De la force (et) de l’amour

C’est devenu facile de lui parler de lui. Quand les questions viennent, la parole ne se fige plus dans un rictus compliqué, le chaos ne se glisse plus comme si un combat sans merci allait commencer. C’est fluide, pas toujours simple mais fluide. C’est par vague, des moments il parle beaucoup de lui, d’autres il n’y pense pas ou s’il y pense il n’en parle pas. Peut-être que c’est clair à ce moment-là.

Il sait qu’il peut m’en parler. J’ai toujours souhaité être ouverte là-dessus. Même  si ça m’a longtemps couté, surtout au début, même si c’était compliqué de devoir faire semblant à l’évocation d’un prénom, à la vue d’une photo. Même si le sujet était devenu presque tabou entre tous les protagonistes de cette histoire « sordide ». Je voulais qu’il se sente libre d’en parler, comme de ne pas en parler, qu’il ait accès à son espace identitaire, au-delà de ce que j’avais vécu en tant que femme.

Mettre un visage sur un prénom. Savoir d’où il vient. L’histoire il la sait, depuis le début. Elle n’a jamais été édulcorée, juste racontée à hauteur d’enfant, avec les mots qui aujourd’hui ont un sens pour lui. Il sait ce qu’il doit savoir, rien de plus, rien de moins.

Je me rends compte toutefois que nous n’avons pas tous évolué de la même façon sur ce sujet « sensible ». Quand il évoque son père, les mots et les regards ne disent pas la même chose. Je me demande s’il le sent, s’il remarque cette moue, ce petit rien, mélange de peur et de colère, ce clignement d’œil presque insignifiant,  qui me frappe pourtant toujours en plein cœur, comme s’il restait des morceaux d’humanité blessés en chacun d’eux, comme si la rage n’attendait qu’un mot pour sortir et se libérer de tout ce qui pèse comme un poids mort. Certains gardent le silence. D’autres sursautent à la moindre pensée de ce qui pourrait arriver si. D’autres se font des scénarios sur l’avenir, mon avenir, le sien. Tout le monde essaie de se rassurer comme il peut avec ce qu’il a entre les mains, peu de choses au final, je finis par être discrète, par en dire le moins possible pour apaiser les cœurs et les esprits, pour que les mots ne soient plus aussi violents qu’ils le furent, pour qu’ils ne m’atteignent plus dans le bonheur de l’instant présent.

C’est devenu facile de lui parler de lui. J’ai fait mon deuil. J’ai pardonné ce qu’il y avait à pardonner. Les autres, un peu ou pas. Ils sont de ceux qui pensent que tout ne se pardonne pas. Ils préfèrent vivre avec ce poids sur le cœur, comme une marque de ce qui fut, comme une blessure qui ne peut totalement guérir. C’est peut-être une question de ligne de départ ou encore une façon d’envisager le pire, pour ne pas être pris au dépourvu si le pire se manifeste. Peut-être que la route était plus facile pour moi, je l’avais lui, ce petit être à protéger, à aimer. Peut-être qu’il m’a donné l’envie de me dépasser, de dépasser ce qui me tirait vers le bas. Il a été ma lumière dans les heures creuses, le soleil auquel je me suis raccrochée bien des fois pour continuer. Ou c’est peut-être un choix, le choix de la vie, d’une nouvelle page à écrire, plus vraie.

Je souhaite être juste avec le passé, comme le présent. Je souhaite être juste avec l’histoire, son histoire. Pour qu’il puisse un jour faire ses choix, en conscience. Si pour certains le risque est grand, l’incertitude omniprésente, je sais que ma peur s’est transmutée en force. Et que cette force, couplée à l’amour, personne ne peut rien contre.

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Tous vos avis sont les bienvenus…

L’année dernière à la même période je prenais la décision de créer mon site Auteur. L’idée était de gagner en visibilité. Pour cela? j’ai fait appel à une professionnelle et je peux dire qu’une fois le travail terminé, j’étais très satisfaite.

Un an après, un bilan s’impose. Non comme un couperet qui trancherait dans le vif mais pour peser le pour, le contre et surtout savoir si je continue dans cette voie ou si je choisis un autre chemin.

Entre il y a un an et aujourd’hui, il est certain que je ne suis ni la même femme, ni le même auteur (désolé je déteste autrice !). Mon style a évolué, j’ai évolué.

