Posted in O bonheur des sens, Variations Littéraires

Pile ou Face

Photo by Trung Nguyen on Pexels.com

Du fauteuil où je suis assis, par-dessus la couverture de mon livre – un pavé de quelques mille pages relatant les exploits d’un héros dans la fulgurance d’une guerre impitoyable, elles le sont toutes – je la regarde. D’un œil discret, distrait. Elle me fait l’effet d’un océan de fraicheur au milieu du carnage dans lequel mon imagination se perd à mesure des pages qui défilent.

Elle donne l’impression de s’ennuyer dans sa peau sage. Quelques gouttes se promènent sur le froissé de son déshabillé. L’eau chaude vient de couler sur son corps à l’abandon sous le jet, le savon vient d’épouser chaque centimètre de son être. Et j’ai préféré rester perché sur mon toit du monde aux allure d’apocalypse plutôt que de voyager avec elle.

Elle délaisse son déshabillé. Il échoue par terre, il s’étale. J’aperçois son grain satin, sa cambrure fragile avant qu’elle ne traverse la pièce, sans un regard vers moi. On dirait qu’elle le fait exprès. Elle enfile une de mes chemises et c’est comme si je m’enroulais autour d’elle, telle un serpent fou de désir. Je trace d’hypothétiques fantasmes sur l’écran de ses pensées. Elle n’attend qu’une chose, que je pose l’ouvrage, enfin. Que je délaisse ma guerre pour conquérir son territoire. Mais je reste là, à contempler la vie qui la traverse, enfermé dans mon silence de mort.

Elle prend place dans le fauteuil en face de moi, cheveux lâchés, pouls calme, visage dégagé, jambes délicatement croisées. Ses yeux sont deux billes de Sodalite qui me fixent et ne me laissent aucune chance de m’échapper. Elle se penche pour attraper une revue sur la table basse et la vision de sa poitrine, ronde, joliment dessinée, me rattrape. Le livre pèse lourd dans mes mains, je tente de revenir à ma lecture, mais les lignes s’entrechoquent.
Tout en elle respire la vie, l’envie, de moi, de nous, de ces ondulations réciproques qui nous promettent des acensions vertigineuses.

***

Je sors tout juste de la douche et avance vers le salon, nue, quelques gouttes perlent au bout de ma chevelure. Et s’échouent sur ma peau brulante. Je le trouve assis au même endroit que toute à l’heure, sur son fauteuil vieilli, les yeux rivés sur le manuscrit qu’il doit finir de lire pour demain, une histoire sordide – la guerre l’est toujours. Il lève les yeux vers moi, j’y décèle un fragment de peut-être, une hésitation, un brin de prudence.

Ma peau se languit de lui. La texture de mon déshabillé apaise légèrement la fièvre qui pointe. En guise de réponse à ma proposition pour la douche, il a esquissé un geste de la main. Il savait qu’en m’accompagnant il pouvait dire adieu à son roman jusqu’à une heure avancée de la journée.

J’enfile une de ses chemises, à défaut de pouvoir avoir ses bras dans lesquels me lover. Un magazine pour patienter, un regard indifférent, un soupir inoffensif, un croisement furtif, un déplacement subtil. Combien de manœuvres pour qu’il cède? Dans combien de temps délaissera t-il son bouquin pour venir s’enivrer avec moi des parfums de l’aventure?

La mort ne l’intéresse pas, il lui préfère la gourmandise de la vie. Je perçois son combat intérieur à sa façon de tourner les pages, à ses sourcils interrogateurs, à son regard horizontal, ses pieds qui bougent au rythme d’une musique pétrie d’impatience. Il n’accroche plus avec les lignes, il a perdu le fil de sa lecture. Il résiste pourtant à l’envie de poser l’ouvrage et de me rejoindre.

C’en est presque jouissif de le voir autant hésiter.

Texte original de 2019 – revisité

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Derrière les rideaux

Je laisse les lieux en l’état. Rideaux vieillis par le temps, traces de pas sur le plancher, notre passage sur le terre des hommes. Tout me rappelle et rien ne s’attache. J’entends bien quelques rires qui viennent du jardin mais rien qui ne puisse me retenir.

