Ceux qui n’ont jamais rappelé…

Un article d’Angie lu ce matin m’a fait penser à tous ceux qui n’ont jamais donné suite à une soirée, un rendez-vous, qui ont laissé le doute planer, qui ont laissé le silence gérer une séparation, prévisible parfois, pas toujours.

Je me suis demandé s’il y avait un lien de cause à effet. Dans certains cas oui.

Il y a eu ceux pour qui une soirée suffisait.

Il y a eu celui qui après deux rendez-vous attendait davantage.

Il y a eu celui qui attendait davantage après une seule danse.

Il y a eu celui qui après une nuit avait eu ce qu’il voulait.

Il y a eu celui trop perdu pour savoir ce qu’il voulait.

Il y a eu celui qui a joué à l’intéressé pour finir par dire qu’il ne l’était pas.

Il y a eu celui qui a inventé des tonnes de mensonges, pour justifier des dizaines de SMS restés sans réponse, avant de tirer sa révérence.

Il y a eu celui qui n’a rien dit, qui a laissé une relation de trois ans s’éteindre sans un mot.

Puis il y a celui qui a rappelé. Pour des papiers.

A eux tous ils forment mon expérience. Beaucoup de rendez-vous. Pas beaucoup d’amour. Et pourtant, envers et contre tout, j’ai continué à y croire, en me perdant souvent, sans me respecter parfois. Jusqu’à apprendre de toutes ces relations, avec du temps et du recul.  J’ai appris à m’aimer, à me respecter, à ne pas me brader, à ne pas avoir peur de perdre des personnes qui au final n’étaient pas faites pour moi. J’ai choisis de rester, autant que possible fidèle à moi-même. Et de ne pas céder à la tentation de dire que “finalement c’est bien vrai tous les hommes sont des salauds!”

 

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Une histoire de date

Crédit Pixabay

La nuit est passée et le réveil m’a tiré d’un sommeil étrange. Difficile d’ouvrir les yeux, difficile de se lever. Ça m’arrive rarement.

Mon bol de céréales était infect. Je me suis brûlée en voulant retirer mon sachet de thé. Ma tartine est tombée par deux fois côté beurre sur le parquet – le présage d’une journée idyllique!

Dans ses bras, une, deux images sont venues perturbées mon bonheur matinal. Je les ai chassées vite fait bien fait. Pas là, pas maintenant.

Arrivée au bureau, une fois l’ordinateur allumé, mon regard s’est arrêté sur la date. 11 juillet.

Il y a 7 ans, je me mariais…

Quoi que je fasse, les dates restent. Immuables elles portent en elles des tonnes de souvenirs, qui parfois éclatent – peut-être qu’il y a encore des choses à sortir, des maux à exorciser.

Le jour de mon mariage, j’étais heureuse, le masque parfait de la fille qui veut y croire coute que coute, même quand tous les voyants sont rouge et annoncent un danger imminent. Pourtant les 10 jours précédents avaient été remplis de doutes et de larmes, d’envies de mettre un terme à cette mascarade. Autour de moi, il y avait mes amies, solidaires et ma famille, profondément meurtrie par le choix que je faisais.

C’était une belle journée, entrecoupée d’instants où un mot semblait avoir le pouvoir de tout remettre en question. Puis on passait à autre chose. Avec le sourire.

Le soir, de retour chez moi, en me regardant dans le miroir, en enlevant toutes les épingles de mes cheveux, je me suis promis d’être heureuse avec des trémolos dans la voix. Était-ce ma façon de conjurer un sort écrit de toute pièce ?

Dans la pièce à côté, celui qui était devenu mon mari faisait la fête avec ses amis. Je me suis allongée dans le lit, j’ai attendu et puis je me suis endormie, seule.

Deux jours après, la course aux papiers débutait. Deux mois plus tard il embarquait pour l’Égypte.

Aujourd’hui je réalise que j’ai épousé un fantôme. S’il n’y avait pas eu le reste, le mépris, le silence, les abus, la violence psychologique, la contrainte, j’aurais fait avec. Heureusement qu’il y a eu le reste, sinon je serais restée prisonnière d’une relation sans présent, sans avenir, j’aurais gâché ma vie.