Mais au-delà du style, de la forme des choses, je me pose la question de ce que l’existence de mon site m’a apporté.

Force est de constater que une fois de plus (une fois n’est pas coutume non plus) je me suis sentie tiraillée, ne sachant pas toujours où placer mes mots, ici ou là-bas. Ce n’est pas l’existence de deux blogs qui me pose problème car j’ai toujours eu deux blogs, un anglais, un français – au minimum – c’est plutôt où je me situe dans cet état des choses. Sans compter le nombre de personnes que j’ai perdu en cours de route (ceux qui restent sont courageux je dois le dire!)

Comme mon écriture a changé, mon regard sur l’écriture aussi. Le plaisir de partager est je crois plus fort que celui de « vendre » mon travail. Je suis d’avis que tout travail mérite salaire. Et moi j’en ai un salaire justement. Je fais un travail qui me plait, même si il y a des creux de vague et que parfois j’ai des envies d’ailleurs. L’écriture c’est un plus, une passion qui m’apporte énormément mais n’est pas mon gagne-pain.

J’ai eu une période où le besoin d’être reconnue, appréciée était si intense qu’il fallait qu’on me voit et pour qu’on me voit, il fallait que je me mette en avant, quitte à aller à l’encontre de qui je suis. D’ailleurs je suis passée par Facebook, Instagram, j’ai joué le jeu jusqu’à être fatiguée de faire comme tout le monde, de passer du temps sur des choses qui ne m’apportaient rien et pour lesquelles j’avais la nette impression de me travestir pour être acceptée. Puis je me suis lassée. Et j’ai tout lâché. Alors même qu’ils étaient nombreux à me dire de persévérer, ça porterait ses fruits à terme.

Mais quels fruits justement ?

Qu’est-ce que j’attendais ?

Qu’est-ce que j’attends ?

Je suis dans cette réflexion en ce moment. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai une vie sereine et épanouie, je suis heureuse tant dans ma vie professionnelle, sentimentale, familiale, personnelle. J’ai trouvé mon équilibre de maman, de femme, qui sans cesse est challengé bien entendu (sinon ce ne serait pas drôle !). J’ai de plus en plus de moments où je me sens à ma place et en sécurité. L’écriture est un plus qui me file des papillons dans le ventre et tous les messages que je reçois au quotidien ne font que me confirmer mon ressenti et mes envies.

Je n’ai toutefois pas l’envie d’en faire un business. J’ai davantage envie que mes mots soient lus par le plus grand nombre, de toucher des vies, de donner envie à certains d’apprécier la poésie ou à d’autres de simplement se lancer dans l’aventure.

Aujourd’hui j’en suis là, j’essaye de ne pas céder à l’impulsivité et tout bazarder d’un coup. Mais d’ici quelques semaines il me faudra prendre une décision, renouveler ou non mon nom de domaine, migrer mes articles, renommer mon blog anglais peut-être, juste garder le site qui propose mes livres. Ou tourner la page, contente d’avoir tenté l’expérience.

Vous en pensez-quoi ?

Tous les avis sont les bienvenus, même si je sais que le choix n’appartient qu’à moi…

Pourquoi détestons-nous tant le mensonge ?

J’avais envie de rebondir sur vos commentaires d’hier sur le mensonge. On sent que c’est un sujet brulant pour beaucoup et ça m’a donné à réfléchir. Mise à part une personne, vous vous êtes toutes insurgées contre le mensonge. Et je comprends, le mensonge ce n’est jamais agréable et le problème, c’est qu’une fois découvert, on ne sait plus où se situe la vérité. Tout devient plus compliqué, source de questions et de suppositions. Sans fin. Sans oublier que le mensonge entache considérablement la confiance.

Je ne porterais pas de jugement sur le mensonge parce que pendant longtemps j’ai été une menteuse hors-pair. D’abord pour être acceptée, aimée. Souvent pour me protéger et plus tard pour protéger ceux que j’aimais.

Mon objectif n’a jamais été de nuire à autrui. Et d’ailleurs? même si nous pensons en général que le mensonge a pour finalité de faire mal, je suis d’avis qu’il est le plus souvent un moyen pour beaucoup de pallier un manque, un besoin, qu’il est lié à une blessure passée que nous avons choisi d’occulter ou à un mal être présent que nous ne savons pas comment gérer.

