De la félicité

Crédit Pixabay

Un cœur dessiné sur le bitume. Bleu sur gris. Le ciel balaie les infortunes. Les passants le traversent sans le voir. Et ceux qui le tracent du bout des cils y voient comme un signe.

Un sourire arraché à un visage. Sourire triste qui déploie ses ailes. Le temps s’en mêle et les souvenirs pleuvent sur le visage qui prend des couleurs. Un arc-en-ciel inonde le ciel.

Une main attachée à une étreinte. La force d’un toucher, le contact des paumes, les lignes entremêlées. A la croisée des chemins, les destins tissent des histoires sur l’inconnu.

Un regard volé. Dans la cohue du dernier train. Derniers repères envolés. On ose, un pas. Le risque de l’incertain a un goût d’enfance. L’innocence en moins.

Il faudrait l’éternité pour conter le monde. Sa beauté. Ses aspérités. Ses traits tracés sur le calendrier de l’intemporalité. L’éphémère. Les murmures. Les instantanés qui nous surprennent et nous laissent riches d’une félicité à fleur de cœur.

La fin de l’enfance…

Crédit Pixabay

La transparence de l’été. Dans l’air. Sous nos regards. Qui ne se croisaient pas. Restaient à l’abri du soleil. Derrière le noir des lunettes. Pour qu’aucun trouble ne se voit.

Sur cette terre, gorgée de nous, nos premiers pas sur le sable brûlant. La mer comme un océan. Et nos impossibles tourments.

L’été, là, à deux pas de nos peaux. Deux pas de nos corps nourris de frissons. Que nous gardions bien protégés. Dans un espace secret.

Tout juste dévoilé le grain. Et du soleil à n’en plus finir…Sans oser aller plus loin. Juste découvrir et dans notre imagination, laisser défiler les possibles d’un examen plus précis de nos anatomies. Ne rien en dire.

Émois. De sentiments. De chaires. Il ne reste que deux éclats de lumière dans nos paupières. Une main que l’on frôle et déjà, savoir, qu’on pourrait aller plus loin. Plus tard. Peut-être.

Sans les lunettes, le jeu de pupilles affranchies. Juste la nuit. Juste le temps d’une danse. De mains qui se serrent autour d’une taille. Le temps d’un slow sur une place. La foule autour, ne pas la voir. Demain on aura oublié. La peau qui respire. Le cœur qui transpire. Et l’envie aussi. Contenue. Pour l’heure.

Nous ne sommes que deux adolescents. Quelques années de plus. Quelques années de moins. On ne se dit qu’en murmures. De loin.

Seuls les draps étreignent encore les plaisirs solitaires. Les blessures amères. Deux entités secondaires. Deux traversées. Destins croisés au bord de l’été.

Sous le marbre brut, tu dors. Pour toujours. Un pas de travers et ton corps sous la terre. Quelques grammes de poussière. Une plaque au cimetière. Le souvenir s’enfuit. Il ne reste que des chimères de ce temps de notre enfance, envolée.

Rien que des pas sur le sable, par le temps, étouffés.

Si vous avez aimé ce texte, n’hésitez pas à soutenir mon TTC Entre deux orages, en finale du prix Short Edition.

Rendez-vous

Nous avions rendez-vous sur cette place que j’aimais tant. Déjà. La fin des grandes vacances. J’arrivais, vierge de toute attente. Pas d’un passé. Que je portais un peu comme un bagage plombé. Mon corps, mon cœur à l’intérieur, riches des intempéries de la vie, avaient subi un grand ménage. Mais restaient pleins de doutes et de peurs. La belle affaire!

J’arrivais, après des années de solitude, des nuits d’angoisse, des jours d’orage. Pas de place pour un parapluie dans mes bagages. Juste suivre son cœur. J’en avais recollé les morceaux, jour après jour. En m’occupant d’autres battements, eux, encore si insouciants. Sûrement ma plus belle victoire.

J’arrivais. En haut des marches. Et depuis, une lumière singulière brille sur ma vie…

Ceci est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots choisis étaient: affaire – suivre – ménage – intempérie – parapluie – victoire.

