dépité de la maitresse qui me répète qu’elle ne sait plus quoi faire avec mon fils. Elle me montre son coloriage d’un air désabusé.

“pas assez concentré” “il suit les mauvais élèves” “il ne comprend pas les consignes” “il est le dernier en coloriage”…

Tiens si on parlait coloriage. C’est le coloriage qui nous a mis dedans dès le début de l’année. Ça ne faisait pas dix jours qu’il était à l’école qu’elle voulait déjà me rencontrer.

Pour me montrer que les autres y arrivaient très bien. Sauf le mien. Sept mois plus tard, on en est encore là. Les autres font leur coloriage, pas  le mien. Enfin pas dans le temps imparti.

Le reste tout va bien. Mais ça elle ne le dit pas. Elle, son cheval de bataille c’est le coloriage!

Moi? J’écoute. Je lui ai dit en début d’année qu’il avait un peu de mal à se concentrer quand il y avait du bruit autour. J’ai même suggéré de le changer de table. C’est certain que si on met tous ceux qui parlent et font les zouaves ensemble, c’est compliqué.

C’est vrai qu’il est souvent dans ses rêves. Il a 6 ans! Il travaille bien. Il veut bien faire. Du coup il perd du temps. Et puis le coloriage, le dessin, ça l’ennuie.

Est-ce que c’est si grave? Est-ce qu’il n’y aurait pas eu de solution? Est-ce que la comparaison aux autres est un réel moteur? Ou est-ce que ça démotive plus qu’autre chose?

Je vois arriver la fin de l’année avec beaucoup de bonheur…

Si elle les prépare très bien au CP – dixit certains parents qui sont déjà sur les starting blocks de l’avenir professionnel de leur progéniture ultra brillante, qui elle, sait colorier un perroquet en moins d’une minute top chrono – on gardera d’elle un souvenir dénué de toute nostalgie!

 

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La maternité, ma plus belle claque!

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Je vous passerai les détails de ma grossesse sordide (vous l’avez déjà lu et si vous ne l’avez pas lu, ce n’est pas un problème pour la suite), le retour en France, les tremblements, les larmes, la peur attachée à chaque millimètre de ma peau.

Je me demande souvent si j’ai choisi d’avoir un enfant ou si cela s’est juste imposé à moi. Ça coulait de source je crois. Nous n’en avions pas parlé – pourquoi nous aurions parlé de cela puisque nous ne parlions de rien?

Le jour de l’accouchement, j’ai réellement pris conscience qu’il n’y avait plus de retour en arrière possible. J’ai pensé aussi que je tenais dans mes bras la vie et la mort et ça m’a fichu un coup. Encore très fragile, mais en sécurité, j’ai doucement pris la mesure de mon nouveau statut de maman. Nos débuts difficiles ont laissé place à des heures plus légères, puis des jours plus doux.

J’ai longtemps gardé beaucoup de colère en moi et elle explosait toujours avec une vivacité qui me laissait désemparée, seule, en larmes, face à mon enfant, que j’aimais pourtant et à qui je voulais donner le meilleur. C’était terrifiant. Je me sentais terriblement coupable.

C’est une des rares personnes qui me met si souvent face à mes limites, qui m’oblige à regarder mes peurs et à les dépasser. Mon fils me renvoie une image pas toujours agréable de moi-même. Si je me regarde dans le miroir, je saisis parfois un reflet bien amoché. Je sens alors qu’il est grand temps de rétablir l’équilibre de notre embarcation. Mon fils m’aide à grandir, à creuser encore et encore pour déterrer le beau et laisser filer le reste. Ce n’est pas une cure de jouvence, il y a des jours où je me sens en dessous de tout. Et puis, comme c’est dans ma nature, je reprends espoir, je me fais confiance pour aller de l’avant, lâcher la culpabilité et donner le meilleur de moi-même pour la suite.

Je ne changerai rien à rien, même si parfois la charge me parait lourde à porter seule, même si parfois je me sens démunie devant mes tentatives avortées, de ne plus crier, de ne plus être agacée pour un rien, même si parfois je me voudrais plus maîtresse de moi-même, plus capable de faire attention à mes besoins aussi.

