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Quand notre corps nous parle

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Octobre 2012
Fin de journée au bureau. Une douleur fulgurante me terrasse.
Je pense au bébé bien niché dans mon ventre. J’ai peur un peu puis je me souviens, ça arrive parfois ces douleurs inconnues qui me cisaillent les entrailles.
Ça passe. Comme tout. Puis ça revient. Une fois, deux fois, dix fois.
Mon corps pèse lourd et mon visage pâlit d’heure en heure.
Mon patron commande un taxi, je quitte le bureau avant la sortie. Direction la maison.

Je n’aime pas rentrer plus tôt à la maison quand il est là. Je n’aime plus quand il est là.
Mais aujourd’hui pas le choix, il faut que je me couche, que je me repose. La douleur est telle que tenir sur mes deux jambes est impossible.
A peine arrivée je m’écroule sur mon lit, incapable de faire un pas, de dire un mot.
Un peu de nuit. Juste un peu.
Il est déjà là à me demander ce que je fais là, pourquoi je ne lui parle même pas. Je n’en ai pas la force.
Il est déjà là à me dire « repose toi » avant de filer dans le salon. Il ne fait pas attention au bruit qu’il fait en partant.

Deux heures plus tard, aucune amélioration. Un coup de fil et un rendez-vous en urgence chez mon généraliste.
Un taxi aussi. Il ne m’accompagne pas.
Je ne lui en veux même pas. J’attends qu’on me dise que tout va bien, que mon enfant n’est pas en danger.

A l’examen tout va bien.
La douleur ne se dit pas. Elle reste tapie dans son coin.
Je ne sais pas ce qu’il y a. Mon corps ne répond plus.
Il faudra quatre appels incessants pour qu’il décroche et me demande si c’est vraiment important.
Je l’attends dans le froid de la rue, corps battu par la pluie d’automne, pas vraiment là. Heureusement, sinon ce que je vis me paraitrait complètement incohérent, impensable.

Aux urgences on attend encore et je me rends compte à quel point il est inadapté à la vie, à ma vie.
Je lui trouve des excuses pourtant. Beaucoup. Beaucoup trop. Dans cet hôpital, j’aimerai presque que l’on me garde, une nuit au moins, une nuit pour échapper à ma vie.
Pour ne pas avoir à rentrer avec lui, pas ce soir.
Une nuit pour dormir vraiment, plus que quelques heures tourmentées par ses mouvements, les bruits de son cœur contre les draps froissés.

Une inflammation. Douloureux mais pas grave.
Il faudra revenir le lendemain pour une échographie afin d’être certain que le bébé se porte bien.
Je repars avec lui, faible encore pour quelques jours.
A la maison je m’allonge, à 22h30 je n’ai plus le courage de rien. Il me dit quand même « il y a quoi pour le diner ? »
Puis accepte de se coller aux fourneaux, à condition que demain je reprenne le chemin de la cuisine, après tout, les médecins l’ont dit, ce n’est rien. C’est juste histoire de se faire remarquer !

Pourquoi ce récit ?
Pour dire que notre corps nous parle. Et qu’il crie aussi parfois.
Ça commence petit et ça peut virer au pire.
Nous ne sommes pas toujours prêts à entendre. Parce que psychologiquement c’est trop compliqué.
Alors notre inconscient fait barrière et on tient, parfois des dizaines d’année. Et un jour ça craque.
Tout ce qu’on a encaissé se brise et nous sommes à terre.
Ne jamais sous-estimer les alertes du corps. Ne jamais se dire «c’est rien ». Toujours se rappeler que c’est un appel à l’aide.
Si celui-ci est entendu, nous pourrons nous en sortir sans trop de dégâts.
Si nous préférons éviter d’y faire face, les conséquences peuvent être catastrophiques.

J’avançais depuis des mois en pilote automatique. Je ne savais plus qui j’étais, ce que je valais.
Je n’avais plus de repères. Je n’avais plus d’énergie. Je n’avais plus de vie.
Je n’ai pas compris sur le moment mais j’ai senti qu’il se passait quelque chose et que si je ne faisais rien, j’allais basculer de l’autre côté.
J’avais devant moi assez de modèles pour savoir ce que ça pouvait donner.
C’était dément, fracassant, déroutant, cinglant…
C’était déjà le début d’autre chose.

Ce récit pour vous dire que votre corps est votre allié, non votre ennemi.
Prenez en compte ce qu’il vous dit.
Ne négligez pas les signes qu’il vous envoie.
Ne dites plus « c’est rien » même si c’est douloureux de regarder en face une histoire qui vous échappe.