Nous avons aimé et chahuté ici, fait grandir des petits et apaisé des chagrins. Les murs gardent quelque part le mémoire des secrets, ceux du dehors. J’ai fait mon devoir, celui de l’engagement. A vingt ans on ne sait pas, on ne saisit pas le poids des vœux. J’ai réussi là où je pensais m’écrouler. J’ai tenu avec un peu de fard sur les paupières et quelques anneaux d’or aux oreilles.

Nous avons perdu quelques idéaux dans la bataille, un zeste d’insouciance, un brin de tolérance. Les murs gardent les accès de rage, disséminés comme les pièces d’un puzzle que nous ne voulions surtout pas reconstituer.

Je regarde les plaintes noircies, les voiles qui masquent la beauté du jardin. Je me suis souvent assise ici pour surveiller les enfants et voir grandir les fleurs, pour attendre l’automne, le printemps, ton retour, les leurs. J’ai passé près de la fenêtre des heures, de jour comme de nuit, pleines d’étoiles et de vols d’oiseaux. Il fallait un gardien de nos vies et je me suis plongée dans ce rôle avec délectation, certaine de servir un dessein plus grand.

Je m’évade un peu, j’ai le temps. Encore quelques secondes pour un adieu. Les larmes ont coulé déjà et depuis longtemps elles ne viennent plus. Mes deuils sont derrière moi. Je quitte la maison, notre maison, notre refuge. Je pars en te laissant encore habiter ce lieu, si tu le veux. Quelque part nous y serons toujours. Nous laissons notre empreinte et quelques miettes de notre bonheur. Nous laissons nos doutes et les quelques points d’interrogation qui subsistent.

Je referme derrière moi la porte du premier jour. Je dépose mes armes près de l’escalier de pierre. Dans le jardin, les rosiers veillent. Tu les as taillés juste à temps. Pour toujours ils protègent ton sommeil.

Ce texte est ma participation à l’atelier Bric a Book N° 414

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Dictée

Photo by Leah Kelley on Pexels.com

Nos soirées s’écoulent au rythme des mots à apprendre. Loulou ne manque pas d’imagination. Il réinvente, revisite avec délectation la langue française.

Les mots changent de forme et les verbes de terminaison. Les Majuscules manquent à l’appel et les minuscules font des courbettes. Les fautes se déguisent sous des couches bleu nuit.

Les phrases inventées ne veulent rien dire et nous font rire. Parfois on est tenté de pleurer quand “Avaique” s’écrit en lettres barbares. Les verbes en perdent leur latin, entre les “e” à répétition en guise de conjugaison.

Loulou invente des mots, est déjà tenté de faire de la poésie, comme sa maman. “Même (Maime)” s’écrit alors avec des mots d’amours et “Soleill” prend deux ailes pour nous réjouir encore davantage.

On s’invente des com-plexes et des con-textes en lieu et place de con-seils. On s’arme de patience pour venir à bout des exceptions à la règle, incompréhensibles, inexplicables.

On épelle les mots à la pelle, entre deux biscottes. On récite jour après jour les mots étranges quelque peu étrangers. On met du cœur à l’ouvrage pour que ça rentre sans ressortir.

On se tire les cheveux un peu et on s’amuse beaucoup!

Posted in Atelier écriture

Photomaton Maudit

@ Derek Lee

Emma ou l’art de se compliquer la vie! Le photomaton est déjà une épreuve de force dans son pays. Mais alors dans un pays étranger, avec des sigles pour lettres, au centre d’une gare ultra bondée, c’est le parcours du combattant. Emma semble aimer ça, les histoires compliquées.

Emma commence à suer, de grosses gouttes, qui dévalent sur ses joues et imprègnent son t-shirt. Le fauteuil en plastique orange lui colle à la peau. Elle n’aime pas les souterrains, ils l’angoissent. Elle n’aime pas ne pas comprendre. Elle se sent seule face à cette machine qui lui répète les mêmes mots sans qu’elle n’en saisisse le sens.

