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A l’heure du départ

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Je pensais que je trouverai, que je trouverai autre chose que ce vide. Je pensais qu’au milieu du chaos tu aurai laissé une trace d’un quelconque amour. Je pensais qu’au milieu de ton fouillis, il y aurait un petit quelque chose pour me dire, nous dire comment tu avais vécu, aimé, un petit rien pour que l’on comprenne un peu mieux ce chemin.

Force est de constater que nous faisons tous partie d’un rendez-vous raté. Au chagrin de ta souffrance, sur ce lit d’hôpital, il y a de la colère et une émotion que je ne sais comment nommer. Ta souffrance, elle, te rend humaine pour la première fois. Et je saisis chaque opportunité de venir au contact de ta peur, de ta peau tâchée, de ta chute programmée comme pour me nourrir de ce qui m’a tant manqué.

Plus ça dure, plus c’est dur. Un jour je me dis que je suis prête à faire table rase, à ne retenir que le meilleur. Et puis mon cœur s’emballe et je perds les pédales. Seule avec mes vagues, j’oscille comme un instrument désaccordé. J’ai envie que cette violence dans laquelle nous avons baigné prenne fin, que tu partes vite et bien, que tes maux se taisent pour que les miens puissent s’apaiser. J’ai envie que cette agonie cesse, pour toi, pour nous.

Au fond, dire aurevoir est toujours un passage, même quand l’amour a été blessé. Il y a tant de choses à laisser parler, passer, à laisser aller avec le courant de la vie qui doucement s’enfuit. Je ne sais pas ce qu’il faut garder, quels souvenirs, ce qu’il faut de courage pour oser tout abandonner, pousser la porte, la refermer et ne plus y revenir.

Je ne sais pas répondre aux questions. Je ne sais pas dire quel manque sera là quand tu ne seras plus. J’essaie les mots mis ensemble pour dire ce “nous”. Je retiens ce qui s’attache depuis toujours que l’amour ne suffit pas, qu’il ne peut rien, qu’il peut errer des années sans trouver de repos.

J’espère que dans le tien, le mien trouvera la clé de ce que je tais pour ne pas me blesser.

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Nouvelles injonctions: Arrêtons le massacre!

Avertissement: Dans ce texte je vas partager mes états d’âme du moment. Si vous n’avez pas envie de les écouter, passer votre tour. Ca évitera les commentaires du style “mieux vaut voir le verre à moitié plein” ou “il y a un truc derrière ton émotion”. Je vais être franche je m’en contrefous royalement, là, maintenant, j’ai juste envie de dire ce que j’ai à dire. Point barre.

En relisant le commentaire de Mijo sur mon article Regarder les gens couler je me suis rendue compte que la tendance actuelle nous collait sur le dos de nouvelles injonctions, en lieu et place de celles dont nous tentons de venir à bout. Nous sommes passés du “sois fort”, “pense aux autres” ou “fais plaisir”, au “ose”, “pose tes limites”, “sois authentique” ou “prends soin de tes émotions”.

Dans cette course au perfectionnement de soi, nous sommes semblables à des robots. Nous sommes tous appelés à lâcher nos masques, à sortir de notre zone de confort, à vivre nos émotions, à vivre l’instant présent. Quand aucune de nos vies ne se ressemble. Nous sommes lobotomisés avec toutes ces théories du bien-être qui nous inculquent la recette magique pour une vie qui a du sens. Au final rien ne fait sens.

Les psychologues – les vrais, ceux qui ont fait des études en ce sens, et non ceux qui se sont improvisés thérapeutes en trois semaines de formation intensive – sont unanimes, la France est en grande souffrance. Et pourtant nous vivons dans un monde où le bonheur fait la une des étagères des librairies.

En vérité, toutes ces phrases sont des bombes, toutes ces citations positives sont d’une violence sans nom. Elles génèrent culpabilité et mal être. Elles imposent une manière de voir et d’être qui met de côté le psychisme humain. A les croire, nous serions créateurs de notre réalité. Imaginez vous dire ça à un enfant victime de sévices. Ca remet sacrément les idées en place, non?

Sans compter que nous devenons, à force, tous des moutons alors même que l’industrie du développement personnel nous promet des techniques pour devenir nous-mêmes! La bonne blague!

Dans notre monde, il n’y a plus de place pour le dépassement de soi, pour l’émotion pure avec laquelle nous tentons de composer, il n’y a plus de place pour les maux qui nous bousculent, il n’y a d’ailleurs plus que nos thérapeutes pour nous écouter, sans nous rabâcher que tout est cycle et que tout passe, qu’on tire toujours du positif de nos expériences traumatisantes, qu’il faut R-E-L-A-T-I-V-I-S-E-R.

