Avec toute mon amitié…

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Pour cet article, je suis allée fureter dans mes archives. Les extraits de textes qui suivent ont été écrits entre 2003 et 2007. Je voulais les partager pour une amie chère qui me lit chaque soir, pour lui dire qu’il n’y a pas de recette miracle pour vivre une séparation. Pour certains, ça prendra trois semaines, pour d’autres quelques années. Certains aimeront en diagonale, d’autres passionnément. Certains auront droit à un au revoir quand d’autres devront faire face au silence. Il n’y a pas de règle non plus. Nous aimons tous si différemment. Écrire m’a toujours libérée. J’espère qu’il en sera de même pour toi P. Avec toute mon amitié…

“Plus le choix de rejeter en bloc ce qui revient comme un boomerang torturer mon paisible quotidien, à chaque fois qu’un regard se pose sur ma faiblesse, décortique les miettes bien cachées de mes incertitudes. Il me faut tout reprendre depuis le début, m’immerger dans ce long et sombre escalier pour comprendre où tout a commencé, pourquoi tout a pris si peu de temps. Que pourrais-je dire de moi après toi que tu ne devines pas? De la peine, de l’incompréhension et ce mur qui s’élève un peu plus chaque jour entre le monde et moi. La douleur comme un fardeau désespérant, l’envie de crier, de déchirer les fragments de nos souvenirs, d’abattre la muraille d’indifférence qui annonce nos prochaines tranches de vie. Mes yeux rougis par les larmes et les nuits sans sommeil, peuplées de rêves inquiétants, offrant à notre séparation une interprétation qui ne me convient guère. Des images qui reviennent sans cesse comme un film qui se déroulerait à l’infini, mais qui n’expliquent jamais rien. “

“Le premier matin. A quoi cela sert-il ? Le premier du tout et du rien. Tout à effacer. Tout à reconstruire. Mais comment reconstruire sur des fondements brisés, sur des pierres abîmées? Comment être sûre que rien ne va s’effondrer et réduire à néant nos efforts? Je suis rentrée découragée à l’idée de devoir affronter les visages du quotidien, les prochains matins sans toi. J’ai caché mon désarroi derrière mon sourire de tous les jours. Je leur ai dit plus tard, que je ne te reverrai plus. Quand j’ai eu assimilé, quand mes messages sont restés sans réponse plus d’une semaine.”

“Tu es partout, dans mes rêves, mes pensées, mes idées, mes doutes. Tout me rappelle à toi comme une obsession. Tout est toi. Dans chaque instant de ma vie, tu vis avec moi. Tout ce que je fais en pensant à toi, peut-être le fais tu en pensant à moi ? C’est sûrement l’unique idée qui me permet d’envisager le reste de ma vie sans toi.”

“Qu’aurais-je donné pour m’accoutumer à ton absence, pour apprendre à marcher sans ta main. Je ne peux qu’être cruelle en écrivant cela, mais j’aurai préféré te voir mort que d’avoir à continuer la vie, en sachant que toi aussi tu avançais sur ce chemin quelque part, ailleurs, si loin  de moi. J’aurai eu des égards. On aurait compris ma souffrance. On m’aurait offert du temps pour effacer, reprendre mes marques, pour repartir. On ne m’aurait pas jugé.”

“Comment puis-je vivre ainsi dans l’ombre qu’a laissé ton sillage dans mon existence ? Je dois être folle pour m’accrocher de la sorte à notre passé, pour me laisser broyer par cet odieux souvenir. Je suis folle, je le crois vraiment. Je vais finir par tomber puisque aucun lien ne semble me retenir. Mais ne suis-je pas la seule à m’imposer ce vertige, à m’obliger à ressentir encore quelque chose pour toi ? Si je ne ressens plus rien, j’aurai l’impression que notre relation ne représente plus rien. Comment puis-je rayer cela de la carte existentielle ? Je demeure pourtant la seule à pouvoir détruire ce processus qui m’enchaîne à ton souvenir. Quelle est cette autre vie que je me refuse de connaître, ces autres yeux que je me condamne de croiser ? “

“J’ai appris récemment que tu venais de refaire ta vie. Je ne m’y attendais pas. Tout ce qu’on m’a dit m’a fait terriblement mal. La page se tourne. Quatre ans de joies, de peurs échangées, de projets, de rêves, de déceptions, de vie tout simplement, quatre ans rayés de la carte du monde comme si nous nous étions endormis quelque temps. Il n’y a donc plus aucun espoir. Il faut que je t’oublie définitivement. Au fond, à bien y réfléchir, c’est la chance de ma vie. Cette rencontre, c’est la rupture du lien qui nous unit, la possibilité d’envisager quelque chose après toi.”