Le fauteuil est défectueux, il ne tourne pas, elle tente alors des positions aussi loufoques les unes que les autres, qui la laissent pantelante et à la limite de l’explosion. Ce n’est pas la première cabine qu’elle teste. A chaque fois, le même rituel. A chaque fois, la même crainte de ne pas avoir la sacro-sainte photo demandée par l’Ambassade. Si elle ne voulait pas se tirer d’ici aussi rapidement, elle pourrait s’offrir le luxe d’un photographe maniant les langues et l’objectif à la perfection.

Mais elle n’a pas le choix. Comme souvent. A la sixième tentative, la photo ressemble enfin à quelque chose. Emma est en eau. Elle a des airs de vieux chien mouillé en quête de repères. Avec son short blanc maintenant transparent et son t-shirt qui met en évidence son absence de soutien-gorge, le “no bra”, une mauvaise idée de plus, elle sort de son antre et se mêle, non sans gêne, à la foule des voyageurs, avide de retrouver l’air pollué de cette ville qu’elle n’a jamais aimée.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Alexandra – Une photo Quelques Mots 412

Posted in Humeurs d'Auteur, Tout un poème

Le vent m’a soufflé…

Credit photo @mariekleber37

Les péniches d’un côté
Et les grands oiseaux blancs dans le ciel
Long-courriers solitaires attirant ton regard

Par un jour d’or
Aux rayons phosphorescents
Nous nous sommes retrouvés près de l’eau
Comme avant

Rien n’avait changé
Tout était à sa place
Comme si rien ne s’était passé
D’une pause à l’autre

J’avais la tête pleine d’idées nouvelles
L’envie surtout, l’impulsion des mots
Le désir des lettres qui sur la peau des jours
Chorégraphient un ballet

Je cherchais un titre qui parlerait
Des sentiments, leur mouvement imperceptible
Leurs émotions indescriptibles
Et de ces choses encore mystérieuses

Je flirtais avec le vent
Certaine qu’il me glisserait
Les premières notes
D’un nouvel essai

Et juste là où tu t’étais installé
Comme un clin d’œil à mes pensées
Un nom comme un poème
Sur la péniche d’à côté

Ce poème pour vous annoncer la sortie prochaine d’un nouveau recueil de poésie – Fin 2021 ou Début 2022. Son titre m’a été soufflé. Impossible donc d’y résister !

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J’imagine le temps

Photo by Rene Asmussen on Pexels.com

J’imagine les vagues dans un songe
L’eau rédemptrice sur mes tempes
Le clapotis fiévreux de l’eau salée

J’imagine les paysages qui défilent
Les couleurs éblouissantes de la nature
Les kilomètres engloutis à vive allure

J’imagine les samedis matins
Le jardin, l’herbe fraichement coupée
Un livre laissé dans un coin

J’imagine les soirs d’hiver
Les cérémonies, les jours de marché
Les émois qui traversent les murs de pierre

J’imagine l’espace que tu occupes
Dans un grand éclat de rêve
Dans un grand bain d’ivresse

J’imagine la nuit et ses mystères irrésolus
Tes pas qui résonnent sur le bitume étranger
La symphonie de la pluie sur la transparence

J’imagine ton sourire accroché à la voute céleste
Les étoiles filantes arrachant des souhaits aux passants
La lune en quartier pour unique compagne de route

J’imagine le mouvement de tes pensées
Le flot ininterrompu des idées vagabondes
L’esprit occupé, constant, conscient

J’imagine ce temps
Etre au plus près de toi
Dans un présent à distance
Aujourd’hui et l’absence

Posted in Carnets de route, Variations Littéraires

Les jours de…

Les jours de pluie, j’écoute les gouttes en fête, leur musique intense, comme des battements de cœur, qui frappent les carreaux, le bitume, s’écrasent lourdement sur les corps, se déposent délicatement sur les fleurs. La nuit, la pluie m’apaise. Elle me chante une mélodie, celle des mots qu’on griffonne, avides que nous sommes de sortir nos tripes, nos rêves sur le papier fiévreux.

