La mère que je rêvais d’être, celle que je suis et que j’accueille

Copyright Marie Kléber

Si je n’ai jamais rêvé l’enfant que tu serais, j’ai souvent rêvé la mère que je souhaitais être. Bien sûr c’était avant. Avant la maternité. Avant le quotidien et tout ce qui va avec. Avant toi et moi. Bien sûr ce n’était qu’un rêve et parfois je rêve encore.

Accepter qui l’on est n’empêche pas de vouloir s’améliorer. Et si il y a une chose que la maternité m’a apprise c’est bien celle-ci, qu’à chaque instant, en quelque sorte, je renais. A moi-même et à ce qui compose mon univers. A chaque instant, il m’est donné de choisir entre la manière dont je réagis et la manière dont je pourrais le faire si…je lâchais prise, j’acceptais ce qui se présente et surtout j’abandonnais mes idées de « perfection ».

Je sais le poids des mots et pourtant, encore, souvent, je me fais avoir. Je dis ce qui me passe par la tête. La fatigue, la colère, le ras le bol, la charge mentale d’une femme, d’une mère. Et tout fout le camp, bonnes résolutions et tout le toutim. Avant que je ne prenne du recul.

Je suis en perpétuelle évolution depuis toi, en perpétuel chemin. Je sais que rien n’est linéaire, que tout se construit jour après jour et que ce qui fonctionne une fois ne fonctionnera peut-être pas dans deux semaines. Tout est question d’ajustement, d’adaptation.

Parfois je me surprends à lâcher du lest. Parfois je suis dure et ça ne sert à rien. Je ne sais pas toujours poser les limites et parfois j’en pose qui n’ont pas lieu d’être. Parfois je me fais confiance et parfois seule dans cette tâche, je perds pied. Pourtant je chéris mes choix, mes pas, chacun  de ceux qui font de nous une famille, même si nous ne sommes que deux.

Certains jours sont plus compliqués, ma patience mise à rude épreuve – elle n’est déjà pas bien  développée ! – mes nerfs à cran, j’enverrai tout balader. Et puis tu me regardes et je reviens sur terre. J’arrête de rêver à ce que je pourrais être si j’étais différente et j’accueille qui je suis, avec mon lot de vulnérabilité, de force, avec mes doutes et ma capacité à transcender ce qui me bloque, avec ma colère et mon envie d’une vie équilibrée et heureuse. Pour toi et moi.

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La valse agitée de mes émotions

Crédit Pixabay

Histoire de ne perdre personne en cours de route et que personne ne se tire en courant en pensant que je suis complètement barrée, je vais tenter tant que faire se peut de rester sobre dans cet article.

D’abord la mélancolie…

Pour celles et ceux qui connaissent, qui la côtoient, la voient rappliquer illico presto après chaque moment de pur bonheur, ce sera facile à comprendre. Pour les autres, imaginez une vague qui arrive à l’improviste, charriant un condensé de vos plus précieux souvenirs et de vos plus grandes angoisses. Vous vous retrouvez alors seul, avec votre lot d’émotions à fleur de peau. Et vous tentez de maintenir le cap devant la mer enragée, prête à vous engloutir.

La mélancolie, chez moi, n’arrive jamais seule, elle est souvent accompagnée des deux grandes forces qui gèrent le monde, la vie, la mort. La mélancolie rappelle que le temps d’avant n’est plus et ne sera plus jamais. Pour autant que nous en ayant pleinement profité, nous pourrons revivre le temps de quelques instants ces moments de félicité. Tout en sachant que le passé n’est plus que points de suspension dans un no man’s land dépassé. Et que bien souvent plus personne n’y pense, à part nous!

Avec le temps, j’ai appris, non pas à gérer, mais à accepter ces vagues qui m’assaillent sans que je ne puisse ni les anticiper ni les contrer. Fut un temps, j’allais contre elles et le résultat était rarement positif. Désormais, je les laisse venir, je leur donne une place, puis je les laisse me dire ce qu’il faut que je retienne et ce que je laisse partir. La mort n’est pas quelque chose qui me fait peur en soi. Je sais qu’elle est là, en moi. Elle est mon rappel, ma boussole. Pas seulement la mort physique d’ailleurs.

