Viol – Violence – Emprise: 6 ans après…

J’ai volontairement choisi de ne pas répondre aux commentaires sous l’article d’hier, étant donné que ces mots appartiennent à une autre personne. Je vous remercie toutefois pour votre bienveillance à son égard.

Certains ont particulièrement retenu mon attention et comme l’idée d’un article se profilait à l’horizon sur le même thème, je me suis dit que j’allais en profiter pour rebondir dessus.

Tout d’abord, comme le souligne très justement Sweet-Things, les victimes de viol, de violence conjugale ne sont pas uniquement des femmes et les bourreaux pas essentiellement des hommes. Les couples hétérosexuels comme homosexuels sont concernés également. Les femmes victimes parlent peu, les hommes victimes ne parlent pas, au nom de ce diktat qui veut qu’un homme soit « fort ». Tous les hommes ne sont pas des brutes épaisses non plus et les femmes des oies blanches. Pour connaître autour de moi des hommes victimes, je peux vous dire que les femmes peuvent parfois être bien pires.

L’anonymat n’est certes pas une solution, toutefois elle permet de se protéger et une personne victime de viol / violence DOIT se protéger.

Pourquoi se forcer ? Souvent parce que le dialogue n’est plus possible ou peut-être ne l’a jamais été. Parce qu’on ne parle pas de ces choses-là. Parce que le fossé entre les deux personnes s’est tant élargi que la communication est brisée. Parce que dire « non » comporte un risque. Parce que dire « oui » nous assure une paix relative. Et que cette paix c’est tout ce qui nous reste. Parce qu’il y a les enfants, la famille, le regard des autres, les convenances, nos valeurs dans la balance aussi.

J’ai déjà écrit des articles sur pourquoi on reste avec une personne toxique. Vous les trouverez en furetant dans la catégorie « emprise et renaissance » si le cœur vous en dit. C’est toujours facile et je l’ai dit plus d’une fois à des amies de partir, fuir. Toutefois quand on est dans la relation, l’emprise est telle que partir est difficile, sans dire dangereux. Ne croyez pas que les victimes restent par plaisir. Elles n’ont souvent pas le choix. Et quand elles font celui de partir, c’est souvent à un prix que nul ne peut imaginer.

Hier, nous regardions l’album des 1 an de Loulou. Au départ j’avais mis quelques photos de moi enceinte, j’en ai très peu. Les premiers mots qu’il a prononcé ont été « ce n’est pas toi ». Et pourtant il a vu des tonnes d’autres photos de moi, à des âges différents et avec des coupes de cheveux différentes et il m’a toujours reconnue. Alors ça a fait tilt. Non ce n’est pas moi. C’est ce que j’ai été pendant 4 ans, une personne étrangère. C’est la peur qui m’a guidée à chaque instant de cette relation. C’est la peur qui m’a fait dire « oui » des centaines de fois. C’est la peur qui m’a maintenue prisonnière. Au début j’ai dit « non ». Puis j’ai dit « non » en me sentant coupable parce qu’ on me faisait comprendre que ce “non” on ne voulait pas l’entendre. Puis les représailles sont arrivées. Et j’ai dit « oui ». Parce qu’en continuant à dire « non » je m’exposais à la violence, au harcèlement, à la manipulation.

Le 16 novembre 2012, ma descente aux enfers allait connaitre son heure de gloire! Là ce n’est plus de la peur, c’est la terreur, les larmes qui coulent, les nuits qui semblent interminables, les tripes en vrac. 11 jours après je prenais un aller-simple pour la France, laissant tout derrière moi, enceinte de six mois. Quand j’y pense j’ai presque du mal à me revoir, du mal à réaliser que j’ai été là, que j’ai vécu ça, que j’ai encaissé tout ce mépris. La jeune femme sur la photo est si éloignée de qui je suis aujourd’hui. C’est très étrange. Je suis désormais dans les faits, moins dans les émotions. Je peux parler de ces derniers jours, sans avoir le cœur prit de frissons, sans ressentir dans mon corps toutes ces sensations désagréables. Le traumatisme s’est estompé. Il revient parfois. Je ne peux plus voir la violence en peinture. Je ne peux plus entendre de cris sans me retourner dans la rue. Je ne peux plus voir de couples s’invectiver devant moi. Je ne peux plus visionner un film sur le sujet.