S’apprendre et trouver sa voie/voix

Crédit – Pixabay

Parfois il faut revenir sur le passé, décortiquer tout un tas de choses, d’évènements, de ressentis. Parfois il est nécessaire ce retour en arrière pour comprendre, avancer, se débarrasser de ce qui ne nous intéresse plus, ne fait plus sens.

L’immersion est tantôt légère, tantôt douloureuse. Il arrive que des évènements du présent fassent ressurgir des maux enfouis. On peut les laisser là où on les a trouvé, en se disant à quoi bon. Ou les sortir de leur cachette et les regarder droit dans les yeux. Jusqu’à ce qu’on arrive à lâcher prise, à les laisser partir.

Plus j’avance, plus je me reconnecte au présent, aux émotions, plus le passé revient comme pour m’intimer l’ordre de faire ce travail. C’est nécessaire. Je ressens le besoin de m’affranchir de ces codes, de ces cases, de quelques principes qui ont fait mon éducation et qui ne sont plus moi. Tout en acceptant que les personnes qui m’entourent ont juste fait de leur mieux. Je suis celle que je suis grâce à eux également. Toutefois au fil du temps et des expériences, j’ai développé mes propres idées, mes propres valeurs. Et je tente chaque jour de prendre ma place, de trouver mon équilibre, celui qui est juste pour moi (et ne le serait pas forcément pour quelqu’un d’autre).

Je m’apprends. Au travers de mes jours. Et des personnes rencontrées, des messages reçus. Je souhaite désormais aller de l’avant, exorciser mes peurs. Quand je lâche prise, je me découvre plus sûre de moi, plus confiante. Je me sens plus libre dans ma relation à autrui, moins sur la défensive ou dans le contrôle.

Petit à petit je m’éloigne des schémas, des routes toutes tracées pour trouver ma voie – ma voix !

Et vous, vous vous apprenez comment? Vous l’avez trouvée votre voie/voix?

Le dernier voyage

Crédit – Yalibadi

Je ne le connais pas. Juste son prénom et son visage. Ils sont sur une photo quelque part dans un coin de mes souvenirs, quelque carton oublié dans un coin du grenier.

Est-ce qu’on peut rêver ce qui va arriver ?

Est-ce que le sang du sol de mes nuits, c’est son sang ? Un sang qui annonce la mort…

Il est resté le père qui condamne. Je suis restée la femme de l’ombre. Entre nous, le premier amour et une histoire qui m’a longtemps collée à la peau.

J’ai foulé le sable de son pays, j’ai posé mes pieds sur la dune chaude, mon regard émerveillé sur l’Atlas, l’Oued en contrebas qui se faufile et trace les contours d’un adieu.

J’ai toujours su que la mort me liait à la vie, que tous les départs annoncés étaient gravés sur les cloisons étanches de l’univers, à un battement d’ailes de papillon de mon horizon. Tout est si éphémère.

Mon amie attend, espère. Elle veut lui dire au revoir, ici ou là-bas. Elle s’attend au pire. Ses mots me renvoient à tant d’images, tant de points d’interrogation, tant de cette histoire qui ne m’appartient pas et de laquelle je fais partie, par amour un jour, par amitié pour la vie. Elle va peut-être fouler elle aussi le sol de son pays, celui de ses racines, celui de l’ailleurs, celui qui garde si bien les secrets de l’âme des hommes.

Un dernier voyage pour un dernier pardon.

Ce qui était et ne sera plus

Les dimanches pluvieux sont l’occasion inespérée de faire du tri. Il restait un dossier qui avait échappé à la première grande vague du mois dernier, le dossier dans lequel je n’avais pas eu le cœur de me plonger, après avoir éliminé souvenirs, cartes, objets gardés “au cas où”, vieux carnets de listes de course, journaux intimes d’un temps révolu.

Un dossier aussi lourd que 5 ans de procédure.

Un dossier émotionnellement très chargé.

Un dossier qui n’avait cessé de gonfler depuis le premier rendez-vous chez un avocat en Décembre 2012.

J’étais une femme perdue, je vivais dans la peur au quotidien. Pour moi. Pour mon fils et mes proches. Je n’avais aucune certitude, plus aucune, aucun projet, aucune envie. Demander le divorce était toutefois une évidence qui s’est imposée rapidement. Je ne supportais plus l’idée d’être la femme de cet homme, de porter son nom. Mais c’est surtout pour mon fils que je l’ai fait, pour le protéger.

