Comme autrefois

Il regarde devant lui, en contrebas les maisons, petits points de poussière colorés, se détachent sur l’horizon. Il apprécie le silence de cet endroit, repère de bergers qui jadis venaient faire paître leurs troupeaux – en reste-t-il de ces hommes-là, alertes et aptes à travailler de longues heures, gestes précis et corps plongé dans une contemplation quasi monastique ?

Il savoure la quiétude de ce lieu comme oublié du temps, les yeux vissés sur l’ubac*. Son cœur bat la chamade, cette mélodie cruelle qui lui rappelle pourquoi il se trouve là, aujourd’hui, pourquoi il a parcouru tant de kilomètres en une nuit. Nuit d’orage et routes glissantes. Le fracas de la ville puis le froid de la campagne déserte. Au petit matin, un feu l’attendait dans la salle commune de la maison. Comme autrefois.

Le chien avait aboyé. Hurlé à la mort plutôt, réveillant le village, alertant les alentours. Un départ sans retour. Aussi simple que cela. La mort, on en fait tout un plat. Et puis elle débarque, c’est l’heure d’éteindre les lumières, d’égrener les regrets, de regarder la vie s’esquiver sans un mot, sans même un aurevoir.

Le téléphone avait sonné. Hurlé la fin dans le grand appartement du 5e étage. Instant gravé dans le marbre des dalles du hall d’entrée. Il avait décroché, inquiet, impatient. La nouvelle telle une onde s’était faufilée entre les interstices de ses pensées et c’est avec une fluidité quasi surnaturelle qu’il s’était habillé, puis dirigé vers sa voiture.

Pas le temps de réfléchir. L’urgence. La gérer. Et puis après aviser.

Il se tient toujours là, à flanc de montagne, incertain des maux qui le travaillent. Il ne sait rien de la fin de ceux que l’on aime. Alors il se tait et respire la chaleur de la terre. Sa terre.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots à insérer dans le texte étaient les suivants: ubac – fluidité – aboyer – berger – geste – feu – poussière – onde – retour – éteindre – chamade.

* Aucune certitude sur la bonne utilisation du mot “ubac”…

Advertisements

Sur le chemin…

Une histoire s’écrit chaque jour entre le monde et nous, entre nos histoires communes. Histoires de cœur, de corps. Histoires de peaux, de rêves. Histoires d’amour ou d’amitié.

Chaque jour donne un sens à notre existence et chaque jour nous demande de dépasser blessures et regrets. Chaque jour, nous avançons sur le chemin, parfois pavé, parfois de traverse. Nous posons un pied après l’autre, le pas tantôt sûr, tantôt incertain. Nous regardons parfois en arrière, histoire de nous rassurer. Le chemin est tortueux, couvert de ronces et de racines. Il faut mieux continuer, aller de l’avant, poser les yeux sur la pointe de la montagne plutôt que de redescendre en chute libre. Chaque jour nous espérons en des lendemains plus cléments, nous regardons la lumière prendre de l’intensité, nos yeux se déshabituent doucement de la pénombre, prennent leurs aises avec la clarté. Chaque jour nous construisons à notre rythme sur des bases de plus en plus solides. Le tout n’est pas de savoir si nous faisons bien. Nous tomberons peut-être encore en chemin. Le tout est d’avancer en direction de notre destin. Et d’y croire avec tout notre cœur et toute notre âme.

Notre histoire c’est d’être vivants. Tout simplement.