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Une petite mort

Mes phases d’évolution personnelle sont précédées de phases émotionnellement très puissantes.

Dans ces moments là, je perds toute vitalité, toute envie. Je ne vois plus le sens de rien. Tout pourrait s’arrêter là. Je n’ai plus le goût des choses et j’aimerai qu’on me laisse dériver.
Ma souffrance intérieure est telle que je perds pied avec la réalité. Je suis là et ailleurs. Dans tout et dans rien. J’avance en plein brouillard.
C’est déstabilisant pour moi et mon entourage.

C’est comme une petite mort, un deuil. La séparation de mon ancienne enveloppe et la création de ma nouvelle. C’est comme venir au monde, avec tout ce que ça comporte de violence, d’incompréhension. C’est un véritable dépouillement, une perte totale de repères.

Je sais que je vais revenir, que je vais refaire surface. C’est sûrement ce qui me tient debout.
Cela reste perturbant. Je ne sais souvent pas comment l’expliquer à mes proches et je les sens souvent désarmes face à ma détresse.

Dans ces moments là, il faudrait pouvoir s’évader et en même temps, je préfère rester proche de la vie. Car c’est elle qui me nourrit, me donne l’élan, même si tout en moi n’est que désespération.

Ces phases “down”, le problème, c’est que je ne les vois pas venir. Je me prends la vague de plein fouet. Et je rate quinze marches d’un coup. Ce n’est qu’avec le recul que je perçois mieux les choses. Et alors me revient la citation chouchou de mon amie Laurie:

L’ombre a tant été aimée qu’elle en est devenue clarté

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Face à ce qui nous dépasse…

Crédit Pixabay

De fil en aiguilles, mes pensées m’amènent là, près de toi. Toi, une fois, deux fois, mille fois. Combien sont-ils, comme moi, à tenter de mettre des mots sur l’inéluctable?

Des longues heures d’attente au verdict. Sous un carré de terre, voilà où je viens te parler depuis 33 ans. De là que je te confie tout, des plus beaux matins aux plus sombres tourments. La vie a basculé doucement. Elle continue sans toi depuis tout ce temps.

Des fils un peu partout pour te maintenir en vie. Quelques jours à peine. Vingt cinq ans plus tard, quelques jours pour quitter le monde. Ta délivrance. Finis la souffrance dans un corps pris en otage. Tu n’avais connu que les centres fermés, ce monde si fragile des enfants qu’on cache par peur d’un peu trop les aimer.

La mort, c’est pour ceux qui restent que c’est le plus terrible. C’est pour ceux qui auraient voulu dire au revoir, ceux pour qui les mots restent suspendus dans une absence insoutenable.

Aucun vie ne se ressemble. Aucun souffle n’est identique. Le tien avait des allures de jeune fille. Un souffle comme le vent dans les arbres. Tu avais cette grâce, celle d’une jupe qui se soulève dans la douceur d’un matin d’été. En un souffle, le cœur qui lâche et l’horreur d’une nouvelle comme un coup de poing.

Tout le monde gardait le silence. C’est vrai que c’était étrange, ton absence, surtout pour cette occasion. Ça faisait, quoi, quinze ans, tout au plus. On avait quinze ans à nouveau quand elle m’a raconté l’accident. Envolée notre adolescence dans les tourments du temps. Tu n’auras jamais mon âge et tu ne verras jamais ton fils devenir grand. C’est toujours très perturbant la plaque au cimetière. La marée a depuis effacé ton visage, nos émois et nos rires.

Je continue de disséquer les émotions de tous ces “presque” abandons, ces matins qui ne ressemblent à aucun autre, ces matins “sans”. Je continue d’égrainer les souvenirs. On ne s’habitue pas, c’est faux. On vit juste avec et on tente de vivre bien, de vivre mieux, de vivre plus fort. Et on se plante aussi, une fois la claque passée. 

