Posted in Atelier Ecriture L'Atmosphérique

Atelier d’écriture #19

Léa le regarde entrer dans l’eau. Il dit qu’il sait, où se trouve la source, qu’il l’a rêvée à demi dans l’obscurité de ses songes. Elle le laisse faire, le laisse s’approprier l’espace, un souffle d’air chaud à portée de regard. L’eau, là où il se trouve, se charge d’éléments indistincts qui forment comme un nuage de poussière. Il ne semble pas le remarquer, alors qu’elle ne voit que ça, cette vague opaque qui s’accumule et gâche le paysage. Elle appelle son nom mais rien ne sort, tout est froissé autour d’elle, d’eux. Elle sent déjà qu’il lui échappe…

Retrouvez ici les textes de cet atelier: Chez Josée, Chez Isabelle-Marie

***

Je vais mettre l’atelier en pause le temps de l’été, car je suis peu présente ici, occupée voir très occupée ailleurs. Je vous souhaite de belles et douces vacances! Et vous dis à très bientôt!

Posted in Tout un poème, Variations Littéraires

Nos “paraître”

Des lignes comme des histoires
Qui racontent ce que l’on cache
Que l’on croit pouvoir
Dissimuler sans faire de tâche

Des sourires comme des masques
Portés à bras le corps, à coup de cœurs
Froissés par la pudeur
Qui recèlent des rides flasques

Des mots, pressés, pressants
Des actes moqueurs, manquants
Des gestes faux semblant

Des déhanchés comme des combats
Un port de tête, des ronds de jambes
Paraitre ce que l’on n’est pas
Qui se ressemble s’assemble

Et qui ne comprend pas reste là à regarder
Tous ces êtres sans substance
Qui cherchent à s’imposer
Tout en perdant de leur essence

Posted in Les Etats d'Esprit du Vendredi

Les Etats d’Esprit du Vendredi 01.07.2022

Credit @mariekleber37

Le début d’un nouveau mois et une nouvelle participation aux états d’esprit, avec une pensée chaleureuse toujours pour les deux fondateurs de ce rendez-vous incontournable et fédérateur (Zenopia et The Postman).

Photo: fleurie c’est de saison!
Fatigue: des nuits de plus de 8h donc tout va bien
Humeur: légère
Estomac: taboulé, cake salé, pâtisseries et thé
Esprit: tourné vers l’essentiel

Cond. phys / Bien être. : yoga matinal et danse dans mon salon

Projets: il faudrait s’y remettre sérieusement! En attendant vous pouvez lire et voter pour mon poème en compétition sur Short Edition pour le Prix Eté 2022!

Culture: Boomerang à la télé, courses de caisses à savon avec Loulou, Escadrille 80 de Roald Dahl avec loulou et L’exilée de Pearl Buck
Penser à: préparer les vacances

Les jolis moments: du soleil, plusieurs déjeuners à deux, une soirée en solo, des jolies cartes, les fleurs du parc

Message perso: (1) Joyeux Anniversaire, une nouvelle fois! (2) Tu es dans mes pensées (3) Je surveille ma boite aux lettres! (4) Plus que 7 jours…

Avis perso: J’avais laissé cette catégorie de côté mais les nouvelles dramatiques en provenance des Etats-Unis m’obligent d’une certaine façon. J’ai évité les médias cette semaine, laissé la colère au loin. Ce recul catastrophique me sidère. Je suis en état de choc je crois. Et je tremble pour toutes les femmes dont les droits sont une fois de plus mis à mal.