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Retrouver Paris

Crédit Marie Kleber

Les jours prennent des couleurs, celles du temps mis sur pause et soudainement rendu à lui-même. Nous redécouvrons Paris au gré de balades, près, tout près des sentiers battus mais encore un peu déserts. Quand le monde s’arrache une table en terrasse, nous savourons le luxe d’une liberté retrouvée. Un brin d’insouciance vole dans l’air saturé de soleil.

Crédit Marie Kleber

Nous reprenons plaisir au connu, un plaisir contenu, mais tellement apprécié. Nous déambulons dans nos coins préférés, riches de souvenirs. La ville, qui hier encore nous paraissait menaçante, nous livre aujourd’hui ses merveilles et nos yeux ne cessent d’être éblouis par la beauté de la vie qui bat au cœur de la Capitale.

J’ai cru pouvoir partir plus loin, mais alors elle me manquerait comme la mer me manque. Ses quartiers, ses coins et recoins, son art, ses musées, ses vibrations, l’écho du jour qui se couche, ses murs peints et ses monuments majestueux, son histoire et ses rêves, tous ces chemins pris main dans la main avec l’envie de plus de découvertes, d’aventures fantastiques.

Crédit Marie Kleber

La vie, le bruit, ce tumulte qui parfois pourtant me dérange, je ne vivrais pas sans. Pas sans cette frénésie, cet appel sanguin, ce mélange de cultures et de saveurs, cet appel libre, cette impulsion impalpable.

Tout va trop vite, tout est trop plein, c’est ce que disent certains, ceux qui fuient la ville pour une maison à la campagne, avec un jardin. Nul ne nous demande d’adhérer à cette course folle, nous avons le pouvoir d’avancer à notre rythme, de profiter sans culpabilité, de danser selon le tempo qui nous sied. A nous de créer notre flow, unique et varié.

Crédit Marie Kleber

Quand le jour décline, Paris brille dans la nuit, m’offrant l’espace pour que je puisse retranscrire ce que je vis, ces rencontres sur un fil, ces liens invisibles, ces recréations magiques, cette énergie qui me guide sur une nouvelle toile attendant d’être travaillée!

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Challenge Ecriture 17

Je suis rentrée, la tête comme une pastèque, le corps fatigué. Pourtant je ne t’ai vu que quelques minutes tout au plus.
On a du échanger quinze phrases. Rien de bien terrible, que de la mécanique. Celle de la victime que tu es et du bourreau que je suis. Tu veux me faire croire que tu as changé, quand tout en toi, respire le mensonge. Tu penses qu’avec quelques pirouettes monétaires tu vas nous faire rêver.
Mais ce n’est pas ça, ça c’est du bouillon habituel, des mots faute de mieux, des promesses abracadabrantesques. Un appartement, une école haut de gamme, pourquoi pas un haras, une oliveraie, tant qu’on y est !
Rien de trop beau soit disant ! Pour ton fils, tes entrailles ! Mais tu n’es même pas capable d’aligner trois mots dans sa langue et tu voudrais qu’on oublie tout, qu’on te déroule le tapis rouge, qu’on dise « amen » les yeux fermés.

C’est pas tant cet air hautain que tu prends pour me parler, ce sourire hypocrite, ce tintamarre obsédant qui m’a filé le tournis.
C’est ce foutu ballon du PSG. Ce trophée. Cet objet pourtant insignifiant qui te place du côté des gagnants. Alors que tu ne fais que te pavaner, imiter, mimétisme de pacotille.
Ce sont tous ces cadeaux sans âme que tu lui refiles, comme pour redorer ton image.
C’est le vide de ton personnage, ton identité translucide. Tu n’es que ça, du vide.

Ce n’est pas parce qu’il est un tout jeune arbuste, en quête de racines, que tu peux jouer avec lui. Ses bases il les a et elles ne viennent pas de toi.
Est-ce que je suis heureuse de ça ? Non. Pourtant aujourd’hui j’ai compris que tu n’avais rien à lui offrir. Parce que tu n’as rien. C’est triste à dire, je ne pensais jamais pouvoir le dire de quelqu’un.

Il te faudrait plus qu’une potion magique, plus qu’un filtre enchanté, plus que tout l’or du monde, il te faudrait plus de mille vies pour compenser l’absence, le mépris, ta suffisance. Ils peuvent tous dire ce qu’ils pensent, je sens, je sais, qu’autour de toi tout n’est que nuisance. Ta présence n’est pas une menace, juste une longue plainte dont l’écho nous frôle encore parfois.

