Et toi, tu es “officiellement” en couple ?

C’est un commentaire sur l’article d’Angie (même si on te dit tout un tas de conneries que tu n’as pas envie d’entendre, tu sais on pense à toi et en fait ça nous fait mal de te savoir mal…) qui m’a fait réagir.

  • Si tu as changé ton statut Facebook.
  • Si, au bout de 3 jours tu as abreuvé la terre entière (enfin tes amis, proches, lointains, les amis de tes amis, tes connaissances, tes collègues de bureau, le postier, tes voisins, l’ex de ta meilleure amie, ta grand-mère que tu ne vois qu’une fois par an) de la grande nouvelle que ça y est, enfin, tu as rencontré quelqu’un.
  • Si, la semaine suivante, tu as fait les présentations aux potes, aux enfants, aux parents, à la famille étendue, belle-famille, aux oncles, aux tantes, aux poissons rouges.
  • Si tu as déjà parlé déménagement, emménagement, avenir, maison à acheter, compte commun, famille, bébé(s), Pacs, mariage…

Si tu as fait tout ça, j’ai l’heureux honneur de te dire que toi et ton/ta cher(ère) et tendre, vous êtes officiellement en couple. Et être officiellement en couple, c’est quoi ? Assumer ses choix, pardi ! Il faut suivre…

Par contre pour tous ceux qui ne cochent que la moitié des cases, voir aucune, et bien, je ne sais pas. Vous errez dans un no man’s land qui ne veut pas de vous. Désolé.

Vous avez le choix :

  • De vous poser des questions, des plus simples ou plus abracadabrantes possibles, la première étant : est-ce qu’il / elle m’aime vraiment ? En moins de deux votre belle histoire risque fort de virer au cauchemar.
  • De repartir à la case départ. Allez un petit effort. Rien de bien compliqué la dedans. Facebook, c’est à portée de clic. Pour l’annoncer à tout le monde, créez un groupe WhatsApp – pratique et efficace. Les présentations, ça se complique, mais qui a dit que l’amour c’était simple ? Sinon un compte commun ce n’est pas compliqué à ouvrir, un Pacs ça se termine, une famille ça met du temps à se construire…
  • Ou bien d’accepter de ne pas être reconnu comme un « couple ». Et si vous l’assumez, vous pouvez même dire à qui veut bien l’entendre que vous n’êtes officiellement pas en couple ! Ça en jette non ?

Ça vous dit quoi à vous cette expression “officiellement en couple”?

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Cette passion qui me donne envie de vivre (plus fort)

Je passais faire un tour chez mon ami Tony et voilà que cette phrase me saute aux yeux “Alors, puisqu’on doit mourir, autant vivre plus fort“. Je me suis dit que le temps était venu de vous parler d’une de mes passions: les cimetières.

Ne partez pas en courant. Pas encore du moins.

J’ai toujours été fasciné par la mort. Je vais même aller plus loin et vous dire que les sujets qui me passionnent le plus sont la mort et la sexualité. C’est dit. Maintenant, vous pouvez partir. Si vous continuez à lire c’est à vos risques et périls!

Copyright Marie Kléber

Je me balade dans les cimetières depuis toute petite. Mon grand-père est mort, j’allais fêter mes six ans. Il était ma force, mon rempart, la personne que j’aimais le plus au monde, après mes parents. J’entretenais avec lui une relation privilégiée.  A partir de ce jour, pour le voir, je n’avais que le cimetière. J’y ai passé des heures avec lui. Et puis de fil en aiguille, je me suis perdue dans les allées, j’ai regardé les noms, les dates. J’ai commencé à ressentir quelque chose, pas quelque chose de triste, quelque chose de vivant, comme si les morts me passaient un message. Et il me disait de VIVRE. Peut-être que cette passion pour la vie, même dans les heures les plus noires, vient de là.

