Face à ce qui nous dépasse…

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De fil en aiguilles, mes pensées m’amènent là, près de toi. Toi, une fois, deux fois, mille fois. Combien sont-ils, comme moi, à tenter de mettre des mots sur l’inéluctable?

Des longues heures d’attente au verdict. Sous un carré de terre, voilà où je viens te parler depuis 33 ans. De là que je te confie tout, des plus beaux matins aux plus sombres tourments. La vie a basculé doucement. Elle continue sans toi depuis tout ce temps.

Des fils un peu partout pour te maintenir en vie. Quelques jours à peine. Vingt cinq ans plus tard, quelques jours pour quitter le monde. Ta délivrance. Finis la souffrance dans un corps pris en otage. Tu n’avais connu que les centres fermés, ce monde si fragile des enfants qu’on cache par peur d’un peu trop les aimer.

La mort, c’est pour ceux qui restent que c’est le plus terrible. C’est pour ceux qui auraient voulu dire au revoir, ceux pour qui les mots restent suspendus dans une absence insoutenable.

Aucun vie ne se ressemble. Aucun souffle n’est identique. Le tien avait des allures de jeune fille. Un souffle comme le vent dans les arbres. Tu avais cette grâce, celle d’une jupe qui se soulève dans la douceur d’un matin d’été. En un souffle, le cœur qui lâche et l’horreur d’une nouvelle comme un coup de poing.

Tout le monde gardait le silence. C’est vrai que c’était étrange, ton absence, surtout pour cette occasion. Ça faisait, quoi, quinze ans, tout au plus. On avait quinze ans à nouveau quand elle m’a raconté l’accident. Envolée notre adolescence dans les tourments du temps. Tu n’auras jamais mon âge et tu ne verras jamais ton fils devenir grand. C’est toujours très perturbant la plaque au cimetière. La marée a depuis effacé ton visage, nos émois et nos rires.

Je continue de disséquer les émotions de tous ces “presque” abandons, ces matins qui ne ressemblent à aucun autre, ces matins “sans”. Je continue d’égrainer les souvenirs. On ne s’habitue pas, c’est faux. On vit juste avec et on tente de vivre bien, de vivre mieux, de vivre plus fort. Et on se plante aussi, une fois la claque passée. 

Une autre vie. Plus libre. Plus respectueuse de tes idéaux. Je te revois, là, le corps affaibli, sur ton lit de camp, au milieu d’un monde qui ne te ressemblait pas. Là, nous avons eu le temps, de nous re-connaître, le temps d’envoyer chier tous ceux qui disaient que tu ne tiendrais pas. Tu as tenu, un peu plus, juste ce temps pour pouvoir se dire les choses. Un rayon de soleil au dessus des mots-croisés. Chaque jour de passé c’était comme un défi relevé. Et le pardon aussi…

Torturée. Ce sont les mots du journal. Tu sortais du travail. Quelques secondes à peine et le grand trou noir. Ton sourire s’est évanoui. La dernière image de toi, nos pas de danse à minuit moins le quart. Une marche silencieuse pour faire face à l’horreur de ta disparition.

La mort n’a pas d’égard, elle vient vous cueillir, souvent sans crier gare. Un coup franc. Pas de trace d’infraction. Je me suis toujours demandée où on puisait la force pour surmonter les plus grands drames, est-ce qu’il n’y avait pas quelque part quelque chose de plus grand que tout ce qui nous dépasse. 

Rien ne nous prépare à la fin et pourtant nous savons qu’elle viendra. Je crois que l’essentiel est de se dire les choses, toutes les choses, avant que les lumières  ne s’éteignent, ne jamais – pour une fois – reporter à demain les sentiments. Et vivre surtout, intensément, passionnément chaque jour.

Dans la malle aux souvenirs

Ouvrir la malle aux souvenirs…

Ils sont si nombreux à peupler nos mémoires. Un rien peut les activer. Un rien pour leur redonner vie. Une musique, un mot, un parfum, un bruit, le roulis de l’eau, le générique du top 50, un tube à la radio, un verre de diabolo menthe. Et la valse commence. Le temps s’arrête sur une image.