Imaginez quelqu’un qui ne sait pas nager, à qui on demande de sauter du plongeoir. C’est incohérent et dangereux. C’est la même chose pour la zone de confort ou tout autre “ose” en début de phrase, sans accompagnement thérapeutique, c’est suicidaire. Mais aujourd’hui on veut nous faire croire que c’est notre unique salut, que nous en sommes tous capables, qu’il suffit de le vouloir. A croire que si nous échouons, nous sommes des ratés. Quoi de mieux pour aller plus mal!

Je suis fatiguée de tout ce que j’entends, de tout ce qui me / nous tire vers le bas. Je suis fatiguée des personnes qui ont toutes les réponses, qui croient détenir l’ultime vérité (tout en te disant qu’il n’y en a pas), je suis fatiguée d’entendre les mêmes mots tout le temps (notamment le” ça va?” qui m’horrifie et que je me surprends moi même à prononcer parfois) , je suis fatiguée de tout ce qu’on nous demande d’être sans cesse, jusqu’à ce qu’on s’écroule parce que ça ne nous correspond pas, je suis fatiguée des masques qu’on ôte pour en remettre d’autres (en pensant qu’on n’en porte plus).

Voilà je suis fatiguée de toute cette pression à créer une meilleure version de nous-mêmes tout en acceptant nos fragilités, en dépassant nos peurs, en accueillant nos émotions, en osant dire stop, en étant empathique (sans porter les problèmes des autres), en prenant soin de nous (sans sombrer dans l’égoïsme). Et tout ça en gérant harmonieusement notre boulot, notre budget, notre vie privée, notre vie de famille, en faisant du sport et du bénévolat, en étant positif et en ne laissant pas la morosité ambiante nous atteindre…

Pas étonnant alors que nous soyons tous à plat, complètement paumés et à la limite de l’asphyxie!

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Ce soir, ça ira mieux

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Ce soir, j’aurai épuisé tous les points qui me tiennent en déséquilibre, mes pensées se seront apaisées. Ce soir, je serai à nouveau pleine de courage et d’espérance, je prendrai sur moi sans décharger mon malaise et ma peine. Ce soir, je serai revenue des profondeurs dans lesquelles mes doutes prennent toute la place.

Ce soir, je referai peut-être ce rêve de l’ascenseur qui ne descend jamais, qui fait des circonvolutions à l’horizontal, qui tourne vite et me donne la nausée. Ce soir, il faudra que je pense à écrire mon rêve pour savoir de quoi il me parle.

Ce soir, je ferai fi des irritations, de la fatigue, je planquerai ma colère dans un coin et je tenterai de prendre tout (ou presque) à la rigolade. Ce soir, je tenterai d’écrire, de décrire ce qui me traverse pour faire la lumière sur le flou.

Ce soir, il y aura peut-être un sourire derrière la porte, et si il n’y en a pas, je tâcherai de ne pas le prendre personnellement. Je tâcherai à l’avenir, quand ça sera possible, de ne rien prendre personnellement.

Ce soir, ça ira mieux parce que je le veux. Et même si ça ne va pas, je garderai encore et encore les tensions à distance, je retiendrai les quelques minutes en suspend qui viendront gommer ces matins silencieux et ces samedis qui décrochent.

Ce soir je tâcherai de lâcher prise, de ne pas m’offusquer d’un mot parti trop vite, d’une énième négociation. Ce soir, j’écrirai sur tout ce qui me défait. Pour réussir à me refaire…

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Où que j’aille…

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Où que j’aille, je trimballe mes doutes, mes peines, ce sentiment qui, si je creuse, fait éclater les larmes sur les vitres. Mais je les garde à l’intérieur pour ne plus rien abîmer.

J’ai trop de coups, de gueule, de mots, de peurs dans les bagages. Je n’en veux pas d’autres. Je m’échappe pour l’équilibre, pour la paix. Je délaisse mon intimité, je ne sais pas si j’ai encore de la place pour elle dans le tourbillon des jours qui chamboulent. Et me laissent toujours plus seule face à ces questions, que d’autres balayent sans y prêter attention ou bien à coups d’avis qui ne s’appliquent pas.

Je n’ai plus envie d’entendre que je gère, que j’y arrive, que je suis une bonne mère. Je ne veux plus de ces phrases toutes faites qui ne savent pas la réalité. Je ne suis ni bonne ni mauvaise. Je suis plutôt jongleuse professionnelle. Je tente de maintenir ce que je crains de voir exploser. Il suffirait parfois d’une minuscule étincelle et alors tout partirait en fumée.

Je m’accroche et je laisse filer le cafard. Je ne me pose plus pour que les questions me laissent enfin tranquille. Je pense moins aussi. Je laisse le temps me prendre le main, me dire que je ne suis pas fragile.

A la surface je fais sensation. Derrière le rideau du cœur, je fonds comme une glace au soleil. Je ne me sens pas de taille face aux responsabilités qui m’incombent. Je m’engage avec détermination pourtant mais mes efforts me coutent, plus qu’il n’y parait. Je veux rester maitresse des choses quand tout me pousse à flanc de colline, face au vide.

