Cette évidence

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Dans ces soirées partagées, non soumises à de quelconques obligations, je rêve d’heures suspendues qui dureraient une éternité. Nous n’aurions pas à nous dire au revoir.

Quand je passe la porte, que je me glisse dans mes draps, tu es quelque part entre chez moi et chez toi. J’imagine ton corps et je m’endors dans le souvenir de tes bras.

Tu es dans chaque instant de mon existence et je suis dans chaque instant de la mienne. Je suis au jour, aux émotions, aux sentiments, aux heures passées à aimer la vie dans son intégralité, à la trouver légère, généreuse, magique.

Tu es tout ce que j’ai toujours espéré. En confiance. Sans jamais douter qu’un jour je croiserai ton sourire, qu’un jour nos vies s’épouseraient si délicatement, si intensément. C’est cette évidence qui chaque jour défie la peur et emporte la partie!

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Le grand pari…

On ne se dira jamais assez et on ne se dira jamais tout.

Certains mots sonneront justes, d’autres nous feront croire dans la présence hypothétique d’un faible espoir au bout d’un silence que nous n’osons briser.

Certains gestes diront plus que des mots et certains mots se diront dans le calme rassurant d’une étreinte que le reste du monde trouverait insignifiante.

On se bercera de promesses quand tout ira de travers. On sera aveugle dans la joie et alors ça n’aura pas d’importance. Ou on cherchera la faille dans un amour heureux, certains que le bonheur n’est pas pour nous. On mentira par crainte de souffrir. On souffrira par crainte d’oser. Ou alors on enverra tout valser, qu’importe l’avenir, ce qui se joue là sous nos yeux n’a pas de prix, on choisira de s’enivrer d’amour. Puisque la source est dite intarissable, on se saoulera de chaque instant de vie.

On pourra vouloir tout dire, tout écrire. Les émotions. Les sensations. Le ressenti. Et puis ce vide incommensurable dans lequel le plaisir nous emmène et duquel nous revenons certains d’avoir touché du bout des doigts une partie de nous-mêmes que nous ne connaissions pas.

On voudra savoir, comprendre. On voudra percer le mystère de l’autre, entier, si proche et si lointain à la fois. On tentera à force de questions d’imaginer l’intérieur, ce qui se trame dans le fond des tripes, au creux du plus intime des secrets de l’être.

Et puis on se souviendra que le cœur a ses raisons que la raison ignore. On ne saura jamais tout. Un jour il faudra choisir en conscience, incertains de l’issue, faire le grand saut ou renoncer. Se jeter à l’eau ou passer son chemin. Nul ne sait ce que sera demain. Et pourtant, contre toute attente, des milliers d’êtres humains font le pari chaque jour de lâcher prise, d’y croire et d’aimer, peu importe leur âge, leur sexe, leur religion ou leur passé.

Le vol de l’ange

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Quelques doutes se glissent autour du “petit +” mal dessiné d’un test acheté, le cœur en liesse, le corps déjà fatigué. Les regards se croisent. Les mains se serrent. L’histoire se dit, s’écrit à la faveur d’une nouvelle vie.

La vie se décline en doux rêves, peurs insensées, éclats de voix, éclats de joie. Sur l’horizon, l’image floue devient plus nette au fil des jours. Un ventre qui s’arrondit sous un pull trop grand. Et des mains qui caressent ce ventre porteur d’espoir. Des promesses murmurées à la nuit tombée, entre les draps d’un lit trop grand.

Des jours et des semaines à planifier, faire danser les lettres pour créer des prénoms. Le corps flanche un peu. Le cœur se détache. L’autre cœur bat. Les frissons s’attachent.

Au milieu du bonheur, des soubresauts de tendresse, quelques angoisses naissent. Premières analyses qui fixent la date de la naissance d’une mère, d’un père. Le sourire aux lèvres et le corps tendu. Des questions à l’infini au bord des lèvres. Passer le temps. Contrer l’ennui.

