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La saison du Scorpion

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Chercher, creuser, savoir, comprendre. Autant de mots, au temps d’une quête sans fin. Je suis faite de ça, de cette passion des petits récits, des émotions, sentiments las d’attendre d’être dits.

Je déconstruis pour reconstruire. J’approche les hauteurs vertigineuses et je plonge dans les profondeurs. Mon adrénaline à moi. Déterrer les secrets, déjouer les mystères, faire face à la nuit, les yeux grands ouverts. Et si le coeur s’emballe, revenir à l’essentiel, ce qui est là, au plus profond de mes veines, cette sève sans cesse nouvelle.

On me dit résiliente, peut-être, apte à transformer le métal le plus brut en poudre dorée. Mon signe du Zodiac est mon empreinte d’origine, longtemps camouflée, capable du meilleur comme du pire, d’après ce qui se dit!

Très douée pour l’autodestruction depuis ma plus tendre enfance, dans les mots et la créativité, j’ai trouvé de quoi m’en extraire. Lâcher la bête pour s’apaiser. Laisser la violence s’exprimer autrement que par des cris et des coups.

Mon esprit est sans cesse en ébullition, tout m’attire, tout me tire dans la direction d’une énième énigme à résoudre, d’une histoire à comprendre, conter, d’une expérience de vie à relater. Les lignes de la main me captivent, les destins des uns, des autres me séduisent, la profondeur d’un regard me saisie, l’expression de ce qui est et de ce qui aurait pu advenir si…

J’ai tenté d’étouffer ma personnalité. Encore une histoire de trop ou de pas assez. J’ai tenté de m’aligner à ce que j’aurai dû être pour ne pas froisser, ni bousculer. J’ai essayé de me fondre, de me confondre. J’ai lutté contre moi-même, pour une paix illusoire, juste bonne à me maintenir dans une vision acceptable.

J’ai la mélancolie facile, elle vient, elle part, elle m’offre mes plus belles lignes, quelques larmes au hasard. Il faudrait la refouler, j’ai choisi de l’embrasser plutôt que de la détester, cette mélancolie qui surgit au détour d’une chanson, d’un souvenir, d’un regard sur la vie posé, d’une mélodie murmurée.

La mort me fascine et la vie m’interroge. Je ne possède rien par crainte de le perdre. Derrière le contrôle qu’inconsciemment je m’impose je suis à fleur de peau, à chaque instant troublée par le monde, soufflée par les vents contraires, attirée par l’humain dans tout ce qu’il préserve, ce qu’il retient. J’aimerai pouvoir toucher du doigt la vulnérabilité de chacun, m’immiscer dans les tabous, les secrets contenus, les émotions refoulées, non par curiosité malsaine mais bien parce que c’est dans cette intimité là que se révèle le meilleur de moi-même.

Petite parenthèse nécessaire: je ne représente pas tous les natifs du scorpion. Le signe du Zodiac n’est rien sans son ascendant, ni la position des planètes dans un thème astral. Un signe n’est qu’un élément d’une personnalité.

Et vous, que ressentez-vous pendant cette saison? Etes-vous intéressés par l’astrologie?

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Vague(s) E-maux-tionnelles

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Face à la vague vertigineuse
Les secrets explosent
Le cœur se pose
Sur une hypothèse scandaleuse

Face à la vague vertigineuse
Le corps implose
Le cœur se décompose
L’ombre joue les entremetteuses

Face à la vague vertigineuse
Les blessures s’exposent
Le cœur se livre en prose
La mort en intraveineuse

Des émotions
Comme des glaçons
Qui percutent la raison

Des traces
Comme des menaces
Qui perforent la glace

Autant de saisons
Vide, chute, abandon
Mourir à soi-même
Laisser passer la haine

Laisser aller la peine
Renaitre à soi-même
Vide, lumière, ascension
Retrouver la passion

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Une petite mort

Mes phases d’évolution personnelle sont précédées de phases émotionnellement très puissantes.