Loulou: un peu rebelle en ce moment, fan de foot toujours, écoute du rap (qui ne me plait pas trop mais bon…), câlin tout de même, un peu perdu je crois dans sa peau de petit-grand!
Amitiés : mail, messages et samedi prochain en vrai de vrai
Love : c’est son anniversaire aujourd’hui! ❤❤

Sorties : cadeaux d’anniversaire, préparation des vacances
Essentiel: dire “je t’aime” (il y a plein de façons)
Courses: vacances et cadeaux
Envie de: douceur, la caresse du vent sur ma peau, du souffle de sa bouche sur ma bouche, d’interminables soirées à refaire le monde, de poésie encore et encore
Zic: Walk the moon (rien que le nom ça fait rêver! )

Posted in Atelier Ecriture L'Atmosphérique

Atelier d’écriture #18

“Oui puisque ce soir on en parle, puisque ce soir tu me le demandes sans détour, je serais même prêt à aller jusque là, à faire ça pour toi, tu as l’air de tellement y tenir, ça à l’air si important pour toi, alors si ça peut te faire plaisir pas d’état d’âme, je te suivrai, je ferai ce que tu me diras.

Je me demande quand même comment nous en sommes arrivés là, à cette idée farfelue. Je fouille ma mémoire à la recherche de cette discussion que nous avons eu et qui revient sur la table ce soir. Un truc d’envies et de fantasmes. Est-ce que je m’attendais à ça? Pas le moins du monde. Je pensais que tu me sortirai un bon vieux cliché: l’ascenseur, la voiture, la forêt la nuit ou encore un lieu bondé en plein jour. Oui c’est ça, du classique, voir un truc un peu barré de soumission ou de te faire l’amour sans te toucher. Tu vois, j’avais déjà plein de scénarios en tête.

Et d’ailleurs où as-tu pu pêcher cette idée? J’aurai dû aller jeter un coup d’œil dans les magazines que tu ramènes toutes les semaines et qui me font l’effet d’être de la guimauve de bazar. Ils t’en vendent du rêve inaccessible devant lequel tu baves comme une adolescente transie.

Enfin, maintenant que j’y suis, plus le temps de maudire les journalistes ni de faire marche arrière. Chose promise, chose due, je ne suis pas du genre à renoncer. Alors comme je suis un amoureux aux petits soins, je vais te lécher un à un les doigts de pieds comme tu me l’as demandé avec un sourire espiègle. Mais sache que ce n’est vraiment pas ma tasse de thé!

Retrouver les textes ici: Chez Ghyslaine, Chez Josée, Chez Isabelle-Marie

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Merci de votre patience pour cet atelier. J’ai été prise par des affaires personnelles ces dernières semaines et je n’ai guère eu de temps pour cet espace. Je reprends mes bonnes habitudes tout doucement. Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte à partir de cette photo – Crédit Olivier Reynes

Posted in Carnets de route

Intense

Tout ce que je vis est câblé sur un volume d’une intensité qu’il m’est, encore aujourd’hui, difficile de canaliser. Petite, je savais m’extraire du monde. J’ai perdu cette baguette magique ou bien on me l’a prise, en pensant qu’elle allait m’empêcher.

Tout vibre autour, en moi, tout me touche, me surprend, tout me tiraille, me suspend. Je vogue sans arrêt entre des émotions contradictoires, la mélancolie est ma patrie, la mort mon alibi. Et je n’y peux rien.

J’ai longtemps refusé d’être cataloguée hypersensible, pourtant tout est là, tout parle fort et vite, pourtant jour après jour, je me sens trahie par ma propre volonté, tout me chahute, la joie, la peur, la peine. Tout vient se coller à moi quand je ne peux plus le bruit, ni la lumière, quand tout m’agresse, quand un son m’oppresse, quand un changement d’agenda me laisse à bout de souffle.

Tout se bouscule dans ma tête, tous les mots s’offrent des voyages et je prends des virages pour aller d’un point A à un point B. Je donne si bien le change, je m’adapte si bien, c’est ce qu’on dit si facilement. Oui je passe si bien sous silence le manque de constance. Je souris et mon sourire envoie valser l’imprécis.