Sur l’échographie, l’enfant se dessine. Les yeux se parent de larmes précieuses. Premiers souvenirs inédits. Le ventre se raidit. L’enfant a un prénom. La peur guette à l’ombre des non-dits.

Puis le silence, comme une mise à mort, fait trembler la vie.

Le cœur battait. Il ne bat plus. Des torrents d’eau autour d’un ventre à l’agonie. Les cris saccagent les larmes. La folie se faufile. L’enfant vole au-dessus du vide. Le repli et l’envie d’en finir. Visages glacés d’effroi. Mains solidaires qui se cognent contre les parois solides d’un chagrin insupportable. Déjà trop de souvenirs. Une intimité violée à coups de mots pour s’en sortir. Un deuil qui parait impossible.

La mort aux origines de la vie. Anormal. Peine incommensurable. Désespoir. Colère. Lot de promesses dérisoires. Les couleurs de la vie perdent de leur saveur. L’orage éclate. La nuit s’élargit. L’enfance s’évanouit. Un ange passe.

Ce texte a été écrit pour une amie – en souvenir.

Un souffle

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Il s’est posé là, dans le creux de mon cou, il s’est glissé frôlant le grain de ma peau. Un souffle si doux que j’aurai pu le perdre, ne pas savoir, j’aurai pu le manquer. Et le souffle se serait tu.

Il s’est posé, je l’attendais presque. Et puis le souffle a pris vie. Et la vie a pris des couleurs. Le souffle s’est accordé au mien.

Il a fait basculer mon cœur. Il a fait ressurgir mes peurs. Et mon souffle a pris froid. Il a tenté de retenir le flot des sentiments naissants et les barrages ont cédé. Un à un. L’armure s’est fissurée, brisée. Il n’y avait plus rien à cacher.

Le souffle s’est imposé, patient, aimant. Il s’est donné en vérité, sans promesse.

Posé là dans le creux de mon cou, ce souffle avait une âme, il parlait ma langue, il entendait ma voix, il savait ce que je ne savais pas.

Depuis, il embellit mes jours, jour après jour. Et mon souffle à trouver sa paix.

Dans ses bras

Des bras qui étreignent mal, oppressants, qui retiennent des caresses jugées inadaptées à un comportement jugé incorrect.

De ces bras, j’en suis revenue.

Au creux des siens, la vie se décline en des teintes pour le moins différentes. Son étreinte est rassurante, elle soutient mon corps, apaise mon cœur. Elle s’imprègne des signaux que j’envoie pour juger de ce qu’il convient de faire, de ne pas faire, ce qui pourrait être tenté, ce qui prendra du temps.

Ses bras sont le rivage auprès duquel je me sens bien, libre, où je peux être moi-même, avec autant de failles que de forces, autant de peurs que d’envies de dépasser la peur, autant de pas que je n’ose pas, autant de paradoxes qu’il accueille avec cette sensibilité qui lui est propre.

Entre ses bras, je ne me pose pas de questions, je sais que je suis respectée, aimée, et les fantômes du passé s’évanouissent doucement dans la nuit.

Par moments j’ai besoin d’être tenue, maintenue dans cette étreinte puissante, j’ai besoin de ses bras autour de moi, comme un baume qui délierait tous mes secrets et me relierait à l’essence de ce que nous partageons, les sentiments et qui dans le tumulte de la vie de tous les jours ne se dit pas toujours. Même si on le sait. Même si on le sent. Même si un sourire dit tout.

Entre ses bras, je m’abandonne…

Tout ce temps perdu

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On ne se sera rien promis. Ou alors juste comme les autres, rien de plus, rien de moins. On se sera connu en s’appréhendant du bout des doigts. On se connaîtra dans un souffle, on se reconnaîtra dans une voix. Et après. On ne sera plus que deux étrangers. On reprendra la route là où on l’a laissée. On se questionnera. On regrettera tout. On voudra réécrire l’histoire.