Dans ces moments là, je perds toute vitalité, toute envie. Je ne vois plus le sens de rien. Tout pourrait s’arrêter là. Je n’ai plus le goût des choses et j’aimerai qu’on me laisse dériver.
Ma souffrance intérieure est telle que je perds pied avec la réalité. Je suis là et ailleurs. Dans tout et dans rien. J’avance en plein brouillard.
C’est déstabilisant pour moi et mon entourage.

C’est comme une petite mort, un deuil. La séparation de mon ancienne enveloppe et la création de ma nouvelle. C’est comme venir au monde, avec tout ce que ça comporte de violence, d’incompréhension. C’est un véritable dépouillement, une perte totale de repères.

Je sais que je vais revenir, que je vais refaire surface. C’est sûrement ce qui me tient debout.
Cela reste perturbant. Je ne sais souvent pas comment l’expliquer à mes proches et je les sens souvent désarmes face à ma détresse.

Dans ces moments là, il faudrait pouvoir s’évader et en même temps, je préfère rester proche de la vie. Car c’est elle qui me nourrit, me donne l’élan, même si tout en moi n’est que désespération.

Ces phases “down”, le problème, c’est que je ne les vois pas venir. Je me prends la vague de plein fouet. Et je rate quinze marches d’un coup. Ce n’est qu’avec le recul que je perçois mieux les choses. Et alors me revient la citation chouchou de mon amie Laurie:

L’ombre a tant été aimée qu’elle en est devenue clarté

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Face à ce qui nous dépasse…

Crédit Pixabay

De fil en aiguilles, mes pensées m’amènent là, près de toi. Toi, une fois, deux fois, mille fois. Combien sont-ils, comme moi, à tenter de mettre des mots sur l’inéluctable?

Des longues heures d’attente au verdict. Sous un carré de terre, voilà où je viens te parler depuis 33 ans. De là que je te confie tout, des plus beaux matins aux plus sombres tourments. La vie a basculé doucement. Elle continue sans toi depuis tout ce temps.

Des fils un peu partout pour te maintenir en vie. Quelques jours à peine. Vingt cinq ans plus tard, quelques jours pour quitter le monde. Ta délivrance. Finis la souffrance dans un corps pris en otage. Tu n’avais connu que les centres fermés, ce monde si fragile des enfants qu’on cache par peur d’un peu trop les aimer.

La mort, c’est pour ceux qui restent que c’est le plus terrible. C’est pour ceux qui auraient voulu dire au revoir, ceux pour qui les mots restent suspendus dans une absence insoutenable.

Aucun vie ne se ressemble. Aucun souffle n’est identique. Le tien avait des allures de jeune fille. Un souffle comme le vent dans les arbres. Tu avais cette grâce, celle d’une jupe qui se soulève dans la douceur d’un matin d’été. En un souffle, le cœur qui lâche et l’horreur d’une nouvelle comme un coup de poing.

Tout le monde gardait le silence. C’est vrai que c’était étrange, ton absence, surtout pour cette occasion. Ça faisait, quoi, quinze ans, tout au plus. On avait quinze ans à nouveau quand elle m’a raconté l’accident. Envolée notre adolescence dans les tourments du temps. Tu n’auras jamais mon âge et tu ne verras jamais ton fils devenir grand. C’est toujours très perturbant la plaque au cimetière. La marée a depuis effacé ton visage, nos émois et nos rires.

Je continue de disséquer les émotions de tous ces “presque” abandons, ces matins qui ne ressemblent à aucun autre, ces matins “sans”. Je continue d’égrainer les souvenirs. On ne s’habitue pas, c’est faux. On vit juste avec et on tente de vivre bien, de vivre mieux, de vivre plus fort. Et on se plante aussi, une fois la claque passée. 

