Posted in Atelier écriture, Variations Littéraires

Loin d’elle

© Arthur Humeau

Qu’avait-elle dit déjà ?

Rien. Ou si que c’était terminé, c’est ça. Plus de sentiments. L’amour envolé. Ou bien un autre. Avait-elle mentionné un autre homme ? Et l’amour nouveau, embrassé. Peut-être.

A quoi bon se souvenir, puisque de toute façon, elle avait dit la fin. Et la fin ça se vit  dans le silence tragique de l’après. Ça n’a pas d’autre consistance que le vide. Une fin ne construit rien, elle ne se discute pas. Elle s’insinue en nous et il faut gérer.

Je voudrais ne plus penser, ne plus me souvenir. Je voudrais que son visage disparaisse entre deux stations ou presque, qu’il ne reste plus rien de sa bouche surlignée de rouge, de ses cils noirs recourbés, de ses mains gantées de crème aromatisée à la rose, de la mélodie sensuelle de son buste calé contre le mien.

Immobile au milieu de la foule compacte de l’heure de pointe, je me sens comme un fou perdu dans le bain de la vie, fou d’y avoir cru, fou de m’être laissé emporter par la vague bleue de ses yeux.

Je veux oublier. Tout. Me perdre quelque part dans un univers où la mémoire me quitterait pour me laisser guérir en paix. Un endroit loin du monde, de sa course, de son chaos. Loin de tout ce qui me rappelle. Elle.

Pourtant c’est le monde qui me tient, ce matin, dans cette rame bondée. Il me sert de tuteur, m’aide à rester debout, alors qu’à l’intérieur tout expose, les écrous sautent, les joints se brisent, la machine s’emballe et le cœur se dévisse.

Je suis là sans être. Je respire tout juste. En pilote automatique, je dérive, le regard braqué sur l’absente.

Ce texte est ma participation à l’atelier 325 de Bric A Book

 

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Tous ces mots écrits

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Je les écris tous les jours. Les jours de doute. Et les jours de joie. Je noircis des pages d’eux. Des pages que je partage et d’autres qui n’existent que pour mon regard. Un souvenir se grave. Chaque regard, chaque sourire, chaque échange, chaque miracle. Je les regarde vivre, aimer, faire vibrer la corde sensible de mes sentiments. Si imprégnés d’eux. Ils sont mon refuge, mon rivage, ma terre ferme.

Je les ai écris, ceux qui ne sont plus. Des mots lus pour un dernier au revoir – des mots qui m’arrachent encore quelques larmes, celles des adieux auxquels on ne s’était pas préparé.

Je l’ai écrit, lui,  petit ange qui se pose sur le monde, mon monde, qui s’envole et vole au dessus des nuages, libéré de ces maux qui marquent au fer rouge.

J’ai écrit le premier amour. Pour accepter la séparation. Pour le laisser partir. Écrire pour guérir. J’ai écrit les suivants, sentiments platoniques, vérités tragiques. Pour ne pas oublier.

Alors toi aussi il fallait que je t’écrive, que je te donne vie dans une histoire qui porterait ton prénom. Il y aurait les vacances, nos souvenirs de gosses, la mer, les prémices de l’amour, la liberté de ces deux mois d’été. Puis il y aurait la fin – purement inventée. Tout comme les personnages et le deuil. Il n’y aurait que ton prénom et cette place au cimetière sur laquelle je m’arrête à chaque fois que j’y passe. Juste là, là où nos souvenirs communs convergent. Une histoire pour exorciser les démons. Et faire taire les fantômes de la nuit qui jouent avec les émotions de ceux qui restent.

Alors j’aurai presque fait le tour des mots écrits…

Sur les hommes de ma vie.

 

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Une histoire de date

Crédit Pixabay

La nuit est passée et le réveil m’a tiré d’un sommeil étrange. Difficile d’ouvrir les yeux, difficile de se lever. Ça m’arrive rarement.

Mon bol de céréales était infect. Je me suis brûlée en voulant retirer mon sachet de thé. Ma tartine est tombée par deux fois côté beurre sur le parquet – le présage d’une journée idyllique!

Dans ses bras, une, deux images sont venues perturbées mon bonheur matinal. Je les ai chassées vite fait bien fait. Pas là, pas maintenant.

Arrivée au bureau, une fois l’ordinateur allumé, mon regard s’est arrêté sur la date. 11 juillet.

Il y a 7 ans, je me mariais…

Quoi que je fasse, les dates restent. Immuables elles portent en elles des tonnes de souvenirs, qui parfois éclatent – peut-être qu’il y a encore des choses à sortir, des maux à exorciser.

Le jour de mon mariage, j’étais heureuse, le masque parfait de la fille qui veut y croire coute que coute, même quand tous les voyants sont rouge et annoncent un danger imminent. Pourtant les 10 jours précédents avaient été remplis de doutes et de larmes, d’envies de mettre un terme à cette mascarade. Autour de moi, il y avait mes amies, solidaires et ma famille, profondément meurtrie par le choix que je faisais.

C’était une belle journée, entrecoupée d’instants où un mot semblait avoir le pouvoir de tout remettre en question. Puis on passait à autre chose. Avec le sourire.