“J’ai vécu ces  dernières années avec ton fantôme collé à ma peau. Dans toutes ces soirées où j’ai cru pouvoir l’abandonner sur un fauteuil, près d’une déesse aux cheveux d’or, il n’a cessé de me rappeler à chaque regard croisé, chaque corps un peu trop serré, chaque sourire un peu trop facile, chaque danse un peu trop sensuelle, qu’il ne fallait pas replonger. Quand mon cœur disait oui, ma raison peut-être, sa voix me murmurait non. Et c’était son conseil que je suivais. Comme si je n’existais plus moi-même, au point de me retrancher derrière l’image de ton absence. Je lui ai laissé l’amplitude de contrôler ma vie, de bloquer les vaisseaux irriguant mon cœur. Je l’ai laissé détruire ce qu’il me restait d’espérance, broyer les maigres efforts que je m’imposais pour refaire surface.”

“le temps est venu de ne plus m’encombrer l’esprit, de me gâcher l’existence avec cet adieu sordide que fut la fin de notre histoire. Je ne remets rien en cause. Je n’accuse personne. Je tente juste de comprendre ce que le silence  nous a volé. Elle revient sans cesse depuis ce matin de janvier cette même interrogation. Que nous est-il arrivé que je n’ai su discerner avant qu’il ne soit trop tard ? Quelle étape avons nous manqué ? Je n’ai toujours pas la réponse. Tout est flou et ce qui me trouble encore plus, c’est sûrement le fait de savoir que je n’aurai jamais aucune explication. “

“Je suis enfin revenue de cette longue agonie. Ta voix s’est perdue, les musiques que tu aimais tant s’élèvent comme autant de petites lumières dans mon ciel chargé de rayons lunaires, tes yeux ne remplacent plus ceux que je croise et qui me troublent, tes mains ne laissent plus de caresses décevantes sur mon corps prisonnier de ton ombre. Si la vie nous a séparés, c’est sûrement pour le meilleur.”

 

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Un souffle

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Il s’est posé là, dans le creux de mon cou, il s’est glissé frôlant le grain de ma peau. Un souffle si doux que j’aurai pu le perdre, ne pas savoir, j’aurai pu le manquer. Et le souffle se serait tu.

Il s’est posé, je l’attendais presque. Et puis le souffle a pris vie. Et la vie a pris des couleurs. Le souffle s’est accordé au mien.

Il a fait basculer mon cœur. Il a fait ressurgir mes peurs. Et mon souffle a pris froid. Il a tenté de retenir le flot des sentiments naissants et les barrages ont cédé. Un à un. L’armure s’est fissurée, brisée. Il n’y avait plus rien à cacher.

Le souffle s’est imposé, patient, aimant. Il s’est donné en vérité, sans promesse.

Posé là dans le creux de mon cou, ce souffle avait une âme, il parlait ma langue, il entendait ma voix, il savait ce que je ne savais pas.

Depuis, il embellit mes jours, jour après jour. Et mon souffle à trouver sa paix.

Dans ses bras

Des bras qui étreignent mal, oppressants, qui retiennent des caresses jugées inadaptées à un comportement jugé incorrect.

De ces bras, j’en suis revenue.

Au creux des siens, la vie se décline en des teintes pour le moins différentes. Son étreinte est rassurante, elle soutient mon corps, apaise mon cœur. Elle s’imprègne des signaux que j’envoie pour juger de ce qu’il convient de faire, de ne pas faire, ce qui pourrait être tenté, ce qui prendra du temps.

Ses bras sont le rivage auprès duquel je me sens bien, libre, où je peux être moi-même, avec autant de failles que de forces, autant de peurs que d’envies de dépasser la peur, autant de pas que je n’ose pas, autant de paradoxes qu’il accueille avec cette sensibilité qui lui est propre.