Je surjoue, je m’adapte facilement. Je fais semblant à la perfection. J’avance dans le brouillard avec mes solutions qui dureront un déjeuner de soleil. Il faudrait inventer, réinventer sans cesse et je n’en ai pas toujours l’énergie. Alors je m’enfuis de la vie, j’invente une autre réalité, je creuse des souterrains pour me cacher. Et là, je peux laisser les larmes couler, sans les arrêter, là je n’ai plus de souffle, je peux me soustraire au quotidien, les autres n’en savent rien et c’est très bien comme ça. Parce que les émotions ça fait des blessures et ça incommode. Il n’y a pas de solution toute faite, pas de chemin balisé, pas d’explication.

Et moi, parfois, j’aimerai juste me déposer, ne plus essayer, ne plus me sentir prisonnière de tout ce qu’il faudrait faire et que je ne sais pas…

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Le un, le rien, le tout

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Là où il y a la tristesse, là où d’autres ne voient pas, il y a aussi la possibilité d’une guérison, transformation. Les chemins des uns ne sont pas ceux des autres. Les verres que nous portons, consciemment ou non, filtrent la lumière et les ombres. De vérité, il n’y en a aucune, sinon la mienne. Ou la tienne. Celle de chacun et celle de personne.

Là où il y a la tristesse, il y a aussi la joie, celle des jours de liesses et des plaisirs tous simples. Et pour qui ne connait pas les larmes, alors comment nommer les éclats de rire?

On ne s’échappe pas de la vie, on choisit parfois de prendre une porte dérobée, en pensant que par là, on évitera les creux, les ronces et tout ce qui pourrait ralentir notre marche. Mais alors on évite aussi les fleurs et les bosquets, les aurores aux allures de début du monde.

Là où il y a le chagrin, ce petit vague à l’âme qui transporte avec lui son lot de deuils et de doutes, il y a aussi le possible, le phare qui illumine la nuit, la chaleur d’un souffle ami, le tremblement de nos lèvres assoupies.

Vivons alors le tout, ce grand chaos en mouvement, cet équilibre précaire relié à l’éphémère de toute chose et même de l’être. Pour s’enivrer d’une main qui se pose et d’un regard qui nous frôle, il faut pouvoir accueillir ce qui nous déstabilise et ce qui nous euphorise. Un monde de l’un sans un monde de l’autre est un monde sans définition, un monde neutre où les plus belles émotions se retrouvent étiquetées.

Vivons ce qui vient et ce qui passe, dans un rythme qui nous glace ou nous soutient. Laissons l’instant être ce qu’il est pour puiser dans son étreinte l’essence de ce qui nous rend humains!

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Quel choix?

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Un commentaire sur mon billet de samedi dernier m’a inspiré cet article.

Lâcher, partir, faire des choix, n’est-ce pas le plus difficile finalement, ce qui nous coute le plus? Comme on dit souvent “on sait ce qu’on laisse, pas ce qui nous attend”.

Alors on s’attache à nos habitudes, nos relations, nos schémas de vie, à ce qui est d’un certain côté rassurant même si cela menace insidieusement notre équilibre, nos bases. On fait avec, faute de pouvoir faire sans. Et puis ce qu’on connait finalement ce n’est pas si pesant, on s’en accommode pas si mal de nos obligations, alors bon, pourquoi pas remettre des sous dans la machine et repartir pour une nouvelle dizaine?

J’entends souvent des personnes dire “c’est la faute de”. En effet, on peut passer beaucoup de temps à rejeter la faute sur autrui, à vouloir prouver par A + B que si on ne fait pas telle ou telle chose c’est parce que nous manquons de confiance, nous n’avons pas eu la chance des autres, nous avons manqué le coche.

J’entends souvent aussi “pour moi c’est trop tard”, comme si il y avait une date de péremption pour faire des choix en accord avec nos valeurs et nos souhaits, comme si passé un certain âge nous étions forcés d’admettre que ce n’est plus la peine d’essayer.

Lâcher, quitter quelque chose, ça ne veut pas non plus dire claquer la porte et repartir à zéro, remettre en question toutes les sphères de sa vie, tout quitter sans un regard en arrière. Ca peut simplement vouloir dire faire quelques aménagements, changer de cadre, choisir un nouveau loisir, passer plus de temps avec d’autres personnes, abandonner une mauvaise habitude, commencer une thérapie pour soigner un mal être ou un trouble, se mettre au sport…

J’entends beaucoup de gens avec des excuses plein la bouche. Les enfants, les parents, les conjoints, l’âge, la situation géographique, l’argent et j’en passe. Je ne dis pas que tout choix est simple, loin de là! Je ne dis pas qu’il n’y a pas des personnes qui doivent être prises en compte dans nos décisions. Mais il n’y a qu’un pas entre l’impossible et le début de quelque chose de possible. Et c’est à la portée de tous.