Je vis tout à fleur de peau, à fleur de trop, je suis dans un vague à l’âme permanent quand mon regard se pose sur une tristesse, sur un regard, sur tout ce qui ne se dit pas mais transpire dans les gestes. Je suis dans un émerveillement surdimensionné. Je suis dans un émotionnel qui n’a pas de bouton off.

Je vois tout, je sens tout, à travers une histoire, je sais sans savoir, mon corps mesure l’impact. On a beau se cacher derrière des couches et des couches de petites choses qui sont là pour maquiller ce qu’on ne veut pas laisser voir et puis un jour il faut composer avec toutes ces parts qui nous composent.

Alors j’apprends, petit à petit, comme un enfant face à ses premiers pas, j’apprends mon souffle qui se détend et mon souffle qui se fractionne, j’apprends le recul sans l’abandon, la distance sans l’éloignement, j’apprends à être avec les gens sans y perdre toute mon énergie.

J’apprends à accepter ce que je peux et ce que je ne peux pas, ce qui est ma plus grande faiblesse et ma plus belle force, ce qui me perd et ce qui me tient, pourtant, toujours debout.

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En corps composés

Credit Kaboompics

J’essaie d’attraper au vol tout ce que j’ai aimé avec toi, de toi, ce diffus des premières heures, cette impression du temps qui n’a pas de limite. Je ne sais pas bien l’amour. Je n’ai jamais été au-delà, j’ai connu les silences et beaucoup d’absence. Alors j’évolue en terrain inconnu et tout ce qui n’est pas stable me semble compromis. Je me sens en sursis.

Je réécris du bout de ma plume tous ces instants magiques, tout ce qui a fait pencher la balance en faveur d’un essai. Et les affinités ont envoyé valser tout ce qui nous éloignait. Même au cœur des tempêtes émotionnelles, il y a toujours eu cette flamme, cet appel vers toi, ce sentiment qui s’enflamme au toucher de ta voix.

Mais plus j’avance, plus je recule, plus j’ai peur, plus je me fonds dans le silence pour que chaque pas loin de toi ne me soit plus si pénible. Je reprends l’armure façonnée pour me protéger. J’efface les possibles, obnubilée par les impossibles. Je ne sais pas comment vivre comme ça.

Alors je m’aventure dans les souvenirs, ils me tiennent au chaud le temps que je saisisse où, quand, comment j’ai commencé à dériver, où, quand, comment c’est arrivé, cette distance entre nous, cet éloignement imposé par le quotidien, cette passion évanouie, ces petites attentions dispersées dans la nuit.

Peut-être que c’est juste la vie de couple, cette vie dont je n’ai aucune idée, qui me prend par surprise et me demande de m’abandonner. Mais comment je compose avec toutes ces insécurités? Je me décompose et j’aimerai que tu lises entre les lignes de mes contradictions.

J’erre sur le chemin à la recherche de ce qui nous tient encore debout, encore amants, en corps composés. Je cherche ta main dans ce que je ne sais pas nommer, ton regard sur un horizon désarticulé, quelques grammes d’un désir presque enfantin pour apaiser l’incertain.

L’été me rappelle la passion, délectation, cet état de vibrations. Peut-être que je veux trop de ce qui n’est plus une composante si présente de nous deux. Peut-être bien que c’est autre chose qui se dessine, quelque chose que je ne sais comment appréhender, qui me demande de lâcher ce qui me tient en sécurité…

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Atelier d’écriture #17

Les souvenirs, un mot qui fait froid dans le dos pour tous ceux qui s’y perdent aisément. Alice est de ceux là. Elle compte les petits papiers de toutes les couleurs qui jonchent la table du salon, tous ces instants de vies vécus à deux dans un temps qu’elle ne connait plus. Lui, il va, il vient, il n’est plus d’ici. Il s’arrête parfois pour la regarder dormir et il s’en va serrer le corps d’une autre dans ses bras.

