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Un chemin de guérison #2

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La façon dont les mots caracolent sur mon corps laisse imaginer ce qui fut – passé – présent – résilience, mise en marche de l’acte de libération – guérison.

***

J’ai fait l’amour à la nuit
Pour égorger les démons dans leur sommeil
Effacer les traces
La honte collée aux flancs de l’espérance

De mon enveloppe de femme s’envole un cri
Celui de la bête qu’on punit
Le sang versé se répand
Sur l’orgueil du mâle dominant

***

Entendre ta voix
Quelques notes
Timbre apaisant
Qui jamais ne se moque

Ta voix
Comme si tu étais là
Un morceau de toi

Vibrent les cordes
De cette partition
Dans laquelle tu t’investis
Dans laquelle je pensais
Que personne n’oserait

Il est si facile d’aimer
Plus délicat de se laisser aimer
De se laisser approcher
Plus que d’ordinaire

De se voir presque
Comme dans l’eau d’un lac
Vision un peu déformée par les secousses
Et si pure pourtant

N’est-ce pas ton regard
Qui me donne un peu plus d’audace
N’est-ce pas l’étincelle que j’y capte
Qui m’appelle à quitter ma peau élimée

Pour une nouvelle
Celle cachée par des années
A être si mal aimée

Lien vers le chapitre 1

Posted in Emprise et Renaissance, Tout un poème

Un chemin de guérison #1

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Dans ce poème, j’évoquais les fantômes de 2010, ceux-là même qui ont marqué mon chemin de vie. Mais comment parler d’eux sans parler d’aujourd’hui aussi. Tout est imbriqué. Tout est lié. Il n’y a pas de temps à proprement parlé, juste un fil qui se détend à mesure que je pose les mots sur le papier.

La poésie est bien ce qui m’aide à lâcher, pas à pas, à aller en profondeur. On peut soigner vite, avec un peu de baume apaisant, une couche de crème, un peu d’alcool, quelques gouttes d’huiles essentielles. Mais n’est-ce pas juste la surface. Le traumatisme interne reste identique et alors on ne comprend pas pourquoi un mot, un geste, une émotion a le pouvoir de ramener la blessure en pleine lumière.

Je crois qu’il faut aller à son rythme, ne pas avoir peur ni du noir, ni des fantômes, mais se sentir prêt pour le grand plongeon dans les profondeurs de la terre. Pour revenir, plus vivant encore, plus libre.

Je commence donc cette série d’articles, qui pourraient former un livre, c’était l’idée de départ, mais là encore j’ai changé plusieurs fois d’avis! Tous ces poèmes je les écris au fil du temps, au gré des émotions, des instants qui viennent me cueillir et me demandent de m’abandonner au flot des pensées qui me traversent.

Le fil conducteur, c’est l’emprise, le corps, le coeur, la liberté. Ca sonnera peut-être complètement flou, fou pour vous, mais pour moi tous ces mots mis bout à bout ont un sens et surtout, avant tout, m’offrent de cheminer vers la guérison et la paix.

Il y aura beaucoup de noir, parce que fut un temps c’était la couleur de mes jours et de mes nuits, ce brouillard épais dans lequel je ne faisais que m’enfoncer et qui a bien faillit me couter la vie. Mais il y aura aussi beaucoup de vie, d’amour, d’étincelles, parce que c’est ce qui depuis toujours et pour toujours fait de l’existence une aventure éblouissante!

***

Tu es venu, sans cheval blanc
Donner au corps la liberté d’exulter
De ses chaines se libérer
Nœud coulant se détendant au contact de ton corps

Moi, je me suis laissée aller
Laisser faire le temps dit-on
Qu’il est souverain en la matière
Laisser la magie de ta peau irriguer la mienne

Sans ton regard sur mes courbes
Mon corps se cache encore
Son plaisir se dissimule derrière une plainte
Qui de mes hanches part
Pour se perdre dans l’inconfort du passé

Il se loge là le prix de ce que j’ai cédé
Pour une poignée de promesses dérisoires
Le prix du corps qui se consume
Et du désir qui se plante de chemin

Avec toi, je suis femme
Sans toi, je redeviens cet autre
Ce semblant qui se faufile
Pour ne pas attirer les regards
Ce quelque chose qui manque d’audace
Cette plaie que je suis seule à pouvoir nettoyer
Si je mets le doigt dessus elle me faut mal
Elle brûle, elle suinte, elle ne sait plus de quelle vie elle est
Ni à quel espace elle appartient

Je la sais là et je la laisse
Un miracle suffirait à la faire disparaitre
Pour combien de temps ?
Combien de larmes ?
Combien d’émotions serrées là
Entre le cou et le cœur
Entre ce que je tente de dire
Avant de repartir sans m’en être occupée

Ca attendra
Tant d’autres choses attendent
Tant d’autres priorités
Je n’en suis pas une pour moi-même
Je serai même la dernière option

Alors la blessure demeure
Profonde plaie qui s’agace de mon manque
Qui ne sait plus comment se faire entendre
Mais se plie à mes exigences

Son heure viendra
On ne peut pas reculer indéfiniment
Sans commettre de dégâts

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Plein de vide

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Quand je l’ai vu, j’ai compris ce qui m’avait attiré. Comme un aimant.

Quand je suis repartie, j’ai compris ce qui m’avait fait fuir. Instantanément.

Il a endossé à merveille le costume de victime il y a 13 ans. Et m’a donné par là-même l’opportunité inattendue de prouver que j’avais une quelconque valeur. J’ai pris la place du “sauveur”. Tout s’est joué dans ces quelques minutes en suspens.

Ce costume lui allait à merveille, lui, l’homme trahi, abandonné, blessé à cause de la couleur de sa peau, de son accent, de son pays. Lui, l’homme perdu, en quête de refuge et de liberté.

