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Bordel Chagrin

Voix 1

Nous faisons un sacré boucan. Tout le monde nous regarde. Les enfants surtout. Il faut dire qu’ils s’en donnent à cœur joie. Sauter, monter sur les sièges, se bousculer, parler fort, se trainer par terre. C’est grotesque. Dans la rame, pas bondée, juste bien remplie, je scrute les regards, de travers. Paupières qui se lèvent et s’écroulent, souffles fatigués, soupirs exaspérés.
Beaucoup de grimaces semblent dire « quel sorte de père êtes-vous, pour les laisser agir ainsi ? »
Comment leur donner tort. A leur place, je fulminerais. Je ne me gênerais pour partager mon point de vue sur ce comportement inacceptable. Le respect bordel !
Quel père je peux bien être d’ailleurs. Qu’importe. Je m’en fous bien de ce que pensent les autres. Surtout aujourd’hui. Surtout à ce moment-là. Je regarde mes mômes – vivants. Je les vois rire, chanter à tue-tête. Je les remercierais presque de tout ce chaos. Vital.

Voix 2

Putain ! Ce mec et ses gosses m’exaspèrent. J’en peux plus de les voir sauter à droite, à gauche. Ils sont deux et foutent un souk d’enfer dans la rame surpeuplée. Les autres voyageurs semblent complètement déboussolés devant ce manque cruel de savoir vivre et de civisme. Impossible de se concentrer sur un bouquin, impossible de finir une conversation. Les cris couvrent même Led Zeppelin dans mes oreilles – un comble ! Je me demande qui va sortir de ses gonds le premier.
Le père sourit bêtement à sa progéniture, comme si il avait pondu les septième et huitième merveilles du Monde. Il doit être Miro pour ne pas réagir ou complètement désabusé. C’est peut-être ça le pire.

Voix 1

Le grand échalas avec ses écouteurs sur les oreilles est à deux doigts de me foutre son poing dans la tronche, ça se sent. Je passe de mes mômes à la limite de la décence au jeune à la limite de l’implosion. Qui va craquer le premier ?

Voix 2

Je craque. Je dis enfin tout haut ce que tout le monde pense tout bas depuis le début du voyage. Je prends sur moi pour ne pas hurler, inutile d’en rajouter niveau décibel. Le père est complètement à l’ouest. Il me regarde l’air hagard. Quel con !

Voix 1

Le type n’en peut plus. Il me lance mes quatre vérités, sans peser ses mots. Incapable. Les mômes, de futurs inadaptés. On emmerde tout le monde. Pas besoin de me faire un dessin. Il y aussi quelques grammes de mépris dans sa tirade. Je ne peux même pas lui en vouloir. En temps normal, mes mômes sont calmes. Le respect c’est une valeur phare chez nous.

Voix 2

Toute la rame me toise désormais, presque gênée. Les mômes se sont arrêtés de brailler. Ils se tiennent derrière le père, soudés. Les autres sont bien contents de ne pas l’avoir ramené au final. Le père me sourit comme pour me dire « t’inquiète vieux, j’aurai fait comme toi dans la même situation ». Par contre, j’échangerai pour rien au monde ma place contre la sienne.

Voix 1

Je l’ai scié. Sur place. Il me regarde incertain. Quoi dire ? Quoi faire ? C’est pas de sa faute. Il ne pouvait pas savoir. Il retourne s’asseoir avec Led Zeppelin. J’aurais pu lui dire que j’aimais bien. Peut-être même que j’aurai dû lui demander de partager ses écouteurs. Juste pour passer mon chagrin, ne plus entendre celui de mes mômes marteler le sol du métro aérien.

Voix  2

« Ils viennent de perdre leur mère »
J’ai encore du mal à m’en remettre. De cette annonce. La belle claque!
J’aurai presque envie qu’ils fassent encore plus de bruit. Celui de la vie. Pour que je n’entende pas mon cœur se faire la malle.

Ce texte est inspiré d’une discussion que nous avons eu hier soir sur le thème de la communication…

 

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Trafic perturbé

Les hauts-parleurs annoncent un accident sur la ligne 9. Le métro ralentit et s’arrête en pleine voie. Les gens se regardent quelques secondes et replongent dans leurs lectures. La chaleur s’infiltre dans la rame, obsédante et étouffante. Chacun respire. Ça ne devrait pas durer longtemps.