Trier, c’était remettre le nez dans ces longues années, ces fausses pistes, ces mails insensés, remplis de menaces, d’injonctions, ces demandes jamais honorées, ces tentatives de conciliation avortées, cette envie de ne pas passer pour la « salope » de l’histoire (puis ne plus rien en avoir à faire). Trier, c’était se souvenir, refaire le chemin en arrière, faire face à cet épouvantable gâchis, gâchis qui m’a toutefois donner la force de rebondir, reconstruire ma vie. Et cette fois ci sur des bases solides. Cela a pris du temps, le temps des fondations bien ancrées dans le terre, le temps de comprendre, d’intégrer ma part de responsabilité, d’accepter que la vérité ne serait jamais révélée.

Il est clair que je suis très différente de la femme que j’étais en 2012. Je me suis découverte des ressources insoupçonnées, qui m’ont permis de faire face dans des situations délicates. Moi qui m’était toujours aplatie, qui avait toujours cédé, pour ma paix et celle de mon enfant, j’ai posé les limites, j’ai commencé à me respecter, à dire « non », à imposer MA vision des choses. J’ai appris à faire fi des insultes et des menaces. Mon attitude peut paraitre froide et insensible pour certains. Dans ce cas précis, je me considère comme seule maîtresse de nos destins. Je ne ressens pour lui ni haine, ni colère, juste cette indifférence qui a été mon salut au creux d’un deuil que je croyais impossible à faire. Son sort m’importe peu, je sais qu’il ne sera jamais heureux, qu’il en voudra toujours à la terre entière. Il n’est pas rayé de nos vies, il en fait partie, juste ce qu’il faut. Toutefois la confiance est rompue et ne sera jamais restaurée.

Alors, j’ai trié, j’ai jeté, j’ai regardé ces 5 années s’envoler dans le broyeur à documents, j’ai regardé ces semaines d’angoisse profonde s’évanouir, ces dizaines de mails traduits, ces attestations attestant l’horreur être englouties. Il ne reste plus que le strict minimum, les papiers d’état civil attendant de retrouver leur nom d’origine, les certificats de mariage et les jugements qui mettent un point final à ce qui était et ne sera plus.

Pour mon plus grand bonheur!

Et vous, trier ça vous fait du bien, ça vous fait peur parfois? Si vous êtes divorcés, avez-vous tout conservé ou tout liquidé?

Sur la route des vacances…

Quand on revient, il y a toujours ce moment de latence pendant lequel on se pose la question “et si?”. Si c’était l’opportunité de laisser porte close, de passer à autre chose, de retenir encore quelques heures les vacances, de laisser les mots inonder d’autres horizons.

Et puis les souvenirs de moments heureux nous rattrapent. Nous n’avons pas le cœur de dire aurevoir. Nous revenons alors avec milles envies sans qu’aucune ne s’accroche. Demain, il fera jour.

Il y a tant à raconter, la mer, les minutes suspendues, les bains de soleil, ce temps qui manque souvent et que nous savourons enfin, les sourires et les châteaux de sable, le manque que l’on gère avec la certitude que les sentiments sont plus forts que la distance et les jours qui deviennent semaines, les couchers de soleil, le vent et les balades dans les marais, le sable mouillé et les pieds dans l’eau, l’amitié, la pluie qui s’invite et que l’on regarde tomber le cœur léger, les cicatrices qui s’effacent, l’envie de faire le plein de vie.

Et puis, au milieu du calme environnant, le rappel de l’éphémère, de cette seconde qui vient bousculer le rythme du connu. Le coup de fil de la nuit qui annonce la fin ou presque, celle préparée ou subie. Il y a la sonnerie, un souffle qui dit l’essentiel de ce qui n’est plus. Les vacances s’achèvent sur cette note douloureuse, ce “c’est fini” qui grave l’instant dans une éternité sans lendemain. La naissance se satisfait d’un message, d’un appel quand le monde s’éveille. Elle attend. La mort brise l’élan, même celui du sommeil. Elle vibre et fait trembler les murs de la maison. Elle nous répète à quel point tout se joue aujourd’hui, qu’il faudrait une fois pour toutes arrêter d’avoir peur, de douter, qu’il faudrait juste vivre, à 100 à l’heure, la musique à fond, le coeur ouvert à tous les possibles. Les images d’hier fusent, se déversent, remplissent l’espace. Parfois la fin se tait, le coup de fil s’évapore, le numéro apparait en bout de liste, il disparait, personne n’y pense, personne ne sait, ne reste que le silence épais, l’absence insoutenable, incomprise.

