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Sur le chemin du pardon – Un défi ou un écrit #4

J’avoue que pour cette fin de mois, après un weekend et une discussion houleuse, qui a remis quelques doutes dans mon esprit et m’a mise hors de moi (ou presque), ce thème vient à point nommé.

Savoir pardonner. J’ai appris sur le tard. J’ai appris surtout qu’il faut savoir se pardonner à soi, avant de pouvoir pardonner à l’autre. Pendant longtemps je me suis sentie coupable de beaucoup de choses, j’avais pris une décision unilatérale qui impactait trois vies directement et des tonnes d’autres. Cette décision je l’ai remise en question plus d’une fois. Et à chaque fois je m’en voulais presque de l’avoir prise, mais surtout je ne me pardonnais pas de l’avoir prise. Et puis j’ai fini par prendre de la hauteur par rapport à ce choix de vie, j’ai accepté ce qui en a découlé, j’ai pris conscience que mon acte avait été motivé par une question de survie. J’ai pris conscience de l’impact d’une telle décision sur les autres. Mais j’ai aussi compris que j’étais humaine et qu’à un instant T cette décision était la seule que je pouvais prendre pour préserver ma vie et celle que je portais. Une fois pardonnée, il a fallu pardonner à l’autre. La colère du départ ne me servait plus à rien. Il était temps de la transformer. Lui en vouloir ne servait à rien non plus. Et j’avais surtout besoin de lâcher prise. Au fil du temps j’ai réalisé que nos torts dans cet échec étaient partagés. Lui comme moi avions soufferts de cette séparation, chacun à son niveau, chacun avec ses mots. Il était temps pour moi d’avancer, sans regrets, sans lui en vouloir à mort. Je n’ai rien oublié mais petit à petit j’arrive à lui pardonner ces années cauchemardesques.

Agoaye nous demandait tout d’abord de choisir quelques citations de Gandhi qui nous touchent. Mon choix s’est porté sur ces trois-là :

  • “La vie est un mystère qu’il faut vivre, et non un problème à résoudre.”
  • “Le bonheur c’est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles.”
  • “Un pas à la fois me suffit.”

Vivre en accord avec ses principes, ses valeurs, et vivre pleinement en prenant le temps de mettre les choses en place. Tout ne se passe pas d’un claquement de doigts. Mais à partir du moment où l’on veut vraiment quelque chose, on agit pas à pas pour que le projet prenne forme. Le pardon, c’est un peu ça, un long chemin de libération.

Ensuite Agoaye nous proposait de remplir la fiche de pardon ci-jointe, créée par ses soins. Un bon moyen pour nous de comprendre le processus. Une aide précieuse pour aller plus loin.

S04-pardon

  • Je suis en colère car je m’étais projetée dans une nouvelle vie et que tout d’un coup une discussion remet tous ces projets en cause. Revenue depuis plus de 3 ans en France, voilà près de 3 ans que nous vivons tous ensemble, avec mon escargot et mes parents. Au départ, leur présence était essentielle, une protection permanente qui m’a permis de reprendre pied et d’avancer sans crainte. Pour l’escargot, c’est le bonheur, tous les professionnels me disent que cette situation n’est que positive et émotionnellement très bonne pour le petit homme. Aujourd’hui c’est lourd pour moi : aucune intimité, aucun moment seule, difficile d’inviter mes amies et difficile aussi de prendre du temps pour moi, en dehors de la maison. Beaucoup de compromis sur beaucoup de choses. Et puis les mots et les « menaces » ont été durs et m’ont blessée. Comme si je devais ad-vitam aeternam me sentir responsable de ce qui est arrivé.
  • Comment ne pas souffrir de cette situation: Prendre sur moi et réaliser tout le positif que la présence de mes parents m’apporte au quotidien. Lâcher prise car je n’ai aucun contrôle sur cette situation. Prendre mon mal en patience, même si la patience n’est pas mon fort.
  • Comment expliquer ma colère / peine: Je lui dirais que j’ai désormais besoin d’indépendance, de me retrouver seule avec mon escargot, pour construire cette relation qui a mis du temps à s’installer, que j’ai envie de solitude, de créer une relation plus sereine et apaisée avec lui (mon père) et ma mère, que j’ai envie d’avoir une vie « normale » enfin.
  • Je ne suis pas coupable parce que ce désir est juste humain.
  • Je comprends la personne qui m’a blessée. C’est difficile de quitter une ville, une vie qu’on connaissait. Même si c’est un choix réfléchi, c’est un peu un choix imposé par la situation, mon retour précipité. Nous avons tous payé cher cet évènement troublant de notre vie de famille. Tout le monde a souffert. Chacun à sa manière, chacun de son côté. Il faut s’en remettre. Ca prend peut-être plus de temps aux uns qu’aux autres.

Entamer le dialogue, c’est encore trop tôt. Ou bien même c’est quasi impossible, connaissant la personne. Souvent les hommes passent vite à autre chose. Et ne veulent pas revenir sur le passé. Ce qui est dit est dit, ce qui est fait est fait. Je passe ce troisième cœur, et je continue le travail de mon côté pour me libérer de ce qui pèse depuis quelques jours. Ou quelques années. Quand j’aurais regagné mon indépendance, peut-être que le dialogue sera plus aisé ou bien que nos relations seront plus libres. Nous verrons. Je suis en selle pour l’aventure. C’est déjà un premier pas vers une nouvelle vie.

Macaron