Une histoire de date

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La nuit est passée et le réveil m’a tiré d’un sommeil étrange. Difficile d’ouvrir les yeux, difficile de se lever. Ça m’arrive rarement.

Mon bol de céréales était infect. Je me suis brûlée en voulant retirer mon sachet de thé. Ma tartine est tombée par deux fois côté beurre sur le parquet – le présage d’une journée idyllique!

Dans ses bras, une, deux images sont venues perturbées mon bonheur matinal. Je les ai chassées vite fait bien fait. Pas là, pas maintenant.

Arrivée au bureau, une fois l’ordinateur allumé, mon regard s’est arrêté sur la date. 11 juillet.

Il y a 7 ans, je me mariais…

Quoi que je fasse, les dates restent. Immuables elles portent en elles des tonnes de souvenirs, qui parfois éclatent – peut-être qu’il y a encore des choses à sortir, des maux à exorciser.

Le jour de mon mariage, j’étais heureuse, le masque parfait de la fille qui veut y croire coute que coute, même quand tous les voyants sont rouge et annoncent un danger imminent. Pourtant les 10 jours précédents avaient été remplis de doutes et de larmes, d’envies de mettre un terme à cette mascarade. Autour de moi, il y avait mes amies, solidaires et ma famille, profondément meurtrie par le choix que je faisais.

C’était une belle journée, entrecoupée d’instants où un mot semblait avoir le pouvoir de tout remettre en question. Puis on passait à autre chose. Avec le sourire.

Le soir, de retour chez moi, en me regardant dans le miroir, en enlevant toutes les épingles de mes cheveux, je me suis promis d’être heureuse avec des trémolos dans la voix. Était-ce ma façon de conjurer un sort écrit de toute pièce ?

Dans la pièce à côté, celui qui était devenu mon mari faisait la fête avec ses amis. Je me suis allongée dans le lit, j’ai attendu et puis je me suis endormie, seule.

Deux jours après, la course aux papiers débutait. Deux mois plus tard il embarquait pour l’Égypte.

Aujourd’hui je réalise que j’ai épousé un fantôme. S’il n’y avait pas eu le reste, le mépris, le silence, les abus, la violence psychologique, la contrainte, j’aurais fait avec. Heureusement qu’il y a eu le reste, sinon je serais restée prisonnière d’une relation sans présent, sans avenir, j’aurais gâché ma vie.

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Comme une droguée en manque…

J’avais une idée d’article et puis j’ai lu celui d’Angie et je me suis souvenue du manque – nous pouvons tous donner des conseils, d’expérience, mais quand le manque est là, difficile d’y faire face. Le texte qui suit a été écrit en Juin 2014 soit 1 an et demi après ma séparation, comme quoi le chemin du deuil est différent pour chacun d’entre nous (de l’eau a coulé sous les ponts depuis, fort heureusement!)

Si tu savais comme j’en ai marre. Marre de t’en vouloir, d’être en colère contre toi. Marre de ressasser tout le mal que l’on s’est fait et de devoir te détester pour me protéger. Marre de tes silences qui ne riment plus à rien. Marre de cette angoisse omniprésente quand il est question de toi – rien que de toi – au fil de nos conversations, au gré de nos interrogations. Marre de ces mots qui envahissent des dizaines de pages blanches depuis plusieurs mois, mots compliqués qui sonnent comme des agressions, mots indigestes. Marre de ne pas pouvoir te faire confiance, de vivre dans la peur, de souffrir tout en essayant de comprendre et d’avancer. Marre de tes insolentes indifférences. Marre de devoir sans cette me justifier. Je voudrais juste me souvenir qu’un jour nous nous sommes aimés, mal c’est certain, un peu au moins, que nous avons été « amis » – n’est-ce pas un leurre pour m’aider à faire passer la pilule – avant d’être adversaires, incapables de compassion, inadéquates, inadaptés. Je voudrais ne me souvenir que du meilleur, certes éphémère. Oubliés nos rancœurs et nos déchirements. Oubliés nos nuits solitaires et nos rêves de vengeance.

