Appel à bêta-lecture

Nous y voilà…

A un moment donné, il faut se lancer. Sortir, enfin, ses textes du disque dur et se risquer au “jugement” d’autrui. C’est loin d’être une étape simple. Mais comment espérer évoluer si on reste dans sa zone de confort.

Voilà un point rapide sur la bêta-lecture. Il s’agit d’une lecture qui va aider l’auteur à savoir ce qui colle ou pas dans son ouvrage, qui va proposer (à partir de questions sur la trame, l’histoire, les personnages, les rebondissements, le temps…) des pistes de réflexions pour la réécriture de son texte. A l’heure actuelle, il m’est impossible, après avoir passé tant de temps sur (et dans) mes textes, d’avoir le recul nécessaire pour réaliser seule ce travail. Un regard extérieur est nécessaire.

Notez qu’il ne s’agit ni de me dire que j’ai écris un chef d’œuvre (je sais que ce n’est pas le cas!) ni la plus grosse daube que la terre ait portée non plus (quand je vois les critiques de certaines personnes, je me dis qu’elles doivent avoir un trop plein de colère à sortir pour manquer d’autant de bienveillance à l’égard d’autrui). Il ne s’agit pas non plus de noter toutes les fautes d’orthographe et de syntaxe (pour ça, j’ai les bonnes personnes à mes côtés). J’attends un retour juste sur mes écrits, qui me permette de passer à l’étape supérieure et de retravailler ce qui doit l’être pour ensuite pouvoir les proposer à des maisons d’édition.

Afin que vous ne vous lanciez pas dans l’aventure à l’aveugle, je vous partage quelques informations sur mes trois textes. Il s’agit de novellas (romans courts) et de fiction (ça c’est pour tous les potentiels problèmes d’identification!). 

  • Novella érotique (34 pages – 67 890 Signes Espaces Compris) – elle ne s’appelle pas la fille exquise pour rien, elle l’est, attirante, charmante, sensuelle et imprévisible surtout. Face à elle, il perd ses moyens, se pose des questions sur l’amour, apprend à aimer le chocolat, autrement qu’en tablettes, se perd aussi un peu et devient philosophe…
  • Novella érotique (47 pages – 99 423 Signes Espaces Compris) – Marc est agent immobilier, passionné par la jouissance féminine, Estelle a eu des tonnes d’aventures sans jamais atteindre le 7e ciel, Diane aime le sexe mais se tient éloignée de l’amour, Geneviève est vieille fille avec une libido aussi fournie que le désert de l’Atlas. Au détour d’une maison, dont les murs gardent la mémoire des passions charnelles, leurs destins vont se croiser…
  • Novella dramatique (45 pages – 84 817 Signes Espaces Compris) – Ils sont amis d’enfance, se retrouvent l’été, jouissent de ce sentiment absolu de liberté que leur offrent ces deux mois à ciel ouvert. Ils sont la vie, jusqu’à ce que la maladie de l’un d’entre eux vienne bousculer leurs certitudes et leur amitié. Sauront-ils préserver ce qui leur est cher? Devront-ils faire le deuil de leur enfance ou bien celle-ci sera t’elle la base qui les aidera à faire face au pire?

Certains d’entre vous semblaient déjà intéressés. Si c’est toujours le cas et si d’autres veulent faire partie de l’aventure, merci tout simplement d’inscrire votre mail en commentaire (ou en m’envoyant vos coordonnées sur mon mail latmospherique[at]gmail[.]com) et je reviendrai vers vous courant de semaine prochaine. N’hésitez pas à partager autour de vous également.

Mille Merci et douce soirée à vous!

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Les heures exquises

Crédit Pixabay

La voiture file sur la route, presque déserte. Elle voit les kilomètres défiler et saisit le temps qu’il leur reste. Si peu. Les minutes se dispersent dans l’air, bulles en équilibre, et d’ici quelques instants, le temps se sera enfuit. Il faudra repartir, chacun de son côté. Fin de la parenthèse acidulée. Lui, retrouver sa famille, elle la sienne. Heureux, certains et pourtant elle ne peut s’empêcher de vouloir retenir ces nanoparticules d’heures exquises à être avec lui, fredonner les chansons qu’il aime, poser ses yeux sur ses mains, les contempler encore, dans les moindres détails, les apprivoiser du coin de ses cils en émoi.

Hier, cet hier d’il y a quelques mois, ils ne connaissaient rien l’un de l’autre. Le destin se doutait-il qu’ils allaient se croiser, s’aimer, qu’il deviendrait sa terre, son hémisphère, sa première pensée du matin, sa dernière du soir ?