Dès que j’ai un coup de cafard et quand je peux me le permettre, je pars parcourir les allées d’un cimetière. J’en prends un au hasard. C’est si apaisant. Je pense à toutes ces vies, tous ces départs et l’envie de ne rien céder, de sentir mon cœur battre, d’éprouver des sensations revient comme par magie. Je me sens pousser des ailes.

Copyright Marie Kléber

Il y a une dizaine de jours, alors que je me baladais dans Paris, mes pas m’ont guidé sans que cela soit prémédité devant les portes du Père Lachaise. J’ai marché deux heures au gré des routes, découvrant ici et là quelques mots touchants, me laissant bercer par la paix du lieu. Au milieu des tombes a surgit une évidence: l’urgence de vivre. Pas une urgence folle ou euphorique, une urgence simple née de la connaissance de l’issue du chemin. Une urgence de s’aimer, de lâcher prise sur tous les tracas sans importance du quotidien, de cueillir la joie, de s’affranchir des codes, de s’affirmer, d’oser. Personne ne vivra notre vie à notre place. Alors pourquoi attendre sur le plongeoir que tous les autres passent…

Et vous les cimetières, vous aimez? Ça vous fait peur? Ça ne vous dit rien? Ou vous hésitez, incertains?

 

Je juge, tu juges…et si on se respectait?

Crédit Pixabay

On juge. Tout le monde. Tout le temps. On a un avis sur tout. On nourrit des préjugés sur des personnes qu’on ne connaît pas et qu’on range dans des cases, à qui on colle des étiquettes parce que ça nous rassure. On passe plus de temps à parler de la vie des autres qu’à vivre la notre. Ou bien à chercher une quelconque reconnaissance dans un dialogue de sourd – celle que nous sommes incapables de nous offrir.

“On” c’est moi aussi. Je ne sors pas du lot. Je tente juste au fil de l’eau de me détacher de toutes ces idées toutes faites sur tout. Beaucoup des personnes qui me connaissent bien souligneront mon ouverture d’esprit, mon absence de jugement. Pourtant comme tout un chacun j’ai certaines idées arrêtées, j’entretiens des peurs fondées sur des clichés.

L’autre est toujours “plus”, “trop”, “moins”, “pas assez”. Il a toujours des défauts qui nous font bondir. Il est ce qu’on a toujours voulu être sans se l’avouer. Il est ce qu’on ne voudrait jamais être – ça tombe bien la place est déjà prise.
Bien entendu ça ne veut pas dire que nous devons aimer tout le monde. Mais respecter chacun ce serait déjà un bon début.

Dans la vie de tous les jours les jugements vont bon train.  C’est presque un sport international! Mais alors quand on touche à des sujets aussi précis que la religion ou aussi tabou que la sexualité, alors là c’est la porte ouverte à tout et n’importe quoi.
Vous ne vous êtes jamais demandé ce que pourrait donner un monde dans lequel chacun suivrait la religion qui est la sienne sans chercher à interférer avec celle du voisin. Que notre voisin prie Dieu, l’Univers, la Galaxie, s’agenouille devant Bouddha ou voue un culte à un chat empaillé, en quoi ça nous regarde?  Pourquoi toujours penser que la façon dont nous menons notre vie est la manière dont chacun devrait vivre la sienne? C’est bien d’avoir des idées et des valeurs mais celles-ci nous correspondent en fonction de tout un tas de paramètres propres à nous-mêmes.  Jusqu’à preuve du contraire, nous n’avons pas tous les mêmes cartes en mains au départ.

Idem pour la sexualité. Qui ça gêne qu’on soit homo, hétéro, bi? Qu’on soit soumis, dominant, qu’on fasse l’amour à 2, 4, 8? Qu’on soit libertin, échangiste, mélangisme ou je ne sais quoi encore? Certains trouveront cela choquant – peut-être – et alors? D’autres trouveront que l’inverse l’est tout autant. Accepter la différence ne veut pas dire adhérer à tout. Personne ne nous le demande. Personne ne nous force à être d’accord.