J’ai longtemps pensé que je devais être irréprochable. Aujourd’hui, j’apprends à accepter mes erreurs, je les partage avec lui, je suis honnête quant à mes manquements et mes peurs. Se dire les choses, je crois que c’est essentiel. Le bon, comme le moins bon. Et puis construire à partir de là. A partir de ce qu’on est et de ce qu’on tend à devenir. Pas à pas.

La mère que je rêvais d’être, celle que je suis et que j’accueille

Copyright Marie Kléber

Si je n’ai jamais rêvé l’enfant que tu serais, j’ai souvent rêvé la mère que je souhaitais être. Bien sûr c’était avant. Avant la maternité. Avant le quotidien et tout ce qui va avec. Avant toi et moi. Bien sûr ce n’était qu’un rêve et parfois je rêve encore.

Accepter qui l’on est n’empêche pas de vouloir s’améliorer. Et si il y a une chose que la maternité m’a apprise c’est bien celle-ci, qu’à chaque instant, en quelque sorte, je renais. A moi-même et à ce qui compose mon univers. A chaque instant, il m’est donné de choisir entre la manière dont je réagis et la manière dont je pourrais le faire si…je lâchais prise, j’acceptais ce qui se présente et surtout j’abandonnais mes idées de « perfection ».

Je sais le poids des mots et pourtant, encore, souvent, je me fais avoir. Je dis ce qui me passe par la tête. La fatigue, la colère, le ras le bol, la charge mentale d’une femme, d’une mère. Et tout fout le camp, bonnes résolutions et tout le toutim. Avant que je ne prenne du recul.

Je suis en perpétuelle évolution depuis toi, en perpétuel chemin. Je sais que rien n’est linéaire, que tout se construit jour après jour et que ce qui fonctionne une fois ne fonctionnera peut-être pas dans deux semaines. Tout est question d’ajustement, d’adaptation.

Parfois je me surprends à lâcher du lest. Parfois je suis dure et ça ne sert à rien. Je ne sais pas toujours poser les limites et parfois j’en pose qui n’ont pas lieu d’être. Parfois je me fais confiance et parfois seule dans cette tâche, je perds pied. Pourtant je chéris mes choix, mes pas, chacun  de ceux qui font de nous une famille, même si nous ne sommes que deux.

Certains jours sont plus compliqués, ma patience mise à rude épreuve – elle n’est déjà pas bien  développée ! – mes nerfs à cran, j’enverrai tout balader. Et puis tu me regardes et je reviens sur terre. J’arrête de rêver à ce que je pourrais être si j’étais différente et j’accueille qui je suis, avec mon lot de vulnérabilité, de force, avec mes doutes et ma capacité à transcender ce qui me bloque, avec ma colère et mon envie d’une vie équilibrée et heureuse. Pour toi et moi.

Les premières pages d’un nouveau livre…

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Je pourrai écrire que ma vie a changé il y a un an et quelques mois. Comme je pourrai dire qu’elle a changé il y a cinq ans et presque sept mois. Ma vie change tout le temps. Elle change avec de grandes décisions, des pas en avant importants. Comme elle a pu changer en un quart de secondes parfois. Elle peut changer au détour d’une prise de conscience, d’une nuit, d’un évènement, d’un moment partagé, d’une peur à partir de laquelle beaucoup d’encre a coulé !

Je pourrais écrire qu’elle a pris un nouveau tournant il y a quelques jours, pour un anniversaire particulier. Comme dire qu’elle a changé au cours des heures de l’été, à le regarder vivre, être, grandir, se confronter au monde, dans la joie, les rires et les cris aussi.

A chaque instant, la vie est différente. Chaque instant nous marque, plus ou moins, nous propose de faire une pause, nous invite à regarder le paysage ou nous propulse en avant, nous plonge dans le chaos.

Je pourrai dire que j’écris un nouveau chapitre depuis quelques temps. Puis à bien y réfléchir, il s’agit plutôt d’un nouveau livre. J’ai choisi un beau carnet, j’ai pris ma plus belle plume et j’ai commencé à écrire, à construire cette belle histoire. Un livre qui parle davantage de moi, qui me parle davantage aussi, qui parle de tant de choses qui m’ont tant fait défaut ces dernières années, qui parle de moi dans ma relation au monde.