Une autre vie. Plus libre. Plus respectueuse de tes idéaux. Je te revois, là, le corps affaibli, sur ton lit de camp, au milieu d’un monde qui ne te ressemblait pas. Là, nous avons eu le temps, de nous re-connaître, le temps d’envoyer chier tous ceux qui disaient que tu ne tiendrais pas. Tu as tenu, un peu plus, juste ce temps pour pouvoir se dire les choses. Un rayon de soleil au dessus des mots-croisés. Chaque jour de passé c’était comme un défi relevé. Et le pardon aussi…

Torturée. Ce sont les mots du journal. Tu sortais du travail. Quelques secondes à peine et le grand trou noir. Ton sourire s’est évanoui. La dernière image de toi, nos pas de danse à minuit moins le quart. Une marche silencieuse pour faire face à l’horreur de ta disparition.

La mort n’a pas d’égard, elle vient vous cueillir, souvent sans crier gare. Un coup franc. Pas de trace d’infraction. Je me suis toujours demandée où on puisait la force pour surmonter les plus grands drames, est-ce qu’il n’y avait pas quelque part quelque chose de plus grand que tout ce qui nous dépasse. 

Rien ne nous prépare à la fin et pourtant nous savons qu’elle viendra. Je crois que l’essentiel est de se dire les choses, toutes les choses, avant que les lumières  ne s’éteignent, ne jamais – pour une fois – reporter à demain les sentiments. Et vivre surtout, intensément, passionnément chaque jour.

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L’épreuve de force #5

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L’oniromancie nous prédisait pourtant un avenir lumineux. Le rêve était magique, ton prénom d’or, nos destinées sacrées. Des foutaises mais qui m’ont maintenue en vie, tant que toi tu respirais encore. Ce n’était qu’un passage à vide, un de plus sur la longue liste des jours creux.

Rien ne sert de se s’épuiser en palabres. Rien ne sert à rien de toute manière. Puisque tu es parti. Un matin de juin, sans moi. Un matin ensoleillé, j’avais opté pour un peu de marche, histoire de profiter du calme de la ville. Un matin ordinaire dans une vie qui ne l’était plus depuis longtemps. J’avais croisé la misère, en descendant les marches qui menaient à l’hôpital et j’avais hâte de retrouver ton sourire, dans tes yeux. Tu ne parlais plus beaucoup. Fini les grandes conversations sur la vie, la mort, sur ce qu’il reste quand tout a été écrit, dit, chanté. Fini le temps où tu pouvais encore te lever pour esquisser avec moi quelques pas de danse sur le lino blanc, avant une séance de chimiothérapie qui allait t’esquinter. Tout ça n’aura servi qu’à t’abîmer un peu plus chaque jour. Si j’avais su, j’aurai fait tomber le mur froid et professionnel de tous ces soit-disant savants, qui ont pu mené à bien leurs tests et essais, sans se soucier de nous.

Je suis triste alors je dis n’importe quoi. Sans eux, nous n’aurions jamais espéré, j’aurai coulé depuis longtemps, je n’aurais pas pu te tenir la main, jusqu’au bout. J’ai choisi, en mon âme et conscience, ce rêve chimérique, pour ne pas voir la réalité en face. Elle était trop cruelle. Elle ne cessera jamais de l’être…

Ce texte est ma participations à l’atelier d’Olivia. Les mots étaient: liste, palabres, misère, mur, oniromancie, danse, chimérique

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L’épreuve de force #2

Nul repos possible. Les années passent et ton absence pèse toujours aussi lourd. Ils sont nombreux à me dire de tourner la page. Je les laisse parler, je laisse leurs beaux discours, qui se veulent amicaux, couler. La rivière de mes larmes les engloutit. Ce n’était pas qu’un sale virus cette putain de maladie, pas un truc qu’on dégage avec des berlingots de Javel. Oui je suis grossière, tu n’aimais pas, je ne disais plus ces mots là. Aucun effort n’était de trop pour toi.

On se prépare à perdre ses parents, jamais son enfant. Même si les brillants chercheurs des instituts, les pontes de la chirurgie, les meilleurs professeurs ne se montraient pas confiants, je gardais l’espoir, d’un miracle sûrement, que quelqu’un m’entendrait, que quelqu’un viendrait nous sortir de là. Les urgences divines devaient être bien engorgées. Personne n’est venu.