Entre ses bras, je ne me pose pas de questions, je sais que je suis respectée, aimée, et les fantômes du passé s’évanouissent doucement dans la nuit.

Par moments j’ai besoin d’être tenue, maintenue dans cette étreinte puissante, j’ai besoin de ses bras autour de moi, comme un baume qui délierait tous mes secrets et me relierait à l’essence de ce que nous partageons, les sentiments et qui dans le tumulte de la vie de tous les jours ne se dit pas toujours. Même si on le sait. Même si on le sent. Même si un sourire dit tout.

Entre ses bras, je m’abandonne…

Tout ce temps perdu

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On ne se sera rien promis. Ou alors juste comme les autres, rien de plus, rien de moins. On se sera connu en s’appréhendant du bout des doigts. On se connaîtra dans un souffle, on se reconnaîtra dans une voix. Et après. On ne sera plus que deux étrangers. On reprendra la route là où on l’a laissée. On se questionnera. On regrettera tout. On voudra réécrire l’histoire.

Peut- être que si. Peut-être que ça peut fonctionner. Peut-être qu’on peut essayer. Peut-être que ce n’était qu’une erreur de parcours, qu’on n’a pas su, qu’on n’a pas pu. On se pardonnera nos errances.

On resservira les plats, plein d’espoir, inconscients des ruines de l’histoire. On s’acharnera sur ce qui reste, sur ce qu’il nous reste. Un lien soit disant indéfectible que le temps aura endommagé. Bien sûr que non. Nous, ce sera différent. Cette fois ci on ne gardera que le bon, on se gardera de voir le verre à moitié-vide. On se satisfera d’un peu, de petits gestes, de bonheurs fugaces. On s’enverra des fleurs en se disant qu’on ne s’en sort pas si mal.

On ne parlera pas d’amour au risque de le voir se faire la malle. On se contentera du quotidien. Puisqu’on est ensemble tout va bien. On oubliera qu’on se ment dans la valse cruelle des sentiments, qui ne sont plus. On ne s’avouera jamais qu’on s’est perdu.

On ne se dira plus, on ne partagera plus. Peut-être qu’on aura l’envie de mettre un terme à la mascarade. Ou bien on restera, pour tout un tas de raisons partagées. On fera semblant de s’aimer. Ou on se s’aimera plus. On regrettera tout ce qu’on n’a pas vécu.

Tactile

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Il l’a vu au premier coup d’œil.

Et pourtant autour de moi, beaucoup vous diront que je ne le suis pas. Et pour cause, c’est quelque que chose que je n’ai pas assumé pendant longtemps.

Pourquoi me direz-vous ?

Déjà parce que chez moi on ne l’était pas. Les effusions de tendresse, très peu pour nous. Certains diront qu’un enfant ne s’adapte pas à son environnement. Je me suis sur-adaptée au mien.

J’ai besoin de toucher, de sentir. J’ai besoin de poser mes mains. Ce contact avec l’autre, les choses, les éléments est très important pour moi. Je suis par exemple une grande amatrice de câlins, de caresses, de chatouilles. Il suffit de sa main qui m’effleure, passe délicatement dans mon dos pour que tout mon corps réagisse. C’est aussi subtil que ça. Aussi subtil que le vent ou le soleil sur mes bras, recevoir un massage, le sable qui coule entre mes doigts, marcher pieds nus, sentir le contact de l’eau sur ma peau. J’ai un rapport prononcé à la sensualité, que j’ai beaucoup appréhendé à travers la danse et que je développe avec l’écriture aujourd’hui. Comme les enfants, j’apprécie aussi de manger avec les doigts – en société je me tiens, ne vous en faites pas !

Beaucoup d’hommes qui ont partagé ma vie, pour ne pas dire tous, ne l’étaient pas du tout et trouvaient d’ailleurs ce besoin assez puéril.

Beaucoup de mes amies y sont plutôt réfractaires. Dans ma famille, on se prend rarement dans les bras les uns des autres. Quand ça arrive on se sentirait presque gênés.

