Dans ses bras

Des bras qui étreignent mal, oppressants, qui retiennent des caresses jugées inadaptées à un comportement jugé incorrect.

De ces bras, j’en suis revenue.

Au creux des siens, la vie se décline en des teintes pour le moins différentes. Son étreinte est rassurante, elle soutient mon corps, apaise mon cœur. Elle s’imprègne des signaux que j’envoie pour juger de ce qu’il convient de faire, de ne pas faire, ce qui pourrait être tenté, ce qui prendra du temps.

Ses bras sont le rivage auprès duquel je me sens bien, libre, où je peux être moi-même, avec autant de failles que de forces, autant de peurs que d’envies de dépasser la peur, autant de pas que je n’ose pas, autant de paradoxes qu’il accueille avec cette sensibilité qui lui est propre.

Entre ses bras, je ne me pose pas de questions, je sais que je suis respectée, aimée, et les fantômes du passé s’évanouissent doucement dans la nuit.

Par moments j’ai besoin d’être tenue, maintenue dans cette étreinte puissante, j’ai besoin de ses bras autour de moi, comme un baume qui délierait tous mes secrets et me relierait à l’essence de ce que nous partageons, les sentiments et qui dans le tumulte de la vie de tous les jours ne se dit pas toujours. Même si on le sait. Même si on le sent. Même si un sourire dit tout.

Entre ses bras, je m’abandonne…

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Tout ce temps perdu

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On ne se sera rien promis. Ou alors juste comme les autres, rien de plus, rien de moins. On se sera connu en s’appréhendant du bout des doigts. On se connaîtra dans un souffle, on se reconnaîtra dans une voix. Et après. On ne sera plus que deux étrangers. On reprendra la route là où on l’a laissée. On se questionnera. On regrettera tout. On voudra réécrire l’histoire.

Peut- être que si. Peut-être que ça peut fonctionner. Peut-être qu’on peut essayer. Peut-être que ce n’était qu’une erreur de parcours, qu’on n’a pas su, qu’on n’a pas pu. On se pardonnera nos errances.

On resservira les plats, plein d’espoir, inconscients des ruines de l’histoire. On s’acharnera sur ce qui reste, sur ce qu’il nous reste. Un lien soit disant indéfectible que le temps aura endommagé. Bien sûr que non. Nous, ce sera différent. Cette fois ci on ne gardera que le bon, on se gardera de voir le verre à moitié-vide. On se satisfera d’un peu, de petits gestes, de bonheurs fugaces. On s’enverra des fleurs en se disant qu’on ne s’en sort pas si mal.

On ne parlera pas d’amour au risque de le voir se faire la malle. On se contentera du quotidien. Puisqu’on est ensemble tout va bien. On oubliera qu’on se ment dans la valse cruelle des sentiments, qui ne sont plus. On ne s’avouera jamais qu’on s’est perdu.

On ne se dira plus, on ne partagera plus. Peut-être qu’on aura l’envie de mettre un terme à la mascarade. Ou bien on restera, pour tout un tas de raisons partagées. On fera semblant de s’aimer. Ou on se s’aimera plus. On regrettera tout ce qu’on n’a pas vécu.

Instant de vie

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L’enfant regarde, attentif. Le camion s’est arrêté, il charge les poubelles au couvercle jaune. L’enfant s’intéresse. Les homes attendent. Obnubilé par le spectacle qui se joue devant lui, chaque jour, il cherche à comprendre la marche des choses, du monde. Un des hommes lui sourit. La fascination de l’enfant est  belle à voir. L’instant est simple et pourtant magique. Les hommes dont le métier est souvent négligé, considéré sans grand intérêt, deviennent une pièce du puzzle. Ils prennent leur place dans le grand bain de la vie.

La mère s’intéresse aux regards, aux sourires. Elle se dit que tout est simple, consciente que le bonheur n’est pas cette quête sans fin dont tout le monde parle sans cesse, mais bien présent dans son quotidien, pour peu qu’elle regarde l’enfant, regarde les gens interagir, pour peu qu’elle lâche toutes les croyances qui font parfois tourner le monde bizarrement.

