Une histoire de date

Crédit Pixabay

La nuit est passée et le réveil m’a tiré d’un sommeil étrange. Difficile d’ouvrir les yeux, difficile de se lever. Ça m’arrive rarement.

Mon bol de céréales était infect. Je me suis brûlée en voulant retirer mon sachet de thé. Ma tartine est tombée par deux fois côté beurre sur le parquet – le présage d’une journée idyllique!

Dans ses bras, une, deux images sont venues perturbées mon bonheur matinal. Je les ai chassées vite fait bien fait. Pas là, pas maintenant.

Arrivée au bureau, une fois l’ordinateur allumé, mon regard s’est arrêté sur la date. 11 juillet.

Il y a 7 ans, je me mariais…

Quoi que je fasse, les dates restent. Immuables elles portent en elles des tonnes de souvenirs, qui parfois éclatent – peut-être qu’il y a encore des choses à sortir, des maux à exorciser.

Le jour de mon mariage, j’étais heureuse, le masque parfait de la fille qui veut y croire coute que coute, même quand tous les voyants sont rouge et annoncent un danger imminent. Pourtant les 10 jours précédents avaient été remplis de doutes et de larmes, d’envies de mettre un terme à cette mascarade. Autour de moi, il y avait mes amies, solidaires et ma famille, profondément meurtrie par le choix que je faisais.

C’était une belle journée, entrecoupée d’instants où un mot semblait avoir le pouvoir de tout remettre en question. Puis on passait à autre chose. Avec le sourire.

Le soir, de retour chez moi, en me regardant dans le miroir, en enlevant toutes les épingles de mes cheveux, je me suis promis d’être heureuse avec des trémolos dans la voix. Était-ce ma façon de conjurer un sort écrit de toute pièce ?

Dans la pièce à côté, celui qui était devenu mon mari faisait la fête avec ses amis. Je me suis allongée dans le lit, j’ai attendu et puis je me suis endormie, seule.

Deux jours après, la course aux papiers débutait. Deux mois plus tard il embarquait pour l’Égypte.

Aujourd’hui je réalise que j’ai épousé un fantôme. S’il n’y avait pas eu le reste, le mépris, le silence, les abus, la violence psychologique, la contrainte, j’aurais fait avec. Heureusement qu’il y a eu le reste, sinon je serais restée prisonnière d’une relation sans présent, sans avenir, j’aurais gâché ma vie.

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De la force (et) de l’amour

C’est devenu facile de lui parler de lui. Quand les questions viennent, la parole ne se fige plus dans un rictus compliqué, le chaos ne se glisse plus comme si un combat sans merci allait commencer. C’est fluide, pas toujours simple mais fluide. C’est par vague, des moments il parle beaucoup de lui, d’autres il n’y pense pas ou s’il y pense il n’en parle pas. Peut-être que c’est clair à ce moment-là.

Il sait qu’il peut m’en parler. J’ai toujours souhaité être ouverte là-dessus. Même  si ça m’a longtemps couté, surtout au début, même si c’était compliqué de devoir faire semblant à l’évocation d’un prénom, à la vue d’une photo. Même si le sujet était devenu presque tabou entre tous les protagonistes de cette histoire « sordide ». Je voulais qu’il se sente libre d’en parler, comme de ne pas en parler, qu’il ait accès à son espace identitaire, au-delà de ce que j’avais vécu en tant que femme.

Mettre un visage sur un prénom. Savoir d’où il vient. L’histoire il la sait, depuis le début. Elle n’a jamais été édulcorée, juste racontée à hauteur d’enfant, avec les mots qui aujourd’hui ont un sens pour lui. Il sait ce qu’il doit savoir, rien de plus, rien de moins.

Je me rends compte toutefois que nous n’avons pas tous évolué de la même façon sur ce sujet « sensible ». Quand il évoque son père, les mots et les regards ne disent pas la même chose. Je me demande s’il le sent, s’il remarque cette moue, ce petit rien, mélange de peur et de colère, ce clignement d’œil presque insignifiant,  qui me frappe pourtant toujours en plein cœur, comme s’il restait des morceaux d’humanité blessés en chacun d’eux, comme si la rage n’attendait qu’un mot pour sortir et se libérer de tout ce qui pèse comme un poids mort. Certains gardent le silence. D’autres sursautent à la moindre pensée de ce qui pourrait arriver si. D’autres se font des scénarios sur l’avenir, mon avenir, le sien. Tout le monde essaie de se rassurer comme il peut avec ce qu’il a entre les mains, peu de choses au final, je finis par être discrète, par en dire le moins possible pour apaiser les cœurs et les esprits, pour que les mots ne soient plus aussi violents qu’ils le furent, pour qu’ils ne m’atteignent plus dans le bonheur de l’instant présent.