Le soir, de retour chez moi, en me regardant dans le miroir, en enlevant toutes les épingles de mes cheveux, je me suis promis d’être heureuse avec des trémolos dans la voix. Était-ce ma façon de conjurer un sort écrit de toute pièce ?

Dans la pièce à côté, celui qui était devenu mon mari faisait la fête avec ses amis. Je me suis allongée dans le lit, j’ai attendu et puis je me suis endormie, seule.

Deux jours après, la course aux papiers débutait. Deux mois plus tard il embarquait pour l’Égypte.

Aujourd’hui je réalise que j’ai épousé un fantôme. S’il n’y avait pas eu le reste, le mépris, le silence, les abus, la violence psychologique, la contrainte, j’aurais fait avec. Heureusement qu’il y a eu le reste, sinon je serais restée prisonnière d’une relation sans présent, sans avenir, j’aurais gâché ma vie.

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Comme une droguée en manque…

J’avais une idée d’article et puis j’ai lu celui d’Angie et je me suis souvenue du manque – nous pouvons tous donner des conseils, d’expérience, mais quand le manque est là, difficile d’y faire face. Le texte qui suit a été écrit en Juin 2014 soit 1 an et demi après ma séparation, comme quoi le chemin du deuil est différent pour chacun d’entre nous (de l’eau a coulé sous les ponts depuis, fort heureusement!)

Si tu savais comme j’en ai marre. Marre de t’en vouloir, d’être en colère contre toi. Marre de ressasser tout le mal que l’on s’est fait et de devoir te détester pour me protéger. Marre de tes silences qui ne riment plus à rien. Marre de cette angoisse omniprésente quand il est question de toi – rien que de toi – au fil de nos conversations, au gré de nos interrogations. Marre de ces mots qui envahissent des dizaines de pages blanches depuis plusieurs mois, mots compliqués qui sonnent comme des agressions, mots indigestes. Marre de ne pas pouvoir te faire confiance, de vivre dans la peur, de souffrir tout en essayant de comprendre et d’avancer. Marre de tes insolentes indifférences. Marre de devoir sans cette me justifier. Je voudrais juste me souvenir qu’un jour nous nous sommes aimés, mal c’est certain, un peu au moins, que nous avons été « amis » – n’est-ce pas un leurre pour m’aider à faire passer la pilule – avant d’être adversaires, incapables de compassion, inadéquates, inadaptés. Je voudrais ne me souvenir que du meilleur, certes éphémère. Oubliés nos rancœurs et nos déchirements. Oubliés nos nuits solitaires et nos rêves de vengeance.

Sur fond de ras le bol, tu deviens un souvenir, épineux à évoquer, qui m’arrache encore des larmes que je tente de masquer quand on me pose des questions et qui me poursuit au creux des heures d’insomnie. Je pensais que tu rattraperais le coup, que tu sortirais le grand jeu. Dès que je passais quelques heures seule – elles furent rares, personne n’y tenait, trop fragile, un brin suicidaire – je retrouvais de la sérénité dans le déni et l’oubli.

Récemment, en perdant ma main sur mes draps blancs, dans mon lit trop grand pour un seul corps, je pensais pouvoir saisir ta main. Mais le vide me rassurait autant qu’il me peinait. Te laisser partir, un combat de tous les instants. Comme une droguée en manque, j’ai cru en crever de ton absence, de tes silences aussi imposants que des forteresses en ruines. Je gardais l’espoir à chaque message de toi, qu’un autre écrivait bien évidemment, d’obtenir des aveux, d’entendre des excuses. Mais c’est toujours moi, au final, que tu rendais responsable de ta trahison et de ta souffrance, moi que tu condamnais. Je tremblais de chagrin, le nez collé à l’écran de mon ordinateur, la main posée sur la souris, prête à me déconnecter au moindre bruit suspect venant de l’escalier. Mes parents ne devaient pas savoir. Ils pensaient que je m’en sortais, loin de toi, que je me reconstruisais pas à pas. Comment pouvais-je leur dire que chaque jour j’attendais un message et qu’à coup sûr celui-ci venait briser chaque élan, arraché à la force de la vie qui grandissait en moi, que je m’imposais pour ne pas sombrer ?

Te laisser au passé devient crucial. Tout comme tirer un trait sur cette relation que nous aurions pu avoir. A défaut d’être amants, nous aurions pu être parents. J’y ai cru sincèrement. J’y ai cru comme petite fille, je croyais au Prince Charmant. J’y ai cru dans mes rêves, dans ces mots écrits sur le papier vierge, dans ces intentions de prières scandées en sourdine pour ne pas éveiller les soupçons. J’y ai cru pour moi, pour toi et pour lui aussi. J’ai cru que tu avais un meilleur fond que cet abruti qui te tient lieu de meilleur ami. Je ne l’ai jamais aimé mais je dois lui reconnaître une qualité (juste une), celle d’avoir osé avouer à Sophia, qu’il l’avait épousée pour des papiers. Toi, tu n’en as même pas été capable. Tu as joué le joli cœur, l’amoureux transi, le petit garçon blessé, l’homme fort et l’amant fou.