Les bouchons sur la route des vacances. Les voitures remplies à ras bord. Le départ aux aurores. Les cassettes enregistrées qu’on passe en boucle et les kilomètres qu’on avale en répétant inlassablement « on est bientôt arrivé ? » tout en sachant qu’on vient juste de partir. L’aller presque triomphant. Et le retour passablement moins enthousiasmant.

Le temps de l’école. Et le temps des congés. Le temps de cahiers ouverts et des bouts de stylos mâchouillés, de l’odeur de la colle en pot. Le temps des déguisements dénichés au grenier, des casseroles que l’on brinquebale d’un bout à l’autre du jardin, des tambouilles d’herbe et de cailloux. Le temps des colonies, des cartes reçues, de celles que l’on envoie pleines de fautes d’orthographe. Le temps des pieds dans l’eau, des bains de boue et des bals du 14 juillet.

Les soupes du dimanche soir et les épinards à la crème de la cantine, passablement écœurantes. Le 7 sur 7 d’Anne Sinclair et nos mercredis “télé, bonbons et bavardages”. Les weekend à la mer et l’été à la montagne. Les sorties en refuge et la pause-pipi dans les orties.

Les premiers émois et les sauts dans le vide, les premières confidences et les prières silencieuses. Les interdits qu’on oublie et les heures de colle qui s’en suivent. Les cours de sport qui s’éternisent.

Le temps des adieux. Les premières notes d’un futur qui nous comprime le cœur. Le temps du chagrin, de la fin de l’enfance. Un visage qui revient au milieu de nos rêves puis disparaît, comme emporté par le vent. Le temps des au revoir imprévus, des séparations. Les souvenirs se voilent d’amertume. L’innocence se bat contre des murs de certitudes.

Le temps des promesses qui ne durent pas. Le temps de l’allégresse, l’éphémère entre nos doigts. Temps de poser les bases de demain sans avoir les armes pour affronter les vagues.

Les dernières années d’école et les copines « tout terrain ». Les examens. Les premières vacances main dans la main. Les spaghettis carbonisés sur le réchaud improvisé. Les danses endiablées. Les slows langoureux. La mer qui vient bénir cette entrée dans le monde tant convoité de l’adulte.

Le premier regard et le premier baiser. La première excuse mal fagotée. Les premières notes d’une histoire à créer. Premiers vertiges et envies de tout oser. Puis le fracas de la fin. Le silence de la séparation. Le vide après le plein. On en sortira vivant un jour sûrement. Pour le moment, les claques se suivent et nos larmes sont fragiles.

Une fête un peu arrosée, notre timidité envolée. On rentre tard ou tôt, le cœur gros. On s’essaye à la vie avec ses bas, ses hauts, ses promesses, ses attentes. On juge vite et mal. On juge trop souvent. Le regard des autres comme un couperet nous tend un piège dans lequel on chavire. Il faut parfois le pire.

Les amitiés qui fichent le camp, celles qui restent un peu plus longtemps, les bars de nuit et les soirées à refaire un monde qu’on voit s’écrouler. Assister passivement à la fuite inexorable du temps et ne plus savoir qui croire, ni comment.

Devenir adulte et regretter de n’être plus des enfants. Moins d’innocence. Moins de rêves. Plus de conscience jusqu’à ce qu’on crève, la gueule ouverte, par peur d’oser, par peur de manquer. Tout resurgit à la faveur d’une naissance. Une deuxième chance.

Les premiers mariages et les yeux qui pétillent. Un « oui » dans l’atmosphère. Une farandole de bonheurs à cueillir chaque jour. Pour nous ce sera différent. On ne se loupera pas. On se regardera encore longtemps comme si on se voyait pour la première fois. Avec ses frissons et ce « je ne sais quoi » qui fait trembler même les plus vaillants. On ne parlera pas du couple comme d’une relation usée,  de ce “juste assez de tendresse” pour rester. On ne disséquera pas les méandres de l’adultère, de l’infidélité. On restera loin des jugements pour mieux se protéger.