L’homme se réveille. Elle imagine sa peau. Elle se laisse aller à toucher son corps juste par le pouvoir de sa pensée. Elle ressent l’étreinte, la douceur l’envelopper. Elle sait ce qui se trame.  Son cœur parle à son cœur dans la clarté du matin.

L’enfant lui prend la main et ils avancent ensemble vers le jour riche de promesses…

Jusqu’à lui…

Mes histoires d’amour n’ont jamais été simples.

De l’amour « interdit » à l’amour « à prouver au monde entier ». De l’amour inaccessible à l’amour à sens unique.

En passant par toutes les strates de la couche d’ozone des sentiments.

Mes histoires d’amour ont toujours été compliquées, tirées par les cheveux. J’ai passé plus de temps à justifier mes choix, qu’à vivre ce qui se présentait. Je m’enflammais en moins de quelques secondes top chrono. Et pour des hommes pas faits pour moi. Qui par ailleurs trouvaient ma sensibilité puérile, mes idées naïves, mes passions sans intérêt et mes envies enfantines.

Mes histoires d’amour n’en étaient pas. Ou en étaient dépourvu.

Elles avaient un goût de besoin, de reconnaissance, d’acceptation. Elles se nourrissaient de dépendance. Elles s’embrasaient au moindre désaccord.

Mes histoires d’amour m’ont laissé sur le bord de la route, souvent épuisée, avec un bagage lourd de vides, de silences que je n’ai jamais pu, su percer, de points d’interrogation. Les hommes que j’ai croisé, aimé en étant plein.

Certaines sont nées pour mourir, au bout d’un coup de fil. D’autres ont vécu quelques heures de félicité avant d’exploser en plein vol. Certaines n’ont existé que dans mon imagination débordante.

Aucune n’a tenu la distance. Et pourtant, même à bout de souffle, je me suis battue pour redonner vie aux absences, pour que l’histoire ne s’arrête pas là. J’y ai cru même après la fin. Je ne me suis avouée vaincue qu’une fois la tête noyée dans  le chagrin.

Mes souvenirs heureux se comptent sur les doigts d’une main…

Jusqu’à lui.

Jusqu’à ce que nous saisissions l’opportunité.

Jusqu’à ce que l’amour ressemble à de l’amour. Sans condition.

Et que je le croise dans son sourire, dans son regard, dans toutes ses attentions du quotidien.

Dans tous ces moments partagés – privilégiés dans lesquels je me sens bien. Et que j’aimerai prolonger.

Jusqu’à ce que les souvenirs heureux se multiplient et deviennent autant de bases solides à l’amour qui grandit.  

Jusqu’à lui, je ne savais pas vraiment ce que signifiait aimer et être aimé(e).

 

 

Merci pour le croissant !

Je l’ai savouré sur le chemin du bureau. Je ne mange jamais un croissant d’une traite, j’y vais en douceur. Je découpe des petits morceaux avec mes doigts. C’est ma manière de faire durer le plaisir. J’ai retrouvé avec délice le goût du beurre, la texture de la pâte, croustillante. J’ai respiré l’odeur de cette gourmandise matinale offerte – avec son sourire en prime.

Je n’ai pas résisté à l’envie d’écrire. Elle se fait toujours pressante. Je me dis souvent qu’il faudrait lever le pied. Toutefois les mots sont là, je ne peux les retenir. Et puis j’en ai mare des “il faudrait”.

En déposant Loulou à l’école, sa maitresse, pleine de bienveillance m’a parlé de ses premières impressions. Depuis l’année dernière, je redoute le corps enseignant, sa norme qu’il dispense à tout va dès qu’un enfant est un poil différent – ne le sont-ils pas tous à cet âge-là ? Je la trouve intéressée par les enfants, les parents. Elle prend le temps depuis cinq jours de dire “bonjour”.