Toutefois nos différences existent, cohabitent – dans tous les domaines de notre vie –  vouloir les gommer ne fait que créer des problèmes là où la liberté de chacun devrait primer. Il n’y a pas de règles, pas de manuel de vie (on aimerait bien parfois, histoire de ne pas se faire des nœuds au cerveau pendant des mois pour prendre une décision). Nous pouvons tout tester, tout tenter, tout essayer, sans nous dire qu’en faisant telle ou telle chose, nous dévions du droit chemin (attention aux foudres de l’enfer!). Nous gardons à tout moment notre libre arbitre. La norme que nous exécrons, mais dans laquelle nous nous plaisons à rester parce que faire un pas dans le vide, ça reste pour les aventuriers, les intrépides, les téméraires, ceux qui osent, pas nous, cette norme nous l’avons fabriqué de toute pièce. Nous sommes beaucoup plus. Nous pouvons beaucoup plus. Comme le dit très justement Marianne Williamson: “Notre peur la plus profonde n’est pas de ne pas être à la hauteur; notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au delà de toute limite. C’est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus.”

Nous réaliser pleinement devrait être notre quête de chaque instant, respecter la quête d’autrui, notre devise.

Les premières pages d’un nouveau livre…

Crédit Pixabay

Je pourrai écrire que ma vie a changé il y a un an et quelques mois. Comme je pourrai dire qu’elle a changé il y a cinq ans et presque sept mois. Ma vie change tout le temps. Elle change avec de grandes décisions, des pas en avant importants. Comme elle a pu changer en un quart de secondes parfois. Elle peut changer au détour d’une prise de conscience, d’une nuit, d’un évènement, d’un moment partagé, d’une peur à partir de laquelle beaucoup d’encre a coulé !

Je pourrais écrire qu’elle a pris un nouveau tournant il y a quelques jours, pour un anniversaire particulier. Comme dire qu’elle a changé au cours des heures de l’été, à le regarder vivre, être, grandir, se confronter au monde, dans la joie, les rires et les cris aussi.

A chaque instant, la vie est différente. Chaque instant nous marque, plus ou moins, nous propose de faire une pause, nous invite à regarder le paysage ou nous propulse en avant, nous plonge dans le chaos.

Je pourrai dire que j’écris un nouveau chapitre depuis quelques temps. Puis à bien y réfléchir, il s’agit plutôt d’un nouveau livre. J’ai choisi un beau carnet, j’ai pris ma plus belle plume et j’ai commencé à écrire, à construire cette belle histoire. Un livre qui parle davantage de moi, qui me parle davantage aussi, qui parle de tant de choses qui m’ont tant fait défaut ces dernières années, qui parle de moi dans ma relation au monde.

Un livre de femme. Une femme à qui l’on a souvent dit qu’il fallait choisir, qu’on ne pouvait pas tout faire, au risque de se perdre, à qui l’on a dit qu’il fallait être de telle manière pour être regardée, ne pas faire trop de vagues pour être aimée.

Récemment, j’ai réalisé que je tenais à distance une grande partie de moi (même si un autre l’avait vu avant moi). A force de compartimenter ma vie, j’ai posé moi-même des barrières pour baliser le chemin et ne pas en dévier. Mon statut de maman a été depuis le début ma meilleure excuse pour ne pas prendre en charge ma vie de femme. Je m’étais ignorée pendant des années, je pouvais continuer sur ma lancée. Et puis de toute façon, c’est bien ce qu’on attendait de moi. En tant que mère, j’étais responsable. En tant que mère, je me devais d’être fidèle à une quelconque morale, celle de tous les gens qui ont abdiqué leur pouvoir depuis longtemps.

En 37 ans, bientôt 38, je n’ai pas fondamentalement changée. Les expériences, les rencontres de ma vie m’ont révélée à moi-même. Elles m’ont rendu à celle que je suis depuis le commencement, celle qui s’est égarée, trompée, celle qui a cru qu’en étant une autre, elle serait davantage reconnue, appréciée.