C’est devenu facile de lui parler de lui. J’ai fait mon deuil. J’ai pardonné ce qu’il y avait à pardonner. Les autres, un peu ou pas. Ils sont de ceux qui pensent que tout ne se pardonne pas. Ils préfèrent vivre avec ce poids sur le cœur, comme une marque de ce qui fut, comme une blessure qui ne peut totalement guérir. C’est peut-être une question de ligne de départ ou encore une façon d’envisager le pire, pour ne pas être pris au dépourvu si le pire se manifeste. Peut-être que la route était plus facile pour moi, je l’avais lui, ce petit être à protéger, à aimer. Peut-être qu’il m’a donné l’envie de me dépasser, de dépasser ce qui me tirait vers le bas. Il a été ma lumière dans les heures creuses, le soleil auquel je me suis raccrochée bien des fois pour continuer. Ou c’est peut-être un choix, le choix de la vie, d’une nouvelle page à écrire, plus vraie.

Je souhaite être juste avec le passé, comme le présent. Je souhaite être juste avec l’histoire, son histoire. Pour qu’il puisse un jour faire ses choix, en conscience. Si pour certains le risque est grand, l’incertitude omniprésente, je sais que ma peur s’est transmutée en force. Et que cette force, couplée à l’amour, personne ne peut rien contre.

Ce qui était et ne sera plus

Les dimanches pluvieux sont l’occasion inespérée de faire du tri. Il restait un dossier qui avait échappé à la première grande vague du mois dernier, le dossier dans lequel je n’avais pas eu le cœur de me plonger, après avoir éliminé souvenirs, cartes, objets gardés “au cas où”, vieux carnets de listes de course, journaux intimes d’un temps révolu.

Un dossier aussi lourd que 5 ans de procédure.

Un dossier émotionnellement très chargé.

Un dossier qui n’avait cessé de gonfler depuis le premier rendez-vous chez un avocat en Décembre 2012.

J’étais une femme perdue, je vivais dans la peur au quotidien. Pour moi. Pour mon fils et mes proches. Je n’avais aucune certitude, plus aucune, aucun projet, aucune envie. Demander le divorce était toutefois une évidence qui s’est imposée rapidement. Je ne supportais plus l’idée d’être la femme de cet homme, de porter son nom. Mais c’est surtout pour mon fils que je l’ai fait, pour le protéger.

Trier, c’était remettre le nez dans ces longues années, ces fausses pistes, ces mails insensés, remplis de menaces, d’injonctions, ces demandes jamais honorées, ces tentatives de conciliation avortées, cette envie de ne pas passer pour la « salope » de l’histoire (puis ne plus rien en avoir à faire). Trier, c’était se souvenir, refaire le chemin en arrière, faire face à cet épouvantable gâchis, gâchis qui m’a toutefois donner la force de rebondir, reconstruire ma vie. Et cette fois ci sur des bases solides. Cela a pris du temps, le temps des fondations bien ancrées dans le terre, le temps de comprendre, d’intégrer ma part de responsabilité, d’accepter que la vérité ne serait jamais révélée.

Il est clair que je suis très différente de la femme que j’étais en 2012. Je me suis découverte des ressources insoupçonnées, qui m’ont permis de faire face dans des situations délicates. Moi qui m’était toujours aplatie, qui avait toujours cédé, pour ma paix et celle de mon enfant, j’ai posé les limites, j’ai commencé à me respecter, à dire « non », à imposer MA vision des choses. J’ai appris à faire fi des insultes et des menaces. Mon attitude peut paraitre froide et insensible pour certains. Dans ce cas précis, je me considère comme seule maîtresse de nos destins. Je ne ressens pour lui ni haine, ni colère, juste cette indifférence qui a été mon salut au creux d’un deuil que je croyais impossible à faire. Son sort m’importe peu, je sais qu’il ne sera jamais heureux, qu’il en voudra toujours à la terre entière. Il n’est pas rayé de nos vies, il en fait partie, juste ce qu’il faut. Toutefois la confiance est rompue et ne sera jamais restaurée.