Peut- être que si. Peut-être que ça peut fonctionner. Peut-être qu’on peut essayer. Peut-être que ce n’était qu’une erreur de parcours, qu’on n’a pas su, qu’on n’a pas pu. On se pardonnera nos errances.

On resservira les plats, plein d’espoir, inconscients des ruines de l’histoire. On s’acharnera sur ce qui reste, sur ce qu’il nous reste. Un lien soit disant indéfectible que le temps aura endommagé. Bien sûr que non. Nous, ce sera différent. Cette fois ci on ne gardera que le bon, on se gardera de voir le verre à moitié-vide. On se satisfera d’un peu, de petits gestes, de bonheurs fugaces. On s’enverra des fleurs en se disant qu’on ne s’en sort pas si mal.

On ne parlera pas d’amour au risque de le voir se faire la malle. On se contentera du quotidien. Puisqu’on est ensemble tout va bien. On oubliera qu’on se ment dans la valse cruelle des sentiments, qui ne sont plus. On ne s’avouera jamais qu’on s’est perdu.

On ne se dira plus, on ne partagera plus. Peut-être qu’on aura l’envie de mettre un terme à la mascarade. Ou bien on restera, pour tout un tas de raisons partagées. On fera semblant de s’aimer. Ou on se s’aimera plus. On regrettera tout ce qu’on n’a pas vécu.

Tactile

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Il l’a vu au premier coup d’œil.

Et pourtant autour de moi, beaucoup vous diront que je ne le suis pas. Et pour cause, c’est quelque que chose que je n’ai pas assumé pendant longtemps.

Pourquoi me direz-vous ?

Déjà parce que chez moi on ne l’était pas. Les effusions de tendresse, très peu pour nous. Certains diront qu’un enfant ne s’adapte pas à son environnement. Je me suis sur-adaptée au mien.

J’ai besoin de toucher, de sentir. J’ai besoin de poser mes mains. Ce contact avec l’autre, les choses, les éléments est très important pour moi. Je suis par exemple une grande amatrice de câlins, de caresses, de chatouilles. Il suffit de sa main qui m’effleure, passe délicatement dans mon dos pour que tout mon corps réagisse. C’est aussi subtil que ça. Aussi subtil que le vent ou le soleil sur mes bras, recevoir un massage, le sable qui coule entre mes doigts, marcher pieds nus, sentir le contact de l’eau sur ma peau. J’ai un rapport prononcé à la sensualité, que j’ai beaucoup appréhendé à travers la danse et que je développe avec l’écriture aujourd’hui. Comme les enfants, j’apprécie aussi de manger avec les doigts – en société je me tiens, ne vous en faites pas !

Beaucoup d’hommes qui ont partagé ma vie, pour ne pas dire tous, ne l’étaient pas du tout et trouvaient d’ailleurs ce besoin assez puéril.

Beaucoup de mes amies y sont plutôt réfractaires. Dans ma famille, on se prend rarement dans les bras les uns des autres. Quand ça arrive on se sentirait presque gênés.

J’ai caché cette vérité sur moi pendant des années. Je pensais même que c’était « mal ». J’avais des idées un peu particulières sur le « bien » et le « mal ».  Si j’avais été un peu trop proche d’une amie, on aurait pu croire…Si j’avais dit que j’aimais bien laisser mes mains gambader sur ma peau  (sans y voir une connotation sexuelle), on aurait dit que…

L’Irlande a été le premier déclencheur. C’est un pays où les gens, pour le coup, sont très chaleureux, très « grandes embrassades ». Je pouvais donc être moi sans être mal vue. Niveau câlin, j’ai rattrapé mon retard. J’ai aussi rencontré des personnes tactiles pour la première fois de ma vie (ou du moins je les ai reconnues comme telles avec ma nouvelle ouverture d’esprit) et je me suis finalement dit que d’être ainsi n’était ni une malédiction, ni une tare. Par exemple j’ai une amie qui adore les chatouilles/caresses sur le corps. Étant donné que c’est quelque chose que j’aime faire, dès qu’on se voit, on se planifie une séance. Ça fait rire Loulou, qui  est un grand amateur également ! Ce sont souvent les autres qui sont gênés, jamais nous.

