Challenge Ecriture #38 – 17.11.2020

Tu parles d’une histoire. Mettre les jeunes avec les vieux et laisser mijoter. J’aime pas les vieux et j’aime pas les jeunes. Je suis aigrie me dit ma fille. Elle, c’est pareil que le reste, elle vient par obligation. Elle sourit et elle s’en va. Elle s’en fout.

A la cantine, ça y allait l’autre jour, on n’en était pas à une critique près. Ok peut-être qu’avec mes lunettes à double foyer, j’avais une vision de cul de bouteille, mais je leur trouvais une sacré sale tronche à mes copains de galère.

Alors voilà qu’on nous colle des jeunes dans les basques. Histoire de nous maintenir à flot. On ne parle même pas la même langue!

Le chat d’Huguette est mort. Il puait le pauvre. Elle aussi mais tout le monde dit qu’elle vivra centenaire.

Ah oui, l’histoire des jeunes. Je ne sais pas trop ce qu’il leur a pris. Une idée pour nous maintenir dans le circuit. J’ai plutôt l’impression qu’on dérive. A la vitesse maximum. On tient à peine sur nos guibolles et on n’aligne pas deux mots sans se tromper de conjugaison.

Elise, elle a deux couettes, toutes jolies. Comme ma fille. Ma fille elle est laide. C’est peut-être pas ma fille! Oh il faut que j’aille me reposer, je ne sais plus trop où j’en suis. j’ai peut-être besoin de revoir l’ophtalmo. Je passerai à l’accueil demain. Demain, c’est passé et ça vient?

Retrouvez les participations ici: Sweet Things – Maude chez Mébul – Les lunettes chez Josée

Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte en lien avec ce titre de livre (en espérant que vous ne l’avez pas lu!) : La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel (2015 – Romain Puértolas)

Challenge Ecriture #37 – 10.11.2020

La crise de l‘agriculture. C’était pourtant pas de son âge de radoter. Il n’avait que ces mots là à la bouche, depuis bientôt un mois. Le problème était certes grave mais je ne pouvais plus le supporter, lui et ses diatribes interminables, ses essais ratés, ses envolées lyriques dignes d’une tragédie grecque, qui mettaient un terme brutal, à nos repas en tête à tête. Je ne disais rien et ça le mettait hors de lui. Il me trouvait insensible et égoïste, deux mots qui lui allaient si bien en temps normal. Là, c’était différent, on parlait de la terre, du sol, de sa patrie. Là, il pouvait briller. Il deviendrait peut-être célèbre à force de batailler.

Il m’écœurait soudain, je ne le voyais plus que comme un étranger. Il oubliait que j’avais la tête dans le cirage à chaque fois que je revenais de me faire piquer. Une dose de potion magique pour adoucir la fin, une espèce de limonade infect en guise de récompense, pour me donner le courage de revenir. Je me demandais bien ce qui me poussait à espérer, l’instinct de vie ou la peur de la mort. C’était peut-être pareil pour lui!

Retrouvez ici les participations de Mébul, Sweet Things et Josée! Le monde revient! Merci!

Pour la semaine prochaine (#38), je vous invite à écrire un texte qui comportera la phrase suivante au milieu de votre récit: “avec mes lunettes à double foyer, j’avais une vision de cul de bouteille”. A vous de jouer!

A la surface de l’eau

Photo by Francesca Zama on Pexels.com

Ses doigts à la surface de l’eau, qui se floute et tremble. La piscine est comme prise de frissons. Et sur son corps s’échouent quelques gouttes translucides. Elle se souvient du film visionné hier soir, du regard perçant de Jeremy Irons et de la tension érotique qui s’en dégageait. De l’autre côté de la piscine, des yeux la fixent, c’en est troublant. La même audace, comme une révélation.

Elle revient au clapotis familier de l’eau. Et glissent ses doigts sur les dessins qui se forment et déforment la réalité. Ici et là des points qui reliés les uns aux autres racontent une histoire. Le vert se brouille encore davantage au contact de deux autres mains qui s’accordent au ballet des siennes. Elle sent ses doigts suivre un autre rythme. Sa respiration se fait dense. L’illusion impose sa cadence. Puis plus rien. Comme si tout venait d’un imaginaire fécond et indomptable.

L’eau a retrouvé sa légèreté. Quand tout son corps n’est que tension. Le génie dans sa lampe sort et entre selon son bon vouloir. Les images dans sa tête se mélangent. Elle se lasse de l’eau qu’elle ne fait que frôler. Elle ferme les yeux et voilà que le visage revient, que des mains la surprennent, que ses hanches se fondent dans l’atmosphère suave.

Elle se laisse faire, ses sens absorbés par l’impact étranger. Une autre caresse pour redonner vie à son ennui. Sous le regard discret de l’eau dans laquelle se reflète un corps à corps dont elle ne saurait dire où il commence, ni où il se termine.