Alors, j’ai trié, j’ai jeté, j’ai regardé ces 5 années s’envoler dans le broyeur à documents, j’ai regardé ces semaines d’angoisse profonde s’évanouir, ces dizaines de mails traduits, ces attestations attestant l’horreur être englouties. Il ne reste plus que le strict minimum, les papiers d’état civil attendant de retrouver leur nom d’origine, les certificats de mariage et les jugements qui mettent un point final à ce qui était et ne sera plus.

Pour mon plus grand bonheur!

Et vous, trier ça vous fait du bien, ça vous fait peur parfois? Si vous êtes divorcés, avez-vous tout conservé ou tout liquidé?

Neuf ans plus tard…

Je viens tout juste de commencer le livre de Cristina – une carte postale du bonheur et forcément ça résonne fortement en moi. Mais aussi quelle idée de le commencer un 13 mars! Jusqu’à ce matin, je n’avais pas fait le rapprochement.

Le 14 mars je m’en souviens facilement c’est l’anniversaire de mon père. Le 14 mars il y a 9 ans, à cette heure ci, mon amie Camille et moi nous préparions à sortir danser. Le 14 mars, avant que les douze coups de minuit sonnent, j’avais rencontré celui qui allait faire vaciller ma vie, que j’allais vouloir sauver, à qui j’allais m’offrir en sacrifice, pour lequel j’allais me battre envers et contre tous. Pour du vent.

En lisant les lignes de Cristina, je me rends compte à quel point je me suis menti à moi-même, dès le départ, dès les premières heures, dès le début de cette relation biaisée, basée sur des émotions erronées. Les dés n’étaient pas seulement pipés, je n’étais pas heureuse. J’ai essayé de l’être, j’ai réussi à me prouver que je l’étais. C’est peut-être ça le pire, les mensonges dans lesquels nous berçons nos propres illusions. J’ai rêvé mon bonheur. Je l’ai rêvé lui aussi. Je l’ai vu différent de ce qu’il était – il ne m’a pas aidé non plus à le voir tel qu’il était, je crois qu’il n’avait aucune idée de qui il était d’ailleurs.

Puis les choses que nous connaissons ont eu lieu. Loulou est arrivé dans ma vie. Sa présence, sa joie de vivre, son sourire ont effacé les blessures. Petit à petit. Je me souviens de lui, bébé, et des heures passées à le regarder, à me faire à l’idée de ce miracle, qui m’avait sauvée à temps d’un futur tragique, dans lequel je me serais encore plus renfermée, j’aurais perdu tout contact avec moi-même. Ce que je pouvais envisager pour moi, je ne pouvais pas le faire vivre à mon enfant. Il a été celui qui m’a fait prendre la décision de mettre un terme à cette relation dévastatrice.

Quand l’Amour est revenu dans ma vie, j’ai eu terriblement peur. Bien sûr j’avais les clés en mains pour ne pas revivre ce que j’avais vécu. Mais comment le savoir? Comment être sûre? Comment ne pas passer au crible de l’expérience chaque acte, chaque geste, chaque mot? Un pari incertain. Sans compter les souvenirs douloureux avec lesquels il fallait composer, les peurs, les blocages. Sans compter les images, cette angoisse du corps, le mien, celui de l’autre. Puis tout s’est fait naturellement, si naturellement que c’en était troublant…

Aujourd’hui, je me surprends encore parfois à m’excuser pour un rien, à craindre qu’un mot soit pris de travers. Puis je me raisonne. C’est une autre histoire.

Neuf ans plus tard, je suis si différente de la jeune femme que j’étais. J’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs vies dans ce cycle là, d’avoir été tantôt perdue, tantôt soumise, tantôt guerrière, tantôt frondeuse, tantôt humiliée, tantôt victime, tantôt victorieuse, tantôt fragile. Maternelle jusqu’au bout des ongles. Avant de redevenir souple, femme, sensuelle.

Les premières “dates anniversaires” m’ont laissé un goût amer. J’étais dans le combat, contre moi, contre lui, pour la vie, contre tout ce que j’avais encaissé sans broncher, contre tout ce qui m’attirait vers le bas, contre le chagrin, les mensonges, les fausses promesses.