Les jours de pluie me ramènent sur cette terre si verte, là où mon cœur erre encore, le long de La Liffey, là où les souvenirs sont, pour toujours ignorants de la fin, pour toujours pleins de vie. Il me semble parfois les entendre frapper à la porte et alors j’ouvre pour passer un temps avec eux, un temps comme à part, temps des quatre saisons qui se mélangent, tant de rires et tant de ce sentiment d’être là où je suis.

Les jours de soleil, je goutte aux rayons qui sur ma peau laissent un baume brun, fragments de chaleur dont je me délecte, tant qu’il ne brule pas, tant qu’il ne me saoule pas. Je rêve alors de bord de mer, des vagues qui lèchent le sable et déposent sur le derme un sel aux accents de liberté.

Le soleil est le temps de la complicité, du présent, celui de l’amitié, un temps de partage, un temps pour être ensemble avant que la fin du jour ne nous pousse à rentrer plus tôt. Le soleil est la bénédiction de nos mains qui se frôlent. Il joue avec les contrastes et les couleurs, avec les ombres, les sens.
Les jours de soleil je me sens dans l’envie de jupes qui volent, de robes longues qui balaient le sol, de déjeuners en terrasse, de nos yeux qui se croisent et se disent tout sans qu’un mot ne sorte de nos bouches assoiffées. Un temps à dévorer.

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Le “challenge écriture” reprend du service!

Je reviens pour vous proposer des idées d’écriture. Je ne suis pas certaine de maintenir le rythme d’une proposition par semaine, car en ce moment le rythme au travail est assez soutenu et mon temps personnel d’autant plus précieux!

Pour cette reprise et sur les prochaines semaines, j’ai envie de vous proposer de “travailler” les différents éléments d’un texte. Nous allons commencer par les personnages de notre histoire. A partir de la photo ci-dessous, décrivez ou faites parler les “personnes” de la photo, de manière à ce que nous ayons les grandes lignes de leur personnalité, identité et lien relationnel.

A vos plumes et au plaisir de vous lire mardi prochain!

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Nouveau Livre

Photo by Tirachard Kumtanom on Pexels.com

J’ai longtemps pensé qu’un évènement viendrait clore une séquence de vie, qu’il suffisait d’attendre. Comme on attend le départ d’un train, une semaine de vacances ou un quelconque déclic – le bon moment en quelque sorte!

Un départ, un divorce, une rencontre, un ou plusieurs déménagements plus tard. Et des centaines de mots mis bout à bout pour exorciser une tranche de vie. Je peux attendre encore longtemps. Parce que finalement n’est-ce pas moi qui suis aux commandes? N’est-ce pas à moi que revient le droit, le choix?

J’ai disséquer le passé, j’ai tout écrit, tout vidé et fut un temps c’était nécessaire, voir vital. Il fallait venir à bout de la colère, de la peur, du déni, de la honte, du chagrin, de la souffrance, des masques portés, des blessures. Que reste t-il de tout ça aujourd’hui?

Des cicatrices. Que le temps, la poésie, l’amour ont apaisé. Je pense aujourd’hui que nos expériences de vie sont ce qu’elles sont, elles ne servent rien en particulier, aucun dessein, aucun but précis. Pourquoi toujours vouloir chercher un sens? Pourquoi toujours vouloir que ça puisse servir aux autres?

Est-ce qu’elles nous rendent plus forts? Ca reste à prouver! Elles nous changent inévitablement. Cette parenthèse me donne d’être plus bienveillante, d’être davantage dans l’acceptation de l’autre, plus dans l’écoute et moins dans le jugement. J’y serai peut-être arrivée d’une autre manière!

J’ai perdu énormément de temps à vouloir pardonner, à tenter de porter un regard “positif” sur notre histoire. J’ai voulu être une fille bien. Quelle connerie!