Un livre de femme. Une femme à qui l’on a souvent dit qu’il fallait choisir, qu’on ne pouvait pas tout faire, au risque de se perdre, à qui l’on a dit qu’il fallait être de telle manière pour être regardée, ne pas faire trop de vagues pour être aimée.

Récemment, j’ai réalisé que je tenais à distance une grande partie de moi (même si un autre l’avait vu avant moi). A force de compartimenter ma vie, j’ai posé moi-même des barrières pour baliser le chemin et ne pas en dévier. Mon statut de maman a été depuis le début ma meilleure excuse pour ne pas prendre en charge ma vie de femme. Je m’étais ignorée pendant des années, je pouvais continuer sur ma lancée. Et puis de toute façon, c’est bien ce qu’on attendait de moi. En tant que mère, j’étais responsable. En tant que mère, je me devais d’être fidèle à une quelconque morale, celle de tous les gens qui ont abdiqué leur pouvoir depuis longtemps.

En 37 ans, bientôt 38, je n’ai pas fondamentalement changée. Les expériences, les rencontres de ma vie m’ont révélée à moi-même. Elles m’ont rendu à celle que je suis depuis le commencement, celle qui s’est égarée, trompée, celle qui a cru qu’en étant une autre, elle serait davantage reconnue, appréciée.

Aujourd’hui je veux accepter tout ce que je suis. Je suis mère, femme, amante. Je suis sensuelle, tactile, amoureuse. Je suis maman, tendre, confiante, fière aussi. Je suis passionnée, libertine, libre. Je suis une femme forte et vulnérable à la fois. Je sais mes failles et mes limites. Je suis généreuse, sensible. Je sais dire « non ». Je sais ne pas être d’accord.

Je peux passer des heures au parc à faire des châteaux de sable, à jouer avec loulou, à rire aux éclats, je peux sauter dans les flaques d’eau et encore trouvé ça drôle, je peux porter un vieux jean élimé avec des tâches de graisse dessus (les enfants adorent les câlins quand ils ont les mains pleines de beurre). Et le soir venu, revêtir ma plus jolie robe, porter des bas et des porte-jarretelles, m’enflammer au moindre contact de sa peau contre la mienne, déambuler dans les rues de Paris, juste pour le plaisir d’être avec lui. Je peux m’offrir à lui, le laisser mener la danse, le voir dicter mes pas, réaliser mes fantasmes, vouloir qu’il réalise les siens, tout en gardant les pieds sur terre, ancrée dans la réalité, ma vérité. Parce que je suis là où je dois être. Parce que je n’ai rien à prouver à qui que ce soit.

Revenir à moi s’impose comme une évidence. Cela change ma manière d’être au monde, d’être avec les autres, ceux que j’aime en particulier.

Je suis unique et multiple. Comme tant d’hommes et de femmes. Et je l’accepte enfin.

Grandir avec lui

Copyright Marie Kléber

Le laisser être, petit homme (petite femme) en devenir, qui s’insurge contre un « non » qu’il considère inadapté à sa demande somme toute recevable, mais à laquelle du haut de nos idées de grands, nous refusons d’accéder.

Le laisser vivre et exprimer la joie, la colère, le chagrin, même si celui-ci nous parait vain. Qui sommes-nous pour juger de ce qu’il ressent, du haut de ses quelques printemps ?

Le laisser s’accorder au monde, sans lui imposer une manière d’être. En lui inculquant les règles du bien vivre ensemble et des valeurs qui nous sont chères. Sont-elles celles des autres ? Valent-elles plus ou moins ? Ou rien de tout cela. Tant qu’il est question d’être en accord avec soi.

Le laisser trouver sa place au sein d’un espace, d’un groupe. Ne pas le brusquer tout en l’invitant à dompter ses peurs. Ne pas lui refiler les nôtres. Essayer au moins.

Le laisser grandir, à son rythme, sans toujours vouloir qu’il soit en avance, qu’il saute une classe, qu’il soit plus intelligent, plus sûr, plus éveillé, plus manuel, plus créatif, plus aventurier, plus câlin, moins casse-cou que les autres.

Puis le regarder, poser les yeux même quand tout autour nous invite à courir. Lui donner l’essentiel. Ne pas le trahir. Lui donner des ailes pour qu’il puisse voyager dans ces nombreux pays que seuls les enfants savent imaginer. Attendre qu’il revienne pour sa dose d’amour quotidienne qui lui donnera les clés pour grandir serein.

