Grandir avec lui

Copyright Marie Kléber

Le laisser être, petit homme (petite femme) en devenir, qui s’insurge contre un « non » qu’il considère inadapté à sa demande somme toute recevable, mais à laquelle du haut de nos idées de grands, nous refusons d’accéder.

Le laisser vivre et exprimer la joie, la colère, le chagrin, même si celui-ci nous parait vain. Qui sommes-nous pour juger de ce qu’il ressent, du haut de ses quelques printemps ?

Le laisser s’accorder au monde, sans lui imposer une manière d’être. En lui inculquant les règles du bien vivre ensemble et des valeurs qui nous sont chères. Sont-elles celles des autres ? Valent-elles plus ou moins ? Ou rien de tout cela. Tant qu’il est question d’être en accord avec soi.

Le laisser trouver sa place au sein d’un espace, d’un groupe. Ne pas le brusquer tout en l’invitant à dompter ses peurs. Ne pas lui refiler les nôtres. Essayer au moins.

Le laisser grandir, à son rythme, sans toujours vouloir qu’il soit en avance, qu’il saute une classe, qu’il soit plus intelligent, plus sûr, plus éveillé, plus manuel, plus créatif, plus aventurier, plus câlin, moins casse-cou que les autres.

Puis le regarder, poser les yeux même quand tout autour nous invite à courir. Lui donner l’essentiel. Ne pas le trahir. Lui donner des ailes pour qu’il puisse voyager dans ces nombreux pays que seuls les enfants savent imaginer. Attendre qu’il revienne pour sa dose d’amour quotidienne qui lui donnera les clés pour grandir serein.

L’écouter. Dans les rires du jour. Et le silence du soir. Dans ce qu’il dit et ce qu’il tait. Dans ses impressions et ses appréhensions. Dans ses victoires et ses échecs. Dans ses idéaux (en essayant de ne pas perdre les nôtres en chemin). Dans ses aspirations et ses craintes. Dans ses forces et ses faiblesses. Dans ce qu’il a de nous et ce qui n’est qu’à lui.

Lui laisser la place et prendre la nôtre. Dans un équilibre sans cesse renouvelable, un rythme modulable.

Faire de son mieux aussi et croire en soi surtout.

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De la force (et) de l’amour

C’est devenu facile de lui parler de lui. Quand les questions viennent, la parole ne se fige plus dans un rictus compliqué, le chaos ne se glisse plus comme si un combat sans merci allait commencer. C’est fluide, pas toujours simple mais fluide. C’est par vague, des moments il parle beaucoup de lui, d’autres il n’y pense pas ou s’il y pense il n’en parle pas. Peut-être que c’est clair à ce moment-là.

Il sait qu’il peut m’en parler. J’ai toujours souhaité être ouverte là-dessus. Même  si ça m’a longtemps couté, surtout au début, même si c’était compliqué de devoir faire semblant à l’évocation d’un prénom, à la vue d’une photo. Même si le sujet était devenu presque tabou entre tous les protagonistes de cette histoire « sordide ». Je voulais qu’il se sente libre d’en parler, comme de ne pas en parler, qu’il ait accès à son espace identitaire, au-delà de ce que j’avais vécu en tant que femme.

Mettre un visage sur un prénom. Savoir d’où il vient. L’histoire il la sait, depuis le début. Elle n’a jamais été édulcorée, juste racontée à hauteur d’enfant, avec les mots qui aujourd’hui ont un sens pour lui. Il sait ce qu’il doit savoir, rien de plus, rien de moins.