Aujourd’hui je veux accepter tout ce que je suis. Je suis mère, femme, amante. Je suis sensuelle, tactile, amoureuse. Je suis maman, tendre, confiante, fière aussi. Je suis passionnée, libertine, libre. Je suis une femme forte et vulnérable à la fois. Je sais mes failles et mes limites. Je suis généreuse, sensible. Je sais dire « non ». Je sais ne pas être d’accord.

Je peux passer des heures au parc à faire des châteaux de sable, à jouer avec loulou, à rire aux éclats, je peux sauter dans les flaques d’eau et encore trouvé ça drôle, je peux porter un vieux jean élimé avec des tâches de graisse dessus (les enfants adorent les câlins quand ils ont les mains pleines de beurre). Et le soir venu, revêtir ma plus jolie robe, porter des bas et des porte-jarretelles, m’enflammer au moindre contact de sa peau contre la mienne, déambuler dans les rues de Paris, juste pour le plaisir d’être avec lui. Je peux m’offrir à lui, le laisser mener la danse, le voir dicter mes pas, réaliser mes fantasmes, vouloir qu’il réalise les siens, tout en gardant les pieds sur terre, ancrée dans la réalité, ma vérité. Parce que je suis là où je dois être. Parce que je n’ai rien à prouver à qui que ce soit.

Revenir à moi s’impose comme une évidence. Cela change ma manière d’être au monde, d’être avec les autres, ceux que j’aime en particulier.

Je suis unique et multiple. Comme tant d’hommes et de femmes. Et je l’accepte enfin.

Il faut parfois se perdre…

Copyright Marie Kléber

Je pensais que je n’aurai jamais épuisé le sujet.

J’ai écris des dizaines et des dizaines d’articles. J’ai noirci des centaines de pages. J’ai partagé mes doutes, ma colère, mon chagrin, mes peurs, cette envie quasi-obsessionnelle que quelque chose me délivre de cette terrible et lente agonie. J’ai écris le pire sous toutes les coutures, dans les deux langues que je maîtrise.

J’ai parlé, beaucoup parlé. Je me suis livrée, j’ai partagé le plus intime, le plus noir, le plus suffocant. J’ai lâché la pudeur au profit de la vérité.

J’avais besoin qu’on m’écoute, qu’on me comprenne, que l’enfer connu soit reconnu. J’ai sorti mes tripes sur le cahier, sur l’écran, inondant de ma douleur les pages qui défilaient, insensibles à tout ce que je tentais de dépasser – en vain.

Les années sont passées et il y avait toujours quelque chose, quelque part qui faisait ressortir l’horreur, la peur, la panique face à une menace que je ne pouvais pas gérer.

Les articles se sont espacés, mes carnets d’aujourd’hui sont vides de cette errance. Je ne ressens plus le besoin d’en parler, ni de justifier mes choix, ni de dire le pire, l’angoisse, la terreur. Ni de parler de lui. Tout est gravé en moi. Le passé  a laissé des cicatrices comme un rappel de ce à quoi mon corps et mon esprit ont su dire “non” à un moment donné.

Je pensais que je n’aurai jamais épuisé le sujet.

Et puis si, à force d’écrire, j’ai tout sorti. Je me suis libérée. Et sans le savoir, le sujet est devenu  une tranche de vie comme une autre.

Il faut parfois se perdre…

Si je n’écrivais plus sur lui…

Copyright Marie Kléber

Est-ce que j’arriverai à ne plus parler de lui? A ne plus écrire sur lui surtout?

Est-ce que je pourrai vivre sans retranscrire mes ressentis, mes émotions, les sensations qui traversent mon corps, les pulsations qui font battre mon cœur, l’intensité de nos rendez-vous?

Est-ce que je pourrai arrêter de faire danser les mots qui décrivent si bien la courbe de nos envies, la sensualité de ses mains, la saveur de sa sueur après l’amour, l’enivrante chaleur de son sourire?

