Posted in Atelier écriture, Variations Littéraires

Vide-Grenier

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Crédit Pixabay

Je me demande bien ce que je fiche là. Encore une brocante! Étienne en raffole. Depuis sa découverte l’année dernière lors de notre périple en Provence, il ne cesse de noter celles à venir, dans notre région et ailleurs. Quelle plaie!

Aujourd’hui, il m’y a trainée de force – le mot n’est pas faible! Il m’a juré qu’il s’agissait d’une occasion inespérée de  trouver notre bonheur pour la décoration de notre nouveau salon.

Voilà déjà une heure que nous vagabondons dans les allées, qu’il s’arrête à tous les stands, sans exception. J’aurais pu l’attendre à la buvette avec un bon bouquin. Je préfère garder un œil sur lui. Je dois dire, qu’à défaut d’être intéressante, la balade m’offre de bons fous rires. On trouve de tout, surtout des choses immondes et inutiles, des vieux vêtements à moitié mités, des chaussures sans lacet, des bouquins sans intérêt sur le jardinage dans les années 20 ou encore la bible de la bonne ménagère, des chaises percées, des ustensiles de cuisine d’avant-guerre, valises de régiment,…

Attendez, Étienne a l’air d’avoir repéré quelque chose. Je m’approche. Quelle horreur! Un tapis en crin de cheval. Mais comment peut-il trouver ça beau? Je me demande si je n’ai pas fait la connerie de ma vie en l’épousant  – je vous l’accorde c’est un peu tard pour s’en rendre compte.

Au stand suivant, c’est la cour des miracles, des bibelots à n’en plus finir. Tout est tâché, ébréché, les lampes pointent vers le bas, épuisées, les nounours sont défraichis. Je dois rêver! Il faut que je garde les idées claires et rattrape Étienne avant qu’il ne s’entiche d’une énième absurdité.

Oh là là il prend à gauche, il se dirige vers le cul de sac. Quatre stands perdus au milieu de nulle part. Si on trouve chaussure à notre pied, on sera sûrement leur seule vente de la journée. Avec un emplacement pareil, faire fortune doit être le cadet de leur souci. La vieille dans son transat a tout compris. Voilà qu’Étienne se tourne vers moi pour me montrer sa trouvaille: un clown en papier mâché, le genre de truc qu’un môme réalise pour la fête des mères à l’école primaire. Ce mec a vraiment un problème de goût! Ça ne s’arrange pas avec les année!

Tout d’un coup, il me tend un paquet, un cadeau. Je m’attends au pire. Un vase en forme d’écrevisse! Je souris, dis merci. Pour l’intention uniquement. Et l’originalité aussi, tant qu’on y est. Si ça continue comme ça, l’année prochaine, c’est moi qui me colle aux vides-greniers, j’aurais de quoi faire. Et je ne me sentirais même pas hors-jeu!

Texte écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture – Mai 2017 – Thème: Vide-Grenier