Elle se remémore…

La brume sur les reliefs, la campagne qui se réveille. Et eux, dans les bras l’un de l’autre, leurs corps alanguis chargés d’électricité, celle qui les pousse à s’étreindre, à fusionner. Il suffira d’un frisson pour les faire basculer dans un dédale de gourmandises, seulement interrompues par de tendres baisers. Dehors, le soleil émerge timidement d’un sommeil paisible. Ses rayons se posent sur la vitre et déposent des pépites d’or sur les murs de la chambre. Ils attrapent au vol des murmures. Le silence les enveloppe de cette quiétude qui manque tant au cœur du chaos de la ville.

Des souvenirs comme des perles de pluie. Et puis…

Un souffle. De la buée sur les carreaux. A l’intérieur, l’incendie de leurs peaux exposées. L’envie qui se respire. Le goût salé de son épiderme et la fièvre de ses mots. Il se fait poète, tout en sensualité. Son être la déshabille de tout ce qui l’empêche et l’habille d’audace, celle dans laquelle elle lui transfère tout pouvoir sur son plaisir à venir.

La nature prend ses aises, les feuilles des arbres tourbillonnent à leurs pieds, emportées par le vent frais de novembre. Ils tremblent de bonheur.

Quel jour sommes-nous déjà ? Quand faudra-t-il prendre la route ? Ces questions, chacun les chasse d’un revers de manche. Pas encore. Seul le présent compte. Plus tard ils retraceront ces heures, seuls, les soirs de blues, à deux, du bout de la langue, antidote précieux. Le ciel, bleu. Puis la pluie, fine, qui tambourine sur les carreaux. Le thé fumant partagé, la fatigue accumulée, les notes du piano. Ce sourire. La symphonie qu’ils composent, une qui colle aux tripes et se moque des conventions. Ils regardent droit devant eux. La ligne d’horizon, les collines, les champs à perte de vue, les vignobles à gauche et la liberté de l’autre côté.

Les kilomètres ne sont plus. Il ne reste que des mètres. ll faudrait pouvoir les savourer. Elle ne le peut pas. Ensemble et séparés déjà. Il va falloir se dire au revoir. Pas encore. Si seulement, pas cette fois. Ils s’embrassent, la porte claque, la voiture démarre et entre eux, le vide prend ses aises. Ils ne se quittent pas. Il part vers une autre vie dans laquelle elle n’est pas. Son cœur, dès lors, en manque, lâche sur le papier tous ces grains de sable dans lesquels sont gravés, pour toujours : en souvenir de nous.

Ce texte a été écrit (et légèrement modifié) dans le cadre du concours Edilivre 2018.

Au début du monde…

Au début du monde…

L’obscurité et la lumière. Le soleil et les ombres, broderies scintillantes inondant le ciel de promesses. Puis un petit écrin d’or posé sur un rocher. Le monde se créait sur le vide et le vide cédait sous les pas du Monde. Ton monde, le mien, celui des hommes de joie et des hommes de peine, celui des monts et des merveilles, celui du temps et de son effroyable course. Plus tard, celui de la folie et de la haine, des souvenirs gardés sous scellés.

Des origines du monde, personne ne savait rien. Le premier homme resterait un mystère que nul ne percerait jamais. Tout comme le temps qui coule et tel le sable, s’évanouit entre nos doigts. Il fallait s’y résoudre. Accepter de ne jamais savoir et avancer. Ne rien retenir non plus. Ou alors risquer la collision avec des entités supérieures.

L’écrin se trouvait là, presque inconscient de sa tâche, juste posé, présent, comme un souffle. Le premier souffle. Alors que le monde écrivait les chapitres d’une histoire dont nul ne connaissait les méandres, les rebondissements, les épreuves, les virages, les passerelles, des entrailles de la terre, monta un cri, perçant, comme celui d’une bête autrefois puissante, d’un coup anéantie, un cri de rage qui fit trembler la terre.

La peur, organe vivant, traversait maintenant, à pas cadencés, les strates des terrains que les hommes commençaient à exploiter, envahissant jardins et ruelles, écrasant le printemps, l’été, prête à tout pour empêcher l’histoire de s’écrire sans tourments. Sa principale activité consistait à entrer dans les cœurs pour y semer la terreur. La peur voulait gouverner, créer une nouvelle entité, dans laquelle chaque homme serait à sa merci, répondant à ses ordres, adhérant à ses principes, validant ses idées. Une emprise telle que le monde arrêterait d’évoluer. Pour se faire, elle nourrissait chaque jour le peuple de son pain avarié, plein de sa médisance, de son mépris.