Une autre vie. Plus libre. Plus respectueuse de tes idéaux. Je te revois, là, le corps affaibli, sur ton lit de camp, au milieu d’un monde qui ne te ressemblait pas. Là, nous avons eu le temps, de nous re-connaître, le temps d’envoyer chier tous ceux qui disaient que tu ne tiendrais pas. Tu as tenu, un peu plus, juste ce temps pour pouvoir se dire les choses. Un rayon de soleil au dessus des mots-croisés. Chaque jour de passé c’était comme un défi relevé. Et le pardon aussi…

Torturée. Ce sont les mots du journal. Tu sortais du travail. Quelques secondes à peine et le grand trou noir. Ton sourire s’est évanoui. La dernière image de toi, nos pas de danse à minuit moins le quart. Une marche silencieuse pour faire face à l’horreur de ta disparition.

La mort n’a pas d’égard, elle vient vous cueillir, souvent sans crier gare. Un coup franc. Pas de trace d’infraction. Je me suis toujours demandée où on puisait la force pour surmonter les plus grands drames, est-ce qu’il n’y avait pas quelque part quelque chose de plus grand que tout ce qui nous dépasse. 

Rien ne nous prépare à la fin et pourtant nous savons qu’elle viendra. Je crois que l’essentiel est de se dire les choses, toutes les choses, avant que les lumières  ne s’éteignent, ne jamais – pour une fois – reporter à demain les sentiments. Et vivre surtout, intensément, passionnément chaque jour.

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L’épreuve de force #5

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L’oniromancie nous prédisait pourtant un avenir lumineux. Le rêve était magique, ton prénom d’or, nos destinées sacrées. Des foutaises mais qui m’ont maintenue en vie, tant que toi tu respirais encore. Ce n’était qu’un passage à vide, un de plus sur la longue liste des jours creux.

Rien ne sert de se s’épuiser en palabres. Rien ne sert à rien de toute manière. Puisque tu es parti. Un matin de juin, sans moi. Un matin ensoleillé, j’avais opté pour un peu de marche, histoire de profiter du calme de la ville. Un matin ordinaire dans une vie qui ne l’était plus depuis longtemps. J’avais croisé la misère, en descendant les marches qui menaient à l’hôpital et j’avais hâte de retrouver ton sourire, dans tes yeux. Tu ne parlais plus beaucoup. Fini les grandes conversations sur la vie, la mort, sur ce qu’il reste quand tout a été écrit, dit, chanté. Fini le temps où tu pouvais encore te lever pour esquisser avec moi quelques pas de danse sur le lino blanc, avant une séance de chimiothérapie qui allait t’esquinter. Tout ça n’aura servi qu’à t’abîmer un peu plus chaque jour. Si j’avais su, j’aurai fait tomber le mur froid et professionnel de tous ces soit-disant savants, qui ont pu mené à bien leurs tests et essais, sans se soucier de nous.

Je suis triste alors je dis n’importe quoi. Sans eux, nous n’aurions jamais espéré, j’aurai coulé depuis longtemps, je n’aurais pas pu te tenir la main, jusqu’au bout. J’ai choisi, en mon âme et conscience, ce rêve chimérique, pour ne pas voir la réalité en face. Elle était trop cruelle. Elle ne cessera jamais de l’être…

Ce texte est ma participations à l’atelier d’Olivia. Les mots étaient: liste, palabres, misère, mur, oniromancie, danse, chimérique

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L’épreuve de force #2

Nul repos possible. Les années passent et ton absence pèse toujours aussi lourd. Ils sont nombreux à me dire de tourner la page. Je les laisse parler, je laisse leurs beaux discours, qui se veulent amicaux, couler. La rivière de mes larmes les engloutit. Ce n’était pas qu’un sale virus cette putain de maladie, pas un truc qu’on dégage avec des berlingots de Javel. Oui je suis grossière, tu n’aimais pas, je ne disais plus ces mots là. Aucun effort n’était de trop pour toi.

On se prépare à perdre ses parents, jamais son enfant. Même si les brillants chercheurs des instituts, les pontes de la chirurgie, les meilleurs professeurs ne se montraient pas confiants, je gardais l’espoir, d’un miracle sûrement, que quelqu’un m’entendrait, que quelqu’un viendrait nous sortir de là. Les urgences divines devaient être bien engorgées. Personne n’est venu.