On sous-estime trop souvent l’impact d’un sourire, d’un regard, d’une attention. Soyons plus attentifs aux bonheurs du quotidien. Et la vie prendra une autre saveur.

L’égalité à l’épreuve du temps…

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Jeanne a 10 ans en 1930. Elle ne va plus à l’école et mène les vaches au pré. On attend d’elle qu’elle sache faire toutes les tâches de la maison avant sa majorité. Il faut qu’on puisse la marier vite et bien. Dans l’étable quand elle rentre les bêtes, il y a Gustave, le fils du boucher qui l’attend. Elle remonte sa robe et le laisse faire ce qu’il a à faire. A son époque, on ne parle pas d’éducation sexuelle.

Nora a 8 ans en 2005 dans le fin fond de l’Atlas. On vient de la marier à son cousin  de 20 ans son aîné. Elle n’est pas sexuellement mature mais elle est vierge – l’honneur sera préservé. Dans son pays les femmes ne sont qu’un objet qu’on manipule selon son envie.

Alice a 25 ans en 1950. Elle a un bon travail et son patron l’apprécie. Jusqu’au jour où il lui propose d’aller boire un café après le bureau. Il le sait pourtant elle est mariée, mère de deux jeunes enfants. Elle sent ses mains remonter le long de la couture de ses bas. Elle se souvient de ce que sa mère lui a appris, pose ses dossiers, claque la porte et s’en va.

Laura a 7 ans quand elle prend le métro toute seule pour la première fois. On est en 1960 et ce qu’elle voit ce jour-là, elle s’en rappellera toute sa vie. Un homme la regarde, elle sourit. Sous son manteau, il est nu. Depuis, elle sait que quand un homme la regarde avec insistance, il faut mieux baisser les yeux.

Souad a 16 ans en 2010. Elle est mariée, mère de trois enfants. En douce, elle donne rendez-vous au jeune homme qu’elle aime en secret. Elle fait attention à tout. Si quelqu’un la voit, c’est la mort assurée.

Ingrid a 30 ans en 1977. Elle fait partie de cette génération qui prône « faites l’amour, pas la guerre ». Elle milite pour le droit des femmes à disposer de leur corps et se bat contre l’inégalité entre hommes et femmes. Elle y croit.

Lucie a 6 ans quand le mari de sa tante vient la voir dans sa chambre et lui demande s’il peut jouer au docteur avec elle. Il commence à la déshabiller. Tout est normal, son papa aussi il fait ça. Puis il se déshabille. Son papa ne fait pas ça. Quand elle en parle autour d’elle tout le monde dit qu’elle affabule.

Marine a 45 ans dans les années 2000. Elle vient d’avoir une belle promotion. Dans le comité de Direction qu’elle rejoint, il n’y a que des hommes. Tous se demandent si elle est en couple, elle parle peu d’elle et de sa vie privée. Elle fait un peu coincée tout de même – une mal baisée de plus. Forcément.

Agathe a 21 ans quand elle débarque à Paris à la même époque. Un matin pour aller au travail, elle met une mini-jupe et des bottes. Quand elle ressort du métro, elle a son actif une petite dizaine de remarques désobligeantes du genre « t’es bonne toi », « tu prends combien ? », « tu me suces ? »…

Myriam a 9 ans en 2018. Comme tous les soirs c’est sa nounou qui la récupère à l’école. Elle aime bien sa nounou et puis il y a Maxence, ils se connaissent depuis qu’ils sont tous petits, ce sont les meilleurs amis du monde. Même à 15 ans il est toujours prêt à jouer avec elle. Jusqu’au jour où les choses dérapent, qu’il met sa main dans sa culotte, se frotte contre elle. Elle a beau lui dire d’arrêter, que ça lui fait mal, il continue. Elle en parle le soir à ses parents, qui portent plainte sur le champ. La procédure court toujours.