Le toucher est un vecteur incroyable de sensations, également pour moi un moyen d’exprimer ce que je ressens. Même si je considère que les mots sont importants, que les regards en disent long sur les sentiments, le toucher est ma manière à moi d’être au monde. On sous-estime souvent l’impact d’un câlin. Son pouvoir est immense pourtant!

Le deuxième déclencheur a été bien entendu de rencontrer un homme tactile. Dans cette relation, je n’ai plus rien à cacher. Je peux même exploiter tout un panel d’expériences que je m’interdisais jusqu’alors. La honte, la peur ont au fil du temps disparu pour laisser place à l’épanouissement, un épanouissement auquel il a largement contribué (il a insuffler un nouveau souffle à ma vie, il m’a rendu à moi-même et pour moi c’est une des plus belles preuves d’amour – toutes mes excuses pour la digression!). Mes notions de « bien » et « mal » ont évolué, on peut même dire qu’elles sont sur le point de ne plus avoir de valeur. La seule que je revendique désormais est la liberté d’être soi ! Même si dans la vie de tous les jours je m’adapte un tant soit peu à mon environnement…

Et vous, tactile, un peu, beaucoup, pas du tout ? Comment entrez-vous en contact avec les autres ? Qu’est-ce que vous inspirent les personnes tactiles ?

Et un jour, devenir maman

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Je le regarde rire aux éclats. J’entends mon rire qui fait écho au sien. La soirée a été calme, douce, drôle, apaisée. Nous avons pris notre temps, ce temps qui nous file trop souvent entre les doigts, ce temps que nous tentons de garder pour nous deux. Temps propice aux confidences, à l’évocation de souvenirs, temps de lecture, de câlins et de contes qui changent perpétuellement de fin.

Quand il a été couché, qu’il s’est endormi sans bronché, que je suis allée voir si tout allait bien, je me suis souvenue…

De nos débuts. Je l’ai déjà écrit ici. Certaines mères se sentent mères tout de suite, dès le petit “plus” sur le test, dès la naissance. Je ne fais pas partie de ces femmes. Je ne saurai dire aujourd’hui si notre enfant était un souhait commun, s’il découlait d’un projet de vie. Je l’ai désiré. Mais dans quelle mesure? Était-ce un désir inconscient de sauver une embarcation qui prenait l’eau de toute part? Je ne saurai le dire. Ma seule certitude c’est que mon enfant m’a sauvé la vie. J’ai conscience d’avoir eu cette chance de partir avant qu’une vie de famille ne se crée. Si j’étais restée, aurai-je eu le courage de partir? Ou aurai-je choisi le sacrifice que font beaucoup, d’une vie dépourvue d’essence, de sens, une vie de larmes et de drames? Les enfants restent encore et toujours notre meilleure excuse face à de tels choix.

A la maternité, oui j’ai ressenti quelque chose, quelque chose de fort. Je me suis sentie invincible le temps de le tenir contre moi. Puis au matin les fantômes ont ressurgi, les peurs se sont matérialisées, l’envie que tout ce scénario ne soit qu’un atroce cauchemar. Face à ma réalité, j’ai pris une claque magistrale.

J’ai tout mis en œuvre pour ne pas m’attacher à mon enfant. Aussi scandaleux que cela puisse paraitre, je ne me sentais pas d’attaque à être sa mère. Je ne voulais pas dépendre de lui pour m’en sortir. Je ne voulais pas qu’il porte ma peine, mon chagrin. Qui plus est je vivais dans la crainte omniprésente qu’on me le prenne – la justice pas si juste – son père. Et tous ces bien pensants qui me rappelaient l’épée de Damoclès au de ma tête, la menace de l’enlèvement.

