Dans le Paris des années 20

Projet 366 jours

Elle porte des souliers vernis, sur un collant ocre, à talons fins. Elle monte les marches du métro avec sa vilaine valise à roulette. Elle traîne sa peine dans les rues de Paris, telle une égérie des années 20. On dirait qu’elle s’est perdue dans la course folle du temps. Elle s’est trompée de saison. Elle regarde autour d’elle, mi- émerveillée, mi- apeurée. Elle ne sait pas où elle se trouve, ni où elle va.

Elle semble attendre quelqu’un. Je la regarde de loin. J’étudie ses gestes et la souplesse de sa jupe, une jupe marron aux reflets bruns. J’aime la forme mais la couleur me déplait, trop sombre à mon goût. J’admire la facilité avec laquelle elle attend sans broncher, le regard perdu dans le vide, la main sur son sac, les jambes droites. Elle jette un coup d’œil à sa montre. Je souris. L’étranger qu’elle attend n’est toujours pas là. Elle fixe maintenant un point au loin.

La nuit tombe et le froid s’engouffre sous son manteau. Elle referme les pans sur ses doutes. Je voudrai la saisir par le bras et l’emmener loin de cette place qui se vide, l’entraîner dans une course folle vers les rues animées de Montmartre, coin de Paris dans lequel elle se plairait bien.

Dans quelques instants il me faudra partir, m’engouffrer dans le bus et la laisser derrière moi, ombre surnaturelle dans un univers en papier glacé. Le ciel se teinte de nuages sombres. Je ne voudrai pas que la pluie la surprenne. Si j’avais été peintre, j’aurai dessiné cette belle étrangère aux joues creuses et au regard d’ange, avant de m’éclipser sur la pointe des pieds. Mais je n’ai que mes yeux pour retenir son image de beauté éphémère.

Elle regarde à nouveau sa montre.

Clap.

Son visage change d’expression, elle retire ses talons. Elle se déleste de son sac en cuir, qu’elle pose avec nonchalance sur le bitume mouillé. Elle allume une cigarette.

Clap.

La scène est terminée. Chacun rentre chez soi. Le nez collé à la fenêtre du bus, je cherche désespérément des yeux l’image de la femme admirée quelques minutes auparavant. Elle n’est plus. Les années 20 appartiennent bel et bien au passé.

Jour d’été à Paris

Carnets de route

C’était un jour d’été, le soleil haut dans le ciel, chaud et sensuel. Un jour d’avril sans nuage. Un dimanche en manches courtes, pieds nus dans de jolis escarpins, ongle vernis et lunettes noires arborées fièrement à la terrasse des cafés, sur l’herbe des jardins délaissés tout l’hiver. Un jour de rêve passé à bouquiner sur une chaise longue, corps offert à la chaleur bienfaisante venue du ciel. Jour de balade dans les rues de Paris…

Uniforme

Projet 366 jours

Je n’aurai jamais pensé qu’un jour, je t’emmènerais à l’école, avec deux, trois – quatre parfois – militaires en faction devant, mitraillette en mains. Cela indispose certains. Ca me rassure. Un peu. Pas toujours. Car ils ne sont pas toujours là. Je me demande alors pourquoi ce jour et pas un autre. Je me pose des questions. Je ne t’en dis rien. Nous leur disons bonjour. Ils sourient en retour. Tout va bien.

Rose

Projet 366 jours

Elle s’appelle Rose et m’accompagne depuis quelques jours déjà. Je vis au rythme de Paris qui change, des immeubles détruits, des boulevards connus qui ont pris la place de petites rues habitées qui vibraient de vie, de la peine qui chavire les cœurs, les jours, les nuits. Je vis au rythme de Rose qui attend, au fil de ses lettres à Armand, pour nous dévoiler le secret qui la tient prisonnière d’un passé qu’elle se refuse à laisser s’échapper.