La vie de Daphné tourne autour de son mariage. Être une bonne épouse hante ses jours et ses nuits. Si elle dévie de sa trajectoire, c’est la sanction. Elle se fait l’effet d’être un animal qu’on dresse jour après jour. Il lui répète assez qu’elle n’est rien sans lui. Elle pourrait être née en 1930 comme en 1990

Valérie entend à longueur de journée des blagues sexistes, auxquelles elle se sent parfois obligée de rire. Quand elle réagit, on lui dit qu’elle n’a pas d’humour. Alors elle laisse couler. La force de l’habitude. C’est triste.

Dans sa cité, Fatiha est considérée comme une « salope ». Tout ça parce qu’elle porte des jupes et qu’elle parle aux garçons d’égal à égal. C’est quoi le problème ?

A 95 ans, Émile regarde le monde qu’il laisse à ses petits-enfants, un monde dans lequel certains hommes considèrent encore la femme comme un être inférieur, un monde dans lequel la goujaterie est encore de mise, l’égalité un idéal, le respect une valeur en déclin. Il se demande ce qui s’est passé pour que les victoires d’hier ne soient plus que des poussières d’étoile dans le vaste univers.

Au commencement est le désir

Copyright Marie Kléber

Pour qui ne connait pas il s’agit d’un monde à part, d’une sensation extrême, qui ne s’invente pas, qui se vit plus qu’elle ne s’explique. Ce n’est ni une fin en soi, ni une victoire, juste un partage qui s’achève sur une communion parfaite, un corps à corps intense, une fusion totale des sens, une envolée singulière.. Vu de l’extérieur, ça peut paraitre violent et ça l’est, une violence rare et lumineuse, une éruption volcanique, la mer qui frappe les rochers avec férocité, une vague qui renverse tous les préjugés, un vide délicieux.

Au commencement est le désir. Brut, brûlant, insaisissable. Il s’invite à l’improviste, ravages les sens, se fait désirer, se dit ou se montre. Avant de rencontrer le désir de l’autre. Les deux désirs se toisent, s’approchent, s’accrochent, s’aspirent, se noient l’un dans l’autre.

Le tempo est donné et la danse, sensuelle, lascive peut commencer, une danse dont personne ne connait les codes, et si un seul devait être mis en avant ce serait celui du respect – de soi et de l’autre. Chacun pourra donner le meilleur de lui-même, ce n’est pas une course contre la montre qui s’est engagée, mais bien un dialogue au sein duquel tout peut se dire, chacun peut se dire, sans apriori ni jugement, chacun pourra oser un pas vers un territoire inconnu, qui n’aspire qu’à être découvert, entièrement, apprivoisé avec tendresse ou fermeté – chacun ses goûts. On ne saura pas d’emblée ce qui plait, ce qui a le pouvoir d’initier le plaisir, ce qui fait trembler ou ce qui fait peur. On tâtonnera, on sera à l’écoute de soi, de l’autre. Ce qui a fait son effet une fois d’une manière ne sera peut-être pas accueilli une seconde fois avec le même enthousiasme. On s’ajustera alors. On sera attentif au corps, aux signaux qu’il émet, à la manière dont il réagit aux initiatives.

Dans cet accord composé, rien ne se fera sans un abandon choisi, sans un lâcher prise consenti et total. A trop vouloir rester près des rives, on prend le risque de ne jamais voir autre chose que les paysages habituels. Le raz de marée tant espéré restera un rêve bien amarré.

Le final est souvent explosif. Quand deux désirs à leur paroxysme se rencontrent, la chute vertigineuse maintient les corps en extase pendant des secondes qui ont des goûts d’éternité. On saisit alors de parcelles de soi dont on ignorait l’existence. La pression descend d’un cran, les corps s’étreignent, se serrent, regagnent le port, heureux, confiants. La férocité des ébats laisse place à une tendresse particulière sur laquelle se dessine l’essentiel des sentiments qui unissent les amants.