Sur la route des vacances, j’ai rencontré les jours heureux et les jours tristes. Les derniers m’ont dit d’apprécier les jours heureux, les heures, les minutes, les secondes d’éternité et de les garder précieusement, de ne jamais attendre le dernier moment pour s’aimer et se le dire. Tant d’évidences, et pourtant…

Comme une droguée en manque…

J’avais une idée d’article et puis j’ai lu celui d’Angie et je me suis souvenue du manque – nous pouvons tous donner des conseils, d’expérience, mais quand le manque est là, difficile d’y faire face. Le texte qui suit a été écrit en Juin 2014 soit 1 an et demi après ma séparation, comme quoi le chemin du deuil est différent pour chacun d’entre nous (de l’eau a coulé sous les ponts depuis, fort heureusement!)

Si tu savais comme j’en ai marre. Marre de t’en vouloir, d’être en colère contre toi. Marre de ressasser tout le mal que l’on s’est fait et de devoir te détester pour me protéger. Marre de tes silences qui ne riment plus à rien. Marre de cette angoisse omniprésente quand il est question de toi – rien que de toi – au fil de nos conversations, au gré de nos interrogations. Marre de ces mots qui envahissent des dizaines de pages blanches depuis plusieurs mois, mots compliqués qui sonnent comme des agressions, mots indigestes. Marre de ne pas pouvoir te faire confiance, de vivre dans la peur, de souffrir tout en essayant de comprendre et d’avancer. Marre de tes insolentes indifférences. Marre de devoir sans cette me justifier. Je voudrais juste me souvenir qu’un jour nous nous sommes aimés, mal c’est certain, un peu au moins, que nous avons été « amis » – n’est-ce pas un leurre pour m’aider à faire passer la pilule – avant d’être adversaires, incapables de compassion, inadéquates, inadaptés. Je voudrais ne me souvenir que du meilleur, certes éphémère. Oubliés nos rancœurs et nos déchirements. Oubliés nos nuits solitaires et nos rêves de vengeance.

Sur fond de ras le bol, tu deviens un souvenir, épineux à évoquer, qui m’arrache encore des larmes que je tente de masquer quand on me pose des questions et qui me poursuit au creux des heures d’insomnie. Je pensais que tu rattraperais le coup, que tu sortirais le grand jeu. Dès que je passais quelques heures seule – elles furent rares, personne n’y tenait, trop fragile, un brin suicidaire – je retrouvais de la sérénité dans le déni et l’oubli.

Récemment, en perdant ma main sur mes draps blancs, dans mon lit trop grand pour un seul corps, je pensais pouvoir saisir ta main. Mais le vide me rassurait autant qu’il me peinait. Te laisser partir, un combat de tous les instants. Comme une droguée en manque, j’ai cru en crever de ton absence, de tes silences aussi imposants que des forteresses en ruines. Je gardais l’espoir à chaque message de toi, qu’un autre écrivait bien évidemment, d’obtenir des aveux, d’entendre des excuses. Mais c’est toujours moi, au final, que tu rendais responsable de ta trahison et de ta souffrance, moi que tu condamnais. Je tremblais de chagrin, le nez collé à l’écran de mon ordinateur, la main posée sur la souris, prête à me déconnecter au moindre bruit suspect venant de l’escalier. Mes parents ne devaient pas savoir. Ils pensaient que je m’en sortais, loin de toi, que je me reconstruisais pas à pas. Comment pouvais-je leur dire que chaque jour j’attendais un message et qu’à coup sûr celui-ci venait briser chaque élan, arraché à la force de la vie qui grandissait en moi, que je m’imposais pour ne pas sombrer ?