Nous n’étions que tous les deux, toi et ton corps à la pâleur marmoréenne, ta peau, ses aspérités, moi et mes frusques bohèmes, histoire de redonner des couleurs aux murs blancs cassés de l’hôpital. Je chantais des chansons ridicules pour te voir sourire, je faisais le clown, je donnais tout pour que la mort se tienne à distance.

Je quittais toujours ta chambre, la peur au ventre, terrifiée à l’idée de te voir pour la dernière fois. Je traversais le jardin, me laissais charmer par la douceur vernale. Il y aurait d’autres matins. Je n’ai jamais cessé d’y croire.

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: berlingot-repos-engorger-rivière-virus-bohème-marmoréen-aspérité-vernal. Vous retrouverez le premier texte ici

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L’épreuve de force

La rentrée, l’épreuve de force, depuis ton départ.

L’avenue est peuplée de rires d’enfants, qui circulent avec leurs cartables trop grands pour eux. Les parents, dans leurs pensées, semblent explorer les recoins d’un vieux rêve, celui de l’été, de la plage désormais abandonnée aux retraités. Les yeux des petits sont encore pleins d’aventures, de campagne, de crèmes glacées au chocolat, de “pirouette cacahouète”, de chants d’oiseaux au réveil.

J’ai croisé les voisins en descendant. Ils savent qu’il ne faut rien dire. Pas aujourd’hui. Odette m’a prise dans ses bras. J’ai trouvé un peu de chaleur dans son étreinte. Il n’y a qu’elle qui est capable de ça.

Depuis cinq ans, je survis. Comme une noisette abandonnée sur le bord de la route, un reste de saison. Au mieux, on m’ignore. Au pire, on me pose des questions. On me dit résignée. Je les laisse parler.

Qui peut comprendre? Qui peut savoir tout ce désespoir? Ta main dans la mienne dans cette clinique, place de la République. Ton petit corps supplicié. Ton visage écarlate. Les tuyaux partout. Et l’inéluctable au bout d’une aiguille.

Je ne cesserai jamais de t’aimer. Tu ne cesseras jamais de me manquer.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots imposés étaient: noisette – avenue – voisins – république – rentrée – aimer – résignation – explorer – aventure

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Sexe, Religion, Mort & Rock’n’roll

Copyright © Ornella Petit

Rock’n’roll c’est pour le style. Quoi que je me souviens d’une collègue qui me disait tout le temps, j’aime ton côté Rock décalé, avec ton blouson en cuir et ton foulard en soie!

Pour détendre l’atmosphère. Vous avez vu le titre, vous avez ouvert une fenêtre. En vous attendant à quoi? Est-ce que ces mots vous ont inspirés, attirés, faits peur?

Ces trois mots me résument assez bien. Il faut très bien me connaître pour le savoir ou alors avoir une intuition et/ou une sensibilité très développées.

Je me suis souvent demandé quel était le point commun de ces trois thèmes majeurs de mon existence. Et hier soir j’ai eu une révélation! Ce qui m’attire c’est le mystère, le sacré, l’énigmatique, les origines, la fin, l’au-delà, le sublime…

Tout (ou presque) de ce qui n’a pas de consistance physique, qui ne peut être touché qu’en se détachant de la matière. D’où mon manque d’ancrage flagrant parfois. Et mon attrait pour la poésie qui permet de soulager mes vertiges, de partager ce qui ne se dit pas toujours avec aisance.

En y réfléchissant, je me suis aussi rendue compte que ces trois sujets étaient  “tabou” dans notre société actuelle. Encore. On n’en parle pas. Et si on en parle, on le fait à demi mots. On les survole comme si on pouvait les éviter. Alors même qu’ils sont l’essence de ce que nous sommes. Certains diront “non” pour Religion. Quand je parle Religion, j’entends Histoire, Spiritualité, Art, Civilisations, Identité, Dialogue.

Quand je parle Mort, je pense Vie, Fin, Début, Existence, Complétude, Cycle.

Quand je parle Sexe, je dis Fusion, Abandon, Absolu, Nature, Vérité, Volupté, Sensualité, Sacré, Divin.

Je ne sais pas vivre les choses à moitié. Je suis davantage dans la passion que la raison. Je ne saisis pas tout, loin de là, mais je continue à chercher et à me découvrir.

