Posted in Carnets de route, Variations Littéraires

Face à sa solitude…

Au gré des mots sur l’écran, je sens la solitude qui déborde, sur le trottoir se prend le bitume froid ou brûlant. Quand le “deux” fait défaut, même mal boutiqué, même mal vécu, l’autre semble parfois la clé de voute, la seule alternative au vide que l’on sent au hasard d’un couloir, devant la table du salon, le réfrigérateur trop grand, la table autour de laquelle on ne veut surtout pas s’asseoir pour ne pas se rappeler qu’en face hier il y avait une présence, aujourd’hui plus rien.

Je ne sais pas cette solitude là, moi elle me tient, elle me soutient, elle est mon élan quand le monde autour se presse autour d’un verre en terrasse, se visite, se fête. Je ne sais pas la peur du silence dans la maison, moi il m’apaise, il me convient, il me contient. Je ne sais pas alors j’imagine, je m’approche de la peur, j’essaie de saisir le où, le quand, le “sans” devient terreur, quand face à ce qu’on ne peut nommer, on perd de sa vie jusqu’à parfois vouloir esquiver, partir d’un coup.

Ca je le comprends le trop plein de peine, la nostalgie qui brûle et empêche, la mélancolie de l’avant et les blessures qui ressurgissent quand plus rien ne semble aller dans notre sens. Ca je le sais, je me souviens de cette douleur qui étreint et le si peu qui retient. Alors face à la nuit on se demande si ça ne sera pas la dernière. Il suffirait de presque rien pour basculer.

Derrière l’écran alors, je scrute les mots et je me demande si tout va basculer. Je cherche alors ce qui pourrait, non pas remplacer l’absence, juste donner un peu de substance à la vie qui s’ennuie, pas seulement, qui se fracasse doucement. Je cherche ce qui pourrait nourrir ce qui se meurt, sans être brusque, sans trop d’optimiste, juste ce qu’il faut pour que les mots se fassent moins violents, que le coeur retrouve un peu de couleurs.

Mais je sais déjà que je ne dirai pas qu’il faut apprendre à apprivoiser la solitude, qu’elle est amie avant d’être ennemie, je n’oserai pas la langue positivo-bienveillante car la souffrance ne la tolérerait pas. Je n’irai pas disserter sur la nécessité du “face à soi” car je sais que nos personnalités ne s’imitent pas.

Je laisserai les mots d’amitié glisser sur l’ardoise des jours de pluie, de mieux aussi, quand un petit rayon vient donner envie d’y croire pour quelques heures, laissant de côté la douleur. Je leur insufflerai un brin de magie pour qu’ils atteignent leur cible en atténuant la solitude, en diminuant l’angoisse, en important un peu de plus dans le moins.

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En corps composés

Credit Kaboompics

J’essaie d’attraper au vol tout ce que j’ai aimé avec toi, de toi, ce diffus des premières heures, cette impression du temps qui n’a pas de limite. Je ne sais pas bien l’amour. Je n’ai jamais été au-delà, j’ai connu les silences et beaucoup d’absence. Alors j’évolue en terrain inconnu et tout ce qui n’est pas stable me semble compromis. Je me sens en sursis.

Je réécris du bout de ma plume tous ces instants magiques, tout ce qui a fait pencher la balance en faveur d’un essai. Et les affinités ont envoyé valser tout ce qui nous éloignait. Même au cœur des tempêtes émotionnelles, il y a toujours eu cette flamme, cet appel vers toi, ce sentiment qui s’enflamme au toucher de ta voix.

Mais plus j’avance, plus je recule, plus j’ai peur, plus je me fonds dans le silence pour que chaque pas loin de toi ne me soit plus si pénible. Je reprends l’armure façonnée pour me protéger. J’efface les possibles, obnubilée par les impossibles. Je ne sais pas comment vivre comme ça.

Alors je m’aventure dans les souvenirs, ils me tiennent au chaud le temps que je saisisse où, quand, comment j’ai commencé à dériver, où, quand, comment c’est arrivé, cette distance entre nous, cet éloignement imposé par le quotidien, cette passion évanouie, ces petites attentions dispersées dans la nuit.

Peut-être que c’est juste la vie de couple, cette vie dont je n’ai aucune idée, qui me prend par surprise et me demande de m’abandonner. Mais comment je compose avec toutes ces insécurités? Je me décompose et j’aimerai que tu lises entre les lignes de mes contradictions.