Élise fait un rapide tour d’horizon. Sa tête est pleine d’images d’ailleurs. Son mal de crâne la tourmente. Elle pensait que l’air frais lui ferait du bien, qu’il calmerait le bourdonnement contre ses tempes. Elle aurait mieux fait d’avaler les deux cachets qu’Eric  avait préparé, avant de partir en courant, certaine qu’elle allait encore une fois rater son train.

Comme elle n’a pas la tête à se plonger dans une lecture, ses yeux étant incapables de restés ouverts devant l’écriture en patte de mouches, elle laisse vagabonder son regard dans la rame. Elle s’imprègne peu à peu des individus à ses côtés. Elle se prête au jeu qu’elle adore, imaginer leurs vies, deviner leurs pensées. Elle les décortique, les scrute, les assomme de mots silencieux, les couvre d’adjectifs subjectifs. Elle les imagine ailleurs, chez eux, au bureau, avec l’être aimé, avec leurs enfants, leurs amants. Elle les fait se parler, se rencontrer, se plaire ou se déchirer.

Elle se demande bien ce qu’il fait lui, avec ses bouteilles de Champagne dans un sac en plastique. Elle se demande où il va de si bon matin, s’il les a gagnées lors d’une soirée ou si la tenue qu’il porte n’a pas été empruntée à un ami, tellement il a l’air ridicule dans ce costume marron.

Élise s’interroge sur la musique qu’écoute la jeune fille assise en face d’elle. Elle bouge ses lèvres et tape ses mains sur ses cuisses menues. La chanson qu’elle n’entend pas lui plaît bien. Elle aurait presque envie, que pour une fois, la jeune femme monte le son, que la musique inonde la rame, se glisse dans les oreilles de ceux qui patientent, en commençant doucement à perdre leur calme.

Élise voudrait bien savoir ce que pense l’homme en costume-cravate, le nez vissé sur son téléphone portable, réactif à chaque vibration de son engin, prêt à répondre du tac au tac à ses messages. De temps en temps, il lève la tête, réajuste sa cravate, tripote le bouton de sa veste, sort son oreillette et la replace au même endroit, comme pour dégourdir son oreille fatiguée.

Le métro repart lentement. Il s’arrête à nouveau. La voix indique que le prochain arrêt est le dernier, que l’accident est trop important pour que le métro puisse fonctionner normalement. Les esprits s’échauffent. Les visages se crispent. Les gens se mettent à chercher frénétiquement un plan, à se demander quel est le meilleur chemin à prendre pour arriver à destination.

« C’est toujours pareil. » « Accident, accident, ils ne nous disent jamais vraiment ce qui se passe. » « C’est bien ma veine. » « Comment je vais faire pour arriver à l’heure au bureau » « Non, mais quelle journée de merde… »

Elle se demande bien ce que c’est que cet accident. Elle se demande si c’est grave, si elle doit s’en faire, si être en retard au bureau peut avoir un quelconque impact sur la suite des évènements.

Il y a un accident sur la ligne 9. Le trafic est fortement perturbé. Au loin, on distingue les contours d’un corps sur la voie ferrée.

 

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Dans les couloirs du métro…

Prendre le métro. Capturer des instants qui peuvent paraître insignifiants au premier abord. Instants qui racontent une, mille histoires. Instantanés furtifs du temps qui coule, de la vie qui s’emballe ou de celle qui prend son temps.

Au gré d’une promenade dans un charmant coin de Paris, j’ai photographié au gré des arrêts ces moments particuliers. J’ai saisi la vie dans ces souterrains si redoutés par certains. J’ai capté la couleur au creux de la nuit.

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Instantanés Singuliers 2016 – Mai

Je vous retrouve encore avec un peu de retard (et tant mieux car cela a permis à Catwoman de publier son article aujourd’hui). Et j’avoue heureusement qu’elle l’a fait, car avec trois participations, je continue l’aventure (j’ai bien pensé laissé tomber des dizaines de fois entre temps). Donc voici les participations de cette édition d’avril:

Ezellgatelier nous fait voyager au gré des villes traversées et de ses souvenirs

Catwoman nous raconte tout sur le Train Corse!

Miss Fujii nous entraine quant à elle sur les traces du train de la côte bleue. On en redemande…

P’tite Delph innove – une belle surprise et à bien y réfléchir, elle n’a pas tort!

