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Atelier d’écriture #23

L’impact avait été brutal. Comme tout ce qui touchait de près ou de loin à sa vie en général. La chance n’avait pas frappé à sa porte, un peu comme pour beaucoup de jeunes filles dans son pays. A la maison, personne pour se soucier de son sort, pas même sa mère qui semblait depuis longtemps avoir rendu les armes d’un combat qui la dépassait. On la disait paresseuse quand elle n’obéissait pas, quand elle rechignait à servir ses frères. On la disait fantasque, dans la lune, particulière en somme. Elle rêvait de prendre son envol, de partir explorer le monde, de traverser les hémisphères, porter des créoles héliotropes et des bas indigo, à la place de son foulard noir.
Foulard maudit. Une aliénation, une privation qui lui imposait d’être une fois de plus ce qu’on attendait d’elle.
Et puis il y avait un mouvement quelque part, une faible secousse, comme un tremblement qui ne voulait pas faire de dégâts. Il y avait eu des femmes et des hommes cette fois qui étaient sortis, qui avaient pris d’assaut la rue, sans faire de bruit au début. Des hommes, c’était surtout ça qui l’avait surprise, des hommes qui disaient non à ce satané fichu noir, à cette odieuse mascarade qu’était leur vie à tous, d’un ton affirmatif qui virait au vindicatif. Des alliés enfin qui lui offrait un sas dans lequel elle pouvait rêver d’un autre monde, parcourir les possibles d’un battement de cil.
Elle s’était faufilée dans la nuit, avant que l’aube ne vienne découvrir ses pas, avant que les regards ne se lèvent sur son imprudence. Les cheveux libres pour la première fois, volants au vent, tels des vagues brunes sur une mer tourmentée. Elle s’était glissée jusque dans la foule, inconnue et fiévreuse.
Puis le taxi, le choc et le noir, encore…

Retrouvez ici les participations de la semaine: Chez Josée, Chez Ghislaine, Chez Isabelle-Marie, Chez Jamadrou

Pour la semaine prochaine, je vous laisse écrire un texte à partir de la phrase ci-dessous (qui m’a fait sourire!) Au plaisir!

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Essayer encore et encore

credit @mariekleber37

J’ai beaucoup de choses pas très loin, des petites choses qui touchent, qui font que le tempo n’est pas toujours aussi juste qu’on le voudrait. Des petits riens qui se bousculent et qui parfois créent un tourbillon. Enfin, des choses un peu douloureuses quand même, quelques souvenirs qui viennent me chahuter et des voix aussi qui viennent jouer avec ce que j’ai de plus fragile – cette faculté que j’ai de presque m’excuser de vivre.

Je m’excuse de tout, depuis près de 42 ans, je m’excuse de peut-être déranger, de ne pas avoir les bons mots, la bonne attitude. Je m’excuse de rire, de pleurer, d’espérer. Je m’excuse d’être un peu, un peu trop. Je m’excuse sans cesse jusqu’à disparaitre, ne pas faire de vague surtout, reprendre ma place près de la fenêtre qui donne sur la cour, rêver à ma guise, imaginer ce que ça serait si…

Je m’excuse et je repars, je fais en sorte que tout aille. Je me tais quand ça bout à l’intérieur. Je fais en sorte que la colère se noie dans un “pas si grave.” Je ne dis rien qui pourrait créer une tempête et qui me laisserait KO. Je rumine un peu et puis ça passe. Mais ça laisse des traces. Et ce sont ces traces qui reviennent en ce moment, qui me font presque que dire que j’ai 9 ans. Ces traces de l’enfance, du tableau noir, des humiliations devant la classe, traces des notes que je dissimule, du mal-être que je maquille avec un joli sourire, traces de ce qui n’a plus d’âge.