L’écouter. Dans les rires du jour. Et le silence du soir. Dans ce qu’il dit et ce qu’il tait. Dans ses impressions et ses appréhensions. Dans ses victoires et ses échecs. Dans ses idéaux (en essayant de ne pas perdre les nôtres en chemin). Dans ses aspirations et ses craintes. Dans ses forces et ses faiblesses. Dans ce qu’il a de nous et ce qui n’est qu’à lui.

Lui laisser la place et prendre la nôtre. Dans un équilibre sans cesse renouvelable, un rythme modulable.

Faire de son mieux aussi et croire en soi surtout.

De la force (et) de l’amour

C’est devenu facile de lui parler de lui. Quand les questions viennent, la parole ne se fige plus dans un rictus compliqué, le chaos ne se glisse plus comme si un combat sans merci allait commencer. C’est fluide, pas toujours simple mais fluide. C’est par vague, des moments il parle beaucoup de lui, d’autres il n’y pense pas ou s’il y pense il n’en parle pas. Peut-être que c’est clair à ce moment-là.

Il sait qu’il peut m’en parler. J’ai toujours souhaité être ouverte là-dessus. Même  si ça m’a longtemps couté, surtout au début, même si c’était compliqué de devoir faire semblant à l’évocation d’un prénom, à la vue d’une photo. Même si le sujet était devenu presque tabou entre tous les protagonistes de cette histoire « sordide ». Je voulais qu’il se sente libre d’en parler, comme de ne pas en parler, qu’il ait accès à son espace identitaire, au-delà de ce que j’avais vécu en tant que femme.

Mettre un visage sur un prénom. Savoir d’où il vient. L’histoire il la sait, depuis le début. Elle n’a jamais été édulcorée, juste racontée à hauteur d’enfant, avec les mots qui aujourd’hui ont un sens pour lui. Il sait ce qu’il doit savoir, rien de plus, rien de moins.

Je me rends compte toutefois que nous n’avons pas tous évolué de la même façon sur ce sujet « sensible ». Quand il évoque son père, les mots et les regards ne disent pas la même chose. Je me demande s’il le sent, s’il remarque cette moue, ce petit rien, mélange de peur et de colère, ce clignement d’œil presque insignifiant,  qui me frappe pourtant toujours en plein cœur, comme s’il restait des morceaux d’humanité blessés en chacun d’eux, comme si la rage n’attendait qu’un mot pour sortir et se libérer de tout ce qui pèse comme un poids mort. Certains gardent le silence. D’autres sursautent à la moindre pensée de ce qui pourrait arriver si. D’autres se font des scénarios sur l’avenir, mon avenir, le sien. Tout le monde essaie de se rassurer comme il peut avec ce qu’il a entre les mains, peu de choses au final, je finis par être discrète, par en dire le moins possible pour apaiser les cœurs et les esprits, pour que les mots ne soient plus aussi violents qu’ils le furent, pour qu’ils ne m’atteignent plus dans le bonheur de l’instant présent.

C’est devenu facile de lui parler de lui. J’ai fait mon deuil. J’ai pardonné ce qu’il y avait à pardonner. Les autres, un peu ou pas. Ils sont de ceux qui pensent que tout ne se pardonne pas. Ils préfèrent vivre avec ce poids sur le cœur, comme une marque de ce qui fut, comme une blessure qui ne peut totalement guérir. C’est peut-être une question de ligne de départ ou encore une façon d’envisager le pire, pour ne pas être pris au dépourvu si le pire se manifeste. Peut-être que la route était plus facile pour moi, je l’avais lui, ce petit être à protéger, à aimer. Peut-être qu’il m’a donné l’envie de me dépasser, de dépasser ce qui me tirait vers le bas. Il a été ma lumière dans les heures creuses, le soleil auquel je me suis raccrochée bien des fois pour continuer. Ou c’est peut-être un choix, le choix de la vie, d’une nouvelle page à écrire, plus vraie.

Je souhaite être juste avec le passé, comme le présent. Je souhaite être juste avec l’histoire, son histoire. Pour qu’il puisse un jour faire ses choix, en conscience. Si pour certains le risque est grand, l’incertitude omniprésente, je sais que ma peur s’est transmutée en force. Et que cette force, couplée à l’amour, personne ne peut rien contre.

