Posted in Carnets de route

L’épreuve de force #5

43614849_2157766797607414_6059101804044484608_n

L’oniromancie nous prédisait pourtant un avenir lumineux. Le rêve était magique, ton prénom d’or, nos destinées sacrées. Des foutaises mais qui m’ont maintenue en vie, tant que toi tu respirais encore. Ce n’était qu’un passage à vide, un de plus sur la longue liste des jours creux.

Rien ne sert de se s’épuiser en palabres. Rien ne sert à rien de toute manière. Puisque tu es parti. Un matin de juin, sans moi. Un matin ensoleillé, j’avais opté pour un peu de marche, histoire de profiter du calme de la ville. Un matin ordinaire dans une vie qui ne l’était plus depuis longtemps. J’avais croisé la misère, en descendant les marches qui menaient à l’hôpital et j’avais hâte de retrouver ton sourire, dans tes yeux. Tu ne parlais plus beaucoup. Fini les grandes conversations sur la vie, la mort, sur ce qu’il reste quand tout a été écrit, dit, chanté. Fini le temps où tu pouvais encore te lever pour esquisser avec moi quelques pas de danse sur le lino blanc, avant une séance de chimiothérapie qui allait t’esquinter. Tout ça n’aura servi qu’à t’abîmer un peu plus chaque jour. Si j’avais su, j’aurai fait tomber le mur froid et professionnel de tous ces soit-disant savants, qui ont pu mené à bien leurs tests et essais, sans se soucier de nous.

Je suis triste alors je dis n’importe quoi. Sans eux, nous n’aurions jamais espéré, j’aurai coulé depuis longtemps, je n’aurais pas pu te tenir la main, jusqu’au bout. J’ai choisi, en mon âme et conscience, ce rêve chimérique, pour ne pas voir la réalité en face. Elle était trop cruelle. Elle ne cessera jamais de l’être…

Ce texte est ma participations à l’atelier d’Olivia. Les mots étaient: liste, palabres, misère, mur, oniromancie, danse, chimérique

Posted in Tout un poème

Nos choix incohérents

Crédit Pixabay

On se crée des maux sans en avoir l’air
Imaginaire trompeur qui balaie les heures de plein
A coup d’incertitudes malsaines
De vulgaires grains de poussières qui
Comme dans nos maisons, deviennent moutons
Jusqu’à engloutir nos plus belles espérances

La confiance s’effrite et s’en vont les pensées
Dans un hémisphère où le pire est à portée

On s’invente des histoires à partir d’incohérences
On dessine des futurs aux allures
De cauchemars, on remet une couche de noir
On ajoute des peines aux jours de pluie
On se croit tout permis

On ne croit plus en rien
On se sent comme un naufragé
Un prisonnier, un condamné

Un travail de sape bien orchestré
Au millimètre, rien ne nous arrête
Il faut saigner pour exister

Sur l’horizon, pourtant, tout est si doux
L’existant, à envelopper de beau
L’azur et son parfum d’éternité
Tout ce qui n’est pas encore écrit
Tout ce qu’il reste à rêver

Alors pourquoi laissons-nous si facilement
Le négatif nous mener sur des routes obscures?
Pourquoi cédons nous à l’appel des profondeurs
Quand tout autour n’est que lumière?
Pourquoi lâchons nous notre coeur
Quand il ne demande qu’à vibrer?

Posted in O bonheur des sens, Tout un poème

Retour (à la source)

aesthetic-4621334_640
Crédit Pixabay

On oubliera vite
Ce qui hier encore nous paraissait
Insensé
On se fondera dans un décor
La foule des grands jours
Destins frôlés
Baisers volés

On oubliera vite
Les premiers pas dans le vide
Immense

On oubliera
Jusqu’au souffle déposé
Tout deviendra presque habitude

Et alors la magie s’envolera
Sans un bruit
Elle glissera sur nos corps
Désormais endormis

On ne prendra plus le temps
De s’apprêter
De se découvrir
De se regarder jusqu’à tout deviner
Tout ira vite comme une urgence
Comme si demain allait nous voler
Ce que nous n’avons pas su vivre