Mais lui et moi nous savons de quoi nous somme faits. Ta loi ne fait pas le poids.

Retrouvez les participations ici: Chez Mébul, Chez Josée

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Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte ou un poème dans lequel le dernier mot de chaque phrase devra être le premier mot de la phrase suivante. Hâte de voir ce que cela va donner! Au plaisir et amusez-vous bien!

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Se croiser

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Se croiser.

C’est ce que l’on fait si bien tous les jours. Dans nos quotidiens plus ou moins bien organisés. Dans nos cohabitations plus ou moins bien installées, dans nos vies plus ou moins harmonieuses, dans nos relations plus ou moins stables. C’est presque aussi automatique que le “ça va?” de circonstance, qui n’attend aucune réponse.

Se croiser, c’est juste partager un temps un périmètre commun, c’est un “bonjour” d’habitude, que ce soit la cuisine, l’escalier, le trottoir, un quai de gare, un bureau. Rien que du superficiel, rien qui ne nous tienne vraiment debout.

D’ailleurs se croiser c’est rapide et quand ça ne l’est pas, c’est sans âme. C’est histoire de dire que…On se connait, on se fréquente, on partage un morceau d’existence aussi infime soit-il. C’est rassurant finalement.

On peut aussi croiser son reflet dans le miroir, juste un millimètre de nous-mêmes. Pas de quoi en faire tout un plat. S’arrêter, prendre le temps, c’est déjà le début d’un engagement. C’est moins rassurant que l’éphémère.

J’ai croisé beaucoup de gens, j’ai aimé beaucoup de gens que je n’ai fais que croiser. Pourtant je crois en la sincérité des rencontres qui voient au delà des apparences, je fonds pour un échange coeur à coeur, je veux plus d’humanité dans les rapports humains, plus de profondeur.

Je ne voudrais pas qu’un jour nous ne fassions plus que ça, nous croiser, parce qu’alors nous aurions perdu quelque chose, peut-être bien pour toujours. Nous aurions perdu l’essence, l’essentiel. Nous serions alors deux étrangers comme ceux que nous croisons tous les jours et que nous avons l’impression de connaitre, alors même que nous restons sans arrêt à la surface des choses. A la surface, les sentiments sont faits d’une écorce aussi friable qu’une terre asséchée. Rien de bon ne sort d’une terre abandonnée.

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Challenge Ecriture 16

“Je savais que j’emporterais mes secrets dans la tombe. A moins que…”

A moins que?
Il m’avait regardé et j’avais senti comme une boule se former dans ma gorge. Je ne voulais rien savoir. Rien de rien. Je ne manquais pas de curiosité pourtant et j’étais plutôt friande de tout ce qui ne se dit pas. Mais là c’était différent. Je savais qu’il y avait quelque chose, quelque chose qui de génération en génération se léguait au moment du dernier acte et je voulais échapper à la malédiction.
Qu’il le garde son secret, à tout jamais enfoui entre le marbre et la terre. Qu’il s’endorme avec pour toujours.

Un secret ça ne se partage pas, maman m’avait appris ça, j’étais pas plus haute que trois pommes et je m’en souviens encore. J’en avais bien quelques-uns à mon compte, que j’avais conservé précieusement, des qui n’étaient pas bien méchants et d’autres qui n’étaient peut-être que des inventions de gamins. J’avais juré la main sur le cœur et le cœur sûr. Ils étaient sous bonne garde. Quant aux miens, rien que des petites cachotteries, pas de quoi alerter tout le quartier.
Dire ses secrets, et puis après. Laisser les autres en démêler les nœuds. Je n’étais pas pour. Je trouvais même ça lâche, comme une bombe qu’on jette à la figure de l’autre et qui détruit tout sur son passage.
Je savais que ses secrets avaient cette envergure-là, alors je partis et je le laissais seul face à ce qui l’effrayait le plus. J’avais choisi le camp de la vie !

Retrouvez les participations ici: Chez Sweet Things, Chez Josée, Chez Mébul

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Nous quittons les terres du secret et pour ce nouveau mois, nous allons explorer les mots, sous des coutures différentes!

Pour la semaine prochaine (17), je vous invite à écrire un texte comportant les mots suivants: pastèque, bouillon, translucide, potion, mécanique, arbuste, oliveraie, mimétisme, pirouette, tintamarre. A vos plumes! Et au plaisir de vous lire!