Sur un des papiers, un voyage en Grèce. Sa jupe longue contre sa peau nue, le soleil très chaud, la mer comme une nappe de soie autour de leurs corps jeunes et ce sourire qui chahutait ses plus intimes pensées.

Sur un papier vert, le premier plus, premier enfant. Le premier matin d’une vie à trois. Premiers pas d’une vie qui espère le meilleur. Deux regards fixés sur le merveilleux.

Un papier rose l’embarque dans un gîte du Sud, l’odeur de la Socca et le chant des cigales, les conversations interminables entre amies à refaire le monde, réinventer les sentiments.

Puis un jaune comme les tournesols du champ d’à côté, un rouge pour le vin des grandes occasions, un bleu comme le ciel au dessus des promesses, un blanc pour sa robe de tulle, un gris pour les jours de pluie passés sous la couette.

Des souvenirs, elle se dit, qu’elle devrait réécrire pour peut-être rattraper l’amour qui sauve les apparences mais qui fuit. Cette fuite là elle ne sait pas si elle y résistera.

Retrouvez les participations ici: Chez Isabelle-Marie, Chez Marinade d’Histoires, Chez Josée

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Pour la semaine prochaine, je vous invite à commencer votre texte par la phrase suivante (tirée du livre: de Serge Joncour combien de fois je t’aime): “Oui puisque ce soir on en parle, puisque ce soir tu me le demandes sans détour, je serais même prêt à aller jusque là, à faire ça pour toi, tu as l’air de tellement y tenir, ça à l’air si important pour toi, alors si ça peut te faire plaisir pas d’état d’âme, je te suivrai, je ferai ce que tu me diras.”

Posted in Carnets de route, Variations Littéraires

Ce que j’ai tu, ce que j’ai dit

J’ai tout dit au vent, aux arbres et aux roses, aux ailes dorées et au chant mélodieux de l’oiseau. Tout dit au ciel et à la terre, à la mer et ses vagues, aux morts et leurs âmes

J’ai tout dit au temps qui passe, envoyé valser les secrets qui lassent, toutes ces petites hontes que l’on se traine. Et qui finissent par fendre nos cœurs en minuscules particules de haine.

J’ai tout dit pas à pas. En laissant suspendues les sempiternelles questions des autres. Chacune avec son lot d’attente qui ne pouvait être comblé.

J’ai dit ce que j’ai tu pour me protéger. Et pour ne pas m’avouer surtout que ce silence contenait toutes mes insuffisances.

J’ai tout dit au vide, aux prières, au soleil, aux champs verts, à l’horizon embrumé.

Puis j’ai tout dit aux humains, à leurs points d’interrogation, à leur mutisme qui me donnait tort, à leurs valeurs qui chahutaient les miennes, à leurs regards qui trahissaient cette opinion, souvent si haute – trop haute, qu’ils avaient pu avoir de moi et qui d’un coup se fendait en deux ou en mille.

J’ai tout dit sans ciller pour ne pas prolonger le verdict. J’ai dit les failles du système de mes pensées, les peurs qui ne se montrent pas, les choix de vie désordonnés, les sentiments maladroits, tout ce qui a nourri cette sensation de n’être pas assez.

J’ai dit mes maladresses et mes tourments, au fil des aveux. Tous ces demi-vérités gardées comme des bombes, ces réalités maquillées pour que les yeux ne se chargent pas de buée, pour que ma place ne devienne pas nuée de poussières.

Il reste à lâcher, à oser, à faire danser, les mots, les maux et tous ces à peu près pour ne pas offenser, faire pencher la balance en ma défaveur. Il reste à dire ce qui saute aux yeux mais que je retiens pour que nul ne lâche ma main.

Il reste à me dire à moi tant de choses, celles qui feraient exploser tant de possibles, celles qui viendraient me mettre en position d’équilibre au bord de l’abîme, celles que je sais et que je maintiens dans l’obscurité pour qu’aucune ombre ne vienne davantage chahuter mes nuits ou obscurcir mes pensées.