Nouveau départ

Copyright MK

La nouvelle est arrivée un soir de Novembre. Un coup de fil. Tout simple. C’est à lui que je l’ai dis en premier, parce que je savais qu’il comprendrait. Mais qu’il n’en ferait pas tout un flan non plus. La propriétaire reprenait son appartement.

J’ai encaissé et puis je n’y ai plus pensé pendant cinq mois. J’avais le temps et je voulais que loulou termine son année scolaire dans son école actuelle. J’ai mis de côté toutes les remarques inappropriées et je m’en suis tenue à mon intuition de mère – la seule qui vaille en la matière.

En mai, j’ai commencé les recherches, les visites, les dossiers, grandement assistée par mon père. Il fallait bien ça. Après quelques déconvenues, nous avons trouvé notre bonheur, pas très loin de Paris, à dix minutes de train, dans un quartier inconnu jusqu’alors.

Juin a été compliqué, frustrant par moments, épuisant aussi au milieu des cartons, de la chaleur et d’un blues que je n’avais pas anticipé. Il a fallu gérer la fin de l’année scolaire, les craintes des uns et des autres, les problèmes de communication, les tensions familiales, la fatigue. Dans les moments de doutes intenses, il était là, si compréhensif et raisonnable à la fois. Sa façon d’être m’apaise. Et j’ai puisé dans cet apaisement les ressources dont j’avais besoin pour tenir la cadence. Et ne pas m’écrouler avant la fin.

Loulou a été un assistant en or. Il a fait les cartons, démonté les meubles avec moi, accueilli mes plats – pas originaux pour deux sous – avec le sourire. Il a agrémenté un quotidien pesant de rires. Et j’ai réussi à lâcher prise, un peu. Par moments.

J’ai vendu, donné, fait un grand tri afin de n’emmener que le nécessaire. Je me suis quand même demandé comment j’avais pu revenir en France avec une valise pour seul bagage et emmagasiné autant en 7 ans. Sept ans quand même et six ans dans cet appartement, trouvé par relation, au milieu d’un chaos indescriptible.

En rendant les clés hier, je me suis souvenue de ces années. Des matins de détresse. Des soirées à tenter de rassembler les morceaux de ma vie. Des trois années que nous avons passé à 4 dans ces 40m2. Des mots durs et des disputes. Des départs et des silences. De la culpabilité et du sourire de loulou qui a souvent fait flancher mon coeur de maman dépassée. Des peurs très crues. Des échanges dangereux. Des remises en question constantes. Et puis une nouvelle vie à deux. Trouver ses marques, se sentir à côté de la plaque si souvent. Essayer, se planter et repartir. Hurler aussi. Se taper la tête contre les murs pour que tout s’arrête. Ne plus penser. Mourir un peu plus chaque jour.

Et puis les jours heureux aussi, les matins câlins, Renaud en boucle, les pancakes du samedi matin, nos soirées télé du samedi soir, les douceurs sucrées des voisins, les fêtes d’anniversaire, les cadeaux sous le sapin, les bêtises et les rires, les mots qu’on ne se dit pas souvent mais dont la force nous transporte. Le chemin de l’école et nos baisers papillons. L’amour qui s’invite et les sentiments qu’on n’évite pas. La confiance et se sentir invincibles. Les journées jeux en famille. Le plaisir et se blottir enfin contre un corps ami qui ne prend rien et donne tout. Son sourire au coin de la rue et tout le mauvais qui se dissipe d’un coup. La tendresse et se sentir vivant jour après jour.

Je ne laisse rien de moi derrière. Juste peut-être les heures noires qui furent les nôtres. Oui je les laisse en ces lieux. Je n’emporte avec moi que le meilleur. C’est à partir de cela que je veux bâtir demain.

Nous sommes dans notre nouveau chez nous depuis samedi. Nous prenons nos marques. Loulou aura eu le temps de se faire à son nouvel environnement avant les grandes vacances. Quant à moi il me tarde de découvrir notre environnement. Et d’aménager mon intérieur, d’y inviter les gens que j’aime. La tension baisse et je me sens plus légère…

Quand les souvenirs douloureux s’invitent à l’improviste…

Crédit Pixabay

Je serai toujours seule face à ces souvenirs. La joie se partage, se comprend. Le bonheur se faufile et chacun peut en prendre un peu. Le chagrin et la terreur n’appartiennent qu’à nous. Ils se partagent peut-être mais personne n’en saisit vraiment la portée. Personne ne connait le fond des heures noires, à errer, du chagrin pesant qui nous laisse vidés sur le bord de la route. Certaines personnes devinent. Tout juste. C’est déjà beaucoup.