Te laisser au passé devient crucial. Tout comme tirer un trait sur cette relation que nous aurions pu avoir. A défaut d’être amants, nous aurions pu être parents. J’y ai cru sincèrement. J’y ai cru comme petite fille, je croyais au Prince Charmant. J’y ai cru dans mes rêves, dans ces mots écrits sur le papier vierge, dans ces intentions de prières scandées en sourdine pour ne pas éveiller les soupçons. J’y ai cru pour moi, pour toi et pour lui aussi. J’ai cru que tu avais un meilleur fond que cet abruti qui te tient lieu de meilleur ami. Je ne l’ai jamais aimé mais je dois lui reconnaître une qualité (juste une), celle d’avoir osé avouer à Sophia, qu’il l’avait épousée pour des papiers. Toi, tu n’en as même pas été capable. Tu as joué le joli cœur, l’amoureux transi, le petit garçon blessé, l’homme fort et l’amant fou.

J’apprends à vivre sans toi. Pour les autres, ce n’est pas normal. Je devrais avoir tourné la page. Je devrais être sevrée. Ce n’est jamais aussi simple. Tant de deuils restent à faire. Trop de souvenirs m’assaillent, projets, endroits que j’aimais et que je ne reverrais pas, qui seront à jamais emplis de ton insolente présence, sans compter cette impression éreintante d’être passée à côté de tant de choses pour un seul sourire de toi. Quelle folie de t’avoir placé sur un piédestal, d’avoir fait de toi ce héros que tu n’es pas ! Qu’est-ce qui m’a poussée à cela ?

Je parle de moins en moins de toi ou différemment. Je suis heureuse que tu vives loin. Je ressens parfois encore comme un pincement au cœur devant tout cet épouvantable gâchis. Et dire que j’y ai cru ! Et dire que j’ai essayé de convaincre ceux qui m’aimaient le plus de mon bonheur – une illusion à laquelle j’ai préféré croire pour ne pas tomber à la renverse ou disjoncter complètement, pour maintenir tant que possible notre barge pourrie à flot, pour qu’elle se maintienne près du bord, au cas où il aurait fallu appeler à l’aide. Je reste toutefois consciente d’avoir pris la meilleure décision. Tout aurait empiré entre nous, à force de silences agressifs et de compromis que je serais restée seule à faire.

La nuit fait ressurgir ton visage. Dans mes rêves je fuis, boucle mes valises dans une atmosphère oppressante, avant qu’il ne soit trop tard. Je me réveille en nage paralysée par la peur. Une image. Un souvenir. Et la nuit qui m’étreint dans ses bras apaisants. Pour toujours, sans toi.

Neuf ans plus tard…

Je viens tout juste de commencer le livre de Cristina – une carte postale du bonheur et forcément ça résonne fortement en moi. Mais aussi quelle idée de le commencer un 13 mars! Jusqu’à ce matin, je n’avais pas fait le rapprochement.

Le 14 mars je m’en souviens facilement c’est l’anniversaire de mon père. Le 14 mars il y a 9 ans, à cette heure ci, mon amie Camille et moi nous préparions à sortir danser. Le 14 mars, avant que les douze coups de minuit sonnent, j’avais rencontré celui qui allait faire vaciller ma vie, que j’allais vouloir sauver, à qui j’allais m’offrir en sacrifice, pour lequel j’allais me battre envers et contre tous. Pour du vent.

En lisant les lignes de Cristina, je me rends compte à quel point je me suis menti à moi-même, dès le départ, dès les premières heures, dès le début de cette relation biaisée, basée sur des émotions erronées. Les dés n’étaient pas seulement pipés, je n’étais pas heureuse. J’ai essayé de l’être, j’ai réussi à me prouver que je l’étais. C’est peut-être ça le pire, les mensonges dans lesquels nous berçons nos propres illusions. J’ai rêvé mon bonheur. Je l’ai rêvé lui aussi. Je l’ai vu différent de ce qu’il était – il ne m’a pas aidé non plus à le voir tel qu’il était, je crois qu’il n’avait aucune idée de qui il était d’ailleurs.

Puis les choses que nous connaissons ont eu lieu. Loulou est arrivé dans ma vie. Sa présence, sa joie de vivre, son sourire ont effacé les blessures. Petit à petit. Je me souviens de lui, bébé, et des heures passées à le regarder, à me faire à l’idée de ce miracle, qui m’avait sauvée à temps d’un futur tragique, dans lequel je me serais encore plus renfermée, j’aurais perdu tout contact avec moi-même. Ce que je pouvais envisager pour moi, je ne pouvais pas le faire vivre à mon enfant. Il a été celui qui m’a fait prendre la décision de mettre un terme à cette relation dévastatrice.