Finalement ce “sans vague” qui me pèse parfois c’est aussi ma sécurité, ma sérénité. Je me suis affirmée et ça n’a rien changé. Alors je laisse passer, filer, je me laisse le temps d’avoir quelques égratignures, de lâcher prise, de me laisser être. Je retourne à ce que je suis qui ne fera jamais l’unanimité. Mais qu’importe. Il faut que j’accepte de ne pas toujours faire les bons gestes ou les bons choix, de ne pas être si adaptée, de rire trop fort, de pleurer dans mon coin. Il faut que j’accepte que mes mots ne portent pas, pas très loin, qu’ils soient mis de côté parce qu’ils gênent peut-être, même si en soi ils ne disent rien de mal, ils expriment juste ce que je pense, sens, ressens, estime juste.

Finalement je retourne irrémédiablement à ce que je respire. La vie. En essayant de ne pas emporter une culpabilité qui ne m’appartient pas. En essayant d’être de moins en moins ce que l’on attend de moi. C’est loin d’être évident, c’est même très délicat!

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Atelier d’écriture #22

Ca se glisse partout, ça esquisse plein de petits sourires, ici et là, du temps d’avant et d’aujourd’hui. C’est doux l’odeur de ta peau, de talc parsemée hier, de gel douche aromatisé quand sous la douche tu passes tel une fusée. Une odeur qui se pare des rêves de la nuit et des émotions du jour, toute en contrastes et en amour. C’est tendre le parfum qui se love sous mes narines dans un câlin. Tout me revient, premiers matins peau contre peau, premiers instincts. Cette odeur de toi ne se définit pas, elle est comme un baume qui me soutient, un sentiment qui me retient dans un monde d’effluves enchanteurs.

Découvrez ici les participations riches de senteurs: Chez Jamadrou, Chez Josée, Chez Isabelle-Marie, Chez François.

Pour la semaine prochaine, place aux mots, car je sais que certains participants les affectionnent particulièrement. Je vous invite à écrire un texte avec 5 mots commençants par “par” et les mots suivants: allié, hémisphère, impact, taxi, héliotrope, chance, envol, affirmatif, créole. Amusez-vous bien!

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Un bon sujet d’écriture

Credit @mariekleber37

Placer quelques idées, Léonore savait faire. D’ailleurs elle le savait très bien. En société, elle excellait dans l’art de parler de tout et à tous, sans s’appesantir. Dès qu’une conversation devenait trop précise, elle s’éclipsait, prétextant un malaise quelconque, un besoin de prendre l’air. Elle détestait tous ceux qui parlaient pour ne rien dire et ceux qui ne parlaient pas. Léonore avait son public, un mix de femmes d’un certain rang et d’hommes qui la prenaient pour une déesse. Contrairement aux épouses de ces hommes, Léonore ne se dandinait pas dans des robes trop serrées, ne se divertissait pas en regardant des sitcoms Américains, ne prenait aucun plaisir aux déjeuners composés de salade et de graines, pendant lesquels on parlait mal des autres et n’appréciait aucunement les jérémiades inhérentes aux courbatures qui succédaient aux séances de sport, pour avoir un ventre plat et des fesses rebondies.

Léonore n’était pas les autres et comme sa mère le lui avait souvent répété durant des années, il fallait y voir un coup de chance du destin. Les femmes qui rentraient dans des cases ne faisaient pas de bon sujets d’écriture!

Voici mon texte pour l’atelier de Ghyslaine, avec les mots: Salade, comme, placer, quelques, écriture, courbatures, certain, faire.

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Atelier d’écriture #21

On ne lui connaissait pas de nom mais dans le village les rumeurs allaient bon train. C’est bien connu les rumeurs, ça part de rien et ça fait des ravages. C’est bien connu et pourtant on se laisse prendre, on se confie. Ce qui n’était qu’un petit mot au début devient un grand souffle et puis un énorme n’importe quoi. La rumeur enfle et comme la lave du volcan détruit tout sur son passage. La rumeur c’est comme un enfant en colère qui ne contient plus rien, une petite vision d’enfer sur terre. Et dans un village où les murs sont de papier, où les portes restent ouvertes, où les gens se croisent sur la place centrale, la rumeur n’a pas le temps de se poser, elle grandit sans y être invitée, elle se métamorphose en monstre aussi tôt qu’un passant a le dos tourné. Elle se gave de la crédulité des uns, déguste la culpabilité des autres et sans crier gare tue à bout portant. Mieux vaut ne jamais la laisser naitre!