Il y a eu une / des époques pendant lesquelles j’ai passé plus de temps à me sentir coupable de mes centres d’intérêt qu’à vivre selon mes aspirations. C’est vrai aujourd’hui ce qui a le vent en poupe c’est le Féminisme, l’Écologie, les Médecines Douces, le Feel Good…

Toutefois aujourd’hui, j’apprends à accueillir toutes les facettes de ma personnalité. Et si cela peut en choquer certains, c’est peut-être qu’il y a matière à aller plus loin…

Et vous, qu’est-ce qui vous passionne? Qu’est-ce qui vous attire – vous motive? Quel est ce sujet sur lequel vous pourriez échanger pendant des heures?

 

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Il est l’heure de pardonner…

Crédit Pixabay

A chaque respiration, elle s’en va. Elle sent la fin arriver. Elle compte les pas avant le dernier saut. Elle respire mal d’ailleurs. Elle sent son sang manquer de vie. Elle s’achemine vers la fin de la sienne. Seule.

C’est bien ça, elle est seule. Le vide s’est fait autour d’elle. Au fil des années. Au fil des mots blessants qu’elle a  prononcé. Au gré de ses départs sans retour en arrière possible. Au volant de ses idées incompatibles avec la notion même d’amitié.

Elle part. Elle est triste puis elle est dure. Elle laisse planer le doute. Elle fait mal. Elle brise à l’intérieur. Et donne le change à l’extérieur. Elle méprise et supplie presque. Elle largue des bombes à intervalles irréguliers. Elle s’intéresse si le conflit est sous-jacent. Sinon elle laisse couler. Pas assez intéressant.

Elle nous voyait puis elle nous voit moins. Elle ne se pose pas de questions. Nous passons forcément pour la jeunesse sans reconnaissance. Qui ne retient rien. Quand on la voit, elle s’énerve vite. Tout ne va pas au juste rythme. Les enfants crient et font du bruit. Nous aussi. Un peu trop. C’est usant.

Elle nous tient à l’écart. Puis elle veut nous voir, craignant que ça ne soit la dernière fois. Comment voit-elle la mort? Quelle allure a t-elle? Celle d’un linceul noir ou bien d’un ange blanc? Comment vit-elle ces heures qui la rapprochent de l’éternité?

***

Elle ne sait plus. Elle voudrait que tant de choses soient différentes. Elle aurait voulu une vraie mère qu’on accompagne dans ses dernières heures douloureuses. Elle aurait voulu de la tendresse. Pouvoir prendre soin d’elle.

Elle ne fait que son devoir de fille. Elle s’occupe de l’intendance, les visites médicales, les courses. Puis s’enfuit. Trop de mépris. Trop de maux qu’elle trimballe. Toute une vie. Du gâchis.

Elle voudrait pouvoir faire plus. Mais face à la méchanceté, son amour ne fait pas le poids. Elle pleure ce qui n’a jamais été. Elle pleure l’enfance blessée. Elle pleure le rien, tout ce qu’elle n’aura pas eu, tout ce qu’elle n’aura pas connu.

Elle espère. Peut-être. Elle sait que non. Mais elle espère. Un regard en arrière. Un pardon. Des regrets. Pouvoir dire aurevoir. Juste ça. Elle attend un “je t’aime” qui ne viendra pas.

***

Je suis actrice et spectatrice. Je suis l’enfant et la petite fille. Je suis d’un côté, forcément. Celui de l’amour. Bien évidemment. J’écoute. Ma mère. Je sais le poids de tout, du présent et du passé. De l’avenir. J’imagine.

Je ne saurai jamais qui elle était, pourquoi elle a tant détesté ma mère, pourquoi elle m’a tant utilisée sous couvert d’un amour débordant, pourquoi elle n’a jamais regardé ma sœur, pourquoi elle n’a jamais aimé mon père, pourquoi elle a toujours cherché à nous diviser.

Je me dis qu’aujourd’hui, pour moi, il est temps de pardonner. Pour que ma grand-mère parte en paix. Pour que je reste en paix. Les questions n’ont pas de réponse. Le mystère reste entier.

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Cette douleur à l’intérieur de moi

Crédit Pixabay

C’est arrivé comme ça.