Quels sont les actes qui vous ont semblé les plus difficiles à poser? Qu’est-ce que vous souhaiteriez lâché aujourd’hui? Qu’est-ce qui vous empêche de le faire? Qui rendez-vous responsables (on le fait tous un jour ou l’autre!)?

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Fin de vie et énorme gâchis

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Le cardiologue a été direct. La valve ne pompe plus. Le coeur est irrigué par l’opération de je ne sais quel esprit, qui tente de garder la main sur la vie qui se termine. Ma grand-mère avance doucement vers la fin et elle laissera derrière elle plus de points d’interrogation que de réponses. Quelque part j’attends ce coup de fil qui mettra fin – nous l’espérons tous – au supplice de ma mère.

Une mère qui triche, divise, brise, une mère qui psychologiquement tue à petit feu, ça existe. D’où vient cette méchanceté, où prend racine cette frustration, quel est ce lien si particulier qui les lie, jusqu’à détruire?

Il faut remonter le fil du temps, et encore. Un mariage parce que la société est ainsi faite. Un enfant aussi. Pour éviter ce désastre, il aurait fallu que mon grand-père et ma grand-mère s’évitent dans les longs couloirs de la bourse. Mais ils se sont rencontrés, on peut imaginer qu’ils se sont aimés. Mon grand-père n’était pas homme à devenir époux ni père. Sur les photos, personne ne sourit jamais.

Je n’ai jamais pris parti ni pour l’un ni pour l’autre. J’ai aimé mon grand-père en connaissant le passé de ma mère et j’ai adoré pendant des années ma grand-mère. Sa première claque, elle se l’est prise juste avant de dire “oui” à l’église. Le ton était donné. Les violences ont duré dix ans. Dix ans pour ma grand-mère et dix ans pour ma mère. Je vous épargne les détails sordides. Dix années pendant lesquelles ma grand-mère a vécu sa vie de femme en dehors de la maison, délaissant sa fille pour les weekends et les vacances, lui préférant son amant.

Puis est arrivé ce que chacun redoutait peut-être le plus, une grossesse. Un enfant pas encore né qui a servi de monnaie d’échange. D’un côté un mari qui la menace de ne plus revoir sa fille si l’enfant nait et de l’autre un amant qui dit “oui” à l’enfant et non à sa fille. Un choix douloureux. Un avortement qui aurait pu lui couter la vie. Et soudain un amour démesuré pour sa fille voit le jour. Il lui a demandé de choisir, elle va choisir jusqu’au bout, jusqu’à le priver au maximum de son enfant. Elle va devenir le modèle de sa fille, la victime victorieuse d’un combat ancestral, elle va la protéger, se rendre indispensable. Elle va la modeler en douceur, jusqu’à l’avoir de son côté. Elle va l’aimer en lui répétant “pour toi j’ai tout donné, j’ai tout abandonné”. Elle va faire d’elle son trophée.

Il faudra à ma mère une dépression, un cancer, mille fois l’envie d’en finir, quinze ans de thérapie pour faire la paix avec son père et découvrir le vrai visage de sa mère. Les bleus des coups ne sont rien comparés à ceux des mots, de l’emprise.

Mon grand-père a quitté le domicile conjugal à la retraite. Il est parti vivre sa vie. Il a repris sa liberté. Et nous nous sommes véritablement rencontrés lui et moi. Je n’ai pas cherché à comprendre sa violence, j’ai intégré que j’avais la même en moi, que je lui ressemblais beaucoup. J’ai choisi de me faire aider pour que ce mal ne se perpétue pas.

Ma grand-mère est morte pour moi il y a 18 ans. Je n’oublie pas son investissement ni les bons moments passés. J’ai oublié beaucoup de mauvais. Elle est morte le jour où mon chagrin a été mis dans la balance face au sien. Moi de perdre ma mère, elle de perdre sa fille. Le jour où ma peur a été balayée d’un revers de main. Le jour où les vacheries se sont multipliées. Diviser pour mieux régner, une devise qui a bien failli tous nous bousiller.

J’ai depuis longtemps fait le deuil de notre relation, et le jour où j’ai compris qu’elle s’était servie de moi pour faire du mal à sa fille, j’ai réalisé que tout ce que je ferai pour elle désormais ne relèverait plus que du devoir.

Parler d’elle est presque impossible. Il faut savoir, il faut avoir vécu ce qu’on a vécu, il faut voir le mépris dans son regard et dans ses mots quand elle parle à et de ma mère. Et des autres, tous ceux qui ne répondent pas à ses critères. Il faut voir la façon dont elle a retourné sa veste pour mon père qu’elle a traité de tous les noms d’oiseaux pendant des années et a qui elle fait les yeux doux aujourd’hui. Elle ne s’est jamais remise en question et contre toute attente je crois qu’elle ne le fera jamais. Elle termine sa vie dans une profonde solitude, après avoir perdu au fil des ans toutes les personnes qu’elle disait aimer mais qu’elle a fait fuir, à qui elle a dit les pires saloperies en pensant que c’était justifié.