Je n’ai pas de recette miracle à partager, je ne sais pas comment j’en suis arrivée là où j’en suis aujourd’hui. J’ai juste fait un pas après l’autre. Je me suis souvent perdue en cours de route. J’ai cherché dans la vie des autres des réponses à mes manques. J’ai voulu être différente. Je n’ai pas de conseils, d’avis, de solutions, d’idées sur la question. Je pense que je pourrais écrire encore et encore et encore sur le sujet, il y aura toujours quelque chose à dire, une ligne de plus à écrire. Sur hier et sur aujourd’hui. Il y aura toujours lui, son fantôme ou sa présence.

Mais je peux choisir de dire aurevoir. Je me sens appelée à vivre. Et la vie autour de moi, elle n’attend que ça, que je pose le point final. Au bout d’un moment on ne fait que disserter sur du vent, c’est lassant et le vent s’en moque! Je sais que certains, certaines aimeraient que j’en sorte encore des mots pour raconter tout cela. Je n’en ai plus envie. J’ai envie de soleil et de joie, de jouir de la vie, celle à laquelle je me suis accrochée finalement, de profiter des chances qui s’offrent à moi, de ne plus regarder une situation à la lumière de ce qui ne fut pas de l’amour. Je ne veux plus comparer ni tenter de convaincre qui que ce soit non plus.

Je suis riche de ce que je suis, de ce que je sais et de ce qui est là, à portée de regard et de cœur. Je ferme la porte. J’ouvre un nouveau livre…

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S’abandonner à vivre

Credit Photo@mariekleber37

Le monde restera toujours cette gigantesque énigme. Le monde du business, de l’argent, des idéologies, un monde à tant de vitesses que parfois rien ne sert d’y prendre part.
Le monde restera un mystérieux hémisphère duquel je m’approche un peu trop parfois, au risque de perdre de vue ce qui compte, là, maintenant.

Le soleil a des airs de trop peu. Alors je savoure chacun de ses rayons. La sensation du chaud sur ma peau me donne envie de rester encore un peu, assise là, sous le feu des projecteurs du ciel.
Le soleil et ta peau.
Et les sourires partagés.
Et les confidences.
Ta peau et les microsecondes d’un contact qui remplit mon être d’une force incomparable.
Et la vie qui bat.
Et les rires d’enfant à la surface.
Et le souffle du vent qui soulève le voile de ma robe.
Les sourires comme autant de « merci » partagés.
Et la passion d’un baiser.
Et la douceur d’un câlin.
Et la saveur d’un pat inventé.
Les confidences, comme autant de chance d’oser dire, d’oser être, de ne plus garder pour soi ce qui pèse, ce que l’on voudrait que la terre entière sache, que l’on cache par pudeur.
Et les souvenirs accrochés au dôme céleste.
Et les nuits d’étoiles filantes à émettre des souhaits, le cœur plein d’un rêve sans tâche.
Et les jours riches d’une vie sans âge.

Les rires, étouffés, fous à lier, dégringolant la falaise, les rues des villes, les routes de campagne, secousses improbables, joie qui fleurit derrière les visages fermés.
Le souffle comme un battement d’aile, un frôlement imperceptible.
Les sourires à en avoir les yeux qui pétillent et la bouche privée de mots.
La passion colorée, éphémère, spontanée, circulaire, inventive, espiègle, mémoire des sens en quête de beau.
La douceur, la saveur, concentré de tendresse, épure des gestes.
Les souvenirs, albums intemporels d’un temps qui nous garde pour toujours, insouciants, amoureux, sensibles, généreux.
Les nuits pour contempler, admirer, rêver sans s’arrêter et retenir le jour entre le coton joyeux du dimanche matin, sage les jours de classe ou imprégné d’un désir sans cesse réinventé

Le monde peut bien s’écrouler, il reste ce cortège d’espérances, toutes ces chances, opportunités saisies, mains tendues, amitiés sincères, liens qui nous hissent au sommet. Demeure la vie dans tout ce qu’elle a de plus surprenant et de plus évanescent. Tout est fragile et solide à la fois, tout passe et tout tient. Rien n’est écrit et tout est là pourtant, déjà.