Sur fond de ras le bol, tu deviens un souvenir, épineux à évoquer, qui m’arrache encore des larmes que je tente de masquer quand on me pose des questions et qui me poursuit au creux des heures d’insomnie. Je pensais que tu rattraperais le coup, que tu sortirais le grand jeu. Dès que je passais quelques heures seule – elles furent rares, personne n’y tenait, trop fragile, un brin suicidaire – je retrouvais de la sérénité dans le déni et l’oubli.

Récemment, en perdant ma main sur mes draps blancs, dans mon lit trop grand pour un seul corps, je pensais pouvoir saisir ta main. Mais le vide me rassurait autant qu’il me peinait. Te laisser partir, un combat de tous les instants. Comme une droguée en manque, j’ai cru en crever de ton absence, de tes silences aussi imposants que des forteresses en ruines. Je gardais l’espoir à chaque message de toi, qu’un autre écrivait bien évidemment, d’obtenir des aveux, d’entendre des excuses. Mais c’est toujours moi, au final, que tu rendais responsable de ta trahison et de ta souffrance, moi que tu condamnais. Je tremblais de chagrin, le nez collé à l’écran de mon ordinateur, la main posée sur la souris, prête à me déconnecter au moindre bruit suspect venant de l’escalier. Mes parents ne devaient pas savoir. Ils pensaient que je m’en sortais, loin de toi, que je me reconstruisais pas à pas. Comment pouvais-je leur dire que chaque jour j’attendais un message et qu’à coup sûr celui-ci venait briser chaque élan, arraché à la force de la vie qui grandissait en moi, que je m’imposais pour ne pas sombrer ?

Te laisser au passé devient crucial. Tout comme tirer un trait sur cette relation que nous aurions pu avoir. A défaut d’être amants, nous aurions pu être parents. J’y ai cru sincèrement. J’y ai cru comme petite fille, je croyais au Prince Charmant. J’y ai cru dans mes rêves, dans ces mots écrits sur le papier vierge, dans ces intentions de prières scandées en sourdine pour ne pas éveiller les soupçons. J’y ai cru pour moi, pour toi et pour lui aussi. J’ai cru que tu avais un meilleur fond que cet abruti qui te tient lieu de meilleur ami. Je ne l’ai jamais aimé mais je dois lui reconnaître une qualité (juste une), celle d’avoir osé avouer à Sophia, qu’il l’avait épousée pour des papiers. Toi, tu n’en as même pas été capable. Tu as joué le joli cœur, l’amoureux transi, le petit garçon blessé, l’homme fort et l’amant fou.

J’apprends à vivre sans toi. Pour les autres, ce n’est pas normal. Je devrais avoir tourné la page. Je devrais être sevrée. Ce n’est jamais aussi simple. Tant de deuils restent à faire. Trop de souvenirs m’assaillent, projets, endroits que j’aimais et que je ne reverrais pas, qui seront à jamais emplis de ton insolente présence, sans compter cette impression éreintante d’être passée à côté de tant de choses pour un seul sourire de toi. Quelle folie de t’avoir placé sur un piédestal, d’avoir fait de toi ce héros que tu n’es pas ! Qu’est-ce qui m’a poussée à cela ?

Je parle de moins en moins de toi ou différemment. Je suis heureuse que tu vives loin. Je ressens parfois encore comme un pincement au cœur devant tout cet épouvantable gâchis. Et dire que j’y ai cru ! Et dire que j’ai essayé de convaincre ceux qui m’aimaient le plus de mon bonheur – une illusion à laquelle j’ai préféré croire pour ne pas tomber à la renverse ou disjoncter complètement, pour maintenir tant que possible notre barge pourrie à flot, pour qu’elle se maintienne près du bord, au cas où il aurait fallu appeler à l’aide. Je reste toutefois consciente d’avoir pris la meilleure décision. Tout aurait empiré entre nous, à force de silences agressifs et de compromis que je serais restée seule à faire.