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Spirale inspirée

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Ca a commencé par un jour de pluie, quelques minutes d’ennui, une envie de sortir prendre l’air. Une lubie d’un instant, un loisir du dimanche. Ca ne durerait pas. Quelques jours tout au plus. Juste le temps de se laser, de descendre et remonter, nettoyer, bichonner. Ca finirait par passer. Une histoire de gamins, tout au plus.

Et puis non. Cette année, il a un an de plus et ses escargots sont devenus son moment de la journée, un moment de pause dans un quotidien en version accélérée. Il pense à eux au réveil et ne part pas se coucher sans être certain qu’ils sont en sécurité.

Au départ, c’était plutôt une corvée et puis devant l’enthousiasme des enfants, je me suis laissée porter par leur curiosité. Chaque jour nous en apprenons davantage sur les escargots, ces coquilles rigolotes, qui nous laissent bien souvent indifférents.

Il leur a donné un nom et a déjà ses préférés, ceux qu’il voudrait garder, quoi qu’il en coûte. Etre dans la cour là, présente à l’instant, je sais que beaucoup pensent que je perds mon temps. Pourtant j’ai le sentiment d’en sortir grandie de ce repli, de ce regard attendri, de cet émerveillement devant les spirales comme le début d’un enchantement qui me ramène au coeur de ce qui fait sens.

Ce n’est peut-être qu’un jeu d’enfant, alors j’ai à nouveau huit ans avec plaisir, je me laisse aller à buller au rythme d’une patience qui, ailleurs, laisse à désirer. Je me laisse envelopper de sérénité. Je m’accorde aux regards pétillants, comme si je fuyais un peu le monde des grands, mes émotions qu’un petit rien peut chahuter.

J’ai conscience de la naïveté de cette expérience et que ça puisse prêter à sourire. Pour autant, dans ce partage là, je trouve aussi ma place de maman, certes solitaire mais tellement riche. On apprend à chaque instant même des choses qui nous rendent un peu triste. Il y a dans l’air de juin une envie certaine, une urgence sanguine de vivre.

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Challenge Ecriture 15

Léo savait ce qu’il allait dire et à qui il allait le dire. Il savait aussi comment. En écrivant une belle lettre, comme celle qui se trouvaient dans la malle de grand-mère au grenier. Une lettre avec un stylo par contre parce que la plume et l’encre ne le mettaient pas du tout à l’aise.

Il allait tout dire à Théa. De A à Z et de Z à A. Martin lui avait dit que c’était le moment où jamais. Martin en savait des choses du haut de ses 1m50.

Sa lettre commencerait comme ça: “Chère Théa, aujourd’hui est un jour particulier car j’ai un secret à te confier.” Son secret c’était pas un truc inventé, ni quelque chose de mal. C’était un secret parce que personne le savait. Sauf Martin bien sûr. Mais Martin c’était pas les autres. Et Martin c’était pas quelqu’un qui disait du mal ou se moquait.

Sa lettre continuerait comme ça: “J’aurai bien aimé te le dire de vive voix mais bon il y a toujours plein de monde autour de toi. Alors voilà, je vais te dire quelque chose, pas quelque chose de grave ou de mauvais, pas une bêtise que j’aurai faite et cachée ou des gros mots que j’aurai dits dans la cour de récré. Mais avant de te le dire, j’aimerai bien que tu me promettes que ça restera entre toi et moi parce que les autres ils seraient peut-être jaloux de ce que je vais te dire et ça serait moche. Le secret serait gâché. Et je serais bien triste.”

C’était pas si facile que ça finalement de partager son secret mais Léo y tenait pourtant. Et puis Théa c’était différent. Allez, allez!

La lettre finirait comme ça: “Alors voilà, je trouve que tu es la plus chouette des filles. Quand je te regarde j’ai les jambes comme des flageolets et les yeux qui pétillent comme des bulles dans les verres des grandes personnes pour les grandes occasions.”

Martin m’a dit qu’il fallait pas tout dire la première fois, alors du coup je laisse un peu de suspense à la fin. J’en dis un peu sans trop en dire. J’espère qu’elle comprendra Théa. Même si elle a 15 ans de plus que moi et qu’elle m’appelle “gamin” quand elle me voit.

Retrouvez les participations ici: Chez Sweet Things

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Pour la dernière semaine sur le thème du secret (Semaine 16) je vous propose d’écrire un texte à partir de cette citation: Dire le secret d’autrui est une trahison, dire le sien est une sottise” Voltaire

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Challenge écriture 14

Texte à venir…

Retrouvez les participations ici: Chez Mébul, Chez Josée, Chez Sweet Things

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Pour la semaine 15, on va aller faire un tour du côté de l’enfance! Je vous invite à écrire un texte qui relate un secret d’enfant, que votre personnage raconte à un camarade d’école. Le personnage principal étant un enfant, le style devra s’accorder bien entendu!

