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Bribes d’été – Fin Juillet 2022

L’été se poursuit…

Credit @mariekleber37

Après la chaleur du Sud, la fraicheur de Dublin. Un weekend dans ce pays “cher à mon coeur” m’a offert une pause amicale salutaire. C’est toujours un peu comme retrouver ses racines. Ce qui me trouble à chaque fois, c’est que ce pays n’a rien perdu de son charme. Seuls les souvenirs heureux demeurent pour moi. Les mauvais n’ont pas entaché mon amour pour l’Irlande, ses habitants, sa culture, ils se sont perdus dans le néant tout simplement.

On dit souvent combien il est essentiel de profiter de l’instant présent. On peut dire que ce voyage m’a offert d’être pleinement dans chaque instant partagé avec mes amies. Le bonheur de se revoir, de partager quelques épisodes marquants de nos derniers mois, les projets qui nous tiennent chaud.

L’énergie époustouflante de l’une, les émotions toujours aussi vivantes de l’autre, la chaleur d’un foyer, des retrouvailles qui laissent de côté les heures plus douloureuses de la vie, des sourires et des embrassades à faire taire tous les chagrins, des maux sur les heures de silence. Et le plaisir toujours aussi intact, la joie furieuse de savoir, de voir que nos liens sont pour toujours forts et solides.

Credit @mariekleber37

Retrouvés la pluie, les collines au loin, les maisons de briques, les porridges du matin, une langue si familière, un accent si particulier, les bus à deux étages, les scones de chez Avoca, le thé Lyons, Bushy Park et Dawson Street, la musique dans les rues de la ville, le canal, les 4 saisons en une journée, le bord de mer, mes quartiers préférés, une atmosphère, les “bonjour” sans “ca va” fuyants, les cafés de quartier, la frénésie des sorties du weekend, les files de taxi sans fin, les chocolats chauds très chocolatés, les longues balades de bon matin, les maisons élégantes qui font rêver, les découvertes ou redécouvertes…

Credit @mariekleber37

Quand je suis partie pour l’Irlande il y a 16 ans, je ne pensais pas que ce pays deviendrait un autre “chez moi”, que j’y serai accueillie avec autant d’enthousiasme et de sincérité. Quand j’ai quitté l’Irlande il y a 10 ans, je savais que j’y laissais un peu de mon cœur…

Credit @mariekleber37

Plus que quelques jours de travail et je prends la direction du bord de mer pour deux semaines de vacances avec Loulou. J’espère que votre été se passe bien et que vous profitez de ce temps de pause pour vous ressourcer, de la manière qui vous convient!

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Atelier d’écriture #17

Les souvenirs, un mot qui fait froid dans le dos pour tous ceux qui s’y perdent aisément. Alice est de ceux là. Elle compte les petits papiers de toutes les couleurs qui jonchent la table du salon, tous ces instants de vies vécus à deux dans un temps qu’elle ne connait plus. Lui, il va, il vient, il n’est plus d’ici. Il s’arrête parfois pour la regarder dormir et il s’en va serrer le corps d’une autre dans ses bras.

Sur un des papiers, un voyage en Grèce. Sa jupe longue contre sa peau nue, le soleil très chaud, la mer comme une nappe de soie autour de leurs corps jeunes et ce sourire qui chahutait ses plus intimes pensées.

Sur un papier vert, le premier plus, premier enfant. Le premier matin d’une vie à trois. Premiers pas d’une vie qui espère le meilleur. Deux regards fixés sur le merveilleux.

Un papier rose l’embarque dans un gîte du Sud, l’odeur de la Socca et le chant des cigales, les conversations interminables entre amies à refaire le monde, réinventer les sentiments.

Puis un jaune comme les tournesols du champ d’à côté, un rouge pour le vin des grandes occasions, un bleu comme le ciel au dessus des promesses, un blanc pour sa robe de tulle, un gris pour les jours de pluie passés sous la couette.

Des souvenirs, elle se dit, qu’elle devrait réécrire pour peut-être rattraper l’amour qui sauve les apparences mais qui fuit. Cette fuite là elle ne sait pas si elle y résistera.

Retrouvez les participations ici: Chez Isabelle-Marie, Chez Marinade d’Histoires, Chez Josée

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Pour la semaine prochaine, je vous invite à commencer votre texte par la phrase suivante (tirée du livre: de Serge Joncour combien de fois je t’aime): “Oui puisque ce soir on en parle, puisque ce soir tu me le demandes sans détour, je serais même prêt à aller jusque là, à faire ça pour toi, tu as l’air de tellement y tenir, ça à l’air si important pour toi, alors si ça peut te faire plaisir pas d’état d’âme, je te suivrai, je ferai ce que tu me diras.”