A l’extérieur, elle fait illusion, on la croit bonne, elle sait se faire apprécier. Elle charme, séduit, même à 91 ans. Elle cache sa véritable identité sous une grosse couche de générosité. A l’œil nu le mécanisme de sabotage est invisible. Elle vous adule, vous déteste. Elle joue le chaud, le froid, oublie, se souvient, est vache puis douce. Elle adore jouer à la victime. C’est à n’y rien comprendre. Et c’est ce qui fait que ça fonctionne. Ils sont nombreux à tomber dans le panneau, à venir nous faire la morale, nous dire que nous ne sommes pas à la hauteur. Elle est SI merveilleuse!

Je tiendrai ma parole jusqu’au bout, par respect pour la vie et ce qu’elle a donné, mal et pour les mauvaises raisons, mais qui nous a construites malgré tout. Je sais que pour ma sœur c’est plus compliqué. C’est une autre histoire. J’irai jusqu’au bout sans attente, pour soutenir ma mère surtout. J’ai réussi à déjouer les mécanismes de l’emprise, je reste factuelle, je ne partage plus rien, je l’écoute parler. Le gâchis est certain mais chacun est responsable de sa propre vie…

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Pour toi

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Je ne sais pas toujours te dire. Je me cache souvent derrière mes peines, mes angoisses. Je déteste les silences et pourtant je les laisse parler pour moi. Je me dis que tu comprendras et si tu ne le fais pas, tu partiras. Et alors j’aurai eu tort de croire que l’amour a tous les pouvoirs. Ca viendra ouvrir la blessure une nouvelle fois, celle qui depuis le début joue avec moi, celle de la cour d’école, celle des bruits des vacances, celle des rires en cascade dans la classe, celle de la salade de tomate, celle des clins d’oeil en douce, celle des mots qui cognent et des murs qui cachent, celle qui menace de révéler au monde ce que je suis et ce que je ne suis pas.

Je ne m’excuse pas, ou peut-être que si, d’être comme je suis avec ma quantité de points d’interrogation, mon besoin d’être rassurée, de me sentir en sécurité, avec mes chocs et mes bleus à l’âme qui se font moins troublants mais qui restent comme autant de lames prêtes à danser sur ma peau nue, quand ma bulle se fendille, quand tes pas se font lointains.

Mes blessures ne disparaitront pas, j’ai cru à tort que je pouvais, par le seul pouvoir de ma pensée les reléguer dans un coin éloigné du temps. J’ai perdu de précieuses années à tenter de les étouffer. Je dois juste accepter qu’elles font partie de moi. Un peu comme la peur ou la nostalgie. Lutter contre ne fait que leur donner plus de force.

Je voudrais ne te dire que l’amour, ce qu’il creuse en moi, ce qu’il desserre de nœuds, ce qu’il insuffle de vie, ce qu’il m’offre de confiance, de joie. Je n’y arrive pas tout le temps. Alors je me replie comme pour étouffer mes maux. Je redeviens une enfant fragile qui dans le sommeil tente de se cacher, pour fuir la folie qui fait son lit dans le creux des jours.

J’écris, j’écris pour venir à bout de ce qui me retient, pour oublier les destins liés et le coeur trouble. J’écris pour me souvenir de la douceur de tes mains et la chaleur de ton sourire, pour ne pas oublier que c’est ce qui dans la balance pèse plus lourd que ce qui m’oppresse. J’écris pour comprendre pourquoi cette liesse puis pourquoi ce vide soudain.

J’écris pour les mots que je ne sais plus dire, pour ce qui reste un mystère, pour graver quelque part le bonheur, pour ne pas le laisser partir. J’écris pour garder de la substance quand tout s’évanouit. Et qu’il ne reste plus que des yeux humides pour dire les émotions, ma main qui cherche la tienne pour m’assurer que tout cela est bien réel.

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J’imagine le temps

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J’imagine les vagues dans un songe
L’eau rédemptrice sur mes tempes
Le clapotis fiévreux de l’eau salée

J’imagine les paysages qui défilent
Les couleurs éblouissantes de la nature
Les kilomètres engloutis à vive allure

J’imagine les samedis matins
Le jardin, l’herbe fraichement coupée
Un livre laissé dans un coin

J’imagine les soirs d’hiver
Les cérémonies, les jours de marché
Les émois qui traversent les murs de pierre

J’imagine l’espace que tu occupes
Dans un grand éclat de rêve
Dans un grand bain d’ivresse

J’imagine la nuit et ses mystères irrésolus
Tes pas qui résonnent sur le bitume étranger
La symphonie de la pluie sur la transparence

J’imagine ton sourire accroché à la voute céleste
Les étoiles filantes arrachant des souhaits aux passants
La lune en quartier pour unique compagne de route

J’imagine le mouvement de tes pensées
Le flot ininterrompu des idées vagabondes
L’esprit occupé, constant, conscient

J’imagine ce temps
Etre au plus près de toi
Dans un présent à distance
Aujourd’hui et l’absence

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Les jours de…

Les jours de pluie, j’écoute les gouttes en fête, leur musique intense, comme des battements de cœur, qui frappent les carreaux, le bitume, s’écrasent lourdement sur les corps, se déposent délicatement sur les fleurs. La nuit, la pluie m’apaise. Elle me chante une mélodie, celle des mots qu’on griffonne, avides que nous sommes de sortir nos tripes, nos rêves sur le papier fiévreux.