Dans la malle aux souvenirs, il y a tout un tas de secrets aussi, gardés sous scellés pendant des années, des mystères à élucider, qui dans cette vie resteront bien protégés. On veut y croire encore un peu. Avant que tout n’explose, que s’exposent nos vulnérabilités, pleines d’ecchymoses. On l’aura bien cherché. Des secrets et de regrets, de ceux qu’on jure de ne jamais avoir, de ceux qu’on trouvait dérisoires chez les autres. On n’a pas fait mieux.

Quand on farfouille au hasard, on tombe sur des pépites. Une histoire de choux à la crème sur les genoux de grand-père. Le jardin de Versailles en long, en large et en travers. Les premiers jours de soleil et les collants qu’on laisse dans les armoires. Les récoltes d’automne et nos vieux grimoires. Le jour qui se lève sur un avenir plein d’espoir. Des photos d’école et des prénoms qui nous échappent. On aurait dû les noter. On pourrait les rechercher, les copains de long date, premiers témoins de cette grande aventure dont nous ne savons que dire.

On ouvre la malle les soirs de cafard, meilleur remède qu’un café noir. Ou à la demande générale quand on veut savoir qui on était, comment on a vécu, aimé aussi. Oui on l’aurait presque oublié sans ces âmes bien intentionnées. Aimer à en avoir le cœur broyé, à ne plus sentir ses muscles, à ne plus savoir les heures, à ne plus attendre que le bruit des pas dans l’escalier, à ne plus espérer que la chaleur de ses bras. Aimer à se dissoudre dans le tout des deux, à contempler le monde d’un nuage lointain, à se faire des promesses dans les creux incertains, à se confier nos détresses jusqu’au petit matin. Aimer à vouloir se fondre en l’autre. Aimer l’amour et aimer l’aimé. Aimer dans les draps nets vite froissés, dans les courbes des hanches qui se rejoignent et ne forment plus qu’une entité sacrée. Aimer à se mouvoir dans la fréquence de l’autre, à occulter les barrières sur le chemin, à se foutre des autres. Aimer à la folie, sans céder aux injonctions, fidèles à nos choix, sans cesser de se battre pour ce en quoi on croit. Aimer jusqu’à ne plus pouvoir tenir l’amour dans une définition, dans un cadre balisé. Aimer sans relâche, sans frontière, sans attache. Ça rassure ou pas.

Et puis on la referme. Non pas à double tour. On reviendra y puiser l’énergie débordante de tout ce qu’on a créé. On visitera à nouveau ces temps reculés, où tout nous semblait accessible, tout nous paraissait simple et limpide. La malle nous promet encore de beaux voyages. Il faudrait toute une vie pour les réaliser.

Ce coin de bord de mer

@mk

Je me suis toujours dit, si un jour il ne reste rien, si je perds tout, il restera ici. Ici, la-bas, ce coin de terre au bord de la mer, cet endroit dans lequel tout est, dans son plus simple appareil. Ma nature a moi, mon oxygène, ce qui m’a tenu lieu de passerelle, ce qui m’a maintenu debout. La mer et l’horizon. Pas une mer bleue qui fait rêver, une mer qui sans cesse se retire, charrie la boue et se creuse, sans cesse revient sur la rive.

Il y aura toujours mes pas et ceux des autres avant, ceux qui ne sont plus et quelque part toujours habitent ces lieux. Il y aura toujours ce souffle qui réveille et le vent sur les marais.

Il y aura les yeux de mon grand-père et ses histoires farfelues, les bottereaux de ma grand-mère dégustés au petit matin avec un bol de Banania, le bain du soir dans une grande bassine verte, la chambre aux dessus-de-lits recouverts de scènes de chasse. Il y aura le rire de mon cousin, un rire chantant qui nous emmenait loin. Il y aura toujours la maison et les placards remplis de biscuits dégoulinants de bons sentiments, boudoirs, pingouins, petits beurres. Il y aura les courses le matin et le rideau multicolore du poissonnier, nos têtes dégoutées devant les abats du boucher, le petit chemin que nous empruntions pour nous y rendre, qui le temps de quelques minutes nous offrait la liberté de courir sans nous préoccuper du monde. Il y aura toujours ces souvenirs d’enfance, heureux, les compotes de pommes et les confitures de pèche, les chevreaux nourris au biberon, derrière la porte, au fond du jardin. Même si depuis, mon grand-père est mort, la maison a été vendue, les terrains transformés, si aucune rire ne résonne, ils appartiennent tous au passé. Les images restent comme autant de richesses à partager.