Est-il toujours nécessaire de savoir la vérité ? Quelle vérité ? La mienne sera différente de la vôtre. Certaines situations impliquent de garder le silence. La vérité est parfois plus cruelle qu’un mensonge par omission. On dit bien que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire!

Et si mentir était parfois un acte empathique, à vocation de protéger l’autre d’une réalité trop difficile à accepter, de choix de vie compliqués à expliquer.

Bien entendu certains mensonges sont graves et peuvent avoir des conséquences catastrophiques pour nous et ceux qui nous entourent. Quand d’autres sont imposés par les circonstances de la vie. A partir de quand, de quoi pouvons-nous juger la valeur d’un mensonge?

Aux vues de vos réactions, je me suis alors posé la question suivante : Pourquoi détestons-nous tant le mensonge ?

Après tout, c’est la personne qui ment qui est la plus à plaindre, elle qui a besoin du mensonge pour exister, vivre. Quant à nous, nous sommes libres de la croire ou pas, d’accepter son mensonge ou pas. Et de lui faire à nouveau confiance ou pas. Le mensonge d’autrui nous renverrait-il à nos propres limites ?

Mais surtout pourquoi détestons-nous tant le mensonge quand nous sommes passés maîtres dans l’art de nous  mentir à nous-mêmes?

Combien de fois nous mentons-nous par jour ?

Sommes-nous vrais, francs, sincères quand il est question de nous-mêmes ?

Combien de mensonges forment l’épais brouillard de nos quotidiens ?

Combien de fois refusons nous de voir la vérité en face, d’ouvrir les yeux ? Nous préférons souvent poser un voile sur une situation, des sentiments puis accuser l’autre de ne pas nous avoir tout dit.

Alors dites-moi, quand avez-vous menti pour la dernière fois ? Quand vous êtes-vous menti pour la dernière fois ?

Parlons fantasmes!

Quand on parle fantasmes,  on entre dans un univers où codes, limites, barrières, peurs s’écroulent.  On est dans l’imaginaire et dans l’imaginaire tout est possible.

Entre les « on-dit », les « non-dits », les tabous, des expériences plus ou moins agréables, pour ne pas dire déstabilisantes, la sexualité est devenue un sujet délicat à évoquer. Dans le couple ou en dehors du couple. Ok, il y a certaines personnes très à l’aise, les veinardes!

Quand il est question des miens, je détourne assez facilement la conversation. Au-delà du fait que ce soit très intime, ça renvoie, je trouve,  à une sexualité sans fard, sans artifice. J’irais même au-delà, sans sentiment particulier. Nos fantasmes n’existent pas forcément à l’intérieur d’une relation, ils existent juste en tant que tels, à l’état brut. Ils renvoient à des images, des projections de soi, de l’autre. D’ailleurs nous n’avons pas besoin d’être deux pour en avoir.

Au sein d’un couple, quelques soient les choix de ce couple d’ailleurs, les sentiments, la confiance, l’écoute, le respect, le dialogue, l’amour, les envies communes, le plaisir créent une harmonie, une vibration particulière. La sexualité prend une autre dimension.

Je pense que si certains fantasmes sont réalisables, d’autres relèvent plus du domaine du jeu. Ils existent dans un espace, une réalité qui est complètement déconnectée de nous-mêmes (prenons un exemple commun à beaucoup de femmes – faire l’amour avec une star de cinéma !).

Comme je le disais, dans nos fantasmes il n’y a pas vraiment de limite (prenons cette fois-ci l’exemple du viol). Si dans nos scénarios les plus torrides, ce fantasme active notre libido, fait monter notre désir, il est clair qu’une fois revenues les pieds sur terre, un viol reste un cauchemar que nous ne souhaiterions jamais vivre.

Nos fantasmes sont amenés à évoluer avec le temps, au fil de nos expériences et de nos rencontres. Nos limites aussi. Avec un partenaire, telle ou telle chose sera envisageable, avec un autre, ce n’est même pas la peine d’y penser. Un fantasme réalisé pourra nous plaire un temps et puis on se lassera. Un autre ne sera jamais réalisé parce que nous souhaitons que cela reste du rêve, comme quelque chose d’inaccessible (mais qui de temps en temps nous fait du bien). Un fantasme, une fois énoncé, pourra se cogner aux “barrières” de l’esprit – je pense à la soumission par exemple – si le mot même ne vous fait pas sursauter, c’est que vous êtes plus avancés que moi sur le sujet! Il y aussi les fantasmes de l’autre qui ne collent peut-être pas avec les nôtres et vice-versa (pour ma part, l’échangisme par exemple est hors de question!).