Ras-le-Bol

Maman en avait eu ras-le-bol. Pas un petit ras-le-bol, un vrai de vrai cette fois-ci, le genre qui la mettait dans tous ses états. Elle n’en pouvait plus, de ranger, trier, nettoyer, coudre, recoudre, découdre, laver, repasser, faire des ourlets, penser aux devoirs, cuisiner, étendre le linge, laver la vaisselle, ranger la vaisselle, astiquer, passer le balai, faire les courses.

C’est vrai que la liste de tout ce que maman faisait filait le tournis. Mais bon, c’était maman et c’était comme ça.

Sauf que trop c’est trop. Elle nous avait prévenues, une histoire de respect – elle aimait nous rappeler l’importance du respect, ça commençait à la maison parait-il – et nous avions continué à faire les folles. Manon sautait dans tous les sens au milieu du salon, entre les moutons de poussière que maman venait de sortir de dessous le canapé. Elle sautait avec ses chaussures sales, pleines de terre et de brins d’herbe, elle criait à tue-tête. Je la regardais avec son sourire espiègle, elle pensait que maman ferait comme elle le fait souvent, lâcherait sa tâche et se mettrait à la chatouiller, que nous finirions toutes par terre, exténuées de bonheur, avant que maman ne reprenne le fil de son travail.

Maman n’a pas lâché le balai, elle a continué à demander à Manon de se calmer, d’enlever ses chaussures et d’aller les ranger dans le placard, une fois qu’elle aurait terminé, Manon pourrait reprendre sa danse de la joie. Manon n’a pas cédé. Elle riait aux éclats, narguant maman.

Je pourrais dire que j’ai vu le coup de tonnerre arriver, même pas, l’orage grondait depuis un certain temps pourtant, maman bouillonnait, certaine de pouvoir se maîtriser avant que le bras de fer ne tourne au vinaigre.

Trop tard.

D’un coup de main maîtrisé, maman avait empoigné Manon, filé vers le jardin, m’avait lancé un regard qui signifiait que je devais la suivre, sans contester, ce que je fis. Quand maman en avait ras-le-bol, notre devise tenait en  trois mots « tous aux abris ! ». Le bac à linge nous attendait, terrain neutre des punitions, elle y déposa Manon sans ménagement, m’ordonna de m’asseoir à ses côtés. « Je ne veux plus vous entendre ! » nous asséna-t-elle sur un ton dur, plein de reproches, que nous n’aimions guère.

Manon faisait la tête. Moi aussi. Manon, parce qu’elle détestait le bac à linge, moi parce que je détestais être puni avec elle, alors même que je n’avais rien fait. Et le respect dans tout ça ! Rien que des paroles en l’air !

Ce texte est ma participation à l’atelier 306 de Bric A Book (d’après une photo de Laurent Bisson)

Cette pression (inutile) que je m’impose

Ce matin, avant le réveil de Loulou, je me félicitais d’avoir assez bien géré mes émotions depuis quelques semaines. Ne jamais crier victoire trop vite!

Ce matin, tout est parti en vrille, moi la première. Je suis montée dans les aigus (pour un rien, une histoire de SMS et de pantalon qui ne plaisait pas), Loulou a suivi. Envolées toutes les belles théories. Dans ces cas-là, s’isoler est recommandé, dans  40m2 c’est compliqué. Sur le moment, il y a une petite voix qui me dit de me calmer (la voix de la raison). Je ne l’écoute pas, je continue dans mon délire.

Au final, un câlin a apaisé les esprits, séché les larmes. Mais pas réglé le problème.  Et sur le chemin du travail, je me suis quand même posé la question. Rien de telle qu’une petite balade à l’air libre pour mettre ses idées au clair

Qu’est-ce qui déclenche ses moments de ras le bol, de colère, d’impuissance, dans lesquels j’ai le besoin irrésistible de crier, de sortir tout ce que j’ai sur le cœur ?  Généralement, je précise toujours à Loulou que ce n’est pas contre lui, que maman a juste trop de choses à gérer et que parfois à l’intérieur de sa tête tout ne se connecte pas normalement. Quand j’entends les gens dire « sois sage avec maman pour qu’elle ne se mette pas en colère ou qu’est-ce que tu as fait pour que maman crie comme ça ? », ça me reste en travers de la gorge. Ce n’est quand même pas à l’enfant de s’adapter à l’adulte, c’est plutôt à l’adulte d’arriver à gérer ses émotions, se maîtriser dans des situations « délicates » – chose que je n’arrive bien entendu pas toujours à faire. Pourquoi ?