Les jours de pluie me ramènent sur cette terre si verte, là où mon cœur erre encore, le long de La Liffey, là où les souvenirs sont, pour toujours ignorants de la fin, pour toujours pleins de vie. Il me semble parfois les entendre frapper à la porte et alors j’ouvre pour passer un temps avec eux, un temps comme à part, temps des quatre saisons qui se mélangent, tant de rires et tant de ce sentiment d’être là où je suis.

Les jours de soleil, je goutte aux rayons qui sur ma peau laissent un baume brun, fragments de chaleur dont je me délecte, tant qu’il ne brule pas, tant qu’il ne me saoule pas. Je rêve alors de bord de mer, des vagues qui lèchent le sable et déposent sur le derme un sel aux accents de liberté.

Le soleil est le temps de la complicité, du présent, celui de l’amitié, un temps de partage, un temps pour être ensemble avant que la fin du jour ne nous pousse à rentrer plus tôt. Le soleil est la bénédiction de nos mains qui se frôlent. Il joue avec les contrastes et les couleurs, avec les ombres, les sens.
Les jours de soleil je me sens dans l’envie de jupes qui volent, de robes longues qui balaient le sol, de déjeuners en terrasse, de nos yeux qui se croisent et se disent tout sans qu’un mot ne sorte de nos bouches assoiffées. Un temps à dévorer.

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S’abandonner à vivre

Credit Photo@mariekleber37

Le monde restera toujours cette gigantesque énigme. Le monde du business, de l’argent, des idéologies, un monde à tant de vitesses que parfois rien ne sert d’y prendre part.
Le monde restera un mystérieux hémisphère duquel je m’approche un peu trop parfois, au risque de perdre de vue ce qui compte, là, maintenant.

Le soleil a des airs de trop peu. Alors je savoure chacun de ses rayons. La sensation du chaud sur ma peau me donne envie de rester encore un peu, assise là, sous le feu des projecteurs du ciel.
Le soleil et ta peau.
Et les sourires partagés.
Et les confidences.
Ta peau et les microsecondes d’un contact qui remplit mon être d’une force incomparable.
Et la vie qui bat.
Et les rires d’enfant à la surface.
Et le souffle du vent qui soulève le voile de ma robe.
Les sourires comme autant de « merci » partagés.
Et la passion d’un baiser.
Et la douceur d’un câlin.
Et la saveur d’un pat inventé.
Les confidences, comme autant de chance d’oser dire, d’oser être, de ne plus garder pour soi ce qui pèse, ce que l’on voudrait que la terre entière sache, que l’on cache par pudeur.
Et les souvenirs accrochés au dôme céleste.
Et les nuits d’étoiles filantes à émettre des souhaits, le cœur plein d’un rêve sans tâche.
Et les jours riches d’une vie sans âge.

Les rires, étouffés, fous à lier, dégringolant la falaise, les rues des villes, les routes de campagne, secousses improbables, joie qui fleurit derrière les visages fermés.
Le souffle comme un battement d’aile, un frôlement imperceptible.
Les sourires à en avoir les yeux qui pétillent et la bouche privée de mots.
La passion colorée, éphémère, spontanée, circulaire, inventive, espiègle, mémoire des sens en quête de beau.
La douceur, la saveur, concentré de tendresse, épure des gestes.
Les souvenirs, albums intemporels d’un temps qui nous garde pour toujours, insouciants, amoureux, sensibles, généreux.
Les nuits pour contempler, admirer, rêver sans s’arrêter et retenir le jour entre le coton joyeux du dimanche matin, sage les jours de classe ou imprégné d’un désir sans cesse réinventé

Le monde peut bien s’écrouler, il reste ce cortège d’espérances, toutes ces chances, opportunités saisies, mains tendues, amitiés sincères, liens qui nous hissent au sommet. Demeure la vie dans tout ce qu’elle a de plus surprenant et de plus évanescent. Tout est fragile et solide à la fois, tout passe et tout tient. Rien n’est écrit et tout est là pourtant, déjà.

Face à la folie, à la cruauté, à l’insensé, je voudrai retenir tout cela, tout ce qui a de la valeur, tout ce qui a du caractère, tout ce qui chaque jour nous enveloppe de chaleur et de la conscience que nous ne pouvons pas échapper au monde mais nous pouvons y faire face sereinement et en paix.