J’apprends à vivre sans toi. Pour les autres, ce n’est pas normal. Je devrais avoir tourné la page. Je devrais être sevrée. Ce n’est jamais aussi simple. Tant de deuils restent à faire. Trop de souvenirs m’assaillent, projets, endroits que j’aimais et que je ne reverrais pas, qui seront à jamais emplis de ton insolente présence, sans compter cette impression éreintante d’être passée à côté de tant de choses pour un seul sourire de toi. Quelle folie de t’avoir placé sur un piédestal, d’avoir fait de toi ce héros que tu n’es pas ! Qu’est-ce qui m’a poussée à cela ?

Je parle de moins en moins de toi ou différemment. Je suis heureuse que tu vives loin. Je ressens parfois encore comme un pincement au cœur devant tout cet épouvantable gâchis. Et dire que j’y ai cru ! Et dire que j’ai essayé de convaincre ceux qui m’aimaient le plus de mon bonheur – une illusion à laquelle j’ai préféré croire pour ne pas tomber à la renverse ou disjoncter complètement, pour maintenir tant que possible notre barge pourrie à flot, pour qu’elle se maintienne près du bord, au cas où il aurait fallu appeler à l’aide. Je reste toutefois consciente d’avoir pris la meilleure décision. Tout aurait empiré entre nous, à force de silences agressifs et de compromis que je serais restée seule à faire.

La nuit fait ressurgir ton visage. Dans mes rêves je fuis, boucle mes valises dans une atmosphère oppressante, avant qu’il ne soit trop tard. Je me réveille en nage paralysée par la peur. Une image. Un souvenir. Et la nuit qui m’étreint dans ses bras apaisants. Pour toujours, sans toi.

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Une autre histoire

Raconter la même histoire. Différemment. Avec le juste recul du temps.

Raconter l’histoire qui m’a ramenée à moi-même.

Raconter la chute mais surtout la renaissance.

Raconter, lâcher la barre, réussir à en rire aussi.

Dédramatiser l’opportunité qui m’a permis de donner le meilleur de moi-même, de m’accomplir, de choisir ma destinée.

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Au coeur des femmes du Monde #5

Geste machinal. Elle ne vomit plus comme avant. Elle est habituée. Combien de vies a-t-elle arrachées aux corps trop jeunes d’adolescentes pétrifiées ? Elle leur parle, essaye d’apaiser leur chagrin, de leur dire qu’un jour elles pourront à nouveau donner la vie. Quelques fois elle ne comprend pas pourquoi – A leur âge, elle jouait encore à la poupée!

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Pourquoi l’as-tu épousé ?

Mon discours n’est pas encore sûr. J’hésite encore parfois quand la fameuse question du « pourquoi l’as-tu épousé ? » arrive dans la conversation. Elle me déroute toujours. Je devrais y être préparée depuis le temps. Mon patron dirait qu’il est essentiel d’anticiper. Il aurait raison pour le coup – pour une fois !

Je bafouille, je sors quelques phrases un peu bancales, sans grande conviction. Je réponds « c’est une histoire compliquée ». Ca ne suffit pas toujours. Il y a ceux qui rétorquent « aucune histoire d’amour n’est facile » et j’aimerais leur dire « nous ce n’était pas une histoire d’amour ». Ou ceux qui renchérissent « dans quel sens ? » et là les seuls synonymes qui me viennent à l’esprit sont chaotique – éreintante – catastrophique – peu épanouissante – une histoire remplie d’états d’âme.

Je suis encore mal à l’aise avec cette idée même si parfois j’aimerais lancée à la cantonade « je l’ai épousé parce que j’ai eu peur, je l’ai quitté parce que j’ai eu peur ». En fait toute notre histoire se résume à ça – la peur. Quand il y a de la peur il n’y a pas d’amour, même si l’autre ne cesse de te dire qu’il t’aime à la folie, qu’il ne te fera jamais de mal, que tout ce qu’il te dit, te demande de faire, c’est pour ton bien. Évidemment.

Et c’est étrange parce que plus j’avance et plus je me remercie d’avoir vécu cette histoire. J’ai l’impression qu’il me fallait tomber pour pouvoir m’élever encore plus haut, qu’il me fallait les vraies ténèbres pour pouvoir réellement voir la lumière, sans être effrayée.

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Un jour, je pourrais le dire, en toute franchise, haut et fort, sans douter, sans me dire que je ne suis pas juste  – dire qu’il n’était qu’un menteur, un tricheur, qu’il a joué avec mes sentiments, qu’il a abusé de mes faiblesses, qu’il m’a réduite à néant, qu’il a toujours refusé d’entendre mes « non », qu’il n’est pas intéressant. J’oserais même dire que la violence des mots laisse des cicatrices invisibles et que le silence tue.

Un jour, à la question « pourquoi l’as-tu épousé ? », je répondrais tout simplement que j’étais perdue, la proie facile, que je suis tombée dans le panneau, que je me suis retrouvée prisonnière d’une relation dont je n’ai pas réussi à sortir sans m’esquinter. Je ne dirais pas que c’est un connard ou un pauvre type. Trop facile. Je dirais juste la vérité. Sans fard. Et tant pis si certains me trouvent impudique ou pensent que j’aurais dû rester – une histoire de morale religieuse. A la vie A la mort. J’ai choisi la VIE.

