Le maître du jeu

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Je ne suis pas celui qu’elle croit. Je suis le vent, les flammes. L’humeur variable. Je suis le voleur de sentiments, l’amant insaisissable. Elle me regarde avec ses yeux conquis. Mon allure de Dandy me donne le charme nécessaire pour investir son univers.

Voilà qu’elle croit que je suis mes déclarations d’amour éternel. La bague au doigt. Puis les enfants. Et quelques chats. Maison fleurie et décoration impeccable. Cadre de haut niveau dans une multinationale. Chef de projet et portefeuille confortable. Elle me pare de qualités qui n’existent que dans les contes de fées.

Je suis le ciel d’orage, l”amoureux impétueux. Elle me voit gentleman, terriblement épris d’elle, prêt à me battre en duel, l’épée sur le cœur. Je la berce d’illusions dans lesquelles elle se noie. Je respire le mensonge. Elle n’a d’yeux que pour moi.

Je suis le noir, l’esquive. Je joue l’adorateur pour le plaisir de voir son corps se plier au moindre de mes désirs. Ma palette de talents se décline à l’infini.

Je suis le peintre et le savant, le maitre du jeu. Je suis le fou chantant, le sourire radieux. Je connais les mots qui la font chavirer, les gestes qui la font se pâmer. Je lui donne ce qu’elle attend, scrute son imagination qui dessine des lendemains complices. Matins poètes et nuits fiévreuses. Un “nous deux” plein de promesses.

Je loue chaque jour les délices qu’elle cuisine, déguste du bout des lèvres le fruit de ses passions. Acteur et spectateur.

Elle me croit intègre. Elle me dit honnête. Elle y mettrait sa main à couper. Elle livrerait sa tête. Sa confiance règne en maître.

Je ne peux la contredire. J’acquiesce avant de l’embrasser, le corps en liesse, le cœur légèrement tourmenté. Je suis une énigme, un point d’interrogation. Peu me connaissent. Je gagne ma vie ainsi. Sa richesse est la mienne. Et si je triche, ce n’est qu’une question de survie.

Ce texte a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture sur le thème du mensonge. Il fallait se placer du côté de la personne qui ment et rédiger un récit en 25/30 minutes.

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Une évidence

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Son sourire. Qui prend tout l’espace. Un sourire grandeur nature. Pour lui. Juste lui. Elle le sait, elle le sent. C’est lui. Il suffit qu’il tourne la tête, qu’il accroche son regard. Toutes ses amies suivent le manège avec intérêt. Il met un peu de temps à lui retourner son sourire. Éclatant. Une évidence.

Le début d’une histoire d’amour. Les premiers sentiments et l’attente. L’impression que tout est possible. Ils n’ont que vingt ans, alors oui tout est possible. On n’a pas ou peu de tabous à vingt ans. On se sent libre de tout. Et on se dit que tout est éternel. Alors on vit. On n’a pas peur. On se lance à cœur, à corps perdu dans l’aventure, riche d’insouciance. Et on s’aime. On fait l’amour. Souvent. On se laisse porter par le courant.

Jusqu’à ce que le courant dévie et que l’amour se fane. Un courant d’air. Et l’amour s’éteint. Il n’a rien dit. N’a même pas osé un geste de la main.Pas un mot. Rien. Trois ans et le silence. Elle appelle. Elle fait face au vide. Elle comprend et elle craque. Elle esquive les coups. Elle se rattrape aux branches d’une année universitaire. Réussir au moins ça et oublier. Faire le deuil comme ils disent. Mais comment fait-on le deuil d’une histoire qui garde comme un gout d’inachevé en elle?

Elle se questionne. L’évidence la rattrape. Elle a vu. Elle a su pourtant. Alors pourquoi? L’évidence la tourmente. Elle la garde prisonnière. Mais l’histoire est belle et bien terminée. L’évidence vit dans le passé, à l’instant de leurs regards croisés. Depuis ils ont évolué. Dans des directions opposées. L’évidence n’a plus de valeur. Il est l’heure.