Nous n’étions que tous les deux, toi et ton corps à la pâleur marmoréenne, ta peau, ses aspérités, moi et mes frusques bohèmes, histoire de redonner des couleurs aux murs blancs cassés de l’hôpital. Je chantais des chansons ridicules pour te voir sourire, je faisais le clown, je donnais tout pour que la mort se tienne à distance.

Je quittais toujours ta chambre, la peur au ventre, terrifiée à l’idée de te voir pour la dernière fois. Je traversais le jardin, me laissais charmer par la douceur vernale. Il y aurait d’autres matins. Je n’ai jamais cessé d’y croire.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: berlingot-repos-engorger-rivière-virus-bohème-marmoréen-aspérité-vernal. Vous retrouverez le premier texte ici

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L’épreuve de force

La rentrée, l’épreuve de force, depuis ton départ.

L’avenue est peuplée de rires d’enfants, qui circulent avec leurs cartables trop grands pour eux. Les parents, dans leurs pensées, semblent explorer les recoins d’un vieux rêve, celui de l’été, de la plage désormais abandonnée aux retraités. Les yeux des petits sont encore pleins d’aventures, de campagne, de crèmes glacées au chocolat, de “pirouette cacahouète”, de chants d’oiseaux au réveil.

J’ai croisé les voisins en descendant. Ils savent qu’il ne faut rien dire. Pas aujourd’hui. Odette m’a prise dans ses bras. J’ai trouvé un peu de chaleur dans son étreinte. Il n’y a qu’elle qui est capable de ça.

Depuis cinq ans, je survis. Comme une noisette abandonnée sur le bord de la route, un reste de saison. Au mieux, on m’ignore. Au pire, on me pose des questions. On me dit résignée. Je les laisse parler.

Qui peut comprendre? Qui peut savoir tout ce désespoir? Ta main dans la mienne dans cette clinique, place de la République. Ton petit corps supplicié. Ton visage écarlate. Les tuyaux partout. Et l’inéluctable au bout d’une aiguille.

Je ne cesserai jamais de t’aimer. Tu ne cesseras jamais de me manquer.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: noisette – avenue – voisins – république – rentrée – aimer – résignation – explorer – aventure

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Sexe, Religion, Mort & Rock’n’roll

Copyright © Ornella Petit

Rock’n’roll c’est pour le style. Quoi que je me souviens d’une collègue qui me disait tout le temps, j’aime ton côté Rock décalé, avec ton blouson en cuir et ton foulard en soie!

Pour détendre l’atmosphère. Vous avez vu le titre, vous avez ouvert une fenêtre. En vous attendant à quoi? Est-ce que ces mots vous ont inspirés, attirés, faits peur?

Ces trois mots me résument assez bien. Il faut très bien me connaître pour le savoir ou alors avoir une intuition et/ou une sensibilité très développées.

Je me suis souvent demandé quel était le point commun de ces trois thèmes majeurs de mon existence. Et hier soir j’ai eu une révélation! Ce qui m’attire c’est le mystère, le sacré, l’énigmatique, les origines, la fin, l’au-delà, le sublime…

Tout (ou presque) de ce qui n’a pas de consistance physique, qui ne peut être touché qu’en se détachant de la matière. D’où mon manque d’ancrage flagrant parfois. Et mon attrait pour la poésie qui permet de soulager mes vertiges, de partager ce qui ne se dit pas toujours avec aisance.

En y réfléchissant, je me suis aussi rendue compte que ces trois sujets étaient  “tabou” dans notre société actuelle. Encore. On n’en parle pas. Et si on en parle, on le fait à demi mots. On les survole comme si on pouvait les éviter. Alors même qu’ils sont l’essence de ce que nous sommes. Certains diront “non” pour Religion. Quand je parle Religion, j’entends Histoire, Spiritualité, Art, Civilisations, Identité, Dialogue.

Quand je parle Mort, je pense Vie, Fin, Début, Existence, Complétude, Cycle.