J’erre sur le chemin à la recherche de ce qui nous tient encore debout, encore amants, en corps composés. Je cherche ta main dans ce que je ne sais pas nommer, ton regard sur un horizon désarticulé, quelques grammes d’un désir presque enfantin pour apaiser l’incertain.

L’été me rappelle la passion, délectation, cet état de vibrations. Peut-être que je veux trop de ce qui n’est plus une composante si présente de nous deux. Peut-être bien que c’est autre chose qui se dessine, quelque chose que je ne sais comment appréhender, qui me demande de lâcher ce qui me tient en sécurité…

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Quand tu es loin

Photo by Austin Zhang on Pexels.com

Je n’aime pas quand tu pars, quand les kilomètres qui nous séparent se comptent en milliers, quand je sais que je n’entendrai pas le son de ta voix avant longtemps, quand l’océan avale tes pas et amplifie mes peurs.

Oui, elles sont là, là dans le vide de l’absence, dans les airs qui jalonnent ton parcours, dans ce peut-être un peu brusque qui m’étreint, dans ce que pourrait être la vie sans toi.

Je compte les heures presque ou je n’y pense pas, je me barricade, je vis en apnée, je me divertis, j’écris pour tenir à distance tout ce que je ne peux maitriser, tout ce qui ne dépend pas de moi. J’ai le cœur à rire, mon meilleur antidote face à cette attente de ton sourire dans l’embrasure de la porte.

Je compte les points de suspension dans l’air et je ne laisse pas de place aux émotions. Pas pour le moment, pas pour ce temps. Elles peuvent vivre sans mon implication pleine et entière. Alors elles passeront et bientôt tu reviendras…

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Ma plus grande peur

J’ai l’impression de le dire, le sentiment d’oser. Plus souvent, plus spontanément. Moi aussi j’ai mes peurs, sous le voile déposées, protégées. Des peurs sans grand fondement et puis d’autres.

J’aime les gens qui disent ne pas avoir de peurs, je souris. C’est tellement évident ce qui se cache derrière cette certitude. Mais je sais que faire face à ses peurs n’est pas chose aisée, qu’il faut côtoyer l’ombre au plus profond.

Oui je suis attirée par la mort, parce qu’elle fait partie intégrante de la vie, elle me fascine, elle est mystérieuse alors elle m’appelle à entrer en contact avec elle. La mort est le plus grand tremblement de l’être humain, même si nous tentons de nous rassurer en n’y prêtant pas trop attention.

Je sais que je vais perdre les gens que j’aime. Un jour. Un par un. Ma peur n’est pas liée à l’absence mais bien à cet aurevoir qui ne pourra pas toujours se faire, ce départ inattendu qui me cueillera une fois de plus au saut du lit, avec la sonnerie stridente d’un téléphone. Sans avoir pu dire un mot. Voilà ma peur, voilà ce que je tente de dompter pour ne pas l’imposer aux autres.

Alors j’essaie, de plus en plus, de dire ces mots, ceux qui brûlent les lèvres, ceux que l’on ose pas toujours ou pour lesquels on se dit que le moment n’est pas opportun. Combien sont-ils à confier “si seulement j’avais su.” J’ai manqué des départs, mes mots sont restés en suspens. Je me suis fait des promesses de ne pas laisser le temps s’échapper à nouveau.

Et vous, votre plus grand peur c’est quoi?

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En parallèle

Photo by eberhard grossgasteiger on Pexels.com

Le temps s’étire et nous composons avec lui.

Le premier confinement ou la peur. De tout ce qu’on ne maitrise pas. Si je veux être juste, je dirais trois ans de peur et de joie mêlées.

Peur du passé, de l’avenir. Du connu et de l’inconnu. Peur de ce qui a été et ce qui pourrait être.

Peur des mots qui partent un peu trop vites, des gestes qui ne font que murmurer, de toutes ces vies qui font partie de nous et qui ne se croisent pas.

La peur comme un bagage de route, avec lequel on avance, compagnon inconfortable mais qu’on n’arrive pas à lâcher. La peur du vide sûrement.

A deux, on avance, on change, on innove, on découvre, on guérit. En parallèle, il y a un chemin très personnel que l’on fait si le cœur nous en dit, si le cœur le ressent comme quelque chose de vital, de nécessaire.

Cette transformation s’est imposée à moi, pour pouvoir dire à la peur « back off ». C’est peut-être la confiance qui a pris le pas ou quelque chose de plus grand.

