L’enfant qui ne naîtra pas

© Everton Vila

Je suis partie à travers champs cueillir la vie. Celle qui battait hier encore à l’intérieur de moi. Je la cherche au milieu de nulle part. Je guette dans le vent le bruit de ses pas.

Je suis partie le nez au vent, le cœur gros. Il a dit non. Un enfant, c’est suffisant. Je ne sais pas crier. Alors je pars dans la campagne, je cueille des fleurs pour apaiser le chagrin qui enfle.

Je suis partie sans destination, le cœur à l’abandon. L’enfant a pleuré, un peu. Je l’ai consolé. Juste quelques minutes pour moi, pour me vider. Avec pour seul témoin la nature, celle qui soigne tant de blessures.

Je suis partie, mon sourire envolé, des larmes de pluie sur mes joues rosées. Et ces fleurs contre mon cœur pour me réconforter.

Il danse autour de moi l’enfant qui ne naîtra pas.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture 331 de Bric A Book. Et en pensant à une personne que j’aime très fort. 

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Beaucoup trop de moi…

 

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Crédit Pixabay

Voilà près de dix ans que je tiens un blog (plusieurs même!)

Voilà près de dix ans que je me livre. Beaucoup par moments. Avant, je tenais un journal intime. Écrire rien que pour moi me suffisait. Puis j’ai eu besoin d’extérioriser certaines choses. Sans compter l’envie pressante de partager et d’échanger.

Voilà près de dix ans que je me pose la question, à intervalles irréguliers, de la façon dont j’écris, de tout ce que je dépose ici. Beaucoup de moi. Beaucoup trop?

Parfois cela me semble beaucoup trop en effet. Cet étalage de ma vie privée me fait réfléchir. J’ai fermé beaucoup de blogs en près de dix ans. Je vous rassure, je ne vais pas fermer celui-là. Mais repenser mes articles, oui. Dans un souci de protection. De moi même et de mon intimité. Être dans le “trop” ne me satisfait pas. Le besoin de retrouver un équilibre est nécessaire.

Sans compter que j’ai des projets littéraires, que j’aime toujours autant écrire dans mon journal, que certains mots ne regardent personne d’autre que moi et quelques privilégiés!

Sans compter qu’il y a tant d’histoires qui attendent d’être contées…

Avez-vous, vous aussi, l’impression d’en dire trop sur votre blog? Comment faites-vous la distinction entre ce qui est privé et ce qui ne l’est pas? Comment vivez-vous le fait de partager des bribes d’intimité sur un espace public?

Son Oxygène

De la fenêtre de la cuisine, Élise regarde la rue en contrebas. Il y a l’échalas du 8e avec son clébard, sale comme un pou. Ils font la paire tous les deux. Et puis Suzie aussi, la grelotteuse du 5e, avec ses boucles brunes et son sac à dos mal ficelé – pas étonnant qu’elle perde tout. L’expert du rez-de-chaussée, d’habitude ce sont les quartiers des commères en chef, scrute chaque détail de la carrosserie de sa voiture, comme tous les matins, en quête de la moindre petite trace inhabituelle sur le rouge cristallin de son bolide.

De la fenêtre de la cuisine, Élise respire l’air saturé de canicule. Pas le moindre souffle de vent pour apaiser ses tourments. Il est parti, son prince de conte de fées. Avant les premières pluies. Il a fui comme un voleur. Trop beau, tout le monde le lui avait dit. Mais elle, avec ses kilos de naïveté, elle avait plongé. Comment ne pas s’émouvoir devant ses déclarations enflammées ?

De la fenêtre de la cuisine, Élise fait le plein de vie, celle du dehors pour compenser le grand vide de la sienne. Son oxygène.

Voici ma participation un peu tardive au rendez-vous d’Olivia “des mots une histoire”. Les mots étaient: canicule – expert – clébard – cuisine – conte – émouvoir

Nouveau départ

Copyright MK

La nouvelle est arrivée un soir de Novembre. Un coup de fil. Tout simple. C’est à lui que je l’ai dis en premier, parce que je savais qu’il comprendrait. Mais qu’il n’en ferait pas tout un flan non plus. La propriétaire reprenait son appartement.