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Atelier d’écriture #11

“Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne”
Je le sens je le sais
Je retrouverai tes pas dans les pas de nos pères
La garnison de thym et les charpentes de lierre
J’entendrai le bruit cristallin de l’eau
Le chant sacré du petit ruisseau
En contrebas duquel nous nous régalions hier
Des mûres sauvages près des champs de bruyère
Je décèlerai un rire, un de ceux qui chavirent
Un regard au loin, le tempo d’un soupir

Et la terre se souviendra
Et la terre me soulèvera

J’irai haut dans le ciel rejoindre les oiseaux
Dévêtu de tous mes vieux oripeaux
Je serai nuage, voyage, vagabondage
Un autre moi, sans âge, plus sage

Retrouvez les participations ici – Un grand MERCI à tous: Chez Sweet Things, Chez Isabelle-Marie, Chez Mijo, Chez Josée, Chez Marinade d’histoires

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Pour la semaine prochaine, on va partir de la situation suivante: votre personnage se promène, croise une boite à livres, en choisit un et en l’ouvrant lit la phrase suivante “Je n’attendais que vous, rendez-vous demain même heure, même endroit”. A vous d’imaginer la suite…

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Les jours de…

Les jours de pluie, j’écoute les gouttes en fête, leur musique intense, comme des battements de cœur, qui frappent les carreaux, le bitume, s’écrasent lourdement sur les corps, se déposent délicatement sur les fleurs. La nuit, la pluie m’apaise. Elle me chante une mélodie, celle des mots qu’on griffonne, avides que nous sommes de sortir nos tripes, nos rêves sur le papier fiévreux.

Les jours de pluie me ramènent sur cette terre si verte, là où mon cœur erre encore, le long de La Liffey, là où les souvenirs sont, pour toujours ignorants de la fin, pour toujours pleins de vie. Il me semble parfois les entendre frapper à la porte et alors j’ouvre pour passer un temps avec eux, un temps comme à part, temps des quatre saisons qui se mélangent, tant de rires et tant de ce sentiment d’être là où je suis.

Les jours de soleil, je goutte aux rayons qui sur ma peau laissent un baume brun, fragments de chaleur dont je me délecte, tant qu’il ne brule pas, tant qu’il ne me saoule pas. Je rêve alors de bord de mer, des vagues qui lèchent le sable et déposent sur le derme un sel aux accents de liberté.

Le soleil est le temps de la complicité, du présent, celui de l’amitié, un temps de partage, un temps pour être ensemble avant que la fin du jour ne nous pousse à rentrer plus tôt. Le soleil est la bénédiction de nos mains qui se frôlent. Il joue avec les contrastes et les couleurs, avec les ombres, les sens.
Les jours de soleil je me sens dans l’envie de jupes qui volent, de robes longues qui balaient le sol, de déjeuners en terrasse, de nos yeux qui se croisent et se disent tout sans qu’un mot ne sorte de nos bouches assoiffées. Un temps à dévorer.

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S’abandonner à vivre

Credit Photo@mariekleber37

Le monde restera toujours cette gigantesque énigme. Le monde du business, de l’argent, des idéologies, un monde à tant de vitesses que parfois rien ne sert d’y prendre part.
Le monde restera un mystérieux hémisphère duquel je m’approche un peu trop parfois, au risque de perdre de vue ce qui compte, là, maintenant.

Le soleil a des airs de trop peu. Alors je savoure chacun de ses rayons. La sensation du chaud sur ma peau me donne envie de rester encore un peu, assise là, sous le feu des projecteurs du ciel.
Le soleil et ta peau.
Et les sourires partagés.
Et les confidences.
Ta peau et les microsecondes d’un contact qui remplit mon être d’une force incomparable.
Et la vie qui bat.
Et les rires d’enfant à la surface.
Et le souffle du vent qui soulève le voile de ma robe.
Les sourires comme autant de « merci » partagés.
Et la passion d’un baiser.
Et la douceur d’un câlin.
Et la saveur d’un pat inventé.
Les confidences, comme autant de chance d’oser dire, d’oser être, de ne plus garder pour soi ce qui pèse, ce que l’on voudrait que la terre entière sache, que l’on cache par pudeur.
Et les souvenirs accrochés au dôme céleste.
Et les nuits d’étoiles filantes à émettre des souhaits, le cœur plein d’un rêve sans tâche.
Et les jours riches d’une vie sans âge.

