Filles de la nuit

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Un bruissement d’aile la tire de sa rêverie. L’heure avancée du jour laisse dans le ciel des traces colorées. Sous ses pas, les branches craquent. Les bois l’entourent. Dans quelques minutes à peine, le ballet des prétendants à une gâterie, sans conséquence, se formera. Le travail reprendra. Seule la cadence diffère d’un jour sur l’autre. Elle vient de tendre son tissu, de réajuster sa tenue. Les autres filles commencent à arriver.

Un bisou sur chaque joue, et les voilà parties. Elles vont s’engager dans une conversation morcelée qui pourtant les tiendra éveillées jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Entre chaque passe, elles s’offriront le luxe de quelque espoir. Loin du trottoir. Loin des clients. Elles rêveront d’étreintes singulières, de peaux qui se touchent, s’emprisonnent, de baisers fiévreux. Elles s’enivreront de sensations imaginées qui leur donneront l’énergie pour la prochaine demi-heure. Elles se repasseront le film éphémère des amours d’avant, ceux qui laissaient au creux de leurs nuits quelques grammes d’un plaisir fugace, dont elles auraient dû se saouler pour ne jamais en manquer. Elles regarderont leur poitrine ceinturée dans un haut moulant, au décolleté outrageux, se demanderont combien de temps encore elle fera sensation. Elles dessineront sur le bitume l’espérance d’un respect qui fait défaut à leur condition. Elles feront danser leurs rêves à l’heure de la trêve, songes de draps de soie sur des corps de braise.

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Après la nuit

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Crédit – Marie Kléber

Sur la ville, les lumières tissent des histoires, interrogent les destins qui se croisent, s’évitent, s’éloignent. Les lumières comme autant de perles de pluie déclinent sur l’horizon de mon inspiration.

Combien de vies? De morts? De départs incertains?

Combien d’envies?

Combien de corps, de corps à corps ?

Que restera t-il demain de ces visages, ces sourires échangés, ces quelques rêves dessinés à partir de rien? Que restera t-il de ces mains qui se cherchent dans la foule, de ces regards échangés sans rien se dire, de ces mots qu’on hésite à prononcer?

Que reste t-il après la nuit?

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