Il reste à me dire tout ce que j’ai dit au vent il y a bien longtemps…

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Atelier d’écriture #16

Texte à venir sous peu

Retrouvez ici les participations: Le texte de Rizzi ci-dessous, Chez Sweet Things, Chez Mijo, Chez Isabelle-Marie, Chez Josée

L’inaccessible étoile

Marion Blédine, perchée sur l’extrême bord d’une chaise transparente qu’elle imagine design, se demande ce qu’elle fait face à cette journaliste péremptoire aux talons et à la voix hauts perchés qui vient de la lancer, comme on dit dans le métier :

  • Chère Marion Blédine, nos auditeurs sont impatients de connaître les tenants et les aboutissants de votre singulière reconversion professionnelle. Racontez-nous votre parcours de vie !

Ça lui fait drôle à Marion de parler d’elle. Elle ne se rappelle pas que quelqu’un se soit jamais intéressé aux méandres de sa vie. Peut-être même pas elle-même. A la maison ça criait fort, crescendo. Parfois, la vaisselle des services des grands-mères volait haut, se heurtait fort et retombait mal. Dans l’acmé de la crise, les portes claquaient. Elle se rappelle que le pire c’était le silence d’après, dans lequel il fallait tenter de recommencer à vivre, en apnée d’abord, jusqu’au prochain tsunami. A l’école, à cause de son patronyme au goût de farine lactée et des rondeurs poupines qui ne la quittaient pas, on la surnommait la bouillie ou simplement la bou-bou.

Quand il avait fallu s’orienter professionnellement, Marion avait choisi gardienne de la paix parce qu’elle avait toujours cru dans la force des mots. Si on lui confiait la paix, elle s’engagerait à la garder farouchement. Ça c’était dans l’idée. Dans les faits, la paix n’était malheureusement pas au commissariat. Elle y a tout juste attrapé la stature hommasse que donnent l’uniforme et ses accessoires et l’esprit de corps. Les collègues sont devenus des copains, les copains des potes et le vidage des pintes de bière un sport collectif après le service. On l’appelait Bou-boule.

Après des heures et des heures de service, la retraite est arrivée avec l’envie de faire quelque chose de ses dix doigts. Elle a ouvert un atelier de réparation et d’entretien de radiocassettes. Ses clients sont paisibles, de vieilles personnes du quartier qui lui apportent des appareils de l’autre siècle frappés de mutisme. Marion opère à moteur ouvert, elle répare les engrenages défectueux. Ces machines, elle les bichonne, les pomponne, les dorlote et les rend en état de marche à leurs propriétaires ébahis. Avant de les laisser partir, Marion glisse une cassette dans la gorge de l’appareil, enfonce la touche noire du clavier et écoute la voix de Jacques Brel chanter sa quête de l’inaccessible étoile. Alors, c’est comme si elle devenait Don Quichotte de la Mancha. Ses clients l’appellent Marion.

Rizzie

***

Mon texte arrivera plus tard dans la journée ou la semaine. En attendant vous avez un peu de lecture et je vous laisse avec les consignes pour le prochain atelier: écrire un texte à partir de la citation suivante “pour bien écrire, il faut savoir vivre et revivre ses souvenirs” Alain Mabanckou. Au plaisir!

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Ce soir, ça ira mieux

Photo by Pixabay on Pexels.com

Ce soir, j’aurai épuisé tous les points qui me tiennent en déséquilibre, mes pensées se seront apaisées. Ce soir, je serai à nouveau pleine de courage et d’espérance, je prendrai sur moi sans décharger mon malaise et ma peine. Ce soir, je serai revenue des profondeurs dans lesquelles mes doutes prennent toute la place.

Ce soir, je referai peut-être ce rêve de l’ascenseur qui ne descend jamais, qui fait des circonvolutions à l’horizontal, qui tourne vite et me donne la nausée. Ce soir, il faudra que je pense à écrire mon rêve pour savoir de quoi il me parle.