Est-ce que je devrai garder tout ça pour moi, dans un carnet secret que personne ne voit? Je le fais déjà…

Est-ce que je pourrai cesser de dire qu’il a chamboulé ma vie, qu’il est de ces rencontres rares qui jalonnent nos destins, sans que cela soit vu comme un aveuglement de ma part, un besoin de retenir le bonheur avant la fin?

Est-ce que je pourrai vraiment faire l’impasse sur cette partie de ma vie, ne vous livrer que le reste, quelques bribes du quotidien, dénué de l’essence même de ce qui bat à l’intérieur des entrailles, de ce qui fait vibrer la vie?

Parce que si je ne parlais plus de lui, je ne parlerai plus non plus du petit bout de chou de cinq ans et demi qui pose des centaines de questions pour comprendre la marche du monde, dont les rires peuplent mes jours, embellissent mes nuits et dont les “non” me font grandir. Je ne parlerai que du banal, de l’accessoire. Je laisserai au placard la beauté, les rêves. Je me laisserai aller à fermer les yeux devant la magie, les sourires, la clarté du jour qui se lève. Je me fondrai dans la masse de ceux qui ont choisi l’ombre pour que rien ne vienne les bousculer dans leurs habitudes. Je n’écrirai plus non plus. Je n’aurai plus de voix.

Je préfère envoyer valser la pudeur et cette fausse morale qui voudrait qu’on garde l’intime pour soi. Je n’ai pas besoin de la nuit pour aimer, ni de l’enfer pour créer. Même si la nuit m’inspire et l’enfer me délivre. Je préfère saisir dans chaque mot ce qui me caractérise: l’urgence de vivre!

Quand je serai grand(e)…

Crédit Pixabay

Combien d’entre nous pensent que nous sommes trop « tellement de choses » pour ne pas pouvoir vivre une vie en accord avec nos aspirations, pour ne pas avoir le droit de rêver, d’aimer, d’être aimé. On s’est tous dit un jour ou l’autre « à tel âge je serais ici ou là, j’aurais réussi  ci ou ça, j’aurais telle ou telle chose ». Le constat n’est pas toujours à la hauteur de nos idéaux. Est-ce un mal ?

Nous ne voulons surtout pas rentrer dans des cases, en pensant que nous valons mieux, mais quand les cases ne veulent pas de nous, nous nous sentons frustrés, bons à rien, sans intérêt, inaptes au bonheur.

Tout le monde ne souhaite pas la même chose. Nos valeurs nous sont propres comme ce qui a de l’importance à nos yeux. Il n’existe pas de modèle à suivre, ni de guide pratique pour avoir la vie d’un tel, vie qu’on imagine le plus souvent mais dont nous ne connaissons rien. Derrière le masque, le sourire de façade, il y a tout ce que l’on cache si bien pour que les autres ne s’y attardent surtout pas.

On se dira parfois qu’une vie fait envie et puis en se rappelant qui nous sommes, nous comprendrons que ce chemin-là, pris par d’autres, ne nous conviendrait pas. Il n’existe pas de bons ou de mauvais choix, juste des expériences tentées, avortées ou réussies, des expériences qui nous forgent à chaque instant.

Comment vouloir avancer au même rythme quand on n’a pas la même histoire, ni la même donne de départ ? Comment vouloir dépasser ce qui nous empêche d’avancer sans y faire face une bonne fois pour toute ?

Tant de gens prennent tant de voies déjà conquises, balisées par peur. Tant de gens ne prennent la mesure de la vie qu’une fois au bord du précipice. Tant de gens fuient, s’excusent d’exister, vivent en marge, se lassent face à un combat qu’ils croient perdu d’avance. Parce qu’à tel âge, ils ne sont pas ici ou là, ils n’ont pas réussi ci ou ça, ils n’ont pas telle et telle chose ou telle ou telle personne à leurs côtés.