Parce que je me mets énormément de pression. De pression par rapport à quoi / qui, vous allez me dire ?

Par rapport au regard des autres. C’est l’éternel recommencement. Et pour moi l’éternelle recherche d’équilibre entre affirmation de soi et lâcher prise.

En effet, chaque jour (sauf le weekend) il y a un de mes parents chez moi pour garder Loulou en rentrant de l’école. C’est une chance pour lui comme pour moi. Le problème et il vient de moi, je le sais depuis longtemps et je me cogne dedans à toutes les occasions , c’est leur regard (qui selon eux est dénué de tout jugement – juste pour vous dire que le problème vient bien de moi) sur ma gestion quotidienne de ma maison (et de ma vie de manière générale). Les matins où on court, je pourrais laisser la table du petit déjeuner en place, juste mettre les assiettes et tasses à tremper, laisser les Lego sur le canapé, en me disant « on gérera ce soir ». Toutefois chaque jour, même les jours de course, je mets un point d’honneur à ce que ma maison soit nickel (cette notion est très relative en fonction des personnes), que tout soit rangé, les tasses lavées, la table nette, les jouets à leur place…

Qu’est-ce que ça changerait si je laissais tout en plan ?

Le soir, à mon retour, tout serait en ordre. L’un ou l’autre aurait débarrassé la table, nettoyé les bols, fait le repassage, nettoyé l’évier, passé le balais…Cela part d’un bon sentiment, mais à tous les coups vous pouvez être sûrs que ça me touche à un endroit bien précis, ça m’agace parfois, j’ai l’impression de ne pas être à la hauteur.

A la hauteur de quoi ?

Quand je vous disais que je me pose beaucoup de questions, je ne blaguais pas ! Celles-ci me permettent d’avancer, c’est toujours intéressant.

On est bien d’accord que la hauteur c’est une question assez personnelle. Chacun sa manière de gérer sa vie, son travail, ses priorités, sa maison, ses relations, à partir du moment où cela se fait dans le respect. Ce qui est essentiel pour les uns ne le sera pas pour les autres. Pour ma part, ce qui est essentiel, c’est que je sois bien dans ma vie et que Loulou soit bien dans la sienne. Le matériel, c’est secondaire. Quant à la façon dont je gère l’entretien de mon appartement, j’ai envie de dire que j’apprécie que ce soit propre mais tu ne me verras jamais tous les soirs de la semaine avec mon balai et mon chiffon, ou ma table à repasser sortie (il parait que c’est meilleur pour la planète de toute façon !)

Donc, il est clair que je me mets une pression inutile qui me pèse, m’empêche de m’épanouir pleinement, met à mal ma vie de maman et me demande sans cesse de rentrer dans des cases qui ne me conviennent pas (et si toi aussi tu as déjà essayé de faire rentrer un rond dans un carré, tu sais que c’est peine perdue. Et si jamais tu y arrives, c’est que ton rond n’en est plus un depuis longtemps).

Comment sortir de ce schéma ?

C’est ce sur quoi je travaille depuis…

Depuis belle lurette ! Je ne désespère pas d’y arriver un jour.

Un jour, j’ai voulu accoucher sous X

A quelques heures des 5 ans de Loulou, je souhaite partager ce texte, très personnel. Il s’agit juste de mon témoignage face à une réalité glaçante qui m’a fait perdre tous mes repères, à un instant T, l’instant où les choix qu’il convient de faire impacteront définitivement nos vies. Une façon aussi pour moi de dire que la bienveillance et l’absence de jugement sont des valeurs clés dans les drames qui bousculent nos existences ou celles de nos proches.

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Ma grossesse touchait à sa fin. Je venais de rentrer en France, un choix qui s’était imposé face à une rupture violente que je ne me sentais pas à même de gérer seule. J’étais dans une position psychologiquement très fragile. Si j’avais pu disparaître de la surface de la terre, j’aurai signé sans hésiter.