Ce soir, je ferai fi des irritations, de la fatigue, je planquerai ma colère dans un coin et je tenterai de prendre tout (ou presque) à la rigolade. Ce soir, je tenterai d’écrire, de décrire ce qui me traverse pour faire la lumière sur le flou.

Ce soir, il y aura peut-être un sourire derrière la porte, et si il n’y en a pas, je tâcherai de ne pas le prendre personnellement. Je tâcherai à l’avenir, quand ça sera possible, de ne rien prendre personnellement.

Ce soir, ça ira mieux parce que je le veux. Et même si ça ne va pas, je garderai encore et encore les tensions à distance, je retiendrai les quelques minutes en suspend qui viendront gommer ces matins silencieux et ces samedis qui décrochent.

Ce soir je tâcherai de lâcher prise, de ne pas m’offusquer d’un mot parti trop vite, d’une énième négociation. Ce soir, j’écrirai sur tout ce qui me défait. Pour réussir à me refaire…

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Atelier d’écritude #15

Je fais souvent la rencontre fortuite
D’une femme inconnue, que j’aime, qui n’est que fuite
Et qui n’est, chaque fois, que pur accident
Jamais au grand jamais, elle ne me comprend.

Mon esprit s’emballe et mon cœur transparent
Ne cesse d’être un problème
Pour elle seule, qui pour un idiot me prend
Elle seule ou tout son écosystème ?

Est-elle brune, blonde ou rousse ? J’essaie d’oublier
Son nom ? Je ne veux pas y penser
Comme ceux des autres qui m’ont laissé tomber

Sa dureté fait penser au regard des statues,
Et, pour sa voix, n’en parlons pas, elle à
L’inflexion scandaleuse de ceux que l’on nomme « parvenus »

L’exercice n’était pas simple mais il a été relevé avec brio! Retrouvez les participations ici – avec un nouveau participant à l’atelier: Chez Sweet Things, Chez Isabelle-Marie, Chez Josée, Chez Mijo, Chez Marinade d’histoires, Chez tiniak

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Pour la semaine prochaine, je vous invite à écrire un texte ou un poème à partir des données suivantes: “Anciennement gardien de la paix, Marion Blédine a lancé un atelier de réparation et d’entretien de radiocassettes au rez-de-chaussée de son ancien bureau. Elle nous raconte sa reconversion.

Posted in Carnets de route

Regarder les gens couler

Je parle dans le vide. J’écoute mais je n’ai rien à apporter. J’écoute voilà. J’essaie, sans porter de jugement. Parfois, j’en porte. Je vois les gens couler et je les regarde perdre leurs forces, perdre leur santé, leur courage, leur volonté.

J’alerte, je dis les dangers mais je sais que ça ne change rien. Les gens s’écroulent et mes mots paraissent sans âme. Quelle est la valeur d’un “prends soin de toi” quand l’autre avoue être à bout de souffle? Quel est son poids quand tout tire vers le bas, quand les valeurs érigées en règles absolues ne sont que des mots dans l’air.

Tous les jours je suis le témoin d’individus qui n’en peuvent plus, qui tiennent pour un crédit, qui se flinguent le cœur, le corps pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Tous les jours, je reste là les bras ballants à attendre le bruit de couloir qui dira “elle est en arrêt ou il a fait un burn out”.

Je brasse de l’air face à des personnes qui ne veulent plus, qui ne savent plus, qui sentent que la partie est perdue pour elles, qui travaillent sans pause déjeuner, sans pause famille, qui sont connectées à 7h du matin, répondent au téléphone à 21h le soir, qui abrègent ou annulent leurs congés, qui donnent tout et trop.