Je me rends compte toutefois que nous n’avons pas tous évolué de la même façon sur ce sujet « sensible ». Quand il évoque son père, les mots et les regards ne disent pas la même chose. Je me demande s’il le sent, s’il remarque cette moue, ce petit rien, mélange de peur et de colère, ce clignement d’œil presque insignifiant,  qui me frappe pourtant toujours en plein cœur, comme s’il restait des morceaux d’humanité blessés en chacun d’eux, comme si la rage n’attendait qu’un mot pour sortir et se libérer de tout ce qui pèse comme un poids mort. Certains gardent le silence. D’autres sursautent à la moindre pensée de ce qui pourrait arriver si. D’autres se font des scénarios sur l’avenir, mon avenir, le sien. Tout le monde essaie de se rassurer comme il peut avec ce qu’il a entre les mains, peu de choses au final, je finis par être discrète, par en dire le moins possible pour apaiser les cœurs et les esprits, pour que les mots ne soient plus aussi violents qu’ils le furent, pour qu’ils ne m’atteignent plus dans le bonheur de l’instant présent.

C’est devenu facile de lui parler de lui. J’ai fait mon deuil. J’ai pardonné ce qu’il y avait à pardonner. Les autres, un peu ou pas. Ils sont de ceux qui pensent que tout ne se pardonne pas. Ils préfèrent vivre avec ce poids sur le cœur, comme une marque de ce qui fut, comme une blessure qui ne peut totalement guérir. C’est peut-être une question de ligne de départ ou encore une façon d’envisager le pire, pour ne pas être pris au dépourvu si le pire se manifeste. Peut-être que la route était plus facile pour moi, je l’avais lui, ce petit être à protéger, à aimer. Peut-être qu’il m’a donné l’envie de me dépasser, de dépasser ce qui me tirait vers le bas. Il a été ma lumière dans les heures creuses, le soleil auquel je me suis raccrochée bien des fois pour continuer. Ou c’est peut-être un choix, le choix de la vie, d’une nouvelle page à écrire, plus vraie.

Je souhaite être juste avec le passé, comme le présent. Je souhaite être juste avec l’histoire, son histoire. Pour qu’il puisse un jour faire ses choix, en conscience. Si pour certains le risque est grand, l’incertitude omniprésente, je sais que ma peur s’est transmutée en force. Et que cette force, couplée à l’amour, personne ne peut rien contre.

Ras-le-Bol

Maman en avait eu ras-le-bol. Pas un petit ras-le-bol, un vrai de vrai cette fois-ci, le genre qui la mettait dans tous ses états. Elle n’en pouvait plus, de ranger, trier, nettoyer, coudre, recoudre, découdre, laver, repasser, faire des ourlets, penser aux devoirs, cuisiner, étendre le linge, laver la vaisselle, ranger la vaisselle, astiquer, passer le balai, faire les courses.

C’est vrai que la liste de tout ce que maman faisait filait le tournis. Mais bon, c’était maman et c’était comme ça.

Sauf que trop c’est trop. Elle nous avait prévenues, une histoire de respect – elle aimait nous rappeler l’importance du respect, ça commençait à la maison parait-il – et nous avions continué à faire les folles. Manon sautait dans tous les sens au milieu du salon, entre les moutons de poussière que maman venait de sortir de dessous le canapé. Elle sautait avec ses chaussures sales, pleines de terre et de brins d’herbe, elle criait à tue-tête. Je la regardais avec son sourire espiègle, elle pensait que maman ferait comme elle le fait souvent, lâcherait sa tâche et se mettrait à la chatouiller, que nous finirions toutes par terre, exténuées de bonheur, avant que maman ne reprenne le fil de son travail.

Maman n’a pas lâché le balai, elle a continué à demander à Manon de se calmer, d’enlever ses chaussures et d’aller les ranger dans le placard, une fois qu’elle aurait terminé, Manon pourrait reprendre sa danse de la joie. Manon n’a pas cédé. Elle riait aux éclats, narguant maman.

Je pourrais dire que j’ai vu le coup de tonnerre arriver, même pas, l’orage grondait depuis un certain temps pourtant, maman bouillonnait, certaine de pouvoir se maîtriser avant que le bras de fer ne tourne au vinaigre.

Trop tard.