Le désir sera une performance de fin de soirée
L’orgasme, l’unique aboutissement d’ébats
Vite emballés

On se sera perdus de vue
Au milieu de la foule des grands jours
Nus dans nos habits communs

Plus rien d’extraordinaire
Que du banal
Plus de tremblements
Que du déjà vu
Plus que du sexe pour le “fun”
C’est ce qu’ils disent
Plus de grandes déclarations
Qui font des nœuds au ventre
Et nous laissent, haletants,
Imprégnés d’un bonheur que nous savons fragile
Que nous chérissons comme un cadeau

On oubliera un jour
Les perles de pluie
Sur nos peaux transies
Les marques satinées
L’abandon
Le don

Il n’y aura plus que des cris
Pour dire le plaisir
Plus que des paroles
Quant il y avait des émotions
Plus que des hypothèses cruelles
Quand il y avait des étreintes
Qui valaient tous les mots de la terre

On oubliera le goût de nos peaux
La saveur des baisers
La fougue
L’audace
La complicité dans un regard
La séduction
Dentelles et bas de soie
La suggestion
Les mains qui caressent
Le temps suspendu
La passion
Les surprises
L’envie pressante
Qui ne se contient pas

Le temps se bloquera
Sur ce qu’on n’aura pas su retenir
A force de vouloir plus

Suspendus dans le vide
Nous aurons encore le choix
De revenir à ce qui compte
Plus que tout
Aux sens et à l’essentiel
A ce qui nous ressemble
A nous.

Posted in Tout un poème, Variations Littéraires

Voeu de Liberté!

Elle disait le corps de l’homme
Comme un territoire à ne pas approcher
Un sacrilège d’espérer qu’il soit autre chose
Que ce que l’apparence laisse penser

Elle disait le corps des femmes
Comme un sanctuaire sacré
Un déhanché suggéré et l’âme brûlait
Sous le joug des condamnées

Nul mélange, nulle approche
Ou la terreur des dieux viendrait frapper
Ces corps possédés

Le corps de l’homme
Disgracieux, à cacher

Le corps des femmes
Une ode à la félicité

Un voile posé sur un peut-être
Dans son sang glisse l’œuvre de la terre
La femme se penche sur l’hémisphère
De ses pensées secrètes

Elle disait la femme dans sa richesse
L’homme dans ses faiblesses

Une rencontre improbable
Entachée du sceau du scandale
La peur accrochée à chaque parcelle
De l’être…

Et revenir de ce long voyage
De ce presque naufrage
Pousser les barrières du silence
Briser les verrous de la honte
Froisser les pages du livre maudit
Rétablir en son sein gorgé d’espérance

Corps et Âmes profanés

Faire voeu de Liberté!

Posted in Carnets de route

Un mois d’émotions…

Depuis plus d’un mois il y a eu des jours avec et des jours sans, des jours heureux, plein de fous rires, d’inattendu, des jours de doutes et de peines. Il y a eu des larmes et des cris, des sourires et des promesses, des matins calmes et des soirées folles. Il y a eu des chansons et des temps calmes, des crayons, de la peinture, des lignes d’écriture, des livres, des films, du temps à deux, des cabanes et des nuits, comme en camping. Il y a eu des repas de fête et des pique-nique improvisés.

Il y a eu des ras le bol qui ont pris toute la place, des angoisses qui ont refait surface, des vérités bien cachées qui sont revenues peupler les nuit, gâcher les jours. Il y a eu nos humeurs de saltimbanques du bonheur, nos états d’âme d’apothicaires, des expériences farfelus. Il y a eu du réussi, du raté, l’impression de ne pas savoir faire, de ne pas savoir être, de ne plus savoir où, quand, comment, pourquoi.

Il y a eu du silence et des maux. Et du silence sans maux. Du silence des profondeurs qui vient rappeler que tout est en ordre, que tout va bien, qu’il n’y a rien à faire de plus. Il y a eu du chahut, des chutes, des montagnes de questions, du temps, un temps infini, tantôt délicat, tantôt euphorique, un temps de nous deux, plus complices.