Neuf ans plus tard, quand je jette un bref coup d’œil en arrière, je suis juste fière du chemin parcouru. Sur cette route je me suis découverte, je me suis crée, j’ai donné la vie, réalisé des rêves et choisi cette fois ci, envers et contre tout, d’accueillir l’amour, le bonheur, au présent simple! Et d’y croire aussi!

Et vous, quelles décisions, quelles expériences ont radicalement changé vos vies?

Les stigmates de la violence conjugale

Ils sont différents en fonction du type de violence subie : physique, psychologique, sexuelle, économique, religieuse et j’en passe. La violence conjugale a plusieurs visages, c’est ce qui en fait une arme dangereuse dont on prend conscience de l’existence tardivement dans une relation.

Alors même que nous sommes sorti(e)s de notre état de “victime” – je sais que beaucoup ont du mal avec ce terme pourtant il s’agit bel et bien de ça, la violence conjugale est une véritable prise d’otage qui s’inscrit dans la durée – nous n’en restons pas moins vulnérables. Un mot, un évènement, une idée que beaucoup considéreront comme normaux réveillera en nous quelque chose : gêne, colère, chagrin, douleur, honte. On aura beau avoir fait le deuil, s’être pardonné, avoir pardonné parfois aussi, quoi que le monde nous dise, quoi qu’il se passe, l’oubli est impossible. Il nous faut apprendre à vivre avec ça, sans toutefois laisser de prise au passé, avec ces moments où la peur reprend le dessus, avec notre incapacité à comprendre, entendre certaines choses, avec ce besoin d’être rassuré(e) – tout va bien, avec les images aussi qui reviennent et nous font perdre temporairement nos repères.

Il faut du temps pour s’affranchir d’une manière de faire, d’agir, d’être, que nous avons mis en place pour nous protéger contre l’agresseur. Vivre avec la peur, dans la peur, pendant des mois, des années implique la mise en place de processus rodés. Notre énergie reste focalisée sur le meilleur moyen de gérer l’urgence, nous sommes constamment en alerte. Il en va de notre survie.

La violence laisse des marques indélébiles à l’intérieur. Comme ce sont celles qu’on ne voit pas, les autres peuvent difficilement les intégrer. C’est pour cette raison qu’il est important d’en parler. Pas à n’importe qui mais aux personnes qui comptent. Cela leur permettra de comprendre certains de nos comportements.

Au début d’une nouvelle relation, tout est scruté par notre esprit dans les moindres détails.  L’autre doit donc faire preuve de patience, d’attention, de respect et d’écoute afin qu’en confiance nous laissions petit à petit tomber nos barrières. Le temps fait bien les choses et nous devons en faire notre allié, ne rien précipiter. Il nous faut réapprendre la vie, l’amour, les relations saines et respectueuses. Il nous faut réapprendre en nous détachant de la souffrance et en acceptant nos fragilités. Si la reconstruction est une étape essentielle, elle ne se fait pas en un clin d’œil.  Il peut arriver que même des années plus tard, certaines situations nous mettent mal à l’aise. Osons alors sortir les maux pour nous en libérer…encore et toujours.

Quelles situations vous “traumatisent” encore?  Pensez-vous que nous pouvons totalement nous libérer de ce passé? Quels sont les stigmates avec lesquels vous vivez?

Il fallait s’en douter…

Surtout parce que je doute beaucoup…

Principalement de ma capacité à écrire plus que des textes de blogs, des poèmes et des histoires courtes.

Contrairement à beaucoup de personnes écrire un roman ne m’a jamais tentée. Ecrire, oui. Créer des personnes, une histoire, des rebondissements, non.

Écrire, je le fais depuis que j’ai l’âge de mettre des mots les uns à la suite des autres.

Et puis il y a eu la vie, les expériences, les creux de vague et un en particulier. J’ai tout disséqué, mis mes tripes sur la table. J’ai sorti les maux et ça a donné un « roman »

Après des mois, des années, des retournements de situation, l’envoi à un éditeur, l’envie de tout envoyer valser, d’arrêter, les doutes, les angoisses, les cauchemars, les encouragements, j’ai posé le point final…

Tout en sachant pertinemment que ce n’était pas encore la fin

Je me demande vraiment pourquoi me torturer l’esprit avec ce pavé, pourquoi faire deux pas en avant et un en arrière sans arriver à trancher. Comme si toute cette histoire ne m’avait pas pris assez d’énergie. Je dois être un peu maso sur les bords. Je ne vois aucune autre explication possible.