Ma responsabilité – parce que j’ai ma part et c’est de poser un regard vrai, juste dessus qui m’a permis d’avancer, de grandir, de m’en sortir – c’est d’avoir cru que le sauver donnerait de la consistance à mon existence, c’est d’avoir été assez perdue pour donner mon pouvoir personnel à un autre.

Comment ai-je pu oublier que du début à la fin, c’est la peur qui m’a guidée? Non pas la peur, la terreur. Oui, j’étais terrorisée. Les mots doux et le sourire d’ange n’ont été que de courte durée. Les lunes de miel sont venues après, quand le risque de me perdre devenait soudain un peu trop vif. J’ai dit “oui” à tout, prisonnière, étouffée.

Quand je l’ai vu, j’ai presque un instant pensé que…Et puis, j’ai rapidement retrouvé entre les lignes, l’arrogance, le mépris. Heureusement presque! Ce double visage toujours. Non, la confiance est impossible, à tout jamais perdue. La vigilance est de mise, pour moi, pour mon fils.

Je crois en la capacité de l’humain à se réinventer, à se donner les moyens de changer de vie, de changer tout court. Mais je dois admettre que cette croyance a ses limites. Il y a des êtres plein de vide, qui restent là à en vouloir à la terre entière et qui n’ont de cesse que de souffler le chaud, le froid, de jouer avec les sentiments, de monnayer leurs failles, afin de rallier les gens à leur “fausse” triste cause.

Mon fils ne sera pas cette monnaie d’échange entre adultes non-consentants. J’ai eu peur de trop vouloir le protéger, je pense que j’avais toutes les raisons de le faire. Si c’est important qu’il connaisse son père et qu’il le fréquente dans un cadre sécurisé, il est tout aussi important de le préserver des influences d’une personne qui pourrait le manipuler.

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Une autre femme…

Kaboompics

Depuis quelques jours, quelque chose est là. Bien entendu, ça va de soi. Quelque chose comme cette présence qui revient dans notre vie. Tentée une fois de plus de dire “pour mon fils, je vais…”. Non. Je n’aime pas cette idée et je ne l’ai jamais aimée. On ne fait pas pour l’autre, au risque de lui faire porter un poids qui n’est pas le sien. Ni juste, ni productif.

Je me suis interrogée sur ce malaise qui grandissait. Les souvenirs? Les blessures? Non, c’était autre chose. Ce n’était pas comme ces vagues émotionnelles qui parfois me submergent.

Je me suis interrogée sur ce que ça venait toucher en moi. A coup de nuits bancales et de rêves chaotiques. D’un côté, l’opportunité pour mon fils. De l’autre, son père, sa voix, son visage. Un monde.

Mais surtout l’angoisse. Oui c’est ça l’angoisse. La femme que j’ai été. La douleur qu’il a fallut dépasser pour faire face. Le poids des mots/maux. L’emprise. Le femme, fragile, fragilisée, inquiète, inquiétée. La vie menacée, la menace.

C’est ce qui est venu jouer avec moi ces derniers jours. Cette espèce de terreur glaçante. Ce sentiment de devoir surjouer une partition imprévisible.

C’était là. Et puis, poser le regard dessus et réaliser que je n’étais plus cette femme, femme-objet, femme que l’on peut bousculer, chahuter, faire chuter d’un regard froid, d’un sourire mielleux. Je n’étais plus la sauveuse non plus que j’avais cherché à être pour donner un sens à ma vie.

J’ai regardé la jeune femme face à l’horreur, au vide, j’ai vu son regard meurtri, son visage perdu. J’ai entendu les soubresauts de son cœur tiraillé, abîmé. J’ai vu au delà de ce que cette histoire avait voulu faire d’elle. Un pantin, une chose, une possession. J’ai vu ce qu’elle était au delà de tous les masques qu’elle avait porté, qu’elle portait encore parfois. J’ai vu ses yeux briller et son corps se détendre. J’ai accompagné ses larmes. J’ai entendu sa voix, une voix posée, une voix claire. J’ai embrassé l’abîme dans lequel elle était tombée par manque d’air, par trop de violence sourde, celle qui ne se voit pas, celle qui ne marque que l’intérieur.

Je l’ai regardé en face et j’ai su qu’elle avait repris son pouvoir, qu’elle était au-delà du passé, qu’elle était revenue là où elle avait toujours été: libre et en paix.

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On ne va pas en faire tout un plat…

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Justement non.

L’idée première de cet article a cédé sa place. J’ai bien trop écrit sur cette histoire, sur les maux, sur le silence, sur tout ce qui déconstruit et empêche même de respirer, sur la colère, la peur (là on peut vraiment la nommer parce que le danger est bel et bien réel).
Beaucoup écrit sur ce qui n’avait aucun sens.

Comme le dit si justement Sand dans un de ses article: Ne pas oublier qu’il n’est pas ” les autres “.
Ça coule de source. Et pourtant ce n’est pas toujours si évident surtout quand un petit quelque chose vient raviver la flamme des mauvais souvenirs.
Il est naïf de penser que nous pouvons les faire disparaitre. Ils existent. Par contre nous pouvons à chaque instant leur dire “non”. C’est notre seul pouvoir, de les empêcher de venir perturber notre présent. Ces souvenirs n’ont rien de bon à nous apporter.

Il faut bien avouer qu’au départ c’est troublant, quelqu’un qui s’intéresse à vous et qui vous trouve aussi assez intéressant(e) pour avoir envie d’être avec vous. C’est presque incongru. Généralement vous vous touchez cinquante fois dans la journée pour vous assurez que c’est bien vrai, que c’est bien vous et que l’autre existe et qu’il n’a pas du tout l’air de faire ça par dévotion ou avec l’intention de vous “posséder”.
Oui comme on possède une table, un canapé. Un objet du décor quoi!