Quelle reprise! Retrouvez vite toutes les participations: Chez Ghislaine, Chez Isabelle-Marie, Chez Josée, Chez Sandra, Chez Jamadrou

Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire de la poésie en prose (Ce genre se caractérise par sa brièveté, une apparente simplicité mais une densité bien réelle, une unité thématique, un jeu sur les images et une recherche de musicalité), sur le thème de l’odorat.

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Face à sa solitude…

Au gré des mots sur l’écran, je sens la solitude qui déborde, sur le trottoir se prend le bitume froid ou brûlant. Quand le “deux” fait défaut, même mal boutiqué, même mal vécu, l’autre semble parfois la clé de voute, la seule alternative au vide que l’on sent au hasard d’un couloir, devant la table du salon, le réfrigérateur trop grand, la table autour de laquelle on ne veut surtout pas s’asseoir pour ne pas se rappeler qu’en face hier il y avait une présence, aujourd’hui plus rien.

Je ne sais pas cette solitude là, moi elle me tient, elle me soutient, elle est mon élan quand le monde autour se presse autour d’un verre en terrasse, se visite, se fête. Je ne sais pas la peur du silence dans la maison, moi il m’apaise, il me convient, il me contient. Je ne sais pas alors j’imagine, je m’approche de la peur, j’essaie de saisir le où, le quand, le “sans” devient terreur, quand face à ce qu’on ne peut nommer, on perd de sa vie jusqu’à parfois vouloir esquiver, partir d’un coup.

Ca je le comprends le trop plein de peine, la nostalgie qui brûle et empêche, la mélancolie de l’avant et les blessures qui ressurgissent quand plus rien ne semble aller dans notre sens. Ca je le sais, je me souviens de cette douleur qui étreint et le si peu qui retient. Alors face à la nuit on se demande si ça ne sera pas la dernière. Il suffirait de presque rien pour basculer.

Derrière l’écran alors, je scrute les mots et je me demande si tout va basculer. Je cherche alors ce qui pourrait, non pas remplacer l’absence, juste donner un peu de substance à la vie qui s’ennuie, pas seulement, qui se fracasse doucement. Je cherche ce qui pourrait nourrir ce qui se meurt, sans être brusque, sans trop d’optimiste, juste ce qu’il faut pour que les mots se fassent moins violents, que le coeur retrouve un peu de couleurs.

Mais je sais déjà que je ne dirai pas qu’il faut apprendre à apprivoiser la solitude, qu’elle est amie avant d’être ennemie, je n’oserai pas la langue positivo-bienveillante car la souffrance ne la tolérerait pas. Je n’irai pas disserter sur la nécessité du “face à soi” car je sais que nos personnalités ne s’imitent pas.

Je laisserai les mots d’amitié glisser sur l’ardoise des jours de pluie, de mieux aussi, quand un petit rayon vient donner envie d’y croire pour quelques heures, laissant de côté la douleur. Je leur insufflerai un brin de magie pour qu’ils atteignent leur cible en atténuant la solitude, en diminuant l’angoisse, en important un peu de plus dans le moins.

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Atelier d’écriture #20

L’atelier reprend du service après une pause estivale qui a joué les prolongations. Je vous retrouve avec plaisir et vous propose, pour la semaine prochaine, d’écrire un texte à partir de la phrase d’introduction suivante: “On ne lui connaissait pas de nom mais dans le village les rumeurs allaient bon train…”

J’espère que cela vous inspirera. En attendant, à vos plumes et vivement mercredi prochain!

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Un heureux évènement

Il y a eu ce temps où l’annonce d’une grossesse, d’une naissance me laissait au bord des larmes. Je sentais comme mon cœur se déchirer. Et personne ne semblait comprendre ce cataclysme, cet impact brutal, ce vide abyssal dans lequel je plongeais tête la première.