Certains se souvenaient toutefois de l’écrin d’or posé sur un rocher. Vague image que la peur tentait de détruire, sans y arriver. Certains s’y accrochaient, leur seul espoir au milieu de ce désastre, de cette apocalypse avant l’heure. D’autres se prenaient à rêver. L’or, ce métal sacré, devait avoir un pouvoir que nul ne pouvait imaginer, un pouvoir si grand, qu’il pourrait réduire à néant l’empreinte de la peur. Certains y croyaient si fort qu’un jour, au plus profond de la nuit, l’écrin s’ouvrit, laissant couler une onde dont le parfum et la musique réveillèrent les arbres, les plantes, irriguèrent la terre, se diffusèrent et infiltrèrent les fibres élastiques des corps épuisés. L’Amour se réveillait enfin de son long sommeil…

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier proposé par Olivia “des mots, une histoire” Les mots récoltés étaient: activité – soleil – nouvelle – jardin – souvenir – sacré – broderie – pain – collision – printemps – souffle – rêver

Un secret

Crédit Pixabay

A toutes les femmes, tout ce qu’elles n’osent pas dire, tout ce qu’elles gardent en elles, tout ce qui les fait trembler – et oser aussi.

Son secret.
Un secret bien gardé. Nul ne sait.

Qui comprendrait ?
Qui lui demanderait « pourquoi » ?
Qui serait là ?
Qui dirait juste « je comprends » ?

Son secret.
Parfois léger.
Parfois lourd à porter.
Un secret délicat.
Un secret d’elle à elle. D’elle à lui.
Mais à lui non plus elle ne le dit pas.

Lui, il sait.
Il est le secret. En partie.
Il ne sait pas les doutes.
Il s’en doute. Peut-être.

Il ne dira rien. Il ne changera rien.
Elle n’y changerait rien.

Pourtant parfois.
Un évènement, un mot, une idée.
Et quelque chose se glisse.
La tracasse.

Son secret est sous bonne garde.

Elle aimerait
Juste être écoutée.
Juste se dire. Sans chercher à être réconfortée.
Juste pouvoir en parler librement.

Elle ne le peut pas
Elle n’y arrive pas

Elle reste avec son cœur un peu chamboulé.
Elle sait que cela passera.
Tout passe.

Puis l’amour est là.
Alors le secret devient d’un coup un peu plus léger à porter.

Le choix de Lucie

Crédit Pixabay

Le bateau prenait l’eau. De toutes parts. Il naviguait à vu sur une mer houleuse. Les haubans tanguaient même sans les assauts du vent. A quai? il ne faisait pas meilleure impression qu’au large de côtes étrangères. Lucie le savait, elle regardait le bateau s’enfoncer dans les eaux troubles. Pourtant elle refusait de voir, elle posait sur l’évidence un regard noir. Les mises en garde de Sibylle n’y changeaient rien. Elle ne pouvait pas comprendre de toute façon. Personne ne le pouvait.

L’histoire s’écrivait en vase clos, dans l’intimité de leur relation. Certaine que sa présence, son amour, pouvaient tout, même resserrer les liens les plus distendus, Lucie s’appliquait à être la plus parfaite possible. Elle excellait dans ses études, décrochait les meilleurs stages, passait ses vacances à la maison. Toutes ses vacances. Chaque jour de congé. Ses copines, surtout Sibylle, tentaient de la raisonner. Rien n’y faisait. Elle ne laisserait pas le bateau sombrer, pas complètement. Elle le maintenait à flot, à sa façon. Tout le monde donnait le change et chaque fois qu’elle voyait son père avoir un geste tendre envers sa mère, cela la confortait dans ses choix.

Sibylle tentait de la raisonner. Tantôt en douceur, pour ne pas la brusquer. Tantôt en la bousculant justement, en la chahutant comme un cocotier, pour qu’elle réagisse enfin, qu’elle enlève les peaux de banane qu’elle prenait un malin plaisir à repositionner sur ses yeux chaque fois que ses illusions prenaient une claque. Rien à faire. Sibylle s’éloignait, en regardant Lucie se perdre, pour un combat qui n’était pas le sien.

Comment peut-on vraiment accepter que deux personnes qui se sont aimées ne s’aiment plus? Comment peut-on valider cet éloignement, regarder en face ce naufrage, se dire que nous n’y pouvons rien, que tout notre amour ne sert à rien?