Dans ces moments de profond déséquilibre, je vois la vie sous un prisme différent. Je la vois en format RAW, comme un corps sans la peau. Je la vois dans sa vérité, dans ses possibles. Je la vois dans tout ce que le monde pourrait être et faire, dans tout ce que je pourrais être et faire. Je la vois dépourvue de tous ces oripeaux qui en font un terrain de jeu souvent dangereux. Je la vois dans sa vérité. Mais cela ne dure que le temps de me dire qu’il est peut-être temps de vivre justement, vivre avant que quelque chose de dur, de douloureux, de grave ne me fasse oser davantage, ne me fasse lâcher mes peurs, ma colère pour aller vers ce en quoi je crois, ce qui est fait pour moi.

La réalité, ma réalité alors me rattrape et la mélancolie se carapate, en me laissant un goût acre au creux du cœur. Car une fois de plus je n’aurai pas saisi ma chance, je retournerai à mes démons, à mes doutes, à des pas cadencés, habitués, je retomberai dans mes chers travers. Et tous mes rêves d’autre chose s’envoleront dans le vaste univers. Jusqu’au prochain raz de marée…

Dites-moi, ça vous arrive à vous aussi ces moments là? Vous les gérez comment? A moins que vos creux de vague ressemblent à autre chose. Dites-moi!

Apprendre à Être

Dire ce qu’il faut dire. Être d’accord.

Sourire.

Ne pas faire de vagues.

Plaire.

Donner surtout. Parce que c’est bien. Ça fait bien.

Se taire aussi.

Ne pas demander non plus. Ce sont les faibles qui demandent.

Encaisser avant tout. Sans se plaindre c’est encore mieux.

Porter un masque. Souvent.

Faire comme si. Faire semblant.

Savoir écouter.

Et puis ne pas faire étalage de sa vie.

Rester à la surface des choses.

Ne pas exposer ses sentiments. 

Garde ses émotions sous cloche.

Être pudique surtout. Même envers et contre tout.

Je dois avouer que tout ça je l’ai fait. J’ai été cette personne lisse ou j’ai essayé de l’être pendant de nombreuses années. Je me suis recroquevillée sur moi-même et j’ai laissé la place aux autres.

La pudeur c’est un truc qui me dépasse aujourd’hui. En fait je trouve que c’est l’excuse par excellence qui nous sépare les uns des autres.

Ça sert à quoi de faire semblant ? Ça sert à quoi de jouer un rôle ? Ça sert à quoi de filtrer ? Ça sert à quoi de se soumettre à une norme, une idée, un style de pensées qui ne nous convient pas / plus ? Ça sert à quoi d’arrondir sans cesse les angles ? Ça sert à quoi de ne pas montrer, de ne pas dire ? Ça sert à quoi de se cacher?

J’ai l’impression que ça sert à s’excuser d’être vivant.

Je n’ai plus envie de me planquer derrière une montagne de non-dits, derrière un masque qui ne sert qu’à faire de moi une personne que je ne suis pas. Je n’ai plus envie d’être cette fille sur qui tout le monde peut déverser son trop plein. Accepter chacun tel qu’il est, tenter de ne pas juger ne fait pas de moi une poubelle géante pour que chacun puisse y jeter son mal être et sa mauvaise humeur.

Plus le temps passe et plus j’ai envie d’être fidèle à qui je suis. Tout au fond de moi. Retrouver mon essence dans le sens même de la vie qui vibre et m’enivre. Qui m’aime me suive!

Poser les mots d’Octobre

Je ne pouvais laisser Octobre se terminer sans poser les mots. Ce mois si significatif pour moi, à de nombreux égards, s’avère chaque année le passage chaotique d’une réalité à une autre. Il est riche de bouleversements, de remises en question. Il est riche d’évènements qui changent le cours des destins. Il commence avec la sensation qu’il y a des choses à lâcher. Cela se fait souvent dans un malaise, qui me laisse inquiète quant à les suites des festivités. Dans la crainte de ne pas faire les choix judicieux pour moi, cette année a marqué un tournant significatif dans mon approche de la vie et de ma place dans celle-ci.

Dehors les températures sont de saison, le vent envoie les feuilles valser, les arbres prennent de nouvelles couleurs. Et alors je respire l’automne, enfin installée. La nuit qui tombe tôt m’apaise. Je retrouve vite mes marques dans cette ambiance familière.