En 2012, quand je suis rentrée en France, le cœur vide et mon ventre plein, pour me rassurer, on m’assurait que la vie n’était pas finie, que j’aurai d’autres enfants. Mais la vie est passée et mon ventre est resté vide.

J’ai mis du temps à intégrer qu’il me fallait faire le deuil de cette famille dont j’avais rêvé, de ce deuxième enfant qui ne viendrait pas, qui n’existerait jamais que dans mon esprit. Un deuil que j’ai fait seule, jour après jour, comme tant de femmes. Un deuil comme une traversé du désert, à ne pas pouvoir s’émouvoir, à travestir la vérité, à compter les années pour pouvoir se dire “trop tard”, à ne plus savoir se réjouir pour les premiers, les deuxièmes et les troisièmes…

Puis, attendre que ça passe. Ecrire, vomir l’inexistant. Faire sortir le mal. A tous prix.

Et apprendre deux naissances à deux jours d’intervalles, sentir la nouvelle se frayer un chemin, la joie se mêler à l’émerveillement, se sentir de nouveau ouverte à la vie, celle qui nous avait désertée, celle qui faisait si mal en ne faisant rien.

Réaliser que la blessure est apaisée.

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Il m’arrive de…

Credit @mariekleber37

Il m’arrive encore de me sentir en marge de son monde. Comme un morceau de terre brinqueballé par ses propres vents contraires, un navire dont l’ancre se tient loin du port, pour ne pas effleurer les contours d’une solitude tantôt sereine, tantôt subie.

Il m’arrive de m’absenter pour me protéger, de m’en remettre à l’instant sans pensée de ce qu’il pourrait être ou faire, sans imaginaire. Et vient ce laps où le temps n’est plus la donnée d’aucune équation. Je ne suis que dans la liberté offerte par ce qui vient.

Il m’arrive de me demander ce que ça ferait si…

Et puis il est de nouveau entre deux mondes, presque à portée de voix, et mon cœur s’emballe, et mon esprit s’échauffe et mon corps entier se meut en pulsations frénétiques de désir. Je ne suis plus cette terre à moitié décrochée de la sienne. Le chaos des sentiments revient en force et il me faut retrouver le chemin, faire taire ce qui me fait encore trembler pour ne retenir que ce qui me fait toujours vibrer.

Il m’arrive de me demander comment tout cela est encore vivant, après la distance, les secousses, l’effondrement régulier de mes ressources, après les peurs et les secrets. Après les voix des autres, celles qui murmurent l’indécence et mes fêlures. Après ma propre voix/voie soumise à tant de paradoxes, qui se cherche toujours.

Il m’arrive de prier Chronos et son temps, lui demander de m’en laisser davantage, pour ne plus avoir à compter soigneusement l’attente, à soigner singulièrement la présence.

Il m’arrive de ne plus trop savoir où j’en suis ni à quoi j’aspire, de vouloir plus tout en sachant que ce n’est pas une solution viable. Mais alors je croise son regard, et je me dis que quoi qu’il m’en coute de doutes et de peurs, de remises en question, de sensation de faire tout ou presque de travers (pas comme les autres en tous cas), ‘nous’ deux ça à le mérite de m’offrir des instantanés de pure joie et de jouissance délicate.

Alors mes choix m’apparaissent soudain, non pas censés, mais justes et libérateurs.

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Confidences

Nous nous sommes livrées, comme les amies savent le faire, sans limite et sans fard. Vingt ans et plus de nous, vingt ans et plus avec ses hauts, ses bas, ses montagnes russes, ses séparations, ses départs, ses fous rires, ses joies, ses quarts d’heures en suspens, ses naissances. Très peu d’ombres au tableau de notre amitié.