Dans mes archives #5 – Cristalline

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Edwige regarde par la fenêtre. Une fois de plus les enfants ne pourront pas sortir aujourd’hui. Ils resteront confinés dans l’espace clos qui les coupe du reste du monde. Sur une natte posée par terre, Terri dort encore, les poings serrés. Agathe tient une peluche sale contre son cœur, qui bat trop vite pour elle. Lulu, ce petit garçon sans nom, qui ne voit que d’un œil, est allongé sur le ventre, les bras en croix, la couverture beige repliée sur le bas de ses longues jambes blanches.

Edwige se demande parfois ce qu’elle fait là. Elle essaye de se souvenir du jour où elle a posé ses valises, sur un coin de cette terre, alors inconnue. Elle poursuivait un rêve ou un amour fou, qui l’a laissé tomber. Sans billet retour, elle n’avait eu d’autre choix que de tenter sa chance dans un orphelinat. On l’avait prise de suite, pour ses qualités humaines ou pour ses compétences techniques, très basiques, mais si rares dans ces ruelles sombres.
Le soleil est un ennemi juré pour ces enfants-là. Il brûle leur peau. Derrière la grande porte du fond, il y a une enfant, encore plus sensible que les autres. Sarah est arrivée il y a deux mois, le corps translucide. On voyait ses os à travers sa peau brune. Le soleil l’avait presque tuée. Edwige y avait vu un signe du destin. Elle l’avait prise sous sa protection et chaque matin, en passant derrière la vitre opaque de la chambre de la fillette, elle entendait les mêmes mots sortir de sa bouche :
— La pluie est-elle arrivée ?
— Pas encore Sarah.
— Tu crois qu’elle viendra aujourd’hui ?
— J’en doute.
— Demain alors?
— Peut-être.
— On va prier, hein, pour qu’elle vienne bientôt.
— Oui on va prier Sarah. On n’a pas vraiment d’autre choix.

Chaque soir, elle prenait la main de la fillette et dans la chaleur du soir, leur prière s’envolait vers un Dieu, qui semblait presque avoir oublié ces enfants de papier.
Edwige scrutait sans cesse le ciel, le cœur chargé d’espoir. À la moindre goutte de rosée, elle se mettait à espérer, souvent en vain. Elle n’aurait jamais osé réveiller les enfants sans être sûre de l’arrivée imminente de la pluie. C’est pourquoi elle scrutait le ciel à la recherche d’épais nuages gris, assez denses pour cacher le soleil, assez lourds pour donner aux enfants la chance de sortir, bras nus et visage découvert.
Pour Sarah, c’était encore différent. Alors Edwige ne regardait pas seulement le ciel ou les nuages, elle vérifiait aussi l’étanchéité des sols, préparait les vêtements de sa protégée, huilait les joints des portes pour qu’elles s’ouvrent facilement. Sarah ne pouvait sortir qu’enveloppée d’un épais châle, un voile sur le visage. La moindre partie de son corps risquait de s’embraser à la moindre étincelle de soleil. Edwige le savait trop bien. Elle attendait les jours de pluie avec autant d’inquiétude que d’impatience.

La pluie est arrivée un mardi soir. Découvrez la suite sur Short Edition où mon œuvre est en sélection pour le Grand Prix du Court Automne 2018. Merci pour votre soutien.

Je ne dors pas, je rêve de toi

Et quand je ne rêve pas de toi, j’ai ton prénom sur le bord des lèvres. Ta silhouette se détache dans mon hémisphère. Mon corps frémit des possibles que ta présence fait naître.

Je t’imagine là quand tu n’y es pas. Ton cœur offert est un présent qui chaque jour me prend pour me transporter ailleurs.

Je mords la vie à pleines dents, pleine de toi, de ton énergie, de ta force, de tes douces folies réjouissantes. J’en veux encore.

Je ne sais plus quand ça a commencé, quand je me suis sentie emportée, quand est-ce que ce sourire béat qui embrasse le monde entier est né, quand est-ce que j’ai cessé de douter pour ne retenir que l’essentiel, les moments passés à se découvrir, à s’apprivoiser, s’aimer.