Il a l’air très bien, même épanoui. Et même vous, vous vous sentez bien. Plus besoin de faire semblant. Vous pouvez vous exprimer sans crainte que cela explose, vous pouvez avoir des envies, dire oui, dire non. Vous vous sentez en phase et vous intégrez que vous avez même le droit de ne pas être d’accord et que cela ne va pas changer la profondeur de vos sentiments. Vous découvrez la vie sans cri, sans silences, sans portes qui claquent, sans cette impression de toujours être à côte de la plaque, sans cette sensation de ne jamais être assez.

Je crois qu’il faut du temps pour se réapproprier son corps, son identité, sa valeur. Et de la volonté pour ne plus laisser le passé l’emporter. Il est, bien heureusement, derrière nous et moins nous nous intéresserons à lui, plus son énergie diminuera. Ce qui implique qu’au préalable nous ayons bien entendu travaillé dessus, que nous l’ayons compris et intégré. Sinon c’est juste reculer pour mieux sauter!

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Confessions d’une ex-dépendante affective

 

Un jour il a fallut se rendre à l’évidence. Ce n’était pas de l’amour. Tout le monde disait que l’amour ça transporte, ça donne des ailes, ça vous pince le cœur tout en vous enveloppant de bonheur. Il y avait un problème, sévère.

Mes relations amoureuses n’ont jamais été ce chemin pavé de fleurs, en plein soleil. Parfois un peu au début quand même. Mais dès les premières heures j’étais déjà quelqu’un d’autre. Mes amours ont toujours été des relations dans lesquelles je me sentais investie d’une mission, sauver l’autre. A plonger. A me perdre

Vivre de l’autre, vivre par l’autre, me nourrir de ce lien, jusqu’à ne plus savoir respirer seule. M’enivrer d’une présence jusqu’à ne plus exister. Attendre une reconnaissance et pleurer en silence. Mes amours furent torturés, quelques hauts et des plongeons dans le vide à couper le souffle, à apprivoiser le cœur complètement vrillé.
Sans l’autre, je n’étais rien. Ce besoin quasi-permanent de sa présence était ma drogue, mon passeport pour un nouveau jour jour. J’avais comme besoin de son accord pour m’autoriser à être. (mal-être!)
Des années à couler pour un regard, un sourire, un “je t’aime”. Une demande vue comme une agression. Des années à me métamorphoser pour devenir quelqu’un d’autre, quelqu’un d’indispensable qui aurait des égards, qu’on estimerait un peu. Un peu plus.

La peur obsessionnelle que l’autre parte, qu’il soit blessé par un mot, un geste et décide de pendre la tangente. La crainte maladive qu’il en choisisse une autre, mieux forcément.

Des années de souffrance à deux, avec cette impression de n’être rien, de ne valoir rien. Dans une définition de soi qui dépendait toujours de ce que l’autre pensait, de comment l’autre voyait les choses.
Des années sans projet, sans envie, si ce n’est que le quotidien prenne quelques couleurs. Quitte à faire encore plus semblant, à dire “oui” en pensant “non”, à ne pas se respecter, quitte à passer sur les manques, les manquements. Quitte à en faire toujours plus, à faire passer le bien être de l’autre avant le sien, quitte à s’aplatir, à s’excuser tout le temps, à faire attention, à ne pas brusquer, à ravaler sa tristesse, sa peine, à sous-évaluer ses besoins.

Dans mes premières relations, les sentiments étaient partagés, mal exprimés mais présents. Dans la dernière, la manipulation et l’emprise ont transformé ma vie en enfer.

Un jour j’ai compris. Et j’ai entrepris un long travail pour m’affranchir de cette addiction nocive, qui me prenait tout, qui me vidait de ma substance, qui m’enfermait vivante dans une relation à l’autre destructrice.
J’ai connu la dépendance en amour. Et en amitié aussi.
J’ai lutté contre mes démons, je me suis fait aider.
J’ai appris à me regarder dans un miroir, loin du regard de l’autre.
J’ai appris que seule, j’avais de la valeur, que l’autre ne me définissait pas, que l’autre n’était pas un indispensable à mon bien-être et mon épanouissement.
J’ai appris à me faire confiance, un peu plus, à m’estimer assez pour savoir dire “non”.
J’ai appris que mes ressentis, mes émotions avaient de l’importance et surtout qu’on ne pouvait sauver personne, qu’une relation qui débute pour cette raison est bien souvent vouée à l’échec.

Le problème, comme avec toute dépendance, ce sont les risques de rechute. Et la peur surtout de retomber dans des travers douloureux. Je crois qu’il faut en avoir conscience? rester à l’écoute de son intuition, de ce qui passe par l’esprit, le corps. Plus on le fait plus on comprend son fonctionnement, sa personnalité et ce qui cause une plus grande vulnérabilité dans telle circonstance, face à tel évènement.

On en guérit, je vous rassure. Et c’est une belle victoire quand vous pouvez enfin être vous-même dans une relation à l’autre, quand l’amour devient enfin cette fantastique expérience à deux, cette aventure qui se construit au jour le jour, dans un face à face sain, quand il n’y a rien à prouver et qu’un regard loin de vous torturer vous rend tout simplement heureux, de faire ce chemin main dans la main.

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La phrase qui m’a sauvée la vie

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Pour comprendre, il faut revenir en 2012, le 24 octobre 2012 pour être plus précis. A l’époque je suis dans une relation idyllique avec un homme adorable – ça c’est pour vous donner envie de lire l’article – en fait je suis dans une relation merdique avec un type qui dès que je m’assois cinq minutes dans un canapé me traite de feignasse et passe le doigt sur tous les meubles à sa portée pour évaluer ma maitrise des outils ménagers – mention passable.