Tout semble si simple quand on est ensemble, quand on peut tout se dire, jusqu’au plus intime, jusqu’à l’intérieur de nous, aux minuscules particules du chagrin qui nous bouscule et aux poussières d’étoiles qui nous consument. Parler de nos espoirs et de nos abandons, de ce que l’on garde secret tellement cela semblerait suspect au premier regard de quelqu’un qui ne nous connaitrait pas.

On s’est tout dit, du plus simple au plus complexe. Rien n’échappe aux confidences quand on commence, quand on lance la machine, quand des larmes se glissent et des maux se déchirent, quand nos langues ne se parent plus de masques, quand nos yeux ne cachent rien.

On s’est dit même ce que l’on ne se dit pas, emportées que nous étions par l’instant, on a dit nos blessures et nos petites failles quotidiennes, les fêlures qu’on se traine pour faire comme les autres, les engagements que l’on fuit pour ne pas se blesser, les mensonges sans importance qui nous gardent les pieds sur terre même si le cœur est brisé par endroits, même si il ne tient plus trop en place parfois.

Des confidences comme les tresses d’un lien qui défie nos modes de vie, nos choix, nos personnalités si variées, nos besoins si différents. Confidences qui nous tiennent chaud les jours de doute et nous confortent dans l’assurance qu’ensemble nous sommes fortes malgré les aléas de la vie. Envers et contre tout, unies!

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Atelier d’écriture #19

Léa le regarde entrer dans l’eau. Il dit qu’il sait, où se trouve la source, qu’il l’a rêvée à demi dans l’obscurité de ses songes. Elle le laisse faire, le laisse s’approprier l’espace, un souffle d’air chaud à portée de regard. L’eau, là où il se trouve, se charge d’éléments indistincts qui forment comme un nuage de poussière. Il ne semble pas le remarquer, alors qu’elle ne voit que ça, cette vague opaque qui s’accumule et gâche le paysage. Elle appelle son nom mais rien ne sort, tout est froissé autour d’elle, d’eux. Elle sent déjà qu’il lui échappe…

Retrouvez ici les textes de cet atelier: Chez Josée, Chez Isabelle-Marie

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Je vais mettre l’atelier en pause le temps de l’été, car je suis peu présente ici, occupée voir très occupée ailleurs. Je vous souhaite de belles et douces vacances! Et vous dis à très bientôt!

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Atelier d’écriture #18

“Oui puisque ce soir on en parle, puisque ce soir tu me le demandes sans détour, je serais même prêt à aller jusque là, à faire ça pour toi, tu as l’air de tellement y tenir, ça à l’air si important pour toi, alors si ça peut te faire plaisir pas d’état d’âme, je te suivrai, je ferai ce que tu me diras.

Je me demande quand même comment nous en sommes arrivés là, à cette idée farfelue. Je fouille ma mémoire à la recherche de cette discussion que nous avons eu et qui revient sur la table ce soir. Un truc d’envies et de fantasmes. Est-ce que je m’attendais à ça? Pas le moins du monde. Je pensais que tu me sortirai un bon vieux cliché: l’ascenseur, la voiture, la forêt la nuit ou encore un lieu bondé en plein jour. Oui c’est ça, du classique, voir un truc un peu barré de soumission ou de te faire l’amour sans te toucher. Tu vois, j’avais déjà plein de scénarios en tête.

Et d’ailleurs où as-tu pu pêcher cette idée? J’aurai dû aller jeter un coup d’œil dans les magazines que tu ramènes toutes les semaines et qui me font l’effet d’être de la guimauve de bazar. Ils t’en vendent du rêve inaccessible devant lequel tu baves comme une adolescente transie.

Enfin, maintenant que j’y suis, plus le temps de maudire les journalistes ni de faire marche arrière. Chose promise, chose due, je ne suis pas du genre à renoncer. Alors comme je suis un amoureux aux petits soins, je vais te lécher un à un les doigts de pieds comme tu me l’as demandé avec un sourire espiègle. Mais sache que ce n’est vraiment pas ma tasse de thé!