Face à la folie, à la cruauté, à l’insensé, je voudrai retenir tout cela, tout ce qui a de la valeur, tout ce qui a du caractère, tout ce qui chaque jour nous enveloppe de chaleur et de la conscience que nous ne pouvons pas échapper au monde mais nous pouvons y faire face sereinement et en paix.

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Dérive(s) moderne(s)

Photo by Anni Roenkae on Pexels.com

Chercher, creuser, faire, dire, partir en quête, se questionner, aller plus loin, encore, encore, encore. Se défaire des couches superflues. Comprendre le comment du pourquoi et le pourquoi des choses. Essayer de comprendre toujours plus. Creuser plus loin. Se gaver de psychologie. Se nourrir à l’extrême d’informations prometteuses. Se goinfrer de recettes toutes faites pour réussir ici et là, pour s’affranchir, pour devenir meilleur, plus confiant, plus constant. Chercher la faille et s’y glisser, tout chahuter sur son passage, perdre de vue le nord, se perdre dans les dédales de toutes les propositions alternatives possibles et imaginables.

Vouloir mettre des mots sur les maux jusqu’à l’épuisement, nommer à tour de bras les émotions, noter les sensations, se fier à la lune et ses mouvements, pratiquer des rituels de sang blanc, scander des prières jusqu’à perdre le fil de l’intention, jusqu’à l’oubli.

Vouloir toujours aller plus loin et laisser la vie passer. Laisser le plaisir et la joie. Laisser l’esprit, qui dans des milliers d’hypothèses se noie. Laisser filer le goût des choses simples. Se laisser tomber sans s’en rendre compte. Oublier ce qui est en se laissant happer par la pensée de ce qui pourrait être.

Oublier de vivre. A force de chercher un sens à tout. A force d’écouter avec son filtre de vérité. Laisser passer les rêves à coup d’obligations, de missions. Laisser passer l’autre dans une quête d’absolu sans fin.

A force de…

Perdre la force vive en nous. Et s’évanouir dans un tourbillon d’obsessions, tumulte d’idées qui jamais ne se taisent, chaos sans cesse à apaiser, brouillon sans cesse réinvesti pour en tirer un fruit, pourtant depuis longtemps pourri!

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Retour d’été

L’été est passé. Ou est-il seulement arrivé? La question est sur toutes les lèvres, à l’heure où des milliers d’hommes et de femmes se battent pour survivre, vivre un jour de plus au milieu des décombres de leurs vies.

N’avons-nous donc aucune honte à scander haut et fort un droit quelconque à une liberté qui en laisse tant sur le carreau à chaque souffle posé par nos corps en bonne santé?

Je ne vais pas rentrer dans des débats. Ils sont souvent improductifs. Et puis il y a bien assez de voix comme ça autour, toutes ces voix que j’ai laissé derrière moi pour trois semaines de vacances. J’ai laissé celles d’ici et celles d’ailleurs pour revenir à l’essentiel, toujours. En souhaitant que cet essentiel ne soit pas perdu de vue, une fois de retour au quotidien.

Le soleil a joué les discrets cet été. Nous avons composé de nouvelles partitions, tristes parfois de nous réveiller sous le brouillard, nostalgiques des journées à la plage, satisfaits d’être là, ensemble, de nous retrouver après des mois d’errances, riches d’un lien qui semble parfois fragile, qui est bien plus fort que tout ce que nous pouvons imaginer. Confidences partagées et petits déjeuners briochés. Nuits d’étoiles filantes à souhaiter d’autres étés pour contempler le ciel, l’horizon et ses promesses.

Retrouvés aussi les embruns et l’eau salée, les galops à en avoir le souffle coupé, l’alliance subtile de la fraise et du basilic, les parties de pétanque jusqu’au coucher du soleil, Pagnol sous l’oreiller, les rires qui caracolent sur les chemins, vivre aujourd’hui sans penser à demain.

Un été d’amitié, celle qui, contre vents et marées, résiste. Celle des secrets murmurés et des souvenirs en pagaille, celle qui gagne toujours, rassure, celle qui accueille et ne juge pas, celle des premiers pas et des déchirures, celle qui sans cesse nous colle à la peau, celle qui embrasse tout ce qui se dit et ne se dit pas.