Ce mois d’octobre s’achève dans une béatitude qui me séduit. Il pourrait se résumer en deux mots “donner” et “recevoir”. Les jours glissent vers novembre que je me sens prête à accueillir, et ce malgré certaines dates “souvenir”. Octobre fut corporel, sensuel, envoutant, passionné. Octobre m’a rappelé l’importance de prendre du temps pour moi, de demander de l’aide. Octobre m’a donné de me reconnecter à mon corps, que je finis par négliger, à force de trop en faire. Octobre m’a ouvert les yeux sur mon travail, les limites que je traine depuis de nombreuses année, l’envie de les dépasser.

J’ai changé la décoration de mon appartement. Je me suis acheté un canapé, mon premier canapé, à moi, mon premier vrai matelas aussi depuis des années. J’ai reçu un bel arbre, qui a déjà eu tant de vies. J’ai réalisé que dans mes 40m2, il y avait un peu de tous ceux que j’aime et qui m’inspirent au quotidien – une connexion précieuse.

En octobre, j’ai souri (béatement souvent), ri, pleuré aussi, de joie et de trop plein, j’ai médité un peu, un peu plus, j’ai passé du temps de qualité avec mon fils, je me suis découverte dans des situations qui hier m’auraient semblé complètement insensées, j’ai intégré que la pudeur et moi nous n’étions pas amies, que je ne voulais plus faire semblant, me soumettre à un système de règles et de valeurs qui n’étaient plus les miennes, que la vie n’attendait que moi. Je me suis livrée, non sans appréhension, et j’ai retrouvé derrière des visages amis, la bienveillance. Je me suis reconnectée à l’amitié qui me lie à tant de belles personnes. J’ai aimé sans filtre et lâché certaines de mes peurs. J’ai fait l’amour avec intensité, connectée à la puissance de l’énergie qui me lie à celui que j’aime. J’ai reçu des mots qui ont fait tremblé chaque vertèbre de mon être. J’ai intégré que tout ce que je vivais j’y avais droit. Et plus encore…

Et chez vous Octobre ça parle de quoi?

Écrivez partout…

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Écrivez partout

Sortez vos tripes sur la table.
Vomissez tout ce que vous retenez.
Foutez-vous en du glamour, du style, de la manière dont les mots sont agencés – vous y reviendrez plus tard.
Libérez votre âme.
Interrogez votre esprit.
Allez au-delà de la quête du bien et du mal, du bon et du mauvais.
Brisez les barrières qui vous tiennent prisonniers de contraintes, de cases, de façons de voir et de penser, d’agir et d’espérer, d’être et de ressentir.
Crachez votre colère, vos peurs, tous ces doutes qui vous rongent au quotidien, vous gâchent la vie.
Lâchez toutes les règles de pudeur, elles ne sont qu’une vision de l’esprit.
Jetez tout ce qui ne vous convient plus, tout ce qui vous oppresse, tout ce qui vous empêche de suivre votre chemin.

Écrivez partout

Avec vos mains, vos regards et vos corps.
A l’encre indélébile.
Capturez les instants qui vous font frémir, les danses qui vous exaltent, les chants qui vous envoutent, les passions qui vous obsèdent.

Écrivez partout

Libérez votre voix.
Livrez vos messages au monde.
Vivez avant tout !

Dans mon jardin secret…

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Je garde des mots, quelques instants que je grave sur des carnets, des feuilles blanches qui prennent la couleur que je veux bien leur donner. Je garde des souvenirs et des surprises. Je garde des émotions et les secrets des autres. Je garde des sourires et des coups de cœur. Je garde les idées qui fusent et se désagrègent presque aussi vite qu’elles sont nées. Je garde quelques blessures, des peurs inconséquentes. Je garde les premières lignes des histoires à écrire. Je garde des pardons, des titres de romans. Je garde les scénarios de mes cauchemars, les particularités de certains fantasmes. Je garde des envies à préciser. Et des bonheurs qui me réchauffent le cœur.