Quand je parle Sexe, je dis Fusion, Abandon, Absolu, Nature, Vérité, Volupté, Sensualité, Sacré, Divin.

Je ne sais pas vivre les choses à moitié. Je suis davantage dans la passion que la raison. Je ne saisis pas tout, loin de là, mais je continue à chercher et à me découvrir.

Il y a eu une / des époques pendant lesquelles j’ai passé plus de temps à me sentir coupable de mes centres d’intérêt qu’à vivre selon mes aspirations. C’est vrai aujourd’hui ce qui a le vent en poupe c’est le Féminisme, l’Écologie, les Médecines Douces, le Feel Good…

Toutefois aujourd’hui, j’apprends à accueillir toutes les facettes de ma personnalité. Et si cela peut en choquer certains, c’est peut-être qu’il y a matière à aller plus loin…

Et vous, qu’est-ce qui vous passionne? Qu’est-ce qui vous attire – vous motive? Quel est ce sujet sur lequel vous pourriez échanger pendant des heures?

 

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Il est l’heure de pardonner…

Crédit Pixabay

A chaque respiration, elle s’en va. Elle sent la fin arriver. Elle compte les pas avant le dernier saut. Elle respire mal d’ailleurs. Elle sent son sang manquer de vie. Elle s’achemine vers la fin de la sienne. Seule.

C’est bien ça, elle est seule. Le vide s’est fait autour d’elle. Au fil des années. Au fil des mots blessants qu’elle a  prononcé. Au gré de ses départs sans retour en arrière possible. Au volant de ses idées incompatibles avec la notion même d’amitié.

Elle part. Elle est triste puis elle est dure. Elle laisse planer le doute. Elle fait mal. Elle brise à l’intérieur. Et donne le change à l’extérieur. Elle méprise et supplie presque. Elle largue des bombes à intervalles irréguliers. Elle s’intéresse si le conflit est sous-jacent. Sinon elle laisse couler. Pas assez intéressant.

Elle nous voyait puis elle nous voit moins. Elle ne se pose pas de questions. Nous passons forcément pour la jeunesse sans reconnaissance. Qui ne retient rien. Quand on la voit, elle s’énerve vite. Tout ne va pas au juste rythme. Les enfants crient et font du bruit. Nous aussi. Un peu trop. C’est usant.

Elle nous tient à l’écart. Puis elle veut nous voir, craignant que ça ne soit la dernière fois. Comment voit-elle la mort? Quelle allure a t-elle? Celle d’un linceul noir ou bien d’un ange blanc? Comment vit-elle ces heures qui la rapprochent de l’éternité?

***

Elle ne sait plus. Elle voudrait que tant de choses soient différentes. Elle aurait voulu une vraie mère qu’on accompagne dans ses dernières heures douloureuses. Elle aurait voulu de la tendresse. Pouvoir prendre soin d’elle.

Elle ne fait que son devoir de fille. Elle s’occupe de l’intendance, les visites médicales, les courses. Puis s’enfuit. Trop de mépris. Trop de maux qu’elle trimballe. Toute une vie. Du gâchis.

Elle voudrait pouvoir faire plus. Mais face à la méchanceté, son amour ne fait pas le poids. Elle pleure ce qui n’a jamais été. Elle pleure l’enfance blessée. Elle pleure le rien, tout ce qu’elle n’aura pas eu, tout ce qu’elle n’aura pas connu.

Elle espère. Peut-être. Elle sait que non. Mais elle espère. Un regard en arrière. Un pardon. Des regrets. Pouvoir dire aurevoir. Juste ça. Elle attend un “je t’aime” qui ne viendra pas.

***

Je suis actrice et spectatrice. Je suis l’enfant et la petite fille. Je suis d’un côté, forcément. Celui de l’amour. Bien évidemment. J’écoute. Ma mère. Je sais le poids de tout, du présent et du passé. De l’avenir. J’imagine.