Ils sont revenus comme ça. J’ai bougé les carrés de couleurs – sûrement dans trop de sens – et le passé s’est invité à ma table. Mes pieds sur le sol et la neige autour. La nuit et le froid qui court sur mes bras nus. Mes pieds qui voudraient être aspirés par la terre. J’ai voulu faire marche arrière. J’ai déplacé les carrés de couleurs. Revenir au présent. Trop tard. Le vent et le froid. Mes pieds nus et mes doigts qui voudraient tout arracher, mon cœur, creuser un trou pour que je puisse m’y cacher. Fuir la réalité. J’ai regardé les carrés. Rouge et blanc, comme le sang que je souhaite voir se cristalliser pour que mon coeur ne soit plus irrigué. Le blanc comme la neige qui recouvre mes pieds nus. Derrière la porte, mon secret, si bien caché. Mon enfer, si bien protégé. J’ai cherché les verts, en vain, j’ai voulu les bouger, retrouver aujourd’hui. Mais j’étais partie trop loin dans le passé.

Allongée, j’ai guetté le sommeil. J’ai senti les larmes rouler sur mes joues. Les carrés de couleurs étaient à nouveaux mélangés. Aucun n’avait trouvé sa place. J’errais dans l’antichambre du “pas assez”. Encore et encore. J’avais beau savoir que ce n’était que des souvenirs, rien de tangible donc, je n’ai pas réussi à les éloigner, pas cette fois.

La nuit m’a paru durer une éternité. Ce même refrain qui revient, cette même peur. Toujours. Ce même sursaut. Respirer. Et replonger. Puis sursauter encore. Avoir envie d’arrêter la nuit. Guetter le jour. Et tenter de retrouver un peu de contenance, avant une nouvelle journée.

J’ai regardé les carrés, un peu de bleu dans mon ciel d’orage. J’ai voulu essayer à nouveau mais les couleurs scandaient les notes d’une chanson que je n’aime pas. Alors j’ai arrêté avant de m’enfoncer davantage. J’ai lâcher prise. Non sans mal. Je suis retournée à mes murs, aux mots doux, aux étreintes rassurantes, aux sourires. J’ai abandonné les carrés à leur triste sort, en me disant que d’autres y arriveraient mieux que moi, d’autres qui n’auraient pas peur, qui ne se sentiraient pas vulnérables à la moindre faille d’un système qu’ils ne maîtrisent pas. Je n’en suis pas encore là…

Et vous les souvenirs douloureux, arrivez-vous à les tenir à distance ou au moins à les envoyer balader quand ils se présentent sans avoir été invités?

 

Mon premier et unique Ramadan

Crédit Pixabay

Ce matin je discutais avec une collègue qui fait le ramadan. Je l’ai fait. Une fois. Elle m’a demandé, pourquoi une seule fois? Pourquoi pas maintenant?

Mon premier et unique Ramadan, je venais de me marier et je me disais que c’était une bonne entrée en matière. Et puis ça m’intriguait aussi. J’en avais tellement entendu parler (en termes élogieux bien sûr) que je voulais me faire mon idée. Et puis à cette époque là, j’étais très branchée religion, je lisais le Coran, je relisais la Bible.

Comme pour beaucoup de choses, c’est le premier pas qui compte! Les premiers jours nous étions deux, en pleine lune de miel, le point culminant de notre histoire, après le chaos et avant la déroute. Et puis au mois d’août en Irlande, la chaleur n’est pas non plus écrasante. Ce qui tombait bien car l’amplitude horaire était assez conséquente, elle.