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Dérive(s) moderne(s)

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Chercher, creuser, faire, dire, partir en quête, se questionner, aller plus loin, encore, encore, encore. Se défaire des couches superflues. Comprendre le comment du pourquoi et le pourquoi des choses. Essayer de comprendre toujours plus. Creuser plus loin. Se gaver de psychologie. Se nourrir à l’extrême d’informations prometteuses. Se goinfrer de recettes toutes faites pour réussir ici et là, pour s’affranchir, pour devenir meilleur, plus confiant, plus constant. Chercher la faille et s’y glisser, tout chahuter sur son passage, perdre de vue le nord, se perdre dans les dédales de toutes les propositions alternatives possibles et imaginables.

Vouloir mettre des mots sur les maux jusqu’à l’épuisement, nommer à tour de bras les émotions, noter les sensations, se fier à la lune et ses mouvements, pratiquer des rituels de sang blanc, scander des prières jusqu’à perdre le fil de l’intention, jusqu’à l’oubli.

Vouloir toujours aller plus loin et laisser la vie passer. Laisser le plaisir et la joie. Laisser l’esprit, qui dans des milliers d’hypothèses se noie. Laisser filer le goût des choses simples. Se laisser tomber sans s’en rendre compte. Oublier ce qui est en se laissant happer par la pensée de ce qui pourrait être.

Oublier de vivre. A force de chercher un sens à tout. A force d’écouter avec son filtre de vérité. Laisser passer les rêves à coup d’obligations, de missions. Laisser passer l’autre dans une quête d’absolu sans fin.

A force de…

Perdre la force vive en nous. Et s’évanouir dans un tourbillon d’obsessions, tumulte d’idées qui jamais ne se taisent, chaos sans cesse à apaiser, brouillon sans cesse réinvesti pour en tirer un fruit, pourtant depuis longtemps pourri!

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Spirale inspirée

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Ca a commencé par un jour de pluie, quelques minutes d’ennui, une envie de sortir prendre l’air. Une lubie d’un instant, un loisir du dimanche. Ca ne durerait pas. Quelques jours tout au plus. Juste le temps de se laser, de descendre et remonter, nettoyer, bichonner. Ca finirait par passer. Une histoire de gamins, tout au plus.

Et puis non. Cette année, il a un an de plus et ses escargots sont devenus son moment de la journée, un moment de pause dans un quotidien en version accélérée. Il pense à eux au réveil et ne part pas se coucher sans être certain qu’ils sont en sécurité.

Au départ, c’était plutôt une corvée et puis devant l’enthousiasme des enfants, je me suis laissée porter par leur curiosité. Chaque jour nous en apprenons davantage sur les escargots, ces coquilles rigolotes, qui nous laissent bien souvent indifférents.

Il leur a donné un nom et a déjà ses préférés, ceux qu’il voudrait garder, quoi qu’il en coûte. Etre dans la cour là, présente à l’instant, je sais que beaucoup pensent que je perds mon temps. Pourtant j’ai le sentiment d’en sortir grandie de ce repli, de ce regard attendri, de cet émerveillement devant les spirales comme le début d’un enchantement qui me ramène au coeur de ce qui fait sens.

Ce n’est peut-être qu’un jeu d’enfant, alors j’ai à nouveau huit ans avec plaisir, je me laisse aller à buller au rythme d’une patience qui, ailleurs, laisse à désirer. Je me laisse envelopper de sérénité. Je m’accorde aux regards pétillants, comme si je fuyais un peu le monde des grands, mes émotions qu’un petit rien peut chahuter.

J’ai conscience de la naïveté de cette expérience et que ça puisse prêter à sourire. Pour autant, dans ce partage là, je trouve aussi ma place de maman, certes solitaire mais tellement riche. On apprend à chaque instant même des choses qui nous rendent un peu triste. Il y a dans l’air de juin une envie certaine, une urgence sanguine de vivre.

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Huit ans et quelques mois

Cela fait maintenant 8 ans et quelques mois que nous nous connaissons. Un peu plus si l’on compte ces mois de communion presque parfaite, ces mois en osmose dans une sorte de bulle baignée de lumière, avant le crash.

Huit ans et quelques semaines. Beaucoup de peurs et des heures de doute. Des larmes aussi, de quoi inonder l’espace. Des minutes obscures à se demander à quoi bon, à qui bon continuer, à quoi bon essayer. Des jours douloureux, des matins à ne plus savoir comment vivre sans cris, des soirs à guetter ton sommeil pour pouvoir m’écrouler, le corps pris de tremblements, le coeur en miettes et l’âme en peine.

Huit ans d’émerveillement aussi, de tes premiers pas à tes premiers mots, de tes premiers sourires à tes premiers coups de coeur, de tes premières fois suivies de secondes tout aussi touchantes.

