Dans le Paris des années 20

Elle porte des souliers vernis, sur un collant ocre, à talons fins. Elle monte les marches du métro avec sa vilaine valise à roulette. Elle traîne sa peine dans les rues de Paris, telle une égérie des années 20. On dirait qu’elle s’est perdue dans la course folle du temps. Elle s’est trompée de saison. Elle regarde autour d’elle, mi- émerveillée, mi- apeurée. Elle ne sait pas où elle se trouve, ni où elle va.

Elle semble attendre quelqu’un. Je la regarde de loin. J’étudie ses gestes et la souplesse de sa jupe, une jupe marron aux reflets bruns. J’aime la forme mais la couleur me déplait, trop sombre à mon goût. J’admire la facilité avec laquelle elle attend sans broncher, le regard perdu dans le vide, la main sur son sac, les jambes droites. Elle jette un coup d’œil à sa montre. Je souris. L’étranger qu’elle attend n’est toujours pas là. Elle fixe maintenant un point au loin.

La nuit tombe et le froid s’engouffre sous son manteau. Elle referme les pans sur ses doutes. Je voudrai la saisir par le bras et l’emmener loin de cette place qui se vide, l’entraîner dans une course folle vers les rues animées de Montmartre, coin de Paris dans lequel elle se plairait bien.

Dans quelques instants il me faudra partir, m’engouffrer dans le bus et la laisser derrière moi, ombre surnaturelle dans un univers en papier glacé. Le ciel se teinte de nuages sombres. Je ne voudrai pas que la pluie la surprenne. Si j’avais été peintre, j’aurai dessiné cette belle étrangère aux joues creuses et au regard d’ange, avant de m’éclipser sur la pointe des pieds. Mais je n’ai que mes yeux pour retenir son image de beauté éphémère.

Elle regarde à nouveau sa montre.

Clap.

Son visage change d’expression, elle retire ses talons. Elle se déleste de son sac en cuir, qu’elle pose avec nonchalance sur le bitume mouillé. Elle allume une cigarette.

Clap.

La scène est terminée. Chacun rentre chez soi. Le nez collé à la fenêtre du bus, je cherche désespérément des yeux l’image de la femme admirée quelques minutes auparavant. Elle n’est plus. Les années 20 appartiennent bel et bien au passé.

Filles de la nuit

Fille du soir

Sur le trottoir

Ses déboires

En bandoulière

Et l’espoir

Dans ses veines

Devient traces

Sur sa peau blême

Cicatrices que l’on se traine

Dans la nuit

Verre brisé

Regard perdu

Le folie glisse

Ses doigts

Sous sa jupe noire

Elle dérape

Le silence la rattrape

Puis oublier

Les mains moites

Fermer les yeux

Face à la nuit

L’âme se nourrit

De rêves inventés

Douceurs sucrées

Couvrir son corps

Et s’endormir

Au fond du cœur

Le sang transit oublie

L’atroce réalité

Du destin des filles de la nuit.

Sous le ciel rouge

Le ciel se voile

De nuages gris

Éclairs de missiles

Surplombant la nuit

Étoiles fusillées

Dans leur sommeil

Lune condamnée

Au réveil

Sous le ciel rouge

Se vide la vie

L’homme assassine

Puis oublie

Bonjour Juin!

Juin est arrivé, surplus de tendresse au petit matin, bisous sucrés au bord de la table du petit déjeuner. Juin nous invite à aimer, danser, espérer, profiter de chaque grain de soleil, de tous les petits riens qui forment le tout de la vie, hauts et bas compris, coups de coeur contre coups de blues, qui ne durent jamais longtemps.

Juin est arrivé avec son lot de rendez-vous, fêtes de fin d’année, derniers achats avant l’été, préparation des grandes vacances qui nous font déjà rêver.

Juin est arrivé, le nez au vent et les pieds nus glissés dans des escarpins dorés, robes légères ouvertes sur des jambes bronzées. Juin se prélasse une orangeade bien fraiche à la main et nous promet des notes sucrées pour les fins de repas, pris à l’air libre, assaisonnés de soleil et de fraîcheur quand la nuit vient, sous les étoiles qui scintillent et nous donnent l’impression de pouvoir palper un semblant d’éternité.