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Arrêt sur image – le manuscrit inachevé

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Une photo de nous. La même. Un arrêt sur image. Ce petit appartement miteux de Rathmines, où je t’ai aimé, très mal. Où tu m’as aimé, très mal aussi. Mais toi tu ne sais pas aimer. Décidément nous n’étions pas faits pour être heureux…

J’aimais cet appartement. Assiste sur les marches de la maison, je sirotais souvent un thé bien chaud, un café léger, regardant les passants descendre la longue rue qui menait vers l’artère principale. Tu n’y habitais pas. Heureusement. Tu n’étais qu’un passant, dans mon lit, dans ma vie.

Pourquoi cet instant-là. Je ne sais pas. Peut-être que j’étais encore un peu heureuse, que j’y croyais vainement. A tes serments. A mes promesses. Ca ne tenait pas la route. J’ai fait la sourde oreille. J’ai pris ce qui marchait, j’ai oublié le reste.

Je n’ai toujours pas repris mon manuscrit. Je n’ai pas ouvert mes carnets depuis cet été, depuis ces quelques matins de flashback improvisé, avec The Script en musique de fond. Un peu de Dublin dans mes 40m2 pour écrire notre histoire tarabiscotée. Les quelques 160 pages qui le composent me font des clins d’œil parfois puis se laissent oublier. Et si je le laissais là, comme un roman inachevé. Ce ne serait pas le premier. Et si j’arrêtais d’écrire sur tout ça, sur toi et moi. Cette combinaison-là n’existe plus et ton titre de père n’y change rien.

Quand je le sors de sa cachette je le trouve trop triste. Qui va lire tout ça ? Qui va prendre sur soi pour déchiffrer les déchirements qu’il y a eu en moi ? Qui va vouloir savoir ce que ça m’a fait de te connaître, de partager quelques années de ta vie ? Qui va vouloir entendre parler de toi, encore une fois ? Qui ne va pas te détester après ces lignes-là ? Elles ne changeront rien au passé. Elles n’aideront personne. Elles me permettront peut-être de passer à autre chose – d’écrire autre chose surtout, de ne plus me perdre dans des considérations chagrines.

J’erre entre ici et là-bas, entre ma silhouette estivale, la tête dans les étoiles et les assauts de l’hiver qui m’intiment l’ordre d’aimer la vie sans plus attendre. Est-ce que ce roman m’empêche d’aller de l’avant ? Est-ce qu’il me retient prisonnière d’une histoire passagère?

Vais-je avoir le cran de me replonger dans les 66 000 mots plus quelques-uns ? Ou bien vais-je choisir de ficeler le paquet de feuilles puis le classer, jusqu’à l’oublier ?

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Et si je n’avais pas envie de refaire ma vie (là, tout de suite) ?

“Tu n’as pas refait ta vie” sous entendu “tu n’as pas un mec dans ta vie”?

C’est la première question que me posent les inconnus quant au détour d’une conversation j’énonce la réalité brute de mon statut de maman seule et divorcée. Je n’ai souvent pas le temps de répondre, que mon interlocuteur juge bon de se lancer dans une tirade qui dit plus ou moins, selon les cas, qu’il serait temps d’y penser, que je suis jeune, qu’il faut sortir, rencontrer du monde, que la vie est faite pour être partagée, que si je n’ai rencontré personne depuis xx années, c’est sûrement que je suis trop exigeante ou pas assez ouverte.

A tous ces gens bien-pensants, qui j’en suis certaine, agissent avec le cœur, j’ai envie de répondre :