J’ai caché cette vérité sur moi pendant des années. Je pensais même que c’était « mal ». J’avais des idées un peu particulières sur le « bien » et le « mal ».  Si j’avais été un peu trop proche d’une amie, on aurait pu croire…Si j’avais dit que j’aimais bien laisser mes mains gambader sur ma peau  (sans y voir une connotation sexuelle), on aurait dit que…

L’Irlande a été le premier déclencheur. C’est un pays où les gens, pour le coup, sont très chaleureux, très « grandes embrassades ». Je pouvais donc être moi sans être mal vue. Niveau câlin, j’ai rattrapé mon retard. J’ai aussi rencontré des personnes tactiles pour la première fois de ma vie (ou du moins je les ai reconnues comme telles avec ma nouvelle ouverture d’esprit) et je me suis finalement dit que d’être ainsi n’était ni une malédiction, ni une tare. Par exemple j’ai une amie qui adore les chatouilles/caresses sur le corps. Étant donné que c’est quelque chose que j’aime faire, dès qu’on se voit, on se planifie une séance. Ça fait rire Loulou, qui  est un grand amateur également ! Ce sont souvent les autres qui sont gênés, jamais nous.

Le toucher est un vecteur incroyable de sensations, également pour moi un moyen d’exprimer ce que je ressens. Même si je considère que les mots sont importants, que les regards en disent long sur les sentiments, le toucher est ma manière à moi d’être au monde. On sous-estime souvent l’impact d’un câlin. Son pouvoir est immense pourtant!

Le deuxième déclencheur a été bien entendu de rencontrer un homme tactile. Dans cette relation, je n’ai plus rien à cacher. Je peux même exploiter tout un panel d’expériences que je m’interdisais jusqu’alors. La honte, la peur ont au fil du temps disparu pour laisser place à l’épanouissement, un épanouissement auquel il a largement contribué (il a insuffler un nouveau souffle à ma vie, il m’a rendu à moi-même et pour moi c’est une des plus belles preuves d’amour – toutes mes excuses pour la digression!). Mes notions de « bien » et « mal » ont évolué, on peut même dire qu’elles sont sur le point de ne plus avoir de valeur. La seule que je revendique désormais est la liberté d’être soi ! Même si dans la vie de tous les jours je m’adapte un tant soit peu à mon environnement…

Et vous, tactile, un peu, beaucoup, pas du tout ? Comment entrez-vous en contact avec les autres ? Qu’est-ce que vous inspirent les personnes tactiles ?

Et un jour, devenir maman

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Je le regarde rire aux éclats. J’entends mon rire qui fait écho au sien. La soirée a été calme, douce, drôle, apaisée. Nous avons pris notre temps, ce temps qui nous file trop souvent entre les doigts, ce temps que nous tentons de garder pour nous deux. Temps propice aux confidences, à l’évocation de souvenirs, temps de lecture, de câlins et de contes qui changent perpétuellement de fin.

Quand il a été couché, qu’il s’est endormi sans bronché, que je suis allée voir si tout allait bien, je me suis souvenue…

De nos débuts. Je l’ai déjà écrit ici. Certaines mères se sentent mères tout de suite, dès le petit “plus” sur le test, dès la naissance. Je ne fais pas partie de ces femmes. Je ne saurai dire aujourd’hui si notre enfant était un souhait commun, s’il découlait d’un projet de vie. Je l’ai désiré. Mais dans quelle mesure? Était-ce un désir inconscient de sauver une embarcation qui prenait l’eau de toute part? Je ne saurai le dire. Ma seule certitude c’est que mon enfant m’a sauvé la vie. J’ai conscience d’avoir eu cette chance de partir avant qu’une vie de famille ne se crée. Si j’étais restée, aurai-je eu le courage de partir? Ou aurai-je choisi le sacrifice que font beaucoup, d’une vie dépourvue d’essence, de sens, une vie de larmes et de drames? Les enfants restent encore et toujours notre meilleure excuse face à de tels choix.

A la maternité, oui j’ai ressenti quelque chose, quelque chose de fort. Je me suis sentie invincible le temps de le tenir contre moi. Puis au matin les fantômes ont ressurgi, les peurs se sont matérialisées, l’envie que tout ce scénario ne soit qu’un atroce cauchemar. Face à ma réalité, j’ai pris une claque magistrale.