L’enfant que je portais me faisait peur.  Le jour me terrifiait et la nuit ne m’apportait pas le repos dont j’avais besoin pour faire face à tout ce qui me dépassait. Les insomnies me précipitaient dans un gouffre au fond duquel mes prières ne réclamaient qu’une chose, que l’enfant ne vive pas –  aucune mère ne devrait faire une prière comme celle-là.

J’ai pleuré jusqu’à ce que je n’aie plus de larmes. La préparation de sa chambre de nouveau-né a été un supplice. Faire les magasins de bébé me demandait un effort considérable. Je craignais de ne pas aimer mon enfant. Je m’effondrais à chaque évocation de son existence prochaine.

Chaque jour me rapprochait de la date fatidique de sa venue au monde. Il fallait tenir pour lui, c’est ce qu’on me répétait à longueur de journée. Il n’avait pas choisi. Je ne me sentais pas capable, pas à la hauteur de la vie que je portais. Je me levais chaque jour, avec l’envie d’en finir, d’arrêter le cours du temps. Je me faisais peur. Tout me faisait peur.

Je considérais que je n’avais pas le droit d’imposer mon malaise, mon mal être, ma dépression à cet enfant que j’avais tant désiré, qui n’y était pour rien dans cet immense gâchis.

Alors j’ai pensé à accoucher sous X, j’ai cherché des informations, j’en ai parlé aux sages-femmes qui me suivaient. Je voulais que mon enfant puisse grandir au sein d’un foyer uni, qui lui offrirait la chance d’une vie meilleure que celle que j’avais à lui proposer.

Certains événements dans la vie nous mettent face à certaines réalités, à des prises de décision qui nous paraissaient jusqu’alors criminelles. Le temps de quelques battements de cœur, ce choix m’a libéré d’un poids qui se faisait imposant, plus dense, à mesure que l’enfant prenait ses aises dans mon ventre.

Je pensais, naïvement peut-être, que mes proches accepteraient. Leur désapprobation a été sans appel. Leurs mots m’ont fait extrêmement mal, ils m’ont profondément blessée alors même que ma plaie suintait de toutes parts. J’avais déjà tout perdu, je ne pouvais pas me permettre de perdre leur soutien. J’ai donc mis au monde mon enfant, incertaine. Quand la sage-femme l’a déposée sur ma poitrine, j’ai réalisé que je n’aurais pas pu le laisser partir. Mon fils m’avait donné tous les courages. C’est ensemble que nous étions fort.

Il m’a fallut beaucoup de temps pour me pardonner ces pensées, ces mois d’angoisses, cette peur viscérale d’avoir fait un choix par défaut. Même si certains jours je me sens fragile devant la tâche à accomplir, j’ai conscience que sa naissance a bouleversé ma vie et que sa présence est une chance!

Son père, ce héros…

Ce jour allait arriver.

On pouvait tous fermer les yeux, se dire qu’il n’avait existé que quelques instants dans sa vie, deux heures deux fois par mois pendant un an. On pouvait penser qu’il allait rendre les armes avant, arrêter de jouer au type bien. On pouvait se dire qu’il ne se souviendrait pas, qu’il ne l’aurait pas marqué plus que ça. On pouvait se dire qu’un autre viendrait, prendrait la place du père qu’il n’avait pas eu. On pouvait rêver que ça passerait comme une lettre à la poste, que son absence ferait que les absents ont toujours tort. Et pourtant…

“Dis maman, j’aimerais bien voir papa?”

Voilà le verdict est tombé. Papa manque. Papa, ce super héros, forcément plus gentil que maman, qui crie parfois un peu fort.

“Je t’aime pas, t’es méchante, en plus t’es toute seule”

Papa, lui, il remporte la bataille haut la main. L’absence lui donne tous les droits, lui prête des qualités qu’il ne possède pas. Il s’en sort encore, avec les félicitations du jury. C’est pas toujours chic la vie!

Il va pouvoir faire de lui son héros, son champion du monde, l’idéaliser, le voir mille fois mieux qu’il ne l’est. Certains disent que c’est de son âge. Ça passera avec le temps. La chute n’en sera que plus douloureuse.

Qu’y a t-il de plus difficile que de réaliser, un jour, que l’homme rêvé n’est qu’une image, un mirage?