Y-en aura t’il d’autres? Surement. Mais elle prendra des gants. Elle restera sur ses gardes. Ou alors elle tombera pour des bras pas faits pour elle, qui la convaincront que l’amour la fuit. Depuis lui.

La vie la rattrapera. Elle. Quelque part. Un soir. Un matin. Une autre évidence, c’est certain. La confiance s’imprimera sur les pavés. Et sur son cœur encore un peu embarrassé, ses peurs bien ancrées, ses failles non maîtrisées. Elle saura que l’évidence n’est pas un gage d’éternité, qu’il n’existe aucune certitude, ni en amour, ni dans la vie. Que tout se joue au jour le jour.

 

Ce goût subtil de liberté

Copyright @DollHouse Paris

La vitrine laissait présager des découvertes intéressantes. Oserait-elle entrer ? Si elle entrait, se contenterait-elle de regarder, en espérant que personne ne lui demande ce qu’elle cherchait ou si on pouvait l’aider ? Irait-elle jusqu’à parcourir du bout des doigts étoffes, soie, dentelle ? Se laisserait-elle tenter par de la lingerie ? Miserait-elle sur la simplicité, l’élégance ou la sensualité ?  Partirait-elle dans une exploration plus approfondie des lieux ? Ou resterait-elle à la surface des choses ?

L’entrée accueillante et le sourire de la jeune femme vinrent à bout de ses résistances. Elle entra dans la boutique. Petits pas hésitants sur le velours rouge. Ses prunelles attirées par l’effet des matières qui telles des abeilles tissaient le fil de scénarios peuplant les méandres de son esprit. Ses mains effleurant des années d’interdits. Dans ce temple de la volupté, tout lui semblait permis.

La jeune femme lui laissa le temps de regarder. Elle prenait ses marques avant de s’aventurer plus loin. Dédales de marches et de fantasmes. Au bout du couloir, une nouvelle expérience n’attendait qu’elle. La jeune femme semblait si à son aise dans cet univers, qui pour elle n’était que messages codés, sourires gênés, murmures, secrets bien gardés. Les objets prirent soudain une autre dimension, celle du plaisir mis en valeur, érigé en maître, épanouissement intemporel.

Elle se laissa guider, ne sachant où donner de la tête. Elle se laissa aller, lâcha toutes ses idées reçues, les clichés ancrés en elles. Elle s’invita dans l’instant et l’instant l’enveloppa d’un voile au goût subtil de liberté.

Filles de la nuit

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Un bruissement d’aile la tire de sa rêverie. L’heure avancée du jour laisse dans le ciel des traces colorées. Sous ses pas, les branches craquent. Les bois l’entourent. Dans quelques minutes à peine, le ballet des prétendants à une gâterie, sans conséquence, se formera. Le travail reprendra. Seule la cadence diffère d’un jour sur l’autre. Elle vient de tendre son tissu, de réajuster sa tenue. Les autres filles commencent à arriver.

Un bisou sur chaque joue, et les voilà parties. Elles vont s’engager dans une conversation morcelée qui pourtant les tiendra éveillées jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Entre chaque passe, elles s’offriront le luxe de quelque espoir. Loin du trottoir. Loin des clients. Elles rêveront d’étreintes singulières, de peaux qui se touchent, s’emprisonnent, de baisers fiévreux. Elles s’enivreront de sensations imaginées qui leur donneront l’énergie pour la prochaine demi-heure. Elles se repasseront le film éphémère des amours d’avant, ceux qui laissaient au creux de leurs nuits quelques grammes d’un plaisir fugace, dont elles auraient dû se saouler pour ne jamais en manquer. Elles regarderont leur poitrine ceinturée dans un haut moulant, au décolleté outrageux, se demanderont combien de temps encore elle fera sensation. Elles dessineront sur le bitume l’espérance d’un respect qui fait défaut à leur condition. Elles feront danser leurs rêves à l’heure de la trêve, songes de draps de soie sur des corps de braise.