Ce texte est ma participation au rendez-vous proposé par Julie autour de nos souvenirs d’enfance.

L’écriture, cet acte thérapeutique!

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Nous n’écrirons pas tous des chefs d’œuvre, nous ne serons pas tous publiés, nos mots ne trôneront pas tous sur l’étagère d’une librairie ou d’une bibliothèque. Mais nous pouvons tous mettre un mot après l’autre, laissez nos cœurs se libérer sur le papier, laisser les mots nous guérir. En profondeur.

Nous n’avons alors pas besoin d’un plan précis, il nous suffit juste d’oser, d’oser nous lancer pour évacuer ce qui nous touche, ce qui nous fait faillir, ce qui nous empêche d’avancer, d’exister. Ça pourra prendre différents formes. Il n’y pas de modèle, pas de cadre à respecter, ce sera spontané.

Parfois nos souvenirs sont trop lourds à porter, nos émotions trop fortes à supporter. Parfois nous ne savons plus où nous en sommes. Certains choix parfois sont nécessaires. Et notre esprit se perd entre doutes, envies, contradictions, interrogations. Où en sommes nous? Qui sommes nous?

L’écrit nous offre de lâcher prise, de tout lâcher. Nous n’avons plus à paraitre, à donner le change. Nous n’avons plus à faire attention à nos mots, nos pensées pour ne pas blesser l’autre. Là dans cet instant. Les mots nous invitent au partage de ce qui ne peut être dit de vive voix, ce que nous n’arrivons pas à articuler.

Vous ne savez pas par où commencer?
Rien de plus simple, un crayon, du papier et quelques minutes de calme. Allez-y. Laissez les mots couler. Peut-être que ça restera superficiel, peut-être que vous accoucherez d’un texte auquel vous n’avez pas pensé. Peut-être que ça viendra réveiller autre chose en vous. Et il faudra laisser couler l’encre encore un peu.

Écrire les souvenirs m’a permis de les digérer, de comprendre, de pardonner, d’avancer.
Écrire le présent me permet de mieux accepter mes émotions, de les accueillir puis de les laisser partir.
Écrire les maux pour mieux vivre.
Écrire le beau aussi, la joie intense, les sourires sublimes.
Écrire ce qui me tord les boyaux, ce que je tente de retenir mais qui finit par peser trop lourd.
Écrire la joie et le chagrin.
Écrire ce qui nous chamboule, ce qui nous fascine, ce qui nous fracture.
Écrire pour choisir.
Écrire face à toutes ces montagnes qui nous semblent impossibles à gravir, l’avenir qui nous impossible à construire.
Écrire tout ce qui nous échappe…

Et vous, l’écriture thérapeutique ça vous parle? Vous pratiquez?

Au cœur du traumatisme

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10h00:

Je me dis souvent que je ne veux plus parler du passé. Et il revient sur le devant de la scène. Comme ce matin, dans le claquement brutal de la porte d’entrée, une expression dans le regard, des mots qui me percutent de plein fouet. Et alors revient cette sensation, si familière, si ancrée et que je tente par tous moyens d’accueillir et de laisser passer, cette sensation de n’être “rien”.

C’est une attitude, une façon de dire, un rictus. C’est comme une claque qui arrive de nulle part et qui me terrasse.

On dit que le traumatisme est digéré quand plus rien ne vient le réveiller. Le mien est donc encore bien vivant. J’ai beau travailler dessus, j’ai beau gagner en confiance, il y a encore une faille, une cicatrice qui s’ouvre à chaque fois.

Avec certaines personnes, ça passe vite, parce qu’il n’y a pas d’affect ou bien parce que je n’ai pas l’impression d’avoir quoi que ce soit à prouver. Mais dans le regard de mon fils, je vois le mépris de son père. C’est terrifiant. Je prends énormément sur moi pour faire face quand ma première réaction serait de tout laisser là, de partir loin. Je ne le peux pas, alors j’encaisse en tremblant, je crie intérieurement. Avant je tapais dans tout ce qui passait, pour que la douleur cesse. On peut au moins dire que je progresse.