Je suis le témoin d’un calvaire sans fin. Je me demande si un jour on ne me dira pas que mon silence équivaut à une “non assistance à personne en danger”. Quand on voit quelqu’un qui se noie on appelle les secours, si on est formé, on plonge pour le ramener sur la rive. Quand on voit quelqu’un qui perd pied, on entend la sempiternelle phrase toute faite “on ne peut sauver personne sans son consentement”. Le presque noyé n’avait pourtant rien demandé lui non plus…

Alors, en attendant, je me tais et je regarde les gens couler.

Posted in Carnets de route

A l’heure des aurevoirs

A chaque annonce de séparation, les mêmes questions reviennent comme si quelque chose bloquait, comme si il me fallait comprendre. Comprendre comment, pourquoi d’un coup tout s’effrite, d’un seul coup. Comprendre pourquoi des gens qui semblaient heureux, en phase, décident un matin de prendre des chemins différents.

Je ne cesse de me demander si, si chacun avait été un peu plus attentif, si chacun s’était écouté, avait écouté l’autre, si chacun avait osé dire que ça n’allait plus si bien

Et puis peut-être que c’est juste la vie qui est comme ça, que je n’arriverai jamais à percer ce mystère là, comme tant d’autres. Et puis qu’est-ce qui je connais au couple, à la vie à deux du quotidien, aux habitudes qui s’ancrent, au chaos qui ne fait plus sens, aux opinions qui divergent, aux sensations qui se brisent.

Moi, je suis juste spectatrice de ces aurevoirs, de ces unions sur le déclin, de ce que certains cachent si bien et de ce qui explose chez d’autres. Je ne suis que la main qui tente de venir à bout des points d’interrogation qui se forment sur la banquise des sentiments perdus.

Ils ne vont pas plus loin parce qu’il n’y a plus d’avenir, alors ils ferment les portes communes pour en ouvrir d’autres. Ils n’ont rien de plus à dire. Ou parfois ils esquissent un “si on avait su se parler” et puis ils quittent la scène, ils laissent leur place.

Je ne suis que le témoin de l’amour qui se fane et je ne saisis pas comment tout a pu arriver si vite, sans que je ne me doute de rien. Alors je me tourne vers ceux qui durent, vers ceux qui semblent tenir malgré les frasques du vent, ceux qui font peut-être tout simplement comme ci – histoire de ne rien gâcher d’autre, ceux qui s’estiment chanceux, ceux qui se disent heureux.

A mesure du temps qui passe, l’amour se sera maintes fois carapaté et se sera toujours recréé. Avec plus ou moins de blessures, de couches de protection pour résister aux chocs, de craintes, de doutes et d’espoir. Oui beaucoup d’espoir pour y croire à nouveau, cette fois pour de bon, jusqu’au prochain virage non anticipé ou la prochaine vague salvatrice.

Posted in Atelier Ecriture L'Atmosphérique

Atelier d’écriture #14

Vivian réfléchissait et plus il réfléchissait, plus le tintamarre dans sa tête prenait de l’ampleur. Un vrai orchestre avec trompette et cymbales. Il se demandait bien comment une idée aussi saugrenue avait fait son chemin dans sa calebasse. Le revoir, après tout ce temps, dix ans, invraisemblable ! A quoi ça pouvait ressembler des retrouvailles dans la même ville, au même endroit, avec les mêmes individus et entre temps, des souvenirs, des blessures, des départs, des remords ?
Retrouver son numéro, le composer, hésiter, résister, puis parler derrière le combiné. Il s’était esbaudi au timbre de sa voix, juste un peu. Quelques minutes et un rendez-vous pris : le café du boulevard, celui des grandes nouvelles, avec les lampes de toutes les couleurs, à 19h tapantes.

Vivian sentait ses jambes se dérober à mesure qu’il approchait de l’endroit. Le grand café avait perdu de sa superbe, les couleurs de leur splendeur d’antan. Il s’installa à une table, dans un coin, à l’abri des regards. Après tout, ce rendez-vous, loin d’être une sinécure, méritait un brin de discrétion. Au téléphone, esquivés les sujets nidoreux, mais ils demeuraient comme un fouillis disproportionné entre eux deux.