Les rires, étouffés, fous à lier, dégringolant la falaise, les rues des villes, les routes de campagne, secousses improbables, joie qui fleurit derrière les visages fermés.
Le souffle comme un battement d’aile, un frôlement imperceptible.
Les sourires à en avoir les yeux qui pétillent et la bouche privée de mots.
La passion colorée, éphémère, spontanée, circulaire, inventive, espiègle, mémoire des sens en quête de beau.
La douceur, la saveur, concentré de tendresse, épure des gestes.
Les souvenirs, albums intemporels d’un temps qui nous garde pour toujours, insouciants, amoureux, sensibles, généreux.
Les nuits pour contempler, admirer, rêver sans s’arrêter et retenir le jour entre le coton joyeux du dimanche matin, sage les jours de classe ou imprégné d’un désir sans cesse réinventé

Le monde peut bien s’écrouler, il reste ce cortège d’espérances, toutes ces chances, opportunités saisies, mains tendues, amitiés sincères, liens qui nous hissent au sommet. Demeure la vie dans tout ce qu’elle a de plus surprenant et de plus évanescent. Tout est fragile et solide à la fois, tout passe et tout tient. Rien n’est écrit et tout est là pourtant, déjà.

Face à la folie, à la cruauté, à l’insensé, je voudrai retenir tout cela, tout ce qui a de la valeur, tout ce qui a du caractère, tout ce qui chaque jour nous enveloppe de chaleur et de la conscience que nous ne pouvons pas échapper au monde mais nous pouvons y faire face sereinement et en paix.

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Retour d’été

L’été est passé. Ou est-il seulement arrivé? La question est sur toutes les lèvres, à l’heure où des milliers d’hommes et de femmes se battent pour survivre, vivre un jour de plus au milieu des décombres de leurs vies.

N’avons-nous donc aucune honte à scander haut et fort un droit quelconque à une liberté qui en laisse tant sur le carreau à chaque souffle posé par nos corps en bonne santé?

Je ne vais pas rentrer dans des débats. Ils sont souvent improductifs. Et puis il y a bien assez de voix comme ça autour, toutes ces voix que j’ai laissé derrière moi pour trois semaines de vacances. J’ai laissé celles d’ici et celles d’ailleurs pour revenir à l’essentiel, toujours. En souhaitant que cet essentiel ne soit pas perdu de vue, une fois de retour au quotidien.

Le soleil a joué les discrets cet été. Nous avons composé de nouvelles partitions, tristes parfois de nous réveiller sous le brouillard, nostalgiques des journées à la plage, satisfaits d’être là, ensemble, de nous retrouver après des mois d’errances, riches d’un lien qui semble parfois fragile, qui est bien plus fort que tout ce que nous pouvons imaginer. Confidences partagées et petits déjeuners briochés. Nuits d’étoiles filantes à souhaiter d’autres étés pour contempler le ciel, l’horizon et ses promesses.

Retrouvés aussi les embruns et l’eau salée, les galops à en avoir le souffle coupé, l’alliance subtile de la fraise et du basilic, les parties de pétanque jusqu’au coucher du soleil, Pagnol sous l’oreiller, les rires qui caracolent sur les chemins, vivre aujourd’hui sans penser à demain.

Un été d’amitié, celle qui, contre vents et marées, résiste. Celle des secrets murmurés et des souvenirs en pagaille, celle qui gagne toujours, rassure, celle qui accueille et ne juge pas, celle des premiers pas et des déchirures, celle qui sans cesse nous colle à la peau, celle qui embrasse tout ce qui se dit et ne se dit pas.

Je reviens d’un été qui ne ressemble pas beaucoup aux autres, un été comme un passage. J’ai laissé mon manuscrit, ses maux en prose. Je reviens avec d’autres envies.

Et vous votre été? Il avait quelle couleur? Quelle odeur?

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Se retrouver

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Froissé de soi
Le rouge aux joues
D’or et de bronze
La peau parée

Souplesse des dentelles
Lignes accordées
Sur les épaules
Fragiles d’oser

Mon corps entier
Chante les louanges
Baiser chaste
Sur la peau des hanches

J’oublie le temps
Amarrée aux étoiles
Transparence des sentiments
Dans le murmure des voix

Vol au vent
Photographies d’un souvenir
Retrouver le plaisir
De se désirer autrement

Se dévêtir des habitudes
Croisements serrés
Besoin viscéral
De se posséder

Faire renaître des cendres
Comme un Phénix amoureux
La magie d’un premier rendez-vous
La tendresse d’une audace

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Challenge écriture 14

Texte à venir…

Retrouvez les participations ici: Chez Mébul, Chez Josée, Chez Sweet Things

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Pour la semaine 15, on va aller faire un tour du côté de l’enfance! Je vous invite à écrire un texte qui relate un secret d’enfant, que votre personnage raconte à un camarade d’école. Le personnage principal étant un enfant, le style devra s’accorder bien entendu!