Depuis j’ai mal, à l’intérieur de moi. Est-ce lié ? Je ne sais pas. Pourtant je crois aux maux qui ne peuvent s’exprimer et s’impriment dans le corps.

Devant le message, j’ai mis du temps, enfin mon esprit a mis du temps à intégrer tous les paramètres des quelques mots posés sur l’écran.

J’ai regardé dans le vide et les larmes sont arrivées. Je ne sais pas pourquoi j’ai pleuré. Ni pourquoi je me suis sentie submergée par cette vague de chagrin. Juste là, au milieu de ma cuisine.

Les mots étaient simples. Des lettres et des chiffres. Le choc.

Et puis les jours d’après. Et l’au revoir. Est-ce que mon esprit a choisi de nier cette réalité ? Et mon corps a pris le relai ?

Qu’est-ce que je n’arrive pas à libérer ?

Qu’est-ce que ce départ me fait réellement ? Est-ce ma peine ou celle des autres qui me traumatise autant ?

Je ne vois que son sourire. Mais son sourire n’est plus. Ou juste sur les photos.

Elle est partie pour de bon. Elle a emmené ses 33 printemps avec elle. Je crois que je n’arrive pas à réaliser.

Peut-être que j’ai peur d’oublier. De l’oublier. D’oublier combien il est essentiel de vivre, là, maintenant. Et oublier ce serait presque comme une deuxième mort.

Depuis, je me sens loin de tant de choses. Et si proche de tant de choses.

C’est comme si les douleurs anesthésiaient mon esprit. Je ne pense plus. Je ne pense qu’à gérer la douleur. C’est presque pratique.

Mais ça ne peut pas durer. Je ne veux pas que ça dure. Je dois accepter. Accepter qu’elle est partie pour de bon, que je ne demanderais plus de ses nouvelles. Accepter le traumatisme de ses proches. Accepter que rien ne sera plus pareil. Accepter que son souvenir flottera toujours avec un gout d’inachevé entre nous. Accepter que la vie puisse s’arrêter d’un coup. Accepter que je puisse perdre demain les gens que j’aime. Le savoir. Ou pas. Accepter que la vie continue. Accepter d’être heureux malgré les injustices.

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L’ultime au revoir

Le cahot soudain de la voiture sur la route de campagne la réveilla. Elle se frotta les yeux, pencha son nez sur son doudou « phlegmon », respira son odeur sucrée.  Puis rassurée par la présence de visages familiers, sombra de nouveau dans le sommeil, un sourire angélique au bord des lèvres.

A l’heure où les brins de muguet – excellent cru d’après les spécialistes – fleurissaient un peu partout, dispersant leurs vœux de bonheur aux quatre vents, l’atmosphère dans l’habitacle exigu était au recueillement. Chacun sentait son cœur, malaxé comme de l’argile, se tordre au moindre souvenir d’elle. La mère. L’enfant. L’épouse.

L’amie aussi.  

L’élan de solidarité dont tous avaient fait preuve avait quelque peu apaisé cet ultime rendez-vous. Tous avaient bravé les bouchons d’un weekend férié pour un dernier hommage, plein de larmes et d’amour.

L’enfant dans les bras de son père ne comprenait pas. Les fleurs, le cercueil, la musique, les images, les yeux humides, les visages graves. Sa grâce et son enthousiasme, comme autant d’espérance non contenue, venaient défier l’évidence de ce qui était et ne serait plus.

Ce texte est ma participation au rendez-vous d’Olivia. Les mots imposés étaient: excellent – férié – présence – solidarité – argile – muguet – cahot – espérance – phlegmon – évidence.

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N’attendons jamais qu’il soit trop tard…

L’annonce a fait trembler les murs. Les fondations que l’on croyait solides se sont effondrées. Parfois la vie dure plus de quatre-vingt-dix années. Parfois elle s’achève à la manière d’un éclair, d’une ampoule qui éclate. Le cœur arrête de battre.

Certains ont besoin de temps pour poser les mots. Ce sont les mots qui me délivrent du risque de me briser. Si je les laisse filer, alors la nuit s’installe, le chaos menace.