Je reviens d’un été qui ne ressemble pas beaucoup aux autres, un été comme un passage. J’ai laissé mon manuscrit, ses maux en prose. Je reviens avec d’autres envies.

Et vous votre été? Il avait quelle couleur? Quelle odeur?

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Peut-être

Photo by Anni Roenkae on Pexels.com

Est-ce le temps qui manque ou le manque d’envie?

Etrangement, il m’arrive toujours de me dire que je pourrais partir, laisser les choses en l’état et prendre la petite porte du fond, m’éclipser sans faire de bruit.

Ce serait une fin, un début, quelque chose de nouveau. Je ne sais pas. Les mots sont là mais souhaitent-ils être partagés?

Simple constat d’un temps comme en pause. Peut-être que c’est nécessaire pour repartir sur autre chose.

Je laisse cet espace ouvert pour plus tard…

Peut-être.

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Challenge Ecriture 20

Quel vacarme !
Ce train bondé me donne envie de retourner au frais, une citronnade à portée de main, à l’ombre d’un bosquet, picorer dans les restes du dernier apéritif tardif. Je regarderais les coccinelles, divas parées pour la soirée, et leur ballet gracieux dessiner un labyrinthe d’heureux dénouements. Une vraie régalade.
J’avance d’un pas sûr dans l’allée qui me mène à mon fauteuil. Je reste focus sur la destination. Elle seule a de quoi me maintenir en action.
Une action comme une ritournelle qu’on fredonne les soirs d’hiver pour se tenir chaud. J’ai fait le grand saut.
J’ai laissé derrière moi le pavillon de banlieue et les cris des enfants sur les pelouses voisines, mon ectoplasme de misère qui me donnait l’illusion de servir à quelque chose.
J’ai laissé toutes ces choses qui ont composé ma vie pendant plus de 40 ans. Une évidence, de celle qu’on nomme un jour quand tous les recours pour vivre ont été épuisés, quand on s’est plus trompés qu’aimés.

Le challenge écriture reprendra en septembre. En attendant, je vous souhaite un bel et doux été!

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L’éternité à portée de regard

Photo by JV Buenconcejo on Pexels.com

Certains mots ne peuvent décrire l’intensité de ce qui se vit. Ils planent entre l’instant et sa traduction sur le papier. Si je les mets bout à bout, ils pourraient bien faire fuir ceux qui voudraient me lire. Je passerai pour une illuminée. Je serai détentrice d’un mystère que nul ne souhaite approcher.

Et pourtant…

Dans l’éclosion du désir, dans l’élan qui pousse mon corps contre son corps, quelque chose s’éteint en moi, une nouvelle flamme s’allume. Je ne suis plus dans le « devoir », je n’évolue plus dans un souci d’être ce qu’on pourrait attendre de moi, ce que je considère comme « bien » ou « mal ». Je ne porte plus d’étiquettes, celles que je me mets seule d’ailleurs. Je ne réponds plus à de quelconques injonctions.

Si je me laisse couler dans cette fusion, si je lâche prise, mes peurs, mes doutes s’éloignent, mes responsabilités ne me paraissent plus si lourdes à porter.

L’étreinte est saturée de sentiments qui s’expriment sans verbiage. Elle sera soit douce, violente, enveloppante, intense, en fonction de ce dont mon corps a besoin. Je me poserai dans un espace sans contrainte autre que celles auxquelles j’adhérerai.

Si je ferme les yeux, le ressenti sera différent. D’autres sens prendront le relais. Je me livrerai peut-être plus effrontément, sans mon regard posé sur un quelconque « trop » ou « pas assez ». Si je cale ma respiration sur la sienne, alors je me fonds dans son univers. Nos désirs s’ajustent. Nos êtres créent une dimension qui n’existe que dans cette bulle-là – celle d’ébats qui nous relient à un cycle fait de dépossession de soi et d’éternité à apprivoiser.