Enfin ce deuxième confinement, avec ce que cela implique de temps loin l’un de l’autre, je le vis différemment, plus sereinement.

Moins de contrôle, plus d’acceptation.

Ce qui a été, porte aujourd’hui la douce chaleur des souvenirs. Ce qui sera, attend d’être écrit. Ce qui est, s’enrichit même des temps troubles.

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Un mois d’émotions…

Depuis plus d’un mois il y a eu des jours avec et des jours sans, des jours heureux, plein de fous rires, d’inattendu, des jours de doutes et de peines. Il y a eu des larmes et des cris, des sourires et des promesses, des matins calmes et des soirées folles. Il y a eu des chansons et des temps calmes, des crayons, de la peinture, des lignes d’écriture, des livres, des films, du temps à deux, des cabanes et des nuits, comme en camping. Il y a eu des repas de fête et des pique-nique improvisés.

Il y a eu des ras le bol qui ont pris toute la place, des angoisses qui ont refait surface, des vérités bien cachées qui sont revenues peupler les nuit, gâcher les jours. Il y a eu nos humeurs de saltimbanques du bonheur, nos états d’âme d’apothicaires, des expériences farfelus. Il y a eu du réussi, du raté, l’impression de ne pas savoir faire, de ne pas savoir être, de ne plus savoir où, quand, comment, pourquoi.

Il y a eu du silence et des maux. Et du silence sans maux. Du silence des profondeurs qui vient rappeler que tout est en ordre, que tout va bien, qu’il n’y a rien à faire de plus. Il y a eu du chahut, des chutes, des montagnes de questions, du temps, un temps infini, tantôt délicat, tantôt euphorique, un temps de nous deux, plus complices.

Il y a eu des “je n’aurais pas dû” et des réflexions en duo, un nouvel équilibre à sans cesse redéfinir. Il y a eu quelques projets, peu de temps pour soi, des prises de conscience, des envies d’autre chose. Il y a eu du partage, des moments auxquels les mots ne peuvent rendre justice. Il y a eu des émotions, des découvertes, des impressions d’être seule au monde, seule avec ses joies, seule avec ses détresses.

Il y a eu du chaos, des heures sombres, des minutes en équilibre. Il y a eu la brulure et la renaissance, le feu qui s’éteint et celui qui redonne vie

Il y a eu les jours et les nuits. Sans toi. Pas vraiment loin. Mais pas là. Il y a eu la routine, le déni, la peur et le manque, toujours, la douleur presque parfois de ces jours sans toi. Sans la chaleur de ton regard, sans le grain de ta peau, sans tout ce qui en toi apaise le moindre de mes sanglots. Il y a eu les jours où ton image même me fuyait, les nuits qui disaient “c’est fini”. Il y a eu les craintes qu’au final ce soit vrai, que tu ai choisi un autre chemin, une autre vérité, que ce temps près des tiens t’ai précipité dans une autre réalité.

Il y a eu cette angoisse de nos pas qui s’éloignent quand nos mains ne se touchent plus, que nos yeux se perdent de vue quand nos obligations nous lient à d’autres vies. Cette impression que peut-être tout pourrait s’arrêter là, dans cet espace sans filet de sécurité, dans cet entre-deux dépourvu de certitude. Il y a eu la peur de ne valoir que 4 minutes au compteur d’une journée qui n’en finit pas, de n’être qu’une parenthèse dans un quotidien bien rempli, une porte de sortie face à des responsabilités écrasantes, un passe-temps agréable sur le calendrier du temps qui passe.

Il y a eu les souvenirs et l’espérance, toujours, la certitude de l’amour et quelque chose de plus fort, de plus grand, le manque comme un trou noir et un tremplin pour retrouver l’essence même de ce qui nous tient, même loin, encore debout, toujours vivants.

 

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Au cœur de moi

Crédit Pixabay

Parfois je ne sais pas, je ne saisis pas. Le trait d’humour, la parole légère. Parfois je surfe dessus et parfois ça vient, une fois de plus, appuyer là où ça fait mal. Comme si il y avait encore des choses à sortir, encore des blessures mal guéries, des cicatrices trop fraiches qu’un simple effleurement réveille.

Parfois la vie des autres, leurs choix, leurs projets, leurs envies me renvoient à mes propres peurs, pas celles que je connais, celles que je cache bien profondément, que j’oublie, auxquelles je ne veux pas penser parce que ça me donne le vertige. Et dans la conversation je dérive vers ce qui ne fut pas, ce que je n’ai pas connu, ce que j’ai évité, ces pas que je n’oserais peut-être jamais, ces sentiments qui ne resteront vivants que dans le présent, sans lendemain.