D’un coup de main maîtrisé, maman avait empoigné Manon, filé vers le jardin, m’avait lancé un regard qui signifiait que je devais la suivre, sans contester, ce que je fis. Quand maman en avait ras-le-bol, notre devise tenait en  trois mots « tous aux abris ! ». Le bac à linge nous attendait, terrain neutre des punitions, elle y déposa Manon sans ménagement, m’ordonna de m’asseoir à ses côtés. « Je ne veux plus vous entendre ! » nous asséna-t-elle sur un ton dur, plein de reproches, que nous n’aimions guère.

Manon faisait la tête. Moi aussi. Manon, parce qu’elle détestait le bac à linge, moi parce que je détestais être puni avec elle, alors même que je n’avais rien fait. Et le respect dans tout ça ! Rien que des paroles en l’air !

Ce texte est ma participation à l’atelier 306 de Bric A Book (d’après une photo de Laurent Bisson)

Cette pression (inutile) que je m’impose

Ce matin, avant le réveil de Loulou, je me félicitais d’avoir assez bien géré mes émotions depuis quelques semaines. Ne jamais crier victoire trop vite!

Ce matin, tout est parti en vrille, moi la première. Je suis montée dans les aigus (pour un rien, une histoire de SMS et de pantalon qui ne plaisait pas), Loulou a suivi. Envolées toutes les belles théories. Dans ces cas-là, s’isoler est recommandé, dans  40m2 c’est compliqué. Sur le moment, il y a une petite voix qui me dit de me calmer (la voix de la raison). Je ne l’écoute pas, je continue dans mon délire.

Au final, un câlin a apaisé les esprits, séché les larmes. Mais pas réglé le problème.  Et sur le chemin du travail, je me suis quand même posé la question. Rien de telle qu’une petite balade à l’air libre pour mettre ses idées au clair

Qu’est-ce qui déclenche ses moments de ras le bol, de colère, d’impuissance, dans lesquels j’ai le besoin irrésistible de crier, de sortir tout ce que j’ai sur le cœur ?  Généralement, je précise toujours à Loulou que ce n’est pas contre lui, que maman a juste trop de choses à gérer et que parfois à l’intérieur de sa tête tout ne se connecte pas normalement. Quand j’entends les gens dire « sois sage avec maman pour qu’elle ne se mette pas en colère ou qu’est-ce que tu as fait pour que maman crie comme ça ? », ça me reste en travers de la gorge. Ce n’est quand même pas à l’enfant de s’adapter à l’adulte, c’est plutôt à l’adulte d’arriver à gérer ses émotions, se maîtriser dans des situations « délicates » – chose que je n’arrive bien entendu pas toujours à faire. Pourquoi ?

Parce que je me mets énormément de pression. De pression par rapport à quoi / qui, vous allez me dire ?

Par rapport au regard des autres. C’est l’éternel recommencement. Et pour moi l’éternelle recherche d’équilibre entre affirmation de soi et lâcher prise.

En effet, chaque jour (sauf le weekend) il y a un de mes parents chez moi pour garder Loulou en rentrant de l’école. C’est une chance pour lui comme pour moi. Le problème et il vient de moi, je le sais depuis longtemps et je me cogne dedans à toutes les occasions , c’est leur regard (qui selon eux est dénué de tout jugement – juste pour vous dire que le problème vient bien de moi) sur ma gestion quotidienne de ma maison (et de ma vie de manière générale). Les matins où on court, je pourrais laisser la table du petit déjeuner en place, juste mettre les assiettes et tasses à tremper, laisser les Lego sur le canapé, en me disant « on gérera ce soir ». Toutefois chaque jour, même les jours de course, je mets un point d’honneur à ce que ma maison soit nickel (cette notion est très relative en fonction des personnes), que tout soit rangé, les tasses lavées, la table nette, les jouets à leur place…

Qu’est-ce que ça changerait si je laissais tout en plan ?