J’ai tout mis en œuvre pour ne pas m’attacher à mon enfant. Aussi scandaleux que cela puisse paraitre, je ne me sentais pas d’attaque à être sa mère. Je ne voulais pas dépendre de lui pour m’en sortir. Je ne voulais pas qu’il porte ma peine, mon chagrin. Qui plus est je vivais dans la crainte omniprésente qu’on me le prenne – la justice pas si juste – son père. Et tous ces bien pensants qui me rappelaient l’épée de Damoclès au de ma tête, la menace de l’enlèvement.

Quand je suis arrivée à Paris, je l’ai laissé, soulagée, aux bons soins de mes parents. Je savais qu’avec eux il avait la sécurité affective nécessaire à son épanouissement. Je me suis longtemps dit que si je disparaissais, il serait aimé, protégé – le principal pour moi. Et j’ai souvent eu envie de disparaître. Puis nous avons vécu ensemble, avec un florilège de peurs qui ne cessait de prendre de l’ampleur:  peur d’être seule avec lui, peur de ne pas lui donner assez d’amour, peur de ne pas trouver ma place, peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur. J’avais l’impression que loin de moi il grandissait mieux.

Les premières années ont été dures. A tout points de vue. J’avais l’impression de mourir un peu chaque jour, tout en essayant de me sortir de tout ce chaos oppressant. Si bien que je n’ai jamais eu de mal, ni de le laisser à la crèche ou à l’école. J’avais plus confiance dans les autres que dans mes capacités à moi. J’avais besoin que ma vie soit réglée comme du papier à musique pour pouvoir poser un pas après l’autre. Je vivais le cœur lourd gangréné par une colère sourde que je laissais éclater une fois la porte fermée, face à lui qui n’avait rien demandé. Je m’effondrais en larmes le soir. J’étais une mère en équilibre, désorientée, une mère qui n’en pouvait plus, ne savait plus quelle direction prendre, pleine de points d’interrogation.

Je tentais toutefois, à chaque instant, un travail en profondeur, pour faire taire les démons, m’affranchir du passé, pardonner. Pour moi. Comme pour lui. Car entre temps, l’amour s’était frayé un passage. Je le lui disais d’ailleurs souvent. Je lui disais que je l’aimais et que je n’y arrivais pas tout le temps. Je lui disais mes forces et mes failles. Je me répétais que j’allais y arriver, que nous allions être heureux. Parce que c’est le choix que j’avais fait, le choix primaire du départ. J’avais choisi la vie.

Et contre toute attente les heures sont devenues plus légères. J’ai accepté de lâcher prise, de ne plus tout contrôler. J’ai accepté de le regarder pour ce qu’il était, un être unique, qui ne serait jamais moi, que j’allais juste guider sur le chemin de la vie pour qu’un jour il vole de ses propres ailes. Un jour j’ai accepté la tâche confiée, même si elle me parait rude par moments, j’ai pris conscience de mes responsabilités et le parti de me faire davantage confiance. Je me suis pardonnée me choix, mes errances, mes angoisses. J’ai accepté qu’il y en aurait d’autres. Notre relation a pris une autre dimension, plus juste, plus sereine, plus joyeuse. Il fallait en passer par là. Il fallait que nous apprenions l’un de l’autre, l’un avec l’autre. Ce cheminement aura été douloureux et salvateur.

Je suis devenue mère avec le temps, maman avec lui.

Et vous la maternité (ou la paternité), vous l’avez appréhendée comment?

Combien de…?

“Ce sont souvent des possibles « imaginaires » que naissent  les impossibles qui blessent”

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Combien de routes avons-nous pris, sans savoir qu’il s’agissait d’impasses ?

Combien d’espoirs avons-nous nourri, retournements de situation envisageables, qui ne nous auraient apporté qu’un apaisement fugace ?

Combien d’heures avons-nous gâché à élaborer des scénarios, faits de « si les choses avaient été différentes » ?

Combien de peurs avons-nous bravé pour être là où nous en sommes ?

Combien de blessures avons-nous surmonté, combien de chagrins avons-nous dépassé, en pensant que c’était les derniers, que le prochain nous anéantirait totalement?

Combien de pas avons-nous fait vers l’inconnu ?

Combien de marches avons-nous gravi pour un idéal, un projet, un rêve, inconscients de nos ressources ?

Combien de trahisons, de déceptions avons-nous encaissé?