Parfois je me perds encore dans mes contradictions, dans ce que j’ai et ce que je voudrais avoir, ce que je ne m’autorise pas à demander, à être peut-être bien.

Parfois ça fait encore un peu mal et alors je sais que je viens de passer un cap et qu’un autre m’attend. Un virage qui chaque fois me demande d’aller encore plus loin, à l’intérieur de moi, pour faire tomber les barrières, regarder en face les limites que je m’impose, mes angoisses pour les dépasser.
Tout est mouvement. Les cycles se suivent et ne se ressemblent pas. Tout est en construction sans cesse. Tout est redéfinition de mes priorités, de mon équilibre à chaque instant.

Chez vous, comment ça se passe? Comment gérez-vous vos peurs, vos contradictions? Vos blessures appartiennent elles au passé ou se rappellent elles encore à vous de temps en temps?

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Si je n’avais pas peur…

Crédit Ornella Petit

Je crois que nous nous sommes tous posés cette question un jour: Que ferions nous si nous n’avions pas peur?

Je pense qu’il est important de rappeler que la peur n’a pas que des mauvais côtés. C’est une émotion de survie et une alerte face au danger. C’est quand la peur est omniprésente, qu’elle nous fragilise, qu’elle nous empêche d’avancer que cela devient problématique.

Des peurs nous en avons tous. Certaines que nous arrivons à dépasser, d’autres moins. Certaines un brin handicapantes et d’autres qui nous protègent. Certaines liées à des traumatismes passés, d’autres liées à notre caractère, notre mode de fonctionnement.

Qu’en est-il des miennes?

Si je n’avais pas peur – impossible – si j’arrivais à les dépasser plutôt, je pourrai conquérir le monde. Tout comme vous d’ailleurs.

Le regard de l’autre ne serait plus un frein à mon épanouissement. Je ne m’attacherai plus à un quelconque besoin de reconnaissance. Je lâcherai la culpabilité et je me féliciterai davantage. Je partirai en croisade – une croisade pacifique – pour défendre les causes qui me tiennent à cœur. Je parlerai de mes livres un peu partout. Je me mettrai en avant sans me sentir “pas vraiment à ma place”. Je partagerai plus sereinement mes écrits. Je m’affirmerai sans m’imposer. J’arrêterai sans cesse me justifier. Je me ferai confiance dans les différents actes de ma vie.

J’existerai pour qui je suis et non pour qui je pourrais être, en fonction des critères de chacun. Je dirai “non” plus souvent. Je me dirai “oui” aussi. Je laisserai le passé là où il est et je vivrai le présent avec une intensité déconcertante.

Je ne me sentirai plus mal à l’aise d’être qui je suis. J’arrêterai de vouloir être acceptée à tous prix. J’explorerai le monde, visible et invisible. Je me laisserai porter par mon intuition. Je resterai fidèle à mon cœur. Je ne manquerai jamais d’audace. Je m’aimerai entièrement avec ma lumière et mes zones d’ombres.

Je me rappellerai que je ne suis jamais seule. Je partagerai mes sentiments, sans toujours tout enrober. Je dirai aussi les choses qui ne me conviennent pas. J’arrêterai de me faire des nœuds à la tête pour ne pas blesser l’un ou l’autre.

Je serai une version authentique de moi-même.

Cet article a été écrit dans le cadre du carnaval d’article proposé par Emeline du blog “si j’osais“. Vous pourrez retrouver courant octobre toutes les participations sur son site.

Posted in Carnets de route

Il est l’heure de pardonner…

Crédit Pixabay

A chaque respiration, elle s’en va. Elle sent la fin arriver. Elle compte les pas avant le dernier saut. Elle respire mal d’ailleurs. Elle sent son sang manquer de vie. Elle s’achemine vers la fin de la sienne. Seule.

C’est bien ça, elle est seule. Le vide s’est fait autour d’elle. Au fil des années. Au fil des mots blessants qu’elle a  prononcé. Au gré de ses départs sans retour en arrière possible. Au volant de ses idées incompatibles avec la notion même d’amitié.

Elle part. Elle est triste puis elle est dure. Elle laisse planer le doute. Elle fait mal. Elle brise à l’intérieur. Et donne le change à l’extérieur. Elle méprise et supplie presque. Elle largue des bombes à intervalles irréguliers. Elle s’intéresse si le conflit est sous-jacent. Sinon elle laisse couler. Pas assez intéressant.