Le soir, à mon retour, tout serait en ordre. L’un ou l’autre aurait débarrassé la table, nettoyé les bols, fait le repassage, nettoyé l’évier, passé le balais…Cela part d’un bon sentiment, mais à tous les coups vous pouvez être sûrs que ça me touche à un endroit bien précis, ça m’agace parfois, j’ai l’impression de ne pas être à la hauteur.

A la hauteur de quoi ?

Quand je vous disais que je me pose beaucoup de questions, je ne blaguais pas ! Celles-ci me permettent d’avancer, c’est toujours intéressant.

On est bien d’accord que la hauteur c’est une question assez personnelle. Chacun sa manière de gérer sa vie, son travail, ses priorités, sa maison, ses relations, à partir du moment où cela se fait dans le respect. Ce qui est essentiel pour les uns ne le sera pas pour les autres. Pour ma part, ce qui est essentiel, c’est que je sois bien dans ma vie et que Loulou soit bien dans la sienne. Le matériel, c’est secondaire. Quant à la façon dont je gère l’entretien de mon appartement, j’ai envie de dire que j’apprécie que ce soit propre mais tu ne me verras jamais tous les soirs de la semaine avec mon balai et mon chiffon, ou ma table à repasser sortie (il parait que c’est meilleur pour la planète de toute façon !)

Donc, il est clair que je me mets une pression inutile qui me pèse, m’empêche de m’épanouir pleinement, met à mal ma vie de maman et me demande sans cesse de rentrer dans des cases qui ne me conviennent pas (et si toi aussi tu as déjà essayé de faire rentrer un rond dans un carré, tu sais que c’est peine perdue. Et si jamais tu y arrives, c’est que ton rond n’en est plus un depuis longtemps).

Comment sortir de ce schéma ?

C’est ce sur quoi je travaille depuis…

Depuis belle lurette ! Je ne désespère pas d’y arriver un jour.

Un jour, j’ai voulu accoucher sous X

A quelques heures des 5 ans de Loulou, je souhaite partager ce texte, très personnel. Il s’agit juste de mon témoignage face à une réalité glaçante qui m’a fait perdre tous mes repères, à un instant T, l’instant où les choix qu’il convient de faire impacteront définitivement nos vies. Une façon aussi pour moi de dire que la bienveillance et l’absence de jugement sont des valeurs clés dans les drames qui bousculent nos existences ou celles de nos proches.

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Ma grossesse touchait à sa fin. Je venais de rentrer en France, un choix qui s’était imposé face à une rupture violente que je ne me sentais pas à même de gérer seule. J’étais dans une position psychologiquement très fragile. Si j’avais pu disparaître de la surface de la terre, j’aurai signé sans hésiter.

L’enfant que je portais me faisait peur.  Le jour me terrifiait et la nuit ne m’apportait pas le repos dont j’avais besoin pour faire face à tout ce qui me dépassait. Les insomnies me précipitaient dans un gouffre au fond duquel mes prières ne réclamaient qu’une chose, que l’enfant ne vive pas –  aucune mère ne devrait faire une prière comme celle-là.

J’ai pleuré jusqu’à ce que je n’aie plus de larmes. La préparation de sa chambre de nouveau-né a été un supplice. Faire les magasins de bébé me demandait un effort considérable. Je craignais de ne pas aimer mon enfant. Je m’effondrais à chaque évocation de son existence prochaine.

Chaque jour me rapprochait de la date fatidique de sa venue au monde. Il fallait tenir pour lui, c’est ce qu’on me répétait à longueur de journée. Il n’avait pas choisi. Je ne me sentais pas capable, pas à la hauteur de la vie que je portais. Je me levais chaque jour, avec l’envie d’en finir, d’arrêter le cours du temps. Je me faisais peur. Tout me faisait peur.

Je considérais que je n’avais pas le droit d’imposer mon malaise, mon mal être, ma dépression à cet enfant que j’avais tant désiré, qui n’y était pour rien dans cet immense gâchis.