Drôle de métier

La camionnette blanche se tient au même emplacement que d’habitude, près du rond-point embouteillé. Olga se penche sur son journal, une tasse de café à la main. Elle a les ongles peints. Elle se prépare pour la nuit, une énième nuit de travail, entre deux lampadaires fatigués par le va et vient incessant des hommes en quête de fantasmes interdits.

Quand on lui demande qu’elle métier elle fait, elle reste dans le vague. Elle dit qu’elle est vendeuse. C’est simple. D’ailleurs souvent les gens qu’elle rencontre n’en demandent pas davantage. Vendeuse, c’est une profession qui n’a jamais fait rêver personne.

Compter

Je compte. Ca se fait ou pas. Peu importe. Je compte. Les années. Les jours. Les mois.

Je compte le temps sans un battement de cils, sans un sourire échangé, sans une main qui frôle la mienne, sans un baiser.

Je compte les minutes solides, les heures de doute, les jours d’envie et les jours sans envie.

Je compte les heures creuses, les lignes des autres qui parlent de jolies rencontres, d’amour. Je compte le manque.

Je compte. Quatre ans – 4 mois – 4 jours. Le compte est bon.

Je pourrais compter depuis plus longtemps. Mais je compte depuis le jour où j’ai quitté la maison. Tu ne m’avais ni regardée, ni touchée du bout des doigts, ni parlée sans me crier dessus depuis 9 jours.

Je pourrais compter depuis la peur, depuis les heures d’angoisse, depuis l’alarme qui annonce que le repas est cuit, depuis le premier silence.

Non je choisis de compter depuis le jour où j’ai repris les rênes de ma vie, non sans oublier les nuits d’insomnie, les jours de cris, les heures qui tremblent, les minutes comblées de larmes, à cran.

J’arrête le compteur.

J’ai envie d’une nouvelle vie, de croiser un regard, de saisir une main, d’embrasser quelqu’un, de me sentir bien…

Nuit noire

Les lignes dansent devant mes yeux. Les larmes coulent, le rêve s’enfuit. Je reprends mes esprits. La nuit me torture souvent. Il parait que c’est un bon moyen de lâcher prise, mon inconscient fait le sale travail dans le noir. je me réveille souvent à contre-courant puis reprend mes marques. Le jour fait taire les fantômes.

Changement de cap

Journée longue, périlleuse. Journée qui s’éternise, tout le monde semble s’être ligué contre moi. Chacun fait durer le plaisir à sa manière quand mon unique envie, à moi, est de rentrer, de dîner, de nous enrouler les pieds dans une couverture pour l’histoire du soir, puis de faire une pause avant que la nuit m’enveloppe de sa douceur habituelle et si apaisante.

Mon esprit a dû à un moment donné changer de cap. Toujours regarder la vie, le coeur ouvert aux possibles. Ces textes refusés, je ne les laisserais pas de côté, d’ici quelques années,  je les aurais étoffés, ces destins de femmes seront partagés avec mes lecteurs, toujours aussi passionnés, toujours aussi passionnants.

Et puis en rentrant il y a eu cette carte et ce message si merveilleux. Puis l’escargot heureux de m’aider à mettre puis débarrasser la table, ses confidences incroyables, ses deux yeux qui semblent me murmurer des secrets. Et le rire de la baleine qui nous invite à la danse, à croire en nos rêves, à oser nous aventurer là où nous n’avons pas pied, certains que nous ne serons jamais seuls, que nous ferons toujours face.

Se sentir pleine d’incertitudes et heureuse de savoir que rien n’est écrit d’avance. Tout se dessine jour après jour. Tout change. Toute se transforme. Heureuse des incertitudes, des doutes et des réponses qui arrivent à l’improviste et qui nous guident sur le chemin fait pour nous.

Se sentir bien. A la fin d’une longue et périlleuse journée.

Fin de journée

La nuit descend sur la ville. Le ciel se voile de gris. Le soleil disparait sous quelques gouttes de pluie. Dans quelques minutes, je marcherais l’esprit libre. Plus de coups de fils à passer, de dossiers à gérer, de projets à monter, d’agenda à suivre. Je marcherais dans l’air frais de février qui tire à sa fin. Je regarderais le monde courir autour de moi. J’avancerais à mon rythme comme toujours. Je ne presserais pas le pas. A la maison, ils sont entre hommes, ils aiment bien ça.