Elle nous voyait puis elle nous voit moins. Elle ne se pose pas de questions. Nous passons forcément pour la jeunesse sans reconnaissance. Qui ne retient rien. Quand on la voit, elle s’énerve vite. Tout ne va pas au juste rythme. Les enfants crient et font du bruit. Nous aussi. Un peu trop. C’est usant.

Elle nous tient à l’écart. Puis elle veut nous voir, craignant que ça ne soit la dernière fois. Comment voit-elle la mort? Quelle allure a t-elle? Celle d’un linceul noir ou bien d’un ange blanc? Comment vit-elle ces heures qui la rapprochent de l’éternité?

***

Elle ne sait plus. Elle voudrait que tant de choses soient différentes. Elle aurait voulu une vraie mère qu’on accompagne dans ses dernières heures douloureuses. Elle aurait voulu de la tendresse. Pouvoir prendre soin d’elle.

Elle ne fait que son devoir de fille. Elle s’occupe de l’intendance, les visites médicales, les courses. Puis s’enfuit. Trop de mépris. Trop de maux qu’elle trimballe. Toute une vie. Du gâchis.

Elle voudrait pouvoir faire plus. Mais face à la méchanceté, son amour ne fait pas le poids. Elle pleure ce qui n’a jamais été. Elle pleure l’enfance blessée. Elle pleure le rien, tout ce qu’elle n’aura pas eu, tout ce qu’elle n’aura pas connu.

Elle espère. Peut-être. Elle sait que non. Mais elle espère. Un regard en arrière. Un pardon. Des regrets. Pouvoir dire aurevoir. Juste ça. Elle attend un “je t’aime” qui ne viendra pas.

***

Je suis actrice et spectatrice. Je suis l’enfant et la petite fille. Je suis d’un côté, forcément. Celui de l’amour. Bien évidemment. J’écoute. Ma mère. Je sais le poids de tout, du présent et du passé. De l’avenir. J’imagine.

Je ne saurai jamais qui elle était, pourquoi elle a tant détesté ma mère, pourquoi elle m’a tant utilisée sous couvert d’un amour débordant, pourquoi elle n’a jamais regardé ma sœur, pourquoi elle n’a jamais aimé mon père, pourquoi elle a toujours cherché à nous diviser.

Je me dis qu’aujourd’hui, pour moi, il est temps de pardonner. Pour que ma grand-mère parte en paix. Pour que je reste en paix. Les questions n’ont pas de réponse. Le mystère reste entier.

Posted in Emprise et Renaissance

Enfer nocturne

Le même cauchemar.

Deux fois la même semaine.

Un réveil en sursaut devant l’horreur de la situation.

La première fois il était là, il était flou. Je me demandais comment j’allais partir, il fallait partir, comment j’allais pouvoir le quitter tout en sauvant ma peau. Qu’il ne me retrouve pas, surtout qu’il ne me retrouve pas. On s’était remis ensemble (cela n’arrivera JAMAIS) et personne ne le savais. Alors personne ne pouvait me venir en aide.

Cette nuit, c’est pire. J’entends sa voix. Cette voix atroce qui me file des frissons. Il est en mer mais il va rentrer. Je suis revenue pour une deuxième chance. Il a les clés de la maison. Il faut que je parte, pour aller où. Il va tout casser. Il a déjà tout organisé. Et je marche sur des oeufs pour ne pas le brusquer. Il faut changer la serrure. Il faut que je trouve quelqu’un pour faire ce travail en urgence. Demain il sera trop tard. Si je ne pars pas maintenant, il sera trop tard.

L’angoisse resserre son étreinte autour de moi. La mort rode. Au secours! Mais qui entendra puisque personne ne sait…

Hors de question de me rendormir après ça. Il me faut un temps pour récupérer, pour intégrer que tout va bien. Je fuis la nuit et sa folie. Je reprends mon souffle. Le silence m’apaise. J’en ai besoin comme de me sentir aimée et en sécurité.

Posted in Atelier écriture, Variations Littéraires

Au début du monde…

Au début du monde…

L’obscurité et la lumière. Le soleil et les ombres, broderies scintillantes inondant le ciel de promesses. Puis un petit écrin d’or posé sur un rocher. Le monde se créait sur le vide et le vide cédait sous les pas du Monde. Ton monde, le mien, celui des hommes de joie et des hommes de peine, celui des monts et des merveilles, celui du temps et de son effroyable course. Plus tard, celui de la folie et de la haine, des souvenirs gardés sous scellés.