Je suis la seule à détenir la clé de cet espace personnel. Je l’ouvre au gré de mes envies, de mes affinités. Je lève certains voiles avec certaines personnes. Tout dépend du degré de confiance, de complicité, de ce que l’autre est prêt à écouter, accueillir. Partager ce qui nous touche est aussi un moyen de rentrer en contact avec l’autre et de grandir avec elle/lui. Encore une fois tout dépend de la personne en face, de son investissement dans la relation, de son ouverture d’esprit, de sa capacité d’écoute. Ce qui sera possible avec une personne ne le sera pas avec une autre. En amour comme en amitié, tout est question d’alchimie !

Ce que j’écris et ce que je ne dis pas

Crédit Pixabay

Le commentaire est arrivé dans les indésirables. Et puis, mauvaise manipulation, il est parti dans le man’s land de la poubelle virtuelle (désolé!*). J’ai juste saisi les premières phrases et il ne serait donc pas facile de suivre mes états d’âme…

Peut-être. Je ne me suis pas toujours moi-même! C’est pour dire!

Cela m’a fait penser à mon manuscrit autobiographique et au retour d’une éditrice qui trouvait que je disais les choses à demi-mots et qu’ainsi il n’était pas facile de comprendre mon histoire, mes choix.

Encore une fois, peut-être. Toutefois, c’est ma façon d’écrire et d’être. Certains sauront lire entre les lignes, d’autres pas. Tout ne se dit pas à tous, tout ne s’écrit pas. L’intime se suggère peut-être. Ce n’est pas une question de pudeur. C’est juste ma manière de faire. Vu les retours que j’ai eu sur des billets très personnels, j’en déduis que les gens les ont compris.

Je me suis énormément épanchée ici à une époque. J’en avais besoin. J’ai toujours été soutenue. Est-ce que tous les gens qui me lisaient me comprenaient? Aucune idée. Je choisis de penser que ceux qui ne suivaient pas pouvaient, soit reprendre le fil en lisant mes premiers articles, soit passer leur chemin.

J’écris pour partager avant tout. Si je suis comprise, c’est encore mieux. Mais ce n’est pas le but premier. Parfois j’écris pour me libérer. Le retour des autres peut alors être enrichissant et m’aider à avancer.

Il est clair que je ne dis pas tout. Ce blog n’est pas un journal intime. Mes réflexions je les pose parfois ici, souvent ailleurs.

Pour ce qui est de mes états d’âme, comme je le disais dans un article précédent, ce n’est pas parce que je mène à l’heure actuelle une vie heureuse et épanouie, que je vis comme un petit oiseau sur la branche. Je me suis toujours posée beaucoup de questions, donc rien d’anormal. C’est ce qui me permet chaque jour de grandir, d’évoluer, de me rapprocher de qui je suis. Pour embrasser le monde.

Et vous, vous écrivez comment? Vous dites tout? Ou presque? Ou pas du tout?

Pourquoi je ne me confie presque plus ?

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J’ai fait le constat récemment que je me confiais très peu à mes proches, mes amies. Est-ce un choix ?

Oui. Par rapport à ma famille. Un choix de protection. Tout en ayant pardonné beaucoup de choses, certains mots sont ancrés en moi à l’encre indélébile. Et je sais aussi que le risque du chaos n’est jamais loin. Maintenant que j’arrive à le tenir à distance, je ne souhaite pas qu’il réintègre mon quotidien.

Par rapport à mes amies, je ne sais pas. L’éloignement peut-être. Un coup de fil tous les six mois ne permet pas de dire ce que l’on a sur le cœur. Ou bien la peur d’être jugée. Oui je sais les amies ne sont pas là pour ça. Mais parfois les mots dépassent la pensée. Ils n’ont pas pour but de faire mal et pourtant leur impact est douloureux. Ça aussi je n’en veux plus.

Je me rends compte que je garde beaucoup pour moi. Cette année a été riche de belles choses et de gros moments de doute aussi. Je ne les ai partagés qu’avec lui. J’ai cette chance aujourd’hui.

Alors j’écris beaucoup. Ici et ailleurs. J’ai tu des choses par peur que les mots des autres ne viennent me chambouler davantage. J’ai préféré écouter ma voix, trouver du confort dans ma bulle. J’ai eu peur du rejet.

Est-ce un manque de confiance ? Peut-être. Avec le temps, j’ai encaissé beaucoup. J’ai gardé mes amitiés intactes le plus souvent, en taisant ce qui agitait mon cœur. Les conseils et avis à l’emporte-pièce, très peu pour moi. Même si l’intention est bonne. Je n’ai pas besoin que mes amies adhèrent à mes choix, ni qu’elles me disent que ce ne sont pas les bons.