  1. Qu’ils ne connaissent pas les tenants et les aboutissants de mon mariage, de mon divorce, qu’ils ne savent rien de l’homme qui a partagé ma vie (si tant est qu’il l’est partagée un jour, mais ça c’est une autre histoire), qu’ils se permettent de porter un jugement sur mes choix sans me connaître, sans savoir d’où je viens, ni où j’en suis dans ma vie.
  2. Qu’une procédure de divorce ce n’est pas un acte anodin, que ça prend aux tripes, que ça réveille la nuit, que ça fait perdre confiance, en soi, en l’autre, que ça remue, que ça implique qu’on devienne ce qu’on n’est pas, pour gagner une partie, pour se protéger, pour protéger ceux qu’on aime. Un divorce c’est parfois accepter la guerre…
  3. Que mettre un enfant au monde ce n’est pas non plus un acte banal. Qu’une fois qu’il est là, ce n’est pas forcément évident de créer ce lien, dont toutes les mères nous rabâchent les oreilles comme si c’était quelque chose d’inné. Moi il m’a fallu près de 4 ans pour me sentir pleinement maman !
  4. Qu’un divorce (ou une séparation d’ailleurs) s’accompagne d’un long travail de deuil. Apprendre à se pardonner. Apprendre sur soi, sur l’échec. Apprendre à s’aimer soi, à s’accepter, à accepter ce passé, à avancer avec nos souvenirs, le manque de confiance, la peur de l’autre, la crainte de se planter à nouveau en beauté.
  5. Qu’ils ne savent pas qu’en revenant, j’avais tout à reconstruire. Mettre un enfant au monde, trouver du travail, trouver un logement et un mode de garde. Sans parler des multiples démarches administratives qui ont duré des mois et des courriers aux ministères pour que quelqu’un daigne enfin m’aider, qu’il a fallu que je raconte ma vie un nombre incalculable de fois à des personnes pas toujours bienveillantes. Que j’ai mis du temps à trouver mes marques, à aller mieux, à sortir la tête de l’eau.
  6. Qu’il y a quelques mois je me suis mise énormément de pression pour justement faire des rencontres, m’ouvrir davantage aux autres, créer des opportunités et que je me suis perdue dans cette quête, que je me suis éloignée de moi et de mon fils.
  7. Que aujourd’hui, me trouver, gérer ma vie, développer ma relation avec mon fils, m’entourer de personnes, d’amies bienveillantes est ma priorité. Savoir ce que je veux. Prendre soin de moi (enfin). M’aimer (avec conviction). Ecrire. Donner le meilleur de moi-même dans mes relations. Vivre intensément, sans deadline à respecter, sans « il faut que ». L’amour viendra peut-être frapper à ma porte, je l’accueillerais avec bonheur. Mais je ne vais pas le chercher frénétiquement comme vous me le conseillez.
  8. Qu’il existe aussi des célibataires heureux! (même si la société veut nous faire croire que point de salut sans un homme ou une femme dans sa vie)

Le reste viendra…

Quand le temps sera juste pour moi…

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Se sevrer de la souffrance

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Il nous est à tous arrivé de voir un film ou un documentaire sur les cures de désintoxication, sur le sevrage des toxicos. Chaque fois, c’est cette même envie d’arrêter la descente aux enfers, d’arrêter la mort qui guette au tournant. Trop d’alcool. Trop de drogue. C’est cette même certitude que ce verre, cette dose est la dernière. C’est ce même manque qui retourne l’estomac, qui se glisse dans le corps et fait souffrir. C’est la même rechute, cet instant ou seule la mort pourrait soulager vraiment.

Je n’ai jamais fumé. Je ne me suis jamais drogué.

Mais j’ai connu la même souffrance, celle que les mots décrivent mal, celle qui prend aux tripes et que rien ni personne ne peut apaiser. Il faut laisser la crise passer ou replonger.

Quand je suis partie, que j’ai quitté mon mari, enceinte de 7 mois, c’est cela que j’ai ressenti. J’aurai du être fière de moi d’avoir pu partir, d’avoir échappé à une mort psychologique programmée, d’avoir sauvé notre enfant.

Mais c’est le manque de souffrance qui m’a poursuivit pendant des semaines. J’avais besoin de cette souffrance pour exister. J’avais besoin de son mépris pour me sentir vivante. Je me détestais autant qu’il me manquait. J’avais les entrailles retournées. Je voulais m’en sortir, mais je replongeais à chaque coup de fil, à chaque mail reçu. Chaque fois que j’allumais mon ordinateur, j’espérais un miracle, j’espérais voir les mots que j’attendais. Je ne lisais aucune excuse, que des reproches et je tombais plus bas encore, je me faisais la promesse de ne plus lire ses messages, de ne plus penser a lui. Je rêvais de ma mort. Je regardais longtemps l’eau du fleuve qui passait devant chez moi, avec l’envie de m’y jeter à corps perdu, de nous noyer tous les deux pour enfin être libérée.

J’ai bien cru qu’on allait m’enfermer. Ca m’était égal. Je voyais presque cela comme une libération. J’étais folle de m’imposer plus de souffrance que je n’en avais déjà à porter. Et j’étais un monstre de faire vivre cela à l’enfant que je portais.

Au final, je m’en suis sortie parce que je n’étais pas seule, parce que mon enfant a fini par me réveiller de mon terrible cauchemar, parce qu’il s’est accroche à la vie alors que je décrochais.

Aujourd’hui je comprends ceux et celles qui rechutent, je comprends leur désespoir et la démesure de leurs cris et de leurs larmes.

Aujourd’hui je ne juge plus celles qui reviennent chez leurs bourreaux, ceux qui en finissent avec leur calvaire, celles qui abandonnent leur enfant. J’ai bien cru le faire.

Mais je veux leur dire que c’est possible, qu’on peut se relever, qu’on peut s’en sortir, qu’on peut se lever le matin sans ressentir l’envie d’en finir.  Je veux leur dire que leur combat d’aujourd’hui sera leur force de demain. L’homme est fait pour le bonheur.

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Je m’estime et je dis “stop”…

Je n’écoute plus. Je ne t’écoute plus.

Dans quelques minutes je vais raccrocher. Tu déverseras ton venin dans le vide. Je n’en veux plus.

Je sens que je rentre dans une nouvelle phase.

Il y a eu le premier cap, la petite musique dans ma tête qui tantôt disait « ne lui fais pas confiance », puis « donne lui une chance. »

Je faisais taire l’une, sans grande conviction, et croyait dur comme fer à l’autre.

