Ce goût subtil de liberté

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La vitrine laissait présager des découvertes intéressantes. Oserait-elle entrer ? Si elle entrait, se contenterait-elle de regarder, en espérant que personne ne lui demande ce qu’elle cherchait ou si on pouvait l’aider ? Irait-elle jusqu’à parcourir du bout des doigts étoffes, soie, dentelle ? Se laisserait-elle tenter par de la lingerie ? Miserait-elle sur la simplicité, l’élégance ou la sensualité ?  Partirait-elle dans une exploration plus approfondie des lieux ? Ou resterait-elle à la surface des choses ?

L’entrée accueillante et le sourire de la jeune femme vinrent à bout de ses résistances. Elle entra dans la boutique. Petits pas hésitants sur le velours rouge. Ses prunelles attirées par l’effet des matières qui telles des abeilles tissaient le fil de scénarios peuplant les méandres de son esprit. Ses mains effleurant des années d’interdits. Dans ce temple de la volupté, tout lui semblait permis.

La jeune femme lui laissa le temps de regarder. Elle prenait ses marques avant de s’aventurer plus loin. Dédales de marches et de fantasmes. Au bout du couloir, une nouvelle expérience n’attendait qu’elle. La jeune femme semblait si à son aise dans cet univers, qui pour elle n’était que messages codés, sourires gênés, murmures, secrets bien gardés. Les objets prirent soudain une autre dimension, celle du plaisir mis en valeur, érigé en maître, épanouissement intemporel.

Elle se laissa guider, ne sachant où donner de la tête. Elle se laissa aller, lâcha toutes ses idées reçues, les clichés ancrés en elles. Elle s’invita dans l’instant et l’instant l’enveloppa d’un voile au goût subtil de liberté.

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Filles de la nuit

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Un bruissement d’aile la tire de sa rêverie. L’heure avancée du jour laisse dans le ciel des traces colorées. Sous ses pas, les branches craquent. Les bois l’entourent. Dans quelques minutes à peine, le ballet des prétendants à une gâterie, sans conséquence, se formera. Le travail reprendra. Seule la cadence diffère d’un jour sur l’autre. Elle vient de tendre son tissu, de réajuster sa tenue. Les autres filles commencent à arriver.

Un bisou sur chaque joue, et les voilà parties. Elles vont s’engager dans une conversation morcelée qui pourtant les tiendra éveillées jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Entre chaque passe, elles s’offriront le luxe de quelque espoir. Loin du trottoir. Loin des clients. Elles rêveront d’étreintes singulières, de peaux qui se touchent, s’emprisonnent, de baisers fiévreux. Elles s’enivreront de sensations imaginées qui leur donneront l’énergie pour la prochaine demi-heure. Elles se repasseront le film éphémère des amours d’avant, ceux qui laissaient au creux de leurs nuits quelques grammes d’un plaisir fugace, dont elles auraient dû se saouler pour ne jamais en manquer. Elles regarderont leur poitrine ceinturée dans un haut moulant, au décolleté outrageux, se demanderont combien de temps encore elle fera sensation. Elles dessineront sur le bitume l’espérance d’un respect qui fait défaut à leur condition. Elles feront danser leurs rêves à l’heure de la trêve, songes de draps de soie sur des corps de braise.