Assumer ses fantasmes reviendrait donc à assumer sa sexualité, son imagination (débordante parfois), son potentiel érotique, sa sensualité.  Au-delà de ça, assumer LA sexualité comme une des pierres fondatrices de nos existences et de nos relations, un cocktail d’émotions, de pulsions, de sensations. Accepter notre sexualité c’est accepter notre part d’animalité, de violence. C’est un merveilleux outil de connaissance et de dépassement de soi. Encore faut-il être prêt à laisser nos peurs de côté et à lâcher prise…

Il est clair que parler de fantasmes, des siens, de ceux de l’autre permet d’établir une certaine complicité au sein du couple. Après tout, ce n’est pas parce que vous allez dire qu’un plan à trois vous tente que demain votre partenaire va inviter son meilleur pote ou sa copine pour que votre fantasme devienne réalité !

Encore une fois, la réalisation (ou non) d’un fantasme au sein du couple devra rester un choix à deux. Un fantasme ne devrait jamais être imposé, un « non » respecté.

Ça méritait bien un article en effet!

Dis moi, tu as envie de quoi?

En discutant récemment avec plusieurs personnes, je me suis rendue compte que j’étais incapable de répondre à la question “tu as envie de quoi?”.

Est-ce que je n’ai pas d’envies?

Si j’en ai, bien sûr. Des envies toutes simples, superficielles, qui si elles ne sont pas satisfaites, ne nuiront pas à mon bonheur. Si on me pose la question, là maintenant, je dirais que j’ai bien envie de rentrer chez moi un soir, mettre les pieds sous la table et ne pas avoir à faire la vaisselle en prime! Pas le summum de l’originalité!

Est-ce que je me suis déjà posé la question de mes envies?

Ou est-ce que je me suis trop occupé des envies des autres – par envie de plaire aux autres – en m’oubliant dans l’équation?

Est-ce que j’ai appris à répondre seule à cette question, à satisfaire seule mes envies? Et du coup je me trouve à court quand quelqu’un pose la question?

J’ai des envies communes à beaucoup de personnes: avoir davantage confiance en moi, aimer mon corps avec ses “défauts”, lâcher prise Et puis des envies qui s’accordent plutôt avec mes rêves, comme m’acheter un objectif, prendre des cours de photographie, écrire un nouveau livre, passer une nuit dans les arbres, m’acheter une jolie robe pour sortir…

Une unique envie sort du lot: passer du temps avec les gens que j’aime. Que ce soit se poser au soleil, se balader ou partager un repas sur une aire de pique-nique. Toutes les idées me vont – c’est peut-être pour ça que je ne suis pas force de proposition. Du temps de qualité, des échanges, du partage, je suis comblée. Je ne dirais pas que je me satisfais de peu, même si c’est ce à quoi j’ai été habituée, mais tout ou presque me plait tant que je suis en bonne compagnie!

Au final, les personnes qui s’intéressent vraiment à moi, me regardent être, vivre, finissent par savoir. A ma place. J’aimerais pouvoir les guider, mais je me sens assez désarmée face à cette question à laquelle je n’ai bien souvent aucune réponse sur le moment.

Est-ce que vous avez des envies? Est-ce que vous savez les exprimer? Ou est-ce qu’elles sont enfouies? Ou bien vous êtes comme moi, un peu perdu quand on vous le demande ?

Entre le corps et l’esprit: histoire d’un combat sans merci

Entre le corps et l’esprit, autant qu’entre le cœur et la raison, il y a un monde. Un monde qui vibre au rythme de nos limitations, de la confiance que nous accordons, que nous nous accordons, de la liberté dont nous souhaitons jouir, du lâcher prise, de principes et valeurs héritées, de nos limites (évolutives, plus ou moins protectrices), du dépassement de soi. L’échantillon est vaste.