Alors j’ai pensé à accoucher sous X, j’ai cherché des informations, j’en ai parlé aux sages-femmes qui me suivaient. Je voulais que mon enfant puisse grandir au sein d’un foyer uni, qui lui offrirait la chance d’une vie meilleure que celle que j’avais à lui proposer.

Certains événements dans la vie nous mettent face à certaines réalités, à des prises de décision qui nous paraissaient jusqu’alors criminelles. Le temps de quelques battements de cœur, ce choix m’a libéré d’un poids qui se faisait imposant, plus dense, à mesure que l’enfant prenait ses aises dans mon ventre.

Je pensais, naïvement peut-être, que mes proches accepteraient. Leur désapprobation a été sans appel. Leurs mots m’ont fait extrêmement mal, ils m’ont profondément blessée alors même que ma plaie suintait de toutes parts. J’avais déjà tout perdu, je ne pouvais pas me permettre de perdre leur soutien. J’ai donc mis au monde mon enfant, incertaine. Quand la sage-femme l’a déposée sur ma poitrine, j’ai réalisé que je n’aurais pas pu le laisser partir. Mon fils m’avait donné tous les courages. C’est ensemble que nous étions fort.

Il m’a fallut beaucoup de temps pour me pardonner ces pensées, ces mois d’angoisses, cette peur viscérale d’avoir fait un choix par défaut. Même si certains jours je me sens fragile devant la tâche à accomplir, j’ai conscience que sa naissance a bouleversé ma vie et que sa présence est une chance!

Son père, ce héros…

Ce jour allait arriver.

On pouvait tous fermer les yeux, se dire qu’il n’avait existé que quelques instants dans sa vie, deux heures deux fois par mois pendant un an. On pouvait penser qu’il allait rendre les armes avant, arrêter de jouer au type bien. On pouvait se dire qu’il ne se souviendrait pas, qu’il ne l’aurait pas marqué plus que ça. On pouvait se dire qu’un autre viendrait, prendrait la place du père qu’il n’avait pas eu. On pouvait rêver que ça passerait comme une lettre à la poste, que son absence ferait que les absents ont toujours tort. Et pourtant…

“Dis maman, j’aimerais bien voir papa?”

Voilà le verdict est tombé. Papa manque. Papa, ce super héros, forcément plus gentil que maman, qui crie parfois un peu fort.

“Je t’aime pas, t’es méchante, en plus t’es toute seule”

Papa, lui, il remporte la bataille haut la main. L’absence lui donne tous les droits, lui prête des qualités qu’il ne possède pas. Il s’en sort encore, avec les félicitations du jury. C’est pas toujours chic la vie!

Il va pouvoir faire de lui son héros, son champion du monde, l’idéaliser, le voir mille fois mieux qu’il ne l’est. Certains disent que c’est de son âge. Ça passera avec le temps. La chute n’en sera que plus douloureuse.

Qu’y a t-il de plus difficile que de réaliser, un jour, que l’homme rêvé n’est qu’une image, un mirage?

Un jour, je suis devenue maman…

Je suis devenue mère d’une façon un peu particulière. Une grossesse désirée au sein d’un mariage qui prenait l’eau de toute part – nous ne voulions juste pas l’admettre. Un enfant ne résout rien, je le savais et pourtant j’ai parié pour le contraire. Le risque était de taille, je l’ai pris et il m’a sauvée.

Mais ça, je ne l’ai compris que plus tard. Le jour où j’ai senti que l’avenir qui se dessinait sous mes yeux ce n’était pas celui que je voulais pour mon enfant. Alors j’ai fait la chose la plus sensée que je pouvais faire, je suis partie et je nous ai offert la chance de quelque chose de mieux.

Cela ne s’est toutefois pas fait dans la douceur. Lui (l’enfant) et moi,  nous avons morflé. Je l’ai rejeté avant de l’aimer. Ce n’était pas simple de donner la vie alors qu’à l’intérieur de moi, la vie se défilait. J’ai voulu accoucher sous X, l’abandonner.

