Enfer nocturne

Le même cauchemar.

Deux fois la même semaine.

Un réveil en sursaut devant l’horreur de la situation.

La première fois il était là, il était flou. Je me demandais comment j’allais partir, il fallait partir, comment j’allais pouvoir le quitter tout en sauvant ma peau. Qu’il ne me retrouve pas, surtout qu’il ne me retrouve pas. On s’était remis ensemble (cela n’arrivera JAMAIS) et personne ne le savais. Alors personne ne pouvait me venir en aide.

Cette nuit, c’est pire. J’entends sa voix. Cette voix atroce qui me file des frissons. Il est en mer mais il va rentrer. Je suis revenue pour une deuxième chance. Il a les clés de la maison. Il faut que je parte, pour aller où. Il va tout casser. Il a déjà tout organisé. Et je marche sur des oeufs pour ne pas le brusquer. Il faut changer la serrure. Il faut que je trouve quelqu’un pour faire ce travail en urgence. Demain il sera trop tard. Si je ne pars pas maintenant, il sera trop tard.

L’angoisse resserre son étreinte autour de moi. La mort rode. Au secours! Mais qui entendra puisque personne ne sait…

Hors de question de me rendormir après ça. Il me faut un temps pour récupérer, pour intégrer que tout va bien. Je fuis la nuit et sa folie. Je reprends mon souffle. Le silence m’apaise. J’en ai besoin comme de me sentir aimée et en sécurité.

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Drôle de nuit(s)

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Qui ne serait pas désolé devant l’étendue du désastre de mes nuits?

Je vagabonde, innocent, entre impossibles insomnies et rêves abracadabrantesques, dans lesquels je me retrouve tantôt poulpe, prêt à être dévoré, crustacé à être décortiqué – carcasse abandonnée – fromage à être savouré ou repoussé sur le bord de l’assiette, d’un air dégoûté.

J’émerge de ces nuits, en sueur, tel un sportif à plat, complètement déboussolé, les émotions en fleur de lys – mais non à fleur de peau.

Je me demande si, en l’etat actuel des choses, dormir n’est pas une activité superflue…

Ceci est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots étaient: poulpe – Lys – insomnie – fromage – superflu – crustacé – désolé – emotion.

 

Filles de la nuit

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Un bruissement d’aile la tire de sa rêverie. L’heure avancée du jour laisse dans le ciel des traces colorées. Sous ses pas, les branches craquent. Les bois l’entourent. Dans quelques minutes à peine, le ballet des prétendants à une gâterie, sans conséquence, se formera. Le travail reprendra. Seule la cadence diffère d’un jour sur l’autre. Elle vient de tendre son tissu, de réajuster sa tenue. Les autres filles commencent à arriver.

Un bisou sur chaque joue, et les voilà parties. Elles vont s’engager dans une conversation morcelée qui pourtant les tiendra éveillées jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Entre chaque passe, elles s’offriront le luxe de quelque espoir. Loin du trottoir. Loin des clients. Elles rêveront d’étreintes singulières, de peaux qui se touchent, s’emprisonnent, de baisers fiévreux. Elles s’enivreront de sensations imaginées qui leur donneront l’énergie pour la prochaine demi-heure. Elles se repasseront le film éphémère des amours d’avant, ceux qui laissaient au creux de leurs nuits quelques grammes d’un plaisir fugace, dont elles auraient dû se saouler pour ne jamais en manquer. Elles regarderont leur poitrine ceinturée dans un haut moulant, au décolleté outrageux, se demanderont combien de temps encore elle fera sensation. Elles dessineront sur le bitume l’espérance d’un respect qui fait défaut à leur condition. Elles feront danser leurs rêves à l’heure de la trêve, songes de draps de soie sur des corps de braise.

Après la nuit

[:fr] 

Crédit – Marie Kléber

Sur la ville, les lumières tissent des histoires, interrogent les destins qui se croisent, s’évitent, s’éloignent. Les lumières comme autant de perles de pluie déclinent sur l’horizon de mon inspiration.

Combien de vies? De morts? De départs incertains?

Combien d’envies?

Combien de corps, de corps à corps ?

Que restera t-il demain de ces visages, ces sourires échangés, ces quelques rêves dessinés à partir de rien? Que restera t-il de ces mains qui se cherchent dans la foule, de ces regards échangés sans rien se dire, de ces mots qu’on hésite à prononcer?

Que reste t-il après la nuit?

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