Des origines du monde, personne ne savait rien. Le premier homme resterait un mystère que nul ne percerait jamais. Tout comme le temps qui coule et tel le sable, s’évanouit entre nos doigts. Il fallait s’y résoudre. Accepter de ne jamais savoir et avancer. Ne rien retenir non plus. Ou alors risquer la collision avec des entités supérieures.

L’écrin se trouvait là, presque inconscient de sa tâche, juste posé, présent, comme un souffle. Le premier souffle. Alors que le monde écrivait les chapitres d’une histoire dont nul ne connaissait les méandres, les rebondissements, les épreuves, les virages, les passerelles, des entrailles de la terre, monta un cri, perçant, comme celui d’une bête autrefois puissante, d’un coup anéantie, un cri de rage qui fit trembler la terre.

La peur, organe vivant, traversait maintenant, à pas cadencés, les strates des terrains que les hommes commençaient à exploiter, envahissant jardins et ruelles, écrasant le printemps, l’été, prête à tout pour empêcher l’histoire de s’écrire sans tourments. Sa principale activité consistait à entrer dans les cœurs pour y semer la terreur. La peur voulait gouverner, créer une nouvelle entité, dans laquelle chaque homme serait à sa merci, répondant à ses ordres, adhérant à ses principes, validant ses idées. Une emprise telle que le monde arrêterait d’évoluer. Pour se faire, elle nourrissait chaque jour le peuple de son pain avarié, plein de sa médisance, de son mépris.

Certains se souvenaient toutefois de l’écrin d’or posé sur un rocher. Vague image que la peur tentait de détruire, sans y arriver. Certains s’y accrochaient, leur seul espoir au milieu de ce désastre, de cette apocalypse avant l’heure. D’autres se prenaient à rêver. L’or, ce métal sacré, devait avoir un pouvoir que nul ne pouvait imaginer, un pouvoir si grand, qu’il pourrait réduire à néant l’empreinte de la peur. Certains y croyaient si fort qu’un jour, au plus profond de la nuit, l’écrin s’ouvrit, laissant couler une onde dont le parfum et la musique réveillèrent les arbres, les plantes, irriguèrent la terre, se diffusèrent et infiltrèrent les fibres élastiques des corps épuisés. L’Amour se réveillait enfin de son long sommeil…

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier proposé par Olivia “des mots, une histoire” Les mots récoltés étaient: activité – soleil – nouvelle – jardin – souvenir – sacré – broderie – pain – collision – printemps – souffle – rêver

Posted in Carnets de route

Quand est-ce qu’on en revient?

Est-ce qu’on en revient de la peur du corps?

Peur du sien, de celui de l’autre.

Peur de la nudité face à l’autre.

Est-ce qu’on en revient des images troublantes?

Images qui s’infiltrent dans nos nuits.

Images qui défilent et détruisent l’estime.

Est-ce qu’on en revient de la peur d’aimer?

Peur de la confiance qu’on pourrait accorder.

Peur de la dépendance.

Peur de l’abandon.

Est-ce qu’on reconstruit un jour à nouveau à deux?

Est-ce qu’on se retient?

Quand est-ce que le corps se libère – se livre, libre, à nouveau?

Quand est-ce que le corps s’oublie pour se fondre – en soi / en l’autre?

Le corps et son image. Le corps face au miroir.

Quand est-ce que le corps se soigne du regard de l’autre?

Quand est-ce que l’amour guérit le corps? Comment?

Quand est-ce qu’on en revient de tout ce qui nous attache à des maux qui nous dépassent?

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Filles de la nuit

Fille du soir

Sur le trottoir

Ses déboires

En bandoulière

Et l’espoir

Dans ses veines

Devient traces

Sur sa peau blême

Cicatrices que l’on se traine

Dans la nuit

Verre brisé

Regard perdu

Le folie glisse

Ses doigts

Sous sa jupe noire

Elle dérape

Le silence la rattrape

Elle oublie

Les mains moites

Ferme les yeux

Face à la nuit

L’âme se nourrit

De rêves inventés

Douceurs sucrées

Couvrir son corps

Et s’endormir

Au fond du cœur

Le sang transit oublie

L’atroce réalité

Du destin des filles de la nuit.