L’esprit résonne. Le corps ressent. Les deux ne s’accordent pas toujours. On peut dire que dans mon cas, c’est tout l’un ou tout l’autre. Entre mon corps et moi, je pourrais tout autant dire entre la sexualité et moi, c’est une histoire compliquée.

D’abord il y a eu la découverte du plaisir. Qui s’est cognée contre toutes les idées arrêtées de la morale religieuse – la lutte infinie entre le bien et le mal. Puis la rencontre avec l’autre et la crainte d’être utilisée. Puis la peur de ne pas être “dans la norme”, d’avoir des envies inavouables,  des pensées malsaines et tout le florilège d’un univers dont on parle peu finalement, ce qui laisse la place, surtout quand on a une imagination débordante, à tout type de manifestations erronées.

Si pour certains la sexualité est une donnée inhérente au couple sans être essentielle, il est évident que pour moi c’est une des bases fondatrices. Une sexualité épanouie est une force pour le couple et dans la vie.

L’absence de confiance, de respect m’a fait tomber dans la dépendance. J’ai laissé mon corps être abusé, je n’ai saisi aucun message d’alerte. Je pensais qu’en me pliant aux injections quelque chose allait naître, quelque chose qui me remplirait. Mais rien de bon ne nait quand le consentement est forcé, quand l’acte sexuel répond à une menace.

On pouvait donc penser – enfin je pensais – que dans une relation saine, le passé serait évincé au profit de ce nouvel état des choses, que le corps reprendrait sa place, ses droits. Mais mon corps je l’avais tellement délaissé (détesté aussi) que mon esprit à profité de cette faiblesse et repris les commandes.

Affronter ma part d’ombre, partager le plus intime, me laisser aller à des confidences jusqu’alors gardées secrètes par peur sûrement du regard de l’autre sur des envies que je n’assumais pas, mon corps le réclamait et ma tête m’intimait l’ordre de ne pas prendre de risque: pourquoi vouloir tenter le diable quand les basiques tiennent la route. Se perdre, j’en avais testé le goût, il ne restait que l’amertume.

C’est là qu’un nouveau combat à commencé – si auparavant dans mes relations amoureuses c’était plutôt cœur contre raison, là la question ne s’est même pas posée – une lutte sans merci qui m’a poussée dans mes retranchements, m’a tourmentée au delà du raisonnable. Et le pire c’est que je me suis imposée tout cela toute seule.
La peur de l’inconnu s’est muée en ombre folle. Mon corps s’est révolté mais il ne faisait pas le poids. Les voyants de l’esprit indiquaient “attention danger” en lettres capitales. A bien y réfléchir le danger n’était qu’une vue de l’esprit. Où il y avait confiance, écoute, respect, communication, transparence, tous les ingrédients pour que mon corps enfin se laisse aller, prenne le plaisir qui lui revient de plein droit, j’ai posé un voile pour ne surtout pas envisager ce qui arriverait si je lui laissais le champ libre. Il est pourtant depuis quelques années mon meilleur conseiller.

L’esprit a sa place malgré tout. Il pose les limites. Il dit stop quand le corps serait prêt à plus sans encore savoir que ça pourrait lui être dommageable. Le corps à besoin d’expérimenter pour savoir, l’esprit analyse davantage et connaît aussi nos failles. Il a les données pour savoir jusqu’où il nous est possible d’aller. Il sert de régulateur à nos pulsions – envies. L’écouter n’est pas négligeable. De là à ne jurer que par lui il y a de la marge. Je me suis rendue compte qu’il avait surtout un train de retard. Le danger était présent il y a 9 ans. Aujourd’hui il est un leurre auquel je m’attache parce que le danger s’est déjà matérialisé une fois et que la peur à pris la place. C’est ce que je ne pardonne pas, ce qu’il a fait de mon corps, de ma sexualité – une offense –  ce qu’il m’a volé, ce qu’il a détruit à coups de menaces et de silences qui me font encore craindre qu’un geste, un mot, une idée  déclenchent une avalanche de souvenirs, fassent ressurgir des traumatismes – ceux sur lesquels je travaille au quotidien pour reconstruire mon identité de femme – peut-on un jour pardonner cette violence là?