Ne plus te faire confiance c’était comme accepter ma faiblesse d’avoir cru en toi et accepter que dorénavant nous n’avions plus aucune chance de garder le contact, en toute intelligence, pour notre enfant.

Un jour, j’ai compris. Ne plus te faire confiance, loin d’être un acte négatif, devenait un acte conscient, une manière de nous protéger, lui et moi, de ton emprise, de ton égoïsme, de ta manipulation.

Le deuxième cap est là, à portée  de main. Le jugement de divorce doit y être pour quelque chose. A moins que ce soit moi qui ai décidé qu’il était grand temps de dire stop.

Oui stop à tes mots qui vont trop loin. Stop à tes jugements sans fondement. Stop à ta manière de me hurler dessus quand ce que je fais ou dis ne te convient pas. Stop à tes menaces toutes aussi fausses les unes que les autres, énoncées dans le seul but de me foutre la trouille et de me faire plier. Stop à cette manière dont tu as de me parler, avec dégoût. Stop à ta mine de chien battu, qui veut me faire croire que tu es au fond du trou. Stop à ton mépris.

Je vaux mieux que ça. Je m’estime davantage pour ne plus penser que je mérite tout ça ou à défaut n’ai d’autre choix que celui d’encaisser sans broncher, sous peine de te mettre hors de toi.

Aujourd’hui je dis stop et je n’y pense plus.

Je vais te raccrocher au nez. C’est la seule chose que tu comprends. Tu vas certainement me maudire derrière ton écran de téléphone. Ca ne me fait ni chaud ni froid. Il y a quelque temps de ça, j’y aurais pensé pendant quelques heures, me remettant en cause, essayant de saisir le moment où tout avait basculé. Maintenant, j’oublie aussi vite. Tes sautes d’humeur ne me font plus d’effet.

C’est dans ces instants là que je me rends compte du chemin que j’ai parcouru et que je me félicite pour ces limites que j’arrive à poser, en toute sérénité…

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Posted in Carnets de route

Les chagrins de la vie

Parfois la vie nous joue de sales tours. Un jour, le sourire aux lèvres, on embrasse notre amoureux. On se love près d’un corps aimé, d’un cœur qui semble presque tout connaître de nous, d’une voix qui nous a juré fidélité et que le temps n’effacerait pas les souvenirs heureux. Jamais.

L’instant d’après l’image a disparu. Le lit est vide. Il fait froid. L’amour s’est envolé vers un autre nid. Les larmes nous guettent, attendant que nous soyons seuls pour envahir notre visage, sans nous laisser respirer. Les larmes inondent nos souvenirs et l’instant présent s’impose à chaque instant.

Parfois la vie nous glace, nous vole un être, un morceau d’espace. Autour, tout tourne quand en nous, tout s’effondre. Chacun, à sa façon, tente de maintenir le cap, sans grande conviction. S’effondrer semble la meilleure solution. Tenir relèverait d’un miracle que personne ne se sent à même d’accomplir.

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 Crédit She is beautifully broken Tumblr

Tu verras demain ça ira mieux. On entend ces mots à l’infini, mots qui ne veulent rien dire, mots qui semblent nous dire qu’on s’en remettra. Et si on ne s’en remettait pas ? Qu’est-ce qu’ils connaissent les autres à notre chagrin ? Qu’est-ce qu’ils savent qu’on n’a pas appris ? De quoi rêvent-ils ces saltimbanques de bazar qui nous disent qu’on s’en sortira, plus forts qu’avant ?

Le chagrin prend toute la place. Il faut le laisser nous habiter. Un jour, on se réveille, plus fort que la veille. On se sent prêt à l’affronter, à le laisser nous transformer. Tout deuil est une histoire sacrée. Il faut laisser le temps au temps et laisser le temps nous apaiser.

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Papa, Inch’Allah!

Si tu étais là, près de moi, je te dirais quoi?

Je te donnerais de nos nouvelles. Je te dirais que je grandis bien sans toi. Je te dirais sûrement que j’ai des tonnes de choses à te raconter mais que je ne sais pas par où commencer. Je te dirais que je suis heureux. Mais pas tous les jours. La vie ce n’est pas le monde des « Bisounours » papa. Je suis petit mais j’ai déjà compris ça. D’ailleurs des « Bisounours », tu ne sais pas à quoi ça ressemble, je ne sais pas pourquoi je te parle d’eux alors, peut-être parce que j’en ai retrouvé deux cet été dans le grenier. Maman m’a laissé les toucher. Ils étaient encore bien doux.

Je te dirais que maman me fait rire. Je crois qu’elle riait un peu avec toi aussi mais son rire s’est vite fané. Je ne sais pas pourquoi et si je te demandais, tu ne me le dirais sûrement pas. Est-ce que tu le sais vraiment ? Est-ce que tu la connais vraiment, ma maman ?

Maman me parle de toi, me montre des photos. Je sens bien qu’elle le fait pour moi, pour garder le contact. Mais qu’à chaque fois, un peu moins avec le temps, son cœur se serre à l’évocation d’un quelconque souvenir de votre passé commun. Elle me raconte des histoires de ton pays et de ta religion aussi. Si tu voyais ça, tu n’en reviendrais pas.