A vos plumes ou vos claviers!

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Challenge Ecriture 13

« Louise m’avait permis de reconstituer l’idylle de mes parents coupables. J’avais quinze ans, je savais ce que l’on m’avait caché et à mon tour je me taisais, par amour.

Qu’aurais-je pu faire?

Tout dire et alors, laisser les autres, leurs regards et leurs jugements venir mettre à mal, pas seulement l’image, mais aussi tout ce qui composait notre vie. Je n’étais pas friand de secrets, je les voyais grignoter chaque jour tous ceux qui tentaient de jouer avec leur vérité, ceux qui conjuguaient des vies au pluriel, en pensant protéger ceux qu’ils aimaient. Je savais le poids et pour autant, je gardais pour moi ce qui relevait d’une autre histoire.

Est-ce que je devenais moi aussi, en gardant ce secret, coupable? Et de quoi? Beaucoup de points d’interrogation, comme ceux de l’histoire dont Louise ne m’avait conté que quelques bribes, qui, mises bout à bout, m’avaient permis de comprendre ce que les silences gênés de mon pères, les absences de ma mère signifiaient.

J’avais posé des mots sur tant d’autres jalousement gardés, sur une réalité fantasmée. J’aimais mes parents autant que je les détestais. Pour ce qu’ils m’avaient volé et la confiance, à tout jamais, abusée. Je ne pouvais plus les regarder comme avant. Quelque chose, sans cesse, me ramenait à un passé dans lequel je n’existais pas et qui pourtant avait posé les bases d’aujourd’hui.

Je me demandais déjà combien de temps je pourrais vivre avec ce poids, si il finirait par ne plus rien peser ou si, au contraire, il ne cesserait de gagner en intensité, jusqu’à ce que je n’ai plus d’autre issue que celle de le livrer. Mais alors à quoi bon? A quoi bon s’empêcher pour finir par tout balancer? A quelqu’un qui n’aura rien demandé et qui se trouvera dépositaire d’une véritable bombe à retardement…

Retrouvez les participations ici: Chez Mébul, Chez Josée

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Pour la semaine 14, l’idée s’est imposée d’elle même en dénichant ce matin même “le temps des secrets” de Marcel Pagnol dans une boite à livres.

La scène de votre prochain texte se déroulera devant une boite à livres. En choisissant un livre, votre personnage découvrira à l’intérieur une lettre faisant état d’un secret. Vous décrirez brièvement l‘environnement proche et l’état d’esprit de votre personnage, avant de nous livrer le contenu de cette lettre et des émotions qu’elle fait naitre chez votre personnage. Amusez-vous bien!

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Challenge Ecriture 12

Je ne peux pas écrire ce que m’inspire cette symphonie sans penser à toi. Toi dans ton fauteuil. Toi et Beethoven et tous les autres.

Je ne peux pas écrire ce que m’inspire cette symphonie sans que les souvenirs n’affluent, sans que les notes se détachent pour t’accompagner dans l’infini de ton repos.

Je revois maman, si fragile et nos bras qui l’entourent pour qu’elle ne s’effondre pas. Je sais reconnaitre l’endroit précis où ton corps disparait derrière le rideau et où ses sanglots se cognent contre l’invisible.

J’écoutais avec toi cette grande symphonie et tu m’as dit c’est le troisième opus que je veux pour partir, peu de gens le connaissent et pourtant il a plus de saveur que n’importe quel autre morceau de l’artiste fou.

J’écoute et je sais l’instant, quelque part tu es là, avec moi, comme si de rien n’était, comme si tu n’étais pas ailleurs. Je ferme les yeux alors, j’hume le goût particulier de cette grande musique, comme tu te plaisais à l’appeler. La musique classique n’a rien de classique!

Face à la violence de la fin, parce que tout n’avait pas été dit, ou dit trop tard, c’est votre histoire, je saisis la tendresse de ces quelques notes légères, si pleines de vie, celle d’un nouveau jour, d’un ultime “je t’aime”.

Retrouvez les participations ici: Chez Stephen Sevenair, Chez Marie Encre Nomade, Chez Sweet Things, Chez Mébul, Chez Josée

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Merci à tous et toutes pour ce beau mois et vos sorties de zone de confort que vous pouvez célébrer, sans hésiter!