Moi, j’ai fait les choses en grand, je me suis mariée avec ce type. Si tu as lu mon article d’hier sur mon héritage familial, tu comprendras presque facilement pourquoi cette situation et pourquoi j’en suis presque fière. Et oui, je souffre. Pas un peu. Je ne souffre pas encore à la hauteur de ma mère ou de ma grand-mère mais quand même. Je ne suis plus seulement une postulante au podium de tête, j’en grimpe désormais les marches. Je suis la digne héritière de cette lignée de femmes nées pour souffrir. Ok, je n’ai pas les coups mais j’ai les portes qui claquent, la trouille au ventre, le repas balancé dans l’évier parce qu’il n’est pas assez salé, la gueule parce que je suis sortie sans dire où j’allais. Et puis le silence. Chez nous on ne crie pas, on s’ignore. On passe sans se regarder. On est plus poli avec le clochard saoul du coin qui vient pisser dans la cage d’escalier. C’est pour dire à quel point on se méprise. On baise dans le noir et ensuite on se sépare, chacun son côté du lit, le plus loin possible l’un de l’autre.
Un bonheur que tout le monde nous envie. Je n’ai jamais autant entendu “qu’est-ce que vous êtes beaux!” En plus d’exceller dans l’art de marcher sur des œufs, je sais aussi très bien faire semblant. La preuve, tout le monde est tombé dans le panneau.

Revenons en au 24 octobre 2012, sinon on en est encore là demain! Ce jour là, c’est le jour du grand retour. Après un petit séjour de deux mois sur la terre mère, histoire de se refaire une santé (à coups de fiestas, de copains et de shit), Monsieur daigne rentré chez lui, où sa femme enceinte de cinq mois l’attend avec le sourire.
Ce jour là, les retrouvailles, tout le tralala, tu t’attends à quelque chose d’un peu magique quand même. Tu es épuisée, tu pleurs un jour sur deux, la faute aux hormones, tu te poses plein de questions sur votre avenir commun, avenir tout court. Tu tentes coute que coute de garder le moral et tu te dis qu’après cette parenthèse, le bonheur, tant de fois promis (juré), va enfin se manifester.
Sauf que ça commence mal. Le type qui a trois heures pour faire son transfert à Paris CDG trouve le moyen de rater son avion. On est en droit de se poser des questions. On évite de s’en poser. Ce sont les retrouvailles après tout. On attend encore sept heures. Et enfin il est là. Et il a l’air heureux en plus. Il faut dire que la maison est nickel et qu’on a le sourire de circonstance malgré l’envie de foncer se coucher. Tout se passe bien jusqu’au moment d’aller au lit. Là, dans la fraicheur – très fraiche, un brin humide – des draps, il sort LA phrase qui va changer votre vie.
Vous ne le savez pas encore. Mais là, à cet instant précis, il vous offre une chance. Insaisissable sur le moment.

Et le phrase dit: “on va bientôt rentrer”.
Mais rentrer où?
C’est pas très clair – hors contexte – dans le contexte pas trop non plus, même si on a notre petite idée sur ce fameux où…
Alors il ajoute “au pays”.

Gloups!
Rien de tel pour plomber l’ambiance.
La magie s’est évanouit comme neige au soleil. Il aurait fallu de la poudre de perlimpinpin pour sauver cette soirée.

Ce n’est pas une question. C’est une décision unilatérale.
On n’en avait un peu parlé. Comme ça, en passant, histoire de. De prendre la température, de ne pas faire de mal, histoire de dire les choses sans vraiment les dire.
J’avais sûrement émis, fut un temps, l’idée de pourquoi pas. Avant de connaitre. Et puis aussi parce que le pays c’était une vie de sacrifices qui pour le coup m’aurait offert la première place du grand podium. J’aurais surpassé tout le monde en me planquant derrière un voile et en m’interdisant le droit d’exister. La grande classe!

Sauf que depuis cinq mois je n’étais plus seule. Et pour cette vie qui grandissait dans mon ventre, je voulais le meilleur. Comme tout parent censé!
Je savais ce que ça voulait dire “le pays”, ça voulait dire s’enterrer vivante – devoir demander la permission pour sortir ne serait-ce qu’acheter du pain – vivre avec ma belle famille 365 jours (et nuits) par an – voir mon enfant élevé par d’autres – me convertir sûrement à terme…
J’ai dit “non”. Enfin j’ai dit “non” et j’ai essayé d’étayer mes propos (thèse, antithèse, synthèse). Peine perdue. Il s’est refermé de suite – un bloc de béton armé – me traitant de menteuse, me menaçant de me quitter (la belle affaire!), me promettant presque de me pourrir la vie jusqu’à ce que je dise “oui”.

Je vous passe le chaos des semaines suivantes. Je vous passe le chaos des mois suivants, des années. Je vous passe les détails sordides du départ, du divorce.

Sept après – il m’aura fallut 7 ans quand même! – mais toujours dans cette ambiance “à qui revient la médaille d’or de la vie la plus ratée, de la douleur la plus profonde, de la cicatrice la plus incrustée, la blessure la plus sale?” – pour réaliser que cette phrase avait été le déclencheur d’une prise de conscience sans précédent. C’est cette épée de Damoclès au dessus de la tête qui m’a fait réagir. Sans le savoir, ce jour là, ses mots m’ont sauvée la vie.
Je peux même lui dire merci!

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Cet impact (de la violence) que j’ai sous-estimé

Source La vie (La puissance de l’emprise psychologique)

Je n’ai jamais vraiment “nommé” ce que j’ai vécu pendant 7 ans. Le mot “violence” est venu tardivement. Et même, j’ai toujours eu du mal avec lui. J’ai toujours minimisé les impacts de ce que j’avais vécu. Comme si, seule la violence physique était recevable, seules les victimes de coups étaient légitimes dans leur combat pour renaître.