Combien de mots avons-nous gardé pour nous, de crainte qu’ils ne soient à l’origine de la fin de quelque chose qui avait pourtant bon goût ?

Combien de personnes avons-nous rencontré, qui nous ont élevé, avec lesquelles nous avons construits du beau, du durable, du vrai ?

Combien de temps avons-nous pris pour apprendre à nous aimer, à nous regarder, à nous accepter, à ne pas nous juger, à nous accueillir parfaits et imparfaits ?

Combien de regrets nous ont assailli en pleine nuit, d’insomnies nous ont tenu éveillé pour tenter de recoller les morceaux d’un hypothétique final, différent?

Combien d’histoires ont attendu d’éclore, alors même que nous avancions tête baissée, incapables de discerner le jour de la nuit ?

Combien de fois avons-nous dit « jamais plus », le cœur au bord d’un vide que personne ne semblait pouvoir atteindre ?

Combien de fois nous sommes nous sentis seuls et perdus, et pourtant, enclins à nous livrer pour être entendus, épaulés ?

Combien de fois avons-nous cru ne jamais en revenir ?

Et combien de fois avons-nous repris vie, au milieu du chaos, de la peine, de la haine, de la colère, de tous ces instants froissés, de tous ces sentiments effacés, de ces évènements fracassants, ces départs prématurés qui ne nous ont jamais brisés ?

Jusqu’à lui…

Mes histoires d’amour n’ont jamais été simples.

De l’amour « interdit » à l’amour « à prouver au monde entier ». De l’amour inaccessible à l’amour à sens unique.

En passant par toutes les strates de la couche d’ozone des sentiments.

Mes histoires d’amour ont toujours été compliquées, tirées par les cheveux. J’ai passé plus de temps à justifier mes choix, qu’à vivre ce qui se présentait. Je m’enflammais en moins de quelques secondes top chrono. Et pour des hommes pas faits pour moi. Qui par ailleurs trouvaient ma sensibilité puérile, mes idées naïves, mes passions sans intérêt et mes envies enfantines.

Mes histoires d’amour n’en étaient pas. Ou en étaient dépourvu.

Elles avaient un goût de besoin, de reconnaissance, d’acceptation. Elles se nourrissaient de dépendance. Elles s’embrasaient au moindre désaccord.

Mes histoires d’amour m’ont laissé sur le bord de la route, souvent épuisée, avec un bagage lourd de vides, de silences que je n’ai jamais pu, su percer, de points d’interrogation. Les hommes que j’ai croisé, aimé en étant plein.

Certaines sont nées pour mourir, au bout d’un coup de fil. D’autres ont vécu quelques heures de félicité avant d’exploser en plein vol. Certaines n’ont existé que dans mon imagination débordante.

Aucune n’a tenu la distance. Et pourtant, même à bout de souffle, je me suis battue pour redonner vie aux absences, pour que l’histoire ne s’arrête pas là. J’y ai cru même après la fin. Je ne me suis avouée vaincue qu’une fois la tête noyée dans  le chagrin.

Mes souvenirs heureux se comptent sur les doigts d’une main…

Jusqu’à lui.

Jusqu’à ce que nous saisissions l’opportunité.

Jusqu’à ce que l’amour ressemble à de l’amour. Sans condition.

Et que je le croise dans son sourire, dans son regard, dans toutes ses attentions du quotidien.

Dans tous ces moments partagés – privilégiés dans lesquels je me sens bien. Et que j’aimerai prolonger.

Jusqu’à ce que les souvenirs heureux se multiplient et deviennent autant de bases solides à l’amour qui grandit.  

Jusqu’à lui, je ne savais pas vraiment ce que signifiait aimer et être aimé(e).

 

 

Le premier pas

Chaque histoire s’écrit au fil des pas posés, des chemins empruntés. Un frôlement et c’est parfois un monde entier qui chavire.

Si je ne retenais qu’un instant, alors ce serait celui-là, celui de ses doigts qui se posent sur mon épaule. Je ne sais pas s’il en existe un plus chargé d’émotions diverses et variées que ce geste-là, celui qui défie tout ce que l’on croit savoir sur tout, cet effleurement qu’on croit avoir rêvé, qu’on aimerait pouvoir tenir entre nos mains pour s’assurer de sa consistance, qui crée un bouillonnement qu’on ne sait comment apaiser.

