Un peu de silence…

Projet 366 jours

Je ne pourrais dire pourquoi j’ai soudain besoin de ce vide, de cet espace pour respirer loin de ces mots qui chahutent et font plus de bruit que les voix autour de moi.

Je ne pourrais dire ce qui se passe dans mon corps, lourd, fatigué, qui réclame une pause, un peu plus que quelques heures de sommeil perturbées par des rêves déstabilisants.

Je ne pourrais dire mais je note tout ce qui passe en moi, ressentis, envies, désirs, histoire d’y voir clair.

Je me laisse le temps de revenir à mon équilibre, de retrouver mes marques. J’oublie souvent, prise dans le tumulte du quotidien, que j’ai besoin de silence, de calme, de paix, de temps pour me ressourcer, loin du Monde. Ma façon d’être et d’exister. Mon identité.

 

Moment de solitude

Projet 366 jours

La foule. Un regard circulaire. Posé. Tenter de repérer une couleur, un sourire, une coupe de cheveux. Rien. Refaire le chemin en arrière. Toujours de loin. Doucement la panique s’installe. Les secondes prennent des allures d’éternité. Une douleur sourde monte, grignote doucement l’intérieur de nos entrailles. Les pulsations de notre cœur s’accélèrent. La peur gagne chaque parcelle de notre être. Rester calme, maître de soi quand tout tourne autour comme un manège sans frein. Nos yeux ne voient plus. Ou réalisent. L’enfant n’est pas là. Pas dans la foule compacte. Il n’est plus là. Le pire se bouscule à la porte de nos émotions. Tenter de maintenir le cap, de ne pas faillir. Puis au milieu de la foule, comme une lumière jaillie de nulle part, l’enfant tenu par d’autres mains se fraye un chemin. On s’entend bafouiller un « merci » qui dit pourtant toute la reconnaissance qu’on ressent face à la personne qui nous tend le fruit de nos entrailles, le visage baigné de larmes. On se serre fort. On ne dit rien. On remercie le ciel pour ce dénouement heureux, ces minutes suspendues face à un drame impensable. Et puis on prend sur soi. Ne pas laisser l’enfant prisonnier de nos craintes. Le rendre à la foule qui l’attire, à l’enfance insouciante.

Surprise!

Projet 366 jours

Silence dans la maison. Assez étrange pour me faire douter.

Es-tu en train de préparer une bêtise de ton côté?

J’appelle. Tu ne réponds pas. Je n’aime pas ça.

Ai-je laissé la porte-fenêtre ouverte par inadvertance?

Je ne me laisse pas le temps de réfléchir. Je fonce dans le salon.

Et te découvre assis, avec un manuscrit entre les doigts.

Tes silences sont surprenants parfois…

Au coeur des femmes du Monde #5

Projet 366 jours

Geste machinal. Elle ne vomit plus comme avant. Elle est habituée. Combien de vies a-t-elle arrachées aux corps trop jeunes d’adolescentes pétrifiées ? Elle leur parle, essaye d’apaiser leur chagrin, de leur dire qu’un jour elles pourront à nouveau donner la vie. Quelques fois elle ne comprend pas pourquoi – A leur âge, elle jouait encore à la poupée!

Hier, demain et aujourd’hui

Projet 366 jours

Aujourd’hui, il regarde l’étendue devant lui, l’eau calme caresser la plage et les rochers, sans un bruit, puis se retirer délicatement avant de disparaître au loin. La marée. Une histoire de va et vient, de donné et de pris. Une histoire de lâcher prise. Qui d’autre pouvait savoir ou comprendre ce besoin qu’il avait de se retrouver là, dans cet endroit et de contempler la mer, solitaire. Elle semblait être la seule à pouvoir garder ses secrets, à lui offrir sagesse et guérison, la seule à connaître les soubresauts de son cœur et tous les non-dits qu’il gardait accroché à chaque centimètre de lui.