***

Je ne prends que les transports en commun, bus, métro, tramway, RER et train. Et j’ai beaucoup d’affection pour chacun d’entre eux. Pas étonnant que mon fils les adorent lui aussi! L’idéal pour moi pour aller d’un point A à un point B. Et puis je dois avouer que cette infrastructure me fascine – je reste souvent sous le charme des couloirs du métro, même crasseux. Je ne parle pas des voies de chemins de fer qui se croisent, se divisent, se rejoignent. Chacun son propre paysage, chacun sa façon de m’inspirer.

Sur cette photo, les murs de la station RER Pereire (Paris 17e)

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Un mois sans prendre le métro

Un mois sans rames surchargées, sans sensation d’étouffement

Un mois sans murs gris, sans escaliers tapissés de vomi

Un mois sans rats courant entre les sièges des stations

Un mois sans odeurs de rance, sans parfum écoeurant

Un mois sans visages fatigués, sans yeux cernés

Un mois sans mendiants, sans accordéons chancelants

Un mois sans mains tendues et regards froids

Un mois sans anonymat meurtrier

Un mois sans longs couloirs, sans sous-sols rebutants

Un mois sans annonce d’un quelconque incident technique ou accident de voyageur

Cela fait un mois que je n’ai pas pris le métro. Je peux me le permettre. J’ai récemment opté pour 15 minutes de marche à pied le matin comme le soir.

Toutefois, ce matin, j’ai fait une entorse au contrat.

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Image Personnelle

J’ai apprécié de retrouver les quais, de regarder les gens autour de moi, la façon dont ils appréhendaient, chacun à leur manière, cette intrusion momentanée, dans les souterrains de Paris.

J’ai beaucoup moins apprécié les yeux des uns rivés sur ces écrans miniatures, les regards des autres, trop hostiles à mon goût, le manque d’humanité de certains, comme si le noir du dessous déteignait sur les âmes.

J’ai encore moins aimé les crises de foie des uns étalées sur le bitume, mais rit des mines dégoûtées des passants se retrouvant nez à nez avec cette malchance matinale.

Ce soir, je reprendrai mes bonnes habitudes, délaissées le temps de pouvoir vous livrer ces quelques lignes.

Bonne journée !

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La folie du métro

Depuis pas mal de temps déjà, je me dis qu’il faudrait que je me penche sur ce sujet (l’heure est grave).

Tous les soirs, en sortant du métro, je me demande bien pourquoi les gens sont si pressés, si pressés qu’ils ne peuvent pas attendre que tu descendes, ni attendre le prochain métro, qui passe dans moins de 2 minutes (c’est affiché en plus) et préfèrent largement s’engouffrer dans la rame bondée, quitte même à te bloquer le passage.

Je pense en effet qu’ils ont hâte de rentrer chez eux, après une énième journée de travail, qui ne leur procure aucun plaisir, puisque dès qu’ils reviennent de vacances, ils pensent déjà aux prochaines (sympa la vie !)

Sauf que moi aussi j’ai envie de rentrer chez moi et non pas de rater mon arrêt. Parce que, si eux, attendre 2 minutes supplémentaires, ça les gonfle copieusement, et bien moi, me coltiner un arrêt supplémentaire, ça ne me plait pas du tout (du tout). Parce que dans ce cas, il va ensuite falloir que je reprenne le métro dans l’autre sens (si toutefois j’ai de la chance de pouvoir descendre à l’arrêt suivant) et que je rattrape ma correspondance à mon arrêt d’origine.

Pour les trains, les RER et les bus, je comprends parfaitement cette course contre la montre. Bien souvent, le prochain est loin d’être dans deux minutes. Si tu as de la chance, tu attendras quoi 10 minutes. Sinon, tu es bien parti pour t’asseoir avec un bon bouquin (de préférence, histoire d’oublier ta mésaventure) pendant une bonne demi-heure.

Alors que les métros, ils sont à tout-touche. Ils se suivent de près. T’en rates un, t’as même pas le temps de longer le quai, que tu en as un autre qui se pointe.

Ca vaut vraiment pas le coup de dévaler quatre à quatre les escaliers (au risque de t’étaler et te tordre la cheville), ni de forcer le passage pour te retrouver à 2 millimètres des aisselles ruisselantes de ton compagnon de voyage.

La conclusion, c’est que nous ne sommes plus capables d’attendre deux minutes un métro, mais que nous sommes encore tout à faits capables de passer notre trajet à jouer à Candy Crush (si comme moi, tu n’y as jamais joué et que ce terme est de l’hébreu pour toi, prends quand même le temps d’en savoir un peu plus, tu te coucheras toujours moins bête ce soir !)