Il y a eu des “je n’aurais pas dû” et des réflexions en duo, un nouvel équilibre à sans cesse redéfinir. Il y a eu quelques projets, peu de temps pour soi, des prises de conscience, des envies d’autre chose. Il y a eu du partage, des moments auxquels les mots ne peuvent rendre justice. Il y a eu des émotions, des découvertes, des impressions d’être seule au monde, seule avec ses joies, seule avec ses détresses.

Il y a eu du chaos, des heures sombres, des minutes en équilibre. Il y a eu la brulure et la renaissance, le feu qui s’éteint et celui qui redonne vie

Il y a eu les jours et les nuits. Sans toi. Pas vraiment loin. Mais pas là. Il y a eu la routine, le déni, la peur et le manque, toujours, la douleur presque parfois de ces jours sans toi. Sans la chaleur de ton regard, sans le grain de ta peau, sans tout ce qui en toi apaise le moindre de mes sanglots. Il y a eu les jours où ton image même me fuyait, les nuits qui disaient “c’est fini”. Il y a eu les craintes qu’au final ce soit vrai, que tu ai choisi un autre chemin, une autre vérité, que ce temps près des tiens t’ai précipité dans une autre réalité.

Il y a eu cette angoisse de nos pas qui s’éloignent quand nos mains ne se touchent plus, que nos yeux se perdent de vue quand nos obligations nous lient à d’autres vies. Cette impression que peut-être tout pourrait s’arrêter là, dans cet espace sans filet de sécurité, dans cet entre-deux dépourvu de certitude. Il y a eu la peur de ne valoir que 4 minutes au compteur d’une journée qui n’en finit pas, de n’être qu’une parenthèse dans un quotidien bien rempli, une porte de sortie face à des responsabilités écrasantes, un passe-temps agréable sur le calendrier du temps qui passe.

Il y a eu les souvenirs et l’espérance, toujours, la certitude de l’amour et quelque chose de plus fort, de plus grand, le manque comme un trou noir et un tremplin pour retrouver l’essence même de ce qui nous tient, même loin, encore debout, toujours vivants.

 

Posted in Carnets de route

Cette douleur à l’intérieur de moi

Crédit Pixabay

C’est arrivé comme ça.

Depuis j’ai mal, à l’intérieur de moi. Est-ce lié ? Je ne sais pas. Pourtant je crois aux maux qui ne peuvent s’exprimer et s’impriment dans le corps.

Devant le message, j’ai mis du temps, enfin mon esprit a mis du temps à intégrer tous les paramètres des quelques mots posés sur l’écran.

J’ai regardé dans le vide et les larmes sont arrivées. Je ne sais pas pourquoi j’ai pleuré. Ni pourquoi je me suis sentie submergée par cette vague de chagrin. Juste là, au milieu de ma cuisine.

Les mots étaient simples. Des lettres et des chiffres. Le choc.

Et puis les jours d’après. Et l’au revoir. Est-ce que mon esprit a choisi de nier cette réalité ? Et mon corps a pris le relai ?

Qu’est-ce que je n’arrive pas à libérer ?

Qu’est-ce que ce départ me fait réellement ? Est-ce ma peine ou celle des autres qui me traumatise autant ?

Je ne vois que son sourire. Mais son sourire n’est plus. Ou juste sur les photos.

Elle est partie pour de bon. Elle a emmené ses 33 printemps avec elle. Je crois que je n’arrive pas à réaliser.

Peut-être que j’ai peur d’oublier. De l’oublier. D’oublier combien il est essentiel de vivre, là, maintenant. Et oublier ce serait presque comme une deuxième mort.

Depuis, je me sens loin de tant de choses. Et si proche de tant de choses.

C’est comme si les douleurs anesthésiaient mon esprit. Je ne pense plus. Je ne pense qu’à gérer la douleur. C’est presque pratique.

Mais ça ne peut pas durer. Je ne veux pas que ça dure. Je dois accepter. Accepter qu’elle est partie pour de bon, que je ne demanderais plus de ses nouvelles. Accepter le traumatisme de ses proches. Accepter que rien ne sera plus pareil. Accepter que son souvenir flottera toujours avec un gout d’inachevé entre nous. Accepter que la vie puisse s’arrêter d’un coup. Accepter que je puisse perdre demain les gens que j’aime. Le savoir. Ou pas. Accepter que la vie continue. Accepter d’être heureux malgré les injustices.