Lucie laissait ces questions tourner en boucle dans sa tête. Fuir, prendre ses distances, ce serait presque un délit, sanctionné par le code pénal. Lucie ne pouvait pas. Il ne restait qu’elle, la dernière force, la preuve de l’amour passé, le souvenir de ce qui fut et se disperse aux quatre vents. Depuis combien de temps d’ailleurs? A t-elle été désirée? Ou n’est-elle, comme tant d’autres, que ce maillon fragile censé solidifier un couple à la dérive?

Lucie refuse ce chaos là. Elle préfère rester et croire que l’amour les sauvera. Peut-être qu’elle a raison. Sibylle n’y croit pas.

Si vous êtes intéressés par d’autres nouvelles, découvrez mon recueil La Vraie Vie.

 

Au nom de…

Article paru pour la première fois sur le blog en 2017 – MAJ 28.01.2019

Sur sa page Facebook, personne ne peut imaginer ce qu’elle vit. Elle pose avec lui. Ils sourient tous les deux. Les autres doivent croire qu’ils sont heureux.

Derrière l’écran, une autre histoire se dessine. Ils viennent de rentrer des courses. Elle court dans la chambre, se roule sur le lit. Elle attend. Elle guette les pas dans le couloir. Elle a pris d’abord soin de fermer à clé la porte de la chambre des enfants. Elle l’entend l’appeler. Elle respire. Elle ne sait pas comment faire ni quoi dire. Elle voudrait s’éclipser le temps de retrouver ses esprits, le temps de s’apaiser pour que sa colère soit moins vive. Elle tente de se réfugier dans la salle d’eau.

Trop tard.

La nuit est passée par là. Sur le lit, elle regarde ses plaies, ses bleus. Elle ne peut plus bouger. Elle sent son corps se raidir. Il dort à côté. Il faudrait qu’elle aille voir si les enfants vont bien. Mais comment faire pour qu’ils ne se rendent compte de rien. Elle se force à se mettre debout malgré la douleur, elle enfile une robe longue, enroule un foulard autour de son cou. Elle fait attention de ne rien bousculer, de ne rien faire grincer. Les enfants dorment paisiblement. Tout va bien. Elle lui demandera pardon quand il se réveillera. Il lui dira encore une fois qu’il s’excuse de lui avoir fait du mal ou il ne fera aucune remarque, c’est peut-être pire.

***

Sur la photo, il sourit. Elle est belle elle aussi. Les gens les envient. Il ne comprend pas pourquoi il est si triste pourtant. Elle ne le tape pas. Elle ne l’insulte pas. Elle le méprise, mais c’est parce qu’il ne l’écoute pas. Ce ne sont pas ses mots qui font mal, c’est son silence. Le traumatisme est intérieur.

Quand ils sortent, il donne le change. Toujours. Ses absences, il ne les remarque même plus. Sa présence est toujours sous condition. Il l’aime et si parfois il perd pied, ce n’est jamais de sa faute à elle. Il a depuis longtemps transformé chacun de ses défauts en de glorieuses qualités. Si quelque chose cloche, c’est de sa faute à lui. Il se sent nul, seul, perdu. Une prise d’otage invisible en plein Paris. Et au-dessus de sa tête la pire des menaces, celle de se voir privé de ses filles.

***

Il ne sait plus. Ses parents non plus. Il ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas heureux , pourquoi sa sœur ne lui parle plus depuis qu’il s’est marié. Sa femme, il l’aime, même quand elle crie, parfois elle devient hystérique, le menace de partir, de faire de sa vie un enfer, c’est vrai, mais elle se radoucit. En public, elle fait attention à lui. Il travaille dur, elle attend à la maison. Il rentre le soir, prépare le dîner, elle attend d’être servie. Mais bon chacun son histoire et chacun sa façon de mener sa vie. Ses amis aussi ont fui. Ils n’ont pas compris son choix. Ils doutent de l’amour qui les lie.

Parfois quand il rentre la porte est fermée, il passe la nuit sur le pallier. Aux premières lueurs de l’aube, il retourne au boulot, les yeux gonflés. Tout le monde sourit, tout le monde s’imagine une histoire, après tout c’est facile, il est jeune marié! A qui peut-il se confier?