Au bout du fil, le chagrin est palpable, il coule sur l’enfance. Les souvenirs égrainent des images, d’une petite fille aux cheveux longs, un sourire espiègle, des épisodes de vie, nos rires. Et puis le tumulte des larmes qui cognent contre les parois du jour naissant. L’enfance s’est évanouit, son cœur s’est rompu. La jeune femme dort, paisible, dans un présent où elle n’est plus.

Au bout du fil, le néant, le vide incommensurable de ceux qui perdent un enfant. Une sœur, une femme, une maman. Une amie. D’aujourd’hui ou d’hier. Tant de questions, tant d’incompréhension. Le silence face au pire, à la fin abrupte d’une vie. Sans retour en arrière possible. Tout ce qui n’aura pas été fait, tout ce qui n’aura pas été dit. Tous ces mots d’amour en suspend dans un ciel aux allures d’apocalypse. Trop tard.

N’attendez jamais qu’il soit trop tard. Dites, dites vous tout. Écrivez les mots. Dansez les, chantez les si c’est plus facile pour vous. Pardonnez et ne remettez pas à plus tard. Oubliez ce qui n’a pas d’importance. Entourez vous de ceux qui comptent, respirez-les. Posez des actes, exprimez vos sentiments. N’attendez plus qu’il soit trop tard…

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Notre Dame panse ses plaies et le Monde se meurt…

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Elle se tient, là, dans le noir, à l’abri de trop de regards. Un périmètre de sécurité l’encadre. Affaiblie, certes, mais debout. Entourée de tant de prières et d’amour. On dirait qu’elle se tait pour panser ses plaies.

J’ai regardé comme beaucoup le journal de vingt heures ce soir là. Et je me suis sentie insensible au possible, à des années lumières de ce que tous exprimaient, de peine, de chagrin. Tout est éphémère, c’est peut-être la seule certitude que je détiens dans cette vie.

En la voyant, hier, j’ai mieux compris ma réaction. Notre Dame, consumée par le feu ne mourrait pas sous nos yeux. Elle se faisait dévorée par les flammes certes mais elle restait solide, ancrée. Elle verrait demain, différente. Elle renaitrait de ses cendres. Parce que le monde est ainsi fait que le matériel se refait, qu’on reconstruit. Même sur rien. Elle serait le symbole d’une nouvelle ère, riche de son passé, pleine de son avenir.

Alors que la vie de l’homme, détruite, devient poussière. Personne ne peut redonner vie à la mort. La mort est la fin et le début d’autre chose. C’est avant tout le vide, dans cette vie au moins. Personne ne viendra redonner le souffle à celui qui n’en a plus. Personne ne pourra apaiser la peine de ceux qui reste. Il n’y a pas de commission d’état, de lever de bouclier pour le commun des mortels.  Juste le néant qui suit l’agonie. On ne répare pas les morts à coups de millions d’euros.

Alors non, je ne suis pas insensible. Je suis heureuse que le monde se mobilise pour redonner vie à Notre Dame. J’aimerai juste qu’il se mobilise avec autant de vivacité et d’authenticité pour tous les drames qui touchent chaque jour des êtres vivants dans toute la planète, qu’ils défendent les droits des hommes comme ils défendent ceux de la nature, de l’environnement, des animaux, qu’ils se dressent contre le totalitarisme, l’abject, la folie.

Sans les hommes, le monde n’existe plus…

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Comme autrefois

Il regarde devant lui, en contrebas les maisons, petits points de poussière colorés, se détachent sur l’horizon. Il apprécie le silence de cet endroit, repère de bergers qui jadis venaient faire paître leurs troupeaux – en reste-t-il de ces hommes-là, alertes et aptes à travailler de longues heures, gestes précis et corps plongé dans une contemplation quasi monastique ?

Il savoure la quiétude de ce lieu comme oublié du temps, les yeux vissés sur l’ubac*. Son cœur bat la chamade, cette mélodie cruelle qui lui rappelle pourquoi il se trouve là, aujourd’hui, pourquoi il a parcouru tant de kilomètres en une nuit. Nuit d’orage et routes glissantes. Le fracas de la ville puis le froid de la campagne déserte. Au petit matin, un feu l’attendait dans la salle commune de la maison. Comme autrefois.