Peut-être que c’est moi qui n’ai pas eu assez confiance en moi à un moment donné. Pourtant en amitié je crois me montrer telle que je suis, la plupart du temps. Mais pourrais-je tout dire ? Tout partager ? Je ne sais pas, encore une fois. Je suis partagée.

Je crois que je n’ai plus peur de perdre mes amies. Je me dis que la vie est ainsi faite que certaines personnes restent, d’autres partent. Je ne voudrai juste pas payer les pots cassés.

J’essaie souvent de me mettre à la place des autres. Et si c’est à moi que certains ne souhaitaient pas se confier. Je me rends compte là aussi que peu se confient, peu m’appellent moi aussi quand tout va de travers dans leur vie. Ou bien quand le bonheur inonde leurs jours.

Une remise en question est-elle nécessaire ? Ou bien c’est juste la vie qui est ainsi?

Le vol de l’ange

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Quelques doutes se glissent autour du “petit +” mal dessiné d’un test acheté, le cœur en liesse, le corps déjà fatigué. Les regards se croisent. Les mains se serrent. L’histoire se dit, s’écrit à la faveur d’une nouvelle vie.

La vie se décline en doux rêves, peurs insensées, éclats de voix, éclats de joie. Sur l’horizon, l’image floue devient plus nette au fil des jours. Un ventre qui s’arrondit sous un pull trop grand. Et des mains qui caressent ce ventre porteur d’espoir. Des promesses murmurées à la nuit tombée, entre les draps d’un lit trop grand.

Des jours et des semaines à planifier, faire danser les lettres pour créer des prénoms. Le corps flanche un peu. Le cœur se détache. L’autre cœur bat. Les frissons s’attachent.

Au milieu du bonheur, des soubresauts de tendresse, quelques angoisses naissent. Premières analyses qui fixent la date de la naissance d’une mère, d’un père. Le sourire aux lèvres et le corps tendu. Des questions à l’infini au bord des lèvres. Passer le temps. Contrer l’ennui.

Sur l’échographie, l’enfant se dessine. Les yeux se parent de larmes précieuses. Premiers souvenirs inédits. Le ventre se raidit. L’enfant a un prénom. La peur guette à l’ombre des non-dits.

Puis le silence, comme une mise à mort, fait trembler la vie.

Le cœur battait. Il ne bat plus. Des torrents d’eau autour d’un ventre à l’agonie. Les cris saccagent les larmes. La folie se faufile. L’enfant vole au-dessus du vide. Le repli et l’envie d’en finir. Visages glacés d’effroi. Mains solidaires qui se cognent contre les parois solides d’un chagrin insupportable. Déjà trop de souvenirs. Une intimité violée à coups de mots pour s’en sortir. Un deuil qui parait impossible.

La mort aux origines de la vie. Anormal. Peine incommensurable. Désespoir. Colère. Lot de promesses dérisoires. Les couleurs de la vie perdent de leur saveur. L’orage éclate. La nuit s’élargit. L’enfance s’évanouit. Un ange passe.

Ce texte a été écrit pour une amie – en souvenir.

Et un jour, devenir maman

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Je le regarde rire aux éclats. J’entends mon rire qui fait écho au sien. La soirée a été calme, douce, drôle, apaisée. Nous avons pris notre temps, ce temps qui nous file trop souvent entre les doigts, ce temps que nous tentons de garder pour nous deux. Temps propice aux confidences, à l’évocation de souvenirs, temps de lecture, de câlins et de contes qui changent perpétuellement de fin.

Quand il a été couché, qu’il s’est endormi sans bronché, que je suis allée voir si tout allait bien, je me suis souvenue…

De nos débuts. Je l’ai déjà écrit ici. Certaines mères se sentent mères tout de suite, dès le petit “plus” sur le test, dès la naissance. Je ne fais pas partie de ces femmes. Je ne saurai dire aujourd’hui si notre enfant était un souhait commun, s’il découlait d’un projet de vie. Je l’ai désiré. Mais dans quelle mesure? Était-ce un désir inconscient de sauver une embarcation qui prenait l’eau de toute part? Je ne saurai le dire. Ma seule certitude c’est que mon enfant m’a sauvé la vie. J’ai conscience d’avoir eu cette chance de partir avant qu’une vie de famille ne se crée. Si j’étais restée, aurai-je eu le courage de partir? Ou aurai-je choisi le sacrifice que font beaucoup, d’une vie dépourvue d’essence, de sens, une vie de larmes et de drames? Les enfants restent encore et toujours notre meilleure excuse face à de tels choix.