***

Ça fait mal, quand il entre, ça brûle. Quand il s’allonge, ça brûle. La chambre à coucher est devenue son enfer. Çà peut s’arrêter là. Une fois que la porte est franchie, elle respire à nouveau. Tout va bien. Elle part travailler comme si de rien n’était, retrouve ses collègues, blague autour d’un café. Elle retarde au maximum l’heure du retour à la maison, espère que quand elle passera la porte les enfants seront lavés, prêts à dîner. Elle fera bonne figure, c’est devenue une seconde nature. Et puis elle regardera l’horloge au mur, comptera les minutes qui lui reste avant son sacrifice journalier. Parfois, c’est moche. Parfois, insensé, parfois cruel.

Elle aurait dû partir au premier “non” qu’il avait refusé d’entendre, à la première fellation imposée, à la première pénétration forcée.

***

Ces textes sont tirés de faits réels (histoires partagées par d’autres, anonymes, amis). On parle souvent des femmes victimes, rarement des hommes, pourtant cette violence aussi existe.

 J’ai souvent entendu dire « à la première claque tu pars ». Aujourd’hui j’ai envie de vous dire « à la première claque, il est déjà trop tard ». La première claque n’arrive pas par hasard. Le terrain est préparé à l’avance.  A chaque « pas si grave », la violence prend de l’ampleur, le bourreau tisse sa toile.

Ces textes ont été écrits pour toutes les victimes de l’ombre, pour toutes celles et ceux qui luttent pour mettre fin à ce génocide humain. J’ai envie de dire au monde de se réveiller, d’ouvrir les yeux devant ces tragédies du quotidien, qui se passent sur nos paliers, à deux pas de nos vies bien rangées, que ces femmes et ces hommes nous les croisons tous les jours, qu’ils arpentent les rues à nos côtés, qu’ils ne sont pas à part, qu’ils font partie intégrante de notre société et que le mal dont eux et leurs enfants sont victimes, il faut le combattre à tout prix et l’enrayer.

Éléonore

Crédit Pixabay

Il est 11h30. La cérémonie aurait dû être terminée à cette heure. Nous aurions marché, Éléonore et moi sur le parvis de la mairie; direction l’église, perdue au milieu de la foule des grandes cérémonies. Elle, avec son sourire radieux et moi, avec mon sourire heureux. Quel beau couple auraient murmuré les badauds venus pour l’occasion, les passants en entendant les cloches sonner. Et ces mots auraient suffit à envoyer valser au loin, très loin, les réticences de ses parents, des miens.

Qu’est-ce que j’ai fait? Comment ai-je pu? Ne pas y aller…

Ils doivent tous penser quelque chose de moi à cette heure avancée de la matinée. Ses parents surtout. Ses parents, si imbus de leur personne, si riches, ses parents tape-à-l’œil qui rêvaient d’autre chose pour leur fille unique. Un commis de cuisine! Quelle farce! On ne parlait pas d’amour dans ces familles là. On causait argent, succès, cabinet de papa à mettre entre de bonnes mains.

Et s’ils se faisaient du souci? Qui sait! Peut-être qu’ils se rongeaient les sangs. Peut-être qu’après tous les bâtons qu’ils nous avaient mis dans les roues, ils se sentaient coupables. Non. Je rêve. Ils doivent être aux anges, bien au contraire, presque une aubaine pour eux. Les prétendants ne manquent pas. La raison l’emportera. Éléonore…

Si je pense à elle, je vais flancher. Je ne peux pas. Pas maintenant. Elle mérite tellement mieux. J’aurai dû mettre depuis longtemps un terme à cette mascarade. Je n’aurai jamais dû poser mes yeux sur elle. Mes chances étaient faibles qu’elle me témoigne le moindre intérêt. Et pourtant. Je pensais que nous pouvions nous aimer. Sans le mariage. Le mariage fut la goutte d’eau, une de plus, une de trop. Mes parents savaient, n’avaient cessé de me mettre en garde. On ne se mélange pas. Pas avec des gens comme ça. Éléonore n’était pas – comme ça.

Mon Dieu, Éléonore, dans quel état doit-elle être? Entend-elle déjà la sempiternelle ritournelle “ce n’est pas faute de t’avoir prévenue!”. Comme j’aurai aimé lui épargner cela, l’aimer pour la vie, loin de toute cette folie. Il fallait qu’un de nous renonce. L’épouser revenait à épouser un clan, à rejeter celui dans lequel j’avais grandi. Mes parents n’étaient pas à la hauteur des diamants de la reine-mère, des écuries de beau-papa. Les parents d’Éléonore n’étaient pas à la hauteur des miens, des gens simples certes, mais humains, oui profondément humains. J’assumais mes origines modestes. Je ne souhaitais pas commencer à en avoir honte. Ma famille c’est mes racines, mes fondations, ma terre, ma patrie.