Notre parcours de vie n’appartient qu’à nous. Il est le fruit de nos errances et de nos chances, de nos espoirs et notre chaos, de nos histoires personnelles, de nos passés, de nos choix et de nos défaites, des sentiers pris, communs ou de traverse. Rien n’est linéaire. Rien n’est mieux qu’autre chose. Rien n’est parfait. Tout est à écrire chaque jour, selon ce qui nous semble juste pour nous, sans s’occuper de ce que le reste du monde pense ou juge « bon » ou pas.

Nous n’avons pas de date limite pour faire telle ou telle expérience. Nous pouvons tout nous permettre, tout essayer, tout oser, tout créer. Le tout est juste de ne pas baisser les bras. Même quand tout nous pousse à le faire. Le tout est d’y croire sans relâche et de se dire que ce dont nous rêvons, nous le méritons. Comme tout un chacun.

Le premier pas

Chaque histoire s’écrit au fil des pas posés, des chemins empruntés. Un frôlement et c’est parfois un monde entier qui chavire.

Si je ne retenais qu’un instant, alors ce serait celui-là, celui de ses doigts qui se posent sur mon épaule. Je ne sais pas s’il en existe un plus chargé d’émotions diverses et variées que ce geste-là, celui qui défie tout ce que l’on croit savoir sur tout, cet effleurement qu’on croit avoir rêvé, qu’on aimerait pouvoir tenir entre nos mains pour s’assurer de sa consistance, qui crée un bouillonnement qu’on ne sait comment apaiser.

A l’heure où l’on s’interroge sur ce premier pas osé vers l’inconnu, sur l’utilité de laisser planer un quelconque mystère sur soi, de ne pas tout dévoiler au premier rendez-vous, je me demande si j’aurai au ce courage-là, si lui ne l’avait pas eu. Est-ce que j’aurai été terrorisée par une potentielle réponse négative ? Est-ce que je l’aurai laissé partir plutôt que de prendre le risque d’un refus ? Est-ce qu’il y avait dans son attitude quelque chose qui aurait pu me renseigner sur ce qu’il ressentait ? Est-ce que j’ai moi-même laissé transparaître quelque chose, qui lui a donné l’audace de ce geste loin d’être banal ?

Avec mon éducation du paraître, plutôt que de l’être, mes expériences pas franchement réussies, mon manque de confiance proche du néant (je me soigne!), cette croyance qu’exprimer ce qu’on ressent c’est courir le risque de faire fuir l’autre, je n’étais pas particulièrement bien armée pour le premier pas.

Pourtant c’est celui qui marque le début de toute histoire à créer, relation à construire. S’il n’est pas posé, l’histoire n’existe pas, elle s’étouffe dans un à peu près qui au fil du temps nous prive de son essence.

Peut-être que j’aurai osé. Parce qu’on ne vit qu’une fois. Mais je n’aurai pas pu photographier cet instant, le geste, les émotions, les sensations, la naissance de cet amour qui me transporte, me révèle, me touche intensément, investit mon être, qui me donne l’énergie et l’envie de croquer la vie à pleines dents.

Et vous, le premier pas, ça vous dit quoi, ça vous fait quoi?

Sommes-nous tous des exhibitionnistes (refoulés) ?

“Exhibitionniste”, c’est typiquement le genre de mot qui fait peur. Il fait tout de suite pervers !

Et pour cause, peut-être que toi aussi il te renvoie à des souvenirs pas franchement agréables de l’enfance, typiquement le mec louche avec son long manteau qui au détour d’un chemin, à la sortie de l’école, dans un jardin public, dans le métro, au supermarché sort tout son attirail, fier et excité, un véritable ovni pour toi qui ne sais ni où te mettre, ni qui appeler à la rescousse. Pas étonnant qu’à l’âge de ta première expérience sexuelle, tu enclenches le frein à main, rien qu’à l’idée que ce truc horrible pénètre ton intimité, tu préfères t’abstenir.
C’est un peu comme la première fois qu’on te montre en cours de biologie la vidéo d’un accouchement. Ça a de quoi refroidir tes ardeurs illico presto !