Pourtant la configuration est différente, les sentiments, la personne, le cadre, la complicité, la connexion des corps – enfin tout. Il n’y a même pas de comparaison possible. J’ai même envie de dire que la relation actuelle épanouie et épanouissante est le terrain favorable pour tester, expérimenter, avancer à deux en confiance sur les chemins moins fréquentés. Le voile posé n’a pas été suffisant. J’ai eu maintes fois envie de le lever, jamais le cran. Et pourtant dans cette histoire j’ai une personne  qui veut bien le lever avec moi.

Est-ce que j’arriverais seulement à l’avouer, me l’avouer un jour? Est-ce que j’arriverais à trouver l’équilibre parfait pour moi? 

Aimer l’autre c’est l’accepter dans son tout

Quand on commence une relation, chacun vient avec son histoire. Parfois on la connait. Parfois on la découvre. Parfois ça se fait rapidement et parfois ça se fait avec le temps. Tout dépend de ce que nous souhaitons partager, dévoiler. Tout dépend du degré de confiance en soi, en l’autre. Il n’est pas toujours évident de se livrer, surtout sur des détails intimes. Et puis parfois c’est vital, on a besoin de se mettre à nu. Cela vaut en amour comme en amitié.

Récemment, suite à une conversation qui m’a pas mal chamboulée – mais qui m’a permis d’y voir plus clair sur pas mal de choses au final (merci mon chéri d’avoir insisté même si sur le moment j’étais à deux doigts de te laisser seule face à ton assiette!) – j’ai pris conscience que j’avais du mal à dissocier. Pourtant chaque relation est différente. On interagira d’une certaine façon avec une personne et d’une certaine façon avec une autre. Ce qu’on aura vécu une fois, on ne cherchera pas forcément à la vivre une autre fois avec un partenaire différent. Les individus ne sont pas identiques, les sentiments non plus.

Cette difficulté à dissocier m’a valu beaucoup de cauchemars, beaucoup d’angoisses ces dernières semaines. Avec l’imagination débordante que j’ai (ce n’est pas toujours un atout), je me suis créé des tonnes de scénarios aussi rocambolesques les uns que les autres. Parce que c’est difficile d’imaginer la personne que l’on aime dans certaines situations qui nous paraissent “absurdes”. Et que c’est tout autant difficile de ne pas passer par le filtre de nos relations passées (surtout quand elles n’ont pas été positives) pour apprécier notre relation présente.

La conclusion à laquelle je suis arrivée, c’est que je ne pourrais jamais tout comprendre, que chacun à son chemin de vie, que chacun fait ses choix (et que nos choix nous appartiennent et n’ont pas à être jugés, à partir du moment où respect et confiance ne sont pas mis à mal), qu’aimer c’est accepter l’autre dans son tout.

Nous pouvons d’ailleurs tous (plus ou moins) remercier nos ex pour ce qu’ils nous ont apporté. Notre passé ne nous définit pas, cependant il est riche de toutes nos expériences. Il fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Pour que quand deux chemins se croisent, une autre histoire voit le jour, librement.

Dites moi, vous arrivez à dissocier? Ou comme moi c’est quelque chose de pas si évident que ça?

Les hommes ne pensent qu’à ça…

Les hommes ne pensent qu’à ça. C’est la règle d’or, celle qui ne se contredit pas. Dans le bagage de toute jeune fille qui se respecte, il y a le portrait robot du potentiel prédateur, celui sur lequel elle risque de tomber (le risque est élevé) – autant qu’elle soit prévenue et qu’elle ai toutes les cartes en main pour ne pas se faire avoir.

Parce que c’est bien connu:

Tous les hommes sont des salauds, sans cœur, qui ne reculent devant rien pour arriver à leur fin. Et leur fin c’est de te mettre dans leur lit. Je vous l’avais bien dit, les hommes ne pensent qu’à ça.

Tous les hommes sont lâches, insensibles et te laisseront tomber à la première contrariété. On ne peut décidément pas compter sur eux. Ce sont des machos, égocentriques, des tombeurs qui ne vivent que pour le prochain trophée qu’ils pourront accrocher à leur tableau de chasse (déjà bien garni). Leurs “je t’aime” sont de belles paroles. Et ils sont infidèles par dessus le marché. On ne peut même pas leur faire confiance!

Qu’est-ce qu’on a pu dire aux hommes à notre sujet?