Éléonore. Son prénom revient encore. Je ne pense qu’à elle. Comment l’ignorer? J’imagine son visage, ses larmes sur ses joues, sa peau blême aussi pâle que sa robe.

Mes parents? Ils comprendront. Mon père fera la gueule, un peu. Il me dira ce qu’il pense, d’homme à homme. Il aura raison. Ma mère ne dira rien, elle reprendra le cours de sa vie avec une cicatrice au coin du cœur. Elle aime beaucoup Éléonore. Elle sera juste peinée. Les parents d’Éléonore me détesteront, juste pour la forme.

Éléonore. C’est elle qui paiera le prix fort. J’aurai dû lui dire avant. J’aurai dû être courageux. J’aurai dû tant de choses. Je n’ai rien fait. J’ai laissé le silence faire le sale boulot. J’espère seulement qu’à l’heure qu’il est, personne ne fait le tour des hôpitaux, pour savoir s’il m’est arrivé quelque chose, que personne ne se décarcasse pour moi. Je ne le mérite pas.

Ce texte a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture avec pour thème: le mariage, quand un des mariés manque à l’appel & différences de milieu social.

Entre elle et moi

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Nous nous livrons depuis des années un combat sans merci. Au fil des jours et des nuits. Au gré des songes et des cauchemars.

Il y a celle qui dit :

Vibre, aime, rayonne, donne, offre, rêve, ai confiance, prend ton envol, vole

Et celle qui dit :

Rentre dans les cases, ne fais pas de vague, reste discrète, sois polie, sois sage, ne rêve pas trop

Il y a celle qui dit :

Fais des erreurs, tombe, pleure, relève-toi, prends les chemins de traverse, apprends, tente, essaye, défie la peur

Et celle qui dit :

Reste en terrain connu, ne dévie pas trop du chemin tracé, laisse les autres oser

Il y a celle qui dit :

Sois toi-même

Et celle qui dit :

Sois comme les autres

Il y a peut-être celle des idées des autres pour / sur elle et celle qui sait, à l’écoute de ce qui vit en elle. Il y a sûrement celle qui parait et celle qui est.

Il y a surtout un fossé qui grandit entre les deux au fil des jours. Et doucement une qui prend sa place, remerciant l’autre d’avoir été là, le temps de construire, le temps d’apprendre sa valeur, le temps de se révéler.

Le combat est un corps à corps intense, un combat d’idées et de pensées, de cicatrices à panser, de blessures à dépasser. Une histoire qui s’écrit pour gagner en vérité…

Les mots authentiques

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Dire les choses, là, tout de suite, quand elles viennent. Un mot, un souvenir, une présence. Dire les émotions avant qu’elles ne s’envolent. Poser les mots sur un carnet, un écran. Un message pour dire ce qu’on ressent. Une réponse, un conseil, un élan du cœur.

Les mots sont authentiques dans cet instant. Ils sont les sentiments. L’impulsion leur donne davantage de consistance. Alors pourquoi attendre ? Pourquoi juger ses pensées ? Pourquoi vouloir remettre à plus tard ?

Rien ne vaut qu’on passe sous silence nos ressentis, sous prétexte que certaines choses ne se disent pas. Qui a dit cela d’ailleurs ?

Tout se dit. Tout est dans la manière de le dire.

Tout s’inscrit en nous et ce que nous aurons gardé pour nous, par crainte, par doute, par renoncement, restera comme un regret, celui de ne pas avoir osé les mots, les gestes, celui de la retenue quand tout nous poussait à nous livrer, quand toutes les portes nous invitaient à les pousser.

Quand les mots sont là, quand les maux nous pèsent, quand nos cœurs battent fort dans nos poitrines, soyons à l’écoute et offrons nous ce qui nous fait du bien.

Écrire encore et encore…

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Une chose est sûre, écrire pour moi est aussi essentiel que  respirer! D’ailleurs les mots et le souffle ne sont ils pas liés? L’idée ne prend elle pas sa source dans l’air qui nous entoure, celui de la nature, celui des autres, celui du monde qui nous appelle à vivre, à créer, à vibrer?

Quoi de mieux pour commencer l’année que quelques concours (thème imposé ou pas) – juste pour le plaisir, encore une fois:

Encore une fois, merci pour votre soutien – toujours aussi précieux!