Et puis on chante beaucoup avec maman aussi. J’aime la voir heureuse. Quand j’étais dans son ventre, je sentais bien que quelque chose clochait. Mais elle s’accrochait. Et moi aussi. J’avais décidé de vivre.

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Au début je ne te voyais pas. Et puis j’ai commencé à te voir, quatre heures par mois. J’ai beaucoup pleuré au début. Et puis je me suis habitué à quitter la main de maman pour passer deux heures avec toi, deux samedis par mois. Quand je sortais de la visite, j’étais toujours barbouillé de chocolat et j’avais des paquets plein les bras. J’étais content de retrouver maman mais un peu triste de te voir partir loin, sans moi.

J’ai des copains et des copines à la crèche qui ont leur papa et leur maman. Alors parfois je ne comprends pas pourquoi pour moi ce n’est pas pareil. Maman me dit que c’est une histoire de grands, qu’en grandissant je comprendrais mieux. Je la crois. Elle me dit aussi qu’elle fait tout ça pour me protéger. De quoi ? C’est dur pour moi de me dire que toi, mon papa, tu pourrais faire quelque chose qui rendrait maman très malheureuse. Mais bon, les grands c’est compliqué. Moi, je préfère de loin, serrer mon doudou dans mes bras, quand j’en ai gros sur la patate, quand ça ne va pas.

Depuis le début de l’été, je ne te vois plus. Tu me téléphones tous les samedis et j’entends le son de ta voix. Mais je ne te parle pas. Et quand je te parle tu ne comprends pas. Ta langue et la mienne sont différentes. Ce n’est pas facile papa. Maman est de plus en plus à l’aise avec toi. Elle en a fait du chemin, tu sais. Elle t’en veut moins ou bien elle est passée à autre chose. Elle regarde vers l’avenir en ce moment et je peux te dire que je suis rassuré.

C’est bizarre papa, tu ne m’appelles jamais par mon prénom. Tu dis « habibi » à la place. Je ne comprends pas pourquoi. Mais une fois de plus, il doit s’agir d’affaires de grands. Je ne m’en mêle pas. L’autre jour je t’ai chanté une chanson, tu as eu l’air d’apprécier. Mais tu as dû dire de drôles de choses à maman après car en raccrochant elle n’était pas très contente. Tu as le don de la mettre en colère, plus que moi parfois. C’est étrange, tu n’es plus un petit garçon, papa.

Je pourrais t’en dire encore, te dire que Nana et tonton m’adorent, que Didi et Dada m’entourent de plein d’amour, que toutes les amies de maman sont mes tatas, que j’ai deux arrière-grands-mères complètement gaga ! Dans ma chambre, il y a un pêle-mêle de photos que maman a fait quand j’étais petit. Il y a une photo sur laquelle je ne reconnais personne. Maman me dit qu’il y a ta maman et d’autres « tatas », qu’un jour on ira là-bas elle et moi. Je crois que tu lui as déjà demandé de m’emmener pour les vacances et qu’elle ne veut pas. Elle ne cédera pas. Tu crois parfois qu’en étant gentil, elle va finir par dire oui. Moi, je peux te dire qu’elle est douce maman, mais qu’elle ne rigole pas. Quand elle dit « non », elle si tient. Même si après je me roule par terre et que je crie, que je tape. Rien n’y fait.

A la fin, je finis dans ses bras. Elle me dit qu’elle m’aime et que rien ne nous séparera. J’ai bien conscience d’avoir le droit à un traitement de faveur.

Voilà Papa. Tu connais un peu de ma vie, moi rien de la tienne. J’espère qu’un jour tu me la raconteras. Rien que la vérité, d’accord. Sinon je risque fort de t’en vouloir. Ce serait dommage.

Comme on dit chez toi papa, Inch’Allah !

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Qu’est-ce que j’y connais à l’amour ?

Pas l’amour de bazar, l’amour, le vrai, celui qui te renverse, te bouleverse et surtout te pousse en avant, t’aide à te sentir toi-même, te donne des ailes. L’amour, le vrai, celui qui partage, qui comprend, qui soulage, qui épaule, qui prend ta main, qui pardonne, qui encourage, l’amour généreux, transparent, tolérant et juste.

Mes histoires d’amour ont toutes été des désastres ambulants. Mais combien d’histoires d’amour ai-je vraiment connu ?

Si je cherche bien, une, une seule, une partagée. Parce que le reste, ça n’en valait pas la peine. Tu voudrais sûrement que je te dise que ma plus belle histoire c’est celle qui a vu naître un petit escargot le jour de la St Valentin il y a deux ans. Mais non. Une vraie histoire d’amour ne trouve pas ses racines dans le mensonge, ni dans la manipulation, le harcèlement.

Les premiers émois ont laissé un goût amer. J’ai été désirée à défaut d’avoir été aimée. Dans ma vie il y a deux types d’hommes, ceux qui disent « je t’aime » sans conviction et ceux qui ne disent rien par peur de dire « je t’aime ».