A la réponse “pourquoi es-tu partie?”, j’ai souvent répondu un truc un peu alambiqué. Comme si avouer la violence psychologique c’était courir le risque de paraitre ridicule. Du coup, peu ont réellement saisi de quoi il s’agissait. Je me suis souvent retrouvée seule face à moi-même, avec beaucoup de doutes et de culpabilité.

La violence a continué après mon départ et il m’a fallut un temps certain pour me soustraire à l’emprise – de celui que je voyais comme mon unique salut. C’est très paradoxal comme expérience. On fuit et en même temps on recherche comme une absolution. On se demande si vraiment ça a existé, si ce n’est pas nous qui avons tout inventé. On évolue dans un espace sans filet de sécurité.

Il m’a fallut une énergie incroyable pour nous protéger, me libérer de ce chaos nauséabond, cette main mise infernale sur ma vie, mes choix. Et après ce grand bond en avant , j’ai cru que ça allait rouler. Que ce n’était qu’une question de volonté. Qu’après la peur, j’allais enfin m’en affranchir une fois pour toutes.

J’ai sous-estimé la puissance de cette violence. Qui m’a fait perdre tous mes repères. Et le peu de confiance que j’avais. Qui a brisé mes fondations. J’ai sous-estimé son impact.

Avec le recul, je prends conscience qu’il reste encore des murs à abattre, des schémas à déconstruire, une confiance, elle, à reconstruire. Il reste des évidences à intégrer, cette idée de “ne pas être assez” à lâcher. Pour embrasser le présent avec plus de sérénité.

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Ce souvenirs heureux qui n’existent pas

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J’ai pesé le pour, le contre, le tout de cet article. Je l’ai construit mentalement puis déconstruit. Je l’ai rayé. Et puis une nouvelle lumière. Allez, s’il faut poser les mots…

On a coutume de dire qu’il faut se souvenir des belles choses. La fin d’une relation annonce une nouvelle page à écrire. Certes au départ, on ne saisit que ce qui a cloché, ça aide peut-être à guérir. Et puis avec le temps, on oublie ce qui n’a pas fonctionné, on se concentre sur l’agréable, ce qui résonne positivement en nous. Chaque histoire est porteuse de beau.

Je dois l’avouer, j’ai essayé. De toutes mes forces. Faire ressortir les meilleurs moments de ces quatre années. J’ai puisé dans mes réserves. Mais il ne reste que peu de choses. A peine de quoi couvrir une main.

Il ne faudrait pas comparer hier et aujourd’hui. Mais si je me prête au jeu, tu m’excuseras la banalité, c’est le jour et la nuit.

Entre nous, tout a été vite moche. Le beau est passé telle une fusée mise sur orbite. Elle a atteint l’espace avant même que nous ayons pu dire si « oui » ou « non » nous voulions continuer. Flirter, cela m’allait bien. Toi, tu voulais plus. Le sexe, la cohabitation, le mariage. Un package. En mars, une idée. En mai, une obsession. Deux mois tout juste pour que tout devienne une question de survie. Deux mois pour que mon armure se fendille. Juste parce que tu avais l’air perdu, blessé et que je pensais encore que ma vie ne valait rien. Si je sauvais la tienne, j’avais peut-être une chance…

Peut-être qu’il y aurait eu des souvenirs heureux si je n’avais rien dit, si je t’avais gardé un peu pour moi. Peut-être que ces deux mois au moins auraient été réussis. Non, il y avait déjà eu un dérapage, le premier. La première nuit et les draps brûlants d’humidité. C’était glauque.

Le mariage. Dix-huit mois de harcèlement. Rien que ça. Les jours heureux furent ceux où tu n’étais pas là. Où on se parlait au téléphone une fois par semaine. Le temps de ne surtout pas aborder le sujet. Le temps de se dire qu’on se manquait. Rien de plus.

Pour pouvoir lui raconter notre histoire, il faut y voir clair. J’ai cru qu’aimer et souffrir avaient les mêmes racines. Alors je me suis lancée dans cette aventure avec fougue.  J’ai imaginé mon bonheur. J’en ai pris plein la gueule. Presque satisfaite. Je me suis esquinté le corps et le cœur. J’ai voulu tomber, littéralement. J’ai espéré que si je tombais tu me rattraperais. Mais tu n’as rien fait. Tu m’as regardé disparaitre, m’écrouler. Tu as été le spectateur privilégié de ma déchéance. Tu as eu les honneurs de ma souffrance.

Je suis restée parce tu trouvais toujours les arguments pour me faire plier. Quelques promesses d’un ciel bleu sans nuage et je remontais en selle. Peut-être qu’ils se logent là les souvenirs heureux. Dans du vent. Tes arguments n’avaient pas plus de poids. Ils titillaient juste mon besoin d’exister.

Je n’ai presque rien perdu en choisissant de mettre un terme à cette mascarade. Que du matériel. J’ai beaucoup appris de cette histoire, de moi. J’ai grandis, en m’abîmant pas mal au passage. Il me fallait sûrement ça pour comprendre la valeur de ma vie, ma valeur à moi. Sans le savoir, tu as été le déclencheur d’une prise de conscience sans précédent.

Pour ce qui est de garder des sentiments, là on frise la sainteté. Je n’ai pas cette prétention. Tu pourrai déserter la surface de la terre que ça ne me ferait rien. Je t’ai aimé sans savoir que ce n’était pas vraiment de l’amour. Il y a un début, une espérance. Il y a une histoire.

Pour lui, elle existe. Et c’est déjà pas si mal.