A vos plumes ou vos claviers!

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Challenge Ecriture 12

Je ne peux pas écrire ce que m’inspire cette symphonie sans penser à toi. Toi dans ton fauteuil. Toi et Beethoven et tous les autres.

Je ne peux pas écrire ce que m’inspire cette symphonie sans que les souvenirs n’affluent, sans que les notes se détachent pour t’accompagner dans l’infini de ton repos.

Je revois maman, si fragile et nos bras qui l’entourent pour qu’elle ne s’effondre pas. Je sais reconnaitre l’endroit précis où ton corps disparait derrière le rideau et où ses sanglots se cognent contre l’invisible.

J’écoutais avec toi cette grande symphonie et tu m’as dit c’est le troisième opus que je veux pour partir, peu de gens le connaissent et pourtant il a plus de saveur que n’importe quel autre morceau de l’artiste fou.

J’écoute et je sais l’instant, quelque part tu es là, avec moi, comme si de rien n’était, comme si tu n’étais pas ailleurs. Je ferme les yeux alors, j’hume le goût particulier de cette grande musique, comme tu te plaisais à l’appeler. La musique classique n’a rien de classique!

Face à la violence de la fin, parce que tout n’avait pas été dit, ou dit trop tard, c’est votre histoire, je saisis la tendresse de ces quelques notes légères, si pleines de vie, celle d’un nouveau jour, d’un ultime “je t’aime”.

Retrouvez les participations ici: Chez Stephen Sevenair, Chez Marie Encre Nomade, Chez Sweet Things, Chez Mébul, Chez Josée

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Merci à tous et toutes pour ce beau mois et vos sorties de zone de confort que vous pouvez célébrer, sans hésiter!

Pour ce nouveau mois, j’ai envie d’explorer un thème: le secret! C’est un thème très prisé en littérature. Secret, mensonge, mystère. Qui croit et qui croire? Comment un secret nait, comment un secret vit, comment il disparait? Est-il toujours si secret? Combien de vies a t-il le pouvoir de changer, de détruire? Est-ce si simple d’être détenteur d’un secret? Doit-on le révéler ou pas?

Je ne vous cache pas que c’est un thème que j’apprécie énormément et je me rends compte qu’il y a toujours matière à l’explorer davantage.

Pour cette première semaine (#13), nous allons partir d’un livre que vous connaissez peut-être – Un secret de Philippe Grimbert que je vous recommande en passant – et d’une phrase, qui sera la première phrase de votre texte: Louise m’avait permis de reconstituer l’idylle de mes parents coupables. J’avais quinze ans, je savais ce que l’on m’avait caché et à mon tour je me taisais, par amour.

Bonne écriture et à la semaine prochaine!

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Challenge écriture 10

Comment écrire sur cette musique, que je connais, non par coeur car les paroles m’échappent, mais par le coeur, ce qui est différent, comme un héritage.

Il était une fois l’histoire de cette terre, au loin les falaises de Moher, battues par les vents. Une petite ile verdoyante et la certitude d’avoir trouvé une des clés pour comprendre le sens de l’existence.

Respirer, se laisser porter par ce chant riche de symboles et se laisser aller à une danse éphémère, bras ouverts vers le ciel. Quelque part, la paix, l’indépendance scandée comme une seconde liberté. Inis Mor me regarde, avec ses vagues gigantesques et son espérance intacte. Ici le trèfle pousse sans qu’on s’y attache, certains que la chance est à portée de silence.

Sur cette terre, loin du continent, péninsule hybride au goût de sel et de sacré, règnent la conscience et la connaissance du monde. Ile de mystère et de magie. La nature est pourvoyeuse du savoir éternel, transmission intemporelle.

Encore faut-il pouvoir se risquer au-delà des croix, au-delà du connu, traverser le calcaire et s’approcher des coutumes avec courtoisie. Encore faut-il pouvoir sentir la souffrance du peuple, et écouter couler le sang des morts dans la voix des vivants. Encore faut-il être prêt à faire face humblement aux dolmens sacrés, géants de pierre aux pouvoirs infinis.