La prise de conscience de ma part de responsabilité dans ce naufrage m’a permis de faire mon deuil, de pardonner, d’accepter, de dépasser mes maux, de me reconstruire. Ce processus est propre à chacun.

Vous ne pourrez pas, nous ne pourrons pas tout comprendre. C’est impossible. Si un jour vous êtes en face d’une victime de viol, de violence, ne lui dites pas ce que vous feriez à sa place, vous n’y êtes pas. Écoutez-la et soyez présent. Mettez de côté vos idées toutes faites et écoutez-la VRAIMENT.

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Il faut parfois se perdre…

Copyright Marie Kléber

Je pensais que je n’aurai jamais épuisé le sujet.

J’ai écris des dizaines et des dizaines d’articles. J’ai noirci des centaines de pages. J’ai partagé mes doutes, ma colère, mon chagrin, mes peurs, cette envie quasi-obsessionnelle que quelque chose me délivre de cette terrible et lente agonie. J’ai écris le pire sous toutes les coutures, dans les deux langues que je maîtrise.

J’ai parlé, beaucoup parlé. Je me suis livrée, j’ai partagé le plus intime, le plus noir, le plus suffocant. J’ai lâché la pudeur au profit de la vérité.

J’avais besoin qu’on m’écoute, qu’on me comprenne, que l’enfer connu soit reconnu. J’ai sorti mes tripes sur le cahier, sur l’écran, inondant de ma douleur les pages qui défilaient, insensibles à tout ce que je tentais de dépasser – en vain.

Les années sont passées et il y avait toujours quelque chose, quelque part qui faisait ressortir l’horreur, la peur, la panique face à une menace que je ne pouvais pas gérer.

Les articles se sont espacés, mes carnets d’aujourd’hui sont vides de cette errance. Je ne ressens plus le besoin d’en parler, ni de justifier mes choix, ni de dire le pire, l’angoisse, la terreur. Ni de parler de lui. Tout est gravé en moi. Le passé  a laissé des cicatrices comme un rappel de ce à quoi mon corps et mon esprit ont su dire “non” à un moment donné.

Je pensais que je n’aurai jamais épuisé le sujet.

Et puis si, à force d’écrire, j’ai tout sorti. Je me suis libérée. Et sans le savoir, le sujet est devenu  une tranche de vie comme une autre.

Il faut parfois se perdre…

Une histoire de date

Crédit Pixabay

La nuit est passée et le réveil m’a tiré d’un sommeil étrange. Difficile d’ouvrir les yeux, difficile de se lever. Ça m’arrive rarement.

Mon bol de céréales était infect. Je me suis brûlée en voulant retirer mon sachet de thé. Ma tartine est tombée par deux fois côté beurre sur le parquet – le présage d’une journée idyllique!

Dans ses bras, une, deux images sont venues perturbées mon bonheur matinal. Je les ai chassées vite fait bien fait. Pas là, pas maintenant.

Arrivée au bureau, une fois l’ordinateur allumé, mon regard s’est arrêté sur la date. 11 juillet.

Il y a 7 ans, je me mariais…

Quoi que je fasse, les dates restent. Immuables elles portent en elles des tonnes de souvenirs, qui parfois éclatent – peut-être qu’il y a encore des choses à sortir, des maux à exorciser.

Le jour de mon mariage, j’étais heureuse, le masque parfait de la fille qui veut y croire coute que coute, même quand tous les voyants sont rouge et annoncent un danger imminent. Pourtant les 10 jours précédents avaient été remplis de doutes et de larmes, d’envies de mettre un terme à cette mascarade. Autour de moi, il y avait mes amies, solidaires et ma famille, profondément meurtrie par le choix que je faisais.

C’était une belle journée, entrecoupée d’instants où un mot semblait avoir le pouvoir de tout remettre en question. Puis on passait à autre chose. Avec le sourire.

Le soir, de retour chez moi, en me regardant dans le miroir, en enlevant toutes les épingles de mes cheveux, je me suis promis d’être heureuse avec des trémolos dans la voix. Était-ce ma façon de conjurer un sort écrit de toute pièce ?