Je ne saurai jamais qui elle était, pourquoi elle a tant détesté ma mère, pourquoi elle m’a tant utilisée sous couvert d’un amour débordant, pourquoi elle n’a jamais regardé ma sœur, pourquoi elle n’a jamais aimé mon père, pourquoi elle a toujours cherché à nous diviser.

Je me dis qu’aujourd’hui, pour moi, il est temps de pardonner. Pour que ma grand-mère parte en paix. Pour que je reste en paix. Les questions n’ont pas de réponse. Le mystère reste entier.

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Cette douleur à l’intérieur de moi

Crédit Pixabay

C’est arrivé comme ça.

Depuis j’ai mal, à l’intérieur de moi. Est-ce lié ? Je ne sais pas. Pourtant je crois aux maux qui ne peuvent s’exprimer et s’impriment dans le corps.

Devant le message, j’ai mis du temps, enfin mon esprit a mis du temps à intégrer tous les paramètres des quelques mots posés sur l’écran.

J’ai regardé dans le vide et les larmes sont arrivées. Je ne sais pas pourquoi j’ai pleuré. Ni pourquoi je me suis sentie submergée par cette vague de chagrin. Juste là, au milieu de ma cuisine.

Les mots étaient simples. Des lettres et des chiffres. Le choc.

Et puis les jours d’après. Et l’au revoir. Est-ce que mon esprit a choisi de nier cette réalité ? Et mon corps a pris le relai ?

Qu’est-ce que je n’arrive pas à libérer ?

Qu’est-ce que ce départ me fait réellement ? Est-ce ma peine ou celle des autres qui me traumatise autant ?

Je ne vois que son sourire. Mais son sourire n’est plus. Ou juste sur les photos.

Elle est partie pour de bon. Elle a emmené ses 33 printemps avec elle. Je crois que je n’arrive pas à réaliser.

Peut-être que j’ai peur d’oublier. De l’oublier. D’oublier combien il est essentiel de vivre, là, maintenant. Et oublier ce serait presque comme une deuxième mort.

Depuis, je me sens loin de tant de choses. Et si proche de tant de choses.

C’est comme si les douleurs anesthésiaient mon esprit. Je ne pense plus. Je ne pense qu’à gérer la douleur. C’est presque pratique.

Mais ça ne peut pas durer. Je ne veux pas que ça dure. Je dois accepter. Accepter qu’elle est partie pour de bon, que je ne demanderais plus de ses nouvelles. Accepter le traumatisme de ses proches. Accepter que rien ne sera plus pareil. Accepter que son souvenir flottera toujours avec un gout d’inachevé entre nous. Accepter que la vie puisse s’arrêter d’un coup. Accepter que je puisse perdre demain les gens que j’aime. Le savoir. Ou pas. Accepter que la vie continue. Accepter d’être heureux malgré les injustices.

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L’ultime au revoir

Le cahot soudain de la voiture sur la route de campagne la réveilla. Elle se frotta les yeux, pencha son nez sur son doudou « phlegmon », respira son odeur sucrée.  Puis rassurée par la présence de visages familiers, sombra de nouveau dans le sommeil, un sourire angélique au bord des lèvres.

A l’heure où les brins de muguet – excellent cru d’après les spécialistes – fleurissaient un peu partout, dispersant leurs vœux de bonheur aux quatre vents, l’atmosphère dans l’habitacle exigu était au recueillement. Chacun sentait son cœur, malaxé comme de l’argile, se tordre au moindre souvenir d’elle. La mère. L’enfant. L’épouse.

L’amie aussi.  

L’élan de solidarité dont tous avaient fait preuve avait quelque peu apaisé cet ultime rendez-vous. Tous avaient bravé les bouchons d’un weekend férié pour un dernier hommage, plein de larmes et d’amour.

L’enfant dans les bras de son père ne comprenait pas. Les fleurs, le cercueil, la musique, les images, les yeux humides, les visages graves. Sa grâce et son enthousiasme, comme autant d’espérance non contenue, venaient défier l’évidence de ce qui était et ne serait plus.