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Le pari de la vie

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On m’a souvent demandé, et on me demande encore, comment j’ai refait surface, comment / quand j’ai réussi à faire à nouveau confiance, en l’autre, en la vie.

Je ne sais pas. Ça s’est fait.

Je partais de loin. Puisque je ne voulais plus vivre et que rien ne me retenait si ce n’est la vie qui grandissait dans mon ventre. Mais même elle, j’étais prête à la donner.

Quand tout s’est écroulé, j’aurai préféré la mort. Qu’est-ce que je pleurais? La fin d’un amour? Non. La séparation? Non. J’en étais à l’origine. Quoi alors? Je crois que je pleurais l’horreur, les menaces, les années de supplice, la peur. Je pleurais le vide, les images sordides, le froid, les mots.

Je ne savais plus où j’en étais. Alors j’ai choisi de m’écrouler. Je n’avais plus que des briques à mes pieds et plus d’envie. A côté, tous les  maux passés de mon existence me paraissaient vains. Mes mauvaises notes, mes échecs sentimentaux, la mort, mes rêves envolés, la maladie, la dépression…

Un jour, je n’étais plus que l’ombre de moi-même et mon regard dans le miroir me glaçait le sang. J’étais devenue une fille que je ne reconnaissais pas. Personne ne m’a laissé partir alors j’ai choisi de continuer à vivre. Difficilement. Mais vivre quand même. Et j’ai rebâti jour après jour, en triant ce que je voulais garder, ce qu’il devenait nécessaire de laisser partir. J’ai eu souvent l’impression de faire deux pas en avant et trois en arrière. J’ai dû faire face un nombre incalculable de fois à la personne qui me terrorisait le plus dans cette sombre histoire. L’emprise ne s’est pas arrêtée le jour où je suis partie. Elle a redoublé après mon départ et il a fallut s’en extirper.

Peut-être que j’ai repris goût à la vie parce que j’ai choisi un matin d’y croire à nouveau, tout simplement. J’ai fait un énorme travail sur moi pour m’accepter telle que je suis, pour m’estimer davantage, me respecter enfin. J’ai crié, pleuré, détesté la terre entière. J’ai craché ma colère, mon dégoût, ma peur. J’ai envoyé chier tous les principes des autres pour trouver mes essentiels. J’ai racheté ma liberté. J’ai gagné ma paix au prix d’un combat acharné contre moi-même.

Je pense aussi qu’au fond de moi j’ai cette soif de vivre, plus forte que tout, qui me porte. J’ai foi en la vie. Et si j’ai été déçue, maltraitée, j’ai toujours gardé la certitude qu’il y avait aussi de belles choses à vivre, de belles personnes à rencontrer. J’ai fais ce pari. Celui de quelque chose de plus grand, de plus vrai, de plus proche de mes convictions.

Je n’ai pas de formule magique à confier, si ce n’est peut-être identifier ses blessures, travailler dessus, les guérir et aller de l’avant. La confiance est un choix. Le bonheur aussi.

Et vous, qu’est-ce qui vous motive? Quelle force vous permet de vous relever? Quels maux avez-vous dépassés? Comment?

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La dernière ombre au tableau

Crédit Pixabay

J’ai souvent parlé – beaucoup moins en ce moment c’est vrai parce que j’en ai assez parlé et que je ne ressens ni l’envie, ni le besoin de le faire davantage – de l’emprise, de ses effets et des cicatrices qu’elle laisse.

On me demande souvent si je changerai quoi que ce soit à ce que j’ai vécu. Clairement, non. J’ai la certitude qu’il me fallait passer par ça pour me trouver. J’ai appris énormément de choses sur moi, sur mes relations aux autres, sur la peur, sur ma capacité de résilience, sur l’importance de me prendre en compte dans mes décisions. Cela a changé mon regard sur la vie aussi.

Bien sûr cela a pris du temps pour que je me reconnecte à mes émotions, sensations, à mon corps. Pour que j’apprenne à m’aimer, à me regarder avec bienveillance, me respecter. Bien sûr ce chemin je ne l’ai pas fait seule de A à Z, j’ai été accueillie, épaulée, écoutée, conseillée, aimée. Et je le suis encore. Toutefois cette victoire reste la mienne!

Enfin, je me s’en suis sortie.  Alors cette ombre au tableau, c’est quoi?

Il faut savoir que quand tu es dans une relation toxique, tout ce que tu dis ou fais est passé au crible de l’appréciation de l’autre. La météo peut changer du tout au tout en un quart de seconde. Te laissant complètement désorienté. Marcher sur des œufs devient ton mode de fonctionnement. Tout ou presque a le pouvoir de te valoir une “punition”. Au quotidien, tu finis par craindre toute interaction, tout changement de programme ou d’humeur. Tu ne vis plus en quelque sorte, tu survis et quand ça craque, tu mendies un pardon, en prenant toute la faute sur tes épaules. Pour avoir la paix, tu es prêt à tout!

Je vous rassure aujourd’hui tout va bien. Je suis pleinement heureuse dans ma vie sentimentale. Le seul “mais” vient de moi et de ma façon d’appréhender les choses. Je crains toujours qu’un mot, une phrase, un acte ne viennent remettre en question les sentiments de l’autre. J’ai moi même conscience que c’est complètement insensé (comme beaucoup de peurs le sont). Je me raisonne mais ce sentiment revient de temps à autre. Je ne lutte pas contre, j’essaie de comprendre pourquoi je n’arrive pas à m’en détacher. Il y a une explication quelque part, je trouverais la clé, elle m’ouvrira les portes de lendemains où il ne restera que le meilleur à vivre…

Ça vous parle? Vivez-vous encore avec des cicatrices qui se rappellent à vous de temps en temps? Comment avez-vous guéri de vos heures noires?