Dans la pièce à côté, celui qui était devenu mon mari faisait la fête avec ses amis. Je me suis allongée dans le lit, j’ai attendu et puis je me suis endormie, seule.

Deux jours après, la course aux papiers débutait. Deux mois plus tard il embarquait pour l’Égypte.

Aujourd’hui je réalise que j’ai épousé un fantôme. S’il n’y avait pas eu le reste, le mépris, le silence, les abus, la violence psychologique, la contrainte, j’aurais fait avec. Heureusement qu’il y a eu le reste, sinon je serais restée prisonnière d’une relation sans présent, sans avenir, j’aurais gâché ma vie.

De la force (et) de l’amour

C’est devenu facile de lui parler de lui. Quand les questions viennent, la parole ne se fige plus dans un rictus compliqué, le chaos ne se glisse plus comme si un combat sans merci allait commencer. C’est fluide, pas toujours simple mais fluide. C’est par vague, des moments il parle beaucoup de lui, d’autres il n’y pense pas ou s’il y pense il n’en parle pas. Peut-être que c’est clair à ce moment-là.

Il sait qu’il peut m’en parler. J’ai toujours souhaité être ouverte là-dessus. Même  si ça m’a longtemps couté, surtout au début, même si c’était compliqué de devoir faire semblant à l’évocation d’un prénom, à la vue d’une photo. Même si le sujet était devenu presque tabou entre tous les protagonistes de cette histoire « sordide ». Je voulais qu’il se sente libre d’en parler, comme de ne pas en parler, qu’il ait accès à son espace identitaire, au-delà de ce que j’avais vécu en tant que femme.

Mettre un visage sur un prénom. Savoir d’où il vient. L’histoire il la sait, depuis le début. Elle n’a jamais été édulcorée, juste racontée à hauteur d’enfant, avec les mots qui aujourd’hui ont un sens pour lui. Il sait ce qu’il doit savoir, rien de plus, rien de moins.

Je me rends compte toutefois que nous n’avons pas tous évolué de la même façon sur ce sujet « sensible ». Quand il évoque son père, les mots et les regards ne disent pas la même chose. Je me demande s’il le sent, s’il remarque cette moue, ce petit rien, mélange de peur et de colère, ce clignement d’œil presque insignifiant,  qui me frappe pourtant toujours en plein cœur, comme s’il restait des morceaux d’humanité blessés en chacun d’eux, comme si la rage n’attendait qu’un mot pour sortir et se libérer de tout ce qui pèse comme un poids mort. Certains gardent le silence. D’autres sursautent à la moindre pensée de ce qui pourrait arriver si. D’autres se font des scénarios sur l’avenir, mon avenir, le sien. Tout le monde essaie de se rassurer comme il peut avec ce qu’il a entre les mains, peu de choses au final, je finis par être discrète, par en dire le moins possible pour apaiser les cœurs et les esprits, pour que les mots ne soient plus aussi violents qu’ils le furent, pour qu’ils ne m’atteignent plus dans le bonheur de l’instant présent.

C’est devenu facile de lui parler de lui. J’ai fait mon deuil. J’ai pardonné ce qu’il y avait à pardonner. Les autres, un peu ou pas. Ils sont de ceux qui pensent que tout ne se pardonne pas. Ils préfèrent vivre avec ce poids sur le cœur, comme une marque de ce qui fut, comme une blessure qui ne peut totalement guérir. C’est peut-être une question de ligne de départ ou encore une façon d’envisager le pire, pour ne pas être pris au dépourvu si le pire se manifeste. Peut-être que la route était plus facile pour moi, je l’avais lui, ce petit être à protéger, à aimer. Peut-être qu’il m’a donné l’envie de me dépasser, de dépasser ce qui me tirait vers le bas. Il a été ma lumière dans les heures creuses, le soleil auquel je me suis raccrochée bien des fois pour continuer. Ou c’est peut-être un choix, le choix de la vie, d’une nouvelle page à écrire, plus vraie.