Une fois les porte passées, la terre devient ce qu’elle a toujours été, terre d’accueil, il suffit de s’asseoir dans l’herbe mouillée par la dernière pluie de la journée et contempler le soleil couchant sur les toits des skelligs.

Retrouvez les participations ici – une vraie évasion: Chez Mébul, Chez Josée, Chez Sweet Things

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Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte sur cette musique – pas de paroles cette fois-ci. La scène doit se situer dans un paysage/ site URBEX. Je vous mets un lien sur un site qui parle de ce sujet, si vous ne connaissez pas: https://urbexsession.com/france

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Le temps de ce qui fut

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Nous ne sommes jamais très loin des nouvelles qui dérangent, qui viennent comme un grain de sable perturber la marche de notre monde. Ce que l’on croyait acquis et ce qui d’un coup n’est plus. Deuils, séparations, nouveaux départs.

C’est un peu comme les cycles, comme les marées qui déposent sur le sable le fruit de leur récolte et puis les vagues qui repartent en quête de nouveaux horizons. Tout parait fort, tout est fragile. Tout nous apparait d’un coup tel que ça a toujours été, tel que nous ne voulions pas le voir, nous y étions tellement habitués.

Les habitudes, justement, quand sont elles fiables, quand deviennent-elles dangereuses? A partir de quand devrions-nous savoir que quelque chose ne tourne pas rond, qu’il y a comme une faille dans les rouages? Avec le recul, on se souvient, on pourrait presque dire le jour et l’heure exacte, ce qu’on a ressenti, cette intuition profonde, cette sensation intense, déstabilisante qui est venue titiller nos certitudes. Et puis la vie a continué, comme si de rien n’était, fidèle à elle-même.

Les sentiments sont-ils faits pour durer éternellement? Est-ce qu’il y a quelque chose qui fait que pour certains, c’est une histoire à vie et que pour d’autres, c’est juste quelques pas sur le chemin? Pourquoi est-ce que parfois ça tient et parfois ça lâche, en laissant un vide comme une balle d’obus dans la roche?

Sommes nous tous à risque ou bien, existe t-il un de ces secrets bien gardés qui fait fi du temps et des années, des aléas de la vie, des chemins pris et qui offre un équilibre à tout jamais indestructible?

Hier encore, nous faisions tous partie de la même entité, de la même amitié et puis le décor change et il faudra s’habituer, à ne plus rire ensemble, à ne plus vivre à côté. Il faudra le temps pour pouvoir parler, de ce qui fut, sans sentir le cœur au bord des lèvres et les yeux mouillés, le temps d’apprendre à vivre sans, mais sans les souvenirs c’est un pari impossible. Alors le temps pour que les souvenirs se teintent d’une douce nostalgie, sans regret et sans heurt.

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Un instant sur la ligne du temps

Je ne saurais jamais, je ne pourrais jamais remonter jusqu’à cette date, si profondément ancrée, si loin dans la conjoncture des années. Cet épisode est à tout jamais enfermé dans les méandres de ma mémoire. Un instant, un battement. Dans mon berceau, chaque seconde compte. Avant les sirènes hurlantes qui traversent la ville, des échos de souvenirs, ceux des autres, ceux pour qui d’un coup le temps semble s’être mis sur pause, une pause aux allures de cauchemar.

Je ne saurais jamais ce qu’est j’ai pu ressentir dans ces heures de flottement, ces minutes suspendues pendant lesquelles aucun médecin ne souhaite se prononcer. Qui de la vie ou de la mort va l’emporter? Est-ce un choix à cet instant précis?

Un petit corps dans une petite bulle, dans une grande chambre. Et des tuyaux un peu partout, des machines qui attendent elles aussi, un sursaut, que rien ne vienne troubler leur rythme, que le noir ne s’invite pas sur le blanc des murs de l’hôpital, saturé de cris de nouveaux nés.

Il n’y a que les récits et les dates, inscrites à l’encre noire sur un carnet de santé. Comme beaucoup de souvenirs dont le corps seul se rappelle, qu’un évènement ramène à la surface, il faut accepter que certains éléments de notre histoire nous échappent. Parfois nous pouvons reconstituer certaines choses, faire des liens.

Leur histoire n’est pas la mienne. Eux ont encore accès à la folie de cet instant, à cette peur viscérale de perdre leur premier enfant, alors que la voiture file à toute allure dans le froid glacé de novembre. La peur, la vraie, ne disparait pas vraiment, elle reste la preuve vivante du danger menaçant l’ordre établi.