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Enfer nocturne

Le même cauchemar.

Deux fois la même semaine.

Un réveil en sursaut devant l’horreur de la situation.

La première fois il était là, il était flou. Je me demandais comment j’allais partir, il fallait partir, comment j’allais pouvoir le quitter tout en sauvant ma peau. Qu’il ne me retrouve pas, surtout qu’il ne me retrouve pas. On s’était remis ensemble (cela n’arrivera JAMAIS) et personne ne le savais. Alors personne ne pouvait me venir en aide.

Cette nuit, c’est pire. J’entends sa voix. Cette voix atroce qui me file des frissons. Il est en mer mais il va rentrer. Je suis revenue pour une deuxième chance. Il a les clés de la maison. Il faut que je parte, pour aller où. Il va tout casser. Il a déjà tout organisé. Et je marche sur des oeufs pour ne pas le brusquer. Il faut changer la serrure. Il faut que je trouve quelqu’un pour faire ce travail en urgence. Demain il sera trop tard. Si je ne pars pas maintenant, il sera trop tard.

L’angoisse resserre son étreinte autour de moi. La mort rode. Au secours! Mais qui entendra puisque personne ne sait…

Hors de question de me rendormir après ça. Il me faut un temps pour récupérer, pour intégrer que tout va bien. Je fuis la nuit et sa folie. Je reprends mon souffle. Le silence m’apaise. J’en ai besoin comme de me sentir aimée et en sécurité.

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Si vous doutez…

Crédit Pixabay

Elle est là. La voiture se gare, la peur se dissipe petit à petit. Elle est là. Avec son sourire. Elle rend ces heures moins douloureuses. Celles de ce départ improvisé, précipité. On parle de tout, en essayant de ne pas parler de ça. Mais on n’y arrive pas. C’est là, c’est le présent. C’est mon ventre rond et les mots qui cognent contre mes tempes. Ce sont ses larmes, puis les miennes. Et les hauts-parleurs qui annoncent le vol. Je la regarde alors que je m’éloigne, que je m’enfuis. Je ne voudrais jamais lâcher sa main. Je ne veux pas qu’elle s’efface parce qu’entre ici et la-bas, c’est le vide. Cet aéroport visité maintes fois est un territoire hostile. Une force me porte mais laquelle. Je ne sais plus. J’avance.

L’avion. Les sourires. Et les larmes qui inondent tout. Tout est néant. Le monde tourne quand le mien n’est qu’une plaie béante. Personne ne sait, pourtant mon chagrin brûle tout. C’est plus que du chagrin. C’est la douleur, la terreur, et ces mots, ces cris.

Sur la dernière ligne droite je sens le sol se dérober sous mes pieds. Si seulement le sol pouvait m’engloutir, m’aspirer tout entière. Si seulement je pouvais disparaître de la surface de la terre. Juste comme ça. Ne plus exister. Me sauver de ceux qui attendent derrière la porte en verre, ceux qui ne comprendront pas, ceux qui m’aiment, souffrent, ceux à qui il faudra raconter l’histoire de A à Z, ceux qui croiseront mon regard et ne sauront pas ce qui se cache derrière. Et qu’il faudra vivre avec ça. Les souvenirs. Ces souvenirs…

C’était il y a six ans. Déjà! Je souris à l’évocation de ces lignes, avec l’impression d’être revenue de si loin. Je me sens si riche aujourd’hui, qu’il fallait bien ça, ce choc brutal pour me faire réagir.

Je suis tombée bien des fois depuis ce jour là. Je suis remontée à la surface, brasse après brasse. En gardant au fond de moi, bien ancrée, la certitude que le bonheur n’était pas que pour les autres, qu’il reviendrait comme le soleil après la pluie. Il suffisait de regarder le monde, de glaner ici et là quelques impacts de beauté. Ils furent nombreux certains jours, imperceptibles parfois. Reconstruire. Pas à pas. Ne plus céder au désespoir. Ne plus céder non plus. Et sourire aussi. Envers et contre tout. Retrouver mes yeux pétillants de vie, ne plus voir les larmes inonder les jours, ne plus espérer que la nuit.

Parfois on me demande comment on en revient. Je ne sais pas. On en revient, ça je le sais. Plus fort, c’est certain. Plus proche, de nos émotions qui s’expriment plus facilement. Plus à l’écoute. Plus proche, des autres. Vulnérables et fiers de l’être. Humains un peu plus aussi. On pose les briques les unes après les autres, chaque chose en son temps.

Je n’ai pas les clés de cette renaissance. Ni de baguette magique pour que tout se passe bien. C’est un processus, comme le deuil, le pardon. Chacun va à son rythme. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière d’agir. Chacun son chemin.

Alors si vous doutez, sachez juste que plus vous avancez, plus la lumière dissipe les ténèbres, plus vous apprenez à vous connaître, à vous aimez, plus vous marchez vers la vie!

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Violence – Emprise: 6 ans après…

J’ai volontairement choisi de ne pas répondre aux commentaires sous l’article d’hier, étant donné que ces mots appartiennent à une autre personne. Je vous remercie toutefois pour votre bienveillance à son égard.

Certains ont particulièrement retenu mon attention et comme l’idée d’un article se profilait à l’horizon sur le même thème, je me suis dit que j’allais en profiter pour rebondir dessus.

Tout d’abord, comme le souligne très justement Sweet-Things, les victimes de viol, de violence conjugale ne sont pas uniquement des femmes et les bourreaux pas essentiellement des hommes. Les couples hétérosexuels comme homosexuels sont concernés également. Les femmes victimes parlent peu, les hommes victimes ne parlent pas, au nom de ce diktat qui veut qu’un homme soit « fort ». Tous les hommes ne sont pas des brutes épaisses non plus et les femmes des oies blanches. Pour connaître autour de moi des hommes victimes, je peux vous dire que les femmes peuvent parfois être bien pires.