Ref. roman de Tatiana de Rosnay – Rose

Premier

Carnets de route

Le voilà arrivé, le premier jour. Un jour qui nous rapproche doucement du printemps. Jour de pluie sur Paris. Jour parsemé de flaques d’eau et de rires qui cognent contre les poitrines des enfants qui, les pieds plongés dans leurs bottes, s’éclaboussent. Sourires arrachés aux passants craignant la pluie, pourtant si fine et élégante, donnant à la terre ce dont elle a besoin pour vivre.

Le premier jour du troisième mois.

Fin de journée

Projet 366 jours

La nuit descend sur la ville. Le ciel se voile de gris. Le soleil disparait sous quelques gouttes de pluie. Dans quelques minutes, je marcherais l’esprit libre. Plus de coups de fils à passer, de dossiers à gérer, de projets à monter, d’agenda à suivre. Je marcherais dans l’air frais de février qui tire à sa fin. Je regarderais le monde courir autour de moi. J’avancerais à mon rythme comme toujours. Je ne presserais pas le pas. A la maison, ils sont entre hommes, ils aiment bien ça.

Le Blues de la Parisienne

Carnets de route

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Je vous ai déjà dit que j’aimais Paris. Je n’ai pas toujours aimé Paris. Je n’aimais pas quand je n’y vivais pas. Paris me faisait peur – trop peuplé – trop grand. Depuis que j’y vis, j’aime. J’aime Paris qui vibre, Paris qui bouge, Paris qui aime. Paris est belle et audacieuse. Paris m’inspire, Paris respire. Paris me donne des ailes. Paris me guide et m’offre de belles découvertes. Paris m’a manqué pendant que je vivais ailleurs. Paris m’a toujours accueilli avec le sourire. Paris m’offre de jolies heures, de belles balades au gré de ses jardins et musées. Même quand Paris a peur, j’aime Paris.

Je ne suis pas une râleuse. Même quand Paris fait la tête, j’arrive à me souvenir de ce qui fait mon bonheur. Pour beaucoup Paris va vite et Paris court. Je n’adhère pas. Je prends Paris comme elle vient, quand je peux. Je ne me laisse pas happer par ses folies passagères. Paris m’envoute et sait me faire rire. Paris semble parfois hors du temps. Et le temps la rattrape, laissant mon cœur un peu plus triste, mes rêves un peu plus fades.

Mais hier dans le métro, serrée comme une sardine dans une boîte trop petite, j’ai eu un peu le blues. J’ai ressenti comme une envie d’être loin de Paris, loin de cette foule compacte qui chaque soir découvre à son grand désespoir, qu’une ligne de métro est bloquée : accident voyageur, colis suspect ou accident d’exploitation. Les mines joyeuses perdent de leur assurance et chacun regarde avec frénésie l’écran de son téléphone ou les panneaux du réseau, pour choisir en quelques secondes top chrono l’itinéraire le plus sûr pour arriver chez soi sans perdre son temps ou son reste de bonne humeur.

J’aime Paris et parfois j’aime aussi le métro. Pas tous les jours. Pas hier soir. Pas quand les trains sont en retard. Pas quand Paris crie, pousse, s’escrime à se frayer un passage, m’intimant l’ordre de ne rien dire, de bloquer ma respiration jusqu’à la prochaine station, croisant les doigts pour que rien ne vienne ralentir la difficile progression des rames vieillissantes. Pas quand un énième colis suspect sème le doute dans nos esprits encore un peu traumatisés, surtout si l’annonce se fait un vendredi soir, non loin d’un quartier endeuillé.

J’aime Paris même la nuit. Mais aujourd’hui je rêve de moins de frénésie, d’un endroit calme pour me ressourcer, d’un coin de paradis près de la mer, dans la maison de mon enfance, un coin tranquille pour reprendre des forces. Avant de retrouver Paris, vivifiante et amoureuse, comme au premier jour !

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