Les femmes sont des chieuses en puissance, jamais contentes de rien. Elles te lâcheront sans scrupule comme une vieille chaussette quand elles auront eu ce qu’elles voudront – les femmes savent très bien arriver à leurs fins elles aussi. De manière beaucoup plus subtile.

Les femmes sont des prudes ou des salopes. Dans les deux cas tu te fais avoir. Elles excellent dans l’art de la manipulation. Leur sensibilité n’est rien qu’un attrape-couillon. Au mieux elles seront un bon coup. Au pire, tu prends pour perpét’ et tu auras plutôt intérêt à t’écraser si tu veux survivre! En plus, il parait qu’elles simulent très bien, accroche toi pour savoir si tu les fais jouir…

Le tableau est idyllique. Et on se passe ça de génération en génération, personne n’y trouve rien à redire. Pas étonnant que nos relations soient biaisées / baisées dès le départ. Que nous tombions sur les quelques spécimens qui remplissent tous ces critères sensationnels. Et le pire c’est que nous pensons ne pas mériter mieux!

Mais c’est quand même vrai, les hommes ne pensent qu’à ça! Les femmes aussi d’ailleurs. Elles n’osent juste pas le dire, les filles bien ne disent pas qu’elles aiment le sexe. Les clichés on la vie dure!

Les mémoires du corps

Le corps se souvient du tout. Il expérimente, retient. Tout ce que l’on vit s’imprime, de manière inconsciente. Entre les milliers de terminaisons qui le parcourent, chacun réagit différemment à tel ou tel stimulus, tel ou tel évènement.

Notre corps nous dit beaucoup de choses sur nous-mêmes, pour peu que nous osions l’écouter et intégrer ses messages. Il est le siège privilégié de nos plaisirs. Il doit aussi composer avec les traumatismes vécus. Et pas seulement les nôtres d’ailleurs. Le corps est le premier témoin de ce que nous vivons, dans notre individualité, dans la société. Il est le premier point de contact avec l’autre.

Notre corps porte en lui les tabous, les non-dits, les secrets. Il garde la trace d’un vécu qui ne nous appartient pas. Nous portons en nous le passé des générations qui nous ont précédé. Plus tous les moments qui nous ont fragilisées, nous ont fait perdre nos repères, les cicatrices qui nous rappellent à chaque instant les blessures intimes, passées sous silence.

Dans une relation à deux, il s’offre avec cette farandole de peurs à taire, de hontes à cacher, de dégoût parfois, de fausses idées. Il s’offre, incertain de pouvoir dire, faire, se sentir libre. Incertain d’arriver à s’abandonner, lâcher-prise, s’autoriser à éprouver du plaisir, à le vivre, à l’exprimer. Il faudra alors toute l’écoute, l’attention, l’amour de l’autre pour que doucement les barrières tombent, la patience, le respect pour que le corps prenne ses aises. Il nous faudra à nous aussi dire les maux, même si ils sont douloureux, il nous faudra aller vers l’autre, exposer notre vulnérabilité, nous respecter aussi, oser l’intimité, dire nos besoins, nos envies.

Si le chemin se fait à deux, il y a aussi beaucoup de travail à faire en soi, pour se reconnecter à soi, apprendre son corps, ses sens, les développer, les autoriser à exister, en ôtant pas à pas les couches de mémoire, en acceptant les blessures, pour s’approprier une nouvelle identité, celle qui fera de nous des femmes épanouies, confiantes, vivantes, riches d’un désir qui pourra s’exprimer sans crainte, d’un plaisir qui pourra être vécu sans contrainte.

Cette liberté retrouvée sera bénéfique à la femme, au couple, au monde. Car une femme qui se fait confiance, s’abandonne, se ré-jouit est une force créative puissante, une ode à la vie!

Cette pression (inutile) que je m’impose

Ce matin, avant le réveil de Loulou, je me félicitais d’avoir assez bien géré mes émotions depuis quelques semaines. Ne jamais crier victoire trop vite!

Ce matin, tout est parti en vrille, moi la première. Je suis montée dans les aigus (pour un rien, une histoire de SMS et de pantalon qui ne plaisait pas), Loulou a suivi. Envolées toutes les belles théories. Dans ces cas-là, s’isoler est recommandé, dans  40m2 c’est compliqué. Sur le moment, il y a une petite voix qui me dit de me calmer (la voix de la raison). Je ne l’écoute pas, je continue dans mon délire.