C’est assez déstabilisant comme situation. Bien sûr que cela n’a rien à voir avec mon fils et tout avec moi. C’est à moi de faire la part des choses, de poser mes limites. J’ai l’impression d’être dans une impasse. Chaque jour je me félicite d’avoir tenu, d’avoir réussi à maintenir une harmonie fragile. Et le jour d’après je m’écroule, j’ai l’impression que l’histoire s’écrit encore et toujours de la même façon et que je n’arrive pas à y mettre un terme.

Bien sûr que je suis épatante, la plus merveilleuse des mamans, le meilleur exemple pour mon enfant – c’est vous qui allez me dire ça et ce matin ça sonnera très faux – mais dans les mots et le regard de mon fils ce matin je n’ai vu qu’une colère immense, un mépris que je ne sais pas gérer.

Je ne veux plus être une victime. Alors j’écris, je décortique, j’essaie de comprendre, de trouver des pistes. Je m’escrime à vouloir sortir de cette situation de crise. Je ne veux pas m’avouer vaincue. Cela n’en reste pas moins très compliqué à vivre ai quotidien. Alors je laisse les larmes couler sur les maux. Et j’essaie au fil de la journée de déblayer le terrain pour aborder la soirée le plus sereinement possible.

Moi qui suis plutôt du côté de la vie, dans ces moments là le néant me rattrape et je donnerais tout pour que cesse cette douleur, pour que se ferme la blessure, pour que je puisse respirer sans me sentir prise dans un étau, prisonnière d’un chaos que je ne sais maitriser.

16h30:

J’ai souvent été de celles qui disaient “il ne faut pas hésiter à se faire aider”. Je crois que le temps est venu de regarder les choses telles qu’elles sont: ma difficulté à trouver ma place dans ma vie de mère et ma place d’adulte dans ma lignée familiale. Il est temps de faire face et d’oser demander de l’aide pour une vie plus saine et sereine.

Nous deux

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Pousse la porte et rejoins moi. Au pays de nos souvenirs. Ceux qui nous tiennent chaud et ceux un peu froids, avec lesquels on tente de guérir.
On a tellement entendu le pire qu’on s’est dit que nous c’était le paradis. On n’a pas su voir que notre enfance aussi était pleine de blessures et de non dits.

Je ne savais pas, entre ta place et la mienne. Moi, la première l’adorée. Toi, la deuxième, celle qui n’existe que dans le sillage de l’autre, celle qu’on voit à peine, celle qui ne trouve pas sa place.

Nous n’étions pas proches, enfants. Nous étions deux produits façonnés pour répondre aux besoins de sécurité d’une mère qui en manquait terriblement. Pour contrer le mal il fallait le mieux. Nous n’étions pas à l’aise dans nos vêtements toujours impeccables, dans nos caractères presque parfaits.
Nous nous sommes protégées, chacune à notre façon, pour avancer.

Puis nous nous sommes retrouvées. Quelque part. Cela a pris du temps, le temps des maux, le temps de trouver notre tempo, le temps de reprendre contact avec la vie.
Le temps de pouvoir dire nos souvenirs, commun. Le temps de ceux qui ont joué avec nos vies comme si nous n’étions que des poupées, sans émotion, sans ressenti.

Un temps de constat pour prendre la mesure, d’où l’on vient. Où l’on va. Comprendre que notre bonheur ne sera jamais assez, toujours accompagné des pires scénarios face à l’avenir. Alors mieux vaut le préserver.