La nuit fait ressurgir ton visage. Dans mes rêves je fuis, boucle mes valises dans une atmosphère oppressante, avant qu’il ne soit trop tard. Je me réveille en nage paralysée par la peur. Une image. Un souvenir. Et la nuit qui m’étreint dans ses bras apaisants. Pour toujours, sans toi.

Une autre histoire

Raconter la même histoire. Différemment. Avec le juste recul du temps.

Raconter l’histoire qui m’a ramenée à moi-même.

Raconter la chute mais surtout la renaissance.

Raconter, lâcher la barre, réussir à en rire aussi.

Dédramatiser l’opportunité qui m’a permis de donner le meilleur de moi-même, de m’accomplir, de choisir ma destinée.

Au coeur des femmes du Monde #5

Geste machinal. Elle ne vomit plus comme avant. Elle est habituée. Combien de vies a-t-elle arrachées aux corps trop jeunes d’adolescentes pétrifiées ? Elle leur parle, essaye d’apaiser leur chagrin, de leur dire qu’un jour elles pourront à nouveau donner la vie. Quelques fois elle ne comprend pas pourquoi – A leur âge, elle jouait encore à la poupée!

Au bout du fil

J’ai repris le fil…

Ou bien déroulé le fil.

Je suis revenue aux origines, les nôtres, fragiles.

Le manuscrit se compose de plusieurs chapitres, d’extraits de courriers, listes de l’époque, de journaux intimes gardés tels quels, qui quand on les lit, laissent flotter dans l’air un étrange goût, rien d’amer, juste quelque chose de lourd à digérer. On comprend mieux, un peu tout, comment le fil s’est cousu.

Puis décousu.

Je renais chaque jour un peu plus depuis le premier mot posé, la première ligne écrite.

Quelqu’un m’a dit un jour, le jour où tu ne retiendras que le bon de cette histoire là, tu seras sauvée.

Je crois que je tiens le bon bout.

Le mien.

Le bout du fil qui me permet de construire de joyeux lendemains.

Il est enfin question de MOI

Dans les mots que je relis, dans ceux que j’arrache, ceux que je raye ou encore ceux que je change, il n’est presque question que de toi. Tout se détache et tout revient à toi. Toi, le centre du Monde, le centre de mon Monde pendant si peu de temps, si longtemps si on compte les heures de souffrance et de peine, de violence et de chaos.

Toi. Tes besoins. Tes envies. Tes questions. Tes projets. Tes doutes. Tes maux. Tes blessures. Tes coups de gueule.

Il n’a jamais été question de moi. Ou si peu. Mes rêves étaient sans importance. Mes doutes trop puérils. Mes questions balayées d’un revers de manche. Mes projets sans envergure. Mes passions insensées sauf quand mes mots s’intéressaient à Toi, parlaient de Toi. Là je devenais intéressante. Mes blessures incomparables aux tiennes. Mes coups de gueule répréhensibles.

Aujourd’hui, il est enfin question de Moi. Je prends enfin conscience d’exister et de mériter d’être heureuse. Je pense enfin à Moi. Je prends enfin soin de Moi. Sans culpabilité.

Tu ne peux pas savoir à quel point c’est agréable d’être soi…

 

Pourquoi l’as-tu épousé ?

Mon discours n’est pas encore sûr. J’hésite encore parfois quand la fameuse question du « pourquoi l’as-tu épousé ? » arrive dans la conversation. Elle me déroute toujours. Je devrais y être préparée depuis le temps. Mon patron dirait qu’il est essentiel d’anticiper. Il aurait raison pour le coup – pour une fois !

Je bafouille, je sors quelques phrases un peu bancales, sans grande conviction. Je réponds « c’est une histoire compliquée ». Ca ne suffit pas toujours. Il y a ceux qui rétorquent « aucune histoire d’amour n’est facile » et j’aimerais leur dire « nous ce n’était pas une histoire d’amour ». Ou ceux qui renchérissent « dans quel sens ? » et là les seuls synonymes qui me viennent à l’esprit sont chaotique – éreintante – catastrophique – peu épanouissante – une histoire remplie d’états d’âme.