L’anonymat n’est certes pas une solution, toutefois elle permet de se protéger et une personne victime de viol / violence DOIT se protéger.

Pourquoi se forcer ? Souvent parce que le dialogue n’est plus possible ou peut-être ne l’a jamais été. Parce qu’on ne parle pas de ces choses-là. Parce que le fossé entre les deux personnes s’est tant élargi que la communication est brisée. Parce que dire « non » comporte un risque. Parce que dire « oui » nous assure une paix relative. Et que cette paix c’est tout ce qui nous reste. Parce qu’il y a les enfants, la famille, le regard des autres, les convenances, nos valeurs dans la balance aussi.

J’ai déjà écrit des articles sur pourquoi on reste avec une personne toxique. Vous les trouverez en furetant dans la catégorie « emprise et renaissance » si le cœur vous en dit. C’est toujours facile et je l’ai dit plus d’une fois à des amies de partir, fuir. Toutefois quand on est dans la relation, l’emprise est telle que partir est difficile, sans dire dangereux. Ne croyez pas que les victimes restent par plaisir. Elles n’ont souvent pas le choix. Et quand elles font celui de partir, c’est souvent à un prix que nul ne peut imaginer.

Hier, nous regardions l’album des 1 an de Loulou. Au départ j’avais mis quelques photos de moi enceinte, j’en ai très peu. Les premiers mots qu’il a prononcé ont été « ce n’est pas toi ». Et pourtant il a vu des tonnes d’autres photos de moi, à des âges différents et avec des coupes de cheveux différentes et il m’a toujours reconnue. Alors ça a fait tilt. Non ce n’est pas moi. C’est ce que j’ai été pendant 4 ans, une personne étrangère. C’est la peur qui m’a guidée à chaque instant de cette relation. C’est la peur qui m’a fait dire « oui » des centaines de fois. C’est la peur qui m’a maintenue prisonnière. Au début j’ai dit « non ». Puis j’ai dit « non » en me sentant coupable parce qu’ on me faisait comprendre que ce “non” on ne voulait pas l’entendre. Puis les représailles sont arrivées. Et j’ai dit « oui ». Parce qu’en continuant à dire « non » je m’exposais à la violence, au harcèlement, à la manipulation.

Le 16 novembre 2012, ma descente aux enfers allait connaitre son heure de gloire! Là ce n’est plus de la peur, c’est la terreur, les larmes qui coulent, les nuits qui semblent interminables, les tripes en vrac. 11 jours après je prenais un aller-simple pour la France, laissant tout derrière moi, enceinte de six mois. Quand j’y pense j’ai presque du mal à me revoir, du mal à réaliser que j’ai été là, que j’ai vécu ça, que j’ai encaissé tout ce mépris. La jeune femme sur la photo est si éloignée de qui je suis aujourd’hui. C’est très étrange. Je suis désormais dans les faits, moins dans les émotions. Je peux parler de ces derniers jours, sans avoir le cœur prit de frissons, sans ressentir dans mon corps toutes ces sensations désagréables. Le traumatisme s’est estompé. Il revient parfois. Je ne peux plus voir la violence en peinture. Je ne peux plus entendre de cris sans me retourner dans la rue. Je ne peux plus voir de couples s’invectiver devant moi. Je ne peux plus visionner un film sur le sujet.

La prise de conscience de ma part de responsabilité dans ce naufrage m’a permis de faire mon deuil, de pardonner, d’accepter, de dépasser mes maux, de me reconstruire. Ce processus est propre à chacun.

Vous ne pourrez pas, nous ne pourrons pas tout comprendre. C’est impossible. Si un jour vous êtes en face d’une victime de viol, de violence, ne lui dites pas ce que vous feriez à sa place, vous n’y êtes pas. Écoutez-la et soyez présent. Mettez de côté vos idées toutes faites et écoutez-la VRAIMENT.

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Il faut parfois se perdre…

Copyright Marie Kléber

Je pensais que je n’aurai jamais épuisé le sujet.

J’ai écris des dizaines et des dizaines d’articles. J’ai noirci des centaines de pages. J’ai partagé mes doutes, ma colère, mon chagrin, mes peurs, cette envie quasi-obsessionnelle que quelque chose me délivre de cette terrible et lente agonie. J’ai écris le pire sous toutes les coutures, dans les deux langues que je maîtrise.

J’ai parlé, beaucoup parlé. Je me suis livrée, j’ai partagé le plus intime, le plus noir, le plus suffocant. J’ai lâché la pudeur au profit de la vérité.

J’avais besoin qu’on m’écoute, qu’on me comprenne, que l’enfer connu soit reconnu. J’ai sorti mes tripes sur le cahier, sur l’écran, inondant de ma douleur les pages qui défilaient, insensibles à tout ce que je tentais de dépasser – en vain.

Les années sont passées et il y avait toujours quelque chose, quelque part qui faisait ressortir l’horreur, la peur, la panique face à une menace que je ne pouvais pas gérer.

Les articles se sont espacés, mes carnets d’aujourd’hui sont vides de cette errance. Je ne ressens plus le besoin d’en parler, ni de justifier mes choix, ni de dire le pire, l’angoisse, la terreur. Ni de parler de lui. Tout est gravé en moi. Le passé  a laissé des cicatrices comme un rappel de ce à quoi mon corps et mon esprit ont su dire “non” à un moment donné.

Je pensais que je n’aurai jamais épuisé le sujet.

Et puis si, à force d’écrire, j’ai tout sorti. Je me suis libérée. Et sans le savoir, le sujet est devenu  une tranche de vie comme une autre.

Il faut parfois se perdre…