Retrouver les textes ici: Chez Ghyslaine, Chez Josée, Chez Isabelle-Marie

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Merci de votre patience pour cet atelier. J’ai été prise par des affaires personnelles ces dernières semaines et je n’ai guère eu de temps pour cet espace. Je reprends mes bonnes habitudes tout doucement. Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte à partir de cette photo – Crédit Olivier Reynes

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Atelier d’écriture #17

Les souvenirs, un mot qui fait froid dans le dos pour tous ceux qui s’y perdent aisément. Alice est de ceux là. Elle compte les petits papiers de toutes les couleurs qui jonchent la table du salon, tous ces instants de vies vécus à deux dans un temps qu’elle ne connait plus. Lui, il va, il vient, il n’est plus d’ici. Il s’arrête parfois pour la regarder dormir et il s’en va serrer le corps d’une autre dans ses bras.

Sur un des papiers, un voyage en Grèce. Sa jupe longue contre sa peau nue, le soleil très chaud, la mer comme une nappe de soie autour de leurs corps jeunes et ce sourire qui chahutait ses plus intimes pensées.

Sur un papier vert, le premier plus, premier enfant. Le premier matin d’une vie à trois. Premiers pas d’une vie qui espère le meilleur. Deux regards fixés sur le merveilleux.

Un papier rose l’embarque dans un gîte du Sud, l’odeur de la Socca et le chant des cigales, les conversations interminables entre amies à refaire le monde, réinventer les sentiments.

Puis un jaune comme les tournesols du champ d’à côté, un rouge pour le vin des grandes occasions, un bleu comme le ciel au dessus des promesses, un blanc pour sa robe de tulle, un gris pour les jours de pluie passés sous la couette.

Des souvenirs, elle se dit, qu’elle devrait réécrire pour peut-être rattraper l’amour qui sauve les apparences mais qui fuit. Cette fuite là elle ne sait pas si elle y résistera.

Retrouvez les participations ici: Chez Isabelle-Marie, Chez Marinade d’Histoires, Chez Josée

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Pour la semaine prochaine, je vous invite à commencer votre texte par la phrase suivante (tirée du livre: de Serge Joncour combien de fois je t’aime): “Oui puisque ce soir on en parle, puisque ce soir tu me le demandes sans détour, je serais même prêt à aller jusque là, à faire ça pour toi, tu as l’air de tellement y tenir, ça à l’air si important pour toi, alors si ça peut te faire plaisir pas d’état d’âme, je te suivrai, je ferai ce que tu me diras.”

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Ce que j’ai tu, ce que j’ai dit

J’ai tout dit au vent, aux arbres et aux roses, aux ailes dorées et au chant mélodieux de l’oiseau. Tout dit au ciel et à la terre, à la mer et ses vagues, aux morts et leurs âmes

J’ai tout dit au temps qui passe, envoyé valser les secrets qui lassent, toutes ces petites hontes que l’on se traine. Et qui finissent par fendre nos cœurs en minuscules particules de haine.

J’ai tout dit pas à pas. En laissant suspendues les sempiternelles questions des autres. Chacune avec son lot d’attente qui ne pouvait être comblé.

J’ai dit ce que j’ai tu pour me protéger. Et pour ne pas m’avouer surtout que ce silence contenait toutes mes insuffisances.

J’ai tout dit au vide, aux prières, au soleil, aux champs verts, à l’horizon embrumé.

Puis j’ai tout dit aux humains, à leurs points d’interrogation, à leur mutisme qui me donnait tort, à leurs valeurs qui chahutaient les miennes, à leurs regards qui trahissaient cette opinion, souvent si haute – trop haute, qu’ils avaient pu avoir de moi et qui d’un coup se fendait en deux ou en mille.

J’ai tout dit sans ciller pour ne pas prolonger le verdict. J’ai dit les failles du système de mes pensées, les peurs qui ne se montrent pas, les choix de vie désordonnés, les sentiments maladroits, tout ce qui a nourri cette sensation de n’être pas assez.