J’ai souvent écrit combien je ne me sentais pas à la hauteur de ma tâche de maman, combien je me sentais lasse, vide, vidée, à cran, perdue, angoissée. J’ai souvent écrit la solitude, l’impuissance face à ton chagrin, tes peurs, ta sensibilité aussi exacerbée que la mienne, ta colère, ta rage. J’ai toujours écrit avec sincérité ce chemin de vie, choisi, pas toujours aisé, fait de hauts et de bas, d’envies de tout envoyer valser, de chaos et de tendresse mêlés. L’amour dans toute sa complexité.

J’ai voulu être une mère “parfaite”, celle qui n’existe pas! Tout gérer de main de maître, comme une sécurité, comme pour me dire que j’étais capable d’être ta maman. C’est pourtant ce qui m’a le plus pesé, enfant, cette maitrise des choses et du temps. C’est ce que j’ai copié, loin de me rassurer, ce modèle n’a fait que me terroriser.

Je t’ai écouté sans pouvoir répondre à tes demandes. Je t’ai écouté, je t’ai regardé évoluer, grandir, devenir un petit garçon. J’ai essayé tellement de fois le fameux lâcher prise, je me suis souvent plantée et la colère est revenue, comme une amie fidèle, manipulatrice, inquisitrice, destructrice.

Huit ans et quelques mois et voilà que doucement je prends ma place, tu prends la tienne, nous nous tenons l’un et l’autre dans un espace qui se vide de tristesse et se remplit d’allégresse. On dit que les épreuves nous rendent plus forts, je dois avouer que les nôtres nous ont fragilisés, nous ont rendu méfiants. Elles nous ont secoués et ont laissé des cicatrices que le temps seul à le pouvoir d’apaiser, pour peu que nous le laissions faire.

C’est à la joie et au présent que je m’en remets aujourd’hui, dans notre complicité et ce lâcher prise qui est arrivé sans que je le décide, comme si tout avait une raison d’être, comme si tout arrivait à point nommé. Peut-être bien que ce retour à moi aura été le point d’ancrage de cette relation qui s’épanouit, dans un mouvement permanent. J’accepte le déséquilibre et je pose davantage mes limites, ne craignant plus de ne pas en faire assez.

On s’apprend avec plus de rires et moins de contraintes, juste des règles de vie, celles que je définis pas à pas et qui te correspondent aussi. Cette vie à deux commence à avoir des reflets argentés et nous en avons tous les deux conscience. Comme quoi il faut toujours s’accrocher, la vie a des ressources insoupçonnées!

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En Vie de Toi

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Cette envie physique fulgurante, vivifiante, impulsive. Cette étreinte qui va chercher plus loin que tout ce qui se lit. Ce corps à corps intense, à la limite de l’indécence, ce jeu qui nous propulse dans un univers d’insatiable plaisirs à décliner à l’infini. Cet impact qui n’en finit pas de m’éblouir.

Cette envie de toi, plus que ton corps, ton être. Au coeur, au corps de soi. Ce que tu dégages, qui tu es, ce que tu me fais ressentir, la manière dont je suis quand je suis avec toi.
Respirer l’air que tu respires dans un espace partagé, dans un temps qui n’est que le nôtre sans obligations à honorer, sans que le tic tac des secondes ne viennent perturber l’instant de félicité que nous vivons au maximum.

Il y a eu, la peur, le manque, l’insécurité, les reflets du passé. Il y a eu les doutes au milieu de ces mois entre deux, dans lesquels nous étions l’un à l’autre, si longtemps l’un sans l’autre. Je ne vais pas dire que ça a été facile ni que parfois je ne me suis pas demandée comment nous allions nous retrouver.

Il y a encore et toujours la joie, la complicité, ce contact de nos peaux et le dialogue de nos coeurs, ces sourires sur nos visages qui en disent plus longs que les plus jolis mots du Monde.

Je n’ai jamais douté de nos sentiments, j’ai juste crains cette fuite du temps. Que l’habitude de l’absence l’emporte sur l’émouvante tendresse de la présence. J’ai saisi la main du trouble au creux des déceptions des autres, des fins douloureuses, des adieux déroutants. J’ai redonné du pouvoir aux blessures d’hier, avant de comprendre que ma sécurité intérieure était de ma responsabilité, que le choix de la joie n’était pas un leurre mais bien un droit naturel.

Si il y avait un regret ce serait celui de ne pas m’être assez écoutée, d’avoir laissé les cicatrices brûler un peu plus longtemps comme si le bonheur c’était pour les autres et que je ne pouvais pas tout avoir. Juste quelques miettes, tout au plus. Quand tout de nous m’appelait à la vie, quand chacun de tes gestes m’invitait à plus d’audace, le plaisir simple de goûter à l’instant. Quand tous nos rendez-vous me donnaient ce sentiment d’être invincible, d’être plus que toutes mes limitations.

Ce temps là est passé et un nouveau chapitre s’ouvre à chaque respiration, chaque intégration. Les regrets filent comme le vent et alors il reste tant à écrire. Toujours. Le beau, le juste, le meilleur, ce qui a le goût d’éternité, quand nos mains s’effleurent et font trembler les parois fines de nos émotions.