Avant nous étions seules avec nos valises, bien lourdes parfois à porter. On se sentait bien seules avec toutes ces images atroces, dites et redites, sans cesse répétées.
Aujourd’hui, nous avons pu parler. Nous sommes deux. Deux face à ce qui nous dépassera toujours. Deux face à l’inexorable poids d’un passé qui ne nous appartient pas. Deux pour pouvoir dire quand ça ne va pas, quand tout casse et qu’on se sent perdu, au bord du vide. Deux pour faire revivre la joie, qui est bien là, quelque part, qui vient ponctuer le chaos, cette joie qui rend à l’enfance ses lettres de noblesse. Il y en avait avant, c’est peut-être pour ça qu’on n’a pas compris…

Nous sortirons grandies de ce tour de force, lâchant au passage tout ce qui ne nous sert pas, tout ce qui n’est pas nous mais que nous avons gardé pour répondre aux attentes, pour être aimées, tout ce que nous ne voulons pas pour aujourd’hui, dans nos vies de femmes, de mères. Pour que l’avenir soit plus radieux. Loin des traumatismes maternels, que nous ne pourrons jamais apaiser. On a beau le savoir, ce n’est pas toujours aisé de vivre avec.

Je ne t’ai pas vu grandir

Je ne t’ai pas vu grandir.

Notre aventure a débuté au milieu de l’indicible, un entrelacs de maux dont le souvenir s’estompe peu à peu pour laisser place à la vie. Mais nous nous construisons sur notre passé, ce temps d’avant qui fut un temps de loin, où nous nous retrouvions entre deux trains pour des rendez-vous réguliers qui avaient des goûts de trop peu. Mon cœur débordait quand je te laissais, si petit, dans ton berceau, si plein de vie alors que tout en moi semblait mort. Nous nous sommes apprivoisés dans les larmes, le chaos, dans les méandres d’une histoire qui n’avait d’amour que l’illusion. Nous nous sommes rapprochés dans un soupir, si fragile, un instant en déséquilibre constant, moi avec mes failles et mes sentiments ambivalents, de ne pas savoir, de ne pas pouvoir.

Tu as sept ans bientôt et je prends conscience que je te couve encore comme un petit. L’interprétation de ce conflit intérieur, entre te laisser grandir et te garder encore un peu dans un état qui nécessite mon intervention permanente, me ramène à ce que nous n’avons pas vécu, à ce que je n’ai pas connu, à ce que l’on m’a pris sans penser à mal, à ce que je n’ai pas su réclamer tant qu’il était encore temps, aux limites que je n’ai pas su poser. A ce vide de toi.

Je te regarde, je te découvrirais presque alors que l’on vit ensemble, mon cœur t’écoute zézayer et essayer de trouver ta place. Je n’ai pas d’impossibles projets pour toi mais je sais, aujourd’hui, que je dois doucement te laisser lâcher ma main, te laisser être, t’épanouir et vivre. Mes blessures ne t’appartiennent pas, elles aussi je vais les guérir, à mon rythme.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’Olivia. les mots imposés étaient: régulier – interprétation – indicible – méandres – souvenir – aventure – projet – zézayer – soupir 

Novembre s’en va…

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Les derniers jours de Novembre glissent sans bruit, dans la danse merveilleuse de feuilles d’or dans le vent, comme une neige lumineuse qui descendrait sur la ville et sèmerait dans le cœur des fragments d’étoiles filantes. Faites un vœu…

Novembre, du noir au gris au bleu du ciel, rayons de soleil sur nos peaux, comme un reste d’été qui nous rappellerait le doux temps de la saison passée. Les jours maussades s’en sont allés, les cris, les larmes comme des miettes d’un temps révolu ne sont que souvenirs.

On entend le peu, le trop peu dans les bouches fatiguées, le froid trop tôt peut-être et la nuit qui s’installe un peu trop vite. De ce trop je n’en ai que faire, mon cœur balance dans une atmosphère de dates comme des renaissances. Gravées à jamais, elles rappellent la vie qui défit le chaos.

Novembre s’écrit comme une nouvelle histoire, accueillie, digérée, un nouveau souffle, un chemin que l’on prend, prêt à revendiquer le meilleur. Il n’est pas le visage douloureux de ceux qui regardent la pluie comme une énième méchanceté du ciel, comme la manifestation d’un châtiment divin. Il n’est pas ce que l’on en dit mais pour cela il faut abandonner l’idée que rien n’est ni bon ni mauvais, que tout est juste à l’instant T, une porte ouverte sur un temps qui nous appelle à nous émerveiller.