J’ai dit mes maladresses et mes tourments, au fil des aveux. Tous ces demi-vérités gardées comme des bombes, ces réalités maquillées pour que les yeux ne se chargent pas de buée, pour que ma place ne devienne pas nuée de poussières.

Il reste à lâcher, à oser, à faire danser, les mots, les maux et tous ces à peu près pour ne pas offenser, faire pencher la balance en ma défaveur. Il reste à dire ce qui saute aux yeux mais que je retiens pour que nul ne lâche ma main.

Il reste à me dire à moi tant de choses, celles qui feraient exploser tant de possibles, celles qui viendraient me mettre en position d’équilibre au bord de l’abîme, celles que je sais et que je maintiens dans l’obscurité pour qu’aucune ombre ne vienne davantage chahuter mes nuits ou obscurcir mes pensées.

Il reste à me dire tout ce que j’ai dit au vent il y a bien longtemps…

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Atelier d’écriture #16

Texte à venir sous peu

Retrouvez ici les participations: Le texte de Rizzi ci-dessous, Chez Sweet Things, Chez Mijo, Chez Isabelle-Marie, Chez Josée

L’inaccessible étoile

Marion Blédine, perchée sur l’extrême bord d’une chaise transparente qu’elle imagine design, se demande ce qu’elle fait face à cette journaliste péremptoire aux talons et à la voix hauts perchés qui vient de la lancer, comme on dit dans le métier :

  • Chère Marion Blédine, nos auditeurs sont impatients de connaître les tenants et les aboutissants de votre singulière reconversion professionnelle. Racontez-nous votre parcours de vie !

Ça lui fait drôle à Marion de parler d’elle. Elle ne se rappelle pas que quelqu’un se soit jamais intéressé aux méandres de sa vie. Peut-être même pas elle-même. A la maison ça criait fort, crescendo. Parfois, la vaisselle des services des grands-mères volait haut, se heurtait fort et retombait mal. Dans l’acmé de la crise, les portes claquaient. Elle se rappelle que le pire c’était le silence d’après, dans lequel il fallait tenter de recommencer à vivre, en apnée d’abord, jusqu’au prochain tsunami. A l’école, à cause de son patronyme au goût de farine lactée et des rondeurs poupines qui ne la quittaient pas, on la surnommait la bouillie ou simplement la bou-bou.

Quand il avait fallu s’orienter professionnellement, Marion avait choisi gardienne de la paix parce qu’elle avait toujours cru dans la force des mots. Si on lui confiait la paix, elle s’engagerait à la garder farouchement. Ça c’était dans l’idée. Dans les faits, la paix n’était malheureusement pas au commissariat. Elle y a tout juste attrapé la stature hommasse que donnent l’uniforme et ses accessoires et l’esprit de corps. Les collègues sont devenus des copains, les copains des potes et le vidage des pintes de bière un sport collectif après le service. On l’appelait Bou-boule.

Après des heures et des heures de service, la retraite est arrivée avec l’envie de faire quelque chose de ses dix doigts. Elle a ouvert un atelier de réparation et d’entretien de radiocassettes. Ses clients sont paisibles, de vieilles personnes du quartier qui lui apportent des appareils de l’autre siècle frappés de mutisme. Marion opère à moteur ouvert, elle répare les engrenages défectueux. Ces machines, elle les bichonne, les pomponne, les dorlote et les rend en état de marche à leurs propriétaires ébahis. Avant de les laisser partir, Marion glisse une cassette dans la gorge de l’appareil, enfonce la touche noire du clavier et écoute la voix de Jacques Brel chanter sa quête de l’inaccessible étoile. Alors, c’est comme si elle devenait Don Quichotte de la Mancha. Ses clients l’appellent Marion.

Rizzie

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Mon texte arrivera plus tard dans la journée ou la semaine. En attendant vous avez un peu de lecture et je vous laisse avec les consignes pour le prochain atelier: écrire un texte à partir de la citation suivante “pour bien écrire, il faut savoir vivre et revivre ses souvenirs” Alain Mabanckou. Au plaisir!