L’évidence dont parlent nombre de mères ne m’a pas sauté aux yeux. Même si je peux assurer qu’à l’instant où l’on m’a posé mon fils sur ma poitrine j’ai ressenti un débordement d’amour sans précédent. Mais lorsque l’enfant nait, le chagrin ne se résorbe pas d’un coup, comme par magie.

Il nous a donc fallu du temps, à moi et à lui aussi, pour que chacun trouve sa place au cœur d’une histoire complexe, sur laquelle pesait une menace que je ne pouvais ignorer. Nous avons connu des bas conséquents et des hauts qui m’ont laissé un goût d’inachevé au bord du cœur. A mon rythme, j’ai appris à devenir mère, en laissant tomber la culpabilité en chemin. J’ai appris à accepter mon enfant, à le regarder à travers un autre prisme que celui des souvenirs douloureux. J’ai appris à lui consacrer du temps, sans avoir peur de mal faire. Je suis tombée bien des fois, j’ai appris à me relever sans me juger.

Aujourd’hui, alors que je me redécouvre femme, que je laisse l’amour envahir ma vie et me surprendre chaque jour un peu plus, je m’épanouis davantage dans ma vie de maman, je donne ce que je reçois avec beaucoup d’amour, tout celui que je n’avais pas, que j’avais perdu en cours de route.

Quand on dit qu’il faut être heureux pour rendre ses enfants heureux, savoir prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin de ceux que l’on aime, j’y crois. Cela n’empêche pas les tempêtes, ni les coups de gueule, ni la course matinale ponctuée de « dépêche-toi » pour arriver à l’heure à l’école. Cela ne m’empêche pas d’avoir des doutes et la tête remplie de questions.

Il nous aura fallu ce temps pour être heureux ensemble, pour nous construire, pour être une famille. Il nous aura fallu ce temps pour avancer main dans la main, rire pour un rien, pour le regarder partir à l’école, serein. Il nous aura fallu ce temps pour sortir toute la colère, la rage que nous avions en nous, pour que la chagrin laisse place à une nouvelle page à écrire…

Maman solo (mais pas que!)

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Hier j’avais un dîner – phénomène exceptionnel – avec un homme – phénomène encore plus exceptionnel -étant donné que ma vie sentimentale est à l’arrêt depuis plus de quatre ans (même si à mon avis je pourrais rajouter quatre ans de plus, tellement ma dernière relation n’avait rien de sentimental mais bon on va faire simple). Oui je sais on peut aussi avoir des dîners aves des hommes en « ami » mais moi j’ai jamais vraiment eu d’ami sans e. Si, un,  qui j’ai déclaré ma flamme cet été – fiasco complet (normal il était déjà marié !). Ca m’a au moins permis de passer à autre chose.  A toute chose malheur est bon c’est bien connu !

J’arrête de blablater et je reviens au dîner d’hier. Et au pourquoi de cet article surtout – si tant est que cet article ait un but particulier – je me disperse encore. C’est l’effet que ça fait quand on ne parle qu’avec des petits hommes de moins de quatre ans depuis trop longtemps…

Hier soir, je me suis rendue compte de trois choses :

  • Un divorce ça fait de sacrés dégâts et ça se voit au premier coup d’oeil. On se croit à l’abri puis un jour c’est la guerre. Je sais pour certains ça se passe bien. Pas souvent quand même. C’est la débâcle en nous et à défaut de vivre, on survit. On tient le coup pour les enfants, ils donnent un sens à tout le reste. Un divorce c’est une lente descente aux enfers. Il faut faire son deuil et ça prend du temps.
  • J’ai dépassé ce stade. Je suis loin de la fille désemparée et paumée que j’étais à l’époque, pleine de doutes, de peurs, la tête remplie de mauvais films, le cœur complètement broyé, l’énergie à plat. J’ai retrouvé mon sourire, ma joie de vivre. J’ai fait mon deuil. Et s’en rendre compte, ça file la pêche.
  • J’ai davantage confiance en moi et en l’avenir. Et j’ai bien envie de partager ça avec quelqu’un. Je me sens prête – c’est assez relatif tant que tu n’as pas sauté le pas – à faire de nouvelles rencontres « comment ? » – That is the question ! J’ai envie dire « on verra ».