Le chien avait aboyé. Hurlé à la mort plutôt, réveillant le village, alertant les alentours. Un départ sans retour. Aussi simple que cela. La mort, on en fait tout un plat. Et puis elle débarque, c’est l’heure d’éteindre les lumières, d’égrener les regrets, de regarder la vie s’esquiver sans un mot, sans même un aurevoir.

Le téléphone avait sonné. Hurlé la fin dans le grand appartement du 5e étage. Instant gravé dans le marbre des dalles du hall d’entrée. Il avait décroché, inquiet, impatient. La nouvelle telle une onde s’était faufilée entre les interstices de ses pensées et c’est avec une fluidité quasi surnaturelle qu’il s’était habillé, puis dirigé vers sa voiture.

Pas le temps de réfléchir. L’urgence. La gérer. Et puis après aviser.

Il se tient toujours là, à flanc de montagne, incertain des maux qui le travaillent. Il ne sait rien de la fin de ceux que l’on aime. Alors il se tait et respire la chaleur de la terre. Sa terre.

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture d’Olivia. Les mots à insérer dans le texte étaient les suivants: ubac – fluidité – aboyer – berger – geste – feu – poussière – onde – retour – éteindre – chamade.

* Aucune certitude sur la bonne utilisation du mot “ubac”…

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Tous ces mots écrits

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Je les écris tous les jours. Les jours de doute. Et les jours de joie. Je noircis des pages d’eux. Des pages que je partage et d’autres qui n’existent que pour mon regard. Un souvenir se grave. Chaque regard, chaque sourire, chaque échange, chaque miracle. Je les regarde vivre, aimer, faire vibrer la corde sensible de mes sentiments. Si imprégnés d’eux. Ils sont mon refuge, mon rivage, ma terre ferme.

Je les ai écris, ceux qui ne sont plus. Des mots lus pour un dernier au revoir – des mots qui m’arrachent encore quelques larmes, celles des adieux auxquels on ne s’était pas préparé.

Je l’ai écrit, lui,  petit ange qui se pose sur le monde, mon monde, qui s’envole et vole au dessus des nuages, libéré de ces maux qui marquent au fer rouge.

J’ai écrit le premier amour. Pour accepter la séparation. Pour le laisser partir. Écrire pour guérir. J’ai écrit les suivants, sentiments platoniques, vérités tragiques. Pour ne pas oublier.

Alors toi aussi il fallait que je t’écrive, que je te donne vie dans une histoire qui porterait ton prénom. Il y aurait les vacances, nos souvenirs de gosses, la mer, les prémices de l’amour, la liberté de ces deux mois d’été. Puis il y aurait la fin – purement inventée. Tout comme les personnages et le deuil. Il n’y aurait que ton prénom et cette place au cimetière sur laquelle je m’arrête à chaque fois que j’y passe. Juste là, là où nos souvenirs communs convergent. Une histoire pour exorciser les démons. Et faire taire les fantômes de la nuit qui jouent avec les émotions de ceux qui restent.

Alors j’aurai presque fait le tour des mots écrits…

Sur les hommes de ma vie.

 

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Cette passion qui me donne envie de vivre (plus fort)

Je passais faire un tour chez mon ami Tony et voilà que cette phrase me saute aux yeux “Alors, puisqu’on doit mourir, autant vivre plus fort“. Je me suis dit que le temps était venu de vous parler d’une de mes passions: les cimetières.

Ne partez pas en courant. Pas encore du moins.

J’ai toujours été fasciné par la mort. Je vais même aller plus loin et vous dire que les sujets qui me passionnent le plus sont la mort et la sexualité. C’est dit. Maintenant, vous pouvez partir. Si vous continuez à lire c’est à vos risques et périls!

Copyright Marie Kléber

Je me balade dans les cimetières depuis toute petite. Mon grand-père est mort, j’allais fêter mes six ans. Il était ma force, mon rempart, la personne que j’aimais le plus au monde, après mes parents. J’entretenais avec lui une relation privilégiée.  A partir de ce jour, pour le voir, je n’avais que le cimetière. J’y ai passé des heures avec lui. Et puis de fil en aiguille, je me suis perdue dans les allées, j’ai regardé les noms, les dates. J’ai commencé à ressentir quelque chose, pas quelque chose de triste, quelque chose de vivant, comme si les morts me passaient un message. Et il me disait de VIVRE. Peut-être que cette passion pour la vie, même dans les heures les plus noires, vient de là.