Quand l’Amour est revenu dans ma vie, j’ai eu terriblement peur. Bien sûr j’avais les clés en mains pour ne pas revivre ce que j’avais vécu. Mais comment le savoir? Comment être sûre? Comment ne pas passer au crible de l’expérience chaque acte, chaque geste, chaque mot? Un pari incertain. Sans compter les souvenirs douloureux avec lesquels il fallait composer, les peurs, les blocages. Sans compter les images, cette angoisse du corps, le mien, celui de l’autre. Puis tout s’est fait naturellement, si naturellement que c’en était troublant…

Aujourd’hui, je me surprends encore parfois à m’excuser pour un rien, à craindre qu’un mot soit pris de travers. Puis je me raisonne. C’est une autre histoire.

Neuf ans plus tard, je suis si différente de la jeune femme que j’étais. J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies dans ce cycle là, d’avoir été tantôt perdue, tantôt soumise, tantôt guerrière, tantôt frondeuse, tantôt humiliée, tantôt victime, tantôt victorieuse, tantôt fragile. Maternelle jusqu’au bout des ongles. Avant de redevenir souple, femme, sensuelle.

Les premières “dates anniversaires” m’ont laissé un goût amer. J’étais dans le combat, contre moi, contre lui, pour la vie, contre tout ce que j’avais encaissé sans broncher, contre tout ce qui m’attirait vers le bas, contre le chagrin, les mensonges, les fausses promesses.

Neuf ans plus tard, quand je jette un bref coup d’œil en arrière, je suis juste fière du chemin parcouru. Sur cette route je me suis découverte, je me suis crée, j’ai donné la vie, réalisé des rêves et choisi cette fois ci, envers et contre tout, d’accueillir l’amour, le bonheur, au présent simple! Et d’y croire aussi!

Et vous, quelles décisions, quelles expériences ont radicalement changé vos vies?

La force du mental

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Pour les personnes qui me connaissent (celles qui ne me connaissent pas vont le savoir), courir est quelque chose qui j’ai (avais) en horreur. Je considère que les gens qui courent sont soit courageux, soit complétement fous.

Il faut dire que sur le sujet, je reviens de loin.

Ça a commencé en CE2 par une course organisée par la ville de Nantes à laquelle l’école nous avait inscrits (sans nous demander notre avis). Contrairement à beaucoup d’autres qui ont lâché à mi-parcours, j’avais un atout de taille, je ne courais pas vite mais j’étais endurante. Malheureusement, j’ai terminé la course avant-dernière et comme la directrice avait eu la bonne idée d’afficher les résultats sur les murs de l’école, je suis devenue la risée de la classe – la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ça m’a poursuivie jusqu’à la fin du primaire (qui a dit que les enfants avaient la mémoire courte ?)

Après cet échec cuisant, j’ai décidé qu’on ne m’y reprendrait plus. Bien sûr au collège, au lycée, j’ai bien été obligée de faire comme les autres, des tours de stade, de parc, à n’en plus finir. Je n’y prenais aucun plaisir, sinon celui de papoter avec mes copines pendant 1h. Je n’étais pas anti-sport. Je faisais de l’aviron, de l’équitation, du dériveur mais je n’aimais pas courir. Je trouvais l’activité sans intérêt. J’étais épuisée avant de commencer.

Faute d’avoir validé ma première année de droit et devant le désarroi de ma mère qui se demandait bien ce que j’allais pouvoir faire de ma vie, l’idée d’intégrer l’armée s’est imposée comme le choix le plus judicieux. C’était sans compter les épreuves sportives au programme. En le lisant j’ai failli avoir une syncope. Ce n’était pas dans la poche, pourtant je ne me suis pas dégonflée, j’ai rechaussé mes baskets et je suis allée courir avec mon père, trois fois par semaine. Quelle idée ! D’abord, ça me saoulait. Et puis, mon père courait deux fois plus vite que moi. Au bout d’une heure de supplice (il s’agissait bien de ça), j’étais à ramasser à la petite cuillère et j’avais le droit à la fameuse tirade « ma petite fille, il faut savoir ce qu’on veut dans la vie » ! Un jour j’ai dit basta, l’armée ce n’était pas pour moi. Je suis retournée me peler les miches sur les bancs de la fac.