Il y aura quelque part toujours cette cicatrice là, ce petit point sur la ligne du temps, et tous les autres qui font et défont nos existences. Il y aura toujours un petit quelque chose prêt à faire vaciller l’équilibre sur lequel on se tient. La fulgurance d’une alerte, le regard perdu dans le vide, à prier, crier, créer, aimer. Il y aura tous ces cataclysmes qui ont fait bouger nos trajectoires, ces épisodes pas perdus, juste remisés, classés dans de tiroirs, ceux qui nous maintenons fermés, par besoin de se protéger, et ceux que nous choisissons parfois d’ouvrir, pour aller plus loin, pour être au plus près de qui nous retient encore, un peu, un peu trop.

Au fond, il faut un certain courage pour affronter ses démons. Et beaucoup aussi, pour les accueillir et les laisser partir.

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Face à ce qui nous dépasse…

Crédit Pixabay

De fil en aiguilles, mes pensées m’amènent là, près de toi. Toi, une fois, deux fois, mille fois. Combien sont-ils, comme moi, à tenter de mettre des mots sur l’inéluctable?

Des longues heures d’attente au verdict. Sous un carré de terre, voilà où je viens te parler depuis 33 ans. De là que je te confie tout, des plus beaux matins aux plus sombres tourments. La vie a basculé doucement. Elle continue sans toi depuis tout ce temps.

Des fils un peu partout pour te maintenir en vie. Quelques jours à peine. Vingt cinq ans plus tard, quelques jours pour quitter le monde. Ta délivrance. Finis la souffrance dans un corps pris en otage. Tu n’avais connu que les centres fermés, ce monde si fragile des enfants qu’on cache par peur d’un peu trop les aimer.

La mort, c’est pour ceux qui restent que c’est le plus terrible. C’est pour ceux qui auraient voulu dire au revoir, ceux pour qui les mots restent suspendus dans une absence insoutenable.

Aucun vie ne se ressemble. Aucun souffle n’est identique. Le tien avait des allures de jeune fille. Un souffle comme le vent dans les arbres. Tu avais cette grâce, celle d’une jupe qui se soulève dans la douceur d’un matin d’été. En un souffle, le cœur qui lâche et l’horreur d’une nouvelle comme un coup de poing.

Tout le monde gardait le silence. C’est vrai que c’était étrange, ton absence, surtout pour cette occasion. Ça faisait, quoi, quinze ans, tout au plus. On avait quinze ans à nouveau quand elle m’a raconté l’accident. Envolée notre adolescence dans les tourments du temps. Tu n’auras jamais mon âge et tu ne verras jamais ton fils devenir grand. C’est toujours très perturbant la plaque au cimetière. La marée a depuis effacé ton visage, nos émois et nos rires.

Je continue de disséquer les émotions de tous ces “presque” abandons, ces matins qui ne ressemblent à aucun autre, ces matins “sans”. Je continue d’égrainer les souvenirs. On ne s’habitue pas, c’est faux. On vit juste avec et on tente de vivre bien, de vivre mieux, de vivre plus fort. Et on se plante aussi, une fois la claque passée. 

Une autre vie. Plus libre. Plus respectueuse de tes idéaux. Je te revois, là, le corps affaibli, sur ton lit de camp, au milieu d’un monde qui ne te ressemblait pas. Là, nous avons eu le temps, de nous re-connaître, le temps d’envoyer chier tous ceux qui disaient que tu ne tiendrais pas. Tu as tenu, un peu plus, juste ce temps pour pouvoir se dire les choses. Un rayon de soleil au dessus des mots-croisés. Chaque jour de passé c’était comme un défi relevé. Et le pardon aussi…

Torturée. Ce sont les mots du journal. Tu sortais du travail. Quelques secondes à peine et le grand trou noir. Ton sourire s’est évanoui. La dernière image de toi, nos pas de danse à minuit moins le quart. Une marche silencieuse pour faire face à l’horreur de ta disparition.

La mort n’a pas d’égard, elle vient vous cueillir, souvent sans crier gare. Un coup franc. Pas de trace d’infraction. Je me suis toujours demandée où on puisait la force pour surmonter les plus grands drames, est-ce qu’il n’y avait pas quelque part quelque chose de plus grand que tout ce qui nous dépasse. 

Rien ne nous prépare à la fin et pourtant nous savons qu’elle viendra. Je crois que l’essentiel est de se dire les choses, toutes les choses, avant que les lumières  ne s’éteignent, ne jamais – pour une fois – reporter à demain les sentiments. Et vivre surtout, intensément, passionnément chaque jour.