Hier j’avais un dîner et ce dîner m’a ouvert les yeux sur la vie que j’ai quittée, la page que j’ai tournée et m’a orienté vers l’avenir, un avenir lumineux, joyeux, serein et apaisé.

Et comme le disait ma prof d’histoire-géo de Terminal : “Y a qu’à, y a qu’à. Mais faut qu’on !”

Sur ces bonnes paroles, je vous souhaite une très douce soirée !

Ps : Si il y a parmi vous des mamans (ou papas) solos qui ont des tuyaux à partager, n’hésitez pas!

Les sourires du lundi #10

Cela fait longtemps que je n’ai pas partagé ici mes sourires de la semaine, du mois, des jours qui passent, parfois un peu chaotiques, parfois juste fabuleux. Je reprends le fil avec grand plaisir. Les vacances ont débuté le 1er avril sur Paris et le soleil s’est invité pour notre plus grand bonheur :

  • Déposer l’escargot à son deuxième anniversaire et le sentir juste content d’être avec ses copains / copines (après le fiasco du premier c’était une belle victoire partagée !) Éduquer un enfant c’est aussi travailler sur soi et grandir.
  • Le premier pique-nique de l’année partagé avec une maman et son petit garçon. Voir nos fils s’amuser ensemble comme si ils se connaissaient depuis toujours. Les enfants sont épatants ! Les voir se disputer juste quelques secondes puis se dire pardon en se faisant un gros câlin. Rire et sourire à la vie qui nous offre de belles rencontres.
  • Profiter d’une semaine en solo, rentrer chez soi et faire du yoga en compagnie de Cécile, se concocter de bons petits plats frais (vive les salades composées !), débuter la journée avec une recette de fée (Le syndrome de l’intestin irritable), méditer davantage, acheter mes premières pierres (améthyste – quartz) et papoter au téléphone avec mes amies (elles me manquent toutes tellement)
  • Depuis plusieurs mois je faisais le même rêve – je quittais mon ex dans la précipitation (celles et ceux qui me suivent depuis longtemps savent combien le soir où je suis passée chercher mes affaires pour partir a été traumatisant et combien j’ai encore du mal à effacer les images associées de ma mémoire) en pensant à tout ce qu’il me fallait emporter. Je préparais mon départ dans l’angoisse et la peur. Je me réveillais en sursaut apeurée et tremblante. Puis un matin, j’ai compris. En partant, j’ai tout laissé. J’ai appris que tous les biens matériels avaient peu d’importance face à la vie qu’il faut protéger et sauver. Mais la vie a repris et j’ai vite oublié les leçons apprises. Jusqu’à ce que je prenne conscience de ce rêve. Et que je fasse un nouveau grand tri. Mon intérieur est désormais plus léger et je m’y sens mieux. Les intérieurs trop pleins m’angoissent. J’ai besoin de clarté et d’espaces vides chez moi. Du coup j’ai donné, jeté, partagé ce qui ne me servait plus.

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  • Découvrir de nouveaux comptes Instagram et de belles personnes. J’avance bien entourée sur le chemin de la vie et de ma reconstruction.
  • M’offrir de jolis bracelets créés par la douce et talentueuse Marie – c’est elle qui m’a redonnée l’envie de me faire plaisir, ce qui n’était pas arrivé depuis des lustres.
  • Recevoir de charmants retours positifs sur mon dernier livre, déjà vendu à 25 exemplaires. Il décolle doucement. Je ne me mets aucune pression. Je le laisse vivre sa vie et toucher le cœur des personnes qui le lisent.
  • Partager de bons moments avec mes collègues, travailler dans une ambiance saine et sereine. Et oser dire quand ça ne va pas.
  • Rencontrer de nouvelles personnes et parler anglais (ça aussi ça me manque) – prévoir un weekend entre filles à Marseille en mai, un voyage sur Lyon avec l’escargot en juin et quelques jours à Dublin en juillet.
  • Ecrire chaque jour, me tenir à mon projet et apprécier vos messages, commentaires, être comblée de voir votre fidélité. Reprendre mon manuscrit autobiographique en cours et mieux comprendre au fil des pages, des mots toute cette histoire.