Dès que j’ai un coup de cafard et quand je peux me le permettre, je pars parcourir les allées d’un cimetière. J’en prends un au hasard. C’est si apaisant. Je pense à toutes ces vies, tous ces départs et l’envie de ne rien céder, de sentir mon cœur battre, d’éprouver des sensations revient comme par magie. Je me sens pousser des ailes.

Copyright Marie Kléber

Il y a une dizaine de jours, alors que je me baladais dans Paris, mes pas m’ont guidé sans que cela soit prémédité devant les portes du Père Lachaise. J’ai marché deux heures au gré des routes, découvrant ici et là quelques mots touchants, me laissant bercer par la paix du lieu. Au milieu des tombes a surgit une évidence: l’urgence de vivre. Pas une urgence folle ou euphorique, une urgence simple née de la connaissance de l’issue du chemin. Une urgence de s’aimer, de lâcher prise sur tous les tracas sans importance du quotidien, de cueillir la joie, de s’affranchir des codes, de s’affirmer, d’oser. Personne ne vivra notre vie à notre place. Alors pourquoi attendre sur le plongeoir que tous les autres passent…

Et vous les cimetières, vous aimez? Ça vous fait peur? Ça ne vous dit rien? Ou vous hésitez, incertains?

 

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Cet amour sans fin

Crédit Pixabay

La fin de l’été approchait. Il ne me restait plus que quelques jours pour aller pousser la lourde porte au bout de la rue. J’ai pris mon vélo un matin, seule, il fallait que je sois seule pour cette visite-là. La route se dessinait égale à elle-même, inchangée depuis des années. Ici et là apparaissaient des images, souvenirs. J’entendais nos rires d’enfant percer le silence du jour tout juste levé.

J’ai poussé la grille, posé mon vélo. Rien ne change si ce n’est l’espace qui se réduit d’année en année. D’autres noms, d’autres histoires posent leurs affaires sur ce carré de terre. Au milieu de cet alignement presque parfait, entre toutes, je la reconnais.

C’est un matin d’août que mon cœur a connu la première entaille, de taille, froide. Depuis ce jour, tu n’es plus là. Où es-tu ? Dans quel mystérieux univers vis-tu ?

Ton cœur à toi s’est arrêté de battre. Envolé l’espoir d’une rémission, d’un avenir dans lequel tu aurais pu continuer à me raconter des histoires, que j’aurai écouté, attentive, assise sur tes genoux. L’été s’est noyé dans un chagrin sans fin. Mes larmes ont remplacé les silences que nous aimions contempler, main dans la main, d’un bout à l’autre du jardin.

Je me suis assise entre les morts, j’ai changé les fleurs, nettoyé les restes de l’orage. J’ai laissé les mots sortir et les sanglots se déposer. Le souffle du vent comme un murmure de toi m’a apaisée. J’étais bien.

Quand je t’ai quitté, j’ai déambulé entre les allées. J’avais quelqu’un d’autre à aller voir. Je suis sortie de la tendre enfance pour aller me confronter aux premières heures de l’adolescence. Je l’aimais, je crois, il ne le savait pas ou il s’en fichait royalement. A 14 ans, on  se dit qu’on a la vie devant soi pour tant de choses. Et puis la vie nous fait faux bond. Je lui ai parlé comme on parle à un ami. Il passe parfois comme un fantôme dans un partage d’autrefois. Son image s’envole, il ne reste pas. Nous évitons d’en parler, nous faisons comme si et ça marche plutôt bien. Nous tentons de tenir à distance ce qui relève de l’incompréhensible. On réalise à peine qu’il n’est plus que poussière.

Face à la mort, je ressens encore plus pleinement la vie battre contre mes tempes, mon cœur se réveille, les morts ne sont jamais loin, ils vivent dans mon cœur comme un rappel certain que l’amour n’a pas de fin.