J’ai encaissé et puis je n’y ai plus pensé pendant cinq mois. J’avais le temps et je voulais que loulou termine son année scolaire dans son école actuelle. J’ai mis de côté toutes les remarques inappropriées et je m’en suis tenue à mon intuition de mère – la seule qui vaille en la matière.

En mai, j’ai commencé les recherches, les visites, les dossiers, grandement assistée par mon père. Il fallait bien ça. Après quelques déconvenues, nous avons trouvé notre bonheur, pas très loin de Paris, à dix minutes de train, dans un quartier inconnu jusqu’alors.

Juin a été compliqué, frustrant par moments, épuisant aussi au milieu des cartons, de la chaleur et d’un blues que je n’avais pas anticipé. Il a fallu gérer la fin de l’année scolaire, les craintes des uns et des autres, les problèmes de communication, les tensions familiales, la fatigue. Dans les moments de doutes intenses, il était là, si compréhensif et raisonnable à la fois. Sa façon d’être m’apaise. Et j’ai puisé dans cet apaisement les ressources dont j’avais besoin pour tenir la cadence. Et ne pas m’écrouler avant la fin.

Loulou a été un assistant en or. Il a fait les cartons, démonté les meubles avec moi, accueilli mes plats – pas originaux pour deux sous – avec le sourire. Il a agrémenté un quotidien pesant de rires. Et j’ai réussi à lâcher prise, un peu. Par moments.

J’ai vendu, donné, fait un grand tri afin de n’emmener que le nécessaire. Je me suis quand même demandé comment j’avais pu revenir en France avec une valise pour seul bagage et emmagasiné autant en 7 ans. Sept ans quand même et six ans dans cet appartement, trouvé par relation, au milieu d’un chaos indescriptible.

En rendant les clés hier, je me suis souvenue de ces années. Des matins de détresse. Des soirées à tenter de rassembler les morceaux de ma vie. Des trois années que nous avons passé à 4 dans ces 40m2. Des mots durs et des disputes. Des départs et des silences. De la culpabilité et du sourire de loulou qui a souvent fait flancher mon coeur de maman dépassée. Des peurs très crues. Des échanges dangereux. Des remises en question constantes. Et puis une nouvelle vie à deux. Trouver ses marques, se sentir à côté de la plaque si souvent. Essayer, se planter et repartir. Hurler aussi. Se taper la tête contre les murs pour que tout s’arrête. Ne plus penser. Mourir un peu plus chaque jour.

Et puis les jours heureux aussi, les matins câlins, Renaud en boucle, les pancakes du samedi matin, nos soirées télé du samedi soir, les douceurs sucrées des voisins, les fêtes d’anniversaire, les cadeaux sous le sapin, les bêtises et les rires, les mots qu’on ne se dit pas souvent mais dont la force nous transporte. Le chemin de l’école et nos baisers papillons. L’amour qui s’invite et les sentiments qu’on n’évite pas. La confiance et se sentir invincibles. Les journées jeux en famille. Le plaisir et se blottir enfin contre un corps ami qui ne prend rien et donne tout. Son sourire au coin de la rue et tout le mauvais qui se dissipe d’un coup. La tendresse et se sentir vivant jour après jour.

Je ne laisse rien de moi derrière. Juste peut-être les heures noires qui furent les nôtres. Oui je les laisse en ces lieux. Je n’emporte avec moi que le meilleur. C’est à partir de cela que je veux bâtir demain.

Nous sommes dans notre nouveau chez nous depuis samedi. Nous prenons nos marques. Loulou aura eu le temps de se faire à son nouvel environnement avant les grandes vacances. Quant à moi il me tarde de découvrir notre environnement. Et d’aménager mon intérieur, d’y inviter les gens que j’aime. La tension baisse et je me sens plus légère…