Quand je suis arrivée à Paris, je l’ai laissé, soulagée, aux bons soins de mes parents. Je savais qu’avec eux il avait la sécurité affective nécessaire à son épanouissement. Je me suis longtemps dit que si je disparaissais, il serait aimé, protégé – le principal pour moi. Et j’ai souvent eu envie de disparaître. Puis nous avons vécu ensemble, avec un florilège de peurs qui ne cessait de prendre de l’ampleur:  peur d’être seule avec lui, peur de ne pas lui donner assez d’amour, peur de ne pas trouver ma place, peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur. J’avais l’impression que loin de moi il grandissait mieux.

Les premières années ont été dures. A tout points de vue. J’avais l’impression de mourir un peu chaque jour, tout en essayant de me sortir de tout ce chaos oppressant. Si bien que je n’ai jamais eu de mal, ni de le laisser à la crèche ou à l’école. J’avais plus confiance dans les autres que dans mes capacités à moi. J’avais besoin que ma vie soit réglée comme du papier à musique pour pouvoir poser un pas après l’autre. Je vivais le cœur lourd gangréné par une colère sourde que je laissais éclater une fois la porte fermée, face à lui qui n’avait rien demandé. Je m’effondrais en larmes le soir. J’étais une mère en équilibre, désorientée, une mère qui n’en pouvait plus, ne savait plus quelle direction prendre, pleine de points d’interrogation.

Je tentais toutefois, à chaque instant, un travail en profondeur, pour faire taire les démons, m’affranchir du passé, pardonner. Pour moi. Comme pour lui. Car entre temps, l’amour s’était frayé un passage. Je le lui disais d’ailleurs souvent. Je lui disais que je l’aimais et que je n’y arrivais pas tout le temps. Je lui disais mes forces et mes failles. Je me répétais que j’allais y arriver, que nous allions être heureux. Parce que c’est le choix que j’avais fait, le choix primaire du départ. J’avais choisi la vie.

Et contre toute attente les heures sont devenues plus légères. J’ai accepté de lâcher prise, de ne plus tout contrôler. J’ai accepté de le regarder pour ce qu’il était, un être unique, qui ne serait jamais moi, que j’allais juste guider sur le chemin de la vie pour qu’un jour il vole de ses propres ailes. Un jour j’ai accepté la tâche confiée, même si elle me parait rude par moments, j’ai pris conscience de mes responsabilités et le parti de me faire davantage confiance. Je me suis pardonnée me choix, mes errances, mes angoisses. J’ai accepté qu’il y en aurait d’autres. Notre relation a pris une autre dimension, plus juste, plus sereine, plus joyeuse. Il fallait en passer par là. Il fallait que nous apprenions l’un de l’autre, l’un avec l’autre. Ce cheminement aura été douloureux et salvateur.

Je suis devenue mère avec le temps, maman avec lui.

Et vous la maternité (ou la paternité), vous l’avez appréhendée comment?

Combien de…?

“Ce sont souvent des possibles « imaginaires » que naissent  les impossibles qui blessent”

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Combien de routes avons-nous pris, sans savoir qu’il s’agissait d’impasses ?

Combien d’espoirs avons-nous nourri, retournements de situation envisageables, qui ne nous auraient apporté qu’un apaisement fugace ?

Combien d’heures avons-nous gâché à élaborer des scénarios, faits de « si les choses avaient été différentes » ?

Combien de peurs avons-nous bravé pour être là où nous en sommes ?

Combien de blessures avons-nous surmonté, combien de chagrins avons-nous dépassé, en pensant que c’était les derniers, que le prochain nous anéantirait totalement?

Combien de pas avons-nous fait vers l’inconnu ?