Posted in Carnets de route, Emprise et Renaissance

Le pari de la vie

Crédit Pixabay

On m’a souvent demandé, et on me demande encore, comment j’ai refait surface, comment / quand j’ai réussi à faire à nouveau confiance, en l’autre, en la vie.

Je ne sais pas. Ça s’est fait.

Je partais de loin. Puisque je ne voulais plus vivre et que rien ne me retenait si ce n’est la vie qui grandissait dans mon ventre. Mais même elle, j’étais prête à la donner.

Quand tout s’est écroulé, j’aurai préféré la mort. Qu’est-ce que je pleurais? La fin d’un amour? Non. La séparation? Non. J’en étais à l’origine. Quoi alors? Je crois que je pleurais l’horreur, les menaces, les années de supplice, la peur. Je pleurais le vide, les images sordides, le froid, les mots.

Je ne savais plus où j’en étais. Alors j’ai choisi de m’écrouler. Je n’avais plus que des briques à mes pieds et plus d’envie. A côté, tous les  maux passés de mon existence me paraissaient vains. Mes mauvaises notes, mes échecs sentimentaux, la mort, mes rêves envolés, la maladie, la dépression…

Un jour, je n’étais plus que l’ombre de moi-même et mon regard dans le miroir me glaçait le sang. J’étais devenue une fille que je ne reconnaissais pas. Personne ne m’a laissé partir alors j’ai choisi de continuer à vivre. Difficilement. Mais vivre quand même. Et j’ai rebâti jour après jour, en triant ce que je voulais garder, ce qu’il devenait nécessaire de laisser partir. J’ai eu souvent l’impression de faire deux pas en avant et trois en arrière. J’ai dû faire face un nombre incalculable de fois à la personne qui me terrorisait le plus dans cette sombre histoire. L’emprise ne s’est pas arrêtée le jour où je suis partie. Elle a redoublé après mon départ et il a fallut s’en extirper.

Peut-être que j’ai repris goût à la vie parce que j’ai choisi un matin d’y croire à nouveau, tout simplement. J’ai fait un énorme travail sur moi pour m’accepter telle que je suis, pour m’estimer davantage, me respecter enfin. J’ai crié, pleuré, détesté la terre entière. J’ai craché ma colère, mon dégoût, ma peur. J’ai envoyé chier tous les principes des autres pour trouver mes essentiels. J’ai racheté ma liberté. J’ai gagné ma paix au prix d’un combat acharné contre moi-même.

Je pense aussi qu’au fond de moi j’ai cette soif de vivre, plus forte que tout, qui me porte. J’ai foi en la vie. Et si j’ai été déçue, maltraitée, j’ai toujours gardé la certitude qu’il y avait aussi de belles choses à vivre, de belles personnes à rencontrer. J’ai fais ce pari. Celui de quelque chose de plus grand, de plus vrai, de plus proche de mes convictions.

Je n’ai pas de formule magique à confier, si ce n’est peut-être identifier ses blessures, travailler dessus, les guérir et aller de l’avant. La confiance est un choix. Le bonheur aussi.

Et vous, qu’est-ce qui vous motive? Quelle force vous permet de vous relever? Quels maux avez-vous dépassés? Comment?

Posted in Atelier écriture, Variations Littéraires

Loin d’elle

© Arthur Humeau

Qu’avait-elle dit déjà ?

Rien. Ou si que c’était terminé, c’est ça. Plus de sentiments. L’amour envolé. Ou bien un autre. Avait-elle mentionné un autre homme ? Et l’amour nouveau, embrassé. Peut-être.

A quoi bon se souvenir, puisque de toute façon, elle avait dit la fin. Et la fin ça se vit  dans le silence tragique de l’après. Ça n’a pas d’autre consistance que le vide. Une fin ne construit rien, elle ne se discute pas. Elle s’insinue en nous et il faut gérer.

Je voudrais ne plus penser, ne plus me souvenir. Je voudrais que son visage disparaisse entre deux stations ou presque, qu’il ne reste plus rien de sa bouche surlignée de rouge, de ses cils noirs recourbés, de ses mains gantées de crème aromatisée à la rose, de la mélodie sensuelle de son buste calé contre le mien.