Pour ce nouveau mois, j’ai envie d’explorer un thème: le secret! C’est un thème très prisé en littérature. Secret, mensonge, mystère. Qui croit et qui croire? Comment un secret nait, comment un secret vit, comment il disparait? Est-il toujours si secret? Combien de vies a t-il le pouvoir de changer, de détruire? Est-ce si simple d’être détenteur d’un secret? Doit-on le révéler ou pas?

Je ne vous cache pas que c’est un thème que j’apprécie énormément et je me rends compte qu’il y a toujours matière à l’explorer davantage.

Pour cette première semaine (#13), nous allons partir d’un livre que vous connaissez peut-être – Un secret de Philippe Grimbert que je vous recommande en passant – et d’une phrase, qui sera la première phrase de votre texte: Louise m’avait permis de reconstituer l’idylle de mes parents coupables. J’avais quinze ans, je savais ce que l’on m’avait caché et à mon tour je me taisais, par amour.

Bonne écriture et à la semaine prochaine!

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Challenge Ecriture 11

Je me trouve là, dans cet endroit désert, le silence tout autour, tout juste troublé par le bruit de la nature, sourd. Je l’attends.

Mai 2007

Elise et moi adorons cet endroit, reculé, loin du monde, ses interdits, ses murs hauts et son histoire à inventer. Une vieille maison bourgeoise que certains disent hantée. Ses fantômes doivent nous aimer pour toujours nous accueillir avec le sourire. Nous sommes riches d’une histoire aussi douce qu’un fleuve tranquille. Cinq ans, cinq ans d’un bonheur sans nuage qui fait dire à certains que ça ne durera pas, qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas comme il faudrait. Elise et moi nous nous aimons comme au premier jour.

Mai 2014

Elise et moi, nous pensions que tout irait toujours. Pourtant c’est à cet endroit précis qu’elle m’a posé une question, à laquelle je ne m’attendais pas du tout, “Toi et moi, on va où?” En tournant les yeux pour échapper à la réponse, je me suis retrouvé devant un mur, un grand mur couvert de tâches rouges. Était-ce l’œuvre d’un peinture fou, plein de rage? Ou bien le sang de quelque squatteur passé à tabac? Je ne me suis pas approché. Le mur et sa réponse étaient terrifiants. Elise est repartie sans un mot et cet endroit chéri est devenu maudit.

Mai 2007

Elise et moi nous aimons mal. Comme beaucoup. Nous ne le savons pas, comme beaucoup. Nous ignorons les signes, les petits grains de sable, nous avons pris des habitudes de vieux couple même sans vivre sous le même toit. Nous faisons moins attention. Elise entretient une relation ambiguë avec son ex. Et moi avec mon boulot. Mais tout est beau sinon. Tout est lisse. Tout est envie et plaisir. Pas de belles promesses ni de projets d’avenir. D’ailleurs pourquoi il faudrait des projets? Pourquoi il faudrait s’engager? Elise et moi sommes sur la même longueur d’onde, nous marchons côte à côte sans but. Ca nous convient.

Mai 2014

Elise voulait autre chose et je ne l’avais pas vu. J’avais compris trop tard. Je lui en avais voulu, bien sûr, et puis je lui avais reconnu le courage d’avoir mis fin à cette histoire, non dénuée de sentiments, mais vouée à un “à peu près” qui n’était juste pour personne. Si bien que quand j’ai rencontré Sarah, je savais que ce serait différent, que ce serait plus fluide. Sarah et moi, c’était les montagnes russes, au moins là, personne n’y trouvait à redire. Sarah tenait à son indépendance et cela m’allait bien, un peu désabusée par ses précédentes expériences, elle ne souhaitait pas tirer de plans sur une potentielle comète. Sarah adorait les balades improvisées dans des lieux reculés. Ca nous faisait un point commun!

C’est elle qui m’avait donné rendez-vous là, dans cet endroit. J’avais ressenti comme des frissons à l’idée de revenir sur la scène d’un drame. Le mur était désormais blanc. Des couches pas très uniformes, qui donnait au lieu un cachet médical. C’était peut-être ici que les autopsies de mes amours étaient vouées à se tenir. J’avais peur, peur que Sarah me pose la même question, peur de me prendre le mur une fois de plus. Non, c’était impossible, Sarah et moi, c’était du solide, une histoire qui tenait la route. Je n’avais pas fait les mêmes erreurs qu’avec Elise. Je commençais à faire un petit tour d’horizon des derniers mois, histoire de me rassurer. A Sarah, j’avais même proposé de vivre ensemble, faisant fi de mes angoisses. A Sarah, je disais les choses, même celles qui me paraissaient ridicules. A Sarah, j’offrais des voyages. Nous étions plein d’idées nouvelles tous les deux!