Voilà dimanche dernier, il est sorti de mon cercle privé, direction la bêta-lecture. Je me demande encore qu’elle mouche m’a piquée. Il faut oser parait-il…

Merci du cadeau !

Maintenant j’attends. Mais je me demande vraiment si tout ça à un sens, si j’ai vraiment envie de me replonger dans cette histoire pour d’éventuelles corrections ou si j’ai juste envie que ça se termine, pour pouvoir profiter de toutes les belles choses que j’ai encore à vivre…

Je doute.

Du bien-fondé de l’envoi aux maisons d’éditions, de la nécessité de rendre tout ça public.

Je crois surtout que j’arrive au bout de ce que je peux donner sur le sujet…

Ps – ne vous inquiétez pas. Si je décide de ne pas le publier, j’enverrais une copie à toutes les personnes qui m’ont soutenu depuis le début et toutes celles qui souhaitent le lire.

Vers la lumière, pour le meilleur!

Décidément ce manuscrit aura fait couler de l’encre. Relu, presque finalisé. Et les doutes reviennent. Je crois que j’arrive au bout.

Je suis tellement loin de la femme que j’étais à l’époque.

J’ai l’impression de replonger à chaque fois. Dans les souvenirs. Dans la peur. Dans le noir. Alors que tout autour de moi la lumière brille, que les souvenirs sont à nouveau joyeux et vrais.

Un coup de pouce amical m’a mise face à l’autre étape de l’écriture. La publication. Le partage au reste du Monde.

Je ne suis pas certaine d’être prête, pas sûre de le vouloir vraiment ce grand déballage de printemps.

Je prends l’excuse de mon fils. Mais il n’y a pas que ça. Il y a moi aussi, moi qui en ai marre de ressasser le passé, de décortiquer l’histoire, de parler de tout ça, de justifier mes choix. Je ne suis pas certaine de pouvoir répondre aux questions. Je ne suis même pas certaine du pouvoir de mes mots pour aider les autres. On n’aide pas en écrivant. On montre juste la réalité. Dans la tête du lecteur c’est autre chose. J’ai passé des mois à me conforter dans l’idée que ce que je vivais ce n’était rien de grave.

L’impulsion du départ ne peut venir que de soi, d’une intuition, d’un trop plein. Je crois que personne ne peut aider l’autre à s’en sortir sans son consentement. Ce serait tellement simple. Il faut une prise de conscience. Elle ne vient que de l’intérieur, jamais des autres.

A quoi cela sert-il donc ?

A part me maintenir prisonnière d’un passé dépassé.

A part montrer le pire d’un homme qui est, que je le veuille ou non, le père de mon fils.

En relisant le manuscrit je me rends compte qu’il y a beaucoup de pages sur ma descente aux enfers et si peu sur ma renaissance, ma reconstruction. Je ne sais même pas comment je me suis reconstruite. Ca s’est fait pas à pas. Chaque jour, avancer, prendre confiance. Chaque jour se donner des objectifs. Chaque jour grandir et se battre. Je sais juste dire qu’on s’en sort, plus fort, que la vie gagne au final. Comme toujours.

Le tout était que je comprenne pourquoi, comment. J’ai compris. Que reste t-il après ça?

Aujourd’hui j’ai envie de regarder vers l’avant, riche de mes expériences et de mes choix de vie, riche des bas qui m’ont menée vers le haut, riche des merveilles du jour.

Il reste un ou deux chapitres en suspens. Vais-je les écrire ? Ou bien laisser sagement ce manuscrit de côté, un rappel de tout ce que j’ai dépassé, de toutes mes victoires au creux des heures de chaos féroces, un rappel du chemin parcouru.