Au final, un câlin a apaisé les esprits, séché les larmes. Mais pas réglé le problème.  Et sur le chemin du travail, je me suis quand même posé la question. Rien de telle qu’une petite balade à l’air libre pour mettre ses idées au clair

Qu’est-ce qui déclenche ses moments de ras le bol, de colère, d’impuissance, dans lesquels j’ai le besoin irrésistible de crier, de sortir tout ce que j’ai sur le cœur ?  Généralement, je précise toujours à Loulou que ce n’est pas contre lui, que maman a juste trop de choses à gérer et que parfois à l’intérieur de sa tête tout ne se connecte pas normalement. Quand j’entends les gens dire « sois sage avec maman pour qu’elle ne se mette pas en colère ou qu’est-ce que tu as fait pour que maman crie comme ça ? », ça me reste en travers de la gorge. Ce n’est quand même pas à l’enfant de s’adapter à l’adulte, c’est plutôt à l’adulte d’arriver à gérer ses émotions, se maîtriser dans des situations « délicates » – chose que je n’arrive bien entendu pas toujours à faire. Pourquoi ?

Parce que je me mets énormément de pression. De pression par rapport à quoi / qui, vous allez me dire ?

Par rapport au regard des autres. C’est l’éternel recommencement. Et pour moi l’éternelle recherche d’équilibre entre affirmation de soi et lâcher prise.

En effet, chaque jour (sauf le weekend) il y a un de mes parents chez moi pour garder Loulou en rentrant de l’école. C’est une chance pour lui comme pour moi. Le problème et il vient de moi, je le sais depuis longtemps et je me cogne dedans à toutes les occasions , c’est leur regard (qui selon eux est dénué de tout jugement – juste pour vous dire que le problème vient bien de moi) sur ma gestion quotidienne de ma maison (et de ma vie de manière générale). Les matins où on court, je pourrais laisser la table du petit déjeuner en place, juste mettre les assiettes et tasses à tremper, laisser les Lego sur le canapé, en me disant « on gérera ce soir ». Toutefois chaque jour, même les jours de course, je mets un point d’honneur à ce que ma maison soit nickel (cette notion est très relative en fonction des personnes), que tout soit rangé, les tasses lavées, la table nette, les jouets à leur place…

Qu’est-ce que ça changerait si je laissais tout en plan ?

Le soir, à mon retour, tout serait en ordre. L’un ou l’autre aurait débarrassé la table, nettoyé les bols, fait le repassage, nettoyé l’évier, passé le balais…Cela part d’un bon sentiment, mais à tous les coups vous pouvez être sûrs que ça me touche à un endroit bien précis, ça m’agace parfois, j’ai l’impression de ne pas être à la hauteur.

A la hauteur de quoi ?

Quand je vous disais que je me pose beaucoup de questions, je ne blaguais pas ! Celles-ci me permettent d’avancer, c’est toujours intéressant.

On est bien d’accord que la hauteur c’est une question assez personnelle. Chacun sa manière de gérer sa vie, son travail, ses priorités, sa maison, ses relations, à partir du moment où cela se fait dans le respect. Ce qui est essentiel pour les uns ne le sera pas pour les autres. Pour ma part, ce qui est essentiel, c’est que je sois bien dans ma vie et que Loulou soit bien dans la sienne. Le matériel, c’est secondaire. Quant à la façon dont je gère l’entretien de mon appartement, j’ai envie de dire que j’apprécie que ce soit propre mais tu ne me verras jamais tous les soirs de la semaine avec mon balai et mon chiffon, ou ma table à repasser sortie (il parait que c’est meilleur pour la planète de toute façon !)

Donc, il est clair que je me mets une pression inutile qui me pèse, m’empêche de m’épanouir pleinement, met à mal ma vie de maman et me demande sans cesse de rentrer dans des cases qui ne me conviennent pas (et si toi aussi tu as déjà essayé de faire rentrer un rond dans un carré, tu sais que c’est peine perdue. Et si jamais tu y arrives, c’est que ton rond n’en est plus un depuis longtemps).

Comment sortir de ce schéma ?

C’est ce sur quoi je travaille depuis…

Depuis belle lurette ! Je ne désespère pas d’y arriver un jour.