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Dans la malle aux souvenirs

Ouvrir la malle aux souvenirs…

Ils sont si nombreux à peupler nos mémoires. Un rien peut les activer. Un rien pour leur redonner vie. Une musique, un mot, un parfum, un bruit, le roulis de l’eau, le générique du top 50, un tube à la radio, un verre de diabolo menthe. Et la valse commence. Le temps s’arrête sur une image.

Les bouchons sur la route des vacances. Les voitures remplies à ras bord. Le départ aux aurores. Les cassettes enregistrées qu’on passe en boucle et les kilomètres qu’on avale en répétant inlassablement « on est bientôt arrivé ? » tout en sachant qu’on vient juste de partir. L’aller presque triomphant. Et le retour passablement moins enthousiasmant.

Le temps de l’école. Et le temps des congés. Le temps de cahiers ouverts et des bouts de stylos mâchouillés, de l’odeur de la colle en pot. Le temps des déguisements dénichés au grenier, des casseroles que l’on brinquebale d’un bout à l’autre du jardin, des tambouilles d’herbe et de cailloux. Le temps des colonies, des cartes reçues, de celles que l’on envoie pleines de fautes d’orthographe. Le temps des pieds dans l’eau, des bains de boue et des bals du 14 juillet.

Les soupes du dimanche soir et les épinards à la crème de la cantine, passablement écœurantes. Le 7 sur 7 d’Anne Sinclair et nos mercredis “télé, bonbons et bavardages”. Les weekend à la mer et l’été à la montagne. Les sorties en refuge et la pause-pipi dans les orties.

Les premiers émois et les sauts dans le vide, les premières confidences et les prières silencieuses. Les interdits qu’on oublie et les heures de colle qui s’en suivent. Les cours de sport qui s’éternisent.

Le temps des adieux. Les premières notes d’un futur qui nous comprime le cœur. Le temps du chagrin, de la fin de l’enfance. Un visage qui revient au milieu de nos rêves puis disparaît, comme emporté par le vent. Le temps des au revoir imprévus, des séparations. Les souvenirs se voilent d’amertume. L’innocence se bat contre des murs de certitudes.

Le temps des promesses qui ne durent pas. Le temps de l’allégresse, l’éphémère entre nos doigts. Temps de poser les bases de demain sans avoir les armes pour affronter les vagues.

Les dernières années d’école et les copines « tout terrain ». Les examens. Les premières vacances main dans la main. Les spaghettis carbonisés sur le réchaud improvisé. Les danses endiablées. Les slows langoureux. La mer qui vient bénir cette entrée dans le monde tant convoité de l’adulte.

Le premier regard et le premier baiser. La première excuse mal fagotée. Les premières notes d’une histoire à créer. Premiers vertiges et envies de tout oser. Puis le fracas de la fin. Le silence de la séparation. Le vide après le plein. On en sortira vivant un jour sûrement. Pour le moment, les claques se suivent et nos larmes sont fragiles.

Une fête un peu arrosée, notre timidité envolée. On rentre tard ou tôt, le cœur gros. On s’essaye à la vie avec ses bas, ses hauts, ses promesses, ses attentes. On juge vite et mal. On juge trop souvent. Le regard des autres comme un couperet nous tend un piège dans lequel on chavire. Il faut parfois le pire.

Les amitiés qui fichent le camp, celles qui restent un peu plus longtemps, les bars de nuit et les soirées à refaire un monde qu’on voit s’écrouler. Assister passivement à la fuite inexorable du temps et ne plus savoir qui croire, ni comment.

Devenir adulte et regretter de n’être plus des enfants. Moins d’innocence. Moins de rêves. Plus de conscience jusqu’à ce qu’on crève, la gueule ouverte, par peur d’oser, par peur de manquer. Tout resurgit à la faveur d’une naissance. Une deuxième chance.

Les premiers mariages et les yeux qui pétillent. Un « oui » dans l’atmosphère. Une farandole de bonheurs à cueillir chaque jour. Pour nous ce sera différent. On ne se loupera pas. On se regardera encore longtemps comme si on se voyait pour la première fois. Avec ses frissons et ce « je ne sais quoi » qui fait trembler même les plus vaillants. On ne parlera pas du couple comme d’une relation usée,  de ce “juste assez de tendresse” pour rester. On ne disséquera pas les méandres de l’adultère, de l’infidélité. On restera loin des jugements pour mieux se protéger.