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  • Prendre soin de moi, un peu, une première étape. Une première aussi car en 36 ans j’ai si peu pris soin de moi. Cette semaine, me faire les ongles des mains, un matin sur deux m’offrir un massage à l’huile de sésame vierge (sur les bons conseils de Cécile), être attentive aux messages de mon corps, ralentir pour mieux vivre mon cycle par exemple, tester la coupe menstruelle (et être conquise), m’acheter de jolis dessous (enfin !), apprécier mes nouveaux rituels de nouvelle et pleine lune. Prendre mon temps.

Et vous, quels sourires à partager en ce début de mois?

Les sourires du lundi #9

C’est un mail inattendu reçu la semaine dernière qui m’a rappelé que fut un temps le lundi je partageais avec vous mes sourires et autres bonheurs de la semaine écoulée. C’est donc avec grand plaisir que je vous parle aujourd’hui douceur de vivre et petits plaisir à partager, sans modération.

Cette semaine fut riche, bien remplie, épuisante et toute de même agréable.

Riche en prises de conscience. J’ai accueilli chaque pensée, chaque doute avec bienveillance, sans me mettre de pression ou du moins en m’en mettant moins que d’habitude. J’ai réussi à tirer des leçons sans pour autant enfiler mon costume de Calimero !

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Bien remplie. Entre le travail, les objectifs, les réunions, la pluie, les transports au ralenti, les histoires du soir (enfin l’histoire du soir car quand on aime on redemande toujours la même !), les rires, la préparation d’un anniversaire « home made », les courses en tous genres, les commandes retardées et enfin passées, les câlins du soir et du matin, la danse des chaussettes, les repas préparés à quatre mains, les déjeuners en anglais, l’envoi de mon dernier livre à la BNF, la correction des dernières coquilles et la lecture d’un livre hyper addictif.

Riche en sourires, rires, éclats de voix, de joie, gâteaux préparés avec amour, partagés. Riche en histoires d’enfants, en cadeaux, en bisous échangés, en nouvelles rencontres à organiser. Riche en chansons, en histoires abracadabrantes.

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Heureuse aussi. C’est bien d’être bien. C’est bien de se sentir bien. C’est d’autant plus extra que je n’aurais jamais pensé pouvoir dire ça, combien c’est bien d’être tous les deux, combien même le soir, même fatiguée, je prends plaisir à être avec lui, même quand ça tire, même quand je n’ai qu’une envie m’effondrer dans mon lit.

Remplie de mots. Vous savez comme je les aime ces mots, les vôtres mais aussi ceux qui s’invitent au hasard, au détour d’un regard, d’une conversation. Des mots partagés lors de mon deuxième atelier d’écriture, avec des écrivains talentueux – chacun a son style, chacun a sa manière de manier les mots, de leur donner vie. On apprend aussi des mots des autres, des rêves en devenir.

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Apaisée, apaisante. Se reconnecter à mon cycle, au cycle féminin, aux phases de la lune m’a beaucoup aidé cette semaine. Moi qui suis toujours à cran à cette période, irritable, particulièrement fatiguée et pleine d’interrogations, j’ai réussi à m’imposer une certaine ligne de conduite, sans pression. Le temps était au repos et à l’élimination.

Et vous, les sourires de votre semaine ? Vous pouvez bien entendu écrire un article en me citant ou juste partager quelques-uns de vos bons moments en commentaires.