Dans cet espace comme mort, tout juste maintenu en vie par la faune, la flore. La nature pousse et repousse les frontières du mystère. Je l’attends.

Retrouvez les participations ici: Chez Mébul, Chez Sweet Things, Chez Josée, Chez Justine

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Pour la dernière semaine sur le thème de la musique, je vous propose de la musique classique, la 9e symphonie de Beethoven – 3e mouvement. Les règles sont les suivantes: écrire un texte (pas de poésie) à la première personne du singulier. Le texte ne devra pas parler de la musique en elle-même mais de ce qu’elle évoque pour vous, ce qu’elle fait naître comme image(s) et émotion(s).

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Challenge écriture 10

Comment écrire sur cette musique, que je connais, non par coeur car les paroles m’échappent, mais par le coeur, ce qui est différent, comme un héritage.

Il était une fois l’histoire de cette terre, au loin les falaises de Moher, battues par les vents. Une petite ile verdoyante et la certitude d’avoir trouvé une des clés pour comprendre le sens de l’existence.

Respirer, se laisser porter par ce chant riche de symboles et se laisser aller à une danse éphémère, bras ouverts vers le ciel. Quelque part, la paix, l’indépendance scandée comme une seconde liberté. Inis Mor me regarde, avec ses vagues gigantesques et son espérance intacte. Ici le trèfle pousse sans qu’on s’y attache, certains que la chance est à portée de silence.

Sur cette terre, loin du continent, péninsule hybride au goût de sel et de sacré, règnent la conscience et la connaissance du monde. Ile de mystère et de magie. La nature est pourvoyeuse du savoir éternel, transmission intemporelle.

Encore faut-il pouvoir se risquer au-delà des croix, au-delà du connu, traverser le calcaire et s’approcher des coutumes avec courtoisie. Encore faut-il pouvoir sentir la souffrance du peuple, et écouter couler le sang des morts dans la voix des vivants. Encore faut-il être prêt à faire face humblement aux dolmens sacrés, géants de pierre aux pouvoirs infinis.

Une fois les porte passées, la terre devient ce qu’elle a toujours été, terre d’accueil, il suffit de s’asseoir dans l’herbe mouillée par la dernière pluie de la journée et contempler le soleil couchant sur les toits des skelligs.

Retrouvez les participations ici – une vraie évasion: Chez Mébul, Chez Josée, Chez Sweet Things

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Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte sur cette musique – pas de paroles cette fois-ci. La scène doit se situer dans un paysage/ site URBEX. Je vous mets un lien sur un site qui parle de ce sujet, si vous ne connaissez pas: https://urbexsession.com/france

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Challenge Ecriture semaine 9

Je serais là, posée sur le rebord de la fenêtre. Je ne ferais pas de bruit, je ne réveillerais pas la maison. Tout sera silencieux autour, seule la végétation pourra m’apercevoir. Elle restera muette, la nature comprend les secrets.

Je resterais là, pendant la nuit, à te regarder dormir, le corps au repos. Je contemplerais tes rêves à l’extrémité de ta peau. Je dessinerais sur ton sommeil des sillages comme autant de routes à parcourir au lever du jour.

Je serais, comme une étoile au firmament du ciel, un infime brin d’atmosphère. Je passerais juste, juste comme ça, pour m’assurer que tout va. La lune me procurera la lumière nécessaire pour saisir plus qu’un battement de cœur. Je découvrirais ton décor, ton confort, tout ce qui ne m’est pas accessible.

Je resterais là, le temps qu’il faudra. Puis aux première lueurs de l’aube, je m’éclipserais. Un peu comme une voleuse de soupirs. Je t’emporterais avec moi pour les jours sans toi.

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Retrouvez les participations ici: Chez Sweet Things, Chez Mébul, Chez St Jerem, Chez Justine, Chez Josée

Pour la semaine prochaine (10), on va voyager du côté d’un pays cher à mon cœur. Les consignes sont les suivantes: écrire un texte court à partir de la chanson ci-dessous en intégrant les mots suivants: ile, falaise, transmission, trèfle, indépendance, héritage, dolmen, coutume, symbole, péninsule.

Au plaisir de découvrir vos créations lundi prochain!

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Tu en as de la chance!

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Peut-être.
Souvent ces mots sonnent un peu comme une accusation. Je l’ai souvent vécu de cette façon. Comme si tout avait été simple entre nous!