A l’heure où l’on s’interroge sur ce premier pas osé vers l’inconnu, sur l’utilité de laisser planer un quelconque mystère sur soi, de ne pas tout dévoiler au premier rendez-vous, je me demande si j’aurai au ce courage-là, si lui ne l’avait pas eu. Est-ce que j’aurai été terrorisée par une potentielle réponse négative ? Est-ce que je l’aurai laissé partir plutôt que de prendre le risque d’un refus ? Est-ce qu’il y avait dans son attitude quelque chose qui aurait pu me renseigner sur ce qu’il ressentait ? Est-ce que j’ai moi-même laissé transparaître quelque chose, qui lui a donné l’audace de ce geste loin d’être banal ?

Avec mon éducation du paraître, plutôt que de l’être, mes expériences pas franchement réussies, mon manque de confiance proche du néant (je me soigne!), cette croyance qu’exprimer ce qu’on ressent c’est courir le risque de faire fuir l’autre, je n’étais pas particulièrement bien armée pour le premier pas.

Pourtant c’est celui qui marque le début de toute histoire à créer, relation à construire. S’il n’est pas posé, l’histoire n’existe pas, elle s’étouffe dans un à peu près qui au fil du temps nous prive de son essence.

Peut-être que j’aurai osé. Parce qu’on ne vit qu’une fois. Mais je n’aurai pas pu photographier cet instant, le geste, les émotions, les sensations, la naissance de cet amour qui me transporte, me révèle, me touche intensément, investit mon être, qui me donne l’énergie et l’envie de croquer la vie à pleines dents.

Et vous, le premier pas, ça vous dit quoi, ça vous fait quoi?

Aucune certitude

Il y a ceux pour qui s’engager, c’est se marier.
Certains pour qui l’engagement, c’est avoir un enfant.
D’autres qui verront plus de valeur à l’achat d’un bien immobilier ensemble.
Il y a les “un peu fous” qui fantasment sur un compte commun. Il en faut pour tous les goûts!
Il y ceux pour qui les présentations officielles aux parents, aux enfants, aux amis tiennent lieu de preuve qu’il ou elle tient à la relation, assume ce “nous”.

En amour, il n’y a aucune certitude.

On voit des couples se séparer tous les jours, des couples mariés, des couples avec des enfants, des couples officiellement présentés, des couples heureux propriétaires d’une résidence principale.
On voit des couples se promettre une présence pour le meilleur et le pire, larguer les amarres au milieu du pire comme du meilleur.
Parfois l’amour du début ne résiste pas au temps, à l’évolution de chacun. Parfois l’amour partagé ne résiste pas à la désapprobation des familles, au rejet des enfants.
Parfois il n’y a ni bébé, ni mariage, ni maison, ni présentations et ça tient. Parfois il y a tous ces ingrédients et ça ne tient pas.
Parfois il y a une vie en commun. Parfois il n’y a que des instants volés au temps.
Il y a des doubles vies qui durent et d’autres qui détruisent tout sur leur passage.
Il y a des mariages que l’on pensait avortés qui renaissent de leurs cendres et des couples qui ne passent pas les noces de coton.
Il y a des mariages de raison qui fonctionnent à merveille, des couples sur lesquels on ne pariait rien qui nous surprennent, d’autres qu’on pensait bien engagés et qui se traînent.
Il y a des mariages pour des papiers chargés d’amour. Et des mariages d’amour qui se délitent au détour d’un papier.
Il y a des amours clandestins qui s’éteignent au cimetière.
Il y a des couples qui vivent ensemble, heureux du premier au dernier jour, d’autres que le quotidien finit par saouler. Des couples libres qui survivent à tout ce que d’autres n’auraient pu imaginer.
Il y a des couples qui restent ensemble pour tout un tas de raisons. Et d’autres qui se séparent pour les mêmes raisons.

Non il n’y a aucune certitude. Ni aucune règle d’ailleurs. Il n’y a rien que nous puissions faire pour que l’amour dure éternellement. Il n’y a aucune promesse qui puisse contrer l’incertitude durablement. Et s’il n’y a qu’une vérité, c’est celle de l’amour au présent.