De temps à autre, pour une bonne cause, pour les vacances, pour faire plaisir (quelle connerie !), j’ai pris mon courage à deux mains et je suis repartie à l’attaque de l’asphalte. Pas convaincue. J’ai couru pour me détendre, pour lâcher ma colère, pour m’épuiser (j’ai eu une phase autodestructrice assez intéressante aussi !). Puis je me suis rendue à l’évidence : courir, c’était vraiment pour les courageux ou les fous, décidément pas pour moi.

Et puis, vendredi dernier, après 2 ans d’abstinence, je me suis dit « pourquoi pas ». Si j’en avais parlé à ma famille, j’aurai eu le droit à une seule réponse : fou rire généralisé. Ça m’aurait plombée. Du coup, je me la suis jouée solo (bon allez j’en ai parlé à une personne, une des seules dans mon entourage proche à même de m’encourager dans cette démarche), je me suis réveillée dimanche matin, j’ai enfilé mes baskets et je suis sortie dans la fraicheur du jour, fin prête…

En fait, je n’étais pas prête du tout. Je me voyais déjà agonisante au bout de 35 foulées. Je n’arriverais sûrement jamais au pont ! Le tour du lac, n’en parlons pas. Le bois de Boulogne me paraissait être l’autre bout du monde. Non mais quelle idée j’avais eu !

Puis, doucement, je me suis parlée à moi-même (en fin de compte je suis peut-être assez folle pour courir !). Je n’avais rien à prouver. Aller à mon rythme. Sentir mes pieds frapper la terre. Regarder autour de moi. Profiter du paysage. Prendre le temps. Voir cela comme une nouvelle expérience. Lâcher le passé. Penser à tous ceux qui croyaient en moi. Respirer. Me sentir vivante.

Je me suis répétée comme un mantra « je suis tout ce que je m’autorise à faire, à être ».  A force de penser que je n’étais pas capable, à force d’écouter les doutes, peurs des autres, je me suis longtemps bornée à être, faire ce que l’on attendait de moi – pas trop de choses, pas trop de vagues, rester dans le cadre. J’ai laissé mon mental intégrer toutes sortes d’inepties. Si je n’étais pas capable, à quoi bon essayer. A chaque fois ça a été un vrai fiasco en effet. J’avais l’impression de toujours devoir prouver quelque chose. A moi. Au monde. Et le résultat était à la hauteur du peu de confiance que j’avais en moi.

Nous négligeons souvent cette part de nous-mêmes. Pourtant un mental, c’est comme le reste, ça s’entraine, ça se nourrit de pensées, d’affirmations positives, ça se bichonne. Comment imaginer pouvoir réussir quelque chose si on part perdant ?

Je ne dis pas que courir va devenir ma nouvelle passion, même si j’avoue que j’attends la prochaine occasion avec impatience, ni que je vais persévérer au-delà des vacances quand mon rythme de vie sera plus soutenu. Toutefois je suis fière d’être sortie de ma zone de confort, d’avoir essayé, de m’être fait confiance et qui plus est de m’être fait plaisir !

Et vous, votre mental, vous vous en occupez ? Il vous dit quoi la plupart du temps ?

Souvenirs, souvenirs…

Crédit – Pixabay

15 février 1985

J’ai 4 ans et quelques mois (à cet âge-là, ça compte). La vie est belle. J’ai une petite sœur. Je suis raide dingue de mon père. Je suis en maternelle à Vertou. Tous les matins, maman me dépose chez la nounou, qui me fait déjeuner et m’emmène au car de ramassage scolaire. A l’école, j’ai des copains et des copines, on joue bien dans la cour de récréation. Mais ce que je préfère c’est rêver, partir dans ma bulle et inventer des tas d’histoires. L’après-midi, je dors. Personne n’ose me réveiller. La maitresse m’a emmené voir la psychologue scolaire, sans le dire à papa et maman. Elle est culottée. Elle trouve que je suis très, trop discrète – bizarre quoi. La psychologue a dit que j’allais très bien et que j’étais une petite fille très épanouie. Et toc !

A la fin de l’année, je vais me faire opérer des yeux pour la deuxième fois. Ça ne marchera pas. Tant pis.