Novembre, le mois béni, aux couleurs majestueuses, au repli sur l’intérieur de soi, pour se préparer à l’hiver, mois pour se dépouiller de ce qui ne nous appartient pas, pour lâcher prise, mois de transition évident. Le regard que l’on pose sur les choses et les évènements leur donnent des couleurs, tantôt matin chagrin, tantôt matin bonheur. A nous de voir.  Le choix nous appartient.

Pourquoi je n’arrive pas encore à faire la paix avec mon éducation

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Je me pose pas mal de questions en matière d’éducation en ce moment et voilà que ce matin, au réveil, j’ai réalisé que j’étais toujours en phase de guérison par rapport à mon enfance.

Et pourtant j’ai eu une enfance de rêve! J’ai eu des câlins, des “je t’aime”. On m’a consacré du temps, on m’a donné de l’attention. J’ai été désirée, aimée, choyée. Même adorée, par mes grands parents maternels.
J’ai été l’enfant parfaite – calme, sage, qui dormait bien, mangeait bien – pour mes parents.Je garde des souvenirs merveilleux de ma petite enfance.

Ma sœur est arrivée et on peut dire qu’elle a mis les pieds dans le plat direct. Nous n’avons pas vécu les choses de la même manière.
Elle a fait sa crise d’adolescence à trois ans!
Moi, j’ai pris la douleur de l’enfance maltraitée de ma mère en pleine figure. Elle ne me l’a pas demandé mais avec ma sensibilité et mon niveau d’empathie, je me suis sentie pleinement impliquée dans cette quête. Inconsciemment, elle a répondu à mes attentes en nous demandant d’être des petites filles modèles, de ne pas faire de vague. Tout ce qui était hors du cadre était comme un coup de poignard, qui venait mettre à mal les efforts qu’elle faisait pour sortir la tête de l’eau.

Je crois que mes parents n’ont jamais saisi que nos éventuelles crises, nos mécontentements, nos erreurs, nos errements n’étaient pas des actes contre eux, mais juste notre manière d’être, d’appréhender le monde à notre façon.
Plus tard mes choix amoureux, mes envies d’ailleurs furent considérés comme un rejet et non comme des expériences de vie.
Et puis mon mariage, ma séparation, les heures noires furent des grandes déceptions pour eux et une occasion supplémentaire pour ma mère de culpabiliser davantage, de ne pas avoir été à la hauteur de sa tâche, de ne pas avoir su faire, avec moi surtout. Alors même que personne n’est vraiment responsable. C’est arrivé. Et c’est passé.

Nous avons vécu en tant que famille et jamais en tant qu’individus. Nous avons vécu comme les membres d’un seul corps. Nous n’avons jamais vraiment expérimenté la plénitude parce qu’il y avait toujours quelqu’un qui souffrait dans ce quatuor, parfois très oppressant.

Quand mes parents me voient, ils voient l’erreur, l’échec, le combat, le mien, le leur. Ils me regardent avec mon fils et cela leur fait mal. Une fois de plus ce n’est pas mon histoire ni mes sentiments. Oui mais, c’est ma famille…
Et au quotidien, ils sont là, prennent soin de mon fils, prennent part à sa vie. Ils sont présents, aidants, attentifs.

Trop sûrement et c’est ce qui me gêne pour faire la paix. Parce que je les retrouve avec lui comme ils étaient avec moi. Ils me voient comme une chose fragile à protéger et lui en veulent parfois de m’énerver, de ne pas prendre soin de moi. Ce n’est pas son rôle. Et puis je n’ai pas besoin d’être protégée. Je me sens bien dans mes baskets et j’ai l’impression qu’ils mettent un voile sur mon bonheur, comme si ça n’existait pas, comme si je n’existais pas en tant que co-créatrice de ma vie, de ma famille, de ma paix.

J’ai conscience aujourd’hui qu’ils ont fait leur maximum eux aussi, avec les données qu’ils avaient dans les mains. Ils m’ont donnée énormément.J’ai juste fais le tri entre ce que je voulais garder et ce que je laissais derrière. Je ne suis responsable ni de leur bonheur ni de leur détresse. Je ne suis pas responsable de la manière dont ils me voient, dont ils envisagent ma vie.