Je me levais aux aurores, je me préparais un petit déjeuner copieux (avec des dates, du lait, des céréales, des fruits, des fibres) et je priais. Entre midi et deux, je me promenais, je lisais. Le soir était plutôt festif. Nous étions souvent invités. Dans la plupart des pays musulmans, la rupture du jeûne est l’occasion pour beaucoup de partager un repas, ouvrir sa maison aux plus démunis, faire don de ce qu’on a et que d’autre non pas. Le Ramadan est vraiment le moment de se dépouiller de tout le superficiel pour revenir à l’essentiel. Ce qui vaut pour le reste de l’année – beaucoup ont malheureusement tendance à l’oublier (c’est une autre histoire!)

J’ai tiré beaucoup de positif de cette expérience. Beaucoup me disaient que sans la dimension religieuse sous entendue “religieuse musulmane”, ça n’avait pas grand intérêt. Certes je n’ai pas fait le Ramadan comme les musulmans car ce n’est pas ma religion et que je n’ai eu à aucun moment le désir de me convertir. Je ne l’ai pas fait non plus par obligation / habitude ou pour un quelconque gain (style une place de choix au paradis!). Je l’ai fait par choix personnel, par choix spirituel.

Ce qui m’a semblé le plus difficile c’est la solitude. Une fois les tous premiers jours passés, chacun a repris son travail et là, c’était une autre histoire. Je ne mangeais plus avec mes collègues. Je déclinais les invitations de mes amies pour déjeuner. Je ne comptais plus les regards inquiets quand j’évoquais mon choix (pour une fois je n’étais forcée à rien pourtant!). Et puis, lui, il travaillait loin donc j’étais souvent seule (ce qui en temps normal ne me dérangeait absolument pas). Et dans ces cas-là, les invitations se faisaient plus rares aussi. Rompre le jeûne en tête à tête avec soi-même c’est beaucoup moins enthousiasmant d’un coup.

Et vous le Ramadan, ça vous parle? Vous le faites parce que c’est votre religion? Ou vous ne le faites pas? Vous avez déjà essayé? Ou ça ne vous a jamais intéressé?

Comme autrefois

Il regarde devant lui, en contrebas les maisons, petits points de poussière colorés, se détachent sur l’horizon. Il apprécie le silence de cet endroit, repère de bergers qui jadis venaient faire paître leurs troupeaux – en reste-t-il de ces hommes-là, alertes et aptes à travailler de longues heures, gestes précis et corps plongé dans une contemplation quasi monastique ?

Il savoure la quiétude de ce lieu comme oublié du temps, les yeux vissés sur l’ubac*. Son cœur bat la chamade, cette mélodie cruelle qui lui rappelle pourquoi il se trouve là, aujourd’hui, pourquoi il a parcouru tant de kilomètres en une nuit. Nuit d’orage et routes glissantes. Le fracas de la ville puis le froid de la campagne déserte. Au petit matin, un feu l’attendait dans la salle commune de la maison. Comme autrefois.

Le chien avait aboyé. Hurlé à la mort plutôt, réveillant le village, alertant les alentours. Un départ sans retour. Aussi simple que cela. La mort, on en fait tout un plat. Et puis elle débarque, c’est l’heure d’éteindre les lumières, d’égrener les regrets, de regarder la vie s’esquiver sans un mot, sans même un aurevoir.

Le téléphone avait sonné. Hurlé la fin dans le grand appartement du 5e étage. Instant gravé dans le marbre des dalles du hall d’entrée. Il avait décroché, inquiet, impatient. La nouvelle telle une onde s’était faufilée entre les interstices de ses pensées et c’est avec une fluidité quasi surnaturelle qu’il s’était habillé, puis dirigé vers sa voiture.

Pas le temps de réfléchir. L’urgence. La gérer. Et puis après aviser.

Il se tient toujours là, à flanc de montagne, incertain des maux qui le travaillent. Il ne sait rien de la fin de ceux que l’on aime. Alors il se tait et respire la chaleur de la terre. Sa terre.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots à insérer dans le texte étaient les suivants: ubac – fluidité – aboyer – berger – geste – feu – poussière – onde – retour – éteindre – chamade.