Combien de marches avons-nous gravi pour un idéal, un projet, un rêve, inconscients de nos ressources ?

Combien de trahisons, de déceptions avons-nous encaissé?

Combien de mots avons-nous gardé pour nous, de crainte qu’ils ne soient à l’origine de la fin de quelque chose qui avait pourtant bon goût ?

Combien de personnes avons-nous rencontré, qui nous ont élevé, avec lesquelles nous avons construits du beau, du durable, du vrai ?

Combien de temps avons-nous pris pour apprendre à nous aimer, à nous regarder, à nous accepter, à ne pas nous juger, à nous accueillir parfaits et imparfaits ?

Combien de regrets nous ont assailli en pleine nuit, d’insomnies nous ont tenu éveillé pour tenter de recoller les morceaux d’un hypothétique final, différent?

Combien d’histoires ont attendu d’éclore, alors même que nous avancions tête baissée, incapables de discerner le jour de la nuit ?

Combien de fois avons-nous dit « jamais plus », le cœur au bord d’un vide que personne ne semblait pouvoir atteindre ?

Combien de fois nous sommes nous sentis seuls et perdus, et pourtant, enclins à nous livrer pour être entendus, épaulés ?

Combien de fois avons-nous cru ne jamais en revenir ?

Et combien de fois avons-nous repris vie, au milieu du chaos, de la peine, de la haine, de la colère, de tous ces instants froissés, de tous ces sentiments effacés, de ces évènements fracassants, ces départs prématurés qui ne nous ont jamais brisés ?

Jusqu’à lui…

Mes histoires d’amour n’ont jamais été simples.

De l’amour « interdit » à l’amour « à prouver au monde entier ». De l’amour inaccessible à l’amour à sens unique.

En passant par toutes les strates de la couche d’ozone des sentiments.

Mes histoires d’amour ont toujours été compliquées, tirées par les cheveux. J’ai passé plus de temps à justifier mes choix, qu’à vivre ce qui se présentait. Je m’enflammais en moins de quelques secondes top chrono. Et pour des hommes pas faits pour moi. Qui par ailleurs trouvaient ma sensibilité puérile, mes idées naïves, mes passions sans intérêt et mes envies enfantines.

Mes histoires d’amour n’en étaient pas. Ou en étaient dépourvu.

Elles avaient un goût de besoin, de reconnaissance, d’acceptation. Elles se nourrissaient de dépendance. Elles s’embrasaient au moindre désaccord.

Mes histoires d’amour m’ont laissé sur le bord de la route, souvent épuisée, avec un bagage lourd de vides, de silences que je n’ai jamais pu, su percer, de points d’interrogation. Les hommes que j’ai croisé, aimé en étant plein.

Certaines sont nées pour mourir, au bout d’un coup de fil. D’autres ont vécu quelques heures de félicité avant d’exploser en plein vol. Certaines n’ont existé que dans mon imagination débordante.

Aucune n’a tenu la distance. Et pourtant, même à bout de souffle, je me suis battue pour redonner vie aux absences, pour que l’histoire ne s’arrête pas là. J’y ai cru même après la fin. Je ne me suis avouée vaincue qu’une fois la tête noyée dans  le chagrin.

Mes souvenirs heureux se comptent sur les doigts d’une main…

Jusqu’à lui.

Jusqu’à ce que nous saisissions l’opportunité.

Jusqu’à ce que l’amour ressemble à de l’amour. Sans condition.

Et que je le croise dans son sourire, dans son regard, dans toutes ses attentions du quotidien.

Dans tous ces moments partagés – privilégiés dans lesquels je me sens bien. Et que j’aimerai prolonger.

Jusqu’à ce que les souvenirs heureux se multiplient et deviennent autant de bases solides à l’amour qui grandit.  

Jusqu’à lui, je ne savais pas vraiment ce que signifiait aimer et être aimé(e).