Il vit arriver Paul de loin. Aucun changement dans sa démarche, il parlait toujours avec les mains, invectivait les passants qui marchaient lentement sur le trottoir. Vivian se demanda, un court instant, si il ne fallait pas mieux payer le café et partir. Il avait pensé que Paul aurait pu changer, qu’il aurait pu développer des qualités empathiques ou enrichir son vocabulaire émotionnel. Mais de là où il regardait il voyait le même numéro se jouer à des années d’intervalles. Il le retrouvait tel qu’il l’avait quitté, devant le jardin et les roses trémières, le dernier des cuistres singeant ses mimiques et se moquant de ses manières, comme il disait.

Paul s’installa tout sourire en face de lui, mais avant qu’il ait eu le temps de prononcer une parole, Vivian sortit d’une traite : « maman va mourir et c’est toi qu’elle réclame », laissa le café sur la table avec un numéro, ivre de fureur mais satisfait du devoir accompli.

Un grand merci aux participant(e)s – retrouvez ici les textes: Chez Isabelle-Marie, Chez Sweet Things, Josée, Mijo

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Pour la semaine prochaine, je vous invite cette fois à la poésie en partant du poème “mon rêve familier” de Paul Verlaine et en changeant à votre guise les morceaux de phrases en gras (d’après une proposition de Josée):

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

Posted in Extraits Livres Publiés, Humeurs d'Auteur

Un projet qui prend vie

En Septembre 2021, je vous annonçais ici la naissance prochaine d’un nouveau recueil. Huit mois plus tard, de nombreuses idées sont venues se greffer à cette envie initiale, certaines qui m’ont prise par surprise, d’autres qui se sont confirmées, d’autres encore que je pensais laisser en l’état et qu’on m’a demandé de poursuivre.

J’ai donc mené plusieurs projets en parallèle tout en me demandant ce que je voulais vraiment faire de ces textes. Je me suis interrogée sur mon rapport à l’écriture, passée la phase passionnante de création. Je me suis remise en question sur mes attentes. Je me suis demandée si j’allais continuer en autoédition ou tenter d’envoyer mes poèmes à des maisons.

En discutant avec une amie récemment, j’ai pris conscience que mon envie n’était pas tant d’être lue par beaucoup, ni de gagner de l’argent en vendant mes écrits (loin de là), ni d’être reconnue (ce qui fut le cas très longtemps) mais que mes mots voyagent, qu’ils s’arrêtent dans vos “chez-vous”, qu’ils puissent être partagés avec des amis, qu’ils puissent être des compagnons dans votre quotidien, heures de joie ou de doute. J’écris avant tout pour créer du lien et célébrer la vie.

Finalement, ces huit mois m’auront permis de faire le tri dans tout ça, de cheminer à mon rythme et en accord avec mes désirs profonds, de trouver un équilibre plus sain dans ma relation à l’écriture et à la transmission.

Il me reste quelques ajustements, corrections à faire et ce recueil viendra rejoindre mes premiers livres disponibles sur The Book Edition. Je vous en reparle très vite. Et je vous laisse avec un premier extrait:

Aux sens se fier
Intuitivement se lier
Au temps présent

A la fête se joindre
Retrouver la saveur des déliés
Nature florissante se laissant approcher
Pétales épars
Eau scintillante
Filaments cristallins
A la lisière des bois
Fleurs en pamoison
Valse intemporelle des saisons

Sur le vif
Point d’hypocrites visages
Ni masques vagabonds
Point de paraitre endimanché
Grandes robes longues pour se cacher
Juste l’inconstance éclatante
Existence flagrante
D’un sanctuaire à tout jamais protégé
Pour peu que nous osions pousser la porte
De l’éphémère réalité