* Aucune certitude sur la bonne utilisation du mot “ubac”…

Les heures exquises

Crédit Pixabay

La voiture file sur la route, presque déserte. Elle voit les kilomètres défiler et saisit le temps qu’il leur reste. Si peu. Les minutes se dispersent dans l’air, bulles en équilibre, et d’ici quelques instants, le temps se sera enfuit. Il faudra repartir, chacun de son côté. Fin de la parenthèse acidulée. Lui, retrouver sa famille, elle la sienne. Heureux, certains et pourtant elle ne peut s’empêcher de vouloir retenir ces nanoparticules d’heures exquises à être avec lui, fredonner les chansons qu’il aime, poser ses yeux sur ses mains, les contempler encore, dans les moindres détails, les apprivoiser du coin de ses cils en émoi.

Hier, cet hier d’il y a quelques mois, ils ne connaissaient rien l’un de l’autre. Le destin se doutait-il qu’ils allaient se croiser, s’aimer, qu’il deviendrait sa terre, son hémisphère, sa première pensée du matin, sa dernière du soir ?

Elle se remémore…

La brume sur les reliefs, la campagne qui se réveille. Et eux, dans les bras l’un de l’autre, leurs corps alanguis chargés d’électricité, celle qui les pousse à s’étreindre, à fusionner. Il suffira d’un frisson pour les faire basculer dans un dédale de gourmandises, seulement interrompues par de tendres baisers. Dehors, le soleil émerge timidement d’un sommeil paisible. Ses rayons se posent sur la vitre et déposent des pépites d’or sur les murs de la chambre. Ils attrapent au vol des murmures. Le silence les enveloppe de cette quiétude qui manque tant au cœur du chaos de la ville.

Des souvenirs comme des perles de pluie. Et puis…

Un souffle. De la buée sur les carreaux. A l’intérieur, l’incendie de leurs peaux exposées. L’envie qui se respire. Le goût salé de son épiderme et la fièvre de ses mots. Il se fait poète, tout en sensualité. Son être la déshabille de tout ce qui l’empêche et l’habille d’audace, celle dans laquelle elle lui transfère tout pouvoir sur son plaisir à venir.

La nature prend ses aises, les feuilles des arbres tourbillonnent à leurs pieds, emportées par le vent frais de novembre. Ils tremblent de bonheur.

Quel jour sommes-nous déjà ? Quand faudra-t-il prendre la route ? Ces questions, chacun les chasse d’un revers de manche. Pas encore. Seul le présent compte. Plus tard ils retraceront ces heures, seuls, les soirs de blues, à deux, du bout de la langue, antidote précieux. Le ciel, bleu. Puis la pluie, fine, qui tambourine sur les carreaux. Le thé fumant partagé, la fatigue accumulée, les notes du piano. Ce sourire. La symphonie qu’ils composent, une qui colle aux tripes et se moque des conventions. Ils regardent droit devant eux. La ligne d’horizon, les collines, les champs à perte de vue, les vignobles à gauche et la liberté de l’autre côté.

Les kilomètres ne sont plus. Il ne reste que des mètres. ll faudrait pouvoir les savourer. Elle ne le peut pas. Ensemble et séparés déjà. Il va falloir se dire au revoir. Pas encore. Si seulement, pas cette fois. Ils s’embrassent, la porte claque, la voiture démarre et entre eux, le vide prend ses aises. Ils ne se quittent pas. Il part vers une autre vie dans laquelle elle n’est pas. Son cœur, dès lors, en manque, lâche sur le papier tous ces grains de sable dans lesquels sont gravés, pour toujours : en souvenir de nous.

Ce texte a été écrit (et légèrement modifié) dans le cadre du concours Edilivre 2018.

Avec et sans toi

Crédit Pixabay

J’ai connu le gris des larmes et le vert des prairies en fleurs. Sur la plage, l’empreinte de mes pas. Et dans mon cœur, le souvenir de toi.

Je t’évoquerais toujours le cœur battant, quelque part entre ici et là-bas. Tu seras toujours là. Sans y être. Tu seras toujours la pièce manquante à l’équation subtile de mon bonheur.

J’aurais donné le monde pour que tu ne partes pas, pas si vite, pas sans moi. Pas si loin.

Au lieu de ça, j’ai appris que l’amour n’a rien à voir avec ni la vie, ni la mort. L’amour ne disparait par comme le corps. Alors le mien, le tien, restent ce lien qui nous lie au delà de toutes les apparences.