C’est un tremblement de terre, la sensation que mon cœur va lâcher. C’est l’envie omniprésente de toi qui me fait vaciller.

De tes mains autant que de ta peau. De ton contact et de ton sourire. De tes rêves et de ta raison. De toutes ces idées qui traversent ton esprit à la vitesse d’un supersonique. De ton regard pénétrant et doux en même temps. De ton corps tout entier. De la manière dont tu t’appliques à me donner du plaisir. De la manière dont tu réagis au plaisir.

Avec toi tout prend une autre saveur. La confiance fait reculer la peur.

Quand je suis là contre toi, quand je te respire le nez collé dans la chaleur de ton cou, quand tes bras m’enlacent, ton corps pénètre le mien, ton énergie se diffuse comme un feu sacré, je lâche tout, je me sens prête à tout. Tout dépasser. Tout oser.

Quand je serai grand(e)…

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Combien d’entre nous pensent que nous sommes trop « tellement de choses » pour ne pas pouvoir vivre une vie en accord avec nos aspirations, pour ne pas avoir le droit de rêver, d’aimer, d’être aimé. On s’est tous dit un jour ou l’autre « à tel âge je serais ici ou là, j’aurais réussi  ci ou ça, j’aurais telle ou telle chose ». Le constat n’est pas toujours à la hauteur de nos idéaux. Est-ce un mal ?

Nous ne voulons surtout pas rentrer dans des cases, en pensant que nous valons mieux, mais quand les cases ne veulent pas de nous, nous nous sentons frustrés, bons à rien, sans intérêt, inaptes au bonheur.

Tout le monde ne souhaite pas la même chose. Nos valeurs nous sont propres comme ce qui a de l’importance à nos yeux. Il n’existe pas de modèle à suivre, ni de guide pratique pour avoir la vie d’un tel, vie qu’on imagine le plus souvent mais dont nous ne connaissons rien. Derrière le masque, le sourire de façade, il y a tout ce que l’on cache si bien pour que les autres ne s’y attardent surtout pas.

On se dira parfois qu’une vie fait envie et puis en se rappelant qui nous sommes, nous comprendrons que ce chemin-là, pris par d’autres, ne nous conviendrait pas. Il n’existe pas de bons ou de mauvais choix, juste des expériences tentées, avortées ou réussies, des expériences qui nous forgent à chaque instant.

Comment vouloir avancer au même rythme quand on n’a pas la même histoire, ni la même donne de départ ? Comment vouloir dépasser ce qui nous empêche d’avancer sans y faire face une bonne fois pour toute ?

Tant de gens prennent tant de voies déjà conquises, balisées par peur. Tant de gens ne prennent la mesure de la vie qu’une fois au bord du précipice. Tant de gens fuient, s’excusent d’exister, vivent en marge, se lassent face à un combat qu’ils croient perdu d’avance. Parce qu’à tel âge, ils ne sont pas ici ou là, ils n’ont pas réussi ci ou ça, ils n’ont pas telle et telle chose ou telle ou telle personne à leurs côtés.

Notre parcours de vie n’appartient qu’à nous. Il est le fruit de nos errances et de nos chances, de nos espoirs et notre chaos, de nos histoires personnelles, de nos passés, de nos choix et de nos défaites, des sentiers pris, communs ou de traverse. Rien n’est linéaire. Rien n’est mieux qu’autre chose. Rien n’est parfait. Tout est à écrire chaque jour, selon ce qui nous semble juste pour nous, sans s’occuper de ce que le reste du monde pense ou juge « bon » ou pas.

Nous n’avons pas de date limite pour faire telle ou telle expérience. Nous pouvons tout nous permettre, tout essayer, tout oser, tout créer. Le tout est juste de ne pas baisser les bras. Même quand tout nous pousse à le faire. Le tout est d’y croire sans relâche et de se dire que ce dont nous rêvons, nous le méritons. Comme tout un chacun.