Je crains juste parfois qu’ils rendent mon enfant responsable de ces maux qui les agitent, responsable de moi, de mes coups de blues passagers. Mon fils est un individu avec son caractère propre, un être qui ne fait pas les choses contre moi mais qui, comme nous tous, se construit au fil des jours. Il n’est pas parfait et je n’attends pas qu’il le soit. Je souhaite juste l’accompagner sur le chemin pour faire de lui un adulte à l’aise et heureux.
Je n’aimerai pas qu’il soit atteint par cette manière de penser, qu’il mette autant de temps que moi à guérir, qu’il devienne quelqu’un d’autre pour faire plaisir, qu’il signe des accords qui ne le regardent absolument pas.

Dans la malle aux souvenirs

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J’ai reconnu le pont. Il y avait d’autres endroits de cette ville, d’autres rues, d’autres espaces dans lesquels nous avions vécu des choses, jolies, moins jolies. Mais c’est le pont qui a retenu mon attention.

Je n’ai pas pu arrêter la vague de souvenirs.
Un soir d’été. Nous traversions ce pont, la ville, pour rentrer après un dîner. Je souriais sûrement comme je souris souvent et j’ai dit “bonjour” aux clochards sur le bord, juste à l’entrée du pont. Rien que du naturel. Qui t’a paru déplacé. Un peu trop naïf, complètement inapproprié. Je ne me suis pas laissée abattre. Tu avais des “et si” plein la bouche. Tu voyais du danger quand je voyais l’humanité.
On a disserté sur ce “bonjour” un peu. Et puis on est passé à autre chose. Parce que je ne voulais pas te voir rentrer dans un mutisme duquel je ne pourrais pas te tirer. Auquel tu ne pouvais rien je crois. Pas quand on ne se voyait que deux jours par mois.

Je me suis endormie dans tes bras en pensant que tu ne me comprenais pas, que ce n’était pas grave. Pas assez. Pour quelques heures de plein contre des jours d’attente. Pour un réveil aux aurores le lundi matin et le ventre en vrac. Pour un dernier baiser sur le quai devant un TGV bondé qui à mesure qu’il filait nous éloignait l’un de l’autre. Pas assez pour qu’on se dispute alors que chaque minute était comptée, dans une construction dont les bases friables ne nous apparaissaient pas encore comme telles.

Est-ce qu’on était trop jeunes pour s’accepter avec nos différences.Tu n’as pas compris mes envies et je n’ai saisi compris les tiennes. Tu n’as pas accueilli mon insouciance et j’ai eu du mal avec cette façon que tu avais de t’absenter de nous. Peut-être que tu avais perdu la tienne au milieu des accrocs de la vie – déjà. J’ai détesté Goldorak (je ne faisais pas toujours le poids). Et tous ces moments où tu étais là sans être là.

Et puis tu n’as plus été là. Un silence, un de plus au bout du fil. Trois ans envolés sur un calendrier hivernal bien triste. Noël a eu un goût amer cette année là. Le pont et tous nos déséquilibres. Même les bons souvenirs se sont pris le mur. Il a fallut du temps pour digérer. Au lieu de faire face j’ai voulu tout enfouir dans la terre. Pas de larme, pas d’émotion. Ne pas tomber, ne pas faillir. Ne surtout pas montrer au monde que j’avais fait un pari et que je l’avais perdu. J’ai continué à t’aimer longtemps, à m’accrocher à ton souvenir, à coups de “pourquoi”. J’aurai aimé des mots, que tu me dises en face, que la fin soit actée.

Mais bon l’amour tout le monde le sait ça arrive comme ça, on ne sait pas comment. Et puis ça part peut-être aussi comme ça. Je ne sais toujours pas.

Est-ce que ça s’envole sans qu’on s’en aperçoive? Est-ce que c’est comme le vent? Est-ce que c’est juste des bulles de savons dans l’air qu’on admire avant qu’elles n’éclatent, nous laissant sur le côté avec juste des étincelles qui finissent par nous brûler?

Tout ça à partir d’un pont vu dans un film. Je ferme la malle aux souvenirs. Ils sont bien où ils sont.