Aux victimes de violences psychologiques…

Partir

Partir sans se retourner

Arrêter de trouver des excuses

Arrêter de penser que l’autre va changer

S’extraire de la peur avant qu’elle nous foudroie

Avant que le pire n’arrive et nous noie

Partir

Mais j’oublie

Il faut savoir dire “oui” au vide

Dire “non” à la folie

Nos esprits lobotomisés ne peuvent plus réfléchir

Nos corps ne peuvent plus réagir

Nos cœurs ne peuvent plus nous guider

Loin de la prison dans laquelle nous nous sommes recroquevillés

En attendant que cessent les hostilités

Partir

Le choix le plus délicat

L’acte le plus courageux qui soit

Partir ou fuir

Sans laisser d’adresse

Sans croire aux promesses

Sans se retourner

Quand l’instinct de survie nous murmure

Qu’il faut y aller

S’échapper

Sans douter

Ne minimisez jamais ce qu’endurent les victimes de violence psychologique, au sein de leur foyer, au travail, dans leurs relations amicales. Ne pensez par que partir / mettre un terme à une relation toxique est un acte simple et sans danger. Ne pensez pas qu’un peu de “bonne volonté” peut venir à bout de l’emprise. Ne jugez pas. Écoutez, tendez la main, soyez présents et laissez chacun / chacune se reconstruire à son rythme, en son temps.

Mes lectures d’Avril

Comme chaque mois, avec toujours un peu de retard (on ne se refait pas), je vous présente mes lectures au nombre de 5 – cette année j’ai décidé d’acheter moins de livres, d’abord parce qu’il s’agit bien souvent d’un budget non négligeable et puis parce que mes étagères ne font pas le poids. Comme je finis par donner la plupart des livres lus, je préfère les emprunter à la bibliothèque de mon quartier. En avril, j’ai fais une exception! Le livre en valait la peine. Je vous dis tout ça plus bas.

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J’ai commencé le mois avec le très beau livre HOME de Toni Morrison en VO. Je crois que je ne saurais dire pourquoi j’ai aimé ce livre. Je l’ai aimé voilà tout. L’écriture poétique de Toni Morrison m’a emportée et fait passer d’excellents moments, douloureux parfois. Une réflexion sur la vie, la terre, nos origines et cet endroit si particulier que nous pouvons nommer “HOME”.

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J’ai poursuivi avec TOUS LES MATINS DU MONDE de Pascal Quignard. On reste dans l’univers poétique avec ce court roman chargé d’émotions, rempli d’images et de musique. Monsieur de Sainte Colombe, Maître de musique, spécialiste de viole vit seul, reclus, avec ses deux filles, depuis le décès de sa femme (dont il a du mal à se remettre). L’auteur nous embarque dans cette épopée musicale tantôt austère, tantôt passionnée et nous dévoile le sens profond de l’art: la maîtrise ne fait pas de nous des artistes, c’est la façon dont nous vibrons avec la passion qui nous anime qui fait la différence. A lire.

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Puis j’ai laissé de côté les romans pour me plonger dans le magnifique livre de Anne Laure Buffet LES VIOLENCES PSYCHOLOGIQUES (de la résistante à la reconstruction). Ce livre est un livre qui parle des victimes, de toutes ces personnes, hommes, femmes et enfants aux prises avec une personne toxique qui perdent pied et tentent de refaire surface, dans la douleur, la colère et la peur le plus souvent. Un livre qui parle de cet enfermement progressif, de ces blessures invisibles qui creusent leur lit sous le corps, dans la tête et de la vie qui devient survie. Ce livre m’a bouleversée mais surtout m’a réellement donné l’impression d’être enfin ENTENDUE. On entend souvent parler des bourreaux, rarement des victimes. Anne Laure les comparent à des combattants, des combattantes. Ce livre très bien écrit et rempli d’exemples concrets et justes nous offre les clefs pour comprendre et nous reconstruire – chemin sur lequel j’évolue depuis plus de quatre ans, parsemé d’embûches mais aussi incroyablement lumineux. MERCI

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J’ai enchainé avec UN BRILLANT AVENIR de Catherine Cusset. Un autre beau roman, à croire qu’en avril j’ai fais les bons choix. Ce livre retrace l’histoire d’Elena, jeune roumaine, devenue Hélène quand elle émigre aux Etats-Unis avec son mari et son fils, décidée à laisser son passé derrière elle. L’arrivée d’une jeune française dans la vie de son fils unique va changer la donne. Un destin de femme des années 50 à nos jours, une histoire de famille, de cicatrices, d’identité, de maux qui mettent du temps à guérir, d’espoir. Une narration fluide et détaillée. Un style simple et efficace. Un très bon moment de lecture.