Suis-je la meilleure conseillère en matière d’amour. Ai-je assez de cartes en main pour donner mon avis. Ne serai-je pas plutôt de celles qui risquent de dire « casse-toi, il ne te mérite pas », blessant une âme en peine, sans le vouloir.

masaism.tumblr.com
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Revenons à l’unique histoire d’amour de ma vie. Elle n’a pas été de tout repos mais elle a eu le mérité d’être belle, de m’avoir laissée de beaux souvenirs, que j’aime évoquer encore aujourd’hui, par nostalgie sûrement. Elle m’a terrassée aussi. Sa rupture silencieuse m’a emportée loin de moi, de tout ce en quoi je croyais, de tout ce en quoi j’espérais. J’ai cru que je ne m’en remettrai jamais. Il faut dire que j’avais la certitude qu’il était l’homme de ma vie, je l’avais lu dans ses yeux, le soir où je l’avais rencontré.

J’ai griffonné des centaines de pages blanches, j’ai sorti mes tripes sur le papier, pour me libérer de l’angoisse et du chagrin qui avaient pris leur place à l’intérieur de mon corps, qui avaient liquidé toutes mes forces, tous mes espoirs. J’ai cru qu’il allait revenir sur sa décision, qu’il allait enfin me dire ces mots qui lui brûlaient la langue, qu’il allait sortir de sa coquille pour m’affronter, qu’il allait me dire en face, les yeux dans les yeux, qu’il ne m’aimait plus. Il ne l’a pas fait et j’ai vécu les années qui ont suivi avec un point d’interrogation en suspension au-dessus de mon cœur, point qui faisait fuir les soupirants d’un soir.

Je lui en ai voulu et le jour où j’ai appris qu’il avait refait sa vie, j’ai pleuré, j’ai tellement pleuré que mes yeux se sont fermés de fatigue. J’ai voulu lui écrire, sortir ma rage, ma colère, mon indignation. Et puis je n’ai jamais envoyé la lettre. Elle repose sur une clé USB, à l’abri du temps et de nos souvenirs douloureux.

Alors aujourd’hui, quand une amie vient me voir pour me demander conseil, j’aurai presque envie d’obtenir l’adresse de l’homme qui la fait tant souffrir. J’aimerai lui dire en face que ça ne sert à rien de cacher ses sentiments, qu’un jour on se marie avec un type ou une nana qui mérite mieux, ou qui ne nous mérite pas, qu’on passe sa vie à rechercher les bribes des souvenirs heureux, qu’on vit avec des regrets qui ne s’apaiseront jamais.

Ou alors, qu’il ne faut pas profiter de l’autre, lui faire perdre son temps, l’utiliser parce qu’on ne sait pas faire des choix, on ne sait pas dire stop et arrêter, tourner la page et rendre à l’autre sa liberté pour de bon.

Je n’y connais pas grand-chose à l’amour. Les hommes de ma vie ne m’ont pas aidés à y croire, pour moi surtout (pour les autres, c’est plus facile !). S’il n’y a qu’une chose qui vaille, c’est « écoute ton cœur », mais écoute le vraiment, car parfois se séparer est la plus belle chance de notre vie (et j’en connais un rayon sur le sujet !)

 

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Du bruit dans la maison

J’ai repris la route de Paris fin août, en laissant derrière moi mon petit escargot. La séparation, nous y sommes habitués lui et moi. Il avait à peine 5 mois et je partais déjà travailler loin de lui. J’allais l’embrasser le vendredi soir, tard et ce n’est que le matin, que j’apercevais son joli visage et que je le couvrais de baisers. Je partais le lundi matin, à l’aube, sur la pointe des pieds, pour ne pas le réveiller. Il a vite été habitué à vivre sans moi. Nous comptions les lunes et il entendait ma voix au téléphone.

J’ai repris la route de Paris fin août, la tête remplie de projets. J’ai mis à jour quelques-unes de mes photos, fait des albums. J’ai fait du tri aussi, donné ce qui ne servait plus, aux bonnes œuvres. J’ai fait du ménage, de la décoration. L’appartement était impeccable, beau comme un sou neuf. Mais il manquait un peu de vie, de jouets qui traînent, de rires et de cris.

Hier soir, quand j’ai tourné la clé dans la serrure, j’ai entendu du bruit et dans l’entrebâillement de la porte j’ai vu mon petit escargot foncer sur moi, en criant « maman ». J’avais le cœur tout chamboulé. Il m’avait manqué, ce petit bout de chou qui sait si vite me faire tourner en bourrique.

Mais il était là enfin. La maison revivait pleinement. Il y avait déjà des peluches et des livres partout. Il y avait déjà des cris et des « non » à foison. Il y avait déjà des rires et des mimiques charmantes, des bisous baveux dans le cou.

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Crédit Photo – Castle Crow Cottage Blog

J’avais beau me dire, je tiens bien le coup. J’avais beau me dire, un peu de calme, c’est pas mal non plus. A la seconde où je l’ai tenu dans mes bras, j’ai oublié tout le reste. Tout ce raffut dans la maison, ça faisait un bien fou !

Et vous comment vous gérer la séparation avec vos enfants ?