Je souhaite être juste avec le passé, comme le présent. Je souhaite être juste avec l’histoire, son histoire. Pour qu’il puisse un jour faire ses choix, en conscience. Si pour certains le risque est grand, l’incertitude omniprésente, je sais que ma peur s’est transmutée en force. Et que cette force, couplée à l’amour, personne ne peut rien contre.

Ce qui était et ne sera plus

Les dimanches pluvieux sont l’occasion inespérée de faire du tri. Il restait un dossier qui avait échappé à la première grande vague du mois dernier, le dossier dans lequel je n’avais pas eu le cœur de me plonger, après avoir éliminé souvenirs, cartes, objets gardés “au cas où”, vieux carnets de listes de course, journaux intimes d’un temps révolu.

Un dossier aussi lourd que 5 ans de procédure.

Un dossier émotionnellement très chargé.

Un dossier qui n’avait cessé de gonfler depuis le premier rendez-vous chez un avocat en Décembre 2012.

J’étais une femme perdue, je vivais dans la peur au quotidien. Pour moi. Pour mon fils et mes proches. Je n’avais aucune certitude, plus aucune, aucun projet, aucune envie. Demander le divorce était toutefois une évidence qui s’est imposée rapidement. Je ne supportais plus l’idée d’être la femme de cet homme, de porter son nom. Mais c’est surtout pour mon fils que je l’ai fait, pour le protéger.

Trier, c’était remettre le nez dans ces longues années, ces fausses pistes, ces mails insensés, remplis de menaces, d’injonctions, ces demandes jamais honorées, ces tentatives de conciliation avortées, cette envie de ne pas passer pour la « salope » de l’histoire (puis ne plus rien en avoir à faire). Trier, c’était se souvenir, refaire le chemin en arrière, faire face à cet épouvantable gâchis, gâchis qui m’a toutefois donner la force de rebondir, reconstruire ma vie. Et cette fois ci sur des bases solides. Cela a pris du temps, le temps des fondations bien ancrées dans le terre, le temps de comprendre, d’intégrer ma part de responsabilité, d’accepter que la vérité ne serait jamais révélée.

Il est clair que je suis très différente de la femme que j’étais en 2012. Je me suis découverte des ressources insoupçonnées, qui m’ont permis de faire face dans des situations délicates. Moi qui m’était toujours aplatie, qui avait toujours cédé, pour ma paix et celle de mon enfant, j’ai posé les limites, j’ai commencé à me respecter, à dire « non », à imposer MA vision des choses. J’ai appris à faire fi des insultes et des menaces. Mon attitude peut paraitre froide et insensible pour certains. Dans ce cas précis, je me considère comme seule maîtresse de nos destins. Je ne ressens pour lui ni haine, ni colère, juste cette indifférence qui a été mon salut au creux d’un deuil que je croyais impossible à faire. Son sort m’importe peu, je sais qu’il ne sera jamais heureux, qu’il en voudra toujours à la terre entière. Il n’est pas rayé de nos vies, il en fait partie, juste ce qu’il faut. Toutefois la confiance est rompue et ne sera jamais restaurée.

Alors, j’ai trié, j’ai jeté, j’ai regardé ces 5 années s’envoler dans le broyeur à documents, j’ai regardé ces semaines d’angoisse profonde s’évanouir, ces dizaines de mails traduits, ces attestations attestant l’horreur être englouties. Il ne reste plus que le strict minimum, les papiers d’état civil attendant de retrouver leur nom d’origine, les certificats de mariage et les jugements qui mettent un point final à ce qui était et ne sera plus.

Pour mon plus grand bonheur!

Et vous, trier ça vous fait du bien, ça vous fait peur parfois? Si vous êtes divorcés, avez-vous tout conservé ou tout liquidé?

Neuf ans plus tard…

Je viens tout juste de commencer le livre de Cristina – une carte postale du bonheur et forcément ça résonne fortement en moi. Mais aussi quelle idée de le commencer un 13 mars! Jusqu’à ce matin, je n’avais pas fait le rapprochement.

Le 14 mars je m’en souviens facilement c’est l’anniversaire de mon père. Le 14 mars il y a 9 ans, à cette heure ci, mon amie Camille et moi nous préparions à sortir danser. Le 14 mars, avant que les douze coups de minuit sonnent, j’avais rencontré celui qui allait faire vaciller ma vie, que j’allais vouloir sauver, à qui j’allais m’offrir en sacrifice, pour lequel j’allais me battre envers et contre tous. Pour du vent.