Immobile au milieu de la foule compacte de l’heure de pointe, je me sens comme un fou perdu dans le bain de la vie, fou d’y avoir cru, fou de m’être laissé emporter par la vague bleue de ses yeux.

Je veux oublier. Tout. Me perdre quelque part dans un univers où la mémoire me quitterait pour me laisser guérir en paix. Un endroit loin du monde, de sa course, de son chaos. Loin de tout ce qui me rappelle. Elle.

Pourtant c’est le monde qui me tient, ce matin, dans cette rame bondée. Il me sert de tuteur, m’aide à rester debout, alors qu’à l’intérieur tout expose, les écrous sautent, les joints se brisent, la machine s’emballe et le cœur se dévisse.

Je suis là sans être. Je respire tout juste. En pilote automatique, je dérive, le regard braqué sur l’absente.

Ce texte est ma participation à l’atelier 325 de Bric A Book

 

Posted in Emprise et Renaissance

Les reliquats de la violence conjugale

Crédit Marie Kléber

Je voudrai pouvoir me dire – je tente même de m’en persuader – qu’il ne reste rien ou si peu de ces 4 années, 8 si l’on compte le divorce. Et pourtant elles sont là, bien accrochées, mes peurs et angoisses. Elles se font toutes petites la plupart du temps, puis crèvent l’écran.

Parfois elles sont dans un cri trop brusque, un acte banal qui fait ressortir une foule de souvenirs, dans une réaction disproportionné, dans un possible imaginé, dans une colère qui vient de je ne sais où et qui se déverse sur le papier ou cogne contre un mur. Personne n’y verra rien. Personne n’avait rien vu à l’époque. Elles sont dans les larmes qui s’abattent froidement sur la toile cirée et donnent un coup de massue à mes pensées.

Un silence, les mots qu’on a gardé, la fatigue, un malaise ou l’idée d’un malaise, on a tellement été habitué à ce que chaque mot soit pris de travers. L’angoisse revient. Qu’est-ce qu’il faut faire déjà? Qu’est-ce qu’il faut dire ou ne pas dire? S’excuser? Est-ce que demain tout se sera éteint?

J’ai beau savoir que rien n’est pareil, qu’aucune donnée d’aujourd’hui n’est la même à plusieurs niveaux, j’ai encore parfois cette sensation désagréable du passé. Combien de pas en avant qui semblent insignifiants quand il ressurgit, sans crier gare?

Alors je laisse couler l’eau. Je me sens seule parfois, seule avec ce chaos, ces images que je ne partage avec personne, ce traumatisme qui demeure. Pas de coup, pas de preuves. Juste une main qui étreint un peu fort. La haine dans les yeux de quelqu’un peut faire plus mal qu’un coup de poing bien placé. Le silence glaçant a le pouvoir d’anéantir un élan.

Un évènement anodin est venu réveillé le choc. Vivre avec, rien de plus, rien de moins. Apprendre à accueillir ces temps d’entre-deux, ces émotions vives qu’un grain de sable peut déclencher. Ne pas se décourager surtout. Le chemin de la guérison est fait de victoires et de rechutes. Respirer surtout et doucement laisser le passé regagner sa place. Et se réveiller plus fort encore une fois.

 

Posted in Carnets de route

Nos choix de vie

Si elle m’avait dit qu’il n’était pas libre, qu’il ne le serait jamais, je lui aurai conseillé de m’être un point final sur le champ à une relation nouvellement née. Et si elle avait persévéré, poussée par un élan vital que rien ne peut arrêter, alors de ne pas se bercer d’illusions. Il serait toujours l’homme d’une autre – qui braderait ainsi sa sécurité, sa liberté?

Pinterest Blog 1 (9)
Aujourd’hui je lui dirai de suivre son intuition, il n’y a pas de modèle,  que l’amour ne se choisit pas toujours, que rien n’est amoral quand tout est fait en conscience, tant que chacun se respecte, tant qu’aucun n’impose de choix à l’autre. Que l’instant est ce qui prime, même si parfois les doutes nous font trembler, qu’ils nous intiment l’ordre de renoncer. Je lui dirai que chaque expérience apporte son lot de bonheur et de peurs, de sensations diverses et variées. Qu’aimer c’est être vivant, qu’importe les circonstances, les chemins pris, l’état du monde et ses tourments.