Challenge Ecriture #35 – 28.10.2020

Difficile de tenir le rythme avec des semaines bien chargées! Merci à Josée pour sa précieuse fidélité. Je continue pour elle (et vous si le cœur vous dit de participer un jour) jusqu’à la fin de l’année. Je vais essayer de m’organiser un peu mieux pour au moins proposer un thème chaque mardi.

Pour la semaine prochaine (#36), je vous invite à écrire un poème à partir des premières lettres du mot: ÉVANESCENCE.

Au plaisir!

Challenge Ecriture #34- 20.10.2020

Le temps passé n’est que la suite logique de nos choix de vie. Il ne nous reste que cela, la saveur d’étreintes furtives dans un monde qui se noie. Une parenthèse comme une bulle de savon échappée d’un souffle enfantin. Un peu de magie au creux de l’incertain. Et le soleil qui vient comme un manteau nous envelopper de sa clarté. Sa vibration est telle qu’on oublie tout ce qui, quelques heures auparavant, faisait trembler nos cœurs, pesait sur nos esprits. Toutes les questions sans réponse. Tous les maux de l’absence, enfin dissipés dans une présence rassurante.

Attendons-nous autre chose? Ou sommes-nous en phase avec tantôt ce peu tantôt ce plein?

Que dirait le soleil?

Merci à Josée pour sa participation! Et toutes mes excuses pour la semaine dernière, je passais mes examens! Je continue ce challenge jusqu’à la fin de l’année, si le cœur vous en dit de participer! Ce sera avec plaisir!

Pour la semaine prochaine (#35), petite mise en scène inspirée par une blogueuse: vous refaites la décoration de votre cuisine, vous enlevez le papier peint et découvrez sur le mur l’inscription “bande de trouillards!”. Ecrivez un texte à partir de cette situation ou incorporez cette situation dans votre texte. A vos plumes!

Ce temps particulier

Photo by Craig Adderley on Pexels.com

Un temps d’attente, à ne pas trop savoir, à ne pas trop prévoir. A laisser passer aussi, les doutes et les questions. Quand c’est possible. Quand une pensée ne vient pas faire bouger le château de cartes en équilibre.

Un temps entre deux, deux chemins, deux histoires. On peut toujours bifurquer, rien n’est écrit d’avance, tout est à réinventer au gré de nos pas sur la route.

Un temps fait de choix, même quand nous n’en faisons pas, nous décidons, inconsciemment. De nous laisser porter par le courant. Advienne que pourra dans cette grande incertitude qu’est demain.

Un temps comme l’enfant qui régresse, temps plus ou moins long des bases à redéfinir ou bien à consolider. Pour pouvoir se lancer. Ou pas.

Un temps de travers, pour regarder en soi, tout en regardant devant. Ce qu’on est prêt à lâcher, ce qui nous tient chaud et qu’on voudrait pourtant pouvoir quitter. Quelque part souffle un parfum de liberté, mais saurons-nous seulement essayer d’y goûter?

Qu’est-ce que ça vaut de ne rien risquer? A qui devons-nous quelque chose? Peut-être que demain, le temps se sera éteint. Alors que garderons-nous des possibles que nous avons laissé s’éteindre, par manque de courage, par peur de faire face aux regards familiers?

Quelque part une note du temps suspendu aux chants des oiseaux dans la fraîcheur d’un matin d’automne. Quelques traces d’esquisses de rêves, un bonheur touché du doigt, l’éphémère toujours comme si tout se résumait à ça: ce qu’il est essentiel de vivre, d’aimer sans attente.

Loin du monde

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Je reste loin des informations, des réseaux souvent aussi. Je me tiens loin du bruit de toutes ces voix qui se révoltent, de tous ceux qui ajoutent leur chaos au chaos ambiant.

Je reste loin des mots qui viennent faire chavirer la barque de l’équilibre. Je ne suis pas de celles qui brandissent des étendards, qui luttent et sans cesse médisent sur le pouvoir. J’ai mes idées, elles n’engagent que moi.

Je me tiens loin de toutes ces vérités qu’on scande à longueur de journée, de tous ces mots qui viennent raviver la flamme de la haine. J’essaie de faire fi des nouvelles injonctions pour soi-disant un monde plus beau.

Il y en a qui pensent qu’il faut la guerre. La guerre, je crois, elle est déjà là à l’intérieur de nous. Elle est dans l’affrontement de notre ombre et de notre lumière. Et si il y a un combat à mener, il est pour moi intérieur pour commencer.

Si nous réussissons alors cet exploit d’assumer nos zones d’ombres et d’embrasser notre lumière, nous pourrons peut-être regarder le monde sous un nouveau jour, les yeux rivés sur les richesses à déterrer plutôt que sur la pourriture à enterrer.