A la maternité, oui j’ai ressenti quelque chose, quelque chose de fort. Je me suis sentie invincible le temps de le tenir contre moi. Puis au matin les fantômes ont ressurgi, les peurs se sont matérialisées, l’envie que tout ce scénario ne soit qu’un atroce cauchemar. Face à ma réalité, j’ai pris une claque magistrale.

J’ai tout mis en œuvre pour ne pas m’attacher à mon enfant. Aussi scandaleux que cela puisse paraitre, je ne me sentais pas d’attaque à être sa mère. Je ne voulais pas dépendre de lui pour m’en sortir. Je ne voulais pas qu’il porte ma peine, mon chagrin. Qui plus est je vivais dans la crainte omniprésente qu’on me le prenne – la justice pas si juste – son père. Et tous ces bien pensants qui me rappelaient l’épée de Damoclès au de ma tête, la menace de l’enlèvement.

Quand je suis arrivée à Paris, je l’ai laissé, soulagée, aux bons soins de mes parents. Je savais qu’avec eux il avait la sécurité affective nécessaire à son épanouissement. Je me suis longtemps dit que si je disparaissais, il serait aimé, protégé – le principal pour moi. Et j’ai souvent eu envie de disparaître. Puis nous avons vécu ensemble, avec un florilège de peurs qui ne cessait de prendre de l’ampleur:  peur d’être seule avec lui, peur de ne pas lui donner assez d’amour, peur de ne pas trouver ma place, peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur. J’avais l’impression que loin de moi il grandissait mieux.

Les premières années ont été dures. A tout points de vue. J’avais l’impression de mourir un peu chaque jour, tout en essayant de me sortir de tout ce chaos oppressant. Si bien que je n’ai jamais eu de mal, ni de le laisser à la crèche ou à l’école. J’avais plus confiance dans les autres que dans mes capacités à moi. J’avais besoin que ma vie soit réglée comme du papier à musique pour pouvoir poser un pas après l’autre. Je vivais le cœur lourd gangréné par une colère sourde que je laissais éclater une fois la porte fermée, face à lui qui n’avait rien demandé. Je m’effondrais en larmes le soir. J’étais une mère en équilibre, désorientée, une mère qui n’en pouvait plus, ne savait plus quelle direction prendre, pleine de points d’interrogation.

Je tentais toutefois, à chaque instant, un travail en profondeur, pour faire taire les démons, m’affranchir du passé, pardonner. Pour moi. Comme pour lui. Car entre temps, l’amour s’était frayé un passage. Je le lui disais d’ailleurs souvent. Je lui disais que je l’aimais et que je n’y arrivais pas tout le temps. Je lui disais mes forces et mes failles. Je me répétais que j’allais y arriver, que nous allions être heureux. Parce que c’est le choix que j’avais fait, le choix primaire du départ. J’avais choisi la vie.

Et contre toute attente les heures sont devenues plus légères. J’ai accepté de lâcher prise, de ne plus tout contrôler. J’ai accepté de le regarder pour ce qu’il était, un être unique, qui ne serait jamais moi, que j’allais juste guider sur le chemin de la vie pour qu’un jour il vole de ses propres ailes. Un jour j’ai accepté la tâche confiée, même si elle me parait rude par moments, j’ai pris conscience de mes responsabilités et le parti de me faire davantage confiance. Je me suis pardonnée me choix, mes errances, mes angoisses. J’ai accepté qu’il y en aurait d’autres. Notre relation a pris une autre dimension, plus juste, plus sereine, plus joyeuse. Il fallait en passer par là. Il fallait que nous apprenions l’un de l’autre, l’un avec l’autre. Ce cheminement aura été douloureux et salvateur.

Je suis devenue mère avec le temps, maman avec lui.

Et vous la maternité (ou la paternité), vous l’avez appréhendée comment?