En lisant les lignes de Cristina, je me rends compte à quel point je me suis menti à moi-même, dès le départ, dès les premières heures, dès le début de cette relation biaisée, basée sur des émotions erronées. Les dés n’étaient pas seulement pipés, je n’étais pas heureuse. J’ai essayé de l’être, j’ai réussi à me prouver que je l’étais. C’est peut-être ça le pire, les mensonges dans lesquels nous berçons nos propres illusions. J’ai rêvé mon bonheur. Je l’ai rêvé lui aussi. Je l’ai vu différent de ce qu’il était – il ne m’a pas aidé non plus à le voir tel qu’il était, je crois qu’il n’avait aucune idée de qui il était d’ailleurs.

Puis les choses que nous connaissons ont eu lieu. Loulou est arrivé dans ma vie. Sa présence, sa joie de vivre, son sourire ont effacé les blessures. Petit à petit. Je me souviens de lui, bébé, et des heures passées à le regarder, à me faire à l’idée de ce miracle, qui m’avait sauvée à temps d’un futur tragique, dans lequel je me serais encore plus renfermée, j’aurais perdu tout contact avec moi-même. Ce que je pouvais envisager pour moi, je ne pouvais pas le faire vivre à mon enfant. Il a été celui qui m’a fait prendre la décision de mettre un terme à cette relation dévastatrice.

Quand l’Amour est revenu dans ma vie, j’ai eu terriblement peur. Bien sûr j’avais les clés en mains pour ne pas revivre ce que j’avais vécu. Mais comment le savoir? Comment être sûre? Comment ne pas passer au crible de l’expérience chaque acte, chaque geste, chaque mot? Un pari incertain. Sans compter les souvenirs douloureux avec lesquels il fallait composer, les peurs, les blocages. Sans compter les images, cette angoisse du corps, le mien, celui de l’autre. Puis tout s’est fait naturellement, si naturellement que c’en était troublant…

Aujourd’hui, je me surprends encore parfois à m’excuser pour un rien, à craindre qu’un mot soit pris de travers. Puis je me raisonne. C’est une autre histoire.

Neuf ans plus tard, je suis si différente de la jeune femme que j’étais. J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies dans ce cycle là, d’avoir été tantôt perdue, tantôt soumise, tantôt guerrière, tantôt frondeuse, tantôt humiliée, tantôt victime, tantôt victorieuse, tantôt fragile. Maternelle jusqu’au bout des ongles. Avant de redevenir souple, femme, sensuelle.

Les premières “dates anniversaires” m’ont laissé un goût amer. J’étais dans le combat, contre moi, contre lui, pour la vie, contre tout ce que j’avais encaissé sans broncher, contre tout ce qui m’attirait vers le bas, contre le chagrin, les mensonges, les fausses promesses.

Neuf ans plus tard, quand je jette un bref coup d’œil en arrière, je suis juste fière du chemin parcouru. Sur cette route je me suis découverte, je me suis crée, j’ai donné la vie, réalisé des rêves et choisi cette fois ci, envers et contre tout, d’accueillir l’amour, le bonheur, au présent simple! Et d’y croire aussi!

Et vous, quelles décisions, quelles expériences ont radicalement changé vos vies?

Les stigmates de la violence conjugale

Ils sont différents en fonction du type de violence subie : physique, psychologique, sexuelle, économique, religieuse et j’en passe. La violence conjugale a plusieurs visages, c’est ce qui en fait une arme dangereuse dont on prend conscience de l’existence tardivement dans une relation.