Si tu es venu lire cet article pour avoir des réponses, passe ton chemin, je n’ai que des questions à partager avec toi !

D’abord l’exhibitionnisme, c’est quoi ?
Le Larousse dit qu’au sens propre, c’est « l’obsession qui pousse certains sujets à exhiber leurs organes génitaux ».
Et au sens figuré « le fait d’afficher sans retenue ses sentiments, sa vie privée, ce qu’on devrait cacher ».

Dans le premier cas, c’est assez précis, on en a parlé plus haut. Mais si c’est entre adultes consentants, est-ce que ça rentre dans cette catégorie ? Une obsession, c’est comme une addiction, tu ne peux pas t’en empêcher. Mais si c’est juste une fois de temps en temps, comme un surplus d’adrénaline, une envie de casser les codes, un fantasme à réaliser ?

Dans le deuxième cas, « sans retenue » ça reste assez vaste. Peut-on parler d’exhibitionnisme quand:

Un couple s’embrasse en public ?
Une personne se promène nue dans son appartement, les volets ouverts ?
Deux personnes font l’amour dans la nature, dans une voiture, dans le hall d’un immeuble ?
Un mec fait une déclaration enflammée à la fille qui lui plait en grimpant sur un monument public (ou l’inverse) ?
Une mère donne le sein à son enfant (on dirait que ça choque de plus en plus de personnes) ?
Une femme est seins-nus sur la plage (n’oublions pas qu’à une époque c’était à la mode et que personne n’y trouvait rien à redire) ?
Un homme glisse ses mains sous la jupe de sa partenaire (accessoirement lui enlève sa culotte par exemple – il parait que ça arrive même à des filles bien ! et que c’est même fait par des types bien! Je reste dubitative…) en pleine rue?
Une personne publie des photos / récits intimes sur la toile ?

Est-ce qu’une tenue transparente est considérée comme une atteinte à la pudeur?
Faut-il aller dans des clubs privés pour s’adonner en toute liberté à un plaisir simple sans crainte de choquer? Ou sans se sentir « hors norme » ?

Sommes-nous des exhibitionnistes quand nous partageons nos vies sur nos blogs respectifs, parfois nos sentiments, nos pratiques / préférences / expériences sexuelles, nos secrets de famille, nos opinions politiques ou religieuses, nos accouchements, nos problèmes, nos expériences douloureuses / malheureuses ? Quand nous parlons de nos conjoints, de nos enfants, de nos parents, que nous publions des photos d’eux ? Quand nous passons au crible nos ressentis ? Quand nous décortiquons les méandres de nos existences ?

Et si nous le sommes, est-ce si important, est-ce si difficile à assumer, à partir du moment où notre liberté ne porte pas atteinte à autrui? Après tout personne n’est obligé de lire ou de regarder, d’adhérer à nos choix…

Est-ce une question que vous vous êtes déjà posée ?
Vous sentez-vous à la limite quand vous vous exposez sur la toile ?
Est-ce que le terme vous indispose ? Ou bien vous assumez entièrement?

Et si…

Et si…

On se baladait dans Paris. Juste comme ça, pour le plaisir. Le plaisir de vagabonder, de découvrir, de partager.

Et si…

On ouvrait les yeux sur tous ceux qui composent la ville, décomposent le temps d’un instant où sur pause on se concentre sur la vérité des choses.

On regardait la vie battre.

On s’arrêtait pour contempler ce qui se joue autour de nous, l’écho en nous.

Et si…

On prenait le temps. De poser nos yeux sur l’inconnu. De contempler ce qui s’offre à nous.

On s’asseyait là, au milieu de la foule, entre les cris de joie des enfants et le silence apaisant des vieillards et qu’on se saoulait de bonheur.

Et si…

On comprenait qu’il n’y à rien à faire.

Sinon à être.