Pour encore plus d’inspiration, abonne toi à ma newsletter et rejoins moi sur Pinterest / Instagram 

Posted in Carnets de route

Du corps: entre maternité, complexes et libération

J’ai souvent écrit sur le corps, surtout ces dernières années.

Je n’ai jamais eu de problèmes avec mon corps. Ou bien rien de bien méchant. Je ne l’ai pas maltraité et je l’ai longtemps regardé avec beaucoup de bienveillance. Ma taille, mes formes, tout me convenait, je n’avais pas de complexe et la chance d’être en bonne santé.

On prend souvent conscience de son corps par rapport au regard de l’autre. C’est ma taille qui était source de moqueries quand j’étais enfant. Rien d’affolant. On ne peut pas changer sa taille alors à quoi bon…

Le regard de l’autre peut le meilleur comme le pire. Tout comme le nôtre sur nous-même.  Le temps de l’innocence et de l’insouciance a laissé la place à celui d’une réalité qui ne répondait ni à ma culture, ni à mon éducation : cacher le corps.

Sans y prendre garde je suis rentrée pas à pas dans le moule parfait des certitudes imparfaites de celui qui croyait tout savoir sur tout. J’ai couvert mes bras, mes jambes. Je me suis enfermée vivante sous une couche de vêtements qui ne protégeait pas seulement mon corps de l’hypothétique regard des autres hommes sur moi, mais me permettait d’enfouir mon mal aise, mon mal être.

Le corps que j’avais aimé, mis en valeur, que j’avais caressé, que je connaissais presque sur le bout des doigts, mon corps était devenu un territoire étranger que je fuyais du regard, que je couvrais chaque jour davantage.  Il n’avait plus de contours, plus de formes. Il n’était plus qu’une enveloppe.

Puis la vie est venue se loger en moi. Et mon corps s’est transformé. A l’intérieur je n’étais plus femme, mais une mère en devenir. Mon corps n’était plus touché, ni frôlé. Il avait fait son travail, servi à satisfaire les envies d’un homme et intégré ce que l’homme attendait – l’enfant. Il ne restait de ma féminité que des souvenirs, engloutis sous un déluge de dégout et de honte que je tentais de faire disparaitre sous le jet brulant de la douche.

J’ai passionnément aimé mon corps de mère. Je m’y suis accrochée pour la vie qui grandissait en moi. J’ai regardé mon ventre s’arrondir, prendre la place de tout ce qui n’existait plus. La femme s’était envolée…

J’ai mis près d’un an avant de porter à nouveau des tops à manches-courtes, des jupes sans collants. Puis  quelques années de plus avant de m’offrir une nouvelle tenue, m’acheter de la lingerie. Je ne me regardais dans un miroir que pour constater cette tristesse que j’avais au fond des yeux, pour intégrer les cicatrices. Les accepter fut le fruit d’un long et douloureux travail sur moi, dans lequel il a fallu cracher les heures les plus noires de mon histoire, les dire encore et encore, intégrer que j’étais moi aussi responsable de cette mise à mort, que j’y avais adhéré, que je m’étais délaissée/détestée.

En fermant mon cœur à double tour, je savais que je choisissais la facilité, celle qui me permettait de ne surtout pas prendre rendez-vous avec ma féminité, avec l’autre. J’étais mère et mon corps me le rappelait sans cesse. Comment un corps de mère pouvait être désiré, désirable ?  Comment un corps de femme humiliée pouvait être aimé ?

Je ne dirais pas que ce travail est terminé, je me bats encore avec certains démons. La différence c’est que je sais que je les vaincrais, un jour. Je renais à mon rythme, je renoue doucement avec mon corps. Le fait qu’il soit regardé, aimé, désiré pour ce qu’il est m’aide forcément énormément. Le regard de l’autre a aussi le pouvoir de nous libérer.