Alors même que nous sommes sorti(e)s de notre état de “victime” – je sais que beaucoup ont du mal avec ce terme pourtant il s’agit bel et bien de ça, la violence conjugale est une véritable prise d’otage qui s’inscrit dans la durée – nous n’en restons pas moins vulnérables. Un mot, un évènement, une idée que beaucoup considéreront comme normaux réveillera en nous quelque chose : gêne, colère, chagrin, douleur, honte. On aura beau avoir fait le deuil, s’être pardonné, avoir pardonné parfois aussi, quoi que le monde nous dise, quoi qu’il se passe, l’oubli est impossible. Il nous faut apprendre à vivre avec ça, sans toutefois laisser de prise au passé, avec ces moments où la peur reprend le dessus, avec notre incapacité à comprendre, entendre certaines choses, avec ce besoin d’être rassuré(e) – tout va bien, avec les images aussi qui reviennent et nous font perdre temporairement nos repères.

Il faut du temps pour s’affranchir d’une manière de faire, d’agir, d’être, que nous avons mis en place pour nous protéger contre l’agresseur. Vivre avec la peur, dans la peur, pendant des mois, des années implique la mise en place de processus rodés. Notre énergie reste focalisée sur le meilleur moyen de gérer l’urgence, nous sommes constamment en alerte. Il en va de notre survie.

La violence laisse des marques indélébiles à l’intérieur. Comme ce sont celles qu’on ne voit pas, les autres peuvent difficilement les intégrer. C’est pour cette raison qu’il est important d’en parler. Pas à n’importe qui mais aux personnes qui comptent. Cela leur permettra de comprendre certains de nos comportements.

Au début d’une nouvelle relation, tout est scruté par notre esprit dans les moindres détails.  L’autre doit donc faire preuve de patience, d’attention, de respect et d’écoute afin qu’en confiance nous laissions petit à petit tomber nos barrières. Le temps fait bien les choses et nous devons en faire notre allié, ne rien précipiter. Il nous faut réapprendre la vie, l’amour, les relations saines et respectueuses. Il nous faut réapprendre en nous détachant de la souffrance et en acceptant nos fragilités. Si la reconstruction est une étape essentielle, elle ne se fait pas en un clin d’œil.  Il peut arriver que même des années plus tard, certaines situations nous mettent mal à l’aise. Osons alors sortir les maux pour nous en libérer…encore et toujours.

Quelles situations vous “traumatisent” encore?  Pensez-vous que nous pouvons totalement nous libérer de ce passé? Quels sont les stigmates avec lesquels vous vivez?

Il fallait s’en douter…

Surtout parce que je doute beaucoup…

Principalement de ma capacité à écrire plus que des textes de blogs, des poèmes et des histoires courtes.

Contrairement à beaucoup de personnes écrire un roman ne m’a jamais tentée. Ecrire, oui. Créer des personnes, une histoire, des rebondissements, non.

Écrire, je le fais depuis que j’ai l’âge de mettre des mots les uns à la suite des autres.

Et puis il y a eu la vie, les expériences, les creux de vague et un en particulier. J’ai tout disséqué, mis mes tripes sur la table. J’ai sorti les maux et ça a donné un « roman »

Après des mois, des années, des retournements de situation, l’envoi à un éditeur, l’envie de tout envoyer valser, d’arrêter, les doutes, les angoisses, les cauchemars, les encouragements, j’ai posé le point final…

Tout en sachant pertinemment que ce n’était pas encore la fin

Je me demande vraiment pourquoi me torturer l’esprit avec ce pavé, pourquoi faire deux pas en avant et un en arrière sans arriver à trancher. Comme si toute cette histoire ne m’avait pas pris assez d’énergie. Je dois être un peu maso sur les bords. Je ne vois aucune autre explication possible.

Voilà dimanche dernier, il est sorti de mon cercle privé, direction la bêta-lecture. Je me demande encore qu’elle mouche m’a piquée. Il faut oser parait-il…

Merci du cadeau !

Maintenant j’attends. Mais je me demande vraiment si tout ça à un sens, si j’ai vraiment envie de me replonger dans cette histoire pour d’éventuelles corrections ou si j’ai juste envie que ça se termine, pour pouvoir profiter de toutes les belles choses que j’ai encore à vivre…

Je doute.

Du bien-fondé de l’envoi aux maisons d’éditions, de la nécessité de rendre tout ça public.

Je crois surtout que j’arrive au bout de ce que je peux donner sur le sujet…

Ps – ne vous inquiétez pas. Si je décide de ne pas le publier, j’enverrais une copie à toutes les personnes qui m’ont soutenu depuis le début et toutes celles qui souhaitent le lire.