Parfois je sens un souffle. C’est toi. Tu vois les sourires de ma vie et tu souris avec moi. Je donnerais tant encore aujourd’hui pour que tu sois parmi nous, pour que ton rire vienne éclabousser les murs du présent, que ta bienveillance soit mon baume apaisant les soirs d’orage, pour qu’il puisse prendre ta main et que tu tiennes la sienne au chaud. Tu lui aurais raconter des histoires, celle de la petite voleuse de boudoir. Ou était-ce de choux à la crème?

Pour lui, tu ne seras à jamais qu’une bougie dans une église, une dalle sur un coin de terre, près d’un prunier dont il engloutit les fruits sans même y penser. Il dit “papy” sans savoir. Dans sa bouche, pourtant, je retrouve le goût particulier de mon enfance à tes côtés.

Si vous doutez…

Crédit Pixabay

Elle est là. La voiture se gare, la peur se dissipe petit à petit. Elle est là. Avec son sourire. Elle rend ces heures moins douloureuses. Celles de ce départ improvisé, précipité. On parle de tout, en essayant de ne pas parler de ça. Mais on n’y arrive pas. C’est là, c’est le présent. C’est mon ventre rond et les mots qui cognent contre mes tempes. Ce sont ses larmes, puis les miennes. Et les hauts-parleurs qui annoncent le vol. Je la regarde alors que je m’éloigne, que je m’enfuis. Je ne voudrais jamais lâcher sa main. Je ne veux pas qu’elle s’efface parce qu’entre ici et la-bas, c’est le vide. Cet aéroport visité maintes fois est un territoire hostile. Une force me porte mais laquelle. Je ne sais plus. J’avance.

L’avion. Les sourires. Et les larmes qui inondent tout. Tout est néant. Le monde tourne quand le mien n’est qu’une plaie béante. Personne ne sait, pourtant mon chagrin brûle tout. C’est plus que du chagrin. C’est la douleur, la terreur, et ces mots, ces cris.

Sur la dernière ligne droite je sens le sol se dérober sous mes pieds. Si seulement le sol pouvait m’engloutir, m’aspirer tout entière. Si seulement je pouvais disparaître de la surface de la terre. Juste comme ça. Ne plus exister. Me sauver de ceux qui attendent derrière la porte en verre, ceux qui ne comprendront pas, ceux qui m’aiment, souffrent, ceux à qui il faudra raconter l’histoire de A à Z, ceux qui croiseront mon regard et ne sauront pas ce qui se cache derrière. Et qu’il faudra vivre avec ça. Les souvenirs. Ces souvenirs…

C’était il y a six ans. Déjà! Je souris à l’évocation de ces lignes, avec l’impression d’être revenue de si loin. Je me sens si riche aujourd’hui, qu’il fallait bien ça, ce choc brutal pour me faire réagir.

Je suis tombée bien des fois depuis ce jour là. Je suis remontée à la surface, brasse après brasse. En gardant au fond de moi, bien ancrée, la certitude que le bonheur n’était pas que pour les autres, qu’il reviendrait comme le soleil après la pluie. Il suffisait de regarder le monde, de glaner ici et là quelques impacts de beauté. Ils furent nombreux certains jours, imperceptibles parfois. Reconstruire. Pas à pas. Ne plus céder au désespoir. Ne plus céder non plus. Et sourire aussi. Envers et contre tout. Retrouver mes yeux pétillants de vie, ne plus voir les larmes inonder les jours, ne plus espérer que la nuit.

Parfois on me demande comment on en revient. Je ne sais pas. On en revient, ça je le sais. Plus fort, c’est certain. Plus proche, de nos émotions qui s’expriment plus facilement. Plus à l’écoute. Plus proche, des autres. Vulnérables et fiers de l’être. Humains un peu plus aussi. On pose les briques les unes après les autres, chaque chose en son temps.

Je n’ai pas les clés de cette renaissance. Ni de baguette magique pour que tout se passe bien. C’est un processus, comme le deuil, le pardon. Chacun va à son rythme. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière d’agir. Chacun son chemin.

Alors si vous doutez, sachez juste que plus vous avancez, plus la lumière dissipe les ténèbres, plus vous apprenez à vous connaître, à vous aimez, plus vous marchez vers la vie!