Posted in Emprise et Renaissance, Tout un poème

Ouvrez les vannes!

[:fr]

glass-984457_640

Musique saccadée

Couverture idéale

Face aux cris glaçants

De la femme qui s’éteint

Sous les coups

De l’ennemi

Son propre conjoint

Violence singulière

Tue en son sein

La famille qui se terre

Sous les coups

Du destin

L’infâme musique

Légitime le sacrifice

Des humains

Qu’on assassine

Sous les yeux masqués

Bouches cousues

Portes closes

Intimité protégée

A coups de mots griffonnés

Procès-verbaux

Relégués au placard

Ne pas faire de vague

*

Familles condamnées

Sortez les maux

Tuez les ombres

Ouvrez les vannes !

A toutes les femmes, tous les hommes, tous les enfants victimes de la violence

[:]

Posted in Carnets de route

Mère en sursis

Beaucoup de femmes disent que la maternité les a changées, qu’elle les rendues plus vraies, qu’elle leur donne de l’élan au quotidien.

Je ne fais pas partie de ces femmes. Pour moi la maternité est un défi de chaque instant. Dans lequel j’ai l’impression de me perdre souvent, de ne pas être à la hauteur la plupart du temps. La maternité me met face à mes limites, à mes vulnérabilités. La responsabilité me parait, certains jours, bien lourde à porter, la tâche ardue, comme une montagne à gravir, sans entrainement. Je tombe souvent, je m’écorche sur toutes les incertitudes qui jalonnent mon parcours.

La sérénité est éphémère. Pourtant ce sont tous ces instants simples et précieux qui font oublier le reste, comme une baguette magique qui viendrait effacer les heures sombres. C’est de regarder mon fils grandir, apprendre, découvrir, s’émerveiller qui me donne d’apprécier ce qui se présente.

La maternité est pour moi un parcours jalonné d’obstacles que je gère comme je peux, en fondant en larmes souvent, dépassée par une énième crise que je n’arrive pas à gérer. A chaque jour ses victoires et ses manques, ses instants où je ne me sens pas l’étoffe de la tâche qui m’incombe, où je m’en veux de retomber dans des travers que j’essaye de dépasser.

La maternité est un véritable dépassement de soi. Pour donner le meilleur. Quand c’est possible. Rien ne me semble acquis. Jamais. Je me sens souvent seule, perdue, sans ressource. Je me dis souvent que mon fils serait plus heureux ailleurs, avec des personnes qui sauraient l’élever, prendre soin de lui, comme il se doit.

Et comment dire tout ça? Comment se confier sur ce qui devrait être porteur de bonheur? Et qui n’est qu’une suite d’efforts considérables pour maintenir le bateau à flot. Qui peut comprendre?

Comme beaucoup peut-être, je garde l’espoir qu’un jour je trouve ma place, mon équilibre…

Posted in Carnets de route

Lettre à toi qui…

broken-heart-2208596_640

J’avais prévu un autre texte aujourd’hui. Mais parfois la vie fait que quelques mots nous bousculent et alors écrire devient la seule vérité.

A toi,

Toi qui crois ou pas

Toi qui espères que la roue va tourner

Toi qui accueilles l’amour les bras grands ouverts

Toi qui prends des risques

Toi qui aimes sans attente particulière

Toi qui souffres,  reconstruis chaque jour ta vie à la force de tes tripes

Toi qui a la foi, qui oses et espères, t’engages

Toi qui te remets en question

Toi qui pleures dans la solitude de tes nuits, au fil des insomnies

Toi qui tombes avant de refaire surface

Toi qui demandes juste un peu de tendresse

Toi à qui l’on promet de décrocher la lune – juste des mots en l’air

Toi qui patientes, apprends de tes échecs

Toi qui souffres en silence

Toi qui ne sait plus qui croire, comment faire confiance ni à qui

Toi qui a peur que les ténèbres te prennent, t’enferment

Toi qui vis le chaos, le trouble, le vide

A toi,

Je veux dire que l’amour existe, qu’il n’est pas une histoire à part, qu’il existe dans la simplicité de la vie de tous les jours, qu’il n’est pas un combat à gagner.