Vers la lumière, pour le meilleur!

Décidément ce manuscrit aura fait couler de l’encre. Relu, presque finalisé. Et les doutes reviennent. Je crois que j’arrive au bout.

Je suis tellement loin de la femme que j’étais à l’époque.

J’ai l’impression de replonger à chaque fois. Dans les souvenirs. Dans la peur. Dans le noir. Alors que tout autour de moi la lumière brille, que les souvenirs sont à nouveau joyeux et vrais.

Un coup de pouce amical m’a mise face à l’autre étape de l’écriture. La publication. Le partage au reste du Monde.

Je ne suis pas certaine d’être prête, pas sûre de le vouloir vraiment ce grand déballage de printemps.

Je prends l’excuse de mon fils. Mais il n’y a pas que ça. Il y a moi aussi, moi qui en ai marre de ressasser le passé, de décortiquer l’histoire, de parler de tout ça, de justifier mes choix. Je ne suis pas certaine de pouvoir répondre aux questions. Je ne suis même pas certaine du pouvoir de mes mots pour aider les autres. On n’aide pas en écrivant. On montre juste la réalité. Dans la tête du lecteur c’est autre chose. J’ai passé des mois à me conforter dans l’idée que ce que je vivais ce n’était rien de grave.

L’impulsion du départ ne peut venir que de soi, d’une intuition, d’un trop plein. Je crois que personne ne peut aider l’autre à s’en sortir sans son consentement. Ce serait tellement simple. Il faut une prise de conscience. Elle ne vient que de l’intérieur, jamais des autres.

A quoi cela sert-il donc ?

A part me maintenir prisonnière d’un passé dépassé.

A part montrer le pire d’un homme qui est, que je le veuille ou non, le père de mon fils.

En relisant le manuscrit je me rends compte qu’il y a beaucoup de pages sur ma descente aux enfers et si peu sur ma renaissance, ma reconstruction. Je ne sais même pas comment je me suis reconstruite. Ca s’est fait pas à pas. Chaque jour, avancer, prendre confiance. Chaque jour se donner des objectifs. Chaque jour grandir et se battre. Je sais juste dire qu’on s’en sort, plus fort, que la vie gagne au final. Comme toujours.

Le tout était que je comprenne pourquoi, comment. J’ai compris. Que reste t-il après ça?

Aujourd’hui j’ai envie de regarder vers l’avant, riche de mes expériences et de mes choix de vie, riche des bas qui m’ont menée vers le haut, riche des merveilles du jour.

Il reste un ou deux chapitres en suspens. Vais-je les écrire ? Ou bien laisser sagement ce manuscrit de côté, un rappel de tout ce que j’ai dépassé, de toutes mes victoires au creux des heures de chaos féroces, un rappel du chemin parcouru.

Aux victimes de violences psychologiques…

Partir

Partir sans se retourner

Arrêter de trouver des excuses

Arrêter de penser que l’autre va changer

S’extraire de la peur avant qu’elle nous foudroie

Avant que le pire n’arrive et nous noie

Partir

Mais j’oublie

Il faut savoir dire “oui” au vide

Dire “non” à la folie

Nos esprits lobotomisés ne peuvent plus réfléchir

Nos corps ne peuvent plus réagir

Nos cœurs ne peuvent plus nous guider

Loin de la prison dans laquelle nous nous sommes recroquevillés

En attendant que cessent les hostilités

Partir

Le choix le plus délicat

L’acte le plus courageux qui soit

Partir ou fuir

Sans laisser d’adresse

Sans croire aux promesses

Sans se retourner

Quand l’instinct de survie nous murmure

Qu’il faut y aller

S’échapper

Sans douter

Ne minimisez jamais ce qu’endurent les victimes de violence psychologique, au sein de leur foyer, au travail, dans leurs relations amicales. Ne pensez par que partir / mettre un terme à une relation toxique est un acte simple et sans danger. Ne pensez pas qu’un peu de “bonne volonté” peut venir à bout de l’emprise. Ne jugez pas. Écoutez, tendez la main, soyez présents et laissez chacun / chacune se reconstruire à son rythme, en son temps.