Quel est votre regard? Etes vous de ceux qui luttent en dehors ou en dedans? Dans quoi dépensez-vous votre énergie inutilement?

Un vœu hors du temps

@Marie Kléber

S’adapter. Une qualité remarquable. Une force sans pareil.
S’adapter, oui. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir des envies. Même si là à l’instant T, elles ne sont pas réalisables. Même si aujourd’hui, on ne peut ni changer le cours des choses, ni tout envoyer valser sous prétexte qu’une envie se glisse dans l’ordinaire du quotidien.

Si on me donne un vœu. Juste pour aujourd’hui. Si je peux choisir j’opte pour plus de temps.

Ensemble. Juste toi et moi. Sans le boulot et ses problématiques parfois invraisemblables, sans tous ces maux qui nous fragilisent et contre lesquels on ne peut rien.

Plus de temps, pas pour rattraper toutes ces semaines loin, juste pour vivre, là, maintenant, retrouver la grâce d’un temps plus long que quelques minutes volées au cours des jours qui passent, des cycles réguliers.

Un temps pour revenir à des sujets plus légers. Un temps pour lâcher tout le reste, ne pas se dire que chaque seconde est comptée ou presque. Un temps sans “il faut” surtout.

Un temps de déconnexion, de reconnexion. Sans autre moyen de communication que nos corps, que nos voix. Temps de draps froissés et de plaisir consommé jusqu’à tituber de bonheur, les yeux rivés sur autre chose que les aiguilles qui disent “vite, le temps s’agite et file, bientôt il faudra partir.”

Il y aura toujours un au revoir. Il faudra toujours revenir à la réalité. Mais la bulle dans laquelle nous aurons danser nous aura assez nourris pour nous permettre de reprendre le cours de nos vies respectives sans points de suspension.

Je n’aspire qu’à l’union de nos polarités. Dans un espace vide d’effervescence et riche de silences à conquérir. Il faudra juste que je pense à te demander si toi aussi tu y aspires!

Comment te dire?

@Marie Kléber

Comment? Oui comment te dire? Je me sens bien seule avec les mots qui ne viennent pas. Mais il y a t’il seulement des mots pour te parler de ça.

Comment te dire que le poulain que tu as vu il y a un mois à peine, qui tenait tout juste sur ses pattes, à l’abri près de sa mère, vient de mourir?

La mort, tu sais, on en parle. Il n’y a rien de tabou. C’est juste la vie qui part ailleurs, qui va tenir compagnie aux nuages et fricoter avec les étoiles.

Non, là c’est autre chose. Comment te dire que le poulain au nom si rigolo a été torturé, avant d’être sauvagement tué?

Comment te dire la violence des hommes, sans y ajouter la notre? Comment te dire l’horreur tout en restant loin de la haine?

Quels mots trouvés pour t’apaiser devant l’inacceptable?

Je te regarde avec tes idéaux et  j’espère que tu les garderas longtemps, comme un bouclier face à la barbarie, que rien ni personne ne pourra t’ôter ta joie de vivre et que face à l’innommable tu garderas la foi en quelque chose de plus grand que tout ce qui te dépasse.

Challenge Ecriture #32- 29.09.2020

Il fallait agir aujourd’hui. Luc le savait. Pas de retour en arrière possible, pas maintenant. Il avait eu tout le loisir d’étudier les habitudes de la maison et savait à la seconde près quel était le meilleur moment pour agir.

Il avait mis son mental sur off, après des semaines de réflexion et de planification. Le temps de penser était derrière lui et il savait que la moindre épine dans son raisonnement pouvait mettre à mal toute l’opération.

Le matin même il avait été acheter une brouette, une pioche et une pelle. “Tout le matériel nécessaire pour un beau cadavre!”, c’est ce que sa voisine lui avait dit à son retour. Ils s’entendaient assez bien pour qu’elle se permette ce genre d’humour.

Il ne restait plus qu’à attendre la nuit, assez noire sans être obscure. Et les dernières lumières en espérant qu’il ne prendrait l’envie à personne de prolonger la lecture d’un bon bouquin.

Il n’en était plus à quelques heures près. Il alla chercher le sac et se glissa dans le jardin, par la porte du fond. Célia lui avait donné la clé, sans hésiter. Son air angélique avait le pouvoir d’endormir même les plus sceptiques.

L’opération en elle-même était rapide, la terre, il maîtrisait.  C’était de nettoyer ensuite qui demandait application et précision. Il devait laisser place nette pour que personne ne se doute de rien.

Quand Célia ouvrirait les yeux au petit matin, elle croirait d’abord à un rêve. Et puis son sourire viendrait illuminer son beau visage. Elle n’aurait plus qu’à dire “oui”!

Retrouvez les participations ici: Chez Josée

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Pour la semaine prochaine, je vous propose d’écrire un texte optimiste à partir de cette photo de street art (Copyright Seth).