Hier, la vie avait perdu sa saveur. Touché en plein cœur, le cœur d’Elsa avait lâché. Sans préavis, sans avertissement. Son corps froid s’était fondu dans l’abîme de l’éternité. Plus un son, plus un rire. Immobile, Elsa gagnait lentement les portes du Paradis. Et lui ? Il regardait l’étendue de son chagrin, n’arrivant pas à cacher ses larmes, les yeux accrochés à la peau blanche de celle qui, quelques jours auparavant, mangeait avec lui la première glace à la fraise de l’été en la lui faisant gouter du bout des doigts. Comment pouvait-on passer du rire aux larmes en si peu de temps ? Comment tout pouvait mourir si vite ?

Avant-hier, Elsa dansait nue dans le salon. Son corps entier épousait la musique et les notes accrochées aux accords de guitare. Il regardait au loin le jour se coucher, appréciait son bonheur, incertain de l’avenir, la confiance en bandoulière – Elsa et lui, à la vie !

Demain, il ouvrira les yeux sur un nouveau matin. Son corps tremblera. La lumière du jour ne le réchauffera pas comme elle le faisait avant. Tout partira de cette heure où le cœur d’Elsa a cessé de battre, où le sien a commencé à trembler. La mer sera toujours là. Le vide aussi.

Si tout a un sens comme on le dit, il ne sait lequel à cet instant précis.

Porte ouverte

Projet 366 jours

La porte s’ouvre sur un visage. Angèle reste bouche bée. Elle n’a pas changé. Si, ses traits sont plus marqués peut-être. Son visage porte les stigmates de la vie, heures sombres, matins douloureux, nuits agitées. Angèle la regarde, ne pense pas à l’inviter à entrer. Elle reste là, immobile, dans l’entrebâillement de la porte. Vingt ans les séparent quand elles sont à quelques centimètres à peine l’une de l’autre. Elles s’étudient du bout des cils. Angèle voudrait pouvoir dire quelque chose, oser un pas. Elle n’y arrive pas. Ni à fermer la porte d’ailleurs. Elle reste là les bras ballants à se demander pourquoi elle l’a invitée, comment procéder maintenant. Pas besoin de présentations. Elles se connaissent, portent le même nom. Mais restent incapable de faire un geste pour combler le vide de vingt ans de silence.

Marre de toi

Projet 366 jours

Tu brilles par ton absence.

Puis par ta présence. Insistante. Tu veux reprendre le contrôle de la situation.

Tu as soudain des besoins, des envies. Toujours quand moi je n’ai plus envie justement. Plus envie de faire d’efforts, plus envie de t’offrir une autre chance – une énième chance. Plus envie d’entendre le son de ta voix. Plus envie de toi dans nos vies.

Tu repartiras quand je t’aurais raccroché au nez pour la dixième fois. Quand nous ne serons pas d’accord – nous ne le sommes jamais longtemps. Quand tu en auras décidé, sans prévenir.

Puis tu réapparaitras comme par magie en insistant sur tes droits de père, sur mes manquements de mère.

Tu feras écrire à un autre un message que tu ne peux pas faire, un autre qui ne sait rien de nous ni de tout ça. Un autre mis dans la confidence, pour l’occasion.

Tu me diras qu’il faut faire un effort pour notre enfant. Tu me diras que je te punis pour ci ou ça, quand c’est encore moi la folle de l’histoire.

Rien que ça, j’en ai marre…

A sa façon

Carnets de route

Avec lui il n’y avait qu’une façon de faire. Une seule.

Une façon de boire à la bouteille

Une façon de faire cuire le riz

Une façon de s’épiler

Une façon de sourire

Une façon de dire “bonjour”

Une façon de faire le thé (sans laisser de bulles à la surface)

Une façon de manger

Une façon de se brosser les dents

Une façon de dormir (avec la fenêtre fermée même en plein été)

Une façon de s’endormir

Une façon d’être avec ses amis

Une façon de dire les choses (et se taire le reste du temps)

Une façon de répondre (ou ne pas répondre)

Une façon de s’amuser

Une façon de vivre

Aucune liberté. Une façon comme une menace. S’y opposer, un risque que l’on prend parfois, que l’on ne prend plus la plupart du temps.