Je ne parlerais pas de chance, plutôt de courage, de générosité, de résilience, d’œuvre commune. J’opterais pour opportunités, celles créées à partir de presque rien, de beaucoup de non-dits, de peurs, de silence, de mots qui blessent.
Je parlerais d’engagement, de remise en question, d’un chemin fait, chacun à son rythme, avec ses propres moyens.

Si j’ai de la chance, alors je l’ai créée. Nous l’avons créée. Tous ensemble. Pas en même temps.
Ca a été compliqué, douloureux, on a eu envie d’arrêter, de tout lâcher, de partir, de tracer notre route les uns sans les autres.
Couper les ponts n’est pas toujours la solution. Parfois c’est vital. Parfois, il y a autre chose, quelque chose de plus pur, de plus fort, quelque chose qui vient pas à pas faire bouger les lignes, même celles de ceux qui ne voulaient rien céder.

Si nous avons de la chance, alors elle n’est pas le fruit du hasard, elle est née d’un pari, celui qui veut que rien n’est définitif, celui qui dit qu’après l’orage…
Nous l’avons méritée, à la peine des jours gris, au chagrin des incompréhensions, à l’impression fade de ne pas y arriver, de ne pas réussir à avancer les uns vers les autres, les uns avec les autres.

Alors oui, peut-être que c’est de la chance, mais cette chance là, elle est alors à la portée de tous. Nous pouvons tous être créateurs.
Nous pouvons tous, non seulement la toucher du doigt, mais aussi la prendre à pleines mains.
Il ne tient qu’à nous de rendre les choses possibles. Pas d’un coup de baguette magique. Avec de l’investissement, la conscience que tout arrive en son temps, que les graines plantées finissent par produire des fruits, des fleurs, en acceptant les cycles, les débuts, les fins, les sensations inconfortables, les pas en arrière, les murs, les recommencements. Toujours.

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Vivre sans projet, j’adore!

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En ce moment, ce que la plupart des gens trouve difficile, c’est la difficulté à se projeter. Demain déjà. Dans les semaines et les mois à venir.

Pour moi, c’est une aubaine! Je suis tombée dans le grand bain des projets comme beaucoup, à l’aube de l’âge adulte. L’enfant vit l’instant, il ne se préoccupe pas de ce qui adviendra, il est pleinement dans ce qui est. Et quand il est dans autre chose, c’est qu’une partie de son insouciance a fichu le camp.

Les projets m’ont toujours fait l’effet d’un engagement, ont toujours été plus ou moins doublés d’une attente, ont été déçus parfois et source de motivation aussi. Les projets m’ont tenue à flot quand je perdais pied, ont été une bouée de secours dans la tempête, un phare dans la nuit, un guide les jours de pluie.

Je n’ai jamais été en manque d’idées, d’envies, et pourtant au fur et à mesure du temps, je m’en suis lassée. Comme si au fond, mes projets venaient combler un vide et m’éloignaient de la vie d’ici et maintenant. Comme si je cherchais à tous prix à échapper à ce face à face avec moi-même!

Si je prends le temps de regarder les projets dans les yeux, je me rends compte que je n’ai jamais été vraiment à l’aise avec eux. J’ai fait comme si, parce que les autres en faisaient et que je me disais que ça devait être important d’en faire, en gros que c’était ça, devenir grand, adulte, responsable!

Alors je m’y suis collée. Pourtant toutes les grandes décisions que j’ai prises dans ma vie n’ont été le fruit que de mon intuition. Je n’ai rien planifié, rien envisagé, tout s’est dessiné après un pas en avant. Le reste à suivi.

Les projets s’inscrivent dans un temps que je ne maitrise pas. Ils me perturbent pour être tout à fait honnête! Ils demandent de prévoir sur le long terme quand je ne sais pas encore ce que je souhaite faire pour le weekend!

Alors je dois dire que depuis quelques mois, je savoure de n’en avoir aucun. Je savoure d’être là et de vivre ce qui se présente. Je me saoule de présent, un présent qui prend des allures de grand et qui m’offre le meilleur. Je pense moins à demain ou au jour d’après. Je laisse mes idées prendre leur place sans les bousculer.

Je ne sais pas où je vais, où je veux être, ce que je veux avec une précision d’orfèvre. Je n’ai jamais su, j’ai juste essayé, pour appartenir à une identité. Je ne sais pas et je me sens bien, parce que je ne fais plus semblant. Demain est un autre jour, page blanche aux reflets mystérieux! Tout est possible et c’est ce qui fait pour moi le charme de la vie!