Ce texte est ma participation au rendez-vous d’Olivia. Les mots imposés étaient: excellent – férié – présence – solidarité – argile – muguet – cahot – espérance – phlegmon – évidence.

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N’attendons jamais qu’il soit trop tard…

L’annonce a fait trembler les murs. Les fondations que l’on croyait solides se sont effondrées. Parfois la vie dure plus de quatre-vingt-dix années. Parfois elle s’achève à la manière d’un éclair, d’une ampoule qui éclate. Le cœur arrête de battre.

Certains ont besoin de temps pour poser les mots. Ce sont les mots qui me délivrent du risque de me briser. Si je les laisse filer, alors la nuit s’installe, le chaos menace.

Au bout du fil, le chagrin est palpable, il coule sur l’enfance. Les souvenirs égrainent des images, d’une petite fille aux cheveux longs, un sourire espiègle, des épisodes de vie, nos rires. Et puis le tumulte des larmes qui cognent contre les parois du jour naissant. L’enfance s’est évanouit, son cœur s’est rompu. La jeune femme dort, paisible, dans un présent où elle n’est plus.

Au bout du fil, le néant, le vide incommensurable de ceux qui perdent un enfant. Une sœur, une femme, une maman. Une amie. D’aujourd’hui ou d’hier. Tant de questions, tant d’incompréhension. Le silence face au pire, à la fin abrupte d’une vie. Sans retour en arrière possible. Tout ce qui n’aura pas été fait, tout ce qui n’aura pas été dit. Tous ces mots d’amour en suspend dans un ciel aux allures d’apocalypse. Trop tard.

N’attendez jamais qu’il soit trop tard. Dites, dites vous tout. Écrivez les mots. Dansez les, chantez les si c’est plus facile pour vous. Pardonnez et ne remettez pas à plus tard. Oubliez ce qui n’a pas d’importance. Entourez vous de ceux qui comptent, respirez-les. Posez des actes, exprimez vos sentiments. N’attendez plus qu’il soit trop tard…

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Notre Dame panse ses plaies et le Monde se meurt…

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Elle se tient, là, dans le noir, à l’abri de trop de regards. Un périmètre de sécurité l’encadre. Affaiblie, certes, mais debout. Entourée de tant de prières et d’amour. On dirait qu’elle se tait pour panser ses plaies.

J’ai regardé comme beaucoup le journal de vingt heures ce soir là. Et je me suis sentie insensible au possible, à des années lumières de ce que tous exprimaient, de peine, de chagrin. Tout est éphémère, c’est peut-être la seule certitude que je détiens dans cette vie.

En la voyant, hier, j’ai mieux compris ma réaction. Notre Dame, consumée par le feu ne mourrait pas sous nos yeux. Elle se faisait dévorée par les flammes certes mais elle restait solide, ancrée. Elle verrait demain, différente. Elle renaitrait de ses cendres. Parce que le monde est ainsi fait que le matériel se refait, qu’on reconstruit. Même sur rien. Elle serait le symbole d’une nouvelle ère, riche de son passé, pleine de son avenir.

Alors que la vie de l’homme, détruite, devient poussière. Personne ne peut redonner vie à la mort. La mort est la fin et le début d’autre chose. C’est avant tout le vide, dans cette vie au moins. Personne ne viendra redonner le souffle à celui qui n’en a plus. Personne ne pourra apaiser la peine de ceux qui reste. Il n’y a pas de commission d’état, de lever de bouclier pour le commun des mortels.  Juste le néant qui suit l’agonie. On ne répare pas les morts à coups de millions d’euros.

Alors non, je ne suis pas insensible. Je suis heureuse que le monde se mobilise pour redonner vie à Notre Dame. J’aimerai juste qu’il se mobilise avec autant de vivacité et d’authenticité pour tous les drames qui touchent chaque jour des êtres vivants dans toute la planète, qu’ils défendent les droits des hommes comme ils défendent ceux de la nature, de l’environnement, des animaux, qu’ils se dressent contre le totalitarisme, l’abject, la folie.

