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Au commencement est le désir

Copyright Marie Kléber

Pour qui ne connait pas il s’agit d’un monde à part, d’une sensation extrême, qui ne s’invente pas, qui se vit plus qu’elle ne s’explique. Ce n’est ni une fin en soi, ni une victoire, juste un partage qui s’achève sur une communion parfaite, un corps à corps intense, une fusion totale des sens, une envolée singulière.. Vu de l’extérieur, ça peut paraitre violent et ça l’est, une violence rare et lumineuse, une éruption volcanique, la mer qui frappe les rochers avec férocité, une vague qui renverse tous les préjugés, un vide délicieux.

Au commencement est le désir. Brut, brûlant, insaisissable. Il s’invite à l’improviste, ravages les sens, se fait désirer, se dit ou se montre. Avant de rencontrer le désir de l’autre. Les deux désirs se toisent, s’approchent, s’accrochent, s’aspirent, se noient l’un dans l’autre.

Le tempo est donné et la danse, sensuelle, lascive peut commencer, une danse dont personne ne connait les codes, et si un seul devait être mis en avant ce serait celui du respect – de soi et de l’autre. Chacun pourra donner le meilleur de lui-même, ce n’est pas une course contre la montre qui s’est engagée, mais bien un dialogue au sein duquel tout peut se dire, chacun peut se dire, sans apriori ni jugement, chacun pourra oser un pas vers un territoire inconnu, qui n’aspire qu’à être découvert, entièrement, apprivoisé avec tendresse ou fermeté – chacun ses goûts. On ne saura pas d’emblée ce qui plait, ce qui a le pouvoir d’initier le plaisir, ce qui fait trembler ou ce qui fait peur. On tâtonnera, on sera à l’écoute de soi, de l’autre. Ce qui a fait son effet une fois d’une manière ne sera peut-être pas accueilli une seconde fois avec le même enthousiasme. On s’ajustera alors. On sera attentif au corps, aux signaux qu’il émet, à la manière dont il réagit aux initiatives.

Dans cet accord composé, rien ne se fera sans un abandon choisi, sans un lâcher prise consenti et total. A trop vouloir rester près des rives, on prend le risque de ne jamais voir autre chose que les paysages habituels. Le raz de marée tant espéré restera un rêve bien amarré.

Le final est souvent explosif. Quand deux désirs à leur paroxysme se rencontrent, la chute vertigineuse maintient les corps en extase pendant des secondes qui ont des goûts d’éternité. On saisit alors de parcelles de soi dont on ignorait l’existence. La pression descend d’un cran, les corps s’étreignent, se serrent, regagnent le port, heureux, confiants. La férocité des ébats laisse place à une tendresse particulière sur laquelle se dessine l’essentiel des sentiments qui unissent les amants.