Dans la malle aux souvenirs, il y a tout un tas de secrets aussi, gardés sous scellés pendant des années, des mystères à élucider, qui dans cette vie resteront bien protégés. On veut y croire encore un peu. Avant que tout n’explose, que s’exposent nos vulnérabilités, pleines d’ecchymoses. On l’aura bien cherché. Des secrets et de regrets, de ceux qu’on jure de ne jamais avoir, de ceux qu’on trouvait dérisoires chez les autres. On n’a pas fait mieux.

Quand on farfouille au hasard, on tombe sur des pépites. Une histoire de choux à la crème sur les genoux de grand-père. Le jardin de Versailles en long, en large et en travers. Les premiers jours de soleil et les collants qu’on laisse dans les armoires. Les récoltes d’automne et nos vieux grimoires. Le jour qui se lève sur un avenir plein d’espoir. Des photos d’école et des prénoms qui nous échappent. On aurait dû les noter. On pourrait les rechercher, les copains de long date, premiers témoins de cette grande aventure dont nous ne savons que dire.

On ouvre la malle les soirs de cafard, meilleur remède qu’un café noir. Ou à la demande générale quand on veut savoir qui on était, comment on a vécu, aimé aussi. Oui on l’aurait presque oublié sans ces âmes bien intentionnées. Aimer à en avoir le cœur broyé, à ne plus sentir ses muscles, à ne plus savoir les heures, à ne plus attendre que le bruit des pas dans l’escalier, à ne plus espérer que la chaleur de ses bras. Aimer à se dissoudre dans le tout des deux, à contempler le monde d’un nuage lointain, à se faire des promesses dans les creux incertains, à se confier nos détresses jusqu’au petit matin. Aimer à vouloir se fondre en l’autre. Aimer l’amour et aimer l’aimé. Aimer dans les draps nets vite froissés, dans les courbes des hanches qui se rejoignent et ne forment plus qu’une entité sacrée. Aimer à se mouvoir dans la fréquence de l’autre, à occulter les barrières sur le chemin, à se foutre des autres. Aimer à la folie, sans céder aux injonctions, fidèles à nos choix, sans cesser de se battre pour ce en quoi on croit. Aimer jusqu’à ne plus pouvoir tenir l’amour dans une définition, dans un cadre balisé. Aimer sans relâche, sans frontière, sans attache. Ça rassure ou pas.

Et puis on la referme. Non pas à double tour. On reviendra y puiser l’énergie débordante de tout ce qu’on a créé. On visitera à nouveau ces temps reculés, où tout nous semblait accessible, tout nous paraissait simple et limpide. La malle nous promet encore de beaux voyages. Il faudrait toute une vie pour les réaliser.

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Ce coin de bord de mer

@mk

Je me suis toujours dit, si un jour il ne reste rien, si je perds tout, il restera ici. Ici, la-bas, ce coin de terre au bord de la mer, cet endroit dans lequel tout est, dans son plus simple appareil. Ma nature a moi, mon oxygène, ce qui m’a tenu lieu de passerelle, ce qui m’a maintenu debout. La mer et l’horizon. Pas une mer bleue qui fait rêver, une mer qui sans cesse se retire, charrie la boue et se creuse, sans cesse revient sur la rive.

Il y aura toujours mes pas et ceux des autres avant, ceux qui ne sont plus et quelque part toujours habitent ces lieux. Il y aura toujours ce souffle qui réveille et le vent sur les marais.

Il y aura les yeux de mon grand-père et ses histoires farfelues, les bottereaux de ma grand-mère dégustés au petit matin avec un bol de Banania, le bain du soir dans une grande bassine verte, la chambre aux dessus-de-lits recouverts de scènes de chasse. Il y aura le rire de mon cousin, un rire chantant qui nous emmenait loin. Il y aura toujours la maison et les placards remplis de biscuits dégoulinants de bons sentiments, boudoirs, pingouins, petits beurres. Il y aura les courses le matin et le rideau multicolore du poissonnier, nos têtes dégoutées devant les abats du boucher, le petit chemin que nous empruntions pour nous y rendre, qui le temps de quelques minutes nous offrait la liberté de courir sans nous préoccuper du monde. Il y aura toujours ces souvenirs d’enfance, heureux, les compotes de pommes et les confitures de pèche, les chevreaux nourris au biberon, derrière la porte, au fond du jardin. Même si depuis, mon grand-père est mort, la maison a été vendue, les terrains transformés, si aucune rire ne résonne, ils appartiennent tous au passé. Les images restent comme autant de richesses à partager.

Ce texte est ma participation au rendez-vous proposé par Julie autour de nos souvenirs d’enfance.