Je veux dire que l’amour n’a pas besoin de grande déclaration, qu’il se construit au fil du temps, par-delà les clichés, par-delà nos différences.

Je veux dire que l’amour est notre essence, qu’il est en nous avant d’être en l’autre – que l’autre soit ami, enfant, amant, parent.

Je veux dire que l’amour fait vibrer, qu’il te donne des ailes pour aller plus haut, plus loin, qu’il te regarde avec bienveillance, que l’amour ne juge pas, qu’il te révèle à toi-même.

Je veux dire que parfois tu souffriras d’y avoir cru, d’avoir offert ta confiance, ouvert ton cœur, que tu t’en voudras d’avoir pris le risque, mais que toute histoire d’amour en comporte un.

Je veux dire de prendre le temps de panser ton cœur, de prendre soin de la personne que tu es, d’attendre le bon moment pour toi.

Je veux dire que l’amour prend différentes formes. Qu’il existe dans le contact à l’autre. Mais aussi, dans le câlin du matin, dans les couleurs du ciel quand le jour se lève, dans un sourire, dans l’inattendu d’un rendez-vous.

Ne perd jamais espoir. Garde en toi toutes les expériences qui font celle ou celui que tu es devenu(e). Tes cicatrices sont tes victoires. L’amour un jour peuplera tes jours, tes nuits, tes rêves. Tu sauras. Ton cœur aura trouvé sa paix.

Posted in Carnets de route

Vers la lumière, pour le meilleur!

Décidément ce manuscrit aura fait couler de l’encre. Relu, presque finalisé. Et les doutes reviennent. Je crois que j’arrive au bout.

Je suis tellement loin de la femme que j’étais à l’époque.

J’ai l’impression de replonger à chaque fois. Dans les souvenirs. Dans la peur. Dans le noir. Alors que tout autour de moi la lumière brille, que les souvenirs sont à nouveau joyeux et vrais.

Un coup de pouce amical m’a mise face à l’autre étape de l’écriture. La publication. Le partage au reste du Monde.

Je ne suis pas certaine d’être prête, pas sûre de le vouloir vraiment ce grand déballage de printemps.

Je prends l’excuse de mon fils. Mais il n’y a pas que ça. Il y a moi aussi, moi qui en ai marre de ressasser le passé, de décortiquer l’histoire, de parler de tout ça, de justifier mes choix. Je ne suis pas certaine de pouvoir répondre aux questions. Je ne suis même pas certaine du pouvoir de mes mots pour aider les autres. On n’aide pas en écrivant. On montre juste la réalité. Dans la tête du lecteur c’est autre chose. J’ai passé des mois à me conforter dans l’idée que ce que je vivais ce n’était rien de grave.

L’impulsion du départ ne peut venir que de soi, d’une intuition, d’un trop plein. Je crois que personne ne peut aider l’autre à s’en sortir sans son consentement. Ce serait tellement simple. Il faut une prise de conscience. Elle ne vient que de l’intérieur, jamais des autres.

A quoi cela sert-il donc ?

A part me maintenir prisonnière d’un passé dépassé.

A part montrer le pire d’un homme qui est, que je le veuille ou non, le père de mon fils.

En relisant le manuscrit je me rends compte qu’il y a beaucoup de pages sur ma descente aux enfers et si peu sur ma renaissance, ma reconstruction. Je ne sais même pas comment je me suis reconstruite. Ca s’est fait pas à pas. Chaque jour, avancer, prendre confiance. Chaque jour se donner des objectifs. Chaque jour grandir et se battre. Je sais juste dire qu’on s’en sort, plus fort, que la vie gagne au final. Comme toujours.

Le tout était que je comprenne pourquoi, comment. J’ai compris. Que reste t-il après ça?

Aujourd’hui j’ai envie de regarder vers l’avant, riche de mes expériences et de mes choix de vie, riche des bas qui m’ont menée vers le haut, riche des merveilles du jour.

Il reste un ou deux chapitres en suspens. Vais-je les écrire ? Ou bien laisser sagement ce manuscrit de côté, un rappel de tout ce que j’ai dépassé, de toutes mes victoires au creux des heures de chaos féroces, un rappel du chemin parcouru.