Confidences-a-Allah

Pour terminer, je me suis pris une bonne claque avec CONFIDENCES A ALLAH de Sophia Azzeddine. Ce que je peux vous dire c’est qu’on ne sort pas indemne de ce court roman, véritable coup de poing sur l’oppression des femmes à travers le monde et la cruauté (ou la bêtise) des hommes qui règnent en Maître sur la vie, le corps, l’histoire de chacune d’elles. Jbara, petite bergère, est chassée le jour où sa famille découvre qu’elle est enceinte. De ses chères montagnes à la ville, de la soumission à son père à la prostitution, Jbara connaîtra les pires humiliations. Dans ses moments de joie comme de doutes, de chagrin comme de colère, elle se confie à Allah, son refuge apaisant. Dans ce monologue plein de rage et de sagesse aussi, Jbara nous montre que nous sommes responsables de nos actes et de nos pensées, que les chemins de traverse que nous prenons et les vides dans lesquels nous tombons parfois ne sont pas des malheurs imputables à Allah. Ces erreurs, ces errances nous reviennent. Un magnifique plaidoyer pour l’insoumission. Jbara se crée elle-même son destin, renait, suit sa route avec le soutien de son seul confident et de l’Amour sans borne qu’elle lui voue. A lire de toute urgence (attention aux âmes sensibles, le langage est très cru).

Avez-vous lu certains de ces livres? Qu’en avez-vous pensé? Ou en avez-vous à me conseiller? Je suis toujours preneuse, même si j’ai une PAL impressionnante…

Pourquoi l’as-tu épousé ?

Mon discours n’est pas encore sûr. J’hésite encore parfois quand la fameuse question du « pourquoi l’as-tu épousé ? » arrive dans la conversation. Elle me déroute toujours. Je devrais y être préparée depuis le temps. Mon patron dirait qu’il est essentiel d’anticiper. Il aurait raison pour le coup – pour une fois !

Je bafouille, je sors quelques phrases un peu bancales, sans grande conviction. Je réponds « c’est une histoire compliquée ». Ca ne suffit pas toujours. Il y a ceux qui rétorquent « aucune histoire d’amour n’est facile » et j’aimerais leur dire « nous ce n’était pas une histoire d’amour ». Ou ceux qui renchérissent « dans quel sens ? » et là les seuls synonymes qui me viennent à l’esprit sont chaotique – éreintante – catastrophique – peu épanouissante – une histoire remplie d’états d’âme.

Je suis encore mal à l’aise avec cette idée même si parfois j’aimerais lancée à la cantonade « je l’ai épousé parce que j’ai eu peur, je l’ai quitté parce que j’ai eu peur ». En fait toute notre histoire se résume à ça – la peur. Quand il y a de la peur il n’y a pas d’amour, même si l’autre ne cesse de te dire qu’il t’aime à la folie, qu’il ne te fera jamais de mal, que tout ce qu’il te dit, te demande de faire, c’est pour ton bien. Évidemment.

Et c’est étrange parce que plus j’avance et plus je me remercie d’avoir vécu cette histoire. J’ai l’impression qu’il me fallait tomber pour pouvoir m’élever encore plus haut, qu’il me fallait les vraies ténèbres pour pouvoir réellement voir la lumière, sans être effrayée.

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Un jour, je pourrais le dire, en toute franchise, haut et fort, sans douter, sans me dire que je ne suis pas juste  – dire qu’il n’était qu’un menteur, un tricheur, qu’il a joué avec mes sentiments, qu’il a abusé de mes faiblesses, qu’il m’a réduite à néant, qu’il a toujours refusé d’entendre mes « non », qu’il n’est pas intéressant. J’oserais même dire que la violence des mots laisse des cicatrices invisibles et que le silence tue.

Un jour, à la question « pourquoi l’as-tu épousé ? », je répondrais tout simplement que j’étais perdue, la proie facile, que je suis tombée dans le panneau, que je me suis retrouvée prisonnière d’une relation dont je n’ai pas réussi à sortir sans m’esquinter. Je ne dirais pas que c’est un connard ou un pauvre type. Trop facile. Je dirais juste la vérité. Sans fard. Et tant pis si certains me trouvent impudique ou pensent que j’aurais dû rester – une histoire de morale religieuse. A la vie A la mort. J’ai choisi la VIE.

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