15 février 1996

Je viens de rentrer au Lycée. J’espère que ça va se calmer. Depuis la 4e, je rame et maman angoisse énormément. Je ne suis pas une flèche, pourtant à l’école primaire je n’avais pas besoin de trop en faire pour être dans les premières. Avec ma sœur, même si on ne se parle pas trop, on s’arrange pour annoncer nos mauvaises notes en même temps. Ça sauve une soirée sur deux. Je rêve toujours beaucoup, je ne parle jamais en classe, mes profs ont encore demandé à mes parents de m’emmener voir un psy. Et le psy a dit la même chose qu’il y a 11 ans !

J’ai commencé les cours d’équitation. Ça m’aide pour la confiance en moi et dans mon rapport aux autres. La première année, j’y allais la peur au ventre. Aujourd’hui, je ne peux plus m’en passer, même si j’ai dû dire adieu à mon cheval préféré.

L’école, j’y suis bien. Mais ce que je préfère, c’est quand même les vacances. Chaque été, direction le bord de mer, mes cousines, les baignades, marcher pieds nus, les balades à vélo dans les marais, les heures de dériveur, les soirées camping, la brioche Bonin. Depuis 2 ans, je suis amoureuse. Il s’appelle Frédéric et il ne me regarde même pas. Quel con! Maman m’a dit que la meilleure des “vengeances” c’était d’être heureuse. Je m’y emploie. Cette année, nous sommes tous les deux en photo dans le journal local – nous avons gagné notre première régate, moi avec mon père, lui avec son meilleur ami.

15 février 2007

Je suis en Irlande depuis 6 mois déjà. Après le lycée, j’ai rejoint la Faculté de Droit de Nantes. J’ai oublié Frédéric. Je suis tombée amoureuse. Vraiment amoureuse. On a fait des projets avant que les projets ne tombent à l’eau. Et puis il m’a quitté, comme ça, sans un mot. Et j’ai souffert, la belle affaire.

Mon DESS en poche, je suis montée sur Paris et j’ai décroché un poste d’assistante administrative chez une créatrice de prêt-à-porter complètement folle à lier. Au bout de deux ans, j’ai mis les voiles et j’ai décidé de m’envoler, sans attache affective, c’était facile – comme quoi à toute chose malheur est bon.

Dublin me plait. Je prends des cours d’anglais. J’ai plein d’amis, avec qui on refait le monde autour d’un chocolat chaud et des carottes cakes, quand on ne finit pas la soirée au Burger King. Ce n’est pas très équilibré comme régime mais qu’est-ce qu’on rigole ! Ma famille Au Pair est extra, même si les princesses dont je m’occupe me donnent du fil à retordre.

Je ne le sais pas encore mais le temps de l’innocence est passé. Ma bulle ne va pas tarder à exploser.

15 février 2018

J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies en 10 ans, d’avoir été moi et une autre. Ma bulle a éclaté. Ma meilleure amie a perdu son père. Mon grand-père est décédé. Ma mère a plongé – la dépression c’est une histoire a n’y rien comprendre. Frédéric est mort, je l’ai appris au mariage de ma cousine. Mon filleul s’est éteint lui aussi dans la nuit.

Avec ma sœur, on s’est retrouvé sur Dublin, on en a profité pendant 1 an et demi – divin. Avant que tout ne s’effondre à nouveau, que je ne m’effondre complètement.

J’ai rencontré un type, pas fait pour moi, je me suis mariée, j’ai été malheureuse, j’ai attendu un bébé, j’ai crié, pleuré, eu peur pour ma vie, j’ai pris un aller simple pour la France, largué mon appartement, mon boulot au sein d’un service financier en moins de 48h. J’ai atterri à Paris le cœur lourd, le corps strié de cicatrices invisibles et le visage ravagé.

Hier mon petit garçon a eu 5 ans. Il est content de dire qu’il est grand. Même si quand il a un gros chagrin, c’est dans mes bras qu’il trouve l’apaisement. Lui et moi, on apprend ensemble à avancer sur le chemin de notre vie à deux, avec le sourire.

Je suis encore amoureuse. Mais cette fois-ci, je suis heureuse. En plus, c’est réciproque. Je souris tout le temps, un peu bêtement. Et hier, j’ai eu la plus merveilleuse des surprises, juste après le petit déjeuner – j’étais tellement émue que j’ai pleuré!

Un grand merci à Maman Délire pour cette initiative. Çà donne de bien belles histoires à découvrir et/ ou redécouvrir.