Je suis encore mal à l’aise avec cette idée même si parfois j’aimerais lancée à la cantonade « je l’ai épousé parce que j’ai eu peur, je l’ai quitté parce que j’ai eu peur ». En fait toute notre histoire se résume à ça – la peur. Quand il y a de la peur il n’y a pas d’amour, même si l’autre ne cesse de te dire qu’il t’aime à la folie, qu’il ne te fera jamais de mal, que tout ce qu’il te dit, te demande de faire, c’est pour ton bien. Évidemment.

Et c’est étrange parce que plus j’avance et plus je me remercie d’avoir vécu cette histoire. J’ai l’impression qu’il me fallait tomber pour pouvoir m’élever encore plus haut, qu’il me fallait les vraies ténèbres pour pouvoir réellement voir la lumière, sans être effrayée.

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Un jour, je pourrais le dire, en toute franchise, haut et fort, sans douter, sans me dire que je ne suis pas juste  – dire qu’il n’était qu’un menteur, un tricheur, qu’il a joué avec mes sentiments, qu’il a abusé de mes faiblesses, qu’il m’a réduite à néant, qu’il a toujours refusé d’entendre mes « non », qu’il n’est pas intéressant. J’oserais même dire que la violence des mots laisse des cicatrices invisibles et que le silence tue.

Un jour, à la question « pourquoi l’as-tu épousé ? », je répondrais tout simplement que j’étais perdue, la proie facile, que je suis tombée dans le panneau, que je me suis retrouvée prisonnière d’une relation dont je n’ai pas réussi à sortir sans m’esquinter. Je ne dirais pas que c’est un connard ou un pauvre type. Trop facile. Je dirais juste la vérité. Sans fard. Et tant pis si certains me trouvent impudique ou pensent que j’aurais dû rester – une histoire de morale religieuse. A la vie A la mort. J’ai choisi la VIE.

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Compter

Je compte. Ca se fait ou pas. Peu importe. Je compte. Les années. Les jours. Les mois.

Je compte le temps sans un battement de cils, sans un sourire échangé, sans une main qui frôle la mienne, sans un baiser.

Je compte les minutes solides, les heures de doute, les jours d’envie et les jours sans envie.

Je compte les heures creuses, les lignes des autres qui parlent de jolies rencontres, d’amour. Je compte le manque.

Je compte. Quatre ans – 4 mois – 4 jours. Le compte est bon.

Je pourrais compter depuis plus longtemps. Mais je compte depuis le jour où j’ai quitté la maison. Tu ne m’avais ni regardée, ni touchée du bout des doigts, ni parlée sans me crier dessus depuis 9 jours.

Je pourrais compter depuis la peur, depuis les heures d’angoisse, depuis l’alarme qui annonce que le repas est cuit, depuis le premier silence.

Non je choisis de compter depuis le jour où j’ai repris les rênes de ma vie, non sans oublier les nuits d’insomnie, les jours de cris, les heures qui tremblent, les minutes comblées de larmes, à cran.

J’arrête le compteur.

J’ai envie d’une nouvelle vie, de croiser un regard, de saisir une main, d’embrasser quelqu’un, de me sentir bien…

Sans

Un jour avec toi. Un jour sans toi.

J’ai cette chance que peu ont de ne pas te partager. Ou plutôt de ne pas être privée de toi une semaine ou un weekend sur deux. J’aurais tremblé. Je crois que mon cœur se serait arrêté de battre si il avait eu des jours avec toi, sans moi, si j’avais dû te partager avec lui.

Je suis peu sans toi.

Quelques jours tous les deux mois. Quand les vacances nous séparent, le temps que tu respires l’air d’ailleurs.

Le temps que je me reconnecte à moi pour être encore mieux avec toi.