Sans les hommes, le monde n’existe plus…

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Comme autrefois

Il regarde devant lui, en contrebas les maisons, petits points de poussière colorés, se détachent sur l’horizon. Il apprécie le silence de cet endroit, repère de bergers qui jadis venaient faire paître leurs troupeaux – en reste-t-il de ces hommes-là, alertes et aptes à travailler de longues heures, gestes précis et corps plongé dans une contemplation quasi monastique ?

Il savoure la quiétude de ce lieu comme oublié du temps, les yeux vissés sur l’ubac*. Son cœur bat la chamade, cette mélodie cruelle qui lui rappelle pourquoi il se trouve là, aujourd’hui, pourquoi il a parcouru tant de kilomètres en une nuit. Nuit d’orage et routes glissantes. Le fracas de la ville puis le froid de la campagne déserte. Au petit matin, un feu l’attendait dans la salle commune de la maison. Comme autrefois.

Le chien avait aboyé. Hurlé à la mort plutôt, réveillant le village, alertant les alentours. Un départ sans retour. Aussi simple que cela. La mort, on en fait tout un plat. Et puis elle débarque, c’est l’heure d’éteindre les lumières, d’égrener les regrets, de regarder la vie s’esquiver sans un mot, sans même un aurevoir.

Le téléphone avait sonné. Hurlé la fin dans le grand appartement du 5e étage. Instant gravé dans le marbre des dalles du hall d’entrée. Il avait décroché, inquiet, impatient. La nouvelle telle une onde s’était faufilée entre les interstices de ses pensées et c’est avec une fluidité quasi surnaturelle qu’il s’était habillé, puis dirigé vers sa voiture.

Pas le temps de réfléchir. L’urgence. La gérer. Et puis après aviser.

Il se tient toujours là, à flanc de montagne, incertain des maux qui le travaillent. Il ne sait rien de la fin de ceux que l’on aime. Alors il se tait et respire la chaleur de la terre. Sa terre.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots à insérer dans le texte étaient les suivants: ubac – fluidité – aboyer – berger – geste – feu – poussière – onde – retour – éteindre – chamade.

* Aucune certitude sur la bonne utilisation du mot “ubac”…

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Tous ces mots écrits

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Je les écris tous les jours. Les jours de doute. Et les jours de joie. Je noircis des pages d’eux. Des pages que je partage et d’autres qui n’existent que pour mon regard. Un souvenir se grave. Chaque regard, chaque sourire, chaque échange, chaque miracle. Je les regarde vivre, aimer, faire vibrer la corde sensible de mes sentiments. Si imprégnés d’eux. Ils sont mon refuge, mon rivage, ma terre ferme.

Je les ai écris, ceux qui ne sont plus. Des mots lus pour un dernier au revoir – des mots qui m’arrachent encore quelques larmes, celles des adieux auxquels on ne s’était pas préparé.

Je l’ai écrit, lui,  petit ange qui se pose sur le monde, mon monde, qui s’envole et vole au dessus des nuages, libéré de ces maux qui marquent au fer rouge.

J’ai écrit le premier amour. Pour accepter la séparation. Pour le laisser partir. Écrire pour guérir. J’ai écrit les suivants, sentiments platoniques, vérités tragiques. Pour ne pas oublier.

Alors toi aussi il fallait que je t’écrive, que je te donne vie dans une histoire qui porterait ton prénom. Il y aurait les vacances, nos souvenirs de gosses, la mer, les prémices de l’amour, la liberté de ces deux mois d’été. Puis il y aurait la fin – purement inventée. Tout comme les personnages et le deuil. Il n’y aurait que ton prénom et cette place au cimetière sur laquelle je m’arrête à chaque fois que j’y passe. Juste là, là où nos souvenirs communs convergent. Une histoire pour exorciser les démons. Et faire taire les fantômes de la nuit qui jouent avec les émotions de ceux qui restent.

Alors j’aurai presque fait le tour des mots écrits…

Sur les hommes de ma vie.